Voici la « liste noire » des 93 médicaments à écarter pour mieux soigner (Prescrire, Acte VII)

Bonjour

C’est un rituel médicamenteux comme il en est des littéraires ou des gastronomiques. A la différence près qu’il faut, ici, faire une croix tous ceux qui sont cités. Pour la septième année consécutive le mensuel Prescrire (depuis sa naissance indépendant de l’industrie pharmaceutique) vient de publier (dans son n° de février) son bilan « des médicaments à écarter pour mieux soigner ». Aucune légèreté dans cette mise à l’index : ce bilan recense « des cas documentés » de médicaments « plus dangereux qu’utiles ».

L’objectif affiché est ici « d’aider à choisir des soins de qualité, de ne pas nuire aux patients et d’éviter des dommages disproportionnés ». Toutes ces spécialités pharmaceutiques (il y en a au total quatre-vingt-treize dont quatre-vingt-deux commercialisées en France) sont, assure la revue, « à écarter des soins dans toutes les situations cliniques pour lesquelles ils sont autorisés ». Et ce raison des risques sanitaires « disproportionnés » qu’ils font courir aux malades qui pourraient être concernés.

Relaxant musculaire

Parmi les médicaments ajoutés cette année à cette « liste noire », on trouve notamment le célébrissime Décontractyl® (comprimés ou baume) « relaxant musculaire proposé pour soulager les douleurs dues aux « contractures ».

« La méphénésine par voie orale (Décontractyl®) expose à des somnolences, des nausées, des vomissements, des réactions d’hypersensibilité (dont des éruptions cutanées et des chocs anaphylactiques), et des abus et dépendances ; la pommade à base de méphénésine (Décontractyl baume®) expose à des atteintes cutanées graves, dont des érythèmes polymorphes et des pustuloses exanthématiques aiguës généralisées.

Prescrire dénonce aussi les risques présentés par de nombreux anti-tussifs. A commence par L’ambroxol (Muxol® ou autre) et la bromhexine (Bisolvon®), des « mucolytiques » autorisés dans la toux ou les maux de gorge, n’ont pas d’efficacité clinique démontrée au-delà d’un effet placebo.

« Or ils exposent à des réactions anaphylactiques et à des réactions cutanées graves, parfois mortelles, telles que des érythèmes polymorphes, des syndromes de Stevens-Johnson et des syndromes de Lyell »

Quant à l’oxomémazine (Toplexil® ou autre), un anti – histaminique H1 sédatif et atropinique du groupe des phénothiazines avec des propriétés neuroleptiques, il « expose à des effets indésirables disproportionnés dans le traitement symptomatique de la toux ».

Egalement mise à l’index, la pommade pour fissures anales Rectogesic® :

« Ce dérivé nitré autorisé dans les fissures anales, n’a pas d’efficacité démontrée au-delà de l’effet placebo pour guérir une fissure anale chronique, ni pour soulager la douleur associée. Il expose à des céphalées très fréquentes, et parfois sévères. Le traitement des douleurs liées à une fissure anale repose sur un antalgique par voie orale tel que le paracétamol et parfois sur la lidocaïne en application locale (Titanoréïne à la lidocaïne®) »

Cigarette électronique

A des degrés divers toutes les disciplines médicales sont concernées.  Notamment la psychiatrie, la cancérologie,  la gynécologie-obstétrique, ou la cardiologie. Et Prescrire prend notamment soin, en plein hiver, de  rappeler que nombre de médicaments contre le « rhume », comme les vasoconstricteurs décongestionnant par voies orale ou nasale (l’éphédrine, la naphazoline, l’oxymétazoline, la phényléphrine, la pseudoéphédrine, qui est contenue dans une dizaine de médicaments) exposent à un risque de troubles cardiovasculaires graves, voire mortels (poussées d’hypertension, AVC, troubles du rythme cardiaque). Il y a un an les autorités sanitaires françaises ont interdit la publicité destinée au grand public pour ces vasoconstricteurs, souligne Bruno Toussaint, directeur éditorial de Prescrire« C’est un petit pas qui montre que les autorités reconnaissent que ces produits posent problème, mais sans les retirer du marché », observe-t-il.

Mais tout ne va pas toujours dans le même sens. On observera ainsi que Prescrire dénonce le bupropion (Zyban®), une amphétamine autorisée dans le sevrage tabagique. Pas plus efficace que la nicotine ce médicament expose à des troubles neuropsychiques (dont des agressivités, des dépressions, des idées suicidaires), des réactions allergiques parfois graves (dont des angiœdèmes, des syndromes de Stevens-Johnson), des dépendances, et des malformations cardiaques congénitales en cas d’exposition de l’enfant à naître pendant la grossesse.

Préférer les substituts nicotiniques ? Sans doute. Mais on peut aussi choisir la cigarette électronique, et ce avec plus de chance de succès comme en témoigne une importante publication datée du 30 janvier du prestigieux New England Journal of Medicine : « A Randomized Trial of E-Cigarettes versus Nicotine-Replacement Therapy ».

Pour finir une question en forme d’espérance : l’année 2019 sera-t-elle celle qui verra, enfin, l’Agence nationale de sécurité du médicament débattre, en pleine transparence, avec Prescrire ; échanger quant aux raisons qui expliquent que cette Agence puisse maintenir sur le marché français des substances que la revue estime, preuves à l’appui, qu’elles devraient en être retirées ?

A demain

 

 

« Prescrire » accuse la mélatonine, méchant serpent de mer pharmaceutique et alimentaire

Bonjour

« La mélatonine n’est pas un traitement de choix des troubles du sommeil : d’efficacité incertaine au-delà d’un effet placebo, elle expose à des effets indésirables, en particulier neuropsychiques, cutanés et digestifs ». Telle est la conclusion sans appel de la dernière livraison de Prescrire 1, mensuel indépendant de géants de l’industrie pharmaceutique et, corollaire, des pharmaciens d’officine.

Chacun, ou presque, sait que la mélatonine est  une hormone secrétée principalement par le cerveau et qu’elle a pour fonction principale « d’informer l’organisme de l’alternance jour-nuit, permettant de favoriser l’endormissement ». Etonnamment, en France, il existe deux mélatonines : selon la dose contenue dans une « unité de prise », elle est considérée comme médicament ou complément alimentaire. Prescrire :

« Quels que soient sa dose et son statut, en cas de mauvais sommeil, la mélatonine n’est pas plus efficace qu’un placebo à court terme. De 2009 à mai 2017, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a recueilli 90 effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine ; l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a recueilli plus de 200 effets indésirables liés à la prise de mélatonine quel que soit son statut, entre 1985 et 2016. »

 Placebo et modestie

 Pas plus efficace qu’un placebo ? Est-ce si simple ? « Des préparations à base de mélatonine sont utilisées en France (sans avoir d’AMM) dans certains troubles du rythme veille-sommeil et sont en vente libre dans de nombreux pays. Circadin® est un médicament sous forme de comprimés à libération prolongée dosés à 2 mg de mélatonine, expliquait la Haute Autorité de Santé il y a près de dix ans.  L’efficacité de Circadin® sur la qualité du sommeil et le comportement au réveil est modeste. C’est pourquoi la commission de la transparence a attribué à Circadin® un Service Médical Rendu suffisant pour une prise en charge par la collectivité, à titre provisoire. Le maintien de ce SMR est lié à l’évaluation de l’impact de Circadin® sur la consommation des hypnotiques de type benzodiazépines et apparentés, qui sera effectuée 18 mois après la date de prise en charge par l’Assurance maladie. Comme pour les autres hypnotiques, la prescription de Circadin® ne doit pas dépasser 3 semaines. »

Et l’ANSM précisait il y a quelques mois les indications de Circadin® (traitement court de l’insomnie primaire chez l’adulte de plus de 55 ans) et de la RTU (traitement des troubles du sommeil liés à un syndrome de Rett, un syndrome de Smith-Magenis, un syndrome d’Angelman, une sclérose tubéreuse ou à des troubles du spectre autistique chez l’enfant de 6 à 18 ans). En pratique le Circadin® n’est pris en charge par l’assurance maladie que dans ces cas particuliers pour un montant maximal de prise en charge fixé à 800 € par patient et par an. Dans tous les autres cas le Circadin® n’est pas remboursé et son prix en pharmacie est libre.

Mais l’ANSM attirait aussi et surtout l’attention des prescripteurs et des pharmaciens sur un récent avis de l’ANSES 1  relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine. Cet avis d’experts, s’appuyant sur les déclarations d’effets indésirables du dispositif de nutrivigilance et une étude bibliographique, conclut à l’existence de populations et de situations à risque ainsi que de nombreuses interactions médicamenteuses possibles entre la mélatonine et certains médicaments, impliquant des précautions en termes de dose et de durée de traitement.

Et Prescrire aujourd’hui :

« Les effets indésirables rapportés sont surtout des troubles neuropsychiques (syncopes, somnolences, maux de tête, convulsions, anxiété, troubles dépressifs), des troubles cutanés de type éruptions diverses et des troubles digestifs (vomissements, constipations, atteintes du pancréas). Des troubles du rythme cardiaque, régressant à l’arrêt de la mélatonine, ont été observés.

 « Les risques d’interactions sont à prévoir avec de nombreux médicaments, avec risque de diminution de leur activité et/ou addition de leurs effets indésirables. Des données anormales observées chez l’animal incitent à la plus grande prudence quant à l’utilisation de la mélatonine pendant la grossesse. Dans tous les cas, quel que soit son statut, la mélatonine n’est pas une substance anodine. Son efficacité est incertaine pour favoriser le sommeil et elle expose à des effets indésirables notables. »

 En avril dernier nous rappelions que l’on vendait chaque année en France environ 1,4 million de boîtes de mélatonine, présente dans diverses formes de compléments alimentaires. Et nous demandions si Agnès Buzyn oserait en finir avec le vente libre. La question, à la lecture de Prescrire, n’a rien perdu de son actualité.

 A demain

@jynau

1 « Mélatonine : bilan des notifications d’effets indésirables en France » Rev Prescrire 2018 ; 38 (421) : 835-836. (pdf, réservé aux abonnés) ©Prescrire 1er novembre 2018

Spinzara® : la France va-t-elle accepter de payer un million d’euros par malade et par an ?  

Bonjour

C’est un nouveau record dans une course folle. L’affaire, exemplaire, est analysée dans la livraison d’août de Prescrire, mensuel spécialisé indépendant de l’industrie pharmaceutique. Elle concerne le nusinersen, médicament commercialisé sous le nom de Spinraza® par la multinationale pharmaceutique américaine Biogen. Ce médicament est depuis un peu plus d’un an officiellement autorisé dans certaines formes d’amyotrophie spinale (SMA): une maladie génétique rare qui se caractérise par une dégénérescence progressive de certains neurones.  Plus la maladie survient tôt, plus le pronostic est sévère. Dans les formes les plus précoces, la durée de vie peut ne pas dépasser quelques mois à deux ans.

Aujourd’hui le prix du médicament n’est, curieusement, toujours pas fixé. Biogen réclame un prix conduisant à des coûts de près d’un million d’euros par an et par malade. En France deux cents personnes  sont aujourd’hui traitées par Spinraza®grâce à un montage financier spécifique et transitoire. Les négociations entre la firme américaine et le gouvernement français se tiennent dans le plus grand secret via le Comité économique des produits de santé.

Combien de temps cette situation va-t-elle durer? Si le gouvernement français devait répondre favorablement aux revendications de Biogen Prescrire estime que cela remettrait en cause l’accès en France non seulement à ce médicament, mais aussi à d’autres médicaments.  Spinraza® n’est pas un cas unique. En cancérologie, notamment, les firmes commercialisant de nouvelles molécules réclament (et souvent obtiennent) des prix que nombre de spécialistes jugent exorbitants. Pourquoi et jusqu’à quand ?

Lire, sur Slate.fr : « Spinraza®, le médicament à près d’un million d’euros ».

 A demain

Vaccins et démocratie : la ministre Agnès Buzyn répondra-t-elle à l’éditorial de Prescrire ?

 

Bonjour

Le titre n’est guère inspiré mais le texte est joliment concentré. Nous parlons ici de l’éditorial de la prochaine livraison (février 2018) de Prescrire. Le mensuel indépendant traite des onze obligations vaccinales pédiatriques voulues par Emmanuel Macron et Edouard Philippe – mesure mise en musique par Agnès Buzyn et votée par le puissant parti présidentiel.

Prescrire n’est pas, loin s’en faut, une revue prêchant la lutte anti-vaccinale. Pour autant le mensuel regrette amèrement l’autoritarisme qui a prévalu. Onze « recommandations » auraient selon lui été préférables à onze « obligations ». Et force est de reconnaître que l’argumentaire développé n’est pas sans intérêt.

« Les autorités de santé françaises ont choisi, en 2017, de passer en forec, avec une attitude paternaliste, y compris face à ceux qui demandent plus de connaissances, notamment sur les adjuvants. Cete réponse déresponsabilise parentse t soignants, et entretient la suspiscion. Elle risque de conduire à un affrontement avec des parents convaincus de défendre leurs enfants. Convictions contre convictions, sans aucune avancée de l’évaluation. »

Ancien monde

Où l’on voit qu’en dépit des discours affichés par le nouveau pouvoir exécutif les vieux réflexes de l’ancien monde sont toujours bien présents.

« Cette réponse est un triste signe d’incapacité. Incapacité à faire faec à une contestation, quelle que soit sa part d’irrationnel et de fondements scientifiques. Incapacité à construire une réponse adaptée dans une société où le savoir est partagé et multiple. Incapacité à soutenir les soignants dans leur rôle de médiateur en apportant des données sans biais d’influence pour quantifier les risques et les bénéfices. »

Pour Prescrire, la société française « n’a pas à être au garde-à-vous ». Et le mensuel de développer tous les avantages collectifs et démoctariques qu’aurait fourni un régime de recommandations.

Dans une société sinon idéale du moins perméable Agnès Buzyn prendrait sa plume pour, dans le prochain numéro, répondre point par point à cet argumentaire. Parions que Prescrire ne recevra rien d’Agnès Buzyn. Emmanuel Macron ou pas il  encore bien trop tôt pour espérer, en France, être dans un monde véritablement nouveau.

A demain

 

Œillères : pourquoi Prescrire ne veut-il rien comprendre à la cigarette électronique ?

 

Bonjour

Dans la dernière livraison (juin 2017) du cher Prescrire – célèbre revue « sans publicité ni subvention, ni sponsor ni actionnaire »- on trouve, page 455 la rubrique Infos-Patients Prescrire. Titre : « La cigarette électronique : éventuellement pour arrêter le tabac ».

Tout est dans le « éventuellement », cet événement dont on ne peut savoir quand il se produira, ni même s’il se produira. Où l’on voit le cher Prescrire, pour la troisième fois en deux ans, prendre d’immenses pincettes. Et finalement choisir, du haut de sa chaire, de ne pas prendre le moindre risque personnel – quel que soit les bénéfices sanitaires collectifs.

La cigarette électronique pour Prescrire ? « Une efficacité voisine de celle des médicaments à base de nicotine. Les risques à long terme sont mal connu ». On peut aussi lire des choses comme celle-ci :

« La majorité des utilisateurs de cigarettes électroniques souhaitent arrêter de fumer. Mais en pratique une enquête a montré que cette utilisation a surtout contribué, avec d’autres facteurs, à diminuer leur consommation de tabac d’environ 9 cigarettes par jour. »

« Temporairement acceptable »

Neuf cigarettes en moins par jour ! Faudrait-il, cher Prescrire, tenir cette réduction des risques pour quantité négligeable ? Pourquoi ne pas mieux quantifier ? Pourquoi cette sécheresse dans un dossier d’une considérable importance en termes de santé publique et de réduction des risques ? Pourquoi ne pas enquêter ? Pourquoi ne pas nous raconter la réalité des forces en présence, l’invraisemblable silence chronique du ministère français de la Santé, la duplicité gouvernementale, l’absence de financement public d’études sur le sujet, les choix pragmatiques britanniques ?

Pour l’heure, cher Prescrire, tu te bornes à reprendre la liste exhaustive des effets indésirables, la toxicité de la nicotine pour les enfants (ranger cigarettes et recharges hors de leur portée !) t de revenir sur le cœur récurrent de ton argumentaire :

« La grande diversité des constituants des cigarettes électronique constitue un obstacle à la connaissance des effets indésirables auxquels elles exposent, notamment sur les poumons. »

Et dans l’attente, cher Prescrire, que faire ?

« Malgré les incertitudes, utiliser temporairement la cigarette électronique pour arrêter de fumer est acceptable, compte tenu des dangers du tabac. »

« Temporairement acceptable » ? Jusqu’à quand ? Et quand choisiras-tu de traiter véritablement ce sujet plutôt que, frileux, te borner à l’effleurer ?

A demain

 

Substituts nicotiniques : l’insupportable aumône politique faite aux malades du tabagisme

 

Bonjour

Il faut toujours lire Prescrire (même quand Prescrire vous déçoit). Et le lire dans les moindres détails. Ainsi cette page 100 du numéro de février 2017. « Substituts nicotiniques : 150 euros remboursés pour tous les fumeurs ». Il faut aller jusqu’à la fin de la page, jusqu’à la dernière note, la sixième. Où l’on prend, une nouvelle fois la mesure de cette situation assez peu croyable qui voit des malades (les personnes souffrant d’une addiction sévère au tabac) devoir payer de leur poche les médicaments de nature à les aider à se soigner. Prescrire :

« Des mesures visant à aider à l’arrêt du tabac sont bienvenues (sic). Les autorités sanitaires ont fait le choix d’une aide financière à la dépense en substitut nicotiniques (re-sic). D’autres options sont envisageables, come leur inscription sur la liste des médicaments remboursables, telle qu’évoquée fin 2016 par la Commission de la transparence de la Haute autorité de santé »

L’évocation en question est cachée dans ce document : « COMMISSION DE LA TRANSPARENCE Avis 9 novembre 2016 ». Cela donne ceci : « La Commission souhaite que le remboursement des substituts nicotiniques soit mis en cohérence avec sa recommandation d’inscription de Champix® (actuellement non remboursé, prix libre) sur la liste des médicaments remboursables aux assurés sociaux ». Comprendre si l’on devait rembourser cette spécialité (varénicline, des laboratoires Pfizer) il serait cohérent de faire de même pour l’ensemble de la palette des substituts nicotiniques.

Ce n’est pas la première fois que ce sujet, majeur en termes de réduction des risques, est évoqué. Ce fut le cas, déjà, il y a précisément dix ans : « AVIS DE LA HAS STRATEGIES THERAPEUTIQUES D’AIDE AU SEVRAGE TABAGIQUE » (23 janvier 2007).

Substituts et cigarette électronique

Depuis dix ans rien, sinon une augmentation discrète, par Marisol Touraine, de l’aumône après celle consentie à quelques malades dépendants qui en feraient la demande (les cancéreux et les femmes enceintes). Et depuis dix ans les autorités sanitaires de redire et redire le caractère dramatique d’un tableau tabagique qui empire:

« Les conséquences directes de la consommation régulière de tabac restent la première cause de mortalité évitable en France : plus de 80 000 morts prématurées chaque année. Le tabagisme passif est aussi responsable de 3 000 à 5 000 morts prématurées par an. Le tabagisme est responsable de 25% de l’ensemble des cancers et est un facteur de risque de maladies cardio-vasculaires. La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est la principale complication respiratoire du tabagisme. Le tabagisme conduit également à doubler le risque d’infections telles que pneumonies à pneumocoques, légionelloses et tuberculoses pulmonaires. » 

Vous souhaitez en savoir plus sur les conditions qui permettent de recevoir l’aumône ? Tout est dit ici : « La prise en charge des substituts nicotiniques »1. Reste à comprendre, sur le fond, les raisons de la persistance d’une telle situation ? Pourquoi le fumeur devrait-il, seul de tous les malades cotisants à la Sécurité sociale, à participer financièrement à (l’aide à) sa guérison ? Et pourquoi doit-il, le cas échéant, demander l’aumône d’une aide au remboursement ? Doit-il, de la sorte, payer de sa personne le fait d’avoir succombé à un plaisir devenu esclavage ? L’Etat entend-il, de cette façon, le maintenir dans cette forme d’asservissement ? Des interrogations voisines peuvent s’appliquer à la cigarette électronique.

A demain

1 « L’Assurance Maladie vous accompagne dans l’arrêt du tabac. Elle prend en charge, sur prescription, les traitements par substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhaleur…) à hauteur de 150 € par année civile et par bénéficiaire à compter du 1er novembre 2016.

Quelles sont les conditions pour bénéficier de cette prise en charge ?

Les substituts nicotiniques doivent être prescrits sur une ordonnance consacrée exclusivement à ces produits ; aucun autre traitement ne doit figurer sur cette ordonnance. Les médecins, les sages-femmes mais également, depuis le 27 janvier 2016, les médecins du travail, les chirurgiens-dentistes, les infirmiers et les masseurs kinésithérapeutes peuvent les prescrire.  Les sages-femmes peuvent aussi les prescrire à l’entourage de la femme enceinte ou accouchée.

Les substituts nicotiniques doivent figurer sur la liste des substituts nicotiniques pris en charge par l’Assurance Maladie (liste disponible en téléchargement).

En pratique. Votre pharmacien vous délivrera les substituts nicotiniques (patch, gomme, pastille, inhalateur…) qui vous ont été prescrits. Vous devrez les lui régler directement, la dispense d’avance des frais (tiers payant) n’étant pas prévue dans le cadre de ce dispositif.  À noter que vous n’êtes pas obligé d’acheter en une seule fois le traitement qui vous a été prescrit ; vous pouvez échelonner vos achats.

Pour que vous soyez remboursé, votre pharmacien : transmet directement, via votre carte Vitale, une feuille de soins électronique à votre caisse d’Assurance Maladie ; ou, à défaut, vous délivre une feuille de soins papier que vous enverrez vous-même à votre caisse d’Assurance Maladie.

À noter que les substituts nicotiniques peuvent éventuellement être pris en charge par votre mutuelle ou votre assurance complémentaire santé si le contrat que vous avez souscrit le prévoit. Renseignez-vous auprès d’elle. »

Médicaments : la revue « Prescrire » publie sa liste noire mais ne voit pas flamber les prix

Bonjour

Avec le temps le médicament peut devenir marronnier. L’AFP ne s’y trompe pas qui annonce la publication, par le mensuel Prescrire, de sa « traditionnelle liste noire ». Une liste dévoilée le 26 janvier, une centaine de médicaments « plus dangereux qu’utiles », des spécialités à éviter en raison des risques sanitaires « disproportionnés » qu’ils font courir aux patients.

« L’action des autorités et des firmes pour écarter des soins les médicaments plus dangereux qu’utiles est lente et parcellaire » estime Prescrire qui, avec le temps, fait ses comptes :

« Parmi la centaine de « médicaments à écarter pour mieux soigner » recensés par les 5 bilans Prescrire de 2013 à 2016, seulement une dizaine ont fait l’objet de suspension ou de retrait d’autorisation de mise sur le marché (AMM), par l’Agence française des produits de santé, plus souvent que par l’Agence européenne du médicament.

Ethique et impasse thérapeutique

Indispensable Prescrire. Cette année, la revue recense 91 médicaments « à écarter », dont 82 vendus en France. Ce qui ne va pas sans considérations éthiques qui pourraient se discuter :

« En situation d’impasse thérapeutique dans une maladie grave, il n’est pas justifié d’exposer les patients à des risques graves, quand l’efficacité clinique n’est pas démontrée. L’utilisation de certains de ces médicaments dans le cadre d’une recherche clinique peut être acceptable, mais à condition d’informer les patients des inconnues sur la balance bénéfices-risques et d’une utilité de l’évaluation. Dans les autres cas, mieux vaut se concentrer sur des soins utiles pour aider le patient à supporter l’absence d’option capable de changer le pronostic ou d’améliorer sa qualité de vie au-delà de l’effet placebo. »

Indispensable Prescrire. « Il faut que le doute bénéficie au patient et non au médicament, comme c’est encore trop souvent le cas », a souligné Bruno Toussaint, le directeur éditorial du mensuel. Il ajoute qu’avant de retirer un médicament du marché les autorités sanitaires demandent de « multiples études prouvant la dangerosité du médicament ».

« Il y a encore beaucoup de difficultés à convaincre au niveau européen et à résister à la pression des firmes pharmaceutiques, qui vivent de la vente des médicaments pour rémunérer leurs actionnaires et leur personnel et qui poussent toujours pour arriver plus vite sur le marché et pour y rester le plus longtemps possible. »

Euphémisme

Mais encore ? Quid du sujet central, économique, éminemment politique : celui des prix ahurissants réclamés, d’entrée, par certains géants de Big Pharma – des prix in fine acceptés en France par le toujours aussi mystérieux Comité économique des produits de santé. Qu’en dit Prescrire ? Où est son expertise ? Quelle stratégie militante? Quelles actions médiatiques ? Quelles convergences avec le monde associatif en lutte ?

Interrogé sur le prix élevé de certains anticancéreux, Bruno Toussaint a, rapporte l’AFP, estimé qu’il n’était pas toujours justifié. Un euphémisme doux. « Les laboratoires obtiennent des prix élevés sur la base de dossiers qui ne sont pas encore probants […], cela ne les incite pas à faire des efforts » a-t-il dit. C’est, précisément,  le moins que l’on puisse dire. Prescrire est indispensable. Mais là, pour tout dire, c’est un peu court.

Rendez-vous est pris pour l’an prochain.

A demain