Pathologies médiatiques : les personnes épileptiques peuvent-elles twitter sans danger ?

Bonjour

L’affaire fera florès. Elle est rapportée sur le blog BigBrowser (Luc Vinogradoff ) hébergé par Le Monde. C’est l’histoire d’une mésaventure. Celle de Kurt Eichenwald, journaliste politique américain bien connu outre-Atlantique où il a couvert la campagne présidentielle américaine pour Newsweek et Vanity Fair. Il a publié de très nombreux articles, dont quelques scoops, nous dit BigBrowser – notamment sur les violations de l’embargo cubain par Donald Trump. Et ce  sans jamais cacher sa haine du candidat républicain et sa très nette préférence pour Hillary Clinton.

Incarnation

Cette activité intense et cette haine ont fait de lui une cible privilégiée des pro-Trump. Il s’agit là, pour eux, de la parfaite incarnation de la collusion contre nature entre la presse grand public et les démocrates. Une presse qui avait appelé à ne pas voter pour Trump. Avec le succès que l’on sait. BigBrowser :

« Eichenwald a été très, peut-être trop, actif sur Twitter, qu’il utilisait pour promouvoir ses articles, donner son opinion, critiquer Donald Trump et insulter ceux qui le critiquaient, qu’ils soient journalistes, responsables politiques ou anonymes sans followers. Cela a fait de lui une cible, doublement, pour l’armée de trolls qui s’est rangée derrière Trump.

« Le journaliste, âgé de 55 ans, n’a jamais caché le fait qu’il souffrait d’épilepsie depuis l’adolescence. Ces crises peuvent notamment être provoquées par des stimulations de lumières intermittentes, comme des images clignotantes ou des stroboscopes. Lorsque les rumeurs sur la maladie grave dont souffrait Hillary Clinton étaient à leur paroxysme – certains médias conservateurs ont émis l’hypothèse qu’elle était épileptique – il a mis en avant son cas pour expliquer qu’elle n’en avait pas les symptômes. »

Problème mental et secret médical

Le 15 décembre, Kurt Eichenwald participe à un débat politique sur Fox News. Cela se termine mal. On y parlait d’une hospitalisation de Donald Trump dans les années 1990 pour (dixit) des « problèmes mentaux » une affirmation sans preuves ni respect du secret médical. L’émission a été qualifiée d’« accident de train télévisuel » ou de « nouveau bas dans la lente descente de l’Amérique vers l’incivilité ». BigBrowser :

« Dans la foulée, le journaliste postera une cinquantaine de tweets « colériques et généralement incohérents […] avant d’en effacer la plupart ». Dans le dialogue de sourds qu’il menait sur Twitter, il a été interpellé par un compte au nom clairement antisémite, @jew_goldstein, qui lui a envoyé une image stroboscopique avec la phrase « Tu mérites une crise d’épilepsie à cause de tes posts ».

La réponse (venant du compte de Kurt Eichenwald) émanera de sa femme. Elle affirme que le correspondant a déclenché une crise d’épilepsie (partielle) chez son mari – et précise qu’elle a appelé la police pour porter plainte.

Hypnose et régressions

Ce n’est pas la première fois que des trolls tentent de provoquer des crises d’épilepsie en postant des images stroboscopiques sur Internet. En octobre, un compte Twitter soutenant ouvertement Donald Trump avait envoyé au journaliste américain une vidéo contenant des stroboscopes. « Sans réfléchir », il avait joué la vidéo et avait eu le temps de jeter son iPad lorsqu’il avait compris ce que c’était. Un adulte devrait  toujours réfléchir avant de jouer.

Kurt Eichenwald a déposé une plainte pour agression. Son avocat postule que le fait d’envoyer une image dont on sait qu’elle peut provoquer une crise à une personne que l’on sait épileptique doit être considéré comme un crime. Serait-ce si simple ? « Nous sommes arrivés à un point dans l’histoire de ce pays, a écrit le journaliste dans un article de Newsweek, où les gens pensent qu’il est justifié de tenter de blesser gravement quelqu’un simplement à cause de politique ou parce qu’ils pensent que c’est marrant. »

Qui écrira, bien vite, la somme des pathologies induites par cette écriture hypnotique consubstantiellement réductrice ?

A demain

 

De quoi la dyspareunie est-elle devenue le nom ?

Osphena sur déclinaison de Viagra. Le tout alimenté par le mythe de la libido inépuisable et les appétits financiers des firmes pharmaceutiques. Du rêve souvent hors de prix. En France l’heure est à la médicalisation de l’érection (nous y reviendrons). Outre-Atlantique la FDA vient de donner son feu vert à l’Osphena.

Sur Slate.fr, quelques lignes signées Daphnée Denis. « Un nouveau médicament est sur le point d’être mis en vente aux Etats-Unis: l’Osphena (os fee’ nah) (ospemifène) de son nom américain, soit  le Viagra pour femmes, spécifiquement conçu pour les femmes qui ont atteint la ménopause et censé soigner celles qui ont mal pendant l’amour –la mystérieuse dyspareunie.   Osphena ? Tout est dit ici.   Ou tout est dit là. On peut également se renseigner ici.  Serait de nature à corriger les atrophies vaginales associées à la ménopause. Résultats incertains. Risques nullement négligeables. Mais feu vert de la FDA.

Voici ce qu’il en est de l’ospemifène. Et voici ce qu’en disait il y a trois ans déjà la Société francophone de médecine sexuelle.

« La compagnie pharmaceutique Shionogi, qui commercialise ce médicament, affirme qu’au moins la moitié des 64 millions d’Américaines ménopausées en ont besoin pour retrouver leur libido, peut-o lire sur Slate.fr. Mais, alors que les pharmacies amassent des stocks de cette pilule salvatrice, certain(e)s remettent en question la nécessité d’un tel remède. Sur Newsweek, Jennifer Block explique ainsi que le «dysfonctionnement sexuel» lié à la ménopause n’est qu’un coup de marketing destiné à emplir les poches des laboratoires pharmaceutiques.

La tragédie de la déchéance de la femme

Block revient sur l’histoire de la ménopause, et s’intéresse notamment au moment où l’«âge climatérique» a été décrit comme une maladie. « La ménopause est autant une maladie que l’adolescence, écrit-elleet elle n’était pas considérée comme un problème avant les années 1960, quand les pharmaciens Wyeth-Ayerst, Upjohn et Searle  en ont, de fait, changé l’image en la présentant comme un désordre lié au manque d’estrogènes- un terme qu’ils employaient pour être polis. »

De là, la ménopause est devenue une «tragédie», la «déchéance» annoncée de la femme. Conséquence naturelle: en 2001, le marché des traitements hormonaux substitutifs de la ménopause  représentait deux milliards de dollars. Puis la Women’s Health Initiative de l’Institut national de la santé américain a annoncé que les estrogènes augmentaient les risques d’arrêt cardiaque, de cancer du sein et d’accident cardio-vasculaire. Les ventes se sont alors écroulées.  Nous avons appris à connaître la suite. On se souvient ensuite de la triste fin de la flibansérine. Il y a trois ans les responsables de la multinationale pharmaceutique allemande Boehringer Ingelheim abandonnaient le très coûteux développement de cette molécule alors présentée depuis plusieurs années comme une sorte de Viagra féminin.

Ce que dit la Toile wikipédiée:

 « La dyspareunie (dys- : Difficulté -pareunie : Accouplement) ou algopareunie (algo- : douleur) est une douleur  de nature et d’intensité variables ressentie chez la femme ou l’homme lors des rapports sexuels.   Presque systématique lors du premier rapport vaginal due au déchirement de l’hymen, elle devient en revanche incapacitante lorsqu’elle a lieu à tous les rapports suivants.

Les douleurs peuvent être les symptômes de maladies le plus souvent bénignes (ex : dyspareunies d’intromission lors des candidoses vulvo-vaginales) mais parfois graves, aussi est-il fortement conseillé de demander l’avis de son médecin traitant ou d’un sexologue.

Chez la femme, on peut distinguer les dyspareunies d’intromission, qui sont des douleurs à l’entrée du vestibule et du vagin, et les dyspareunies profondes, qui signent plutôt une affection intra-abdominale comme l’endométriose. Ces douleurs peuvent également être d’origine psychogène. »  

Atrophie vaginale

« Au moins 40 % des femmes ménopausées présentent une atrophie vaginale cliniquement significative, ce qui entraîne une dyspareunie et des symptômes génito-urinaires, dont l’incontinence. Cette atrophie vaginale devient en fait un problème de santé publique. Seulement 25 % de ces femmes consultent un médecin bien que les symptômes puissent être corrigés facilement», affirmait il y a deux ans le Dr  Raquel D. Arias, professeure agrégée d’obstétrique-gynécologie clinique, University of Southern California School of Medicine, Los Angeles.

Le temps passe, les questions demeurent. La ménopause est-elle une maladie ? Peut-on rêver à une déclinaison féminine des érectiles qui, depuis leur émergence, font un tabac planétaire ? Si les érectiles sont justifié jusqu’à  plus d’âge en quoi l’Osphena et consorts n’auraient-elles pas droit de cité ? A quel titre refuser des prothèses médicamenteuses sur des fonctions sexuelles qui flagellent ? Reste une question : de quoi la dyspareunie est-elle (véritablement) le nom ?