Pragmatisme: pourquoi le Gérard Collomb britannique dit OK au cannabis thérapeutique

Bonjour

Qui, en France, chantera les vertus du pragmatisme d’outre-Manche ? C’est un communiqué médical du ministre de l’Intérieur britannique : « Cannabis-derived medicinal products to be made available on prescription ». L’équivalent, outre-Manche, de Gérard Collomb, Sajid Javid, a annoncé, le 26 juillet, que le cannabis thérapeutique allait être autorisé au Royaume-Uni – sur ordonnance et à partir de cet automne.

« Rendre le cannabis thérapeutique disponible sur ordonnance va améliorer la vie des patients qui souffrent actuellement en silence. Il n’y a rien de plus difficile que de voir ses proches souffrir, c’est pourquoi j’ai pris cette décision », explique le ministre sur Twitter. Précision : « Cela aidera les patients avec des besoins médicaux spécifiques mais cela ne constitue en aucun cas un premier pas vers la légalisation du cannabis à usage récréatif »

Deux groupes d’experts indépendants s’étaient préalablement penchés sur la question. Le premier a conclu qu’il était suffisamment prouvé que le cannabis médical avait des intérêts thérapeutiques. Le second a estimé que les médecins britanniques devraient être en mesure de prescrire du cannabis thérapeutique.

Ancien Nouveau Monde

« Le Département des soins de santé et sociaux (DHSC) et l’Agence de réglementation des médicaments et produits de santé (MHRA) vont maintenant définir clairement ce qui constitue un médicament dérivé du cannabis. Les autres formes de cannabis seront strictement contrôlées et ne seront pas disponibles sur ordonnance » précise, en France, le site Pourquoi docteur ? (Mathilde Debry).

Précisément, pourquoi le Royaume-Uni et pas la France ? L’Allemagne, l’Autriche, la Finlande et l’Italie ont déjà légalisé le cannabis thérapeutique. La France ? Elle ne cesse de s’interroger – tout en refusant de trouver un accord sur le prix du Sativex – médicament auquel elle a donné, il y a quelques années, une autorisation de mise sur le marché. Depuis quelques mois Agnès Buzyn fait mine de l’oublier – et use du mode conditionnel pour évoquer la suite du dossier. Nous sommes ici aux prises avec l’idéologie et la politique, aux antipodes du pragmatisme de nos vieux ennemis britanniques.

Oublions un instant Agnès Buzyn. Imagine-t-on Gérard Collomb tweeter : « Rendre le cannabis thérapeutique disponible sur ordonnance va améliorer la vie des patients qui souffrent actuellement en silence. Il n’y a rien de plus difficile que de voir ses proches souffrir, c’est pourquoi j’ai pris cette décision » ?  Pour le coup nous serions bien, avec Emmanuel Macron et ses dévoués, entrés dans le Nouveau Monde. Mais, tout bien ramé, il semble que nous en soyons toujours assez éloigné.

A demain

Nous, ministre de la Santé, politiserons l’action contre les principales addictions du pays

 

Bonjour

Souvenons-nous. C’était le 2 mai 2012. Bientôt un quinquennat. Ce jour-là, grâce à François Hollande, une fraction non négligeable de la population française découvrait l’anaphore. Et depuis cinq ans le célébrissime « Moi, président de la République… » n’a pas quitté la scène. On retrouvait, ces derniers temps, cette figure de style dans toutes gazettes. Mille et un citoyens ont ainsi pu, l’espace d’un instant, exprimer leurs souhaits républicains.

On peut aussi décliner l’exercice. Et passer au rang du ministre. C’est ce qu’a fait la rédaction du site Pourquoidocteur qui a proposé à différentes personnalités du « monde de la santé » de livrer leur programme pour le prochain quinquennat. Un exercice à la veille du départ de Marisol Touraine qui aura été, durant un quinquennat entier, l’unique titulaire du portefeuille des Affaires sociales et de la Santé. Pour quel résultat ?

Nous nous sommes attachés, ici et là, à mettre en lumière certaines des limites de son action politique – notamment dans le champ de la politique de réduction des risques. Désavouée par sa majorité sur le front de la publicité alcoolique, inopérante vis-à-vis de la cigarette électronique, absente sur le front du cannabis.

Et demain ? Pourquoidocteur a mis à la question le Dr William Lowenstein, addictologue et président de SOS Addictions. Il y expose et développe la politique qu’il mènerait si les astres devaient le conduire à devenir ministre. On peut raisonnablement imaginer que les grands axes de sa politique seraient approuvés par toutes celles et ceux qui, à des degrés divers, sont confrontés aux innombrables difficultés soulevées par les addictions. les mesures qu’il estime nécessaires. Extraits :

« Moi, ministre de la Santé (…) je ferai évoluer la législation sur le cannabis. La politique de prohibition a totalement échoué. (…)Afin de fortifier des politiques de préventions et de réduction des risques sur ce sujet et « couper l’herbe sous le pied » des réseaux mafieux, je réunirai un « groupe de travail-commando » sous la direction du Premier ministre pour livrer, en six mois, un projet structuré de nouvelle législation adossée à un programme sanitaire correctement budgétisé (par les taxes sur la production et la vente de cannabis) et des mesures sécuritaires pour protéger et informer les mineurs.

Peser sur la réalité

 « Le second objectif est de créer une génération sans tabac. Nous connaissons la « trilogie efficace pour faire baisser un tabagisme parmi les plus importants d’Europe et responsable de 79 000 morts par an. Elle associe paquet neutre (c’est fait), augmentation brutale du prix du paquet de cigarettes et un soutien à la meilleure arme antitabac : le vapotage ou usage de la e-cigarette sur le modèle du Royaume-Uni.

« Enfin, concernant l’alcool, il faut diminuer les abus et dépendances, responsables de 50 000 morts par an. Pour cela il convient de « dénormaliser » la consommation régulière et intensive d’alcool dans notre pays, « retricoter » la loi Evin, détricotée durant ce quinquennat, et surtout, soutenir le repérage précoce. L’accès aux médicaments régulateurs de la consommation d’alcool doit être facilité, par l’engagement des médecins généralistes et pas seulement des addictologues. »

Suivent des mesures de restructuration visant à en finir avec l’éparpillement actuel des actions et institutions (MILDECA, ministères de l’Intérieur, de l’Economie, de la Santé, Direction Générale de la Santé, etc.) qui explique (en partie) l’insuffisance des résultats sanitaires. Le fil conducteur est clair. Il s’agit de faire en sorte que l’action politique puisse peser sur la réalité afin de la modifier au bénéfice de la collectivité. Agir et évaluer. En l’espèce, c’est un assez beau projet.

A demain

L’invraisemblable tragédie funéraire engendrée par le nouveau pacemaker de Medtronic®

 

Bonjour

C’est une affaire exemplaire et paradoxale. Une tragédie où un pacemaker miniaturisé réveille des angoisses éternelles.  Nous sommes là aux frontières du progrès thérapeutique et de l’absurde administratif. Un dossier qui voit une famille respecter les règles, dire la vérité, et  un procureur de la République s’obstiner à maintenir cette même famille dans la souffrance.

Nous avons révélé cette affaire sur Slate.fr 1. Elle commence à prendre une dimension nationale et pourrait, à terme, conduire à une réflexion sur l’évolution nécessaire des pratiques funéraires. Au départ c’est l’appel désespéré d’une famille, la découverte d’une situation kafkaïenne, une attente insupportable. Voici le témoignage qui nous avait  été adressé et que nous avons rapporté sur le site pure player :

 Corps en « cellule négative »

 « Nous sommes dans une situation impossible. Notre sœur, notre mère, est décédée le 22 novembre dernier et ses obsèques ne peuvent être organisées. On lui avait implanté il y a peu, au CHU de Tours,  un nouveau modèle miniature de pacemaker au sein même de son cœur. Le fabricant dit que son matériel est compatible avec l’incinération ou l’inhumation. Or, à Bourges, les différentes autorités nous affirment le contraire.

 « C’est une somme de difficultés chaotiques, une forme de manque de respect. Les différentes parties concernées (le fabricant, les pompes funèbres, les services de l’Etat) nous annoncent tour à tour : l’impossibilité technique (puis légale) du retrait du pacemaker par un chirurgien ; le refus réitéré du procureur de la République de mandater un médecin légiste pour ce cas de mort naturelle reconnue par le SAMU 18 ; l’impossibilité légale de faire ce geste par un thanatopracteur ; le refus de la mairie d’autoriser la fermeture du cercueil et donc tout déplacement permettant éventuellement de faire cette crémation dans un autre crématorium… 

« Notre mère, notre sœur se trouve face à un trou noir, véritable vide juridique sans solution aucune. Son corps doit être conservé sine fine en chambre funéraire puis prochainement en “cellule négative”…. Notre famille, effondrée et meurtrie, se voit ainsi refuser : toutes obsèques, et cérémonie religieuse catholique ; tout adieu digne de la société; tout travail de deuil face à l’inconnu… ».

Marché en expansion

Tout résulte ici des progrès accomplis par  Medtronic® firme internationale spécialisée dans les stimulateurs cardiaques. Cette firme commercialise depuis peu son modèle Micra Medtronic®. Il s’agit d’un pacemaker spectaculairement miniaturisé, sans sonde, qui peut être implanté au sein des cavités cardiaque via la veine fémorale. Un dispositif  particulièrement innovant dont on retrouve la trace officielle le 18 octobre sur le site de la Haute Autorité de Santé.

« Les systèmes sans sonde, c’est le futur. Le jour où ce sera remboursé, je ne mettrai plus que ça (sic). Cela va extrêmement vite: dans les cinq ou dix  ans, on ne mettra plus que ça » expliquait en janvier dernier  le Dr Philippe Ritter (CHU de Bordeaux), lors d’une conférence de presse de Medtronic. L’appareil a obtenu le marquage CE en avril 2015. Une vingtaine de centres français ont été formés à l’implantation de ce matériel qui entend occuper une place importante dans un marché important : tous stimulateurs confondus, environ 66.000 implantations sont réalisées chaque année en France y compris les remplacements.

Aujourd’hui deux mille exemplaires de Micra Medtronic® ont déjà été implantés dans l’Union européenne. Mais la progression de la diffusion se heurte, en France, à un problème de taille qui n’avait pas été prévu par la firme : l’explantation du matériel en cas de décès du malade –  avant inhumation ou incinération. Cette explantation est imposée par deux articles du code général des collectivités territoriales  2.

Explosions des piles au lithium

La difficulté tient, ici, paradoxalement, à la miniaturisation du nouveau pacemaker et à sa situation au sein du corps. Jusqu’ici le retrait du dispositif, placé en sous-cutané, ne posait aucun problème pour le thanatopracteur. Il en va tout différemment avec le Micra Medtronic® dont l’explantation réclame un geste chirurgical invasif que personne ne semble, en pratique, disposé à pratiquer.

« Nous sommes totalement opposé à inhumer ou à incinérer des corps sans respecter scrupuleusement la réglementation en vigueur, nous a expliqué un responsable de la société OGF, leader français des services funéraires et gestionnaire de l’unique crématorium de Bourges. Il s’agit ici de répondre à des impératifs de sécurité des personnes et de l’environnement. Pour ce qui est des crémations le risque, bien connu, est celui des explosions dès lors que le corps reste porteur de stimulateur équipé de piles au lithium. Nous avons déjà dû déplorer six explosions de ce type depuis le début de l’année, à cause d’un non-respect des dispositions en vigueur. Ces événements rendent inutilisables pendant de longues périodes les crématoriums, posant alors d’importantes difficultés pratiques aux familles concernées. »

Au siège de Medtronic France® on ne nie pas qu’il existe là un problème émergent – un problème que l’on pensait avoir prévenu. « Notre société a fait faire des expérimentations aux Etats-Unis démontrant que, du fait même de ses caractéristiques techniques, le nouveau dispositif ne présentait aucun risque lors de crémation du corps. Il ne nous semblait donc pas que nous pourrions rencontrer des difficultés. » Tel n’est pas le cas et plusieurs impasses similaires à celle de Bourges sont apparues ces derniers jours.

Créon de Bourges

« Dans certains cas des dérogations ont pu être obtenues. Mais, plus généralement, la Direction Générale de la Santé a souhaité reprendre l’expertise réalisée aux Etats-Unis et la faire expérimenter par un laboratoire spécialisé, nous a-t-on expliqué chez Medtronic France. Cela prendra du temps, peut-être quelques mois, avant de modifier la réglementation. » Dans l’attente aucune disposition dérogaroire ne semble prévue à court terme. Et la famille de Bourges est au désespoir.

Depuis la publication de Slate.fr des éléments complémentaires sont apparus. « La miniaturisation des dispositifs médicaux implantables actifs (DMIA) cardiaques pose effectivement des problèmes de respect de la réglementation relative à la crémation, nous a explique le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. L’article R2213-15 du CGCT dispose en effet qu’en cas de port d’un DMIA, le médecin ou le thanatopracteur en assure le retrait. Une commande a été passée à l’INERIS afin de connaître le comportement de ces DMIA miniatures dans le cas d’une incinération. Les résultats de cette étude sont attendus prochainement. »

Reste le cas de Bourges – et plus particulièrement celui du rôle joué par le procureur de la République de la préfecture du Cher. La Nouvelle République du Centre-Ouest (François Bluteau) rapporte, dans son édition d’Indre-et-Loire, que le cardiologue du CHU de Tours qui avait pratiqué l’intervention n’avait pas pu, pour des raisons pratiques et réglementaires, pratiquer l’explantation du stimulateur. Mais il précise également que le procureur de la République de Bourges « a refusé par deux fois de désigner un médecin légiste pour effectuer l’opération ». Un procureur inaccessible, dans sa tour d’ivoire républicaine.

On a connu « L’Apollon de Bellac ». Faudra-t-il écrire  « Le Créon de Bourges » ?

A demain

1 « Le casse-tête tragique du nouveau pacemaker miniature qui interdit d’organiser des obsèques » Slate.fr 1er décembre 2016. Le sujet a, depuis, été repris par de  nombreux médias. Certains (dont RTL – Maxime Magnier  et Pourquoi Docteur – Audrey Vaugrente ) ont eu l’élégance confraternelle de citer leur source.

2 Article 2213-15 : « Avant son inhumation ou sa crémation, le corps d’une personne décédée est mis en bière.

« La housse imperméable éventuellement utilisée pour envelopper le corps avant sa mise en bière est fabriquée dans un matériau biodégradable. Elle doit répondre à des caractéristiques de composition, de résistance et d’étanchéité fixées par arrêté du ministre chargé de la santé après avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et du Conseil national des opérations funéraires.

« Si la personne décédée était porteuse d’une prothèse fonctionnant au moyen d’une pile, un médecin ou un thanatopracteur atteste de la récupération de l’appareil avant la mise en bière. »

Article 2213-34 : « La crémation est autorisée par le maire de la commune de décès ou, s’il y a eu transport du corps avant mise en bière, du lieu de fermeture du cercueil.

Cette autorisation est accordée sur les justifications suivantes :

1° L’expression écrite des dernières volontés du défunt ou, à défaut, la demande de toute personne qui a qualité pour pourvoir aux funérailles et justifie de son état civil et de son domicile ;

2° Un certificat de décès établi par le médecin ayant constaté le décès, affirmant que celui-ci ne pose pas de problème médico-légal ;

3° Le cas échéant, l’attestation du médecin ou du thanatopracteur prévue au troisième alinéa de l’article R. 2213-15. (…) ».

 

 

« Anti-Alzheimer »: contre Marisol Touraine, la droite républicaine les déremboursera

 

Bonjour

Il nous faudra désormais apprendre à entendre le Dr Dominique Stoppa-Lyonnet, 60 ans, généticienne et femme politique. La directrice du service d’oncogénétique de l’Institut Curie de Paris est aussi la porte-parole de François Fillon dans lequel beaucoup perçoivent désormais le futur président de la République. Mais ours et peaux, mieux vaut, pour l’heure, attendre la suite. Reste un dossier qui, du fait de sa radicale incohérence (associée à son coût) n’attendra pas : celui des médicaments « anti-Alzheimer ». Quatre médicaments inefficaces et potentiellement toxiques que la Haute Autorité de Santé veut dérembourser. Ce que Marisol Touraine ce refuse à faire. Et ce pour des raisons où la raison médicale semble assez peu avoir à faire.

Incompréhensible

Et demain ? Interrogés parle site  Pourquoidocteur, la porte-parole de François Fillon s’est exprimée. Dans les mêmes termes que son confrère porte-parole santé d’Alain Juppé : le médecin et député Jean Leonetti.

« La Haute Autorité de santé a retenu qu’il n’y avait pas de service médical rendu (pour ces médicaments, ndlr). Il n’est pas compréhensible que l’assurance maladie continue de les rembourser. 150 millions d’euros c’est 4 000 personnes qui pourraient être auprès des patients »

« On a des systèmes de contrôle qui nous montrent que tel médicament n’a aucune efficacité. On ne doit pas rembourser des médicaments qui sont inefficaces et qui donnent de faux espoirs à des malades pour qui nous n’avons pas encore trouvé de médicaments efficaces ».

La Haute Autorité de santé (HAS) a pour sa part résumé :

«  Une efficacité au mieux modeste des médicaments de la maladie d’Alzheimer associée à leur mauvaise tolérance, la nécessité d’une prise en charge globale des patients et des aidants intégrant des approches non médicamenteuses : la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé estime que l’intérêt médical de ces médicaments est insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale. »

Faux espoirs

En dépit de cette position Marisol Touraine a tranché  :

« Il n’y aura pas de déremboursement dans l’état actuel des choses. [Tant qu’un] protocole de soins ne sera pas élaboré et mis en œuvre, la question du déremboursement ne peut pas et ne doit pas se poser. »

La ministre de la Santé a un peu trop vite parlé. La question est bel et bien ouvertement et publiquement posée. Elle constitue même, désormais, un parfait et très pédagogique sujet de politique, de santé et d’argent publics.

A demain

Vente de tabac aux mineurs : l’impayable mauvaise foi des buralistes de Paris et d’ailleurs

 

Bonjour

A Paris près de 90% des mineurs qui fument chaque jour achètent leur tabac chez un buraliste. C’est la conclusion de la dernière livraison de l’enquête « Paris sans Tabac »Qui pourrait être étonné d’un tel résultat ? Qui le conteste et attaque en justice ? Les buralistes ! Ils s’en expliquent dans lemondedutabac.com.

On aborde là un sujet central du tabagisme, un sujet hautement politique. Un sujet  jamais abordé par les ministres de la santé en général, par Marisol Touraine en particulier qui (avec François Hollande) a officiellement fait de la lutte contre le tabac l’une de ses innombrables priorités. Résumons les termes de cete porte grande ouverte sur l’addiction tabagique, ce scandale de santé publique

1 Les derniers chiffres. L’enquête de  « Paris sans Tabac ». Elle est reprise par les vapoteurs qui la reprennent de pourquoidocteur qui la reprend de la Revue des Maladies Respiratoires :« Quels adolescents achètent leurs cigarettes chez le buraliste à Paris ? ». Co-signée par le Pr Bertrand Dautzenberg elle établit ceci – un constat proprement dramatique du point de vue de la santé publique :

 « Au total, 7025 collégiens (12–15ans), 3299 lycéens mineurs (16–17ans) et 3243 lycéens majeurs ont répondu. Le taux de fumeurs quotidiens était respectivement de 3,2 %, 19,0 % et 22,0 %. Le taux global de fumeurs (quotidiens+occasionnels) était respectivement de 13,8 %, 37,9 % et 39,5 %. Parmi les fumeurs quotidiens, 90,7 % répondaient avoir acheté leur tabac chez le buraliste. Cet achat concernait 74,6 % des 12–15ans, 92,0 % des 16–17ans et 94,0 % des 18–19ans.

 « Avoir bu plus de 4 verres d’alcool le même jour ou avoir consommé du cannabis dans le mois était associé à plus d’achats chez le buraliste. Avoir acheté du tabac avant 12ans chez un buraliste était associé à un score de dépendance à 16–17ans élevé comparé à ceux qui n’avaient acheté chez un buraliste qu’après 15ans. »

 2 D’autres chiffres. On les trouve dans une publication du  dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire :

 « Les fumeurs quotidiens, qu’ils soient mineurs ou majeurs, considéraient en 2015 qu’il était plus facile de se procurer du tabac relativement à 2011 (+11 points chez les majeurs contre seulement 7  points chez les mineurs)… Une plus grande accessibilité perçue augmente le risque de consommer du tabac parmi les adolescents, particulièrement chez ceux ayant des amis fumeurs ».

 3  Qu’en disent les buralistes ? Que ces résultats « ne sont pas très différents de ceux de 2015 », sinon qu’ils ont fait l’objet d’une publication scientifique qui « prétend »décrire la réalité. Ils rappellent aussi que l’an dernier, « Bertrand Dautzenberg avait mis en cause les buralistes dans un communiqué, émis un peu précipitamment avant toute publication officielle ». Ils ajoutent que les déclarations du pneumologue militant anti-tabac lui avaient alors valu une « poursuite judiciaire de la Confédération des buralistes » – poursuite sur laquelle la justice doit se prononcer le 30 novembre prochain.

4 Les critiques des vendeurs de tabac. La Confédération des buralistes défend l’hypothèse selon laquelle « les jeunes interrogés brouillent les pistes auprès des enquêteurs afin de protéger leur(s) filière(s) d’approvisionnement ». Elle soulève ici une question méthodologique : « les jeunes interrogés ont-ils été questionnés précisément ? »

En mai 2015 Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes déclarait ceci après la publication des résultats de « Paris sans Tabac » :

« Je conteste formellement les conclusions de l’enquête administrée par lui-même et présentée ce jour par le professeur Dautzenberg, selon lesquelles les buralistes vendent sciemment du tabac à des mineurs de moins de 18 ans.  L’interdiction de vente aux mineurs n’a pas été facile à mettre en œuvre, mais elle est respectée par l’ensemble des buralistes de toute la France. »

 5 Une loi bafouée. Le code de la santé publique dispose :

 « Il est interdit de vendre ou d’offrir gratuitement, dans les débits de tabac et tous commerces ou lieux publics, des produits du tabac aux mineurs de moins de 18 ans. (Article L3511-2-1)Une affiche rappelant l’interdiction de vente de tabac aux mineurs doit être lisiblement apposée dans les lieux de vente. (Article D3511-15) Les vendeurs de tabac sont autorisés à exiger de l’acheteur la production d’une pièce d’identité pour preuve de son âge (Article D3512-3) »

En 2011, fort d’un constat accablant quant aux agissements des buralistes le Comité National Contre le Tabagisme « avait interpellé l’Etat ».  Depuis cinq ans l’Etat, employeurs des buralistes, ne répond pas. Le gouvernement organise prochainement un « Moi(s) sans tabac ». Les mineurs de 12 à 17 ans sont cordialement invités à participer.

A demain

 

Macron et les «overdoses» au cannabis. Précisions sémantiques post-polémique

 

Bonjour

Les addictions se nourrissent de passions. C’est (aussi) à çà qu’on les reconnaît. Sans oublier les overdoses 1. Le spectacle de la politique n’y échappe pas. Celui qui se défend d’être Narcisse en politique a tenté, ce dimanche, de parler du cannabis. Notre confrère Arnaud Leparmentier du Monde l’y exhortait à grands cris sur les ondes radiophoniques et télévisuelles. Emmanuel Macron n’a rien dit. Ou alors un plutôt oui à la dépénalisation, mais il faudra bien réfléchir. Comme depuis un quart de siècle. M. Macron est comme allergique au sociétal. La PMA pour tous, la GPA ? Le suicide médicalement assisté ? Trop clivant ? L’eugénisme ? Le transhumanisme ? En Marche ? Nous y reviendrons.

Le week-end aura aussi été marqué par la fin d’une petite polémique interne aux milieux de la médecine de l’addiction. Cette polémique était née d’une enquête menée auprès de ses lecteurs par le site Pourquoi docteur ?  à l’occasion de la « Journée internationale de prévention des overdoses » ?

Information erronée

A la suite d’un échange avec l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT) ce site avait évoqué les cas d’ « overdoses au cannabis ». Il faisait alors état d’un taux de 10 % de l’ensemble des overdoses liées aux drogues en France ». Cette information a soulevé bien des interrogations et alimenté bien des échanges parmi les spécialistes, notamment au sein du groupe SOS Addictions. Le site précise aujourd’hui que cette information était erronée. Aussi apporte-t-il, « à titre de correctif » les précisions de François Beck, directeur l’OFDT :

« Des décès liés au cannabis de plus en plus nombreux ont été observés ces dernières années, mais ce ne sont pas à proprement parler des surdoses, ils sont le plus souvent liés à les complications cardiovasculaires et neuro-vasculaires.

 « Le mécanisme de surdose signifie qu’à partir d’une certaine dose tous les individus développent un effet (relation dose-effet). Pour le cannabis, même s’il faut une certaine dose et surtout un usage chronique, il n’y a pas de relation dose-effet, tous les individus ne développeront pas des complications cardiovasculaires au-delà d’une dose seuil. Dans le cas du cannabis, on parle de mortalité imputable au produit ».

Le tabac en question

François Beck observe qu’il a bien été montré « une augmentation du risque de déclencher un infarctus du myocarde dans l’heure suivant la prise de cannabis fumé par rapport aux périodes de non usage ». « Des cas de morts subites d’origine cardiaque ont été rapportés, ajoute-t-il. Des lésions cérébrales responsables d’accident vasculaire cérébral (AVC) chez des usagers réguliers de cannabis, réversible à l’arrêt du cannabis ont également été mises en évidence. Si les effets cardiovasculaires du cannabis sont surtout présents et ont potentiellement plus de conséquences pour les personnes plus âgées et/ou avec des maladies cardiaques ou neuro-vasculaires sous-jacentes, le risque existe également pour les personnes plus jeunes sans terrain cardiovasculaire ».

Mais dans la plupart des études, l’influence de la consommation de tabac (qu’il soit fumé ou non avec le cannabis), facteur de risque majeur d’AVC et d’infarctus du myocarde n’est pas précisée, ce qui constitue à l’évidence une limite.

Jimi Hendrix

Des chiffres ?  Les signalements de tels décès liés au cannabis se situent entre 15 et 31 cas par an ces trois dernières années (enquête DRAMES menée par l’ANSM). Elle pourrait « en partie être due à une sensibilisation plus importante des experts à la toxicité cardiovasculaire du cannabis ». Par ailleurs, « les produits circulant actuellement sont souvent fortement dosés en THC (la teneur se situe aujourd’hui aux alentours des 15 % en moyenne, contre 5 % à la fin des années 1990) ».

Quand connaîtra-t-on, sur ce sujet, les propositions d’Emmanuel Macron ?

A demain

1 Overdose. Dose excessive d’une drogue entraînant des troubles physiques et mentaux graves, quelquefois mortels. Jimi Hendrix, mort à vingt-quatre ans d’une overdose (Le Nouvel Observateur, 28 sept. 1970, p.48, col. 3). La feuille (…) expliquait que Denis était mort le 15 juillet, à la clinique de Vientiane. Overdose sur organisme affaibli. Rien à faire(G. Dormann, Le Bateau du Courrier, 1974, p.190).

− P.méton. Mort ou accident survenu(e) par overdose. Regarde un peu autour de toi, ouvre le journal, écoute les informations. Là, tu l’auras ta ration de vrais drames: la famine, les tremblements de terre, des explosions, des accidents de voiture, des cancers, des infarctus, des overdoses, des agressions, des otages, partout des morts et encore des morts qui n’ont pas choisi de l’être (Fr. Dorin, Les Lits à une place, 1980, p.69).

Prononc. et Orth.: [ɔvε ʀdo:z], [-və ʀ-]. Plur. des overdosesÉtymol. et Hist. 1968 (J.-L. Brau, Hist. de la drogue, Paris, Tchou, p.266). Empr. à l’angl. overdose comp. de dose, du fr. dose*, et de over «par-dessus» d’où «en plus, en excès», att. dep. 1690 et utilisé en partic. en méd. pour l’administration des médicaments et dans le domaine de l’usage de la drogue (NED; NED Suppl.2).

 

 

Suicide de l’hôpital Georges-Pompidou : ouverture d’une information judiciaire pour «harcèlement moral»

 

Bonjour

Quatre mois plus tard la justice est saisie. Un juge d’instruction a été nommé pour enquêter sur le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien, 54 ans cardiologue à l’hôpital Pompidou. L’information judiciaire est ouverte pour « harcèlement moral ». C’est une information du Figaro : « Suicide à Pompidou : ouverture d’une information judiciaire » (Anne Jouan). L’information a été confiée à Fabienne Bourriachon-Bernard, vice-présidente au tribunal de grande instance de Paris. Le 30 décembre, quinze jours après le drame, le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire. En d’autres termes la justice a décidé de ne pas classer l’affaire.

Le 17 décembre dernier, le Pr Jean-Louis Mégnien, père de cinq enfants, s’était tué  en sautant par la fenêtre de son bureau situé au 7e étage de l’hôpital européen Georges Pompidou. Ce cardiologue était revenu trois jours plus tôt après un arrêt-maladie de plusieurs mois pour dépression. Il se plaignait de longue date de harcèlements convergents  émanant d’une fraction de sa hiérarchie médicale et de la direction administrative de l’établissement. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, avait également été alerté de la gravité croissante de la situation. Il en aurait été de même de Marisol Touraine, ministre de la Santé.

Départ de la directrice

Ce suicide avait déclenché une crise sans précédent au sein de l’hôpital concerné mais aussi au sein de l’AP-HP. Une enquête interne avait été ouverte par Martin Hirsch, enquête contestée par plusieurs médecins amis de Jean-Louis Mégnien qui réclament notamment le départ de l’actuelle directrice du prestigieux établissement, « navire-amiral » de l’AP-HP.

L’ouverture d’une information judiciaire va, de toute évidence, conférer une nouvelle dynamique à l’affaire. Selon Le Figaro l’Inspection du travail s’intéresse elle-aussi à ce suicide et la famille du Pr Mégnien entend bien demander l’élargissement de l’instruction au chef d’ « homicide involontaire ».

Cette enquête fait suite à celle menée par la police judiciaire parisienne, qui a interrogé pendant trois mois de nombreux médecins et collègues du Pr Megnien. La question médico-légale est assez simple : peut-on démontrer l’existence d’un lien entre les actes de harcèlement (dont l’existence ne fait aucun doute) et le suicide (sur le lieu de travail) ?

Maltraitances à l’hôpital

« Au cours de nos différentes auditions, nous avons apporté à la police un faisceau de preuves très tangibles permettant d’établir sans ambiguïté que Jean-Louis était victime de harcèlement », explique Bernard Granger (cité sur « Pourquoi docteur comprendre pour agir ») , psychiatre à l’hôpital Cochin (Paris) qui a mis sur pied un groupe rassemblant les collègues du médecin décédé afin de faire la lumière sur cette affaire et « lutter contre la maltraitance à l’hôpital ». Ce site (Marion Guérin) ajoute :

« Deux personnes sont en particulier visées par les accusations : Anne Costa, directrice du groupe hospitalier, et et Alain Simon, ancien président de la Commission Médicale d’Etablissement Locale, et ancien chef de service du Pr Mégnien. Suivant la procédure habituelle d’une enquête judiciaire, la juge mènera un certain nombre d’interrogatoires de première comparution, au terme desquels  elle signifiera aux interrogés leur statut – mis en examen ou témoin assisté. Ces interrogatoires peuvent survenir dans les prochains jours, comme être reportés à plusieurs semaines, le temps de rassembler davantage de preuves. »

La justice est saisie quatre mois après le drame. Combien de temps lui faudra-t-il pour conclure ?

A demain