L’espérance de vie des Françaises recule. Les coupables sont connus. A quand le procès ?  

Bonjour

C’est à lire dans le prochain Population & Sociétés (mars 2019) de l’Ined : « Pourquoi l’espérance de vie augmente-t-elle moins vite en France ? » (Gilles Pison). De fait cette espérance à la naissance n’a augmenté que de 0,1 an entre 2017 et 2018, pour les femmes (85,4 ans) comme pour les hommes (79,5 ans), un gain « modeste » selon M. Pison.

On pourrait se contenter d’explications simples, virales, comme les épidémies de grippe saisonnière qui ces derniers hivers ont grignoté l’espérance de vie à la naissance.Mais ce ne serait pas suffisantM. Pison estime que, dans la lutte contre les cancers, les retombées en matière d’espérance de vie « ont été moins spectaculaires jusqu’ici que celles liées » aux progrès de la lutte contre les maladies cardiovasculaires, depuis les années 1970. Il souligne notamment une stagnation de la mortalité par cancer chez les femmes depuis quelques années, alors même qu’elle continue de baisser chez les hommes. Mais laissons la place à M. Pison :

« La mortalité due aux maladies du cœur et des vaisseaux a beaucoup diminué depuis un demi-siècle grâce à la « révolution cardiovasculaire » qu’ont constitué les progrès de la prévention et des traitements dans ce domaine. Quant à la mortalité par cancer, qui avait augmenté, elle régresse maintenant grâce aux diagnostics plus précoces, à l’amélioration des traitements, et à la réduction des comportements à risques comme le tabagisme. Le ralentissement des progrès de l’espérance de vie depuis une dizaine d’années est peut-être le signe que les retombées de la révolution cardiovasculaire sont en voie d’épuisement. Et les progrès futurs pourraient dépendre de plus en plus de la lutte contre les cancers qui sont devenus la première cause de décès. Si celle-ci engrange les succès, les retombées en termes d’espérance de vie ont été moins spectaculaires jusqu’ici que celles liées à la révolution cardiovasculaire.

Big Tobacco et ses affidés politiques

« La mortalité par cancer a beaucoup diminué chez les hommes et elle continue de baisser. Chez les femmes, où elle est moindre que chez les hommes, elle a diminué plus lentement, et a même cessé de baisser ces dernières années. L’une des raisons est la montée du tabagisme dans les années 1950 à 1980 dans les générations de femmes ayant 50  ans ou plus aujourd’hui. Elles en subissent les conséquences quelques décennies plus tard sous forme de montée des cancers liés au tabac. »

Le phénomène n’est pas spécifique à la France. Un même ralentissement des progrès de l’espérance de vie s’observe dans les pays d’Europe du Nord et de l’Ouest. Comme en France, il est plus marqué chez les femmes que chez les hommes.

« Le ralentissement est ancien chez les Suédoises. Alors que ces dernières bénéficiaient de l’une des espérances de vie les plus élevées d’Europe en 1980, elles ont été rattrapées puis distancées par les Françaises, les Espagnoles et les Italiennes, qui ont pris la tête. Si les femmes des pays nordiques ont connu plus tôt que les autres le ralentissement, c’est en partie parce qu’elles s’étaient mises à fumer plus tôt, et en ont donc subi plus précocement les conséquences en termes d’accroissement de la mortalité par cancers liés au tabac. »

Résumons : les Françaises connaissent donc avec retard le ralentissement qu’ont connu avant elles les habitantes des pays nordiques, pour les mêmes causes, à savoir le tabagisme, Big Tobacco et ses affidés politiques. Et aujourd’hui tous ceux qui sont dans le déni des avantages de la cigarette électronique et le refus d’une politique de réduction des risques. On n’attend plus que la date du procès.

A demain

@jynau

NB Il n’est pas sans intérêt, au vu des conclusions de l’Institut national d’études démographiques, de se pencher sur un ouvrage vieux de sept ans :« Interdire le tabac, l’urgence ! Le plus grand scandale de santé publique ». Signé de Martine Perez il a été publié en 2012 aux éditions Odile Jacob.

Qui sont donc ces Français(es) anormaux qui se disent fiers de « ne pas vouloir d’enfants » ?

Bonjour,

Clin d’œil : en pleine hystérisation de la controverse sociétale sur la famille nos fonctionnaires démographes viennent de publier un petit poulet. Il est titré : « Rester sans enfant : un choix de vie à contre-courant ». (1). Ce qui réjouit l’éditorialiste femme de La Croix du jour, comme rassurée de cette croissance persistante, de ces multiplications écrites.

« Contre-courant » ? Serait-ce dire que  le dominant c’est l’enfant ? Que la puissance c’est la naissance ? Que le courant qui nous emporte vers la mer est celui de la procréation ? Et que les affluents sont la lutte contre la stérilité  quel qu’en soit leur prix, les innombrables petits cours d’eau des tracasseries de l’adoption-pénurie ? Et où situer les sources (encore inaccessibles) de  la « PMA » et d la « GPA » ? Les grottes pétrifiantes des  revendications montantes du droit  à disposer du corps des autres pour avoir le droit d’avoir un enfant biologiquement bien à soi ? Avec espèces trébuchantes si besoin est.

 Infécondité volontaire

Nager-ramer à contre-courant  c’est ne pas avoir (délibérément) usé de sa fonction de reproduction et choisir de maintenir ce choix. Qui sont ces personnes et quelles raisons (peut-être officielles et superficielles) donnent-elles pour justifier ce choix bien étrange ?  Vivent-elles ou non en couples ? Charlotte Debest et Magali Mazuy, de l’Institut national d’études démographiques (Ined) ont enquêté.

Si l’on veut bien croire  l’enquête  Fecond (« Fécondité, contraception et dysfonctions sexuelles ») de 2010, 4,3 % des femmes et 6,3 % des hommes âgés de 18 à 49 ans déclarent ne pas avoir d’enfant et ne pas en vouloir (2). Cette « infécondité volontaire » ne semble pas être un phénomène en augmentation. L’Ined  estime qu’il s’agit là d’un phénomène « très minoritaire ». Très minoritaire par rapport à quoi ? L’Ined ne le dit pas ?

Des « libertaires »

Autre symptôme (qui peut sembler) troublant : « Bien qu’elle soit plus fréquente chez les personnes qui ne sont pas « en couple », la moitié des personnes volontairement sans enfant sont en couple ». Déclarer ne pas vouloir d’enfant est plus fréquent pour les femmes diplômées et les hommes peu diplômés, ainsi que pour les personnes en fin de vie féconde.  Plus de la moitié des personnes déclarant vouloir rester sans enfant donnent des raisons  « libertaires », telles qu’ « être bien sans enfant » et « vouloir rester libre ». À contre-courant de la norme du « faire famille », il s’agit pour ces personnes d’affirmer un choix de vie positif et épanouissant. On sent le commentaire affleurer sous ces guillemets.

Vos raisons?

Les personnes qui ont fait le choix d’une vie sans enfant évoquent fort peu des raisons matérielles ou de santé pour justifier leur choix.  En revanche la liberté et l’épanouissement personnel sont des raisons fréquemment avancées – notamment par les individus  « à fort capital culturel ». Selon les chercheurs, ces raisons reflètent le souhait d’affirmer « un choix de vie positif » par les personnes et les couples qui ont fait ce choix délibéré. On pourrait presque trouver du louche.

Et les saumons ?

Conclusion statistique (morale ?)  de l’Ined : « Rester sans enfant : un choix de vie à contre-courant ». Si l’on en croit la mécanique des fluides cela doit être épuisant. Les saumons qui remontent des courants d’eau douce pourraient nous en dire beaucoup s’ils cessaient de frétiller quand, enfin, on les tient.  Mais il est vrai s’ils nagent contre le courant c’est pour la bonne cause. Seuls les pêcheurs doivent connaître la proportion de saumons et d’anguilles libertaires.

A demain

 (1) Population & Sociétés . Bulletin mensuel d’information de l’Institut national français d’études démographiques (Ined) numéro 508 • février 2014

(2) L’enquête Fécondité, contraception et dysfonctions sexuelles avait été réalisée en 2010 par l’Institut national français de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Institut national français d’études démographiques  (Ined) –  auprès d’échantillons aléatoires de 5 275 femmes et 3 373 hommes âgés de 15 à 49 ans. Elle explorait les pratiques contraceptives depuis l’entrée dans la sexualité, les échecs de contraception, les grossesses prévues et non prévues, le recours à l’avortement et les dysfonctions sexuelles.

L’enquête qualitative sur le choix d’une vie sans enfant avait quant à elle été menée entre février 2009 et mai 2010 sur la base de 51 entretiens réalisés auprès de 33 femmes et de 18 hommes âgés de 30 ans à 63 ans. Les entretiens, d’une durée de deux heures, concernaient les parcours scolaire, professionnel, familial et conjugal de ces personnes ayant volontairement choisi de vivre sans enfant.