Le tiers payant généralisé explique-t-il les agressions des médecins dans leurs cabinets ?

 

Bonjour

Après les urgences de l’hôpital de Tourcoing, une maison médicale de Châtellerault (Vienne).  Après Nord Eclair (Vincent Depecker), La Nouvelle République du Centre Ouest (Anthony Floc’h). La presse quotidienne régionale tient l’inquiétante chronique de ce qui, hier encore, était de l’ordre de l’impensable.

Il était 17 h 30, vendredi 28 octobre quand le Dr Corinne Joyeux, médecin généraliste, a été violemment agressée à son cabinet. Cela s’est passé au cœur de la maison médicale Clément-Krebs, 1 rue Madame, Châtellerault, département de la Vienne. Les cinq autres généralistes sont « sous le choc ». Des témoignages recueillis il ressort que l’homme et sa compagne se seraient présentés au cabinet avec plus d’une heure de retard pour un examen de leur bébé âgé de cinq mois.

« Invité à patienter dans la salle d’attente, le couple n’aurait pas apprécié et l’aurait fait savoir, notamment au Dr Joyeux. Dans l’altercation, sous le regard de patients, près de l’accueil, l’homme aurait porté un coup au visage de la médecin. Dans sa chute, Corinne Joyeux aurait percuté le coin d’un bureau et perdu connaissance. Depuis, elle est en observation à l’hôpital de Châtellerault. Un hématome intracérébral important aurait été constaté. »

Onde de choc

Son état, initialement jugé « sérieux » semble s’être amélioré. Présentant encore « quelques troubles neurologiques » elle « reprendrait peu à peu ses esprits » selon  le Dr Franck Duclos, président de l’Ordre des médecins de la Vienne. Et après ?  Face à cet « acte grave », les cinq autres généralistes de la maison médicale ont décidé de fermer leur cabinet jusqu’à mercredi matin. Les rendez-vous d’hier et de demain ont été décommandés. « Nous voulons sensibiliser le public et exprimer notre soutien à notre collègue », commente l’un des généralistes à La Nouvelle République. Cette dernière ajoute :

« Depuis, l’onde de choc ne cesse de grandir. A l’appel de syndicats de médecins, une journée « Santé morte » devrait être organisée fin novembre dans le département. De son côté, le couple aurait l’intention, lui aussi, de porter plainte. Il reprocherait au cabinet de ne pas avoir pris soin de son bébé. Concernant l’enquête, ni par le parquet, ni par la police ne sont exprimés pour le moment. ‘’Nous communiquerons quand l’enquête sera terminée’’, indique la magistrate de permanence.

Côté police

« Quelles sont les circonstances précises de l’agression ? L’agresseur présumé a-t-il été interpellé depuis vendredi soir ? Si oui, comment justifie-t-il son geste ? Pourquoi, avec sa compagne, voudrait-il porter plainte lui aussi ? Autant de questions qui restent pour l’instant sans réponse. ‘’L’enquête avance bien’’, se contente-t-on d’indiquer du côté de la police. »

Le président de l’Ordre départemental des médecins de la Vienne dit ce que dirait tout responsable ordinal d’un département français : « C’est totalement inadmissible que des gens en viennent à agresser des professionnels de santé. Les médecins donnent leur vie, au quotidien, pour la prise en charge de la souffrance des malades. Ils ont une obligation déontologique de respect de la personne ; ce devoir de respect existe aussi pour les patients. Rien ne peut excuser un tel geste. Si on a quelque chose à reprocher à un professionnel de santé, il existe des voies légales. Les agressions sur des médecins sont peu fréquentes, mais leur nombre est en augmentation. C’est intolérable. L’Ordre des médecins se portera partie civile à chaque fois qu’un tel acte se produira. »

Brutes en blanc

Il est aussi d’autres propos. A Poitiers le Dr Philippe Boutin, médecin généraliste est aussi vice-président de l’Union régionale des professionnels de santé de Nouvelle-Aquitaine va plus loin. Et ses propos sont autrement dérangeants :

« Est-ce un problème global de société ? Sûrement ; nous ne sommes la seule profession concernée par ces problèmes. Il y a, pour moi, une autre explication, même je me refuse à tout amalgame et à toute tentative de récupération «  politique  » : l’adoption du tiers payant généralisé a amplifié cette déresponsabilisation des patients. Certains pensent qu’on peut arriver les mains vides, sans justificatif, et que tout est gratuit. »

Après l’affaire des urgences de Tourcoing, interrogée lors des questions au gouvernement, Marisol Touraine avait condamné la « violence incroyable » et réclamé des «sanctions exemplaires» contre les agresseurs. Commentera-t-elle l’agression de Châtellerault et la lecture politique du Dr Boutin de Poitiers ? Le « tiers payant généralisé » explique-t-il pour partie ce début d’épidémie de patients déresponsabilisés ?

Patients violents versus Brutes en blanc …

A demain

Agressions sauvages contre les soignants aux urgences de Tourcoing. Et demain ?

Bonjour

Le titre est trouvé : « Brutes contre des hommes et des femmes en blanc ». L’affaire est racontée par Nord  EclairLa Voix du Nord (Vincent Depecker) : « Tourcoing : émotion après une agression ‘’sauvage’’ aux urgences du CH Dron ». Résumons

Samedi  15 octobre, vers 22h30 au Centre hospitalier Dron, à Tourcoing. Trois voitures arrivent dans le sas des urgences. Un groupe d’une quinzaine de personnes accompagnent un patient âgé. Une infirmière demande alors aux accompagnants d’aller dans la salle d’attente. Ils refusent. Premières insultes et menaces de coups. Le patient est néanmoins pris en charge et placé dans une salle d’examen. « Là, une dizaine de personnes sont entrées en force dans le box, explique une infirmière à La Voix du Nord. Une personne leur a demandé de sortir. Cinq personnes sont  entrées dans ce qu’on appelle la rotonde, le centre névralgique des urgences, pour agresser verbalement un médecin. »

Touffe de cheveux

Un autre médecin intervient. Il est pris par le cou et cinq personnes l’immobilisent et le rouent de coups. « Ma seule crainte, c’était de chuter sur le patient âgé, par peur de lui faire mal. Puis un sixième, un type d’une quarantaine d’années, saute par-dessus la mêlée, pour me donner deux droites » rapporte le médecin au quotidien régional.

Une interne est aussi prise à partie. Elle est attrapée par les cheveux par ses agresseurs. Une touffe de cheveux est arrachée. La sécurité de l’hôpital intervient, puis la police nationale. « Quand tout s’arrête, je me rends compte que la rotonde des urgences est complètement hébétée. Des patients sont terrorisés. Des proches de patients sont en pleurs » poursuit le médecin.

Tout s’est passé à côté de la salle de déchoquage où des médecins intubaient une personne en arrêt cardio-respiratoire. « Nous étions en train d’expliquer à ses proches qu’il fallait peut-être envisager un don d’organes. C’est inadmissible » déclare  le Dr Hacène Moussouni, chef de service.

Préparer leur défense

Au final trois personnes sont interpellées et placées en garde à vue. Elles ont été déférées en comparution immédiate le lundi 17 octobre, mais ont alors réclamé du temps pour « préparer leur défense ». Le procès est fixé au  lundi 7 novembre. La direction du centre hospitalier a résumé l’affaire dans un communiqué.

Le directeur, Didier Nonque, a immédiatement doublé les équipes de sécurité. Désormais, deux vigiles avec chiens surveillent le parking et deux autres filtrent les entrées. « Mais la sécurisation a ses limites, déclare-t-il. La rotonde est conçue pour faciliter la visualisation par le personnel de l’ensemble des salles d’examens. Pas pour résister à l’intrusion de quinze individus qui ont forcé le rideau du sas des ambulances pour passer, et ouvert de l’intérieur l’issue de secours incendie. »

« Où sont les sept autres agresseurs ? » demandent les médecins. Ils  rapportent qu’ils ont été menacés au tribunal et victimes d’intimidation. « Ils leur ont dit, le sourire aux lèvres, qu’ils se reverraient bientôt. Un autre médecin a été insulté. » Déjà, au lendemain de l’agression, trois personnes s’étaient présentées aux urgences du centre hospitalier pour leur demander de retirer la plainte. « On est en droit d’attendre de la prison ferme. On parle d’une violence extrême. On sera attentifs au jugement, soulignent les médecins. Les jours à venir vont être très difficiles sur le plan psychologique. C’est un épisode qui marquera l’histoire des urgences. Doit-on continuer dans ce contexte ? »

Caméras de surveillance

Et demain ? Réagissant aux chiffres ordinaux concernant les agressions de médecins, le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, a la solution. La voici :

 « Il appartient aux pouvoirs publics de prendre à bras le corps ce problème sociétal et de prendre toutes les mesures pour que les médecins, et plus largement les professionnels de santé, soient des professionnels protégés.

Cela passe notamment par la mise en place de lignes téléphoniques spéciales « urgence sécurité » pour les médecins pour alerter la police ou la gendarmerie, des caméras de surveillance aux abords des cabinets médicaux (tout en veillant au secret médical) et par la création d’un véritable statut de « professionnel protégé » pour les médecins. »

Pour l’heure Marisol Touraine garde le silence 1. Il fut un temps, pas si lointain, où nul n’aurait imaginé que l’on pût lever la main sur un médecin en train de soigner. Ce temps n’est plus. Cela s’est passé aux urgences du centre hospitalier de Tourcoing.

A demain

1 Interrogée ce mardi 18 dans l’après-midi lors des questions au gouvernement, Marisol Touraine a condamné la « violence incroyable » à l’hôpital de Tourcoing et réclamé des «sanctions exemplaires» contre les agresseurs.

 

Après le pain de Jean Valjean, la boîte de sauce tomate de la caissière d’Auchan, à Tourcoing

 

Bonjour

Victor Hugo avait tout inventé, à l’exception  de la CGT. C’est elle  qui, aujourd’hui accuse la direction d’Auchan City de Tourcoing après le licenciement d’une caissière. Elle aurait selon la direction de l’entreprise « intentionnellement fraudé ». Le syndicat ouvrier  conteste cette version et s’indigne d’une telle sanction au regard du préjudice : 85 centimes d’euros

L’employée est âgée de 41 ans. Elle est  préposée aux caisses-minute –là où les innombrables clients scannent eux-mêmes, gratuitement, leurs achats.  L’affaire vient d’être révélée par le quotidien Nord-Eclair : « Hôtesse de caisse d’Auchan « licenciée pour 0,85 € » : symbole de l’oppression ou de la fraude ? ». Les faits datent du 8 juillet dernier.

Préjudice financier

Selon Habib Hamdoud, délégué syndical CGT à Auchan City (interrogé par l’AFP) une cliente aurait, lors de son passage devant les caisses-minute  « volé » une boîte de sauce tomate, d’un montant de 85 centimes, avant d’être interpellée par le personnel de sécurité à la sortie de ce magasin de centre-ville.

« Cette cliente a tout mis sur le dos » de l’employée, qui a été mise à pied à titre conservatoire pour faute grave, rapporte le responsable syndical. Puis elle a été licenciée, ainsi que l’a confirmé à l’AFP un porte-parole de la direction. Ce dernier affirme au contraire que l’employée s’est livrée « à une série de manipulations frauduleuses, comme l’utilisation non appropriée de bons de réduction, l’annulation de paiement de certains produits et le non-enregistrement d’autres ».

La direction ne chiffre pas précisément le préjudice financier, évoquant seulement « quelques euros ». Elle ne « spécule pas » non plus sur une éventuelle complicité. Une employée, 41 ans, trois enfants, syndiquée CGT, « caissière à temps partiel » « aucun antécédent », « n’a jamais été en arrêt maladie », « ne pouvait avoir l’œil sur toutes les caisses ». La CGT « ne voit pas l’intérêt pour une hôtesse de risquer de perdre son boulot pour une boîte de sauce tomate ». Le syndicat  « exige sa réintégration dans ce magasin ou un autre ».

Engraissement

Il faut, ici, lire Nord Eclair. Extraits :

« Certains voient là l’attitude du grand patronat oppresseur des plus faibles. Les Mulliez en prennent pour leur grade et certains en appellent au boycott des magasins comme Régis G, Michel G. ou Philippe D. «  Faites comme moi, répertoriez les enseignes et arrêtez de les engraisser  », clame Chantal D. ou Abdelmadjid M.

Les défenseurs de la caissière pointent aussi les caisses automatiques. «  Il faut arrêter de vouloir faire du chiffre en mettant des caisses minute partout. Cela crée le chômage : une personne pour surveiller six caisses  », dénoncent François-Xavier W. et Serge P. Enfin, le dernier carré des défenseurs voit dans cette affaire une illustration de la loi travail, combattue au printemps par plusieurs syndicats. «  Ça ne fait que commencer  », prophétise Nelly B.

 Les détracteurs de la caissière citent le proverbe. « Qui vole un œuf vole un bœuf. » Voici ce qu’écrivent plusieurs internautes comme Grégory B ou Jean-Paul L. Pour Bunchil, «  un vol reste un vol. Si on laisse faire pour 0,85 €, dans dix ans on dira la même chose pour 100 €.  » Même sentiment pour Pascal L. «  Peu importe le montant, c’est le geste qui compte. Elle est mise en arrêt maladie avant l’entretien. Nous comprenons donc que son employeur perde confiance en cette salariée, le licenciement est donc bien justifié.  »

Le plus sage affirme Nicolas597871 est de s’en remettre à la justice. «  Le tribunal des prud’hommes va écouter les deux versions, les vérifier et rendre un jugement. S’il s’agit d’une erreur de 85 centimes, bien évidemment, Stéphanie aura gain de cause ». »

Les prud’hommes n’existaient pas au temps de Victor Hugo, pas plus que les Auchan City ni que l’Association familiale Mulliez.  En 1795 Jean Valjean a 26 ans et vit non loin de Tourcoing. L’hiver, glacial, va condamner sa famille à la mort par disette :

Bras ensanglantés

« Un dimanche soir, Maubert Isabeau, boulanger sur la place de l’église, à Faverolles, se disposait à se coucher, lorsqu’il entendit un coup violent dans la devanture grillée et vitrée de sa boutique. Il arriva à temps pour voir un bras passé à travers un trou fait d’un coup de poing dans la grille et dans la vitre. Le bras saisit un pain et l’emporta. Isabeau sortit en hâte ; le voleur s’enfuyait à toutes jambes : Isabeau courut après lui et l’arrêta. Le voleur avait jeté le pain, mais il avait encore le bras ensanglanté. C’était Jean Valjean. »

Il y a deux cents ans un homme arrivait à Montreuil-sur-Mer et sauvait deux enfants d’un incendie. On ne lui demande pas ses papiers d’identité. On connaît la suite. Qui sera, à Tourcoing, le Javert de la caissière ? Et pour qui, aujourd’hui, travaille-t-il ?

A demain