Castrer c’est torturer ? (la suite américaine de l’affaire du chat anglais Mowgli)

Bonjour

La Toile est en émoi. Du moins cette fraction de la Toile où des aficionados s’étripent au sujet des chats et de l’expérimentation animale. Pour ne pas choquer nous ne monterons pas directement les images. Seules les personnes volontaires pourront les scruter. Il s’agit de chats américains et ces images peuvent choquer. Ou faire rire. C’est un peu partout, notamment dans Le Monde.  C’est ici.

Droits domestiques

« Chats torturés: la réalité derrière l’image ». Rien à voir avec la récente affaire Mowgli, bien réelle qui vit une citoyenne anglaise mettre dans son four micro-ondes son chat au motif qu’il aurait sorti un poisson-rouge domestique de son aquarium avec l’objectif (atteint) d’y faire sa fête. Un an de prison et privation de droits animaux domestiques (« Elle tue son chat Mogwly au micro-ondes : il avait mangé son poisson rouge »).

Rappelons qu’il n’est pas interdit de donner à  un chat le nom donné par un homme à un enfant indien qui fut élevé par des loups après avoir été perdu par ses parents lors d’une attaque de tigre dans la jungle ; enfant éduqué par un certain Baloo, vieil ours qui enseigne habituellement la loi de la meute aux louveteaux. Le tout dans une colonie de l’Empire britannique. Est-ce bien raisonnable ?

Le cas Mowgli

La justice britannique n’a pas dit si Mowgli était castré. Peut-être même n’a-t-elle pas cherché à l’établir, ce qui aurait pu être tenu pour une circonstance atténuante. Ou pas. C’est que la castration est la grande affaire des « propriétaires » de chats. La grande affaire, aussi des vétérinaires des villes. Il en va de même de l’expérimentation sur l’animal qui (depuis plusieurs décennies) la grande affaire des amis des bêtes. Expérimenter au service des hommes ? Est-ce bien justifiable ?

L’émotion en abyme qui prévaut aujourd’hui sur la Toile est amplifiée par le  Gircor    une association francophone de laboratoires publics de recherche, de grands instituts, de laboratoires pharmaceutiques  et de centres privés de recherche privés. Au final, des consommateurs d’animaux.  Cette association au nom qui peut faire peur s’est donné pour mission  de faire mieux faire connaître les raisons de l’expérimentation animale et les conditions dans lesquelles on s’y livre.

Chats à adopter

Le Giror s’inspire d’un site ami ( Speaking of Research ) qui revient lui aussi sur l’affaire  des chats  américains.  .

Soit une  photographie qui montre des chats dans des situations qui peuvent émouvoir les ami(e)s des chats. Une image qui vient de flamber sur Twitter  où elle est légendée  « Say NO to animal testing«  ; avec les commentaire que l’on imagine et dont les auteurs tiennent les vivisectionistes pour être moins que des bêtes (nous résumons).

Le cocasse de l’affaire est que cette photographie illustrait en réalité un article publié le 10 août 2011 dans The Gainesville Sun. Ce journal régional de Floride racontait sans méchanceté aucune que des étudiants vétérinaires de l’université de Floride avaient organisé (en collaboration avec plusieurs associations de défense des animaux) une vaste opération de stérilisation de chats abandonnés.

Mâles castrés

Il s’agissait, plutôt que de les tuer de faire en sorte qu’ils puissent être adoptés. Chacun sait en effet que les chats on plus de chances d’être adoptés par les hommes et les femmes quand ils ont été privés de leur fonction de reproduction. Surtout les mâles.

Rendre la vie des bêtes plus confortable ? On verra ici ce qu’est le point de vue, sur le bien-être des animaux, de l’Organisation mondiale de la santé animale (ou Office international des épizooties –OIE). Il s’agit ici d’une puissante institution. Une institution bien trop méconnue basée à Paris depuis 1924 et dirigée par le vétérinaire et haut fonctionnaire français  Bernard Vallat.

Santé animale

L’OIE œuvre dans le domaine du transport, de l’abattage des animaux dont nous nous nourrissons et de la destruction des animaux malades. Elle ne néglige pas non plus les animaux de laboratoires utilisés pour la recherche scientifiques destinée à la santé humaine comme à la santé animale. Elle élabore actuellement des directives pour faire en sorte que lors des cyclones et tremblements de terre les animaux puissent, eux aussi, être sauvegardé.

Les amis des bêtes devraient plus s’intéresser à l’OIE. On la trouve, elle aussi, sur la Toile. C’est ici.

A demain

Rage dans le Val d’Oise : un animal et des affaires d’importations illégales

L’alerte rabique (08 11 00 06 95) a été lancée il y a moins de vingt-quatre heures (mémoire-blog). Le chaton tricolore de la rue Marguerite avait été importé illégalement du Maroc. Il met en lumière une affaire internationale  de santé publique.

Fête de la Toussaint ou pas le système fonctionne. La cellule d’information du public qui a été mise en place hier par la préfecture du Val d’Oise a commencé ce matin à répondre aux premiers appels.

Quarante pavillons déjà visités

 L’objectif, c’est d’informer le public, et surtout de voir si d’autres personnes ont été contact avec le chat, a expliqué à l’Agence France Presse Gilles Prieto, directeur de cabinet du préfet du Val d’Oise. On cherche à déterminer comment l’animal est arrivé à Argenteuil, et à qui il a pu appartenir auparavant. Cela va sans doute prendre plusieurs jours. » Ou plus. « L’enquête de terrain progresse, nous a expliqué M. Prieto. Les habitants d’une quarantaine de pavillons ont pu être interrogés et des éléments nous laissent penser que l’animal trouvé enragé avait il y a peu été importé du Maroc. » Présomption qui colle avec les résultats du génotypage viral.

Adoption et précaution

L’animal, une femelle âgée d’environ deux mois, avait été trouvé dans la rue Marguerite par des particuliers. Ces derniers  ont aussitôt décidé de l’adopter. Avant de s’inquiéter devant  son « comportement agressif ». Puis le petit chat est mort. « Quand l’animal est décédé, ses propriétaires ont décidé par précaution d’appeler un vétérinaire. Ce dernier a eu un bon réflexe, en contactant l’Institut Pasteur » commente M. Prieto. Rien de plus rassurant que des réflexes vétérinaires en parfait état de fonctionnement.

Seul, le chat ne voyage pas

Aucun autre cas d’animal présentant des symptômes qui pourraient être ceux de la rage n’a pour l’instant été signalé. On postule, à la préfecture du Val d’Oise, que les éventuelles contaminations devraient être limitées. La base de ce postulat concerne les chats : « quand ils sont livrés à eux-mêmes, les chats restent généralement dans un secteur d’un kilomètre » explique encore M. Prieto. Les cinq personnes en cours de traitement par vaccination thérapeutique avaient été griffées par le chaton enragé.

Mais est-ce ce chaton qui a importé le virus rabique rue Marguerite ? N’a-t-il pas au contraire été lui-même contaminé par un autre animal, chat ou pas ? Une chose est certaine : il ne peut s’agir d’un cas autochtone. Le dernier cas autochtone français  recensé est celui d’un renard  abattu en octobre 1996 à  Maubert-Fontaine (Ardennes). « La France a été déclarée officiellement indemne de cette maladie en novembre 2001 par l’Office international des épizooties (OIE) » souligne le ministère français de l’Agriculture.

Jour de Toussaint

Interrogés en ce jour de Toussaint les services parisiens du ministère de l’Agriculture ne semblent guère intéressés. Ils ne peuvent fournir une liste exhaustive des cas de rage animale importés en France une décennie. Nos interlocuteurs nous conseillent d’aller sur le site ministériel – « occurrence « rage ». Ces cas y sont, ou pas, dans un relatif désordre.  On y retrouve la trace d’un cas en Vendée (2011, Maroc) et d’un autre (2008, Seine-et-Marne). Il semble qu’au cours des douze dernières années, dix cas de rage ont été diagnostiqués chez des chiens en France. Chacun de ces cas était directement ou indirectement lié à l’importation irrégulière d’un chien en provenance d’un pays où sévit cette maladie.

Rappel ministériel : « Pour être légalement importés en France à partir de pays extérieurs à l’Union européenne, les carnivores domestiques accompagnant les voyageurs doivent être correctement identifiés, valablement vaccinés contre la rage et répondre aux exigences sanitaires qui sont fixées selon les pays et disponibles auprès des ambassades ou sur le site Internet du ministère en charge de l’Agriculture. »

 Failles à nos frontières

On ajoutera que chaque cas animal importé est immanquablement le symptôme des failles dans les contrôles aux frontières. La France n’est pas la seule concernée. Le 21 octobre les Pays-Bas notifiaient  aux autorités sanitaires internationales deux cas de rage concernent deux chiots de quatre mois de la même portée en provenance de Bulgarie arrivés aux Pays-Bas le 5 octobre.

Le dernier cas humain autochtone connu de rage en France date de 1924  (auquel il faut ajouter un cas mortel en Guyane française, 2008). En 1982 un homme de 40 ans était mort de la rage à Toulon après avoir été mordu par un chien en Afrique de l’Ouest. Puis en 1991, un homme de 28 ans à Nice après une morsure de chien au Mexique. Le risque animal justifie quant à lui  les mesures en vigueur en France de marquage systématique des animaux domestiques.

Entre 50 000 et 100 000 morts par an

En 2005 le ministère français de l’Agriculture émettait une série d’informations pratiques sur le thème « Ne ramenez pas la rage dans vos souvenirs de voyage ». Les contrôles aux frontières (et la rage) étant ce qu’ils sont,  il ne serait pas inutile de réactiver cette initiative.    Pour l’Organisation mondiale de la santé animale la maladie continue d’être un fléau international.  Elle est présente de manière endémique dans de nombreux pays africains, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique. Selon l’OMS plus de cinquante mille personnes continuent d’en mourir chaque année. D’autres sources évoquent le double.

Louis Pasteur est mort en 1895 à à Marnes-la-Coquette (à cette époque en Seine-et-Oise).  En 2013 le virus est/était dans le Val d’Oise. Et, comme on peut le voir ici, il demeure bien vivant sur tous les continents.& Jusqu’à quand?

 

A(H7N9) : une veillée d’arme « exceptionnelle »

Pandémie ou pas ? Les informations en provenance de Chine ne permettent pas encore de trancher. Les médias n’ont pas les éléments pour réagir comme ils le firent lors de l’émergence du H5N1 ou du H1N1. Ou ils en ont trop.

Les organisations internationales (OIE, OMS, FAO, OMC) prennent position sur les tarmacs sanitaires et médiatiques. Une bien drôle de guerre, comme un balcon en forêt. Sans troupes allemandes certes ; mais avec un possible virus pandémique chinois.

Et, chez Gallimard, hasard ou fatalité, un ouvrage majeur de l’historien (EHESP) Patrick Zylberman (1)

 

En ce début d’avril 2013 le citoyen (journaliste ou pas) qui s’intéresse à l’actuel bouillonnement virologique A(H7N) a trois sources d’information (gratuites) à sa disposition. Soit l’OMS, que l’on retrouve ici. Soit l’OIE, ici-même. Et encore la FAO, en cliquant ici.

Trois sources on ne peut plus prolixes mais, au final, bien peu de certitudes en provenance de Chine. Une Chine qui fait pourtant preuve d’une transparence remarquable pour qui se souvient des brouillards du SRAS. Ainsi ce que transmet à Genève la Commission de la santé et de la planification familiale chinoise a notifié à l’OMSdix cas confirmés en laboratoire d’infection humaine par le virus grippal A(H7N9) supplémentaires.

un homme de 70 ans originaire du Jiangsu et tombé malade le 29 mars 2013; un homme de 74 ans originaire du Jiangsu et tombé malade le 2 avril 2013; un homme de 65 ans originaire du Zhejiang et tombé malade le 3 avril 2013; une femme de 76 ans originaire de Shanghai et tombée malade le 1er avril 2013; une femme de 81 ans originaire de Shanghai et tombée malade le 4 avril 2013; un homme de 74 ans originaire de Shanghai et tombé malade le 11 avril 2013; une femme de 83 ans originaire de Shanghai et tombée malade le 2 avril 2013; un homme de 68 ans originaire de Shanghai et tombé malade le 4 avril 2013; un homme de 31 ans originaire du Jiangsu et tombé malade le 31 mars 2013 et un homme de 56 ans originaire du Jiangsu et tombé malade le 3 avril 2013.

Soit, à ce jour, un nombre de cas d’infection par le virus grippal A(H7N9) confirmés en laboratoire en Chine de 38 au total, parmi lesquels 10 décès, 19 cas sévères et 9 cas bénins. « Plus de 760 contacts proches des cas confirmés font l’objet d’une surveillance étroite, ajoute Pékin. Le gouvernement chinois enquête activement sur cet événement et a relevé le niveau de surveillance. Des analyses rétrospectives sur des prélèvements provenant de cas récemment signalés d’infection respiratoire sévère pourraient révéler des cas supplémentaires, passés inaperçus précédemment. Un groupe de travail intergouvernemental spécial a été formellement établi et sa coordination a été confiée à la Commission nationale de la santé et de la planification familiale, au Ministère de l’agriculture et à d’autres ministères clés. Le secteur de la santé animale a intensifié ses investigations sur les sources et les réservoirs possibles du virus. » À l’heure actuelle l’OMS assure  ne disposer d’aucune preuve d’une transmission interhumaine en cours.

Tamiflu toujours en question

L’OMS nous rassure autant que faire se peut : le siège suisse est en contact avec les autorités nationales et suit de près cet événement. Il coordonne la réponse internationale et organise la coopération avec les centres collaborateurs OMS de référence et de recherche pour la grippe et d’autres partenaires pour s’assurer de la disponibilité des informations et de la mise au point de matériels destinés au diagnostic et au traitement de la maladie et au développement de vaccins. Mais le fait est là : aucun vaccin n’est actuellement disponible pour ce sous-type de virus grippal. Les résultats d’essais préliminaires fournis par le Centre collaborateur de l’OMS en Chine laissent à penser qu’il est sensible aux inhibiteurs de la neuraminidase (oseltamivir et zanamivir). La multinationale Roche doit être en première ligne pour assurer les précieuses livraisons. Et ce alors même que comme le rappelle le BMJ le dossier du Tamiflu continue à poser question.

FAO n’est pas en reste qui insiste aujourd’hui « sur la nécessité d’adopter des mesures de biosécurité drastiques ». « Contrairement à d’autres souches, y compris celle de la grippe aviaire H5N1, hautement pathogène, ce nouveau virus est difficile à détecter chez les volailles parce que les animaux montrent peu – voire aucun – signe de maladie » souligne-t-on à Rome.  Où l’on n’oublie pas le langage diplomatique indispensable avec une telle puissance : « la FAO félicite la Chine pour avoir fait rapidement état des cas observés chez l’homme et pour avoir informé l’opinion publique en détail sur la nature du virus et avoir pris d’autres mesures de précaution. Grâce à ces informations, la FAO et la communauté scientifique internationale peuvent analyser la séquence virale dans l’espoir de mieux comprendre le comportement du virus et son incidence potentielle chez les êtres humains et chez les animaux. »

Soit, en pratique, six recommandations

1 Tenir toutes les volailles et tous les animaux d’élevage à l’écart des zones d’habitation. Un contact direct avec des animaux infectés peut mettre les personnes en danger. Cette séparation entre animaux et êtres humains est cruciale dans la mesure où la grippe A(H7N9) déclenche peu, voire aucun, signe de maladie chez les volatiles.

2 Tenir les oiseaux sauvages éloignés des volailles et des autres animaux, séparer les différentes espèces de volailles et d’animaux. Pour séparer les espèces et limiter les risques de transmission, il est possible d’utiliser des écrans, des clôtures ou des filets.

3 Signaler tout animal malade ou mort aux autorités vétérinaires (ou de santé publique) locales. Si ce n’est pas possible, informer vos voisins et les représentants de la collectivité. Il est important que tous les signes de maladie ou de morts subites et inexpliquées de volailles, d’oiseaux d’élevage, d’oiseaux sauvages ou d’autres animaux soient rapportés aux autorités pour permettre à ces dernières d’y remédier et de stopper la propagation du virus.

4 Se laver souvent les mains pour tuer le virus. Et se laver systématiquement les mains après avoir été en contact avec des oiseaux, volailles ou autres animaux, après avoir préparé et cuisiné des produits d’origine animale, et avant de manger.

Consommer des produits carnés bien cuits. Ne jamais consommer d’animaux malades ou morts de maladie, et ne jamais les donner ou les vendre. Ces animaux ne doivent pas non plus servir à alimenter d’autres animaux.

6 Demander immédiatement conseil à un médecin si vous avez de la fièvre après avoir été en contact avec des volailles, des oiseaux d’élevage, des oiseaux sauvages ou d’autres animaux.

S’il est confirmé que cette grippe d’origine animale menace la santé humaine, l’élimination des animaux atteints apparaît comme la solution appropriée à condition d’être réalisée de manière humaine et que les éleveurs concernés touchent des compensations appropriées

Le CDC chinois – aidé d’un maillage dense d’un réseau de surveillance des maladies respiratoires – a rapidement procédé à une analyse virale détaillée et a conclu qu’il s’agissait d’une nouvelle forme du virus H7N9, différente de celle connue jusqu’alors. Ce virus avait déjà sévit en effet dans le pays entre 2003 et 2009 – avec un maximum de 6 décès annuels en 2006 – pour un total de 25 morts. En 2008, un virus H7N9 avait été isolé en Mongolie mais n’avait pas été considéré comme très pathogène  Ce virus est doté d’un potentiel pandémique puisque la population humaine n’a pas été exposée massivement par le passé aux virus H7 ou N9 et ne possède donc pas des anticorps dirigés contre ce virus.

Pour sa part le site Medscape rappelle, en France, que  tout a commencé à la mi-mars, avec dans un premier temps la détection de trois cas de décès d’origine inconnue à Shanghai et dans la province de Anhui. Ces personnes jeunes (45 et 48 ans) ou moins jeunes (83 ans) étaient mortes des suites d’une infection respiratoire basse foudroyante. Seule une d’entre elles étaient en contact avec de la volaille.  Ces trois premiers cas viennent de faire font l’objet d’une publication dans The New England Journal of Medicine.

 Editorial de Nature

« Le gène de la protéine N de ce virus est similaire à celui d’une souche H11N9 isolée en Corée en 2011, en Chine en 2010 et en république tchèque en 2005, toutes des souches aviaires, précise Medscape. Celui de la protéine H a déjà été isolé lui aussi dans des souches aviaires. Il semble donc que le virus soit purement aviaire, contrairement au virus H1N1 qui était le fruit d’un réarrangement entre des virus aviaires, porcins et humains. Le séquençage montre aussi que le virus H7N9 a acquis une mutation spécifique qui lui permet de se fixer au niveau des cellules pulmonaires humaines par le biais d’un récepteur. C’est l’absence de contacts précédents chez l’homme – donc d’antigénicité contre ce virus – qui fait tout le potentiel pathogène de ce virus. Reste que pour l’instant il semble peu transmissible d’homme à homme mais c’est une donnée qu’il va falloir particulièrement surveiller dans les jours à venir.

A l’heure actuelle, aucun vaccin pré-pandémique H7N9 n’a été développé. Pour autant six vaccins  spécifiquement dirigés contre H7 (H7N2, H7N7, H7N3, H7N1) sont en cours de développement.Le 2 avril, un éditorial est paru dans la revue Nature (2) soulignant le potentiel pandémique de ce virus.

Quête obsessionnelle médiatique du malheur

L’OIE annonce elle aussi qu’elle est aujourd’hui « pleinement engagée » dans l’effort mondial collectif pour gérer ce nouveau risque. L’OIE rappelle que lors de la crise précédente (et sans précédent) due au virus H5N1 elle a géré des banques régionales de vaccins. Aujourd’hui elle « souhaite faire profiter la communauté mondiale de son expérience dans ce domaine ». En sachant que la  disponibilité d’un vaccin efficace pour protéger les volailles du virus A(H7N9) en quantités appropriées « pourrait prendre quelques temps ». Du maniement international de l’euphémisme en quelque sorte. Une part importante, essentielle, du travail de cette organisation consiste, dans le même temps, à élaborer par les normes indispensables pour se protéger de l’introduction de maladies et d’agents pathogènes par le biais des échanges commerciaux d’animaux et de leurs produits. Le tout « sans pour autant instaurer des barrières sanitaires injustifiées ». Qui fait ici la part de ce qui est juste et de ce qui ne l’est plus ? L’OIE ne nous le dit pas.

« Selon l’information disponible aujourd’hui, nous sommes confrontés à une situation assez exceptionnelle nous a déclaré le Directeur général de l’OIE, Dr Bernard Vallat.  J’entend par  exceptionnel  ce qui n’est pas habituel : un influenza d’origine aviaire qui infecterait l’homme sans symptôme chez les oiseaux. »

Fatalité ou hasard ? « Tout concourt aujourd’hui à exalter la logique du pire sur laquelle s’appuie l’intelligence de la terreur biologique » nous prévient Patrick Zylberman l’historien dans l’avant-propos de ses Tempêtes. Une logique du pire qui n’est pas sans faire songer à cette quête médiatique obsessionnelle du malheur qui caractérise les temps que nous traversons, souvent en compagnie de journalistes, historiens de l’instant.

(1) Zylberman P. Tempêtes microbiennes. Essai sur la politique de sécurité sanitaire dans le monde transatlantique, Paris Editions Gallimard, Collection NRF Essais, 2013. Nous y reviendrons

(2) http://www.nature.com/news/novel-bird-flu-kills-2-in-china-1.12728

 

Variole et peste bovine : détruire ou ne pas détruire ?

 

La presse d’information générale ne parle guère des maladies animales. Et c’est bien dommage. Les préoccupations des vétérinaires s’inscrivent souvent dans le champ de la santé publique. Une illustration nous en est donnée aujourd’hui avec la peste bovine qui sous-tend un questionnement similaire à celui de la variole; un méchant serpent de mer vieux de plus de trente ans. L’homme doit-il détruire ou conserver dans ses réfrigérateurs un agent pathogène qu’il est parvenu à faire disparaître de la surface de la Terre ?  C’est là une bien belle question de philosophie biologique qui passionne aussi  quelques amateurs de bioterrorisme.

La FAO et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) ont lancé lundi 23 juillet un appel solennel demandant un moratoire mondial sur l’ensemble des recherches scientifiques utilisant le virus vivant de la peste bovine. En pratique ces deux organisations internationales veulent obtenir au plus vite la destruction des échantillons de virus et du matériel biologique potentiellement dangereux qui sont actuellement stockés dans plus de quarante laboratoires du monde entier et dont certains ne répondent absolument plus aux conditions de biosécurité qui sont aujourd’hui exigées.

Les responsables des deux organisations estiment toutefois que certaines réserves de virus devraient être conservées pour la production de vaccins et la recherche scientifiques au cas où la maladie réapparaîtrait naturellement à partir de la faune sauvage, accidentellement encore de manière délibérée lors d’actions de bioterrorisme.

La peste bovine, est une maladie d’origine virale (le Rinderpest virus) aux conséquences souvent mortelles sévissant sur un mode épidémique chez les bovins et les buffles. Ses conséquences économiques peuvent être redoutables. Introduit en Europe via, suppose-t-on, les invasions des Huns, le Rinderpest virus  a tué, sur le Vieux Continent, deux cents millions de bovins vers le  milieu du XVIIe siècle. Des épidémies ont continué à être observées en Russie et en Europe centrale jusqu’au début du XXe siècle.

À partir des années 1960, des campagnes massives de vaccination dans les pays concernés associées à une surveillance active permirent une régression importante de la maladie. Puis, après une réapparition brutale sur le continent américain dans les années 1980 elle avait pu être éradiquée. Le dernier foyer épidémique connu date de 2001 au Kenya.

La stratégie actuelle de la FAO et de l’OIE n’est pas sans rappeler celle de la destruction programmée du virus de la variole. Et comme dans le cas de la variole depuis 1980 l’affaire commence déjà à traîner en longueur; essentiellement pour des raisons de bureaucratie onusienne et de rapports de pouvoirs nationaux. L’éradication de la peste bovine avait été officiellement proclamée par l’OIE et la FAO il y a plus d’un an. Et en mai 2011  les deux organisations avaient déjà fixé cet objectif de destruction des réservoirs des souches virales, un objectif majeur en termes de santé publique vétérinaire. Depuis rien n’a été fait, sinon la « création d’un comité mixte » constitué de « sept experts indépendants ». L’urgence ne semble guère d’actualité.

L’heure est donc, à nouveau, à la destruction des stocks restants de virus ou à leur stockage dans  un nombre restreint (un par continent) de laboratoires de confinement agréés. Toute recherche utilisant le virus vivant est d’autre part prohibée. « Si le virus de la peste bovine demeure présent dans un grand nombre de laboratoires du monde entier, nous ne pouvons affirmer que le risque de réapparition est nul. Il faut s’atteler en priorité à détruire les stocks non sécurisés du virus et à maintenir la vigilance jusque-là » explique-t-on auprès de l’OIE.

Les pays africains ont trouvé une solution : les virus encore stockés seront soit détruits soit transférés au Centre panafricain des vaccins vétérinaires de l’Union africaine installé en Ethiopie. Les pays des autres continents sont loin du consensus dans ce domaine et en dépit des risques sanitaires les tractations risquent d’être fort longues. Soit, selon le Dr Bernard Vallat, directeur général de l’OIE, « entre un et cinq ans ».

Le Dr Vallat pèche-t-il ici par optimisme ? Au vu de l’enkystement de la problématique du virus variolique on peut sans grand risque évoquer le diagnostic.