Rideau sur la pseudoéphédrine: l’histoire du pharmacien militant qui l’a retirée de ses vitrines

 

Bonjour

Prenons le risque d’irriter Mme Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre national des pharmaciens, avec une petite histoire très exemplaire. Elle nous est rapportée, depuis Bordeaux, par Le Moniteur des Pharmacies ( Matthieu Vandendriessche) ainsi que par Le Quotidien du Médecin (Stéphane Long).

François Couchouron est pharmacien d’officine, titulaire à la « Pharmacie du Lac », préfecture de la Gironde. Depuis septembre 2016 il ne commercialise plus en « libre service » les « anti-rhumes » contenant de la pseudoéphédrine. Le pharmacien, installé à Bordeaux, a placardé une affiche dans son officine pour alerter les patients : « Stop à la pseudoéphédrine. Un rhume ne vaut pas un accident cardiovasculaire. »

Selon le Vidal, les médicaments suivants contiennent de la pseudoéphedrine : Actifed rhume®, Dolirhume®, Fervex®, Humex®, Nurofen rhume®, Rhinadvil®, Rhumagrip®, Rhinureflex® et Sudafed® .

« Le pharmacien se fonde dans sa démarche sur un rapport de la Commission nationale de pharmacovigilance, en date de 2008, qui met en garde contre les effets indésirables rares mais graves » rapporte Le Moniteur.

Retrait du marché

Il a pris cette décision radicale sans attendre « une hypothétique décision de retrait du marché » par les autorités sanitaires. Il précise cependant qu’il ne refuse pas la délivrance sur prescription. M. Couchouron développe son choix dans un courrier publié dans le forum du mensuel Prescrire de janvier 1. La revue médicale demandait dès 2009 aux pharmacies de bannir ces produits. « Les risques, lors de la prise de ces médicaments, sont trop grands. Les effets indésirables graves, avance-t-il, sont sous-déclarés à la pharmacovigilance. »

Le pharmacien Coucheron s’appuie sur les résultats de pharmacovigilance. Il rappelle que plusieurs mises en garde ont été émises depuis 2008 par les autorités sanitaires qui ont relevé des effets indésirables cardiologiques et neurologiques rares, mais très graves. La question de réserver à la prescription ces spécialités administrées par voie orale s’est d’ailleurs posée au sein de la commission nationale de pharmacovigilance. C’est aussi ce que réclame l’Académie de médecine depuis juin 2015. Dans une note destinée aux professionnels diffusée en 2011, l’Agence du Médicament rappelait les risques liés aux vasoconstricteurs et s’alarmait de leur mésusage par les patients dans 25 % des cas.

« Battage médiatique »

« J’ai déjà vu deux patients coronariens qui ont fini en soins intensifs. Je me sens mieux de ne pas vendre ces médicaments, d’autant plus qu’il existe des alternatives », précise-t-il au Quotidien. Attention toutefois aux nouvelles alternatives 1. Tout cela ne va pas sans égratignures aux voilages de la confraternité.  « Il y a des précautions à prendre, des questions à poser aux patients, des conseils à prodiguer… et ce n’est pas toujours fait ».

 Pour la présidente de l’Ordre des pharmaciens ce confrère est parfaitement libre de refuser de délivrer ce médicament. En revanche il serait sanctionnable s’il refusait de le faire en cas de prescription. Combien de temps pourra-t-on encore prescrire ? « Je suis surprise par ce battage médiatique car c’est ce que nous faisons au jour le jour, ajoute la présidente. Il y a des tas de produits que nous ne référençons pas ! » Combien ?

A demain

 1 Prescrire qui précise que les extraits de Pelargonium n’ont pas d’efficacité démontrée pour soulager le rhume au-delà d’un effet placebo. Et qu’ils exposent à des saignements et des réactions d’hypersensibilité.

« En France, des extraits de racine de deux espèces de Pelargonium sont désormais autorisés en comprimés et en solution buvable avec le statut de médicament, dès l’âge de 6 ans. Les données du dossier d’évaluation clinique ne démontrent pas que ces extraits de racine de Pelargonium réduisent la durée d’un rhume, ni qu’ils aient une efficacité symptomatique probante au-delà d’un effet placebo.

 « Les extraits de racine de Pelargonium exposent à des troubles digestifs, et plus rarement à des réactions d’hypersensibilité, ainsi qu’à de rares saignements de nez et des gencives. Des atteintes du foie, parfois graves, ont été rapportées. La solution buvable d’extrait de racine de Pelargonium (Activox pelargonium rhume°) contient de l’alcool, et sa consommation est donc à risque pour certains patients, notamment les enfants.

 « Les conditionnements de ces médicaments mettent davantage en avant les noms des gammes « ombrelles » Activox® et Belivair® que les substances contenues, ce qui apporte des confusions en les distinguant mal des autres produits de ces gammes. Pas d’efficacité démontrée, et risques, certes rares, mais parfois graves : il est préférable de s’en passer. »

« Extraits de racine de Pelargonium et rhume » Rev Prescrire 2017 ; 37 (399) : 8. (pdf, réservé aux abonnés)

Les étudiants français en médecine sont-ils gangrenés par les marchands de médicaments ?

 

Bonjour

Joli tir groupé. A la fois sur le site The Conversation : « Les facs de médecine les plus indépendantes vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique » et sur celui de la revue PLOS ONE : « Conflict of Interest Policies at French Medical Schools: Starting from the Bottom ». Le sujet est aussi repris dans Le Monde : « Prévention des conflits d’intérêts : les facs de médecine épinglées ». Où l’on apprend que l’association Formindep publie le premier classement des facultés « en fonction de leur degré d’indépendance vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques ».

Aider à progresser

C’est là une initiative originale qui devrait faire parler d’elle dans les amphithéâtres de médecine sinon chez Big Pharma. Elle s’inspire d’une opération similaire menée aux Etats-Unis en 2007. Ses auteurs ont adressé aux doyens de trente-sept facultés de médecine françaises un questionnaire (treize critères) visant à évaluer le degré de perméabilité sinon de compromission avec l’industrie des médicaments.  Le résultat est sévère pour ne pas dire lamentable. Toutes peuvent nettement mieux faire. Seules Angers et Lyon Est (Lyon 1) sortent-elle le nez de l’eau. Pour les auteurs « c’est un outil dont les étudiants doivent s’emparer au niveau local ».

 Ce travail lui-même n’est pas parfait mais il a pour but premier d’aider à progresser. Jusqu’où ? « Nous avons tout intérêt à avoir des liens avec l’industrie, à condition de mettre en place des garde-fous et d’être transparents, ce qui est le cas, aussi bien pour les contrats de recherche que pour les opérations de mécénat », explique au Monde le Pr  Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes. « Au niveau des facs, l’interaction avec les industries est très faible », assure pour sa part le Pr Jean-Luc Dubois-Randé, président de la conférence des doyens en médecine, qui se dit toutefois favorable à plus de transparence.

Court-circuiter

Une solution serait le court-circuit, la déconnexion : enseigner la thérapeutique non plus avec les noms commerciaux des médicaments mais en ne faisant référence qu’aux DCI (dénomination commune internationale). En France, il existe plus de 8.000 noms commerciaux de médicaments pour seulement 1.700 DCI.  On pouvait, en 2007, lire ceci sur le site de la Mutualité Française :

« Depuis septembre 2005, la Mutualité Française, la revue Prescrire et l’association de consommateurs UFC-Que choisir mènent une campagne d’information pour promouvoir « La DCI : le vrai nom du médicament ». Cette action s’est traduite par la publication de fiches pratiques expliquant les bonnes raisons de l’utilisation de la DCI. »

 Sept ans plus tard, où en est-on ? Que pourraient dire, sur le sujet, les enseignants, les doyens, les fabricants, les étudiants ? Sans oublier les pharmaciens.

A demain

Nouveau-né : la mort est «probablement» due à l’administration de la vitamine D. Et après ?

 

Bonjour

Au nom de la précaution l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) aimerait désormais en finir avec la pipette de l’Uvestérol D® des laboratoires Crinex. Cette spécialité est indiquée depuis un quart de siècle dans la prévention et le traitement de la carence en vitamine D chez le nouveau-né, le nourrisson et l’enfant jusqu’à 5 ans. Son retrait du marché est évoqué depuis une dizaine d’années du fait des difficultés ici ou là rencontrées lors de son administration au moyen d’une pipette. Mais la mort, le 21 décembre dernier, d’un nouveau-né âgé de 10 jours « par arrêt cardio-respiratoire, à son domicile » a pris de court une direction générale de l’ANSM une nouvelle fois sur la sellette.

Deux semaines après la mort les conclusions des investigations « mettent en évidence un lien probable entre le décès et l’administration de l’Uvestérol D®. « Aussi, en dépit des mesures de réduction des risques mises en place depuis 2006 pour sécuriser l’administration et le renforcement des recommandations », l’ANSM va lancer « par mesure de précaution », une procédure contradictoire auprès du laboratoire Crinex « en vue de la suspension de la commercialisation de sa spécialité Uvestérol D®, dans les prochains jours ». Aucune autocritique ne semble pour l’heure envisagée.

Félicitations du mensuel Prescrire

Attention : l’intérêt de la supplémentation en vitamine D n’est nullement remis en cause. Seule la spécialité Uvestérol D® administrée avec une pipette est concernée. L’ANSM rappelle que d’autres spécialités contenant de la vitamine D sont disponibles pour les nourrissons (comme Zyma D® ou Sterogyl®).

Le petit laboratoire familial Crinex 1 acceptera-t-il sans ferrailler cette mesure lui qui, depuis dix ans, n’a cessé de travailler avec les autorités sanitaires en charge du médicament pour réduire les risques inhérents à l’administration via sa pipette ? Peut-il être tenu pour responsable de la mort du nouveau-né si les règles conjointement édictées n’ont pas été respectées ? Crinex fait valoir que depuis un quart de siècle des dizaines de millions d’enfant ont reçu sa vitamine D sans difficultés particulières.

Il rappelle aussi que la revue indépendante Prescrire l’avait, en 2006, mis à l’honneur de son « Palmarès de l’information » – et ce « pour lui avoir fourni des données pertinentes de pharmacovigilance » – un document signé de Bruno Toussaint, Directeur de la Rédaction de Prescrire. C’était il y a dix ans.

Les conseils de Marisol Touraine

Parallèlement à l’action de l’ANSM, Marisol Touraine a (pour la première fois) pris la parole à l’aube du 4 janvier. Voici la déclaration de la ministre de la Santé :

« Je souhaite rassurer les parents qui ont donné de la vitamine D, sous quelque forme que ce soit, à leurs enfants : ils ne courent aucun danger. Mais je leur demande, à titre de précaution, d’arrêter le traitement par Uvestérol D®. Je leur garantis une information transparente, objective et fiable. Et je mets tout en œuvre pour leur proposer, en lien avec les professionnels de santé, une solution alternative. »

La ministre appelle encore les familles à se rapprocher de leur professionnel de santé, qui leur proposera de la vitamine D sous une autre forme. Les recommandations pour les professionnels de santé leur seront adressées dans la journée.Pour assurer l’information de l’ensemble des familles, la Ministre active, dès aujourd’hui dans la matinée, un numéro vert d’information, joignable au 0800 636 636.

On peut se demander s’il n’est pas, déjà, un peu tard.

A demain

1 Crinex est un laboratoire indépendant familial fondé en 1928 par l’arrière-grand-père de l’actuel dirigeant. Il a pour principale spécialité, la prévention des maladies des nourrissons et l’hygiène buccodentaire. Il emploie 27 salariés et a réalisé, en 2015, un chiffre d’affaire de 20 millions d’euros.

Mort d’un nouveau-né de 10 jours après une dose d’Uvestérol D®. Gros embarras des autorités

 

Bonjour

D’abord Le Figaro. Ensuite un mail nocturne de confirmation émanant de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM):

« Le 21 décembre dernier, un nouveau-né de dix jours est décédé par arrêt cardio-respiratoire, à son domicile. Ce nouveau-né avait reçu une dose d’UvestérolD® indiquée dans la prévention et le traitement de la carence en vitamine D chez le nouveau-né, le nourrisson et l’enfant jusqu’à 5 ans.

 « L’ANSM est en lien étroit avec les centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) concernés depuis le 22 décembre. Des investigations sont en cours pour déterminer les causes exactes du décès et savoir s’il est susceptible d’être imputé à l’Uvestérol D®. Depuis 1990, date de la mise sur le marché de l’Uvestérol D®, aucun décès n’a été imputé à l’administration de ce produit.

 « Après le constat d’effets indésirables liés à son administration, l’Uvestérol D® fait l’objet depuis 2006 d’une surveillance renforcée de la part des autorités sanitaires à travers le réseau des centres régionaux de pharmacovigilance (CRPV) avec lesquels l’ANSM est en lien permanent. Des mesures de réduction du risque ont été mises en place par le biais d’une meilleure adaptation du produit pour sécuriser l’administration et le renforcement des recommandations auprès des prescripteurs et des familles. » 1

Lien de causalité ?

Tout laisse penser, dans les termes de ce communiqué que le lien de causalité existe entre l’administration de cette spécialité et la mort de ce nouveau-né. Pour autant, rien ne permet de l’affirmer : les premières conclusions des investigations seront connues dans les prochains jours. « Elles permettront, dit l’ANSM, la mise en place des mesures qui s’avéreraient nécessaires. »

Or L’ANSM ne dit pas tout, comme en témoigne notamment le rappel par Le Monde de quelques éléments du dossier. Ainsi lors de sa réunion du 23 novembre 2010, la Commission nationale de pharmacovigilance (CNPV) avait demandé la contre-indication de l’Uvestérol D® au cours du premier mois de vie. Le laboratoire Crinex avait alors contesté cette mesure et a proposé en lieu et place de diluer les produits dans de l’eau ou du lait au cours de cette période, ce qui avait conduit la CNPV à surseoir à statuer dans la mise en œuvre de la mesure qu’elle proposait.

Alerte sans suite

Puis dans son numéro de mai 2011 le mensuel Prescrire demandait « un traitement énergique du dossier ». Réunie le 29 mars 2011, la CNPV constatait que vingt-trois nouveaux cas de malaise étaient recensés depuis le plan de communication d’octobre 2006. Faute d’une proposition concrète du fabricant, elle se prononçait pour la contre-indication au cours du premier mois de vie. Sans suite. Nouveau communiqué de presse.

En novembre 2014, de nouvelles formules et présentations d’UvestérolD® étaient mises à disposition par les laboratoires Crinex, en réponse aux demandes de l’ANSM. « La CNPV a de nouveau examiné le dossier lors de sa réunion du 5 juillet 2016, mais le compte rendu de cette réunion n’a toujours pas été rendu public, écrit Le Monde. Après avoir appris le décès d’un nourrisson (…)  les responsables de plusieurs centres régionaux de pharmacovigilance ont demandé la suspension du marché de l’Uvestérol®. »

Qu’attend aujourd’hui l’ANSM pour tout dire – et pour, enfin, agir ?

A demain

1 En 2006 les laboratoires Crinex adressaient les précisions suivantes aux prescripteurs :

« Les laboratoires CRINEX, en accord avec l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) souhaitent vous informer des nouvelles recommandations à respecter lors de l’administration des spécialités UVESTEROL VITAMINE ADEC et UVESTEROL D 1500UI/mL. L’UVESTEROL D 1500UI/mL est indiqué dans la prévention et le traitement de la carence en vitamine D chez le nourrisson et l’enfant jusqu’à cinq ans, la femme enceinte ou qui allaite et chez le sujet âgé. L’analyse des effets indésirables rapportés avec les spécialités UVESTEROL VITAMINE A.D.E.C et UVESTEROL D 1500UI/mL a mis en évidence un risque très rare, mais potentiellement grave, de survenue de malaise vagal (apnée du nourrisson pouvant entraîner une cyanose) lors de leur administration à des nouveau-nés ou des nourrissons sans pathologie apparente et âgés de moins de six mois.

« L’hypothèse d’un mécanisme type « fausse route » lié à une administration trop rapide du produit, directement sur l’oropharynx, paraît la plus probable. Aussi, afin de limiter le risque de « fausse route », nous vous demandons de respecter strictement les protocoles d’administration joints en annexe. Nous attirons votre attention sur le fait que le protocole d’administration de l’UVESTEROL VITAMINE ADEC chez le nouveau-né prématuré diffère sensiblement de celui chez le nourrisson né à terme. Par ailleurs, nous vous informons qu’un nouveau dispositif d’administration, la Seringoutte®, développé pour limiter le risque d’administration directe et trop rapide sur l’oropharynx du nourrisson sera mis à disposition d’ici la fin de l’année, après accord de l’Afssaps. Il vous est demandé de diffuser ces informations et les protocoles standard joints en annexe à l’ensemble des utilisateurs concernés (parents, personnel médical et paramédical). »

«Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie !» M. Valls devrait lire le prochain Prescrire

 

Bonjour

Le candidat Manuel Valls à la Primaire de la Gauche redirait-il ce que le ministre Valls de l’Intérieur déclarait en septembre 2013  ? C’était au micro de France Inter :

«Les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie, et pour cela il faut que l’Union européenne, avec les autorités bulgares et roumaines, puissent faire en sorte que ces populations soient d’abord insérées dans leur pays (…) Cela passe aussi par la fin de cette aide au retour qui a créé un véritable appel d’air. Nous y avons mis fin, et je constate aujourd’hui que les populations d’origine rom ne viennent plus en France parce qu’elles savent parfaitement aujourd’hui qu’il y a une politique particulièrement ferme, républicaine, respectueuse des personnes, mais particulièrement ferme».

La déclaration jugulaire avait ému au-delà de la gauche humaniste. «Ces propos sont d’une extrême gravité. Ils insinuent que des modes et lieux de vie seraient déterminés par une origine ethnique», commenta le mouvement antiraciste européen EGAM dans un communiqué. Certains accusèrent le ministre de l’Intérieur de «se vautrer dans le larmier du populisme».

Détérioration

Deux ans et trois mois plus tard, numéro de janvier 2017 de la revue Prescrire: « Roms migrants : un état de santé alarmant » 1 :

« Les Roms migrants, à différencier des Roms français arrivés en France au cours des derniers siècles, arrivent surtout de Roumanie et de Bulgarie. Ils seraient entre 15 000 et 20 000 personnes. Nombre d’entre eux vivent en situation précaire en France, notamment dans des campements régulièrement démantelés par les autorités.

D’une façon générale, dans l’Union européenne, les Roms migrants ont un état de santé nettement moins bon que le reste de la population des pays où ils vivent. Les taux de mortalité infantile et de mortalité néonatale sont supérieurs. Ils ont davantage de maladies chroniques et infectieuses. Leur santé buccodentaire est souvent dégradée.

 On constate chez les nouveau-nés davantage de prématurés, de complications prénatales, de petits poids de naissance, et de retards staturo-pondéraux que dans le reste de la population. Le taux de couverture vaccinale est très faible. Peu d’enfants sont suivis par la médecine scolaire car beaucoup ne sont pas scolarisés.

Les conditions de vie des Roms migrants ne favorisent pas une bonne santé. Plusieurs éléments d’ordre social conduisent à détériorer leur santé : l’instabilité et la précarité de leur travail, les discriminations répétées dont ils sont victimes dans toutes les sphères de leur vie quotidienne.

 Méfiance

 « La précarité des lieux de vie et les évacuations répétées de leurs campements, l’accès difficile aux prestations sociales et à l’assurance maladie, leur sentiment de méfiance lié à la discrimination sont autant d’éléments qui contribuent à la dégradation de leur état de santé.

 « L’amélioration de l’état de santé des Roms migrants dépend de diverses actions publiques de politique d’éducation, d’accès aux soins et aux prestations sociales, de condition de vie, mais aussi d’un meilleur accueil de ces personnes fortement marginalisées. »

Terrible et piégeux constat sanitaire et politique. Expulser sans soigner ? Soigner et expulser ? Soigner sans expulser ? On attend, sur le sujet, les opinions et propositions de MM Mélenchon, Macron et Fillon. Et, s’il a changé, de l’ancien ministre de l’Intérieur.

A demain

1 ©Prescrire 1er janvier 2017 « État de santé alarmant des Roms migrants en France » Rev Prescrire 2017 ; 37 (399) : 68. (pdf, réservé aux abonnés)

Cigarette électronique : la revue Prescrire ne comprend-elle plus la réduction des risques ?

 

Bonjour

On ouvre le numéro de décembre, on lit, on relit, on critique.

Cela commence avec un hommage trop appuyé à un film qui ne tient pas ses promesses. Un film qui ne pouvait pas les tenir. Un film en surexposition. Un film dont on a parlé plus qu’on ne parlera : « La fille de Brest » dont les images ne parviennent pas à dire la richesse et la très grande complexité  de l’affaire du Mediator®. Chacun sait que ce film, sorti en France le 23 novembre 2016, est tiré du livre  « Mediator° 150 mg. Combien de morts ? » d’Irène Frachon, Prix Prescrire 2011.

 Auto-citations

Prix Prescrire et Prescrire omniprésent :

« Ce film montre de façon particulièrement juste la réalité de la période 2009-début 2011, dont Prescrire a été un témoin actif. Particulièrement juste, et particulièrement claire. Qu’il s’agisse de la réalité des corps des victimes ; du déni invraisemblable d’une firme pharmaceutique ; de l’inertie incroyable d’une Agence du médicament oublieuse de se tenir d’abord au service des patients ; ou de la joie communicative de réussir à faire émerger la vérité et d’agir aux côtés des patients. »

C’est comme trop simple, toujours le gentil bon, toujours le méchant méchant. Et si la vérité était, parfois, un tout petit plus compliquée ? Pour autant Prescrire de rappeler, fort justement :

« En 2016 il reste toujours beaucoup à faire pour que les professionnels de santé s’émancipent vraiment de l’influence des firmes pharmaceutiques, grâce notamment à bien davantage de fonds publics pour la recherche clinique et la formation continue des soignants ; pour que les autorités sanitaires prennent enfin en compte avec lucidité l’ampleur réelle des effets nocifs des médicaments, et assument leurs responsabilités de protection de la population ; et pour que les victimes des médicaments soient traitées dignement et solidairement. ».

Ici, on applaudit. 

De la motivation sinon rien

Feuilletons. Pages 926- 930 : « Tabac : l’essentiel sur l’arrêt de la consommation » 1. Du sérieux, du bibliographique, du Prescrire. Résumé :

 « La consommation de tabac est un facteur de risque majeur de mortalité et de maladies. Près de six millions de personnes dans le monde meurent prématurément chaque année du fait d’une consommation de tabac. Fumer du tabac conduit à absorber, entre autres, 1 mg à 3 mg de nicotine par cigarette, divers produits de combustion ainsi que des substances irritantes et cancérogènes. Fumer du tabac augmente la fréquence de nombreux cancers et de nombreuses autres affections, notamment cardiovasculaires et respiratoires.

 « La motivation du patient et un soutien psychologique jouent un rôle essentiel dans la réussite d’un arrêt définitif de la consommation de tabac.

 « Diverses méthodes proposées pour arrêter de fumer du tabac n’ont pas d’efficacité démontrée, notamment : l’acupuncture ; la méthode aversive par inhalation excessive et accélérée de la fumée ; l’hypnose. Les médicaments n’apportent qu’une aide limitée. Quand un traitement médicamenteux semble utile pour aider à arrêter la consommation de tabac, les substituts à base de nicotine sont le premier choix, y compris chez les femmes enceintes.

 « Les substituts nicotiniques sont à garder hors de portée des enfants, afin de leur éviter tout risque d’ingestion. Plusieurs médicaments sont à écarter en raison d’effets indésirables disproportionnés (bupropione – alias amfébutamone) ou d’une efficacité non démontrée (anxiolytiques et antidépresseurs). »

 Et puis on tombe sur ceci :

« Les cigarettes électroniques contenant de la nicotine semblent avoir une efficacité voisine de celle des dispositifs transdermiques pour arrêter de fumer, malgré des incertitudes. La grande variété des compositions des solutions pour cigarettes électroniques constitue un obstacle à la connaissance des effets indésirables auxquels elles exposent. »

 Zéro pointé

Ainsi le temps passe, les données s’accumulent, les témoignages convergent. Prescrire ne change pas, s’autocite, bégaie. Ce mensuel qui fit tant pour lui semble, ici, imperméable au concept de réduction des risques. Imperméable à la révolution sous-jacente à sujet considérable de santé publique. Pourquoi ses responsables n’informent-ils pas  leurs lecteurs de tout ce qui se joue ici? Pourquoi ne par raconter par le menu  le conflit historique opposant la ministre de la Santé au monde des vapoteurs – des vapoteurs rejoints par une majorité croissante de tabaccologues et de réducteurs des risques tabagiques. Ce n’est certes pas l’affaire du Mediator®, mais c’est une autre forme d’aveuglement.

Feuilletons. Page 954, enfin, l’inénarrable Luc Cifer, dandy décalé. Ce soir, il nous parle d’œuvre d’art et d’urinoir. Pour un peu, des deux mains,  on applaudirait.

A demain

1 « Consommation et arrêt du tabac » Rev Prescrire 2016 ; 36 (398) : 926-930. (pdf, réservé aux abonnés)

©Prescrire 1er décembre 2016

 

 

Anti-Alzheimer : «ce sont des médicaments qui tuent» (le 28 janvier 2011, sur France Culture)

 

Bonjour

Tout, très bientôt, va s’accélérer. Candidate déclarée aux prochaines élections législatives en Indre-et-Loire, Marisol Touraine aura-t-elle le temps et l’énergie de boucler le dossier plus qu’épineux des quatre médicaments inefficaces et remboursés toujours officiellement indiqués contre la maladie d’Alzheimer ? (1).

Va-t-elle, en d’autres termes, choisir la logique et la cohérence : faire procéder à leur déremboursement plus de 150 millions d’euros d’économie annuelle) en organisant parallèlement une amélioration substantielle de la prise en charge de ces personnes ? Va-t-elle, pressée par le tempo politique, laisser les choses en l’état comme l’avait fait son prédécesseur Xavier Bertrand aujourd’hui disparu (mais pour combien de temps ?) du paysage politique national.

Gouvernement Fillon III

Xavier Bertrand, précisément. Nous étions fin janvier 2011. Il était, pour seize mois encore, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité du gouvernement Fillon III. Nous participions, sur France Culture, à l’émission « Science Publique » de notre confrère Michel Alberganti : « Comment les médecins prescrivent-ils les médicaments ? ». Argumentaire d’époque :

« Après l’affaire du Mediator, ce médicament qui serait responsable de 500 à 2000 décès entre 1975 et fin 2009, c’est un traitement contre l’acné qui est soupçonné d’être à l’origine de 25 à 27 suicides d’adolescents entre 1986 et 2009, selon l’Agence française de sécurité sanitaire, l’Afssaps. Cette semaine, le père d’un jeune de 17 ans qui s’est donné la mort en juillet 2007 alors qu’il suivant un tel traitement, a saisi la justice (…).

Dans ce contexte, Nicolas Sakozy a chargé Bernard Debré, professeur de médecine et député UMP de Paris, d’une mission pour proposer, dès mars 2011, des mesures destinées à assainir la filière du médicament. C’est donc toute la structure actuelle des Agences et autres Commissions qui se retrouve sur la sellette. Néanmoins, en marge de ce tumulte et du parfum de scandale qui flotte sur la médecine, les patients continuent à consulter et les généralistes à prescrire. Et chacun d’entre nous est en droit de s’interroger sur le processus qui conduit le praticien à délivrer la fameuse ordonnance, sésame d’un traitement.»

Au temps de l’Afssaps

Parmi les invités : Fabienne Bartoli, alors directrice adjointe de l’Agence française de sécurité sanitaire, (Afssaps) ; Christian Lajoux, alors président des entreprises du médicament, le LEEM ; le Dr  Claude Leicher , président du Syndicat de la Médecine Générale et Bruno Toussaint , directeur de la rédaction de la revue Prescrire. Extraits, au sujet des quatre spécialités (2) que Marisol Touraine ne veut pas dérembourser (contre l’avis de la Haute Autorité de Santé) :

Dr Bruno Toussaint:

«Ce sont des médicaments qui tuent. Certes, ils ne tuent pas toujours et pas tout de suite, mais ce sont des médicaments qui tuent comme le montrent les quelques études qui ont comparé les conséquences, au-delà de six ou neuf mois, de la prise de ces médicaments à celle d’un placebo. La maladie d’Alzheimer est souvent un drame et nous ne savons ni guérir ni prendre en charge d’un point de vue médicamenteux. Le placebo peut être très utile. Mais un vrai placebo, qui n’a pas d’effets indésirables.»

Dr Claude Leicher:

«Pourquoi continue-t-on à mettre systématiquement des personnes de plus de 80 ans qui ne demandent rien à personne sous des médicaments dont le service médical rendu est considéré comme nul et dont la toxicité commence à émerger? Il y a beaucoup plus besoin d’un accompagnement des patients que d’une prescription médicamenteuse (…) Nous devenons prisonniers de la prescription des spécialistes parce que les patients eux-mêmes sont devenus prisonniers de ces prescriptions. Il faut retirer ces médicaments du marché.»

 Combien d’années avant le retrait ? 

Six ans plus tard les trois syndicats signataires de la convention médicale (Le BLOC, MG France, FMF) invitent les médecins libéraux «à cesser complètement la prescription» des quatre médicaments officiellement indiqués contre la maladie d’Alzheimer:

«Plus de dix ans ont été nécessaires pour que les autorités sanitaires françaises se décident au retrait du Mediator, dont la dangerosité et l’inefficacité étaient prouvées. Combien d’années seront nécessaires pour que l’inutilité et les effets secondaires des médicaments de la maladie d’Alzheimer, confirmés par la Haute Autorité de santé (HAS), aboutissent à leur retrait?

 En cas de plainte d’une famille, les responsables politiques et sanitaires seront mis en cause. Les prescripteurs, informés des risques, et qui continueraient à prescrire pourraient l’être aussi. Pour autant, il ne s’agit pas de laisser ces patients sans soin ni accompagnement. Leurs parcours doivent être fondés sur une prise en charge médicale et sociale, et non sur la prescription d’un médicament.»

Le sentiment que rien n’avance. Dans six mois, les législatives. Tout, bientôt, va-t-il enfin s’accélérer ?

A demain

 1 Sur ce thème on peut, sur Slate.fr, se reporter à notre synthèse : « Alzheimer: les malades doivent-ils encore prendre leurs médicaments? »

2 Il s’agit de l’Aricept® (donepezil) de la firme Eisai (commercialisé en France depuis septembre 1997), de l’Exelon® (rivastigmine) de Novartis® (mai 1998), du Reminyl® (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et de l’Exiba® (mémantine) de Lundbek (mai 2002).