L’histoire véridique du maire qui sucre le RSA de ses concitoyens alcooliques

 

Bonjour

C’est dans le beau département de l’Oise que l’on trouve la gentille bourgade de Pont-Sainte-Maxence. Nous sommes à cinquante kilomètres de Paris mais, déjà, dans les Hauts de France. L’Homme est ici depuis la Préhistoire. Des fouilles archéologiques ont mis au jour l’existence d’un site néolithique, des nécropoles et des zones agricoles. Aujourd’hui le calme de la cité (13 000 habitants) est gravement troublé par « une demi-douzaine de personnes qui s’alcoolisent dans le centre-ville ».

Le maire de Pont Sainte-Maxence s’appelle Arnaud Dumontier. Il tient un blog et est étiqueté « Les Républicains ». Forte personnalité. « C’est une sorte de Rudolph Giuliani picard, du nom du maire de New York qui fit, avec un certain succès, de la tolérance zéro l’alpha et l’oméga de sa politique de lutte contre la criminalité » dit de lui Le Courrier Picard.  M. Dumontier aime l’ordre, la propreté et son centre-ville. En janvier dernier il avait, avec le député voisin Eric Woerth, lancé une opération médiatisée pour y déloger « la racaille » et les drogués. Lui vivant, on ne verrait pas Pablo Escobar s’installer sur les berges de l’Oise.

Picoler ou s’insérer

Aujourd’hui M. Dumontier va plus loin comme le rapportent Le Parisien et Ouest-France. Pour lutter contre les bénéficiaires du RSA qui s’alcoolisent dans les rues de sa ville il a choisi de les dénoncer aux services du département chargés d’attribuer l’allocation. Opération réussie, sans karcher : le premier vient de se voir retirer 80% de son RSA pendant trois mois.

Il s’agit pour M. Dumontier de « nettoyer les rues des ivrognes ».  « Toucher l’aide de l’État pour la picoler, est intolérable » dit le maire. Il a été entendu par l’Etat. Les services concernés assurent qu’il ne s’agit pas d’une « sanction contre l’alcoolisme de l’allocataire » mais d’un signal pour « le non-respect des obligations en matière d’insertion ». « S’alcooliser n’est pas une clause de sanction. L’obligation d’insertion en est une. Elle est d’ailleurs stipulée par le contrat que le bénéficiaire du RSA signe », expliquent les services de l’Etat.

Bottes républicaines

M. Dumontier n’est pas seul dans son combat. Le département de l’Oise affirme recevoir« de nombreux signalements et des dénonciations anonymes »qui conduisent à mener des enquêtes et à statuer sur certains cas lors de commissions disciplinaires. Mais M. Dumontier n’a pas que des amis. En témoignent les quarante-neuf mains courantes à son encontre, pour la plupart déposées par des associations de solidarité.

Pour l’heure, droit dans ses bottes politiques, M. Dumontier continue son combat pour la propreté radicale de son centre-ville. Il adressera d’autres courriers au département et continuera sa campagne de « dissuasion ».  « Je suis le maire de ceux qui se lèvent tôt, affirme-t-il. Ces derniers sont venus me dire qu’ils en ont marre de payer des impôts pour ces indésirables ivrognes. »​​​​​​​

Il faut savoir gré à M. Dumontier. Dans la période de grande confusion idéologique que nous traversons ce sont de tels maires qui nous rappellent que la jungle n’est jamais loin du centre de nos villes. La jungle, la peur, la méchanceté et son cortèges d’absurdité.

A demain

Stupéfiants : faudra-t-il, demain, les dépister chez les chômeurs indemnisés ?

 

Bonjour

Sombres nuages sur l’Amérique. Le temps se couvre, outre-Atlantique. L’information est disponible sur le site Slate.fr (Claire Levenson). Aux États-Unis, le ministère du Travail vient officiellement d’autoriser les États à exiger un dépistage de drogue pour les demandeurs d’emploi qui souhaitent obtenir des allocations chômage. Les Républicains au Congrès ont récemment voté pour éliminer une disposition mise en place par Barack Obama qui s’opposait à une telle pratique.

« En décembre dernier, le gouverneur républicain du Wisconsin, Scott Walker, avait envoyé une lettre ouverte à Donald Trump, lui demandant de changer les règles afin qu’il puisse soumettre les personnes bénéficiaires de certaines allocations à des dépistages, rapporte Slate.fr. Son vœu a été exaucé.

Idem en Australie

Aux Etats-Unis l’idée de ce type de dépistage a émergé pendant la récession de 2009, lorsque des Républicains ont pensé pouvoir ainsi économiser de l’argent. « Pourtant, l’expérience montre que ces mesures sont en général inefficaces, note Slate.fr. Dans sept États américains, les tests de drogue sont déjà obligatoires pour les bénéficiaires de l’équivalent américain du RSA. Les résultats de ces initiatives montrent qu’elles sont coûteuses : la somme dépensée pour mettre en place les dépistages est bien supérieure aux économies faites via la cessation d’allocations pour les personnes qui ont testé positif. »

Ne parlons pas d’éthique. Qu’en serait-il si l’entreprise s’était révélé rentable ?

Et puis, sur le fil de l’AFP, cette nouvelle: le gouvernement australien vient d’annoncer la pratique de tests de dépistage de drogues parmi les sans emploi pour dissuader les chômeurs de dépenser leurs allocations en stupéfiants. Il s’agit d’un test qui portera sur des personnes nouvellement sans emploi, selon les autorités, qui disent vouloir lutter contre l’usage des stupéfiants alimenté par la protection sociale. «  C’est un ballon d’essai qui portera sur 5.000 personnes et si ça ne marche pas, on l’arrêtera et si cela aide les gens, on continuera, cela serait stupide de ne pas le faire» a déclaré le ministre des Finances Scott Morrison.

Jean Gabin

Michael Hiltzik fait valoir, dans le Los Angeles Times, que le vrai but de ces mesures est de « diaboliser les pauvres » à des fins politiques. On peut voir là une variante américaine de la formule « salauds de pauvres ». Bien avant Coluche, Jean Gabin la prononce en 1956, dans le célèbre film La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara (inspiré d’un roman de Marcel Aymé).

Drogue et allocation chômage ? « L’argent du RSA sert à acheter de l’alcool, de la drogue et à la prostitution ». Ce sont les termes de Norbert Bouvet, vice-président du conseil départemental de la Mayenne (Les Républicains) en charge de l’économie, de l’emploi et de l’éducation et porte-parole de François Fillon en Mayenne. Des propos qu’il a tenus au micro de France Bleue Mayenne le 24 novembre 2016. Puis, comme on avait pu le lire dans Ouest-France, réaffirmés dans l’enceinte du conseil départemental, face à une opposition ulcérée.

Coluche

Le temps, parfois, se lève outre-Atlantique. A Montréal, au Canada, le centre d’hébergement pour SDF « La Maison du Père » vient d’inaugurer quatre nouvelles « chambres dédiées aux soins palliatifs et de fin de vie ». Deux de ses chambres sont destinées à des hommes encore autonomes qui « pourront y séjourner pour une durée de quelques mois », les deux autres seront offertes aux résidents qui vivent leurs derniers instants.

 Pour le directeur général du paternel établissement, il s’agit de « leur rendre un dernier hommage, (…) de les accompagner avec dignité jusqu’au bout et de permettre à leurs pairs de faire leur deuil et de savoir qu’ils ne mourront pas dans l’oubli et l’indifférence ». C’est aussi une réponse au vieillissement significatif des personnes sans domicile fixe de plus en plus nombreuses à souffrir de maladies évolutives chroniques.

A Montréal, de l’autre côté de la frontière américaine et bien loin de la Mayenne, « La Maison du Père » a cette formule : « Donner pour que la rue ait une issue ». On songe à Coluche, plus qu’à François Fillon.

A demain

 

Dernière inauguration présidentielle : un futur hôpital flambant neuf à Belle-Ile-en-Mer

Bonjour

Il partira bientôt. Il partira mais on ne changera ni son humour décalé ni ses allusions pour les milieux autorisés. François Hollande était, vendredi 28 avril, à Belle-Ile-en-Mer, l’une des beautés du Ponant chérie en son temps par François Mitterrand. Et Ouest-France était, comme toujours, présent. Pourquoi Belle-Ile ? Le président de la République était là en compagnie de Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne, ministre de la Défense et désormais proche d’Emmanuel Macron. Le pouvoir comme en vacances.

Et puis, à l’ombre de la citadelle de Vauban, le président de respirer.  « On a besoin d’air pur, parce qu’il y a quand même aussi des mauvais vents, donc il faut chasser les mauvais vents. Il faut aller vers le grand large, jamais se replier, jamais se confiner ». Non loin du dynamique « Poisson rouge » le président a ajouté, concernant les mauvais vents : « Ce sont toujours les mêmes, les vents du nationalisme, les vents du repli, le vent de la peur, et pour ça il faut accepter de s’ouvrir, d’aller vers le grand large ».

Pourquoi Belle-Ile ? Il faut ici lire l’omniprésent Télégramme

« Arrivé vers 8 h 30, accompagné du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, François Hollande a été accueilli à l’aérodrome de Bangor par le maire de Le Palais, Frédéric Le Gars, et le maire de la commune de Bangor, Annick Huchet. Après avoir déjeuné à l’Hôtel du Grand large, à l’invitation d’Yvan et de Dominique, ses propriétaires, les îliens ont trouvé un président détendu et souriant, loin des ors de la République. Un François Hollande accessible, à l’écoute des préoccupations des représentants de l’agriculture, du tourisme et, bien sûr, des élus. Les contraintes insulaires, l’association des Iles du Ponant, la pêche, le tourisme et sa saisonnalité, la fragilité territoriale et son « vent d’avenir » étaient dans le souffle du jour. »

Dernier chantier et parapluie

François Hollande en visite à Belle-Ile ?  Le chef de l’Etat a officiellement lancé ce qui sera son dernier chantier : la restructuration de l’hôpital Yves-Lanco prévue sur plus de deux ans. Tous les détails sont donnés par Le Quotidien du médecin.

Certains bâtiments étant (euphémisme) vétustes, la Haute Autorité de santé (HAS) avait formulé plus de cent recommandations et demandé à l’établissement de mettre en conformité sa sécurité incendie et sa sécurité électrique (sic). Au final l’ensemble du site va bénéficier d’une opération de reconstruction de 26 millions d’euros. Le cabinet d’architecte Victor Castro a été chargé des plans du projet en juin 2016 (après avoir réalisé la restructuration et l’extension du Centre hospitalier Sainte-Anne). La réalisation des travaux a été confiée à la société Bouygues. Le futur bâtiment, sur 7 700 m² de surface plancher, regroupera différents services dans un même lieu. Il est prévu une unité de soins non programmés, un plateau en rééducation, un pôle santé avec consultation externe et SSIAD, une unité de dialyse, une unité d’hospitalisation en médecine, SSR et soins palliatifs, mais aussi cinq « maisonnées d’EHPAD ». Le bâtiment devrait être livré au 1er semestre 2019.

Avant de quitter Belle-Ile le président de la République a écouté Thibault Grollemund premier adjoint au maire de Palais et président du comité de surveillance de l’hôpital : « Vous trouverez toujours un accueil amical et fraternel. Et dans quelques décennies, quand vous déciderez de prendre une retraite bien méritée, nous aurons tout ce qu’il faut pour vous accueillir. On troquera un petit coin de parapluie contre un coin de paradis ». Parapluie ?

A demain

 

Qui vissera sa plaque dans les dunes dorées de Saint-Lunaire, petit bijou balnéaire breton ?

 

Bonjour

Au départ il y a Saint Lunaire (vers 509 – vers 560-580). Un saint catholique par ailleurs armoricain. Parfois appelé Lenor, Launeuc ou Lormel (voire Léonard). Son culte s’étend de la pointe occidentale de l’Armorique jusqu’aux marches de Bretagne – voire à l’Avranchin.

Puis vint Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine). Station balnéaire située à l’ombre de Dinard. « Son bourg s’étend sur les dunes sablonneuses (mielles) accumulées entre deux massifs de granite (bien lire granite) et grès se jetant de manière subméridienne vers la mer de la Manche, les pointes du Nick, du Décollé et de la Garde Guérin, nous dit la Toile. Avec l’urbanisation, seules subsistent les plages de sable fin (découvertes de quelque 300 mètres à grande marée) dites Grand’Plage et plage de Longchamp, toutes deux barrées de digues construites pour la promotion immobilière à la fin du XIXe siècle et dans les années 1930. »

Aujourd’hui rien ne va plus à Saint-Lunaire. « La prochaine saison touristique donne des sueurs froides à la mairie, rapporte Le Quotidien du Médecin.  Le Dr Françoise Robert, généraliste libérale [conventionné secteur 1. Carte Vitale acceptée], est en effet sur le point de prendre sa retraite. Problème, elle est le seul omnipraticien de cette petite commune de 2 300 habitants. »

Plaquette de bienvenue

La municipalité, dirigée par Michel Penhouët, n’est pas inactive. « Une communication tous azimuts se met en place, via des annonces diverses et notre site Internet », indique-t-il à Ouest-France : « Saint-Lunaire en quête de médecin(s) généraliste(s) ». Une « plaquette de bienvenue aux médecins généralistes » a été confectionnée. Elle sera bientôt sur internet.

« Elle vante les qualités du site lunairien : l’accueil et l’attractivité de la commune (300 logements construits en dix ans), des commerces de proximité, un marché hebdomadaire, des associations nombreuses, des animations… Gage pour les candidats médecins d’une patientèle assurée. Pour les loisirs, la plaquette mentionne aussi le yacht-club flambant neuf, des courts de tennis, deux centres équestres, le centre culturel et le cinéma, un golf à proximité… »

Mieux encore, le médecin ne sera pas isolé, dans son cabinet mis à sa disposition gratuitement pendant deux ans. Ici sont déjà installés un dentiste, quatre kinés, un podologue, quatre infirmières, un psychologue, un psychothérapeute, un ostéopathe…. Que dire de plus ? La commune a aussi sa pharmacie et SOS médecins est présent pour les gardes. Les médecins, parents d’enfants, ont également deux écoles à leur disposition, publique et privée et un restaurant scolaire bio.

Homards bleus

Vous hésitez ? Dinard est à 3 km, Saint-Malo à 15 km, Rennes à 45 minutes, Paris à 2 h 30 en TGV, et Londres à 1 h 15 au départ de l’aéroport de Pleurtuit. Ici le « bassin de vie de Dinard » abrite trente-deux généralistes. Saint-Lunaire n’est donc pas un désert médical. Et en saison la population du bijou balnéaire breton est multipliée par dix. Hier encore on serait venu ici à bride abattue.

« J’étais persuadé qu’à Saint-Lunaire, comme le cadre est extraordinaire, que l’on aurait aucun mal à recruter un médecin. Je me trompais ! », a confié le maire à France Bleu . La France change, la Bretagne aussiBien au-delà des déserts, un cadre extraordinaire, du sable fin, des homards bleus et un restaurant bio ne suffissent plus à attirer les médecins généralistes. Pourquoi ?

A demain

 

 

 

Une fillette de 4 ans meurt d’une tuberculose pulmonaire et méningée au CHU de Rennes

 

Bonjour

Le spectre de la tuberculose. C’est une mort qui survient en pleine polémique nationale vaccinale. Une fillette de 4 ans est décédée des suites d’une tuberculose il y a quelques jours à l’Hôpital Sud de Rennes.  Sa famille vit à Vildé-Guingalan, près de Dinan (Côtes-d’Armor). Une campagne de dépistage est lancée dans son école maternelle. « Informée de ce cas très rare dans notre pays de nos jours, l’Agence Régionale de Santé (ARS) a organisé une réunion à destination des parents d’élèves de l’école à la salle des fêtes de Vildé-Guingalan, en présence d’un médecin et d’une infirmière » précise Ouest-France.

La fillette était scolarisée en classe de petite et moyenne section. Une campagne préventive de dépistage a été lancée. Les élèves des deux classes de maternelle de cette école seront notamment soumis à une radio pulmonaire, qui sera renouvelée dans trois mois.

L’école de Vildé-Guingalan

« ’’Ce protocole est proposé à toutes les personnes ayant eu un temps de contact cumulé de 8 heures lors des trois derniers mois ’’ a expliqué à Ouest France un médecin de l’ARS. Cela inclut donc les enfants de maternelle scolarisés avec la fillette, le personnel et les enseignants, ainsi que la famille et les proches. Ce dépistage sera proposé le 28 février, à l’école de Vildé-Guingalan. Les personnes concernées pourront également l’effectuer via leur médecin traitant. »

Le quotidien breton prend soin de préciser que ce cas mortel est différent des cas de méningite détectés à Broons, au sud de Dinan. Mi-décembre, au collège Jean-Monnet, deux élèves de quatrième avaient développé une méningite d’origine bactérienne (à méningocoques). L’ARS avait alors lancé une campagne de vaccination auprès de 600 personnes en janvier.

L’enfant n’était pas vaccinée

Le cas a été notifié à l’ARS de Bretagne le 2 février dernier. « La fillette présentait une atteinte méningée mais aussi une atteinte pulmonaire, a précisé au Quotidien du Médecin le Dr Pierre Guillaumot, médecin-inspecteur de santé publique à l’ARS de Bretagne. Elle n’était pas vaccinée car elle ne faisait pas partie des populations chez qui le BCG reste recommandé 1. En raison de la contagiosité – l’enfant était BK+ – une campagne de dépistage va être proposée aux personnes qui ont été en contact avec elle pendant plus de 8 heures dans les trois derniers mois à moins de deux mètres. » En cas de découverte d’une infection tuberculeuse latente, un traitement antituberculeux est mis en route.

En Bretagne et en 2015 cent-quatre vingt dix cas de tuberculose ont été signalés (dont sept chez enfants de moins de 15 ans) et sept cas de méningites tuberculeuses (essentiellement chez des personnes âgées).

L’incidence de la tuberculose maladie diminue en France chaque année. C’est ce phénomène qui a été l’un des facteurs qui a conduit les autorités sanitaires à suspendre l’obligation vaccinale en juillet 2007. Et à passer d’une vaccination universelle obligatoire à une vaccination ciblée recommandée chez les enfants à risque de tuberculose. Un bilan réalisé en 2012 (« Bulletin épidémiologique hebdomadaire » du 12 juin 2012, n° 24-25) ne montrait pas d’impact du changement de politique vaccinale. Une vaccination antituberculeuse qui soulève, elle aussi, de considérables problèmes pratiques comme nous l’expliquions il y aura bientôt un an.

A demain

1 Depuis août 2007 la vaccination par le BCG ne peut plus être exigée à l’entrée en collectivité mais « fait l’objet d’une recommandation forte pour les enfants à risque élevé de tuberculose ». Pour les enfants exposés à un risque élevé de tuberculose, la vaccination par le BCG est recommandée dès la naissance. Les nourrissons âgés de moins de 3 mois sont vaccinés par le BCG sans test tuberculinique préalable. Chez les enfants à risque non vaccinés, la vaccination peut être réalisée jusqu’à l’âge de 15 ans. L’intradermoréaction (IDR) à la tuberculine préalable à la vaccination doit être réalisée à partir de l’âge de 3 mois pour éviter de vacciner un enfant qui aurait déjà été infecté. La vaccination ne s’applique qu’aux personnes ayant une intradermoréaction à la tuberculine négative.

Sont considérés comme enfants à risque élevé les enfants qui répondent au moins à l’un des critères suivants : – enfant né dans un pays de forte endémie tuberculeuse ; – enfant dont au moins l’un des parents est originaire de l’un de ces pays ; – enfant devant séjourner au moins un mois d’affilée dans l’un de ces pays ; – enfant ayant un antécédent familial de tuberculose (collatéraux ou ascendants directs) ; – enfant résidant en Île-de-France, en Guyane ou à Mayotte ; – enfant dans toute situation jugée par le médecin à risque d’exposition au bacille tuberculeux, notamment enfant vivant dans des conditions de logement défavorables (habitat précaire ou surpeuplé) ou socioéconomiques défavorables ou précaires (en particulier parmi les bénéficiaires de la CMU, CMUc, AME…) ou en contact régulier avec des adultes originaires d’un pays de forte endémie.

 

 

 

Connaissiez-vous Benoît H., spécialiste politique du burn out et des perturbateurs endocriniens ?

 

Bonjour

C’était il y a un an. Personne ne songeait plus à François Fillon et François Hollande était le candidat naturel à sa reconduction. Le burn out, alors, écartelait la gauche plurielle.

C’était il y a un an. Février 2016. Tout, déjà, déchirait la gauche. Pas un jour sans une nouvelle fissure, une nouvelle fracture. On le voyait depuis peu sur le front du travail, ce mot-clef des forces de progrès. Confronté au chômage de masse et à ses innombrables pathologies, le gouvernement venait de mettre au feu avec un « assouplissement » du code du travail applaudi par la droite. Une toute jeune ministre fraîchement nommée (Myriam El Khomri), jouait avec des allumettes (article 49-3).

En marge de cette affaire naissante gonflait un autre abcès : celui du « burn-out »1. La collectivité devait-elle ou non le considérer comme une maladie professionnelle, l’indemniser comme tel ? Un abcès économique, politique, philosophique. Il prenait alors la forme d’une proposition de loi symptomatique signée de Benoît Hamon, longtemps ministre, ministre démissionnaire, ancien porte-parole du Parti socialiste, alors député (Parti socialiste, Yvelines). M. Hamon venait de déposer une proposition de loi « visant à faciliter la reconnaissancedu syndrome dépuisement professionnel en tant quemaladie professionnelle ». Il le faisait avec un petit groupe d’élu(e)s socialistes et écologistes chaque jour un peu plus opposé(e)s au gouvernement de Manuel Valls et au président François Hollande. La liste n’est pas, aujourd’hui, sans intérêt 2. Et nous, naïvement, de postuler qu’il s’agissait peut-être, d’une manière d’exister médiatiquement dans un paysage de plus en plus mouvementé. Extrait de l’exposé des motifs de Benoît Hamon :

Vie colonisée

« En France 3,2 millions de Français sont exposés à un risque élevé de « burn-out » [Étude du cabinet Technologia, publiée en mai 2014] ou syndrome d’épuisement professionnel. Ce syndrome frappe sans distinction, cadres et simples employés, salariés du public comme du privé. Il est la conséquence d’un trop plein de travail, d’un trop plein de pression qui mènent des hommes et des femmes à l’effondrement.

La mondialisation économique a profondément bouleversé le fonctionnement des entreprises. Confrontées à une compétition désormais mondiale, les entreprises se sont adaptées. Très vite, de nouvelles formes de management et d’organisation du travail ont transformé en profondeur le quotidien de millions de salariés, soumettant ceux-ci à des évaluations de performance de plus en plus exigeantes. Les nouvelles technologies ont accéléré le mouvement, maintenant le lien entre les individus et leur travail bien au-delà du temps réel passé dans l’entreprise.

Ce travail, qui colonise la vie, est souvent la première étape d’un processus qui s’achève par des pathologies physiques et psychiques lourdes et durables. La souffrance au travail est le mal de notre temps, comme l’exploitation des femmes et des enfants ou les conditions d’hygiène et de sécurité des travailleurs ont été la face sombre de la révolution industrielle au XIXe siècle. »

Il y a un an on attendait, ministre en titre, Myriam El Khomri. Ce fut Marisol Touraine, ministre de la Santé depuis mai 2012 et invitée le 21 février du « Grand Jury » RTL- Le Figaro-LCI.  « Il est temps de regarder les choses en face. La souffrance au travail, c’est une réalité que l’on ne peut plus escamoter a déclaré Mme Touraine.  Benoît Hamon a raison d’alerter sur ce sujet, mais avant d’en faire une maladie professionnelle, il faut définir ce que c’est que cette maladie ».

Perturbateurs endocriniens

C’est pourquoi la ministre de la Santé souhaitait mettre en place « un groupe de travail » réunissant médecins, experts et chercheurs pour définir médicalement le burn-out. Ce n’était pas la première fois que Marisol Touraine et le gouvernement traitaient du burn out.  Fin juin 2015 la ministre de la Santé expliquait  souhaiter que cette entité, soit « réintroduite » dans la loi via le projet sur le dialogue social. Le Sénat venait alors de la retirer  de la liste des maladies professionnelles. Peu avant les députés avaient adopté un amendement socialiste (identique à un autre du gouvernement) disposant que « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle » – et ce aux mêmes conditions que les autres affections.

Puis en juillet 2005 François Rebsamen  (alors ministre du travail) concluait  brutalement l’affaire : la « loi sur le dialogue social » comprendrait « un début de reconnaissance » du burn-out. Pour autant le « syndrome d’épuisement professionnel » ne figurerait pas « au tableau des maladies professionnelles ». En août 2015 cette loi tait promulguée. Six mois plus tard l’impossible ouvrage était remis sur le vieux métier par un certain Benoît Hamon.

Un an après le paysage a, on le sait, bien changé. François Rebsamen a disparu. Manuel Valls, Marisol Touraine et Myriam El Khomri ne seront bientôt plus ministres, ni François Hollande président. Quant à Benoît Hamon, frondeur modeste, il trône. Il reparle, régulièrement, du contenu de sa proposition de loi mais aussi des « perturbateurs endocriniens » 3. C’est le seul de sa catégorie à s’intéresser à ce sujet d’avenir. C’est le seul, aussi, à parler de futur désirable et désiré.

A demain

1 Une petite somme sur le sujet :  « Le Burn Out » de Philippe Zawieja.  (9 euros-Que sais-je ?)

2 Régis JUANICO, Cécile DUFLOT, Jean-Marc GERMAIN, Delphine BATHO, Laurence DUMONT, Christian PAUL, Carole DELGA, Olivier DUSSOPT, Michèle DELAUNAY, Alexis BACHELAY, Colette CAPDEVIELLE, Jean-Louis ROUMÉGAS, Kheira BOUZIANE-LAROUSSI, Sandrine DOUCET, Gwenegan BUI, Isabelle ATTARD, Jean-Jacques VLODY, Fanny DOMBRE-COSTE, Sergio CORONADO, Dominique CHAUVEL, Pascal CHERKI, Chaynesse KHIROUNI, Guy DELCOURT, Martine LIGNIÈRES-CASSOU, Guillaume GAROT, Audrey LINKENHELD, Jean-Pierre BLAZY, Barbara ROMAGNAN, Michel POUZOL, Danielle AUROI, Jacques CRESTA, Pascale GOT, Pierre-Yves LE BORGN’, Geneviève GOSSELIN-FLEURY, Pascal TERRASSE, Sandrine MAZETIER, Florence DELAUNAY, Arnaud LEROY, Christophe PREMAT, Serge BARDY, Chantal GUITTET, Michel FRANÇAIX, Jean-Pierre LE ROCH, Philippe BAUMEL, Jean-Luc BLEUNVEN, Jean-Pierre DUFAU, Philip CORDERY, Geneviève GAILLARD, Édith GUEUGNEAU, Frédéric ROIG, Jean-René MARSAC, Stéphane TRAVERT, Yves DANIEL, Mathieu HANOTIN, Robert OLIVE, Monique RABIN, Philippe NOGUÈS, Jean-Luc LAURENT, Fanélie CARREY-CONTE, Paul MOLAC, Michèle BONNETON, Jean-Pierre ALLOSSERY, Isabelle BRUNEAU, Linda GOURJADE, Christophe BORGEL, Jean-Michel VILLAUMÉ, Marie-Anne CHAPDELAINE, Sébastien DENAJA, Pouria AMIRSHAHI, Marie LE VERN, Sylviane ALAUX, Jean-Louis TOURAINE, Jean-Louis DESTANS, Brigitte ALLAIN, Laurent BAUMEL, Véronique MASSONNEAU, Michel LESAGE, Thomas THÉVENOUD, Lucette LOUSTEAU, Annie LE HOUEROU, Razzy HAMMADI, Laurent KALINOWSKI.

3 Sur ce thème, indispensable : « Le cerveau endommagé. Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale » de Barbara Demeneix (Odile Jacob, 2016)

 

 

Au bout du rouleau : l’histoire, édifiante, du généraliste de Brest qui va dévisser sa plaque

 

Bonjour

C’est une histoire que l’on pouvait lire le 14 janvier dans Le Télégramme : « La colère d’un médecin breton » (Catherine Le Guen). Qu’un quotidien de la presse quotidienne régionale puisse publier un tel témoignage en dit long sur la dégradation de la situation générale. Pour des raisons, indirectes, de confidentialité Le Télégramme a changé son nom. Ce sera le « Dr Paul. »:

« Installé à Brest depuis 1981, le Dr Paul, médecin généraliste, va bientôt partir à la retraite, sans avoir pu trouver un successeur. Avant, il veut témoigner des difficultés de la profession et tenter de faire bouger les choses, lui qui a vécu le choc de perdre son associé suite à un épuisement professionnel.

« ‘’Je suis en colère et je veux créer un électrochoc chez les médecins – il y en a beaucoup qui ne vont pas bien – mais aussi au niveau des politiques et de la population en témoignant sur la situation actuelle de la profession. Il faut casser le tabou et parler du suicide des médecins’’, témoigne-t-il ».

Son cabinet médical est situé dans un quartier agréable de Brest. Solitaire : il ne pouvait plus assurer le salaire de la secrétaire qui a dû être licenciée. Et le jeune médecin de 35 ans venu collaborer quelques mois après le décès de son associé est lui aussi reparti.

« Avant l’été, il aura dévissé sa plaque et le cabinet médical, pourtant récent et aux normes pour l’accessibilité des personnes handicapées, devra trouver une autre destination. D’autres confrères brestois ont déjà mis la clef sous la porte sans suite.

« ‘’Les jeunes médecins ne veulent plus s’installer, ils préfèrent faire des remplacements. Même à Brest, une ville universitaire ! Mais on ne parle jamais des raisons’’, ajoute le médecin qui a écrit des dizaines de courriers aux autorités de santé, sans réponse. ‘’Seul le directeur de la CPAM du Finistère m’a reçu et écouté pendant une heure’’ ».

La foi et le Vatican

Le temps, finalement, est passé trop vite. En début de carrière, le Dr Paul passait entre dix et quinze minutes avec chaque patient. « Quand il a fallu passer cinq minutes avec le patient et dix minutes avec les papiers à remplir, j’ai décidé de prendre vingt minutes par patient ».

« En 2013, j’étais moi-même au bord du burn-out et j’avais affiché dans la salle d’attente un texte où je parlais des cinquante médecins qui se suicident chaque année en France, de la pression administrative, mais aussi de celle des patients, de leurs demandes urgentes non justifiées et de l’agressivité réservée souvent à la secrétaire ». Un texte qui se terminait par ‘’Un médecin, si on veut être bien soigné, ça se respecte, mais si on lui met trop la pression, il peut aussi craquer’’. »

Pour le médecin brestois la désertification médicale n’est pas liée au « climat » ou à l’«isolement des villages ». « Les jeunes ont peur de tout ce qu’on nous impose, des contraintes administratives, du tiers payant qu’on a pourtant combattu et qui va accentuer la pression, dit-il. Et surtout ils nous voient fatigués ! ». La fatigue, voilà l’ennemie. Installé avec l’arrivée de la gauche au pouvoir le Dr Paul va partir avec la prochaine élection présidentielle. Trente-six ans de fatigues.

Demain, dans Ouest-France, les confidences d’un curé au bout du rouleau ? Un prêtre expliquant qu’au terme de son sacerdoce il a, du fait du Vatican, perdu la foi ?

A demain