Le poids des alcools, le choc de la honte : la thérapeutique annoncée de Jean-Vincent Placé

Bonjour

C’est un dossier comme tant d’autres – à l’exception notable de la personnalité et de la carrière politique du premier concerné : Jean-Vincent Placé, 50 ans, élu sénateur de l’Essonne en 2011 président de l’Union des démocrates et des écologistes (UDE) quatre ans plus tard avant d’être nommé  secrétaire d’État à la Réforme de l’État et à la Simplification du 11 février 2016 au 10 mai 2017. Ancien membre des Verts. Chevalier de l’ordre national du mérite.

Connu au chapitre des faits divers : Le 12 novembre 2013, la région Ile-de-France  demande à Jean-Vincent Placé de payer ses amendes, soit 18 161 €, correspondant à 133 amendes pour stationnements interdits et excès de vitesse. Pour sa défense, il indiquera qu’il « n’est pas un homme de chiffres ».

Victime, le  3 septembre 2017, d’une agression et d’une tentative de vol de sa montre de luxe à Paris. Il  déclare alors envisager d’arrêter la politique.

Dans la nuit du 4 au 5 avril 2018, il est placé en garde à vue dans le commissariat du 5ème arrondissement de Paris pour insultes racistes et « outrage à agents » alors qu’il se trouvait en état d’ivresse. La garde à vue ne sera levée que le 6 avril 2018, jour où il est présenté au parquet de Paris. Il devra comparaître le 11 juillet devant la justice.

Pour la suite, l’ancien homme politique a choisi Paris Match . Un témoignage qui mérite d’être rapporté. « Je mesure bien la honte et l’indignité d’avoir été en état d’ébriété, d’avoir eu un comportement déplacé et inconvenant. J’en paierai les conséquences. Je le dois à ma famille auprès de laquelle je m’excuse aussi » a-t-il expliqué, par téléphone à Caroline Fontaine, journaliste de l’hebdomadaire.

Alcoolique mais ni pervers, ni raciste

Il se confie longuement sur les tourments qu’il a traversés, lui qui se définit comme un homme d’action.

 « Les trente-sept heures de garde à vue ont eu un mérite : j’ai enfin pris le temps de réfléchir. J’ai réalisé que, dans les derniers mois, j’avais bu excessivement en diverses circonstances. Il y a eu des excès, de l’alcoolisme. J’assume le mot. C’est une maladie, l’alcoolisme.

« Une chose est de boire trop, une autre d’être pris pour un pervers et un raciste. Je n’ai jamais insulté cette jeune femme. Elle l’a confirmé lors de la confrontation. Je n’ai jamais proféré d’insultes racistes. Encore moins avec ce videur qui se fait appeler Vladimir et se prétend serbe. Lui m’a mis une gifle, mes lunettes sont tombées, elles se sont cassées en deux. L’outrage aux policiers est à replacer dans ce contexte d’énervement »,

Le citoyen Placé a écrit une lettre d’excuses au préfet de police de Paris. Et Paris Match confie qu’il ne pourra cacher quelques sanglots quand il évoquera son enfance difficile quand il est arrivé en France, à l’âge de 7 ans. Aujourd’hui, il veut, dit-il «solder le temps d’avant, présenter (ses) excuses, arrêter de boire. Mais après, je veux qu’on me laisse tranquille ».

Aider à s’identifier, à avancer

Le HuffPost a, le premier, cherché à comprendre en interrogeant Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et auteure du livre « Les femmes face à l’alcool » 1. Quand prend-on conscience de sa dépendance ? Certaines personnes admettent leur dépendance dès qu’elles trouvent anormale leur relation à l’alcool. D’autres quand elles comprennent ne plus pouvoir pathologiquement s’en abstenir. En parler publiquement ? La psychiatre Christine Barois : « Au début, je trouvais que reconnaître publiquement son addiction était un peu pervers. Mais en même temps, la communauté peut nous porter. Cela a le mérite d’aider à avancer. »

Cela pourrait aussi, surtout, dépasser le seul cas Jean-Vincent Placé. « Cela peut donner du courage à d’autres personnes, assure Fatma Bouvet de la Maisonneuve. Cette déclaration évoque leur souffrance. Ils peuvent s’y identifier. » «  Exactement, j’ai beaucoup de réactions de patients qui sont sensibles à cette prise de position publique  Pour le coup, bravo ! » commente Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction.

« Cette situation lui en évoque une autre, plus ou moins similaire, rappelle Le HuffPost. Au mois de janvier 2015, la chanteuse Véronique Sanson s’était, elle aussi, confiée à Paris Match sur son difficile parcours avec l’alcool. Comme le soulignait Fatma Bouvet de la Maisonneuve, à l’époque dans L’Obs, les mots de l’interprète d' »Amoureuse » sur son alcoolisme avaient permis de diffuser un message de santé publique fort: déculpabiliser les femmes qui souffrent de la même maladie et les pousser à se soigner. »

Où l’on voit qu’après quelques premières hésitations il n’était finalement pas inutile de rapporter ce qu’il en était de l’esclandre, rue Princesse, de Jean-Vincent Placé.

A demain

1 Fatma Bouvet de la Maisonneuve, « Les Femmes face à l’alcool » Editions Odile Jacob.

Cigarette électronique et fake news : mieux vaut parfois lire Paris Match que les PNAS

Bonjour

Le poids des mots. Au départ ceux d’une dépêche de l’Agence France Presse reprise par de nombreux médias généralistes, dont Ouest France :

« Une étude menée par des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de New York révèle que fumer des cigarettes électroniques présenterait un risque plus grand de contracter un cancer pulmonaire ou de la vessie ainsi que de développer des maladies cardiaques.

Fumer des cigarettes électroniques pourrait accroître le risque de certains cancers ainsi que de maladies cardiaques, selon les résultats préliminaires d’une étude effectuée sur des souris et des cellules humaines en laboratoire. Ces travaux qui laissent penser que la vapeur de nicotine serait peut-être plus nocive qu’on ne le pensait, ont été menés par des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de New York publiés lundi dans les Comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS). (…) » 

La dépêche ajoute qu’à la fin de cette expérience, les scientifiques « ont constaté des dommages dans l’ADN des cellules des poumons, de la vessie et du coeur de ces animaux ainsi qu’une réduction du niveau de protéines réparatrice des cellules dans ces organes comparativement aux souris qui avaient respiré de l’air filtré pendant la même période ».  Ce n’est pas tout : « Des effets néfastes similaires ont été observés dans des cellules humaines de poumon et de vessie exposées en laboratoire à de la nicotine et à un dérivé cancérogène de cette substance (nitrosamine). Ces cellules ont subi notamment des taux plus élevés de mutations tumorales. »

Et de citer les auteurs de de travail, dirigés par Moon-Shong Tang, professeur de médecine environnementale et de pathologie à la faculté de médecine de l’université de New York : « Bien que les cigarettes électroniques contiennent moins de substances carcinogènes que les cigarettes conventionnelles, le vapotage pourrait présenter un risque plus grand de contracter un cancer pulmonaire ou de la vessie ainsi que de développer des maladies cardiaques ».

Extrapolations irréalistes

On imagine l’impact. On cherche l’étude des PNAS : « E-cigarette smoke damages DNA and reduces repair activity in mouse lung, heart, and bladder as well as in human lung and bladder cells »

« (…) These results indicate that nicotine nitrosation occurs in vivo in mice and that E-cigarette smoke is carcinogenic to the murine lung and bladder and harmful to the murine heart. It is therefore possible that E-cigarette smoke may contribute to lung and bladder cancer, as well as heart disease, in humans ».

Vives critiques, alors, chez les meilleurs spécialistes français du sujet qui dénoncent bien vite les extrapolations fondées sur des conditions irréalistes d’exposition.

Philippe Poirson, sur le blog Vapolitique fait alors un remarquable travail d’analyse et de décryptage médiatique .  Il cite notamment le Pr. Peter Hajek, directeur de l’unité de recherche sur la dépendance au tabac de l’Université Queen Mary de Londres (QMUL) :

« Les cellules humaines ont été submergées dans de la nicotine et dans des nitrosamines carcinogènes achetées sur le marché. Il n’est pas surprenant bien sûr que cela endommage les cellules, mais cela n’a aucun rapport avec les effets du vapotage sur les personnes qui l’utilisent.

« Dans l’autre partie de cette étude, les animaux ont été exposés à ce qui sont pour eux des doses extrêmement importantes de nicotine et cela a également généré des dommages, mais cela aussi a une pertinence peu claire pour les effets du vapotage.


« Aucune comparaison avec les cigarettes conventionnelles n’a été faite, mais dans le texte de l’article, les auteurs reconnaissent l’information clef d’une importance cruciale dans cette histoire: les vapoteurs montrent une réduction de ces produits chimiques de 97% par rapport aux fumeurs. Ils auraient dû ajouter que c’est peut-être le niveau que les non-fumeurs obtiennent de leur environnement. »

Manipulations et fausses nouvelles

Puis vient Paris Match, que l’on n’attentait pas ici : «  Cigarette électronique cancérigène : « du buzz qui peut tuer » » (Vanessa Boy-Landry). Où l’on retrouve le Pr Bertrand Dautzenberg ;

« On n’est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation. D’abord, les conditions dans lesquelles l’expérimentation est réalisée ne sont absolument pas représentatives de l’exposition humaine. Elle montre des anomalies cellulaires en exposant des souris à des quantités de nicotine considérables, beaucoup plus qu’on peut le faire avec une cigarette électronique habituelle. Ensuite, on fait des extrapolations de la souris à l’homme, et enfin on ne compare pas l’effet du vapotage à celui de la fumée du tabac.

Fake news ? « Globalement, nous sommes inondés de fausses nouvelles de ce genre, dit-il. Les journaux scientifiques veulent aussi faire du buzz. Ils jouent au Sun anglais en rédigeant des communiqués de presse qui contredisent parfois les études elles-mêmes. C’est un moyen d’avoir toutes les couvertures et d’augmenter leurs revenus. Le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac. Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l’encontre de la santé publique. Le travail des chercheurs, c’est de sauver des vies, pas de tuer des gens. »

A demain

 

 

A la source du yé-yé : lire Edgar Morin pour mieux comprendre le phénomène Hallyday

Bonjour

Il y aura donc un « hommage national ». Déjà, sur les ondes, on fait le parallèle entre ce que furent les obsèques, grandioses, de Victor Hugo (1er juin 1885) et celles, à venir, de Johnny Hallyday. Le Palais de l’Elysée décidera. On évoque un parcours sur les Champs Elysées. Au lendemain du décès la presse est toujours à l’unisson, qui prolonge et entretient l’émotion.

Reste et restera à comprendre les raisons et l’ampleur d’un tel phénomène suscité par la mort d’un chanteur. Comment, à l’étranger, observe-t-on une telle ferveur, unanime et nationale ? Dans quel terreau cet inconscient collectif prend-il racine ? Le Monde peut fort heureusement nous aider.

Après avoir puisé dans ses archives en quête des premiers papiers parlant de Johnny Hallyday le quotidien né en 1944 poursuit son travail de mémoire en offrant à relire une série de deux tribunes remarquables ; deux textes signés du sociologue Edgar Morin. Nous sommes alors en juillet 1963 et le sociologue baptise alors, dans ces colonnes, la jeune génération de génération « yé-yé ».  C’était au lendemain de la grand-messe organisée le 22 juin 1963 par Daniel Filipacci à la Nation pour fêter l’anniversaire du magazine Salut les copains. « Dans deux tribunes, le sociologue donnait un sens à cette « nouvelle classe d’âge », attirée par « un message d’extase sans religion, sans idéologie » véhiculé notamment par un ‘’très viril’’ Johnny » explique aujourd’hui Le Monde.

Le premier texte est intitulé « Une nouvelle classe d’âge ».

Edgar Morin y analyse notamment le cadre socio-économique dans lequel émerge et se développe alors un phénomène dont il pressent la nouveauté et l’importance. Extraits :

« La vague de rock’n roll qui, avec les disques d’Elvis Presley, arriva en France ne suscita pas immédiatement un rock français. Il n’y eut qu’une tentative parodique, effectuée par Henri Salvador, du type Va te faire cuire un œuf, Mac. La vague sembla totalement refluer ; mais en profondeur elle avait pénétré dans les faubourgs et les banlieues, régnant dans les juke-boxes des cafés fréquentés par les jeunes. Des petits ensembles sauvages de guitares électriques se formèrent. Ils émergèrent à la surface du golf Drouot, où la compétition sélectionna quelques formations. Celles-ci, comme Les Chats sauvages, Les Chaussettes noires, furent happées par les maisons de disques. Johnny Halliday (sic) monta au zénith. Il fut nommé « l’idole des jeunes ».

« Car ce public rock, comme aux États-Unis quelques années plus tôt, était constitué par les garçons et filles de douze à vingt ans. L’industrie du disque, des appareils radio, comprit aux premiers succès que s’ouvrait à la consommation en France un public de sept millions de jeunes ; les jeunes effectivement, poussés par le rock à la citoyenneté économique, s’équipèrent en tourne-disques, en radio, transistors, se fournirent régulièrement et massivement en 45 tours. »

 « Le succès de Salut les copains ! est immense chez les décagénaires (comment traduire teenagers ?). Les communications de masse s’emparent des idoles-copains. Elles triomphent à la T.V. (…)  Le music-hall exsangue renaît sous l’affluence des copains ; les tournées se multiplient en province, sillonnées par les deux groupes leaders, le groupe Johnny-Sylvie et le groupe Richard-Françoise. Paris-Match consacre chez les « croulants » le triomphe des copains puisqu’il accorde aux amours supposées de Johnny et Sylvie la place d’honneur réservée aux Soraya et Margaret. »

 « De quoi s’agit-il ? » demande Edgar Morin. Il répond : de la promotion de nouveaux artistes de la chanson ; de  l’irruption puis de la diffusion du rock et du twist français ; d’un épisode important dans le développement du marché du transistor et du 45 tours ; d’un épisode important dans l’extension du marché de consommation à un secteur jusqu’alors hors de circuit, celui des décagénaires. « Ce phénomène, qui s’inscrit dans un développement économique, ne peut être dilué dans ce développement même, poursuit-il. La promotion économique des décagénaires s’inscrit elle-même dans la formation d’une nouvelle classe d’âge, que l’on peut appeler à son gré (les mots ne se recouvrent pas, mais la réalité est trop fluide pour pouvoir être saisie dans un concept précis) : le teen-âge, ou l’adolescence. J’opte pour ce dernier terme. »

« À la précocité sociologique et psychologique s’associe une précocité amoureuse et sexuelle (accentuée par l’intensification des « stimuli » érotiques apportés par la culture de masse et l’affaiblissement continu des interdits) Ainsi le teen-age n’est pas la gaminerie constituée en classe d’âge, c’est la gaminerie se muant en adolescence précoce. Et cette adolescence est en mesure de consommer non seulement du rythme pur, mais de l’amour, valeur marchande numéro 1 et valeur suprême de l’individualisme moderne, comme elle est en mesure de consommer l’acte amoureux. »

Le titre du deuxième texte fera date : « Le yé-yé »

« (…) Il y a une frénésie à vide, que déclenche le chant rythmé, le « yé-yé » du twist. Mais regardons de plus près. En fait, à travers le rythme, cette musique scandée, syncopée, ces cris de yé-yé, il y a une participation à quelque chose d’élémentaire, de biologique. Cela n’est-il pas l’expression, un peu plus forte seulement chez les adolescents, du retour de toute une civilisation vers un rapport plus primitif, plus essentiel avec la vie, afin de compenser l’accroissement continu du secteur abstrait et artificiel ?

 « D’autre part les séances twisteuses, les rassemblements twistés sont des cérémonies de communion où le twist apparaît comme le médium de l’inter-communication ; le rite qui permet aux jeunes d’exalter et adorer leur propre jeunesse. Une des significations du yé-yé est « nous sommes jeunes ». »

« Par ailleurs, si l’on considère le texte des chansons, on y retrouvera les thèmes essentiels de la culture de masse. Ainsi le « yé-yé  » s’accouple avec l’amour : « Avec toi je suis bien, Oh yé-yé » chante Petula Clark et Dany Logan : « Oh ! oui chéries on vous aime malgré tout, Oh ! yé-yé Oh ! Oh ! yé-yé » (Vous les filles).

« Le yé-yé immerge dans les contenus de la culture de masse pour adultes, certes, mais nous ne devons pas dissoudre son caractère propre. Celui-ci nous introduit dans un jeu pur, dans une structure de vie qui se justifie essentiellement dans le sentiment du jeu et dans le plaisir du spectacle. Cette structure peut être dite nihiliste dans le sens où la valeur suprême est dans le jeu lui-même. (…)»

Au final Edgar Morin suggère un ouvrage aux lecteurs du Monde : celui de  Georges Lapassade : « L’entrée dans la vie » (Coll. Arguments ; Éditions de Minuit, 1963).

A demain

Mais qui est Anne Beinier, conseillère «tabac et addictions» de la ministre de la Santé ?

Bonjour

Foudre de Jupiter ou pas, l’épais mystère des cabinets ministériels demeure. Aujourd’hui ils ne doivent pas (officiellement) dépasser dix conseillers. Et les notes de frais pourraient bientôt être plafonnées. « D’où surcharge de travail et de domaines à couvrir par des conseillers, certes jeunes pour la plupart, mais qui doivent avoir la santé, observe le site des buralistes français. À la Santé, justement, où la même personne cumule, au cabinet d’Agnès Buzyn, les responsabilités de conseillère parlementaire, conseillère diplomatique et chargée du lourd dossier des addictions … dont le tabac ».

Ce bourreau de travail est une jeune femme : Anne Beinier qui, poursuit le site, a occupé, auparavant, divers postes de collaboratrices auprès de parlementaires centristes et socialistes. Et les buralistes de se féliciter que Mme Beinier ait déjà pu rencontrer leurs responsables nationaux « afin de prendre connaissance de leurs arguments contre le paquet à 10 euros, pour une vraie politique de prévention ainsi qu’un grand plan de lutte contre le marché parallèle du tabac ». Quand Mme Beinier a-t-elle programmé ses rencontres avec les vapoteurs ? Avec les anti-tabac historiques ? Avec les addictologues ? Avec Bercy ?

Addictions, outre-mer, désertification, santé visuelle

Mais qui est donc Anne Beinier, en charge de mille et un dossiers dont celui qui constitue l’un des principaux sujets sanitaires du pays ? Donnant un aperçu de ses compétences (autisme, essais cliniques, intelligence…) Mme Beinier définit ainsi le champ de son action :

« Conseils stratégiques et techniques auprès de Mme la Ministre des Solidarités et de la Santé. En charge notamment de la candidature française pour accueillir l’Agence européenne des médicaments (EMA) ainsi que des relations diplomatiques et parlementaires, des addictions, de l’outre-mer (en lien avec Yann Bubien), du medico-social (en lien avec Aude Muscatelli) de la désertification médicale et de la santé visuelle (en lien avec Jacques-Olivier Dauberton). Je mène aussi une activité d’études et de publications institutionnelles, professionnelles et de recherches dans différents domaines. »

Mme Beinier fut (durant six ans et cinq mois) conseillère parlementaire à la commission des Affaires sociales du Sénat (discours, propositions de loi, questions orales, écrites, amendements, articles et interventions. Management de l’équipe parlementaire, groupe de travail (santé publique, sécurité civile…). Relation avec les élus, cabinets ministériels, lobbying, associations, fédérations, entreprises…).

Au plus fort de l’affaire dite du « PenelopeGate », alors collaboratrice parlementaire du sénateur centriste Olivier Cigolotti, elle n’avait pas craint de s’exprimer au micro de Sénat 360 pour dire la réalité de son métier à Laure-Anne Elkabbach.

Petites mains de la politique

Mme Beinier fut aussi attachée temporaire d’enseignement et de recherche (Université de Caen Normandie) et chargée de mission au Secrétariat d’Etat à la défense et aux anciens combattants (rédaction des discours ; rédaction d’articles pour la revue « Chemins de Mémoire »), assistante auprès du chef de cabinet du Directeur du Personnel de la Marine, le Vice-amiral d’escadre Olivier Lajous. Elle fut encore expert auprès de l’AERES (autorité administrative indépendante chargée de l’évaluation des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, des organismes de recherche, des unités de recherche, des formations et diplômes d’enseignement supérieur, ainsi que de la validation des procédures d’évaluation de leurs personnels). Ainsi qu’ATER auprès de l’Université du Pacifique – Nouvelle Calédonie. Et présidente de la Conférence nationale des Etudiants Vice-Présidents d’Université.

« On est un peu les petites mains de la politique, résumait-elle dans un papier de Paris-Match s’intéressant, en février dernier,  à la réalité des assistantes parlementaires (…) C’est très féminin, explique-t-elle : nous sommes 61% de femmes. Il y a beaucoup de mi-temps, avec des collaboratrices qui se partagent entre leur travail et leur vie familiale. Si certains sortent tout droit de Sciences Po ou d’un IEP, beaucoup ont une formation en lettres, en droit ou en sciences humaines. D’autres ont déjà exercé un travail auparavant et ont choisi de se réorienter. J’ai des collègues qui étaient comptables, d’autres urbanistes. Moi, j’étais professeur d’université (…) On est dans l’ombre, et il faut l’accepter. »

Accepter l’ombre, ne jamais parler, c’est, aussi, un métier.

A demain

A quand les donneurs de sperme français qui laisseraient une «trace de leur paternité» ?

Bonjour

« Le Pr François Olivennes, grand spécialiste de la médecine procréative, a permis la naissance de milliers d’enfants grâce aux progrès de l’assistance médicale à la procréation, nous dit Le Point. Il n’a jamais dissimulé qu’il aidait parfois ses patientes, seules ou en couple homosexuel, à aller se faire inséminer à l’étranger. » Ancien de l’hôpital public passé au privé le Dr Olivennes (centre de FIV Eylau La Muette) a accordé un entretien au Point (Violaine de Montclos). Il y commente le dernier avis du Comité national d’éthique (CCNE) sur l’accès des femmes seules et/ou homosexuelles à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur anonyme.

« Cela fait très longtemps que je plaide pour cette ouverture, rappelle le Dr Olivennes. La plupart de nos voisins européens l’ont déjà autorisée et nous, médecins, sommes constamment sollicités par nos patientes, notamment par les femmes seules, dont la demande est en augmentation exponentielle. Avant, je devais en recevoir une par mois. Aujourd’hui, c’est au bas mot deux patientes par semaine. »

Solitude du passage à l’acte

Qui sont ces femmes ? « Certaines femmes en demande d’insémination vivent dans un clair rejet des hommes, et cela peut poser problème dans la relation à l’enfant, surtout s’il s’agit d’un garçon, précise-t-il. Mais la plupart ne sont pas dans ce schéma : elles ont eu des relations avec des hommes, ont vécu des ruptures, ou vivent avec un homme qui les fait, comme on dit, ‘’mariner’’. Quand elles s’aperçoivent que l’horloge biologique tourne, elles décident de passer à l’acte seules. »

Mais accorder, comme le propose le CCNE, l’accès à des inséminations artificielles avec sperme de donneur anonyme n’est-ce pas prendre le risque de devoir « rendre des comptes, dans trente ans, à des enfants que la société aura sciemment privés de père » ? Le Dr Olivennes a, ici, une solution toute personnelle :

« La France pourrait adopter une position originale sur le sujet en autorisant l’AMP aux femmes seules ou en couple à la seule condition que le donneur soit connu, et même, pourquoi pas, qu’il soit un ami, une relation. Pas un père au sens légal, mais au moins une trace dans l’histoire de l’enfant. »

Un donneur « de circonstance », en somme. Or on sait que précisément, ceci est impossible puisqu’en France la loi impose l’anonymat (et la gratuité) pour les dons de sperme.

Faudrait-il, ici aussi, changer la loi ? Le Dr Olivennes ne le dit pas. Pas plus qu’il ne rappelle les raisons médicales et éthiques qui ont conduit le législateur (en 1994) à reprendre à son compte le système mis au point et développé à partir de 1973 par le par le Pr Georges David à l’hôpital de Bicêtre) – une époque qui voyait des gynécologues-obstétriciens avoir recours, pour des IAD,  à du sperme frais obtenu moyennant rétribution dans des cabinets privés.

Quatre à cinq fois par semaine

L’écrivain Gilles Paris, 58 ans, rapportait ainsi il y a peu qu’après son baccalauréat il avait, dans les années 1980, enchaîné des tas de « petits boulots » : manutentionnaire, testeur de médicaments et donneur de sperme. « A l’époque, on nous appelait les donneurs sauvages. J’ai appris que j’avais fait naître 148 enfants entre 1980 et 1992 », a-t-il confié sur les ondes de Radio France (et à Paris Match ).

« Je l’ai donné à des gynécologues. Les couples qui déposaient un dossier à la banque du sperme attendaient trop longtemps. Les médecins nous répertoriaient dans leurs calepins à la lettre S, comme sperme. (..) J’y allais quatre à cinq fois par semaine. C’était payé 350 francs (53 euros) par don. Les médecins avec qui j’ai sympathisé au fil du temps ont fini par me dire quand ça marchait. »

« Il apprend ainsi qu’il a fait naître 148 enfants… s’extasie Femme Actuelle. Des bébés aujourd’hui âgés de 25 à 37 ans. » Pour ceux qui douteraient peut-être de leur paternité, le magazine féminin offre la photo de Gilles Paris.

A demain

«Cigarette électronique, danger majeur pour la santé publique »: nouvelle rafale médiatique

 

Bonjour

Orwell. Le bien c’est la mal. Le rassurant, c’est l’inquiétant. Dormez, je le veux. Sous des titres différents, le même texte alarmiste. On retiendra  Science et Avenir : « Les e-cigarettes représentent un danger majeur pour la santé publique » ou Paris Match  : « Les e-cigarettes représentent un danger majeur pour la santé publique, selon une étude ».

Si l’on peut, mieux vaut lire The New York Times: “Use of E-Cigarettes by Young People Is Major Concern, Surgeon General Declares”. Et, en  réplique le décryptage de l’expert  Kantantinos  Farsalinos :US Surgeon General declares e-cigarettes are a public health concern. But where is the evidence of harm?

Police française

L’actualité réside dans un rapport du Dr Vivek H. Murthy , Surgeon General des Etats-Unis (une forme de Directeur Général de la Santé).  Tout est dit ici : https://e-cigarettes.surgeongeneral.gov/. Le responsable sanitaire reprend les chiffres d’utilisation de cigarettes électronique chez les jeunes aux Etats-Unis. Il rappelle que les outils du vapotage ne sont pas anodins, que l’inhalation de nicotine expose à un risque de dépendance à cette substance. Il critique par ailleurs  les publicités agressives de l’industrie des cigarettes électroniques ciblant les plus jeunes.

Le Surgeon General des Etats-Unis fait son travail dans le contexte spécifique de ce pays. « Danger majeur pour la santé publique » ? En France plus de 30% des jeunes consomment, généralement  quotidiennement du tabac (qu’ils ne devraient pas pouvoir acheter chez les buralistes). Ils entrent ainsi sans difficulté aucune dans le monde esclavagiste du tabac. Que fait la police ? Où est la ministre de la Santé ?

Avec le temps ces jeunes endureront  les plus grandes souffrances pour réussir à se libérer de cet enfer toxique. Il arrivera alors que la cigarette électronique puisse les aider.  Où est, aujourd’hui,  le « danger majeur  pour la santé publique » ? Que pourrait nous dire, sur ce sujet, le Directeur Général de la Santé (français) ?

A demain

M… de Noailles, «addict et addictologue», ne fait pas de publicité pour ses confères hospitaliers

 

Bonjour

Qui ne connaît Marie de Noailles, née avec une cuillère en argent dans la bouche avant de plonger dans l’enfer des drogues et de la dépendance ? « Premier pétard à 14 ans, dernière cure de désintoxication à 30 ans ». « Addict à vie », comme tous les anciens dépendants –  mais aussi addictologue en libéral à Paris, 16ème arrondissement. Soigne aujourd’hui « les plus grands » (John Galliano a été son patient). Deux enfants.

Longtemps on lui a demandé de « raconter son histoire ». Elle s’y refusait. Aucun besoin d’une avance sur recette et aucune envie « d’étaler sa vie ». Aujourd’hui sa mère n’est plus là et les temps ont changé. Cela donne « Addict », chez Grasset (162 pages, 16 euros) :

« Le 8 mai 1975, je vois le jour, moi Marie Alicia Eugénie Charlotte Blandine, seconde fille du duc et de la duchesse de Noailles. Trente ans plus tard, je choisis la vie. Je m’arrache à l’alcool, à l’herbe, à la cocaïne, à ces dépendances qui, depuis quinze ans, me possèdent et me consument. À moi la libération. Le 29 mars, date de mon retour parmi les vivants, où que je sois, je m’agenouille et je prie Dieu, dont je ne suis pas sûre de connaître le nom. Je m’appelle Marie, j’ai deux anniversaires et une seule vie. Que j’ai failli perdre et choisi de sauver. Je suis née deux fois. »

Nuit d’extase

Pour l’éditeur les choses se présentent ainsi :

« Jolie jeune femme, issue d’une des plus grandes familles de France, Marie de Noailles découvre la drogue à treize ans, une nuit d’extase et de mauvais hasard. Enfant choyée, drôle, flottante, éperdue de tristesse, elle s’essaye à tous les cachets, à toutes les boissons. A toutes les rencontres. Pendant des années, elle traverse la nuit parisienne, ses figures, ses âmes damnées, ses secrets. Blonde, dévastée, elle vole, elle ment, toujours plus accro. Une longue chute impossible à arrêter.

A presque trente ans, méconnaissable, usée, Marie de Noailles est placée par sa famille  dans un centre au Royaume Uni, qui pratique la méthode « Minnesota ». Une tentative ultime, violente et radicale. Marie change, se sauve, devient à son tour psychologue et soigne désormais des patients, souvent fameux, venant du monde entier pour la rencontrer. Un récit magnifique, intime et littéraire, qui ne perce pas l’énigme de l’addiction mais l’approche, avec pureté et douceur. »

Main droite coupée

Avant-hier (en 2010) elle se racontait dans Paris Match. Aujourd’hui, service après vente. Marie de Noailles a ses entrées dans la presse. Hier elle était la psy qui soignait les stars dans Le Point :

« Elle assure qu’elle préfère perdre sa main droite plutôt que de livrer le nom d’un seul de ses patients. À défaut de les nommer, Marie de Noailles, 39 ans, psychothérapeute addictologue, décrit ceux qui, chaque jour, entrent dans son petit cabinet, délicatement parfumé, au rez-de-chaussée d’un immeuble parisien, villa Boissière, ou qui, en pleine nuit, souvent le week-end, l’appellent à l’aide sur son portable, jamais éteint, car ils sont sur le point de craquer, d’attraper ce verre, ce comprimé, cette seringue ou cette console de jeux. Ses patients, dit-elle, sont « des patrons du CAC 40, …..(la suite est payante) »

Papier glacé

Aujourd’hui, entre mille et une publicités elle est invitée sur tous les papiers glacés. Le Monde : « Aujourd’hui addictologue, j’ai été toxicomane pendant quinze ans ». On y lit des choses délicieuses comme celles-ci :

«  J’ai fait mon “entrée dans le monde” au bal des débutantes, Hôtel Crillon, sous l’emprise de diverses substances (…) J’ai suivi ma première cure de désintoxication aux Etats-Unis à 15 ans. J’ai vu des dizaines de psys, j’ai écumé toutes les cliniques de ­Paris et des environs, les urgences psychiatriques aussi. Dix cures, quinze hospitalisations…(…) Dans mon cabinet, je reçois beaucoup de gens très connus et d’autres qui n’ont pas le sou. Les uns paient pour les autres. J’accompagne les familles en hommage à ce que mes parents ont ­enduré. Quand je fais de la prévention à la fac, je commence à parler dans le brouhaha, mais dès que je dis que j’ai beaucoup bu et fumé, plus un étudiant ne parle. »

Limites hospitalières

Les lectrices fidèles de Elle retrouveront Marie de Noailles, « belle, blonde, bronzée, montre Cartier et chaîne de baptême » (sic). N° du 16 septembre. Page 104. Photographiée par Alexandre Isard, interrogée par Marion Ruggieri (éditorialiste). Cela donne : « L’addiction c’est un suicide qui peut prendre des années ». On croit tout savoir. Et puis on lit ceci :

«ELLE : -En France, on vous a abrutie de médicaments, écrivez-vous. En Angleterre, vous avez découvert la méthode Minnesota, dans laquelle le suivi psychologique est assuré par des ex-addicts, et ça change tout, dites-vous…

– Marie de Noailles : En France, l’hôpital public, aussi bon soit il, a ses limites. Les médicaments, c’est bien, mais ce n’est pas tout. Même si les choses sont en train d’évoluer. En Angleterre, où j’ai fait une cure de la dernière chance, j’ai été confrontée à d’anciens dépendants devenus psys, capables de me comprendre, de me déjouer, et je me suis dit : « Si eux le peuvent, pourquoi pas moi ? » Aujourd’hui, je rends ce que l’on m’a donné.»

Laissons la cuillère d’argent où elle est. Deux questions, pour finir. Quel prix pour la méthode Minnesota ? Faut-il avoir impérativement connu l’enfer de la drogue pour soigner les drogués ?

A demain