Levothyrox : Agnès Buzyn et Bruno Le Maire visés pour non-assistance à personne en danger

Bonjour

Que serait la médiatisation des affaires sanitaires sans le vif intérêt que leur portent certains avocats spécialisés ? C’est le cas de celle du Levothyrox qui voit s’ouvrir aujourd’hui un nouveau sous-chapitre : une plainte pour « non-assistance à personne en danger » déposée vendredi 10 novembre devant le tribunal de Grasse ; plainte qui vise  notamment la ministre des Solidarités et de la Santé ainsi que le ministre de l’économie.

Selon Nice Matin l’avocate Anne-Catherine Colin-Chauley, présidente du collectif Alerte Thyroïde France se fonde sur les articles du code pénal concernant « l’abstention volontaire de porter assistance à une personne en péril ». Mme Colin-Chauley poursuit nommément Agnès Buzyn et Bruno Le Maire. La plaignante reproche à la ministre de la santé de n’avoir « pas su gérer la crise sanitaire » et au ministre de l’économie de ne pas « avoir essayé de ‘’transacter’’ avec le laboratoire Merck ».

La plainte de l’avocate cible, en outre, le laboratoire Merck et l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM). Elle vise encore (contre X) les médecins et pharmaciens « ayant refusé de prendre en considération les symptômes indésirables de leurs patients », les journalistes et les médias qu’elle accuse d’avoir « orienté les informations » et enfin les députés, sénateurs et maires qui n’auraient pas « honoré leur devoir d’intérêt général ». Que pourra bien dire le droit ?

Cette avocate domiciliée à Mougins (Alpes-Maritimes) avait été la première à déposer plainte à la fin du mois d’août contre Merck pour mise en danger de la vie d’autrui, après avoir constaté des effets indésirables dus à la nouvelle formule de ce médicament, mise sur le marché à la fin du mois de mars. Fin octobre, Mme Colin-Chauley avait déposé 100 plaintes de particuliers se joignant à son action. Elle prévoit d’en déposer 200 autres, jeudi 16 novembre, toujours pour mise en danger de la vie d’autrui. « Toutes ces plaintes sont enregistrées à Grasse puis transmises au tribunal de grande instance de Marseille qui a ouvert une enquête préliminaire et centralise les demandes des patients » précise l’Agence France Presse.

Une époque passée ?

Cette avocate n’est pas, loin s’en faut, la seule sur ce créneau.  Si l’on en croit un communiqué de presse (24 octobre) du cabinet d’avocats MySMARTCab, 3500 personnes ont rejoint l’action collective et conjointe menée par Me Christophe Lèguevaques (avocat au barreau de Paris et fondateur de la plateforme MySMARTCab – activateur de justice). Où l’on voit la porosité de plus en plus grande entre les affaires médicales, les réseaux sociaux et les actions en justice.

Le 25 octobre, Me Christophe Lèguevaques annonçait avoir déposé les 108  premières plaintes auprès du Tribunal d’instance de Lyon. Il ajoutait qu’une centaine de nouveaux dossiers devraient être déposés chaque semaine jusqu’à la première audience fixée par le Tribunal de Lyon au 18 décembre 2017. A ce stade, 1 200 dossiers de plaignants seraient en cours de constitution et une trentaine de dossiers complets (pièce d’identité, cahier de doléances et documents médicaux) arriveraient quotidiennement sur la plate-forme.

Cette action s’ajoutait alors à celle, de moindre ampleur, menée par Me Marie-Odile Bertella-Geffroy. Cette ancienne magistrate bien connue des médias a attaqué le laboratoire Merck pour « non-assistance à personne en danger, mise en danger de la vie d’autrui, atteinte à l’intégrité de la personne et tromperie sur les qualités substantielles du médicament aggravée par une atteinte à la santé ». Jusqu’à présent personne n’avait, semble-t-il, attaqué des ministres. Pour sa part Agnès Buzyn faisait dernièrement  comprendre que l’essentiel de l’affaire remontait à une époque passée, celle où Marisol Touraine était ministre de la Santé.

A demain

 

 

 

Roselyne B. n’est plus à la Santé. Les Français ont de plus en plus peur de se faire vacciner

 

Bonjour

Hasard ou fatalité ? En parlera-t-elle lors de son talk show quotidien sur RMC ? Dans un édito de Nice Matin ? Sur France Musique ? C’est l’histoire de la politique devenue people mais néanmoins rattrapée par son passé : Roselyne Bachelot n’en aura jamais fini avec le vaccin contre la grippe A(H1N1). Démonstration en deux actes avec l’aide de nos confrères du Monde (Paul Benkimoun et Stéphane Foucart).

Acte I. Les chiffres

C’est une étude à paraître dans revue EBioMedicine : Recognizing the Importance of Vaccine Confidence” ; « l’étude la plus large menée sur les opinions à propos des vaccins ». Entendre : leur importance, leur efficacité, leur innocuité et leur caractère compatible avec la religion pratiquée. Auteurs principaux : des chercheurs de la London School of Hygiene and Tropical Medicine et de l’Imperial College de Londres analysant les données récoltées auprès de 65 000 personnes dans 67 pays entre septembre et décembre 2015.

Pour résumer : l’importance positive de la vaccination est globalement reconnue, avec toutefois des différences notables entre pays. Notamment la France, queue de peloton : 41 % des Français interrogés estiment que les vaccins ne sont pas sûrs.

« La région Europe de l’OMS ne laisse pas d’inquiéter : 8 % des personnes interrogées ne trouvent pas important de faire vacciner les enfants, 17 % ne pensent pas que les vaccins sont sûrs et 11,3 % jugent qu’ils ne sont pas efficaces. Pire : en France 11,7 % ne considèrent pas les vaccins infantiles comme  importants et un peu plus de 17 % doutent de leur efficacité.

Acte II.  Pourquoi ?

41 % de sa population française mettant en cause la sécurité des vaccins…  « Je m’attendais à des résultats allant dans ce sens, mais je ne pensais pas qu’ils seraient aussi marqués », explique au Monde le sociologue de la santé Jocelyn Raude (Ecole des hautes études en santé publique, IRD), spécialiste de la perception des risques sanitaires, qui n’a pas participé à ces travaux. Ecoutons-le :

 « Entre 2009 et 2010, en quelques mois, nous avons vu un retournement de l’opinion française sur ce sujet,. A l’issue de la campagne, on est passé très rapidement de 10 % d’avis globalement défavorables sur la vaccination, à près de 40 %. Nous sommes revenus en 2015 à environ 20 % d’opinions globalement défavorables, mais cela reste un niveau important. » 

Cette campagne de vaccination (lancée et menée sous l’autorité de Roselyne Bachelot) a fait naître dans la population une suspicion, ajoute en substance M. Raude, celle que les politiques vaccinales puissent être motivées par des impératifs autres que purement sanitaires, en particulier économiques. Ce n’était peut-être pas le cas. Mais on peut partager l’opinion de M. Raude. La suspicion est aussi un symptôme, mais la suspicion est bien là.

Marisol Touraine a remplacé Roselyne Bachelot à la Santé. Avant l’été elle avait annoncé le lancement d’un grand débat national sur la vaccination. Objectif : en finir avec la dissociation vaccinations « obligatoires » et vaccinations « recommandées ». Ce débat est-il toujours d’actualité ? Faut-il écouter RMC ?

A demain

 

L’histoire d’une ancienne ministre de la Santé qui perd tout en disant n’importe quoi

 

Bonjour

Certains y verront une déchéance. Une déchéance collective s’entend – ou le symptôme peu glorieux d’un parcours personnel qui voit une ancienne pharmacienne devenue responsable politique de haut niveau faire aujourd’hui carrière chez les amuseurs-bouffons-bateleurs. Soit de « reconversion dans les médias », d’infotainment. On peut aussi dire, bien poliment, qu’il y a une vie après avoir été ministre de la Santé. Sans doute. Quelle vie ? Une vie de semi-people, une vie dont on tire désormais des portraits dans les magazines télé.

Rires de gorge

Aujourd’hui, une exception : Libération qui ose un « Roselyne Bachelot : 100% reconvertie ». Soit une vie en 266 signes (espaces compris) :

« 24 décembre 1946 : Naissance à Nevers (Nièvre). 1988-2002 : Députée RPR du Maine-et-Loire. 2002-2004: Ministre de l’Ecologie. 2007-2012: Ministre de la Santé, puis ministre des Solidarités. 2012 : Chroniqueuse dans le Grand 8. Août 2016 : Anime 100% Bachelot sur RMC. »

 Miracle des ondes et des carnets d’adresses : Le « Grand 8 » de Laurence Ferrari est déprogrammé ? Elle en est chagrinée. Aussitôt embauchée pour un talk-show quotidien sur RMC. Des blagues bien grasses lavées avec une chronique hebdomadaire sur France Musique. Sans oublier des entrechats éditoriaux du week-end pour Nice Matin (un feuillet sur le burkini ?). Rires de gorge et un désinhibé surjoué : la recette résonne devant les micros. Tout fait ventre pour qui sait faire.

Une œillade canaille

Libé, en voisin, est allé jusqu’à RMC. L’ancienne ministre de Raffarin et de Fillon t travaille avec  le «carrément» droitier Eric Brunet et l’ancien rugbyman Vincent Moscato. Il y a un concept : c’est elle, qui rebondit sur l’actualité. («Merci de m’accueillir chez vous, j’attends vos témoignages, vos coups de gueule, vos solutions» … une œillade canaille… – «Waouh, il fait chauuud dans le studio !» Aujourd’hui on débat sur «la France est-elle raciste ?», «les partis ont-ils un avenir ?» « Benzema doit-il revenir chez les Bleus ?»

Franck Lanoux, DG de RMC voit en elle «une personnalité, une patte, une chair». «Ils sont rares aujourd’hui à avoir un avis sur tout et Roselyne entre dans cette catégorie.» Formidable « avoir un avis sur tout ». Ce n’est pas très rare, en France. Chez Roselyne c’est plus cher :

«Mon bilan 2015 se chiffrait à 80 000 euros de bénéfices. En 2016, pour toutes mes activités, ça devrait être un petit peu plus.»

Christine Ockrent

 La pelote va encore grossir. On la retrouvera celle en librairie fin septembre. Chez Flammarion Documents et Essais  (moins de 20 euros).Une somme girly titrée « Bien dans mon âge ». En couverture, brushing gonflé et maquillage pêchu. :

« L’ancienne ministre délivre des astuces, des idées et des anecdotes dans des domaines tels que la mode, la santé, la sexualité, la beauté, la cuisine, l’argent, la décoration et les loisirs, à destination des femmes qui ont passé le cap des 60 ans, sous la forme d’un magazine féminin »

 Roselyne y parlera aux « sexa+ » : « On leur a mis dans la tête que la vie s’arrêtait à la retraite mais on n’est pas forcé de passer ses après-midi un chat sur les genoux, à regarder ‘’Questions pour un champion’’». Voilà une saine vérité. On peut passer les mêmes après-midi à pleurer de rire en écoutant une ancienne ministre sur RMC. Il y a aussi Les Grosses Têtes. C’est sur RTL. Avec Christine Ockrent.

A demain

Tuerie de Nice: le profil psychiatrique du meurtrier devra-t-il être revu et corrigé ?

Bonjour

Une polémique sur Nice chasse l’autre. L’abcès est désormais politique, enchâssé, grossissant. François Molins, procureur de la République de Paris sort chaque jour de nouvelles cartes de son dossier, un dossier policier chaque jour un peu plus étoffé. (On attend toutefois toujours les résultats de la toxicologie). Jeudi 21 juillet, sept jours après l’attentat terroriste, il a tenu un nouveau « point presse ». Et il a rendu publiques une série de données qui lui font peut-être regretter une phrase qui, le lundi 18 juillet, ne lui avait nullement échappé.

Ce jour là François Molins avait, déjà, fait une déclaration à la presse. Il exposait les différents éléments laissant penser que l’acte meurtrier de Nice était « prémédité » et qu’il s’agit bien d’un acte « terroriste » au sens de la définition juridique du droit pénal français : « qui a pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». François Molins avait aussi fourni des éléments précieux quant au mode de vie et à la personnalité du meurtrier : « Il ne pratiquait pas la religion musulmane, buvait de l’alcool, consommait de la drogue et avait une vie sexuelle débridée ».

Comme Bernard Cazeneuve le matin même sur RTL  le procureur  avait parlé d’une radicalisation récente et très rapide : « Depuis huit jours, il s’était laissé pousser la barbe, expliquant que la signification était religieuse. Il ne comprenait pas pourquoi Daech ne pouvait pas prétendre à un territoire » et précise que le tueur avait fait des « recherches quasi quotidiennes de sourates du Coran ». Et le procureur de la République de Paris d’expliquer que dans ce domaine les passages à l’acte pouvaient être « d’autant plus rapides que les personnalités étaient perturbées ».

Evaporations psychopathologiques

« Si l’on retient cette hypothèse (hautement crédible), la rapidité de la radicalisation Mohamed Lahouaiej Bouhlel témoigne de l’ampleur des perturbations psychopathologiques qui ont pu conduire à la tuerie du 14 juillet » écrivions-nous après avoir entendu le procureur de la République de Paris. Or voici que François Molins bouleverse la donne. Il explique aujourd’hui que loin d’être un tueur compulsif et isolé Mohamed Lahouaiej Bouhlel aurait « mûri » son projet depuis plusieurs mois – et il aurait bénéficié de « complicités ». Est-ce dire que le profil psychiatrique s’évaporerait ? Certains pourraient presque le souhaiter.  On ne regarde pas aisément la folie dans le blanc des yeux.

Les médias généralistes répètent à l’envi les informations offertes par le procureur. Cinq personnes soupçonnées d’avoir aidé le meurtrier (toutes inconnues des services de renseignement) viennent d’être mises en –examen pour association de malfaiteurs. Trois d’entre eux – Ramzi A., un Franco-Tunisien de 21 ans né à Nice ; Chokri C., un Tunisien de 37 ans né à Sousse ; et Mohamed Walid G., un Franco-Tunisien de 40 ans, également né en Tunisie – ont, en outre, été mis en examen pour complicité -d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Des échanges de SMS semblent indiquer que ces trois hommes connaissaient le projet de Mohamed -Lahouaiej Bouhlel.

Selon les informations du Monde (Soren Seelow) « le tueur a enregistré un message audio, le 14  juillet vers 17  heures, sur son téléphone :  » Chokri et ses amis sont prêts pour le mois prochain, maintenant ils sont chez Walid. «  A 22 h 27, soit un quart d’heure avant l’attaque, il envoie un dernier SMS à Ramzi A. :  » Je voulais te dire que le pistolet que tu m’as ramené hier, c’était très bien, alors on ramène 5 de chez ton copain. C’est pour Chokri et ses amis. «  Demandait-il la fourniture d’autres  » pistolets «  pour une attaque prévue  » le mois prochain «  ? Les enquêteurs ne l’excluent pas ». Comment le pourraient-ils ?

Sympathies au conditionnel

Deux des mis en examen « semblaient partager une sympathie pour la cause djihadiste ». Le 10  janvier 2015, trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo, Mohamed Walid G. avait ainsi envoyé au futur tueur de Nice le SMS suivant :  » Je ne suis pas Charlie… Je suis content, ils ont ramené des soldats d’Allah pour -finir le travail.  » »

Le procureur de la République de Paris a encore ajouté que les enquêteurs ont aussi découvert, dans le téléphone de Mohamed Lahouaiej Bouhlel, plusieurs photos datant des 11 et 13  juillet 2016, représentant les deux hommes à bord du camion qui servira à commettre l’attaque. Le lendemain du massacre, -Mohamed Walid G. retournera d’ailleurs sur la promenade des Anglais pour filmer, à l’aide de son portable, «  la scène de crime ». Début 2016, les modalités du passage à l’acte du tueur de Nice semblent s’être précisées. Le 4  avril, Chokri C. lui envoie un message sur Facebook :  » Charge le camion, met dedans 2 000  tonnes de fer, et nique, coupe lui les freins mon ami, et moi je regarde. «  Selon les caméras de vidéosurveillance, l’auteur de ce message s’est promené au côté du tueur à bord du poids lourd sur la promenade des Anglais, le 12  juillet à 20 h 30, soit deux jours avant l’attaque.

Que voulait-il signifier ? Et quelles significations donner aux innombrables photos et SMS retrouvés dans le téléphone de Mohamed Lahouaiej Bouhlel ? L’enquête devra désormais également vérifier si des liens – « non établis à ce jour » – existent entre certains de ces suspects et l’organisation Etat islamique, qui a revendiqué l’attaque.

David Thomson et Gilles Kepel

Ces nouvelles données ne doivent pas faire oublier qu’il y a quatre jours le ministre de l’Intérieur et le procureur de la République de Paris parlaient ouvertement du « déséquilibre » et du caractère « perturbé » de la personnalité de Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Et la question reste entière de savoir combien de personnalités souffrant de pathologies psychiatriques peuvent devenir des acteurs « de proximité » du terrorisme djihadiste

Ce sujet était commenté il y a peu par David Thomson, reporter à RFI et auteur du livre « Les Français djihadistes » :

« Certains tentent de minorer le caractère djihadiste du terroriste en mettant en avant ses troubles psychologiques mais être déséquilibré n’a jamais empêché d’être djihadiste. Il n’y a pas vraiment de profil type de terroristes. Il faut se souvenir de Salah Abdeslam qui, deux semaines avant les attentats, fumait du shit et était connu pour faire la fête.

 Que cet homme commette de tels actes et ne soit pas suivi par les services de renseignements, c’est inédit. C’est la première fois. Il faudra comprendre comment cela a pu se passer. Depuis le mois de mai, le message de l’EI a changé. Jusque-là, dans sa propagande, l’EI demandait aux djihadistes de les rejoindre. Maintenant ce n’est plus le cas, ils disent : “Restez chez vous et frappez-les chez vous”. Ils s’adressent à des gens qui n’ont pas de liens physiques avec eux mais relaient leur propagande.

C’est parce qu’ils reculent en Irak et en Syrie et vont bientôt retourner en clandestinité. Quant à la frontière turque, elle est progressivement fermée. Résultat, l’EI ne peut plus accueillir de soldats. Le changement de la structure du groupe change donc leur stratégie. Mais ils ne sont pas moins dangereux pour autant, au contraire, car cela implique une dispersion de la menace terroriste. » »

Machiavel et martyr rédempteur

C’est une lecture voisine mais différente que propose Gilles Kepel dans Le Figaro :

 «  Ce qui apparaît, c’est un petit délinquant aux antécédents psychiatriques lourds, condamné récemment après une altercation avec un automobiliste. Un type qui, encore une fois imprégné de cette atmosphère djihadiste qui circule sur le Net, a décidé de mettre en œuvre sa propre opération avec les moyens à sa disposition. En l’occurrence, un camion qu’il sait conduire de par sa profession de chauffeur-livreur. Une opération dont il se doute qu’elle est suicidaire, fin qui donne un aboutissement métaphysique, politique et planétaire à sa psychose.  (…) Et même le péché – boire, forniquer, voler – est effacé par le martyre rédempteur. »

Et dans une tribune de Libération l’historien Olivier Christin écrit :

« L’EI introduit en cela une rupture radicale dans l’histoire du terrorisme religieux et politique, qui a longtemps conféré une place centrale aux questions d’organisation et de formulation doctrinale, en acceptant d’adouber les gestes les plus atroces et fous commis par des«sympathisants» et des «soldats» à l’allégeance incertaine et donc de cautionner des massacres où se mêlent convictions religieuses, hostilité aux interventions en Syrie et en Irak, antisémitisme, mais aussi frustrations personnelles, haine de soi et aspiration au suicide. La cause EI accueille toutes les colères.

Elle accouche par là d’un conflit inédit, sans front et sans issue, que de simples individus peuvent alimenter en y déversant leur soif de vengeance. Un piège tendu aux démocraties, qui risquent de troquer le combat politique pour une guerre et de sacrifier ce qui en fait justement des démocraties, en «laissant propager un mal qui étouffera jusqu’au bien que vous vouliez conserver» (Machiavel, Discours, livre III). »

Pois chiche cérébral

« Les dirigeants de l’EI savent que plus ils occupent l’espace médiatique, plus ils vont avoir d’écho soit dans des populations radicalisables soit dans des populations psychopathiques » explique à l’AFP le psychanalyste Patrick Amoyel (Université  Nice Sophia Antipolis). François Molins dit-il autre chose quand il explique, à propos du « terrorisme de proximité » : « C’est cette idéologie fanatique et mortifère qui peut conduire certains individus à passer à l’acte, sans avoir besoin de se rendre en Syrie et sans avoir besoin d’instructions précises ».

On peut aussi retenir le constat pragmatique du Dr Daniel Zagury, psychiatre et expert bien connu de la justice et des médias. Selon lui les malades mentaux sont peu nombreux dans les affaires d’actes djihadistes – environ 10% des cas. « Les autres, a-t-il expliqué à l’AFP, sont soit de petits délinquants avec un pois chiche dans la tête, qui ont eu une première vie de toxicos, de trafic, et se rachètent une deuxième vie qui lave la première dans l’islam radical; soit, les plus dangereux, des sujets strictement normaux qui ont un engagement idéologique sans passé délinquant, éventuellement avec des études, très déterminés ».

Ce constat va-t-il évoluer ? Les « terroristes de proximité » vont-ils s’auto-recruter parmi des personnalités pathologiques d’autant plus potentiellement exposées que leur prise en charge médicale et psychologique est inexistante ? Poser ces questions aux frontières de la psychiatrie, de l’ordre et du droit expose certes aujourd’hui au risque d’être accusé de vouloir expliquer et comprendre ainsi, par ricochet, de commencer à excuser les auteurs d’actes terroristes.

Posons que de telles accusations seraient sans fondement. Nous sommes le 22 juillet. L’urgence est bien ici de comprendre pour agir, agir pour prévenir. Une urgence d’autant plus grande que l’affaire de la tuerie de Nice prend chaque jour une dimension politique un peu plus délétère, un peu moins respectueuse des victimes et de leurs proches.

A demain

Il y a des chiens où il y a des hommes. Florian frappait Gamin: 600 euros et plus jamais de chien.

Bonjour

Tous les chiens de la Terre ne sont pas domestiques. La grande majorité des races canines ont été créées par l’homme durant les deux derniers siècles sur le Vieux Continent. Et ces chiens de race  sont une minorité de tous ceux qui errent sur la planète. Les loups ne sont jamais loin de Paris.

Danois et Chihuahua

« On trouve des chiens pratiquement partout où il y a des hommes. Avec le temps, nous les avons élevés pour faire absolument tout, gardiens de troupeaux ou chiens pêcheurs. Les races que nous avons créées sont d’une grande variété de tailles et d’aspects, du petit Chihuahua au géant Danois » explique ce matin 2 novembre  Laura Shannon (généticienne à l’Université Cornell) sur le jeune site The Conversation 1 dans son papier intitulé  « D’où viennent nos chiens ? ».

« La plupart des chiens sont des animaux que l’on trouve vagabondant dans les villages, qui vivent autour et au milieu des gens, mais qui ne ressemblent pas forcément à ce que vous pourriez considérer comme un animal domestique On peut apprendre beaucoup des anciens chiens en étudiant ces animaux villageois parce qu’ils ont plus de diversité génétique. Tous les chiens ont pour ancêtre un certain groupe de loups, et ainsi bénéficient d’une partie de la diversité génétique des loups. »

Muselé avec un nœud coulant

Florian ne savait pas tout cela. C’est une histoire d’aujourd’hui qui semble comme venir de Jean Valjean (1769-1833). Cela se passait il y a quelques jours devant la  Cour d’appel d’Orléans :

« Confiés à l’aide sociale à l’enfance, deux enfants de Florian ont signalé à la justice les actes de cruauté de leur père envers le chien « Gamin ». Ils l’ont vu « jeter le chien dans l’escalier, le frapper et le tuer ». Florian reconnaît « l’avoir muselé avec un nœud coulant utilisé pour le dressage et lui avoir donné quatre à cinq coups ». 

Le tribunal correctionnel de Tours, sur les chefs de sévices graves ou actes de cruauté envers un animal domestique, avait condamné Florian à 100 joursamendes à 5 €, dont il devait s’acquitter dans un délai de cent jours. Le maltraitant a fait appel. La cour a confirmé sa culpabilité, lui infligeant une amende de 600 € avec interdiction de détenir un animal domestique. »

Le chien Gamin et les loups

Nul ne sait ce qu’est devenu « Gamin ». Mort ? Nul ne sait non plus si les deux enfants de Florian, confiés à l’aide sociale à l’enfance, voient encore ce père qu’ils ont signalé à la justice comme maltraitant un chien qu’il avait baptisé Gamin. Et nul ne sait comment la justice vérifiera que ce père maltraitant ne détiendra plus d’animal domestique.

Nice-Matin : « Il y a quelques jours trois loups (dont deux jeunes et un adulte) ont été abattus à Isola (Alpes-Maritimes) par les personnels de la brigade du loup.  ‘Six loups ont été aperçus conjointement et trois ont été prélevés dans le quartier la Guerche à Isola. La préfecture des Alpes-Maritimes parle d’un secteur ‘où les troupeaux domestiques ont récemment été soumis à une pression de prédation intense« . »

Frapper un chien, c’est le maltraiter. Abattre un loup c’est le prélever. Où l’on voit que le code pénal et la linguistique sont assez éloignés de la génétique.

 A demain

1 The Conversation France (« l’expertise universitaire-le flair journalistique ») est un site original, gratuit et parfois rafraîchissant. Il est financé par l’Institut Universitaire de France, la Conférence des Présidents d’Université, Paris Sciences & Lettres Research University, Sorbonne Paris Cité, l’Université de Lorraine, l’Université Paris Saclay et d’autres institutions membres qui fournissent également un soutien financier.

L’accident du train des Pignes ou l’acceptation de la fatalité

Bonjour

Un rocher tombé du ciel ? Soyons sérieux. Comment un rocher de vingt tonnes peut-il tuer deux personnes et en blesser neuf autres ? En France et en février 2014 et dans l’accident d’un train touristique ? Après la réponse à celle (vite réglée) de savoir s’il fallait « aller ou pas » aux Jeux Olympiques de Vladimir Poutine c’est la question du week-end. Et c’est une question assez passionnante.

Urgence absolue

Résumons. Un train a déraillé dans la matinée du samedi 8 février sur la commune de Saint-Benoît (Alpes-de-Haute-Provence). L’accident a fait au moins deux morts et neuf blessés. Le train, qui reliait Nice à Digne-les-Bains, a heurté un rocher tombé sur la voie et une voiture s’est couchée, comme le montrent les photos publiées par Nice-Matin et aussitôt décalquées sur l’immensité de la Toile.

Selon le parquet l’une des deux personnes tuées est une femme de nationalité russe, l’autre originaire du département. Toutes deux étaient septuagénaires. Un passager est en « urgence absolue » et huit autres sont blessés plus légèrement, dont le conducteur, ont indiqué les pompiers. Trente-quatre personnes se trouvaient à bord.

Carotide ouverte

Selon les témoins et Stéphane Kellenberger procureur de la République à Digne un bloc (une vingtaine de tonnes ?) est tombé sur le train, heurtant une des voitures qui a plongé dans le ravin, entraînant la seconde dans son sillage. « C’est comme si le rocher était tombé du ciel, comme un tremblement de terre », a confié un voyageur de 47 ans, Jean-Jacques Messaoud. Il a aussi vu une victime avec la « carotide ouverte ».

Après, tout a parfaitement fonctionné. Le plan Orsec « nombreuses victimes » (NOVI) a été déclenché par la préfecture et les services de secours. Puis 110 pompiers et 32 véhicules ont été mobilisés ainsi que deux hélicoptères : un de la section aérienne de la gendarmerie des Alpes-de-Haute-Provence et le Dragon 06 de la Sécurité civile des Alpes-Maritimes.

Le vide

Puis les secours ont évacué sans mal  l’ensemble des passagers en dépit  des conditions difficiles : enneigement du site, zone isolée, difficile d’accès, wagons accidenté penchait dangereusement dans le vide.

Incriminer, une nouvelle fois, la SNCF ? Tout le monde y a bien pensé. Impossible : le train des Pignes est exploité par la Régie régionale des transports de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ajoutons qu’il ne s’agit pas du réseau ferré national. Et les voies appartiennent à la région PACA. Ce qui n’a pas empêché la SNCF de faire preuve de solidarité : elle a proposé (par la voix de son président qui plus est) son assistance à la régie régionale.

Au pays des oliviers

Ce que la France découvre du train des Pignes fait aussitôt songer à Giono, aux grillons et au pastis, à la laïcité. Il  relie quatre fois par jour les deux villes, traversant l’arrière-pays niçois avant de monter à l’assaut des Alpes-de-Haute-Provence. « Du pays des oliviers à celui des châtaigniers, le train des Pignes constitue, depuis un siècle précisément, un élément-clé de la mémoire collective provençale, peut-on relire dans un reportage du Monde remis opportunément en ligne sur le site.  Les voyageurs prennent place près des fenêtres. Il faut être aux premières loges pour le spectacle à venir. Une vingtaine de personnes pour 50 places, ils n’ont que l’embarras du choix. Des rangées de sièges, un poste de pilotage de chaque côté du wagon, l’équipement est sommaire. Ne cherchez pas de livrées dignes de l’Orient-Express. Le personnel se veut simple et accueillant. Un puissant sifflet retentit. Il est temps de partir. Le train s’ébranle. Les suspensions sont un peu surannées, le passager bringuebalé de droite à gauche. »

Cent ans

Reste l’essentiel : cela fait cent ans que le tortillard effectue, plusieurs fois par jour, le même parcours sur ce chemin de fer à voie unique. La ligne régulière, à mazout, fonctionne toute l’année. Il aura pour cela des travaux colossaux : « en 1861 l’ingénieur dignois Alphonse Beau de Rochas imagine de relier Nice à Grenoble en passant par la vallée du Var, Digne et Gap. Les travaux nécessaires sont colossaux : 25 tunnels, 16 viaducs, 15 ponts métalliques. Le 14 août 1891, un premier tronçon de voie ferrée est ouvert entre Digne et Mézel. La ligne complète est achevée en 1911. Le réseau, vaste de 610 km, court sur quatre départements. » Puis on abandonne Nice-Meyrargues et Toulon-Saint-Raphaël. Seule la ligne Nice-Digne-les-Bains tient le coup.

Pas de responsable ?

« Ce train est indispensable au quotidien des habitants des vallées traversées : on le prend pour aller consulter le médecin ou se rendre à son travail. Lycéens et collégiens des petites localités rejoignent ainsi leur établissement. Un ramassage scolaire en quelque sorte. L’hiver, il permet de se rendre à Nice sans avoir à braver les routes verglacées. »

Dès lors comment comprendre ? Où est sont les responsables ? Les politiques et les médias cherchent et ne trouvent pas. Tout était en règle, tout avait été inspecté, vérifié, autorisé. Frédéric Cuvillier,  ministre des Transports s’est déplacé et n’a rien dit de plus. A bien chercher peut-être trouvera-t-on le coupable Pour l’heure il nous faut nous en remettre au hasard. Ou à la fatalité. Sera-ce accepté ?  Serait-ce régresser ?

A demain