Infarctus du myocarde : la belle histoire anglaise de la troponine et des statines préventives

 

Bonjour

En cette fin d’année à nouveau ensanglantée la BBC a trouvé des raisons d’espérer : les risques d’infarctus du myocarde peuvent être détectés simplement, des années à l’avance, pour des sommes modiques, à partir d’un simple test sanguin. Et ces risques peuvent alors être réduits. Tout ceci est expliqué dans une publication du Journal of the American College of Cardiology “High-Sensitivity Cardiac Troponin, Statin Therapy, and Risk of Coronary Heart Disease”. C’est là une méthode diagnostique qui pourrait se substituer à la traditionnelle prise de la tension artérielle (plus ou moins bien effectuée) associée aux analyses récurrentes (plus ou moins bien comprises) des lipides sanguins.

Tout tourne ici autour de la « troponine ». On nomme ainsi un complexe de protéines (une protéine hétérotrimérique) qui a pour fonction de sensibiliser les cellules musculaires au calcium. C’est aussi une structure aux visages multiples que l’on trouve au sein des muscles, le cardiaque comme les squelettiques. Elle peut, de ce fait, être un reflet sanguin de la souffrance du myocarde. Depuis quelques années son dosage est ainsi demandé (en urgence) par tous les soignants qui, face à des douleurs thoraciques, redoutent la survenue un infarctus.

Pas de miracles

D’une grande utilité, la troponine ne permet pas, à elle seule, de réaliser des miracles. L’interprétation des résultats obtenus alimente de nombreux débats au sein de la communauté médicale spécialisée. On a en effet  observé que l’augmentation franche des taux de troponine est le plus souvent retardée par rapport aux manifestations de la douleur – et ce  même dans le cas d’un infarctus du myocarde en cours de constitution.

«Nous ne disposons que de trois méthodes pour savoir que nous sommes face à une personne victime d’un infarctus du myocarde, nous expliquait, il y a peu, le Pr François Mach, chef de service de cardiologie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) Il y a la douleur, le tracé de l’électrocardiogramme et un dosage sanguin de la troponine.  Mais nous savons bien que la douleur peut prendre bien des visages différents et parfois même être absente. De la même manière le recours à l’électrocardiographe n’est pas toujours signifiant. Quand au dosage sanguin il est certes très utile mais ne  devient parlant  que dans les deux à quatre heures qui suivent la douleur. C’est dire toute l’importance que nous pouvons accorder à des outils qui pourraient nous renseigner de l’existence d’une rupture de plaque d’athérome au moment même où elle se produit.»

Un baromètre de la pompe cardiaque

C’est dans ce contexte que s’inscrit la publication d’une équipe de chercheurs britanniques dirigée par le Pr Nicholas L. Mills (University Centre for Cardiovascular Science, Edinburgh). Ils expliquent que des dosages sanguins réguliers de troponine associés, le cas échéant, à des prescriptions de médicaments de la famille des statines, permettent de réduire le risque d’être victime (et de mourir) d’une crise cardiaque.

Leur travail au long cours (mené contre placebo) a été mené sur 3318 hommes volontaires qui ne présentaient pas d’antécédents de pathologie cardio-vasculaires mais des anomalies sanguines modérées (LDL cholesterol concentrations 152 to 228 mg/dl). Et tout cela est dynamique. Pour la BBC l’un des auteurs de cette publication use de la métaphore atmosphérique: « la troponine est presque comme un baromètre de la santé cardiaque. Si l’aiguille monte, c’est mauvais. Si elle descend, c’est bon signe. » Et on peut influencer l’appareil en ayant recours aux statines. Tout cela sur une période allant jusqu’à quinze ans.

Cœurs féminins

«Les dosages de troponine aideront les médecins à identifier les personnes apparemment en bonne santé mais qui ont une maladie cardiaque silencieuse afin que nous puissions cibler les traitements préventifs sur ceux qui sont susceptibles d’en bénéficier le plus » souligne le Pr Mills.

Troponine ou pas, reste l’essentiel pragmatique : la meilleure façon de prévenir les affections cardiaques demeurent une alimentation saine, une activité physique régulière, le refus du surpoids. Et le refus absolu (quoi qu’il en coûte) de la consommation de tabac.

Pour l’heure le travail britannique (qui n’est pas grevé par des conflits d’intérêts) n’a été mené que sur les hommes. On voit toutefois mal pourquoi ses enseignements ne vaudraient pas également pour les cœurs féminins.

A demain

Les innombrables conséquences du mariage sur le périmètre abdominal masculin

Bonjour

Jutta Mata est chercheuse à l’Université de Bâle (département de psychologie). Avec deux de ses confrères travaillant à Nuremberg et à Berlin, elle vient de publier les résultats d’une étude originale dans la revue Social Science & Medicine (1) Cette étude est centrée sur les relations pouvant exister entre le mariage et la prise de poids, ou, plus précisément, entre le statut matrimonial et l’indice de masse corporelle (IMC). Leurs analyses ont porté sur des données (poids, taille, statut matrimonial) obtenues à partir de près de 5000 couples vivant dans neufs pays du Vieux Continent (Allemagne, Autriche, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Russie). Les chercheurs ont également effectué des analyses complémentaires sur les couples vivant en concubinage.

Image d’Epinal

On sait qu’un IMC supérieur à 25 est considéré comme un facteur de risque pour les affections cardiovasculaires ou le diabète. On sait également que, comme l’ont démontré plusieurs études, le mariage peut être un facteur associé à un allongement de l’espérance de vie et à une meilleure santé, qu’il s’agisse du cancer ou de la dépendance à l’alcool – du moinslorsqu’existe une relative harmonie au sein du couple.

C’est dans ce contexte que paraissent les résultats de l’étude dirigée par Jutta Mata, qui a cherché à préciser l’impact du mariage sur les trois «indicateurs de santé» que sont la nutrition, l’exercice physique et l’IMC. Qu’en est-il, dans les neuf pays étudiés, de cette image d’Epinal qui veut que les hommes mariés s’installent dans une forme de confort domestique avec moins d’exercice physique, de fréquents «petits plats» et une tendance marquée au surpoids?

IMC de célibataire

Ce travail montre, schématiquement, que par rapport aux personnes célibataires les personnes mariées se nourrissent mieux mais ont un poids corporel bien plus élevé; soit un «IMC hommes mariés» de 26,3 contre un «IMC homme célibataire» de 25,7 (respectivement 25,6 contre 25,1 pour les femmes). Pour un homme de taille moyenne, cela représente  une différence d’environ 2 kg. Il existe également une différence marquée en ce qui concerne la pratique de l’exercice physique. Il apparaît que les différences entre les pays sont faibles, ce qui suggère que c’est bien le «statut marital» qui joue de manière indépendante.

Que conclure? «Les hommes en particulier, dans les relations à long terme, sont plus susceptibles de manger plus sainement, résume Jutta Mata. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont en meilleure santé. Ils font notamment moins de sport que les célibataires».

Graisses masculines

On peut rapprocher ce travail d’un autre récemment publié dans l’American Journal of Men’s Health (2) et commenté sur le site Slate.fr (3). Ce travail a été mené par des chercheurs américains travaillant à Chicago, Boston et Californie et dirigé par le Dr Craig F. Garfield (Northwestern University Feinberg School of Medicine, Chicago). Les chercheurs se sont intéressés à la prise de poids au moment de la paternité (phénomène parfois dit du “dad boy”). Ils concluent à un lien fort entre la paternité et l’accumulation de graisse chez les hommes. Un «effet paternité» compris en moyenne entre 1,5 et 2 kg.

C’est là un phénomène d’autant plus remarquable que dans le même temps les hommes qui n’ont pas d’enfants dans la même tranche d’âge ont tendance à perdre un peu de poids.

Primo-paternité

Les chercheurs ont étudié des données récoltées sur une vingtaine d’années auprès de 10253 participants hommes. Chaque participant a été classé soit comme «père résident», «père non-résident» (au foyer de l’enfant), ou «non-père». Le travail a consisté à croiser au fil du temps les données d’IMC et le statut parental, tout en prenant en compte les différents facteurs de confusion possibles (âges, ethnies, éducations, revenus, activités quotidiennes, temps passé devant les écrans).

Au final, les auteurs concluent qu’un homme qui vit avec son enfant prend près de 2 kg en devenant père pour la première fois (gain de 2,6% d’IMC). Un père qui ne vit pas avec son enfant prend environ 1,5 kg (gain de 2% d’IMC). Un homme qui ne connaît pas la paternité perd plus de 500 g sur la même période.

On voit à travers ces chiffres que l’expérience de la paternité est une étape corporelle importante pour les hommes concernés, probablement pour des raisons psychologiques et en raison de changements de mode de vie. Ce phénomène de prise de poids n’est pas le seul risque: des symptômes de dépression peuvent être observés dans les premières années qui suivent la naissance. (4)

Chance de s’améliorer

«Les hommes parlent souvent de la naissance de leurs enfants comme d’une chance de s’améliorer: ce serait une période durant laquelle ils arrêteraient de fumer ou feraient plus de sport, commente sur Slate la journaliste américaine Hanna Rosin. En réalité, leur IMC augmente d’environ 2%. Les nouveaux pères se rendant régulièrement chez le médecin, avec leur bébé tout au moins, les chercheurs suggèrent que les pédiatres pourraient peut-être leur parler de leur propre santé et mentionner la possibilité qu’ils puissent prendre du poids.»

«Nous avons récemment appris qu’après la naissance de leurs enfants, les hommes, à l’instar des femmes, connaissent des bouleversements hormonaux, ajoute-t-elle. Leur taux de testostérone, hormone que l’on relie à l’agressivité et à la libido, chute, tandis que leur taux de prolactine, que l’on associe souvent à l’attention aux autres, augmente. Nous avons découvert que les hommes avec enfants gagnent en moyenne plus d’argent et qu’ils sont moins déprimés. Nous avons également appris, d’un ensemble d’études corollaires, comment le mariage transforme les hommes: ils deviennent de meilleurs employés, plus riches, plus heureux et en meilleure santé. S’ils font une attaque cardiaque, ils arrivent à l’hôpital en moyenne une demi-heure plus vite et, en général, ils ont moins de risques d’en mourir. Ils déclarent même avoir une plus grande satisfaction sexuelle.»

A bras ouverts

Selon Hana Rosin, les féministes devraient accueillir «à bras ouverts» les résultats de l’étude sur la prise de poids paternelle. «On a trop longtemps considéré que le mariage et l’accouchement étaient des événements primordiaux principalement pour les femmes», observe-t-elle. Le message subtil adressé aux femmes est peut-être qu’il est de leur devoir de civiliser les hommes, afin qu’ils restent en bonne santé, productifs… et qu’ils arrivent à temps à l’hôpital en cas d’attaque cardiaque. Combien de temps va-t-il falloir attendre pour que les magazines spécialisés dans la parentalité commencent à publier des articles proposant des conseils pour que Monsieur reste svelte après la naissance de bébé? »

A demain

(1) Le résumé (en anglais) de la publication deSocial Science & Medicine  est disponible ici.

(2) Le résumé (en anglais) dela publication d’American Journal of Men’s Healthest disponible ici.

(3) Lire ici: «Le « dad boy » expliqué par la science», de Hanna Rosin, traduit par Yann Champion.

(4) Sur ce thème on peut se reporter à une étude publiée en 2014 dans la revue Pediatrics et dont le résumé (en anglais) est disponible ici.

Ce texte a initialement été publié sur le site Planetesanté.ch

DSK. Comment peut-on juger une sexualité tenue pour «plus rude» que la moyenne habituelle ?

Bonjour

Depuis quelques jours chacun peut juger du caractère éminemment dérangeant de ce procès dit « du Carlton » qui se tient devant le tribunal correctionnel de Lille. On y entend des prostituées regardées comme ayant été des libertines. On entend des femmes parler de relations tarifées par un homme qui ne les imaginait (dit-il) gratuites. Il y a pire. On perçoit, malgré soi, des images que l’on ne voudrait pas percevoir. Tout cela alimente et alimentera les textes vulgaires à l’excès des humoristes et autres imitateurs oeuvrant sur les ondes et les écrans. On verra là, ou pas, une forme de régression collective. Un phénomène que, pour mille et une raisons, personne ne maîtrise plus. Et que bien peu comprennent.

Hausser le ton

Au deuxième jour de son audition devant le tribunal correctionnel les journalistes rapportent que Dominique Strauss-Kahn a « haussé le ton ».  Il s’est indigné que la rudesse de son comportement (de ses pratiques sexuelles) puisse être considérée comme une preuve à charge. « Je commence à en avoir un peu assez, a déclaré  l’ancien patron tout-puissant du FMI à l’adresse de Me David Lepidi, avocat de parties civiles dans ce procès pour proxénétisme aggravé. Les comportements que j’ai (…) n’ont de sens que s’ils impliquent que cela nécessite d’avoir des prostituées, ce qui est absurde ». « Sauf à vouloir me faire comparaître devant les juges pour pratiques dévoyées, ce qui n’existe plus », a-t-il fait remarquer, dans une allusion à la sodomie.

Ce procès pour proxénétisme aggravé s’est ouvert le 2 février. L’AFP précise  que la « brutalité » dans les relations sexuelles a été rapportée par plusieurs participantes aux soirées incriminées. S’explique-t-elle que parce que les femmes concernées étaient des prostituées et qu’il le savait ? « Je dois avoir une sexualité qui par rapport à la moyenne des hommes est plus rude, observe Dominique Strauss-Kahn. Que certaines femmes ne l’apprécient pas, c’est leur droit, qu’elles soient prostituées ou pas. » L’AFP rappelle que cet homme  encourt jusqu’à dix ans de prison et 1,5 million d’euros d’amende s’il est reconnu coupable de l’accusation de proxénétisme aggravé, pour laquelle il est poursuivi aux côtés de treize autres prévenus.

Liberté lasse

Dans Le Monde, Pascale Robert-Diard aura ces mots non plus de clinicienne-chroniqueuse :  « Comme au premier jour de son interrogatoire, Dominique Strauss-Kahn étonne par la liberté lasse et le détachement avec lesquels il évoque sa sexualité. L’une et l’autre sont peut-être ce qu’il lui reste après avoir tant perdu. Le goût compulsif du sexe qui a fait chuter le directeur général du FMI, qui a anéanti les ambitions présidentielles d’un possible candidat socialiste, qui a exposé au monde entier la part la plus obscène d’un homme, qui a fait trembler de peur ceux de ses amis politiques qui avaient si longtemps protégé son secret, est aujourd’hui la meilleure défense publique du prévenu Dominique Strauss-Kahn. 

Le contraste est abyssal avec ses co-prévenus, pliés de honte dès que l’on évoque leurs propres comportements, voyeur pour l’un, amateur de rencontres tarifées ou de plaisirs particuliers pour les autres.»

Quatre ans déjà

Affaire à innombrable rebondissements le dossier judiciaire de la sexualité de Dominique Strauss-Kahn est publiquement ouvert depuis bientôt quatre ans. En novembre 2012 nous avions, sur Slate.fr (et planetesante.ch) consacré un article à l’hypersexualité : « Hypersexualité : choix de vie ou pathologie ». Les données n’ont guère changé. Nous le republions aujourd’hui. « Qualifier l’hypersexualité n’est pas facile. Mais la dépendance qu’elle entraîne parfois, comme l’impact qu’elle peut avoir sur la personne affectée et ses proches, intéresse désormais les milieux scientifiques.

Du vice à la pathologie, de Don Juan à Dominique Strauss Kahn, l’hypersexualité est un invariant des sociétés humaines. Est-elle ou non une pathologie? Ou, pour mieux le dire, celles et ceux qui en présentent les symptômes souffrent-ils de leur état? Bien vaste question qui –il faut le souligner– ignore les souffrances de ceux et celles qui croisent le chemin de ces personnes. Encore faudrait-il, avant de pouvoir répondre, s’accorder sur ce que sont les symptômes de cette formidable entité.

Hypersexualité, un trouble mental?

C’est précisément ce à quoi ce sont attachés treize soignants et chercheurs américains de différentes disciplines. Ils publient leurs résultats dans le Journal of Sexual Medicine (on pourra lire ici le résumé de leurs travaux). En toile de fond de leur enquête: la question de savoir si l’assuétude aux relations sexuelles doit, de nos jours et sous le ciel américain, être cataloguée comme une entité psychiatrique (un «désordre mental»). L’hypersexualité doit-elle entrer dans la prochaine édition (la cinquième) de cette bible moderne et réductionniste qu’est le DSM («Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux »)? Ces treize chercheurs travaillent dans diverses universités américaines (de Californie, Brigham Young, University of North Texas, Texas Tech University, Temple University). Ils ont mené leur étude sur le terrain en interrogeant 207 patients, âgés de 18 ans et plus. Ces personnes bénéficiaient  de services de soins en santé mentale  pour un certain nombre de troubles, dont celle qui fait l’objet de leur publication. Ces chercheurs expliquent ne pas avoir  éprouvé de grandes difficultés à identifier et s’accorder sur les patients concernés par ce trouble pas plus que sur les critères à retenir pour étiqueter cette entité. Tout se passe comme si cette dernière dépassait ce qui oppose habituellement  les psychiatres, les psychologues, les travailleurs sociaux, les thérapeutes conjugaux et de la famille. Ceci est à souligner quand on connaît le nombre et la nature des oppositions qui peuvent exister entre ces différentes disciplines soignantes.

Perte d’autonomie au cœur du diagnostic

Mais comment, en pratique, peut-on porter ce diagnostic? Tout d’abord avec ce constat qui vaut pour toutes les dépendances; la perte d’autonomie. Les personnes concernées consacrent à leur sexualité tellement de temps et d’énergie qu’elles en ressentent une grande détresse personnelle qui perturbe gravement leur vie sociale et/ou professionnelle. Le diagnostic peut être porté à partir d’un constat finalement assez simple à dresser.

Il s’agit de personnes qui adoptent des comportements sexuels sans prendre en compte les risques de préjudices (physiques ou affectifs) auxquels elles s’exposent et auxquels elles exposent autrui. Plus précisément il s’agit de personnes qui évoquent, sur une période d’au moins six mois, des expériences de fantasmes sexuels récurrents et intenses, de pulsions et de comportements sexuels. Et ce en association avec tout ou partie des critères suivants:

  • elles passent beaucoup trop de temps à ces fantasmes ainsi qu’à des démarches d’organisation et de planification de leurs futurs comportements sexuels;
  • elles s’engagent de manière récurrente dans ces fantasmes sexuels dans une forme de réponse à des troubles de l’humeur (anxiété, dépression, ennui, irritabilité) ou en réponse à des événements stressants de la vie au quotidien;
  • elles fournissent des efforts répétés (mais infructueux) pour contrôler (ou réduire) de manière significative ces fantasmes, pulsions et comportements sexuels;
  • elles s’engagent le moment venu dans des comportements sexuels sans aucune prise en compte du risque de préjudice physique ou affectif pour elles-mêmes ou pour les autres;
  • chez elles, fantasmes, pulsions et comportements sexuels sont associés à une détresse personnelle ou à une altération du fonctionnement social ou professionnel.

Il existe d’autres critères, d’autres échelles, pour porter le diagnostic d’«assuétude à la sexualité» en sachant bien que sur ce thème l’éventail des comportements qualifiés ou non d’«anormaux» est bien vaste: il va de la multiplication (parfois spectaculaire) du nombre de partenaires plus ou moins consentant(e)s) jusqu’à différents actes pratiqués sous la contrainte; des actes pouvant, de ce fait, être qualifiés d’agressions sexuelles, voire de viols.  Et au risque de se répéter et d’être mal compris dire qu’il faut considérer les personnes «dépendantes sexuelles» comme des personnes qui souffrent; l’apparence du plaisir (sexuel) peut être sacrément trompeuse.

 Entre 3% et 6% de la population 

En 2010, au moment de «l’affaire Tiger Woods» (du nom de ce célèbre golfeur surnommé «golfeur pour dames») ou de celle, plus récente et nettement plus médiatisée, de l’ancien directeur général du Fonds monétaire international, nous nous étions rapporté, sur Slate.fr, à un travail mené par le Pr Florence Thibaut (service de psychiatrie CHU de Rouen) chercheuse à l’Institut national français de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Selon elle, cette pathologie affecterait entre 3% et 6% de la population (sexuellement active) et concernerait des hommes dans 80% des cas. Elle se caractérise par une «fréquence excessive, non contrôlée et croissante, du comportement sexuel qui persiste en dépit des conséquences négatives possibles», étant bien entendu que les pratiques sexuelles sont, du moins en général, «conventionnelles». On n’est donc pas là dans le champ des paraphilies, ces «déviances» ou «perversions» comme l’exhibitionnisme, le fétichisme, ou le voyeurisme.

Pour le Dr Jean-Claude Matysiak, psychiatre, chef de service de la consultation d’addictologie du centre hospitalier de Villeneuve-Saint-Georges, on peut faire un lien avec les problèmes d’alimentation: «Certains sont capables de faire des excès sans être malades. Il y a addiction quand la vie de l’individu est centrée sur le sexe aux dépens du reste. Il peut souffrir simplement de la quantité comme de la qualité.» Selon lui, il n’y a pas de différences entre les hommes et les femmes. «Les deux souffrent dans les mêmes conditions, explique-t-il. Il peut s’agir de la répétition de relations sexuelles avec des partenaires différents comme d’une activité masturbatoire compulsive devant des images pornographiques. Il n’y a pas ici à mon sens de liens directs avec le pouvoir; c’est plutôt une question de personnalités dépendantes. Elles ont un besoin commun de s’affirmer, une quête frénétique d’identité, qu’elles peuvent rechercher dans la conquête du pouvoir ou la multiplication des aventures sexuelles.»

Diverses définitions

D’autres spécialistes vont jusqu’à intégrer à l’hypersexualité des éléments aussi hétérogènes que la masturbation compulsive, la dépendance à des drogues illicites ou à des accessoires spécifiques, le sexe anonyme, payant ou intrusif (abus de position sociale…). Peut aussi s’y ajouter la dépendance à des formes anonymes du désir sexuel qu’il s’agisse de pornographie, de sexualité par téléphone ou de «cybersexe» (qui concernerait entre 6% à 9% des hommes internautes qui y consacreraient plus de onze heures hebdomadaires).

Plus généralement c’est l’impossibilité, quoiqu’il puisse en coûter, de résister à ses pulsions sexuelles, c’est l’escalade dans la «sévérité» des activités sexuelles. C’est encore l’accroissement du temps consacré aux «préoccupations» de nature sexuelle, mais aussi et surtout les échecs répétés des tentatives d’autocontrôle et la persistance des comportements en dépit des risques (infectieux, judiciaires) et des conséquences (divorce, perte d’emploi); le tout possiblement associé à un syndrome de sevrage (dépression, anxiété, tentatives de suicide, sentiment de culpabilité). Les spécialistes observent aussi fréquemment une association avec d’autres addictions (alcool ou psychotropes, travail, etc.).

Pour certains il faut au moins deux des cinq caractéristiques suivantes pour porter un tel diagnostic:

  • la drague compulsive avec partenaires multiples (maîtrise de l’anxiété et de l’estime de soi);
  • la fixation amoureuse compulsive sur un(e) ou des partenaires inaccessibles (objet d’amour hyper idéalisé);
  • les rapports amoureux compulsifs multiples (recherche d’une intensité des sentiments dans une nouvelle aventure);
  • les rapports sexuels compulsifs insatisfaisants;
  • l’auto-érotisme compulsif avec masturbations à la fois répétées (de 5 à 15 par jour) et frénétiques (entraînant parfois fatigue et blessures).

 Cette dépendance est-elle une cousine des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), l’obsession se focalisant ici sur la recherche d’un partenaire sexuel, d’un lieu approprié pour engager des relations sexuelles etc.? Faut-il traiter «l’hypersexualité» comme les TOC et ce au moyen de médicaments psychotropes antidépresseurs ou anxiolytiques? Sommes-nous ou pas dans le monde de la psychiatrie, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer? «Pour ma part, j’aurais plutôt tendance à situer l’hypersexualité à la lisière du monde des addictions, associant une forme de dépendance comportementale, de troubles de l’humeur et de dépendance affective», explique le Dr Willian Lowenstein, président de SOS Addictions.

Peut-être faut-il aussi, pour tenter de comprendre, (re)visiter  Don Juan, le mythe. Avec deux questions en tête. Comment devient-on à la fois «jouisseur et cynique», également «égoïste et destructeur»? Comment soigner Don Juan? Et s’il refuse d’être soigné, faut-il juger Don Juan ? Et le condamner ?

A demain

Fins de vie: dernières nouvelles en provenance des «expériences de mort imminente»

Bonjour

Le politique ne sait pas faire avec la mort. Le législateur encore moins, qui se garde bien de la définir dans l’éternité du marbre. Reste l’agonie. Dans quelques jours deux députés, l’un de gauche (Alain Claeys), l’autre médecin et de droite (Jean Leonetti) remettront aux Parlement leurs propositions sur la « fin de la vie humaine ». Dans l’attente il n’est pas inintéressant de se pencher sur une étude sans précédent. Elle entrouvre d’étranges fenêtres – et pourra faire froid dans certains dos.

Cette étude vient d’être publiée dans la revue spécialisée Resuscitation. Dénommée AWARE (pour AWAreness during REsuscitation), elle visait à analyser scientifiquement les états de conscience et les expériences dites «de mort imminente» (Near Death Experience – NDE). Cette expression désigne un ensemble de «visions» et «sensations» consécutives à une mort clinique. Les témoignages disponibles évoquent souvent la «sortie du corps», le «déroulement de sa propre existence à vitesse accélérée», la «vision d’un tunnel», d’une «lumière», et/ou le ressenti d’un «sentiment d’amour infini, de paix et d’union».

Hallucinations en discussion

L’étude a été dirigée par le Dr Sam Parnia (Université de l’Etat de New York, Stony Brook) Elle a été menée dans cinq hôpitaux situés au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Autriche. Elle a inclus 330 «arrêts cardiaques ressuscités», dont 140 ont pu être correctement étudiés. Les patients (des hommes à 67%) étaient âgés en moyenne de 64 ans (avec des écarts allant de 21 à 94 ans). Chacun a été interrogé sur ses souvenirs et son état de conscience au moment de l’arrêt cardiaque et de la réanimation.

Ce travail vient, après d’autres, bouleverser des données tenues pour acquises quant à la définition de la mort associée à l’arrêt des fonctions cardiaque et cérébrale. L’équipe du Dr Parnia montre, à travers l’analyse des témoignages recueillis, que 39% des personnes concernées font état d’une certaine sorte d’«éveil» pendant leur arrêt cardiaque. Les sensations visuelles et auditives qu’elles décrivent ne semblent pas relever obligatoirement de phénomènes hallucinatoires. Enfin, l’état de «conscience» semble pouvoir perdurer jusqu’à trois minutes après l’arrêt cardiaque.

Echappement des souvenirs

A l’issue d’un premier entretien, 85 des 140 patients ont rapporté n’avoir aucun souvenir ni conscience de quoi que ce soit pendant leur épisode d’arrêt cardiaque. Bien qu’aucun signe clinique d’un quelconque état de conscience n’ait été rapporté (pas de réponse motrice ni verbale à la douleur, yeux clos et score de Glasgow de 3/15), les 55 patients restants ont décrit une sensation ou un souvenir, sans toujours pouvoir formuler précisément de quoi il s’agissait.

«Cela suggère que davantage de personnes pourraient, le cas échéant, avoir une activité mentale mais que leurs souvenirs leur échappent, soit en raison de lésions cérébrales consécutives à l’accident, soit en raison de l’effet délétère de la sédation sur la mémoire», commente le Dr Parnia dans un communiqué publié par l’Université de Southampton.

 Dires confirmés

Au cours d’une seconde étape, 101 personnes sur les 140 participants à l’étude ont été réinterrogées quelque temps après. Les 85 personnes qui n’avaient gardé aucun souvenir/perception de l’arrêt cardiaque ont confirmé leurs dires.

Parmi les autres participants:

  • 9 ont rapporté des «sensations» compatibles avec ce qui est décrit lors des NDE (lumière, impression de bien-être, etc.);
  • 46 ont évoqué des souvenirs précis mais sans rapport avec les descriptions classiques des NDE;
  • 2 ont été capables de décrire l’épisode de l’arrêt cardiaque et de la réanimation avec des détails visuels et auditifs précis.

Hors de son corps

L’un de ces deux patients a fait un récit très étonnant de l’épisode hospitalier. «Cet homme de 57 ans affirme être sorti de son corps et avoir observé la scène depuis un coin du plafond, résume le site internet Medscape France. Il a décrit de façon précise les faits et gestes de l’équipe médicale, de même que l’utilisation du défibrillateur automatisé externe (DAE), dont il dit avoir entendu deux bips consécutifs. Fait étonnant: la description de la scène (y compris les paroles prononcées lors de la réanimation et la description physique de certains intervenants) rapportée par ce patient a été corroborée par l’équipe médicale. Plus surprenant encore: les deux bips du DAE «entendus» par ce patient ont permis d’évaluer la durée du phénomène de «sortie de corps» à trois minutes.

Pour le Dr Parnia, «ce témoignage est d’autant plus significatif que, jusqu’à présent, les expériences en relation avec l’état de mort sont assimilées à des hallucinations qui surviendraient juste avant l’arrêt cardiaque ou lorsque le cœur repart à l’occasion d’une réanimation réussie. Dans le cas [de ce patient], une conscience de ce qui s’est passé a été mise en évidence pendant une période de trois minutes où le cœur était à l’arrêt. Ceci est d’autant plus paradoxal que le cerveau cesse de fonctionner dans les vingt à trente secondes qui suivent l’arrêt du cœur et que son activité ne redémarre pas tant que le cœur n’est pas reparti. De plus, les souvenirs précis, notamment visuels, de ce cas étaient totalement cohérents avec les événements réels.»

Poursuivre ces études

Pour son directeur, cette étude (la plus vaste à ce jour sur le sujet) «ne permet pas de conclure à la réalité ou à la signification des expériences d’éveil rapportées par certains patients, en raison de la trop faible incidence du phénomène de souvenirs visuels (2%). Mais elle ne permet pas non plus de les désavouer et requiert de poursuivre les études dans ce domaine.»

Tout en reconnaissant un certain nombre de limites (et notamment le fait que les interviews aient eu des durées irrégulières, compte tenu de l’état de santé des personnes interrogées), les auteurs considèrent que cette étude apporte de nouvelles informations quant aux expériences mentales susceptibles de survenir au moment de la mort après un arrêt circulatoire.

«Contrairement à ce que nous pensons, la mort ne serait pas un instant donné, mais un processus potentiellement réversible», conclut Sam Parnia. Qu’en dira, demain et en France, le législateur ?

A demain

Ce texte a initialement été publié sur le site planetesante.ch

Tour de France : les maillots mouillés sont une aubaine pour l’humanité

L’odeur de la sueur est un bonheur : elle incite les êtres humains à plus de générosité, plus d’entraide. La preuve nous vient de Finlande. Explications au moment où se joue la cinquième étape du Tour (Cagnes-sur-mer/Marseille ; 228,5 km) Avec, en prime, un plaisir de lecture (1)

Que serions-nous sans la sueur? Le biologiste dira qu’il s’agit là d’une sécrétion des glandes sudoripares, le résultat du phénomène de la transpiration. Il ajoutera que la transpiration est indispensable à la vie, puisqu’elle participe au contrôle de la température du corps. Le spécialiste de thermodynamique précisera que le corps humain évacue 580 Kcal par litre de sueur évaporée.

Outre des calories, que perdons-nous en perdant notre sueur? Principalement de l’eau et des minéraux; sans oublier le lactate, cette forme ionisée de l’acide lactique et de l’urée. Quoi de plus intime que la sueur? Sa composition minérale varie d’une personne à une autre. Elle est le miroir fidèle de l’accommodation du corps à la chaleur, au type et à l’intensité de l’exercice musculaire, à la durée et à la cause de la transpiration. Elle varie selon la composition minérale du corps mais aussi selon les régions de ce même corps.

On taira ici ce que les odeurs de sueur peuvent représenter pour autrui. Elles peuvent être la source d’infinis plaisirs ou au contraire de répulsions-réflexes. Songeons un instant à nos réactions devant unmaillot de corps qui est mouillé de sueur (étranges expressions); ou encore aux taches laissées par ses propres sueurs sur un linge de corps. Il faut bien ranger ici la sueur au rang des «divers produits que le corps expulse quotidiennement» (excréments, urines, mucosités), dont parle si élégamment Mauricio Ortiz (médecin devenu journaliste) dans son précieux Du corps, publié aux éditions du Seuil en 2012. On peut voir là un équivalent corporel humain de cette part des anges qui fait tant rêver autour des chais de cognac.

La «composition-type» de la sueur? Une sorte de reflet minéral du corps, avec du sodium (0,9 grammes/litre), du potassium (0,2 grammes/litre), du calcium (0,015 grammes/litre) et du magnésium (0,0013 grammes/litre). Sans oublier des traces de zinc, de cuivre, de fer, de chrome, de nickel ou de plomb ainsi que des éléments véhiculés avec la transpiration comme le sébum.

Le vertige des sueurs froides

La fonction principale de la sueur? Refroidir le corps humain de manière à ce que sa température interne demeure relativement constante. D’où les suées en cas de fièvre et la nécessité de ne pas toujours faire retomber cette dernière. Est-ce là l’origine de l’expression «sueurs froides» dont Hitchcock a fait un film d’anthologie, mieux connu des anglophones sous le titre Vertigo (1958)?

Provoquer la sudation par différents moyens a aussi pour but (dans de nombreuses médecines non conventionnelles) de réaliser une forme de «purification» du corps. Suer, c’est éliminer ce qui doit l’être. Une marque française d’eau minérale en a fait un slogan publicitaire en faisant l’économie de la sudation, comme on peut le voir sur ces images datant de 1986.

Il est vrai qu’une autre marque, concurrente, avait trouvé des arguments physiologiques (hépatiques et rénaux) pour inciter à consommer sans modération. On trouvera plus généralement ici un délicieux petit travailde «professionnels de la communication» en amont des processus de la sudation.

Y a-t-il un lien entre cette purification via le sudoripare et la symbolique de la classe ouvrière? On songe ici à la force de travail musculaire et aux conséquences biologiques qui en découlent. L’ouvrier de la révolution industrielle se définissait alors par opposition aux intellectuels. Aux premiers la sueur, aux seconds l’intellect et les mains blanches. Ajoutons que la même sueur est (symboliquement) revendiquée par le mouvement Punk-rock et ses dérivés, ainsi que dans la musique funk (puisque funky signifie qui sent la sueur en argot américain).

On peut aujourd’hui ajouter un nouveau chapitre. Il résulte des travaux menés par Markus Rantala, biologiste à l’université de Turku (Finlande),publiés dans PLoSOne, que les phéromones (ces étranges molécules omniprésentes, dit-on, dans le vivant) semblent jouer des rôles essentiels à la sexualité et à la préservation du soi. Soit à la grande histoire de la perpétuation de l’espèce via le plaisir.

Pour ce qui est de la femme et de l’homme, différentes approches tendent à montrer que les phéromones sont intimement liées aux cycles de l’humeur et de la reproduction. Faut-il voir un hasard dans le fait que les phéromones sont produites par des glandes spécialisées qui sont situées près des aisselles? Et faudrait-il être troublé d’apprendre que ces mêmes phéromones se marient à la sueur?

Fragrances dominantes

Chez l’animal, les phéromones mâles permettent de fixer les rôles dominants-dominés. Dans l’espèce humaine, de premières approches psychométriques ont démontré l’existence d’associations entre l’attirance de certaines femmes pour certains hommes sur la base de fragrances associées à des hormones ou des phéromones. L’inverse n’est pas à exclure. Et l’usage intensif que nous faisons des parfums pourrait constituer un lien nous unissant à nos amies les bêtes, comme en témoignent les possibles liens entre le N°5 de Chanel et un parasite.

Dans le collimateur des biologistes et des éthologues: un cousin de la testostérone connu sous le nom d’androstadiénone qui est vingt fois plus présent dans les sueurs des hommes que dans celles des femmes. A Turku, le biologiste Markus Rantala et son collègue Paavo Huoviala ont mené une expérience riche d’enseignements. Elle a été conduite sur un groupe de quarante hommes qui devaient participer à un jeu vidéo. Dans ce jeu, deux joueurs doivent se partager 10 euros. Un joueur propose un mode de partage, l’autre décide d’accepter ou non.

Générosités mâles

L’expérience consiste à faire inhaler aux participants soit la phéromone mâle, soit un placebo à l’odeur similaire. Les vingt hommes ayant inhalé la phéromone se révèlent aussitôt plus généreux: ils offrent, en moyenne, un demi-euro de plus que le groupe témoin et, mieux encore, acceptent des offres inférieures d’environ un demi-euro. Les deux chercheurs expliquent avoir contrôlé les niveaux d’hormones chez les hommes tout au long de l’expérience. Et ils observent, à leur grande surprise, que les hommes dont les niveaux de testostérone sont naturellement les plus élevés sont aussi les plus généreux après avoir été exposés à la phéromone. Tout se passe comme si cette dernière entrait en interaction avec l’hormone mâle.

Cette découverte pourrait être utile lors de situations critiques, lorsque la coopération et l’altruisme entre les hommes sont des questions de survie. On peut aussi imaginer dès à présent d’autres applications. Les exemples ne manquent pas où des pulvérisations d’androstadiénone pourraient rendre la vie en société nettement plus agréable. L’affaire est résumée et amplement commentée (en anglais) sur le site du magazine américain Science. Pour l’anthropologue Jan Havlíček (Charles University de Prague) il ne faut pas trop rêver, et rappeler que le pouvoir des phéromones dépend beaucoup du contexte. Il serait ainsi selon lui intéressant de voir l’impact qu’auraient des pulvérisations d’androstadiénone lors des compétitions sportives. Serait-ce une forme d’antidopage?

(1) Le superbe « Anquetil tout seul » de Paul Fournel aux Editions du Seuil. Collection Points. L’auteur rappelle que Jacques Anquetil  se dopait et le disait publiquement : « Il faut être un imbécile ou un faux jeton pour s’imaginer qu’un cycliste professionnel qui court 235 jours par an peut tenir le coup sans stimulants. » Après avoir juré le contraire le banni Lance Armstrong  parle comme Anquetil. Une question d’actualité : aujourd’hui combien d’imbéciles et combien de jetons  qui ne sont pas vrais ?

Ce billet a initialement été publié sur les sites  www.planetesante.ch et slate.fr

 

 

Le secret dévoilé des huiles d’olives et de la satiété

Les médias vous mentent : l’Europe n’est pas en guerre, elle est en marche. Des chercheurs allemands et autrichiens viennent de découvrir l’une des raisons cachées des vertus du «régime méditerranéen». Nos horizons s’élargissent : les arômes pourraient, à eux seuls, contribuer à nous rassasier.

Longtemps les territoires de la langue d’oc furent aussi ceux de l’huile d’olive. Plus au nord, dans les brouillards, ceux de la langue d’oil étaient aussi ceux de l’huile des fruits des noyers. C’était avant la mondialisation et l’épidémie de la grande distribution. Avant, aussi, la découverte par l’ensemble de la planète des immenses vertus sanitaires du désormais célèbre régime méditerranéen. Ingrédient central de cette alimentation source de santé et de longévité: l’huile d’olive, justement. On la trouve désormais partout, de toute provenance et à tous les prix, dans les gondoles des supermarchés.

On est peut être encore loin de tout savoir sur cette formidable matière grasse extraite des fruits de l’olivier après «trituration» dans un moulin à huile. Qu’est-ce que la trituration? Une opération combinant friction, frottement et pression (un peu comme ce que font nos molaires lors de la mastication). Nous savons, surtout, que nous n’avons rien inventé. L’huile d’olive est connue depuis la plus haute antiquité, les Grecs (anciens) et les Romains (mais aussi les Hébreux) l’utilisaient déjà pour cuisiner, pour s’éclairer et pour soigner leur beauté. A table, elle peut être utilisée aussi bien crue que cuite (prendre garde toutefois de ne pas l’utiliser à plus de 210 °C).

Cherchez le fruité et le poivré de l’ardence 

S’intéresser à cette huile, c’est découvrir qu’il en existe de très nombreuses variétés. Leurs caractéristiques organoleptiques (goût, odeur, couleur, aspect, consistance…) changent en fonction de leurs origines géographiques, des variétés des oliviers mais aussi des méthodes de culture et du stade de maturité des fruits triturés. L’intérêt que certains consommateurs peuvent lui porter n’est pas sans rappeler celui de certains amateurs de grands vins. On distingue ainsi les goûts (ici l’amertume et son intensité), les arômes (la catégorie du fruité et ses analogies avec d’autres fruits), sans oublier les sensations kinesthésiques et les tactiles.

Il faut donc rechercher l’ardence (picotement poivré, spécifiquement dans la gorge, lors de la dégustation) de même que les différences d’onctuosité et se garder comme de la peste du rance, du moisi et des impressions particulièrement désagréables résultant des fermentations excessives ou inappropriées lors de la conservation des olives.

Squalène, phénols et tocophérols

On peut se demander à quoi tiennent les fameuses vertus diététiques de cette huile? Celle-ci est composée d’environ 99 % de lipides et de composés mineurs aux noms étranges: squalène, alcools triterpéniques, stérols (β-sitostérol), phénols, et autres dérivés du tocophérol. La matière grasse elle-même est composée de triglycérides constitués d’acides gras de différentes sortes, dont la répartition est caractéristique de l’huile, voire de la variété de l’olivier et du lieu de production.

Une des vertus, généralement non dite, de ces huiles tient à l’allégation selon laquelle elle ferait moins «grossir» que les autres. Nettement plus «légère» que les huiles de noix, elle le serait aussi plus que celles d’arachides et de colza, ses principales concurrentes. Sans parler de l’huile de palme qui,comme chacun sait ou devrait savoir, n’est pas véritablement une huile comme les autres.

C’est précisément ce mystère que viennent de percer des chercheurs de la Technische Universität München (TUM). Ils démontrent que les fameuses substances aromatiques présentes dans les huiles d’olive n’ont pas pour seule fonction d’enchanter nos fosses nasales et notre palais. Elles contribuent aussi à inhiber l’absorption du glucose, retardant ainsi le retour de la sensation de faim. Un travail magistral qui a été mené à partir d’huiles d’olive élaborées en Espagne, en Grèce, en Italie et en Australie, et qui a conduit à identifier deux substances qui réduisent l’absorption du glucose présent dans le sang par les cellules hépatiques (1).

Une plus grande sensation de satiété

Ce travail a été dirigé par le Pr Peter Schieberle (titulaire de la chaire de chimie alimentaire à la TUM) en collaboration, à l’Université de Vienne, avec le Pr Veronika Somoza. Les deux équipes ont étudié in vivo quatre catégories différentes de graisses et d’huiles comestibles. Sur une période de trois mois, les participants volontaires ont accepté de manger 500 grammes de yaourt maigre enrichi avec l’une de ces quatre variétés de lipides; et ce en supplément à leur régime alimentaire normal.

«L’huile d’olive a eu pour effet de procurer une plus grande sensation de satiété, rapporte le Pr Schieberle. Le groupe « huile d’olive” a montré une plus forte concentration sanguine de la sérotonine, hormone de satiété. Les participants ont également déclaré qu’ils avaient trouvé, de manière subjective, le « yaourt huile d’olive” particulièrement «copieux». Durant la période de l’étude, aucun membre de ce groupe n’a montré une augmentation du pourcentage des graisses corporelles ou de poids.»

L’origine italienne plébiscitée

Selon les chercheurs, les deux substances qui réduisent l’absorption du glucose dans le sang dans les cellules hépatiques (du foie) sont l’hexanal et le E2-hexénal. Ils ont également pu établir que l’huile d’olive d’origine italienne contenait de plus grandes quantités de ces deux composés aromatiques. Ils ne cachent pas une certaine surprise dans la mesure notamment où l’huile de colza (également testée) et l’huile d’olive contiennent des acides gras en parts égales. Mais les acides gras ne sont donc pas ici les seuls à compter.

«Nos résultats montrent que l’arôme est capable de réguler la satiété», conclut le Pr Schieberle. C’est là une observation qui pourrait être d’une portée assez considérable. A la fois d’un point de vue directement thérapeutique mais aussi de manière préventive puisqu’il est ainsi démontré que les arômes pourraient à eux seuls contribuer, sinon à nous gaver, du moins à nous rassasier. Une démonstration faite dans les cornues modernes de Munich et de Vienne. Mais une observation qui avait peut-être déjà été faite sur les rives de la mer Méditerranée. Dès la plus haute antiquité.

(1) On trouvera (en langue anglaise) les explications détaillées ici-même.

Ce billet est initialement paru sur le site http://www.planetesante.ch

 

Le très grand gâchis de l’affaire des pilules

La médiatisation des risques inhérents à la prise des pilules contraceptives n’a pas conduit les autorités sanitaires à redire les dangers considérables que représente la consommation de tabac chez les femmes. Quand elle est associée à cette contraception, mais pas seulement. Or les femmes sont de plus en plus consommatrices et de plus en plus exposées à ce double risque.

Pourquoi les pouvoirs publics n’ont-ils pas saisi cette opportunité pour redire le considérable danger sanitaire qu’est le tabagisme ? Le feront-ils sous peu ? Faudrait-il aller jusqu’à imaginer que pourraient jouer ici les profits tirés par la collectivité de la commercialisation de cette substance mortifère ?    

Le sexe ne change rien à l’affaire : les femmes qui consomment du tabac sont exposées aux mêmes risques de maladies graves et de mort prématurées que les hommes. Les statistiques ne cessent de le confirmer puisque les femmes fument de plus en plus et de plus en plus jeunes. Mais il n’est jamais trop tard pour arrêter. Le triste constat est dressé dans l’édition datée du 24 janvier du prestigieux New England of Medicine. On pourra en prendre connaissance ici. Ce travail a été mené conjointement par des chercheurs de différentes institutions américaines (dont l’American Cancer Society) et de l’Université de Queensland. Ils font ici le bilan de cinquante années de tabagisme et analysent les évolutions du risque de décès lié au tabagisme, chez les femmes, comme chez les hommes. Leurs conclusions portent sur près de deux millions de citoyens américains. Elles montrent que le risque de décès prématuré pour les femmes grimpe en flèche en cinquante ans et rejoint celui des hommes. Le risque de mourir d’un cancer broncho-pulmonaire est multiplié par un facteur de vingt-cinq chez les femmes fumeuses par rapport à celles qui ne consomment pas de tabac. Ce sujet vient par ailleurs traité sous un autre angle et à propos d’une autre publication par Le Figaro.

«Les femmes qui fument comme des hommes, meurent comme les hommes», résument les auteurs. Il en va de même pour les affections cardio-vasculaires et les accidents vasculaires cérébraux ainsi que pour les cancers broncho-pulmonaires. L’étude a évalué les tendances de la mortalité entre fumeurs et non-fumeurs aux États-Unis sur cinquante ans à partir des données de plusieurs études dites «de cohortes» menées de 1959 à 1965, de 1982 à 1988, et de cinq autres études réalisées entre 2000 et 2010. Soit au total près de 900.000 hommes et 1,3 million de femmes. L’analyse des données prouvent clairement l’existence d’une association tabagisme/décès prématuré.

Les chercheurs ont réparti les participants en «fumeurs actuels», «anciens fumeurs» et personnes «n’ayant jamais fumé»  afin d’aboutir à une évolution des taux de mortalité par groupe et à un risque global de décès chez les fumeurs actuels par rapport aux personnes qui n’ont jamais fumé. Ils constatent ainsi que les femmes «fumeuses actuelles» ne présentent pas de diminution dans le temps du taux de mortalité toutes causes confondues (et ce contrairement aux non-fumeurs, hommes et femmes).

Une drogue doublée d’un poison

Au fil du temps, le risque relatif de mortalité prématurée  toutes causes confondues chez les fumeuses en comparaison avec les femmes qui n’ont jamais fumé s’élevait à 1,35 (soit une augmentation de risque de décès de 35%) en 1960. Il passait à 2,08 en 1980 puis à 2,76 en 2000. Une autre augmentation constante concerne le risque absolu de décès prématuré lié au cancer du poumon chez les fumeuses actuelles. Lorsque l’on passe au risque relatif de décès lié au cancer du poumon chez les fumeuses actuelles en comparaison des femmes qui n’ont jamais fumé, la tendance est proprement stupéfiante. En 1960, le risque relatif était de 2,73 soit un risque de décès plus que doublé. En 1980, il était de 12.65. En 2000, il était passé à 25,66.

Chez les hommes, le pic des taux de décès prématuré par cancer du poumon a été atteint dans les années 80 et les tendances sont légèrement différentes: les taux de mortalité diminuent chez les fumeurs actuels comme chez les non-fumeurs. La différence croissante de mortalité prématurée entre les femmes fumeuses et les non-fumeuses depuis les années 1960 suggère que les femmes qui fument aujourd’hui semblent avoir un risque encore plus élevé de décès que les fumeuses des années 60, par rapport à leurs homologues non-fumeuses. On ne peut manquer de s’interroger sur les raisons d’un tel phénomène.

Les auteurs expliquent pour leur part que depuis les années 60, les femmes se sont mises à fumer de plus en plus «comme les hommes», c’est-à-dire non seulement de plus en plus jeunes, en consommant de plus en plus et de plus en plus «fort». Il y a d’autre part une baisse de risque de décès chez les non-fumeurs en raison des progrès des traitements des maladies courantes et indépendantes du tabagisme. Cette baisse relative peut expliquer l’écart de risque entre fumeuses et non-fumeuses. C’est ainsi que, chez les hommes comme chez les femmes, ceux et celles qui n’ont jamais fumé ont des taux de  mortalité toutes causes confondues qui apparaissent réduits de moitié dans les années 2000 par rapport à ceux des années 60.

On trouvera le seul élément rassurant dans les conclusions d’une étude voisine. Elles montrent que le fait de cesser de fumer réduit de façon spectaculaire les taux de mortalité prématurée. Et, qui plus est, quelque soit l’âge. Mais le plus tôt est le mieux. Ainsi le fait pour une fumeuse de cesser de fumer avant ses quarante ans  réduit de 90% le risque de décès prématuré liés au tabagisme. Encore faut-il avoir le courage et les aides (matérielles et psychologiques) qui permettent de rompre avec une substance qui avec le temps devient une drogue doublée d’un poison.

Ce billet reprend pour partie un texte paru sur le site http://www.planetesante.ch/