Les étudiants français en médecine sont-ils gangrenés par les marchands de médicaments ?

 

Bonjour

Joli tir groupé. A la fois sur le site The Conversation : « Les facs de médecine les plus indépendantes vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique » et sur celui de la revue PLOS ONE : « Conflict of Interest Policies at French Medical Schools: Starting from the Bottom ». Le sujet est aussi repris dans Le Monde : « Prévention des conflits d’intérêts : les facs de médecine épinglées ». Où l’on apprend que l’association Formindep publie le premier classement des facultés « en fonction de leur degré d’indépendance vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques ».

Aider à progresser

C’est là une initiative originale qui devrait faire parler d’elle dans les amphithéâtres de médecine sinon chez Big Pharma. Elle s’inspire d’une opération similaire menée aux Etats-Unis en 2007. Ses auteurs ont adressé aux doyens de trente-sept facultés de médecine françaises un questionnaire (treize critères) visant à évaluer le degré de perméabilité sinon de compromission avec l’industrie des médicaments.  Le résultat est sévère pour ne pas dire lamentable. Toutes peuvent nettement mieux faire. Seules Angers et Lyon Est (Lyon 1) sortent-elle le nez de l’eau. Pour les auteurs « c’est un outil dont les étudiants doivent s’emparer au niveau local ».

 Ce travail lui-même n’est pas parfait mais il a pour but premier d’aider à progresser. Jusqu’où ? « Nous avons tout intérêt à avoir des liens avec l’industrie, à condition de mettre en place des garde-fous et d’être transparents, ce qui est le cas, aussi bien pour les contrats de recherche que pour les opérations de mécénat », explique au Monde le Pr  Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes. « Au niveau des facs, l’interaction avec les industries est très faible », assure pour sa part le Pr Jean-Luc Dubois-Randé, président de la conférence des doyens en médecine, qui se dit toutefois favorable à plus de transparence.

Court-circuiter

Une solution serait le court-circuit, la déconnexion : enseigner la thérapeutique non plus avec les noms commerciaux des médicaments mais en ne faisant référence qu’aux DCI (dénomination commune internationale). En France, il existe plus de 8.000 noms commerciaux de médicaments pour seulement 1.700 DCI.  On pouvait, en 2007, lire ceci sur le site de la Mutualité Française :

« Depuis septembre 2005, la Mutualité Française, la revue Prescrire et l’association de consommateurs UFC-Que choisir mènent une campagne d’information pour promouvoir « La DCI : le vrai nom du médicament ». Cette action s’est traduite par la publication de fiches pratiques expliquant les bonnes raisons de l’utilisation de la DCI. »

 Sept ans plus tard, où en est-on ? Que pourraient dire, sur le sujet, les enseignants, les doyens, les fabricants, les étudiants ? Sans oublier les pharmaciens.

A demain

Tour de France : les maillots mouillés sont une aubaine pour l’humanité

L’odeur de la sueur est un bonheur : elle incite les êtres humains à plus de générosité, plus d’entraide. La preuve nous vient de Finlande. Explications au moment où se joue la cinquième étape du Tour (Cagnes-sur-mer/Marseille ; 228,5 km) Avec, en prime, un plaisir de lecture (1)

Que serions-nous sans la sueur? Le biologiste dira qu’il s’agit là d’une sécrétion des glandes sudoripares, le résultat du phénomène de la transpiration. Il ajoutera que la transpiration est indispensable à la vie, puisqu’elle participe au contrôle de la température du corps. Le spécialiste de thermodynamique précisera que le corps humain évacue 580 Kcal par litre de sueur évaporée.

Outre des calories, que perdons-nous en perdant notre sueur? Principalement de l’eau et des minéraux; sans oublier le lactate, cette forme ionisée de l’acide lactique et de l’urée. Quoi de plus intime que la sueur? Sa composition minérale varie d’une personne à une autre. Elle est le miroir fidèle de l’accommodation du corps à la chaleur, au type et à l’intensité de l’exercice musculaire, à la durée et à la cause de la transpiration. Elle varie selon la composition minérale du corps mais aussi selon les régions de ce même corps.

On taira ici ce que les odeurs de sueur peuvent représenter pour autrui. Elles peuvent être la source d’infinis plaisirs ou au contraire de répulsions-réflexes. Songeons un instant à nos réactions devant unmaillot de corps qui est mouillé de sueur (étranges expressions); ou encore aux taches laissées par ses propres sueurs sur un linge de corps. Il faut bien ranger ici la sueur au rang des «divers produits que le corps expulse quotidiennement» (excréments, urines, mucosités), dont parle si élégamment Mauricio Ortiz (médecin devenu journaliste) dans son précieux Du corps, publié aux éditions du Seuil en 2012. On peut voir là un équivalent corporel humain de cette part des anges qui fait tant rêver autour des chais de cognac.

La «composition-type» de la sueur? Une sorte de reflet minéral du corps, avec du sodium (0,9 grammes/litre), du potassium (0,2 grammes/litre), du calcium (0,015 grammes/litre) et du magnésium (0,0013 grammes/litre). Sans oublier des traces de zinc, de cuivre, de fer, de chrome, de nickel ou de plomb ainsi que des éléments véhiculés avec la transpiration comme le sébum.

Le vertige des sueurs froides

La fonction principale de la sueur? Refroidir le corps humain de manière à ce que sa température interne demeure relativement constante. D’où les suées en cas de fièvre et la nécessité de ne pas toujours faire retomber cette dernière. Est-ce là l’origine de l’expression «sueurs froides» dont Hitchcock a fait un film d’anthologie, mieux connu des anglophones sous le titre Vertigo (1958)?

Provoquer la sudation par différents moyens a aussi pour but (dans de nombreuses médecines non conventionnelles) de réaliser une forme de «purification» du corps. Suer, c’est éliminer ce qui doit l’être. Une marque française d’eau minérale en a fait un slogan publicitaire en faisant l’économie de la sudation, comme on peut le voir sur ces images datant de 1986.

Il est vrai qu’une autre marque, concurrente, avait trouvé des arguments physiologiques (hépatiques et rénaux) pour inciter à consommer sans modération. On trouvera plus généralement ici un délicieux petit travailde «professionnels de la communication» en amont des processus de la sudation.

Y a-t-il un lien entre cette purification via le sudoripare et la symbolique de la classe ouvrière? On songe ici à la force de travail musculaire et aux conséquences biologiques qui en découlent. L’ouvrier de la révolution industrielle se définissait alors par opposition aux intellectuels. Aux premiers la sueur, aux seconds l’intellect et les mains blanches. Ajoutons que la même sueur est (symboliquement) revendiquée par le mouvement Punk-rock et ses dérivés, ainsi que dans la musique funk (puisque funky signifie qui sent la sueur en argot américain).

On peut aujourd’hui ajouter un nouveau chapitre. Il résulte des travaux menés par Markus Rantala, biologiste à l’université de Turku (Finlande),publiés dans PLoSOne, que les phéromones (ces étranges molécules omniprésentes, dit-on, dans le vivant) semblent jouer des rôles essentiels à la sexualité et à la préservation du soi. Soit à la grande histoire de la perpétuation de l’espèce via le plaisir.

Pour ce qui est de la femme et de l’homme, différentes approches tendent à montrer que les phéromones sont intimement liées aux cycles de l’humeur et de la reproduction. Faut-il voir un hasard dans le fait que les phéromones sont produites par des glandes spécialisées qui sont situées près des aisselles? Et faudrait-il être troublé d’apprendre que ces mêmes phéromones se marient à la sueur?

Fragrances dominantes

Chez l’animal, les phéromones mâles permettent de fixer les rôles dominants-dominés. Dans l’espèce humaine, de premières approches psychométriques ont démontré l’existence d’associations entre l’attirance de certaines femmes pour certains hommes sur la base de fragrances associées à des hormones ou des phéromones. L’inverse n’est pas à exclure. Et l’usage intensif que nous faisons des parfums pourrait constituer un lien nous unissant à nos amies les bêtes, comme en témoignent les possibles liens entre le N°5 de Chanel et un parasite.

Dans le collimateur des biologistes et des éthologues: un cousin de la testostérone connu sous le nom d’androstadiénone qui est vingt fois plus présent dans les sueurs des hommes que dans celles des femmes. A Turku, le biologiste Markus Rantala et son collègue Paavo Huoviala ont mené une expérience riche d’enseignements. Elle a été conduite sur un groupe de quarante hommes qui devaient participer à un jeu vidéo. Dans ce jeu, deux joueurs doivent se partager 10 euros. Un joueur propose un mode de partage, l’autre décide d’accepter ou non.

Générosités mâles

L’expérience consiste à faire inhaler aux participants soit la phéromone mâle, soit un placebo à l’odeur similaire. Les vingt hommes ayant inhalé la phéromone se révèlent aussitôt plus généreux: ils offrent, en moyenne, un demi-euro de plus que le groupe témoin et, mieux encore, acceptent des offres inférieures d’environ un demi-euro. Les deux chercheurs expliquent avoir contrôlé les niveaux d’hormones chez les hommes tout au long de l’expérience. Et ils observent, à leur grande surprise, que les hommes dont les niveaux de testostérone sont naturellement les plus élevés sont aussi les plus généreux après avoir été exposés à la phéromone. Tout se passe comme si cette dernière entrait en interaction avec l’hormone mâle.

Cette découverte pourrait être utile lors de situations critiques, lorsque la coopération et l’altruisme entre les hommes sont des questions de survie. On peut aussi imaginer dès à présent d’autres applications. Les exemples ne manquent pas où des pulvérisations d’androstadiénone pourraient rendre la vie en société nettement plus agréable. L’affaire est résumée et amplement commentée (en anglais) sur le site du magazine américain Science. Pour l’anthropologue Jan Havlíček (Charles University de Prague) il ne faut pas trop rêver, et rappeler que le pouvoir des phéromones dépend beaucoup du contexte. Il serait ainsi selon lui intéressant de voir l’impact qu’auraient des pulvérisations d’androstadiénone lors des compétitions sportives. Serait-ce une forme d’antidopage?

(1) Le superbe « Anquetil tout seul » de Paul Fournel aux Editions du Seuil. Collection Points. L’auteur rappelle que Jacques Anquetil  se dopait et le disait publiquement : « Il faut être un imbécile ou un faux jeton pour s’imaginer qu’un cycliste professionnel qui court 235 jours par an peut tenir le coup sans stimulants. » Après avoir juré le contraire le banni Lance Armstrong  parle comme Anquetil. Une question d’actualité : aujourd’hui combien d’imbéciles et combien de jetons  qui ne sont pas vrais ?

Ce billet a initialement été publié sur les sites  www.planetesante.ch et slate.fr

 

 

Vous souvenez-vous pourquoi vous serriez le poing ?

On ne se méfie jamais assez des chercheurs en psychologie humaine. Et on ne lit pas assez leur production scientifique. Elle peut parfois être utile pratique médicale. Un exemple : voici comment on peut, simplement et gratuitement, améliorer  différentes capacités mnésiques.   

 Jadis on conseillait de faire un nœud à son mouchoir. Et puis les mouchoirs ont disparu de nos poches. Du moins les mouchoirs en tissu. Et la technique est, par définition, inefficace avec ceux en papier destinés à être jetés. Un groupe de quatre chercheurs travaillant pour le département de psychologie de la Montclair State University et pour l’armée américaine propose une intéressante alternative. Leur méthode (originale) et leurs résultats (surprenants)  viennent d’être publiés dans la revue PLoS ONE. On peut lire ici (en anglais) l’étude dans son intégralité.  Elle montre surtout que certains mouvements simples du corps peuvent contribuer à améliorer nos capacités mnésiques. Et ils proposent ici une explication : ces mouvements  modifieraient de manière fugace mais utile le fonctionnement de certaines aires cérébrales.

 Cinquante droitiers, vingt dollars chacun

Agés de 18 à 48 ans cinquante droitiers dont quarante femmes (chacun rémunéré à hauteur de vingt dollars) ont été recrutés. Ils devaient mémoriser une liste de 72 mots. Les chercheurs les ont répartis au hasard en quatre groupes :

. un premier groupe devait serrer son poing droit pendant environ 90 secondes durant l’exercice de mémorisation de la liste, puis faire de même juste avant de se rappeler les mots,

. le deuxième  groupe devait procéder de même mais avec le poing gauche,

. les deux autres groupes changeaient de poing avant la mémorisation et le rappel ; soit poing droit/poing gauche, soit poing gauche/poing droit.

Par ailleurs un groupe de contrôle ne devait pas serrer les poings

Au final il apparaît que les membres du groupe qui devait  serrer son poing droit lors de la mémorisation de la liste (puis le gauche avant de se rappeler les mots) obtiennent de meilleurs résultats que les membres de tous les autres groupes.  Comment comprendre ? Pour les chercheurs le fait de serrer l’un de ses poings augmente l’activité neuronale dans le lobe frontal de l’hémisphère controlatéral. Ces résultats confirment selon eux un modèle déjà connu. Il s’agit ici du modèle « HERA » (pour Hemispheric Encoding/Retrieval Asymnetry) qui a été  proposé en 1994 par le psychologue Endel Tulving éminent spécialiste de la mémoire .

Un continent qui reste à explorer

Pour les chercheurs les choses sont somme toute assez simples. Certains mouvements simples du corps  peuvent selon eux modifier un bref instant (mais  à un moment crucial)  la façon dont fonctionnent certaines régions cérébrales. Et ce mécanisme pourrait être de nature à stimuler la mémoire. La mémoire mais aussi d’autres formes de connaissance et d’apprentissage, comme les capacités verbales ou spatiales. Selon eux le fait de serrer un poing pourrait ainsi être une technique utilisée pour effectuer certains tests chez des patients présentant des troubles cognitifs. La technique permettrait ainsi d’ouvrir une fenêtre d’exploration des capacités de  spécialisation des hémisphères cérébraux lors de l’encodage, de la constitution de la mémoire  mais aussi de la récupération ou du rappel des souvenirs.

La signification du poing fermé

Des travaux supplémentaires sont certes nécessaires pour aussi  déterminer si les résultats obtenus avec des listes de mots pourraient également l’être avec des stimuli visuels comme le souvenir de visages ou de motifs spatiaux. Les chercheurs soulignent la simplicité d’une la méthode qui demande au total moins de cinq minutes et qui pourrait être déclinée de bien des manières et qui offre rien moins que l’opportunité d’explorer ce continent encore largement ignoré qu’est notre mémoire.

Rien n’interdit de faire un nœud (fictif) à son mouchoir pour se souvenir de faire le test du poing fermé. Et rien n’interdit non plus, en ces temps difficiles, de se souvenir de la signification du poing fermé. Rien ne dit qu’elle ait beaucoup varié.

Ce billet a initialement été publié sur le site www.planetesante.ch