Justice et atrocité : comment faire pour tuer un condamné au-delà des normes civilisées

Bonjour

C’est un papier formidable, repéré sur NPR et livré par Slate.fr (Claire Levenson). Un papier où l’inhumanité institutionnelle le dispute à l’atrocité officiellement affichée. Nous sommes aux Etats-Unis, aux frontières de la barbarie. Condamné à mort pour meurtre et viol il y a vingt-trois ans, Russel Bucklew demandait à ce que son exécution ne soit pas pratiquée par injection létale – il souffre d’une pathologie qui rendrait son décès particulièrement douloureux. « Bucklew a en effet des tumeurs vasculaires sur le visage, le cou et la gorge et selon l’expertise médicale présentée par ses avocats, une injection risquerait de les faire éclater et il pourrait mourir étouffé par son propre sang » précise Slate.fr.

Aussi ce condamné avait-il tenté d’obtenir une exécution par inhalation forcée d’azote. Qui aurait pu dire non ? Ce fut Cour suprême américaine (neuf juges) : elle a refusé sa requête, avec une majorité de cinq juges conservateurs contre quatre. Bien que le huitième amendement de la Constitution des États-Unis interdise les peines «cruelles et inhabituelles», le juge Neil Gorsuch (nommé par Donald Trump) a écrit dans sa décision que la Constitution «ne garantissait pas une mort sans douleur» pour les condamnés.

 Dans un texte rédigé par le juge Stephen Breyer, quatre autres juges de la Cour suprême ont précisé que dans ce contexte, le condamné pourrait endurer une punition «atroce et grotesque». «Exécuter Bucklew en le forçant à […] s’étouffer avec son propre sang est en dehors des limites des normes civilisées», écrit le juge Breyer.

La tache de la barbarie

Faudrait-il ajouter que la requête de Buckley avait été soutenue par un groupe d’anciens employés de prison, y compris ceux qui participent aux exécutions. Dans une lettre à la Cour, ils avaient écrit«De telles exécutions ne servent pas les intérêts de l’État ou de la justice. Elles rendent les fonctionnaires complices de barbarie.»

 Barbarie ? « Pour la majorité des juges conservateurs, cette exécution est légale car l’État n’ajoute pas intentionnellement de souffrance supplémentaire, souligne Slate.fr. Neil Gorsuch écrit aussi que la requête du condamné à mort aurait dû être faite avant et qu’elle ne sert maintenant qu’à tenter de retarder l’exécution. »

Ce à quoi la juge Sonia Sotomayor (nommée par Barack Obama) a répondu: «Il y a des valeurs plus essentielles que le fait d’assurer que les exécutions se fassent à temps. Si la façon dont la peine de mort est mise en oeuvre viole la Constitution, c’est une tache indélébile.» Une tache épaisse qui sera désormais visible sur les robes des cinq juges conservateurs de la Cour suprême des Etats-Unis. Rouge sang.

 A demain

@jynau