Cigarette électronique et fake news : mieux vaut parfois lire Paris Match que les PNAS

Bonjour

Le poids des mots. Au départ ceux d’une dépêche de l’Agence France Presse reprise par de nombreux médias généralistes, dont Ouest France :

« Une étude menée par des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de New York révèle que fumer des cigarettes électroniques présenterait un risque plus grand de contracter un cancer pulmonaire ou de la vessie ainsi que de développer des maladies cardiaques.

Fumer des cigarettes électroniques pourrait accroître le risque de certains cancers ainsi que de maladies cardiaques, selon les résultats préliminaires d’une étude effectuée sur des souris et des cellules humaines en laboratoire. Ces travaux qui laissent penser que la vapeur de nicotine serait peut-être plus nocive qu’on ne le pensait, ont été menés par des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de New York publiés lundi dans les Comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS). (…) » 

La dépêche ajoute qu’à la fin de cette expérience, les scientifiques « ont constaté des dommages dans l’ADN des cellules des poumons, de la vessie et du coeur de ces animaux ainsi qu’une réduction du niveau de protéines réparatrice des cellules dans ces organes comparativement aux souris qui avaient respiré de l’air filtré pendant la même période ».  Ce n’est pas tout : « Des effets néfastes similaires ont été observés dans des cellules humaines de poumon et de vessie exposées en laboratoire à de la nicotine et à un dérivé cancérogène de cette substance (nitrosamine). Ces cellules ont subi notamment des taux plus élevés de mutations tumorales. »

Et de citer les auteurs de de travail, dirigés par Moon-Shong Tang, professeur de médecine environnementale et de pathologie à la faculté de médecine de l’université de New York : « Bien que les cigarettes électroniques contiennent moins de substances carcinogènes que les cigarettes conventionnelles, le vapotage pourrait présenter un risque plus grand de contracter un cancer pulmonaire ou de la vessie ainsi que de développer des maladies cardiaques ».

Extrapolations irréalistes

On imagine l’impact. On cherche l’étude des PNAS : « E-cigarette smoke damages DNA and reduces repair activity in mouse lung, heart, and bladder as well as in human lung and bladder cells »

« (…) These results indicate that nicotine nitrosation occurs in vivo in mice and that E-cigarette smoke is carcinogenic to the murine lung and bladder and harmful to the murine heart. It is therefore possible that E-cigarette smoke may contribute to lung and bladder cancer, as well as heart disease, in humans ».

Vives critiques, alors, chez les meilleurs spécialistes français du sujet qui dénoncent bien vite les extrapolations fondées sur des conditions irréalistes d’exposition.

Philippe Poirson, sur le blog Vapolitique fait alors un remarquable travail d’analyse et de décryptage médiatique .  Il cite notamment le Pr. Peter Hajek, directeur de l’unité de recherche sur la dépendance au tabac de l’Université Queen Mary de Londres (QMUL) :

« Les cellules humaines ont été submergées dans de la nicotine et dans des nitrosamines carcinogènes achetées sur le marché. Il n’est pas surprenant bien sûr que cela endommage les cellules, mais cela n’a aucun rapport avec les effets du vapotage sur les personnes qui l’utilisent.

« Dans l’autre partie de cette étude, les animaux ont été exposés à ce qui sont pour eux des doses extrêmement importantes de nicotine et cela a également généré des dommages, mais cela aussi a une pertinence peu claire pour les effets du vapotage.


« Aucune comparaison avec les cigarettes conventionnelles n’a été faite, mais dans le texte de l’article, les auteurs reconnaissent l’information clef d’une importance cruciale dans cette histoire: les vapoteurs montrent une réduction de ces produits chimiques de 97% par rapport aux fumeurs. Ils auraient dû ajouter que c’est peut-être le niveau que les non-fumeurs obtiennent de leur environnement. »

Manipulations et fausses nouvelles

Puis vient Paris Match, que l’on n’attentait pas ici : «  Cigarette électronique cancérigène : « du buzz qui peut tuer » » (Vanessa Boy-Landry). Où l’on retrouve le Pr Bertrand Dautzenberg ;

« On n’est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation. D’abord, les conditions dans lesquelles l’expérimentation est réalisée ne sont absolument pas représentatives de l’exposition humaine. Elle montre des anomalies cellulaires en exposant des souris à des quantités de nicotine considérables, beaucoup plus qu’on peut le faire avec une cigarette électronique habituelle. Ensuite, on fait des extrapolations de la souris à l’homme, et enfin on ne compare pas l’effet du vapotage à celui de la fumée du tabac.

Fake news ? « Globalement, nous sommes inondés de fausses nouvelles de ce genre, dit-il. Les journaux scientifiques veulent aussi faire du buzz. Ils jouent au Sun anglais en rédigeant des communiqués de presse qui contredisent parfois les études elles-mêmes. C’est un moyen d’avoir toutes les couvertures et d’augmenter leurs revenus. Le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac. Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l’encontre de la santé publique. Le travail des chercheurs, c’est de sauver des vies, pas de tuer des gens. »

A demain

 

 

Résistance post-antibiotiques: une vancomycine ultra-agressive a été créée en Californie

 

Bonjour

Désespérer devant le génie infectieux des microbes pathogènes ou espérer dans le génie humain ? Question d’actualité avec cette publication des PNAS : « Peripheral modifications of [Ψ[CH2NH]Tpg4]vancomycin with added synergistic mechanisms of action provide durable and potent antibiotics » ; un sujet repris par la BBC : « Ultra-tough antibiotic to fight superbugs ».

Cœur de cible : la vancomycine. On croyait tout savoir de cet antibiotique utilisé depuis soixante ans. Famille des glycopeptides, inhibitrice de la synthèse du peptidoglycane de la paroi bactérienne. Spectre d’action exclusif : les Gram positifs. Agent bactéricide utilisable par voie intraveineuse. Risques d’effets secondaires rénaux et auditifs. Commercialisée sous ce nom.

La vancomycine n’échappe plus à la menace croissante des résistances bactériennes. On observe ainsi, depuis le milieu des années 1980 l’émergence de souches d’entérocoques résistants à la vancomycine (la structure D-Ala-D-Ala des précurseurs du peptidoglycane y est remplacée par une structure D-Ala-D-Lactate).

Génies

C’est pour tenter de prévenir cette menace qu’oeuvrent les auteurs de la publication des PNAS. Dirigés par Dale L. Boger (Department of Chemistry, The Scripps Research Institute, La Jolla) ils ont entrepris de modifier la structure de l’antibiotique pour, autant que faire se pourrait, gagner en efficacité.

Complétant leurs travaux antérieurs et usant de trois angles d’attaque moléculaire ils sont ainsi parvenus à augmenter la puissance antibactérienne d’un facteur 1000. Mieux : les premiers essais expérimentaux témoignent de l’efficacité in vitro contre des entérocoques résistants.

Selon Dale L. Boger le corps médical pourrait utiliser efficacement cette nouvelle forme de vancomycine et sans craindre de faire émerger de nouvelles résistances. Il espère que cela pourra être le cas dans cinq ans, une fois réglés les problèmes de synthèse de cette nouvelle vancomycine devenue ultra-agressive. Rien n’interdit d’espérer que le génie humain triomphe du bactérien.

A demain

Des biologistes chinois ont créé des spermatozoïdes de souris artificiels et fonctionnels

Bonjour

Comme une fenêtre s’entrouvrant sur des abîmes.  Développée  par la BBC : “Lab-grown sperm makes healthy offspring” (James Gallagher) l’information originelle  est dans Cell Stem Cell, journal spécialisé dans l’exploration de l’Eldorado des cellules-souches. On la trouvera ici : “Complete Meiosis from Embryonic Stem Cell-Derived Germ Cells In Vitro”. Une équipe de quinze chercheurs chinois annoncent approcher du but humain : ils ont, chez la souris, mis au point une technique permettant à partir de simples cellules souches de créer des pré-spermatozoïdes ayant toutes les caractéristiques fécondantes de spermatozoïdes « naturels ».

Ces cellules sexuelles ont ainsi permis de créer des souris présentant toutes les caractéristiques de la normalité. Ces chercheurs expliquent que leur première constitue une nouvelle étape sans la thérapeutique de la stérilité. On peut aussi, sans grand risque, postuler que c’est aussi une nouvelle étape vers des modifications génétiques transmissibles du patrimoine héréditaire de différentes espèces, dont l’humaine.

Exploit de laboratoire

L’équipe chinoise était dirigée par Quan Zhou,  Mei Wang, Yan Yuan et Qi Zhou (Department of Developmental Biology, School of Basic Medical Sciences, Southern Medical University, Guangzhou).  « La fabrication de sperme dans les testicules [via la méiose] est l’un des processus les plus longs et les plus complexes de ceux qui se produisent dans le corps – c’est un processus qui peut prendre plus d’un mois chez la plupart des mammifères résume la BBC. Des scientifiques ont été en mesure de reproduire cet exploit en laboratoire. »

Ayant initialement recours à des cellules souches embryonnaires les chercheurs ne sont pas allés stricto sensu jusqu’à l’obtention de spermatozoïdes véritablement matures. Ils se sont arrêtés à un stade précédent de la spermatogénèse, celui dit de spermatide. Pour autant ces spermatides ont permis, in vitro, de féconder des ovocytes ; puis les embryons ainsi obtenus se développés et des animaux ont été obtenus qui ont eux-mêmes pu avoir une descendance.

Passage expérimental à l’humain

D’ores et déjà la question du passage expérimental à l’humain est posée. Cette perspective soulève d’innombrables questions éthiques qui ne sont toutefois pas perçues et interprétées de la même manière selon les pays – la Chine étant très généralement considérée comme moins « stricte » que la plupart des pays occidentaux, au premier rang desquels la France.

L’un des obstacles est d’ores et déjà levé puisque le recours à des spermatides en lieu et place de spermatozoïdes a déjà, en marge des pratiques officielles, été utilisé dans l’espèce humaine 1 – notamment au Japon avec la naissance de quatorze enfants : “Fourteen babies born after round spermatid injection into human oocytes”.

Applaudissements britanniques

Un autre obstacle est celui de l’obtention de cellules souches. Ici les chercheurs chinois on travaillé à partir de cellules souches extraites d’embryons ayant dû être détruits pour cette opération. Rien n’interdit toutefois d’imaginer, à très court terme, l’obtention de spermatides à partir ce cellules de peau, prélevées chez un homme souffrant de stérilité par absence ou anomalies de ses spermatozoïdes. Et dans un tel contexte rien, techniquement, ne s’opposera bientôt plus à la modification du génome de ces néo-cellules sexuelles via la nouvelle technique, révolutionnaire du « CRISPR ».

Ce serait là non plus une nouvelle thérapeutique de la stérilité mais bien une correction-amélioration du génome humain. Interrogés par la BBC des spécialistes britanniques, on ne peut plus pragmatiques, applaudissent à l’annonce de la première chinoise.

A demain

1 Sur ce thème, se reporter à la première “historique” :  Tesarik JN, Mendoza C, Testart J. Viable Embryos from Injection of Round Spermatids into Oocytes.New Engl J Med. 1995;333(8):525

 

La vie moderne : ne plus jamais manger de viande ou jeûner par intermittence ?

Bonjour

La table fait toujours recette. Prenez Libération, vieux journal qui fut rouge : à la veille de la Journée internationale de la femme 2015 il nous poussait à réfléchir à notre rapport au steack : « Treize raisons de manger moins de viande : Steack ou encore ? »

Libération-gloutons

Avec un éditorial paradoxal, contrition et confession, intitulé « Gloutonnerie » et signé David Carzon :

« Autant le dire d’emblée, cet édito ne peut pas être objectif car nous sommes nombreux à Libération à aimer la viande. Et même les abats, c’est dire. Comme bon nombre de nos contemporains viandards, nous préférons oublier qu’il faut tuer pour qu’une entrecôte ou un foie de veau finisse dans notre assiette. Alors, pour ceux qui voudraient continuer d’avoir les crocs du boucher sans se salir le tablier, il faut regarder son assiette en face. Ne pas changer nos habitudes alimentaires ? C’est entretenir la frénésie de production de viande au seul profit d’une gloutonnerie égoïste.

On ne peut en effet rester insensible aux conséquences de cette surconsommation sur la planète, aux conditions d’abattage des bêtes, ou au fait que les deux tiers des terres agricoles servent à nourrir des animaux qui vont finir à l’abattoir. Il n’y a guère d’autre solution que de manger mieux et de privilégier les filières de qualité, bref de changer collectivement nos habitudes alimentaires. Au risque de contribuer à un système de viande de classe où les riches auraient le droit de monter au filet, et où les pauvres se contenteraient d’une bouillie sans goût (…). »

Chair philosophique

Et un petit fil rouge  philosophique signée, de Robert Maggiori – qui nous rappelle que « défiant les lois de la cité, Pythagore fut l’un des premiers à arrêter la viande ». Extraits :

« Le nom même d’animal ouvre une curieuse bifurcation : est-il un être animé, qui se déplace, contrairement aux plantes, ou un être qui a, ou non, une âme, anima ? Le premier parcours est tracé depuis toujours : Aristote disait déjà que, comme l’herbe est faite pour l’animal, l’animal est fait pour l’homme, qui peut donc en utiliser la mobilité, la docilité ou la force pour s’aider dans son travail, et Descartes, on le sait, fera des bêtes des machines automatiques. Le second parcours est plus compliqué, et fera tourner la philosophie autour de deux questions : l’animal parle-t-il, pense-t-il ? – avant que Jeremy Bentham (1749-1832) n’établisse une coupure épistémologique décisive, en avançant que l’essentiel est de savoir s’ils peuvent souffrir. Mais dès l’Antiquité la croyance en la métempsychose (la transmigration de l’âme d’un corps à un autre corps, y compris animal) s’est accompagnée de l’interdit moral d’en consommer la chair. Abstinence très minoritaire cependant, dans la mesure où, dans la cité grecque, religiosité, culte, pratiques sacrificielles, consommation des chairs immolées et vie publique étaient étroitement liés : voir de la cruauté dans les sacrifices d’animaux et refuser de manger la viande, s’était se mettre «hors communauté» et s’exposer à l’ostracisme. Pythagore de Samos n’a pas craint, au VIe siècle avant J.-C., de s’opposer aux lois de la cité : il est le premier et plus connu des végétariens, «secte honnie par la foule», comme l’écrira Sénèque, et moquée. (…)

Diogène le Cynique

Pythagore aura des héritiers célèbres : Platon peut-être, Epicure sans doute, que les préjugés ont toujours fait imaginer se bâfrant de victuailles. Ou Lucrèce, Ovide, Sénèque lui-même, Porphyre et Plutarque qui, dans De esu carnium, fustige les carnivores : «Si vous vous obstinez à soutenir que la nature vous a faits pour manger la chair des animaux, égorgez-les donc vous-mêmes, de vos propres mains, sans vous servir de coutelas, de massue ou de hache. Faites comme les loups, les ours et les lions, qui tuent les animaux dont ils se nourrissent. Mordez, déchirez à belles dents ce bœuf, ce pourceau, cet agneau ou ce lièvre ; mettez-les en pièces, et comme ces bêtes féroces, dévorez-les tout vivants.»

On ne peut pas dire cependant que la question végétarienne ait constitué un fil rouge de l’histoire de la philosophie, laquelle s’est orientée plutôt, progressivement, vers la question du respect de la vie animale, des devoirs des hommes envers eux, voire des droits des animaux. Mais nombre de philosophes ou savants furent végétariens (le terme vegetarian apparaît en 1842, dans la revue The Helthian) : de Diogène le Cynique à Cicéron, Saint Augustin, Montaigne, Giordano Bruno, Léonard de Vinci, Erasme, Thomas More, Pascal, Newton, Leibniz, Rousseau, Voltaire, Darwin, Schopenhauer, Emerson, Bertrand Russell, Einstein, Carl Jung, Lévi-Strauss ou Derrida sans doute. Nietzsche le fut en sa jeunesse, quand il fréquentait Richard et Cosima Wagner. Mais, souffrant de troubles digestifs, il se nourrit de lait et de viande rouge – mets, disait-il, qui convient aux passionnés. Sa mère et ses sœurs le fournissaient en jambons et saucisses, qu’il adorait. »

Intermittent fasting

Changeons de fusil d’épaule et parlons de l’homme, de son poids et des tracasseries que son poids lui cause. Le «jeûne intermittent» ou fasting (abréviation de l’anglais intermittent fasting) consiste à alterner des périodes de privation de nourriture et des périodes d’alimentation normale, généralement dans le but de perdre du poids ou de corriger un trouble biologique.

Aujourd’hui l’épidémie croissante de surpoids et d’obésité confère aux régimes alimentaires une nouvelle actualité. Certains deviennent ainsi de plus en plus populaires. On voit émerger de nouveaux intérêts pour le «jeûne intermittent», la «restriction calorique intermittente» ou «l’alimentation limitée dans le temps» (sur une période de 4 ou 6 heures dans la journée). Que faut-il penser des effets sur la santé de tels comportements?

Une étude menée par une équipe internationale (Etats-Unis, Belgique, Italie, Royaume-Uni) apporte des éléments inédits de réponse. Ce travail a été dirigé par le Pr Satchidananda Panda (Regulatory Biology Laboratory, Salk Institute for Biological Studies, La Jolla, Californie) et ses conclusions ont été publiées dans les Comptes-Rendus de l’Académie américaine des Sciences (PNAS).

Fin des trois repas quotidiens?

«D’importants efforts de recherche ont été menés sur la manière dont les composants spécifiques des denrées alimentaires pouvaient influer sur la santé, précisent les auteurs. En revanche on sait relativement peu de choses sur un aspect plus fondamental de l’alimentation, la fréquence et le rythme circadien des repas, et sur les avantages potentiels de périodes intermittentes sans –ou avec de très faibles– apports énergétiques.» Les auteurs soulignent aussi que le rythme habituel d’alimentation (trois repas par jour entrecoupés de quelques collations) est une sorte d’aberration du point de vue de l’évolution. Ces trois repas seraient une habitude assez récente, datant du passage de la période de l’homme «chasseur-cueilleur» à celle de l’homme «agriculteur». Soit il y a environ 12000 ans. Ce mode alimentaire serait ainsi en dysharmonie avec les caractéristiques et les besoins physiologiques du corps humain. Certains spécialistes en viennent à suggérer de limiter l’apport énergétique sur des périodes limitées, celles de jeûne pouvant stimuler le recours aux graisses comme source d’énergie et les mécanismes de réparation cellulaire.

Idées reçues

Tout ceci amène à combattre quelques idées reçues. Ainsi, il y a peu un groupe de chercheurs de l’Université de Bath (Royaume Uni) publiait dansThe American Journal of Clinical Nutrition des données laissant entendre quele petit-déjeuner n’est  pas «le repas le plus important de la journée». Ce premier repas est, selon eux, sans conséquences véritablement significatives sur le poids, le métabolisme ou les différents indicateurs biologiques témoignant de la santé du système cardiovasculaire.

Une étude internationale récente, publiée dans la revue Cell Stem Cell, avait d’autre part conclu à l’intérêt du jeûne intermittent dans la récupération des défenses immunitaires(2). Dans cette dernière étude les auteurs se sont tout particulièrement intéressés aux travaux concernant la «restriction calorique» (apport calorique quotidien réduit de 20 à 40% avec fréquence des repas inchangée), la «restriction d’énergie intermittente» (éliminer ou réduire fortement son apport calorique de manière fractionnée dans le temps), et la limitation de la consommation quotidienne de nourriture et de boissons à une période de 4 à 6 heures.

Seize heures d’arrêt

Au final les auteurs de l’étude publiée dans les PNAS retiennent une série de données convergentes issues d’études expérimentales faites sur l’animal et de données observées chez l’homme: les périodes de restriction énergétique d’une durée de seize heures (sur vingt-quatre) peuvent améliorer les indicateurs de santé et contrer certains processus physiopathologiques. Ces phénomènes semblent être la conséquence de modifications dans le métabolisme des graisses et dans les réactions de stress cellulaire adaptatif. Dès lors il semble essentiel pour ces auteurs d’élaborer de nouvelles stratégies diététiques visant à intégrer ces modifications des habitudes alimentaires à des fins sanitaires.

En d’autres termes les prescriptions concernant les régimes alimentaires devraient dépasser la seule question de la nature et de la quantité des aliments pour intégrer les horaires et le nombre des repas ainsi que la durée des périodes sans apport calorique. Il s’agit là d’une donnée essentielle en termes de santé publique qui n’ira pas sans bouleverser les rythmes et les modes de vie.

C’est dire, ici, l’importance du travail de pédagogie que nécessite cette nouvelle approche du contrôle de son poids. Sans oublier de lire (et relire) Libération et de réfléchir  à son rapport à la viande. Avant de passer à table.

A demain

Une partie de ce texte a initialement été publiée sur le site planetesante.ch

Dépistage génétique systématique du cancer du sein : une polémique en gestation

Bonjour

Où conduit le mariage de la génétique et de la médecine cancérologique ? A des polémiques récurrentes, symptômes des difficultés à intégrer les avancées de l’une ont bien du mal à être intégrée par la seconde. Une polémique en gestation est la dernière démonstration de cette règle non écrite.

Espérances de vie

Il y a quelques jours nous évoquions, sur ce blog, une publication du JAMA – que l’on trouvera en intégralité ici. Au terme d’une très vaste étude (190 000 femmes, treize ans de suivi) les auteurs concluaient  en substance que l’espérance de vie est la même chez les femmes souffrant d’un cancer du sein ayant bénéficié des traitements habituellement pratiqués (ablation chirurgicale de la tumeur suivie ou non  d’une radiothérapie) et chez celles qui ont opté pour une double mastectomie. Ce travail a été mené par Dr Allison W. Kurian  (faculté de médecine, Université de Stanford).

Angelina Jolie

Ce travail s’inscrivait  dans les suites  de l’affaire Angelina Jolie, les auteurs californiens cherchant notamment à comprendre pourquoi un nombre grandissant de femmes souffrant de cancer mammaire optaient aujourd’hui pour l’ablation de leurs deux seins. On se souvient qu’en mai 2013, dans une tribune publiée par  le New York Times, l’actrice Angelina Jolie révélait avoir accepté qu’on lui pratique une double mastectomie. Elle précisait qu’elle fait le choix de cette opération car elle était porteuse d’une mutation génétique spécifique qui faisait qu’elle était exposée à un risque élevé  de développer un cancer du sein et un cancer de l’ovaire. Elle avait pris cette décision alors qu’elle était âgée de 37 ans. Sa mère était morte à l’âge de 56 ans d’un cancer.

Taureau par les cornes

Un an plus tard des spécialistes français d’oncogénétique observaient les effets positifs du témoignage, fortement médiatisé, de l’actrice américaine. « L’intervention d’Angelina Jolie a eu un effet globalement tout à fait extraordinaire et positif, expliquait le Dr Odile Cohen-Haguenauer, spécialiste d’oncogénétique à l’hôpital Saint Louis (Paris). Elle a été déterminante pour créer un vrai mouvement chez les femmes les plus à risque qui n’étaient jamais allées consulter. Si les hommes et les femmes du commun ont pu être choqués, beaucoup de personnes réellement concernées par des cas d’antécédents familiaux de cancer du sein, se sont “débloquées”, ont “pris le taureau par les cornes” et se sont dirigées vers les consultations d’oncogénétique auxquelles elles n’osaient pas aller par déni ou par terreur. » 

Blanches non-hispaniques

Les conclusions de l’étude californienne mettaient en lumière un phénomène qui pourrait être amplifié par le témoignage de l’actrice : outre Atlantique la pratique de la mastectomie bilatérale a dépassé le champ des indications génétiques initiales.  Les auteurs observent aussi que l’extension de cette pratique ne concerne pas de manière égale toutes les femmes souffrant d’un cancer du sein.  « Les femmes qui ont subi une mastectomie bilatérale sont plus susceptibles d’être blanches non-hispaniques, d’avoir une assurance privée, de vivre dans des quartiers de statut socioéconomique élevé, et d’être  traitées dans des cliniques privées » soulignent les auteurs.

Complications

La situation se complique un peu plus encore avec la publication (toujours dans le JAMA) d’un article de la généticienne américaine Mary-Claire King – généticienne dont les travaux viennent d’être récompensés par le prestigieux prix Lasker. C’est elle notamment qui est à l’origine de l’identification, dans les années 1990, du gène BRCA1, dont une des mutations augmente fortement le risque de cancer du sein. Aujourd’hui les tests génétiques de recherche de prédispositions  ne sont proposés (et intégralement pris en charge en France) qu’aux   femmes  ayant des antécédents familiaux lourds, avec plusieurs membres de la famille atteints de cancer du sein ou des ovaires.

 Systématiquement après 30 ans

La généticienne  King estime que cette approche est inefficace, la moitié environ des femmes porteuses des mutations de prédisposition n’ayant  aucun antécédent familial (voir le compte-rendu fait par  The New York Times)  Elle recommande de ce fait que toutes les femmes âgées de plus de 30 ans bénéficient d’un test génétique de dépistage des mutations génétiques prédisposant au cancer du sein et de l’ovaire. King estime qu’aux Etats-Unis, ce dépistage systématique permettrait d’identifier entre 250.000 et 400.000 femmes porteuses de mutations pathologiques  BRCA1 ou BRCA2. Avec, ensuite, l’alternative entre le statu quo ou les gestes chirurgicaux (mastectomies et/ou ovariectomies) à visée préventive.

 Vives réactions

Aucune étude ne prouvait jusqu’ici la dangerosité des mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 chez les femmes sans antécédents familiaux. Ce qui ne semble plus être exact selon un article co-signé par King et publié tout récemment dans les PNAS. La proposition de dépistage génétique systématique a provoqué de vives réactions aux Etats-Unis. « Nous sommes loin, très loin d’une telle recommandation » a déclaré Fran Visco, président de la  National Breast Cancer Coalition.

 Prises en charge ou pas

De nombreux experts américains estiment que de sérieuses études complémentaires doivent encore être menées avant de conclure. Ils soulignent aussi l’impact économique majeur d’une telle entreprise dans un pays où le dépistage génétique (et ses éventuelles conséquences chirurgicales) ne sont pas pris en charge par la collectivité. On observera que ce n’est pas le cas en France (prise en charge intégrale) où la question du dépistage systématique n’a pas encore été soulevée. Ce qui ne saurait tarder.

 

A demain

Au grand bazar des informations inaudibles

 

 Il arrive que la hiérarchisation des informations semble ne plus être la clef de voûte de la profession journalistique. Par exemple avant et pendant la campagne de l’élection d’un nouveau président de la République française.

C’est, en vrai grandeur, un enseignement de la période qui s’achève aujourd’hui. A savoir le rappel que la pratique du journalisme répond à quelques solides règles jamais écrites. A commencer par celle dite du « mort-kilomètre ». Simple : plus le décès (prématuré) est proche de la salle de rédaction, plus le rédacteur se doit d’y accorder de l’importance ; c’est-à-dire pour l’essentiel de la place et des titrailles de circonstance. Il faut véritablement énormément de victimes dans l’archipel indonésien (et des circonstances dramatiques, si possible climatiques car elles sont montrables) pour que La Nouvelle République du Centre -Ouest (qui a, comme chacun sait, son siège ligérien avenue de Grammont à Tours, non loin du Cher) manifeste un début d’intérêt. De la même manière il est peu vraisemblable que le meurtre d’un amant par un mari trompé sur les bords de la Loire tourangelle trouve un écho dans les colonnes rennaises du géant Ouest-France.

Une autre règle, également non écrite, est celle dite des périodes réfractaires. C’est une déclinaison de cette coutume qui, par exemple, donne naissance aux marronniers  (de Noël, du jour de l’an, de la fête de l’Assomption et de tous les tunnels nés des hasards chrétiens et laïcs du calendrier). Le marronnier consiste, on le sait, à traiter à dates fixes une information sans intérêt dans le seul but de meubler quand on sait qu’il n’y aura plus de marbre.

Imagerie du média par résonance magnétique nucléaire

La dimension réfractaire apparaît aussi quand une information dominante (auto-structurée en feuilleton) chasse toutes les autres. En théorie ces dernières (diplomatiques, sociétales, économiques) ont toujours leurs places dans les médias d’information générale. En pratique c’est devenu impossible. Les derniers mois l’ont montré à l’envi en France avec le raz-de-marée médiatique que fut l’élection présidentielle depuis ses interminables préliminaires jusqu’à l’épectase finale, laïque et républicaine. On a oublié cette primauté qui doit être accordée à la hiérarchisation des informations travail fondamental qui bien mieux que les éditoriaux fait office d’imagerie par résonance magnétique nucléaire.

Plus de hiérarchie donc. Durant tout ce temps les autres disciplines ont dû prendre leurs quartiers d’hiver. A commencer par celle qui nous intéresse : moins la santé (ce terme sirupeux et sans objet véritable dans le champ journalistique) que la santé publique. Un exemple glané en ce lendemain de l’élection du socialiste François Hollande aux fonctions suprêmes.

Nuages sombres sur la FIV, noirs sur l’ICSI

 En d’autres temps l’affaire aurait usé beaucoup encre. Aujourd’hui elle fait pschiit, pour reprendre une onomatopée qui eut son heure de gloire politique. Seule ou presque la rédaction de l’antique  Figaro (dont la chefferie actuelle est largement déboussolée par le déménagement du locataire du palais de l’Elysée)  semble s’y être intéressée : Le taux d’anomalie congénitale grave serait plus élevé chez les enfants nés après fécondation par injection mécanique et artificielle d’un spermatozoïde dans l’ovocyte de la future mère.

« Depuis plusieurs années, la recherche médicale scrute la santé des enfants nés procréation médicalement assistée ou PMA, nous rappelle le quotidien de droite.  Plusieurs travaux ont mis en évidence un risque légèrement accru de malformations congénitales graves, comme des anomalies cardiaques, génito-urinaires ou musculo-squelettiques. Cette conclusion, qui a fait l’objet de controverses, est corroborée par une étude publiée samedi 5 mai dans le New England Journal of Medecine. » On pourra consulter cette étude ici même.

En pratique des chercheurs de l’université d’Adélaïde (Australie) ont suivi 6.163 procréations artificielles obtenues selon les trois méthodes aujourd’hui très largement utilisée à travers le monde : la fécondation in vitro ( FIV), l’injection intra-cytoplasmique d’un spermatozoïde dans l’ovocyte (ICSI), et stimulation hormonale de la fonction ovarienne . Les résultats ont été comparés aux 308.974 naissances après grossesses obtenues sans appareillage et intervenues entre janvier 1986 et décembre 2002 dans l’État de South Australia. Les chercheurs ont également comparé les taux d’anomalies congénitales après un transfert d’embryon, selon qu’il a été congelé ou non.

 « Résultat: 9,9% des enfants nés par ICSI, 7,2% des enfants FIV et 5,8% des enfants conçus de manière naturelle souffrent d’une malformation grave diagnostiquée avant l’âge de cinq ans, nous dit Le Figaro.  Des antécédents d’infertilité (qu’ils aient ou non donné lieu à une prise en charge) sont également apparus comme associés de manière significative avec des anomalies congénitales. »

«Si l’augmentation du risque est importante, ce dernier reste relativement faible dans l’absolu», tempère toutefois le responsable de l’étude, le Dr Michael Davies. La technique de PMA peut-elle être tenue pour seule responsable de cet excès de malformations? Pour le savoir, les chercheurs ont ensuite pondéré leurs résultats en excluant tous les autres facteurs de risque connus: âge de la mère, infertilité, temps passé à attendre une grossesse, etc. Une fois cet ajustement opéré, le risque de malformations associé à la FIV redevient comparable à celui d’une grossesse obtenue de manière spontanée. «Cette méthode de procréation, qui a souvent été incriminée, n’est pas en elle-même à l’origine d’un sur-risque», croit pouvoir affirmer le Dr François Olivennes, gynécologue obstétricien ayant quitté la fonction publique hospitalo-universitaire interrogé par Le Figaro.

Un doute important persiste en revanche pour l’ICSI. Et il n’est pas sans intérêt de rappeler que cette technique n’a jamais fait l’objet de la moindre expérimentation sur l’animal. Au point que certains spécialistes intéressés par les questions essentielles d’éthique médicale  (au premier rang desquels le Pr Axel Kahn) ont parlé ici d’essais d’homme (en opposition avec les essais sur l’homme). Dans ce cas, le risque de malformation demeure plus élevé (après pondération) que pour une grossesse obtenue de manière naturelle. Selon le Dr Olivennes, «il n’est pas exclu que le spermatozoïde injecté soit atteint d’anomalies génétiques non détectées qui seraient à l’origine de malformations, sans que la technique proprement dite soit en cause».

Voila bien un étonnant raisonnement  qui n’est pas sans emprunter à la rhétorique jésuite. On pourrait rétorquer que le sur-risque  chiffré établi par  les auteurs du New England démontre précisément que les spermatozoïdes porteurs d’anomalies génétiques non détectées n’auraient jamais conduit à une grossesse sans la pratique de l’ICSI. C’est don bien la technique qui précisément est ici en cause. Avec toutes les conséquences (judiciaires notamment) que l’on peut dès maintenant imaginer.

Le propos n’a rien d’anecdotique. Chaque année en France environ 20 000 enfants voient le jour grâce à une technique d’assistance médicale à la procréation. Et près de 4 millions de personnes a travers le monde depuis 1978. Les auteurs de l’étude estiment nécessaire de mener d’autres travaux incluant les procédés les plus récents, car «ces technologies connaissent des innovations permanentes». On ne saurait mieux dire. Tout comme on ne peut manquer de redire que ces techniques (couronnées par le prix Nobel de médecine 2010 attribué à Robert – Bob- Edwards ) n’ont jamais fait l’objet des expérimentations sur l’animal qui, en toute hypothèse, s’imposaient. Et il en va de même pour les mille et une variantes actuellement expérimentée en direct. Comme la vitrification des ovocytes.

Bientôt 0,01% des PIB pour les maladies « négligées » ?

L’évidence inaudible sanitaire concerne bien d’autres domaines, élections présidentielles françaises ou pas. C’est le cas de ce serpent de mer inconnu du plus grand nombre qui surgit et disparaît depuis  plus de dix ans dans le cénacle onusien de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il faut « stimuler la recherche et le développement sur les maladies négligées, ces pathologies des pays pauvres qui intéressent peu l’industrie pharmaceutique faute de débouchés commerciaux. » Qui oserait soutenir le contraire ? C’est Le Monde qui, seul militant ou presque, s’intéresse au sujet.

« Un groupe consultatif d’experts, nommé en 2010 par l’OMS, vient de rendre ses travaux, plaçant en tête de ses recommandations l’adoption d’une convention internationale contraignante sur cette question. Jusqu’ici, une seule convention-cadre a vu le jour sous l’égide de l’OMS : celle pour la lutte antitabac, entrée en vigueur en 2005 écrit, depuis Genève, la correspondante du dernier quotidien du soir. S’il était adopté, ce traité international pourrait obliger les Etats membres de l’OMS à consacrer au moins 0,01 % de leur produit intérieur brut (PIB) aux besoins de la recherche sur ces maladies. Celles-ci, comme la leishmaniose viscérale, la maladie du sommeil, la maladie de Chagas ou l’éléphantiasis, affectent 1,4 milliard de personnes, mais n’ont recueilli, en 2010, que 3,2 milliards de dollars (2,4 milliards d’euros). »

La Suisse joue la montre

S’émouvoir ? S’indigner ? « Ce financement pourrait passer à 6 milliards de dollars, éventuellement grâce à un fonds commun, géré par l’OMS, qui fixerait les priorités en fonction d’impératifs de santé publique explique-t-elle encore. Le modèle dominant, qui laisse principalement aux laboratoires pharmaceutiques le choix de développer ou non de nouveaux médicaments, en serait sérieusement ébranlé. » Sérieusement ? L’affaire sera discutée de la 65e Assemblée mondiale de la santé qui se tiendra à Genève du 21 au 26 mai. Soixante-cinq ans, l’âge du bilan et de l’autocritique ? Sur les verdoyantes hauteurs du Lac Léman la question peut être librement posée. Elle est généralement inaudible.  « Certains pays, pourtant, jouent la montre explique sans nullement rire Le Monde.  La Suisse, qui défend son industrie pharmaceutique, propose ainsi de repousser d’un an toute décision, afin ‘’d’étudier sérieusement les propositions’’. »

Et le tabac, qui songe au tabac ?

Le Figaro, Le Monde, et  Libération pour finir. L’ancien brûlot gauchisant  s’intéresse au tabac. Ou plus précisément à un livre qui s’intéresse au tabagisme et que signe une journaliste (du Figaro) chez une éditrice parisienne siégeant rue Soufflot par ailleurs passionnée de longue date par les questions médicales, sanitaires et scientifiques. La réalité du fléau du tabagisme est et demeure toujours largement inaudible. Et pourtant ! 60 000 morts (prématurées) par an. Si l’on compte bien cela fait 1,2 millions de morts au bout de vingt ans. Et si l’on ne craint pas les comparaisons qui ne veulent rien dire ou presque cela fait à chaque génération une saignée comparable à celle de la Première Guerre mondiale. Faire du tabac un combat en faveur de la liberté ? Ce serait indécent, annonce l’auteure.

Cette dernière ne craint pas d’autres parallèles chiffrés. Comme avec l’indignation contre Les Laboratoires Servier et leur Médiator responsables de 500 à 2000 décès en trente-trois ans… Ou avec les biberons en plastique contenant du bisphénol A (BPA) que la France a interdit (faibles preuves de l’impact sanitaire) alors qu’elle n’interdit pas le tabac (preuves accablantes) …. C’est ici prendre le risque (nullement négligeable) de devenir la cible des néo-militants journalistes qui font  – notamment  –  du  bisphénol dans les biberons un combat tendance  nettement plus audible 1 que celui contre la vieille herbe à Nicot.

Du n’importe quoi en terme de hiérarchie des risques conclut savamment Libération. « L’interdiction définitive du tabac surviendra tôt ou tard » pronostique l’auteure qui sous-titre son ouvrage « Le plus grand scandale de santé publique ». Nous reparlerons bien volontiers du contenu de ce plaidoyer pour la prohibition ; plaidoyer que l’on imagine vibrant. Mais il faudrait d’abord qu’Odile Jacob nous permettre d’entendre ce cri d’alerte.

 

 

1 Ce titre sur six colonnes (page 10) du Monde daté du 10 mai : « Une étude sur les primates confirme le lien entre bisphénol A et cancer du sein ». Bigre.

L’article traite ici de la publication dans les Proceedings of  the National Academy of Sciences d’un travail  mené chez des macaques femelles exposées à du BPA pendant les deux derniers mois de leur grossesse (400 microgrammes par kg de poids corporel et par jour). Les chercheurs ont ensuite cherché (et ils ont trouvé) des concentrations de BPA dans les glandes mammaires des nouveau-nés peu après la mise bas. Pas de BPA dans la progéniture des femelles non exposées.

Les chercheurs de la Tufts University (Boston) y ont aussi observé des structures tissulaires (densité importante du tissu épithélial)  qui ne sont pas sans faire songer à ce qu’on observe de manière subtile chez des rongeurs également exposés au BPA. Et dans ce cas ces observations initiales ont, avec l’avancée en âge des petits rongeurs, pu être rapprochées de l’apparition de lésions précancéreuses et cancéreuses.

« (…) il est probable que les effets à long terme soient analogues [chez les rongeurs et les primates. Et il n’y a nulle raison qu’ils épargnent l’espèce humaine » postule Le Monde. Effectivement. Reste, posée bien confraternellement, la question qui s’impose à la relecture du titre : supposition vaut-elle confirmation ? Quand bien même ce mode aurait tendance à tuer le titre, la précaution journalistique et la vérité scientifique n’eussent-elle pas voulu que l’on usa du mode conditionnel pour un verbe aussi fort que confirmer ?