80 km/h et e-cigarette : Edouard Philippe va-t-il sauver des vies ou remplir des caisses ?

Bonjour

Les a -t-il lui-même écrites, ces lignes qui disent tant du politique et de la santé publique ? Edouard Philippe, Premier ministre rendait ce lundi 8 avril les premières conclusions du Grand Débat National. Il est revenu à cette occasion sur sa mesur-polémique : « l’abaissement de la limitation de la vitesse sur les routes ». À cette occasion, le chef du gouvernement a publiquement regretté la « défiance » qui a accompagné l’instauration des 80 km/h sur les routes secondaires.

On peut voir et entendre Edouard Philippe ici.

« Parfois la bonne fois ne suffit pas. La bonne foi, c’est celle qui m’a par exemple conduit à instaurer les 80 km/h, parce que je ne pouvais pas accepter l’hécatombe quotidienne qui brise des vies, des familles, des existences … Je voulais sauver des vies, on m’a accusé de vouloir remplir des caisses…

« Je ne me résigne pas à abandonner cette ambition en matière de sécurité routière. C’est une grande politique publique au service de nos concitoyens, elle est indispensable

« Mais je dois apprendre à composer avec l’incompréhension ou le rejet de certains de nos concitoyens. Renouer avec une forme de confiance c’est le grand défi de notre génération politique. »

Où l’on redoute de comprendre : que signifie « ne pas se résigner à abandonner » mais aussi, en même temps,  « apprendre à composer » ? C’est poser, simplement l’équation générale de la politique de réduction des risques. Elle vaut tout particulièrement pour les 80 000 morts prématurées annuelles du tabagisme . Oublions Agnès Buzyn. Quand Edouard Philippe s’emparera-t-il, enfin, de la promotion de la cigarette électronique ?

A demain

@jynau

 

Gilets Jaunes et vanité : les conséquences d’un trop-plein d’intelligence et de subtilité

Bonjour

Suite de la farandole langagière inhérente à la crise sans précédent des Gilets Jaunes. Avec, aujourd’hui, une belle déclinaison de la jactance qui caractérise le macronisme. «Trop intelligents, trop subtils» : la bourde de Le Gendre tourne au bad buzz » observe Libération (Laure Equy). L’histoire d’un mea culpa qui voit son auteur plonger dans l’enfer des réseaux sociaux et de leurs colères épidémiques sinon populaires. Un repentir qui fait que le condamné aura la tête (symboliquement) tranchée

Résumé du sujet. Lundi 17 décembre, sur le plateau de Public Sénat, le chef de file des députés LREM, Gilles Le Gendre, revient sur les raisons du mécontentement engendré par la politique conduite dans les dix-huit premiers mois du quinquennat. Il passe publiquement à confesse : l’exécutif et sa majorité ont «insuffisamment évoqué» leur action et devront «le faire mieux, plus, en étant plus proches de ce que les Français attendent». Il aurait pu en rester là. Mais non. Grisé peut-être par son mea culpa ce député de Paris poursuit l’exercice de contrition publique. Et d’évoquer en évoquant «le fait d’avoir probablement été trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d’achat».

 «Trop intelligents » ? Voilà bien, pour le coup, trop manquer de « subtilité » – tout particulièrement à l’endroit des Gilets Jaunes. Pour un peu on évoquerait le « langage de mabouls » dénoncé par un proche ambigu du chef de l’Etat. Poussé à préciser son propos, Gilles Le Gendre a regretté que «toutes les mesures favorables au pouvoir d’achat» aient été «saucissonnées dans le temps». Une cadence qui les a rendues peu lisibles. «C’était justifié par la situation des finances publiques mais manifestement ça n’a pas été compris»a encore cru bon d’ajouter le successeur de Richard Ferrand à la tête du groupe LREM de l’Assemblée nationale.

Droite et gauche en même temps, schizophrène électoralement 

Gilles Le Gendre, 60 ans, n’est pourtant pas un jeune novice ignorant du poids des mots. Élève à Neuilly-sur-Seine au collège Sainte-Croix, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et du Centre de formation des journalistes de Paris, il fut successivement journaliste à Europe 1 et à L’Usine nouvelle chef de service, rédacteur en chef adjoint puis rédacteur en chef du Nouvel Économiste, rédacteur en chef adjoint de L’Expansion, directeur de la rédaction de L’Événement du jeudi, directeur de la rédaction de Challenges, nommé président du directoire du groupe Expansion et directeur général des rédactions. De 2002 à 2004, on le retrouve directeur de la communication et membre du comité exécutif de la Fnac, puis entrepreneur dans des activités de conseil à Paris où il fonde, en 2006, « Explora & Cie » puis, en 2011 le réseau de consultants indépendants « Les Company Doctors ».

« Economiquement de droite, et culturellement et sociétalement de gauche, un peu schizophrène électoralement » il rejoint très tôt le mouvement En marche avant d’en être  désigné, à l’automne 2016, référent pour les  deux plus beaux arrondissements de Paris.

Et maintenant ? « L’aveu de Gilles Le Gendre, qui rappelle un peu ‘’la pensée complexe’’ prêtée à Emmanuel Macron par l’entourage du chef de l’Etat, a tourné au bad buzz, observe Libération. L’opposition, sur Twitter, s’en est donné à cœur joie, épinglant ’l’arrogance’’ ou ‘’le mépris de classe’’ de LREM. ’La rengaine n’a pas changé. Si les Français sont en désaccord, c’est parce qu’ils n’ont pas compris ces imbéciles’’, ironise Clémentine Autain, tandis qu’un autre député de La France insoumise, Alexis Corbière tacle : «« En matière de modestie, nous sommes les meilleurs », aurait dit Sacha Guitry avec humour… Mais là c’est le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale qui parle, et lui se prend très au sérieux !». Le communiste Stéphane Peu, lui, s’interroge : ‘’Mais où va LREM ? Que cherche le chef à plume [du groupe LREM à l’Assemblée] quand il assène que l’intelligence supérieure de la macronie est inaccessible au plus grand nombre, au peuple ?’’. ‘’Et une troisième erreur, aussi, conclut Elsa Faucillon, du PCF,prendre les gens pour des cons.’’. »

Ainsi certains mots, sans atteindre toujours la subtilité prisée dans les hautes sphères, ont le mérite de ne pas réclamer d’explications.

Aujourd’hui Gilles Le Gendre a senti le vent du « bad buzz ». Il cause simple, sur Twitter : «Quelques mots sortis de leur contexte… Trop intelligents = trop techniques = trop compliqués. Je n’ai rien voulu dire d’autre : les mesures sur le pouvoir d’achat sont désormais simples et lisibles. Désolé, sincèrement, si j’en ai choqué certains ». Un mea culpa au carré en somme. Il est possible que ce soit un peu tard.

A demain

 

 

Gilets Jaunes : quand Agnès Buzyn discourait sur l’ubérisation, et l’instrumentalisation

Bonjour

Voici un nouveau symptôme des bouleversements économiques et politiques du monde hospitalier. Il y a un mois un millier de « véhicules sanitaires » bloquaient le périphérique parisien pendant près de trente-six heures. La même colère s’exprimera à nouveau ce 3 décembre dans une capitale encore meurtrie par les scènes de guérilla urbaine d’avant-hier. Ce n’est là que l’un des aspects d’un dossier autrement plus compliqué. Explications.

« Depuis le 1er octobre, les transports médicaux inter-établissements, soit une charge annuelle de 125 millions d’euros, sont à la charge des hôpitaux et non plus de l’Assurance-maladie. « Cette disposition, dite de «l’article 80» de la loi de financement de la Sécurité sociale 2017 mais dont l’application a été reportée à 2018, ne vise pas le trajet du domicile du patient à un établissement de santé, mais bien le transport au sein d’un même établissement. Ou entre deux établissements, comme entre un hôpital et un centre de dialyse spécialisé , explique Le Figaro (Marie-Cécile Renault)C’est l’établissement prescripteur qui a désormais en charge l’organisation du transfert et doit attribuer les marchés de transport sanitaire, via des appels d’offres. »

« La réforme ne concerne que 5 % des 4,6 milliards d’euros de la dépense totale de l’Assurance maladie en matière de transport, ajoute Le Monde (François Béguin). Mais elle a cristallisé les inquiétudes d’une profession qui comptait près de 5 700 entreprises en 2015 et dont les trois quarts emploient moins de vingt salariés. » Ces petites entreprises redoutent que les hôpitaux fassent toujours appel aux mêmes sociétés : les « grands groupes » qui auront remporté les appels d’offres en cassant les prix.

On comprend la logique : « responsabiliser » les établissements de santé, grands prescripteurs de transports sanitaires, mais qui ne paient qu’une faible part de la dépense totale. «La réunion, au sein d’une même “main”, du payeur et du prescripteur, est indispensable pour responsabiliser les acteurs», indiquait l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans sa revue de dépenses des transports sanitaires 2016 – une recommandation déjà formulée par la Cour des comptes. L’IGAS évaluait ainsi à 250 millions d’euros les dépenses de transport intra-établissements de santé à leur seule charge, soit 10 % des dépenses totales de transfert sanitaire prescrites par ces mêmes établissements.

Inquiétudes des hôpitaux et des patients

« Mais les dirigeants de ces structures protestent et les quatre fédérations hospitalières (FHF, FHP, Fehap et Unicancer) demandent déjà le report de la réforme, souligne Le Figaro. ‘’Dans un contexte économique toujours plus difficile, les établissements de santé ne peuvent assumer de nouvelles responsabilités financières sans une visibilité suffisante sur l’impact de la mesure et sans la garantie d’une compensation complète’’, expliquent-elles. À titre d’exemple, cette réforme représenterait pour l’AP-HP de 20 à 40 millions d’euros en plus en 2019. »

Il faut aussi compter avec les inquiétudes des organisations de patients quant aux conséquences pour les personnes handicapées hospitalisées en soins de suite et de réadaptation. Trois associations (AFM-Téléthon, APF France handicap et France Assos santé) ont ainsi alerté Agnès Buzyn et Sophie Cluzel, nouvelle  secrétaire d’État aux Personnes handicapées. Inquiétude également chez France Rein, qui rappelle que 43.000 patients dialysés doivent se rendre trois fois par semaine dans un centre spécialisé.

Toutes ces inquiétudes furent d’emblée rejetées par la ministre des Solidarités et de la Santé. «J’ai été très vigilante à ne pas favoriser l’ubérisation et à protéger, contrairement à ce qu’ils peuvent penser , leur profession » a assuré la ministre à l’attention des ambulanciers, invitée  de l’émission Audition publique (Le Figaro/LCP/Public Sénat/AFP). (…) « Ce n’est pas de l’ubérisation, c’est de la rationalisation.»

C’était il y a un mois. La colère, alors, commençait à monte sur la hausse des prix des carburants à la pompe et que les Gilets Jaunes commençaient à émerger. Agnès Buzyn, alors, dénonçait une «instrumentalisation» : «Je n’entends pas beaucoup les Verts et les anciens du PS, qui prônaient plus d’écologie » accusait-elle. Et de rappeler que « la taxation de l’essence et du diesel est la seule façon de réduire la pollution ».

La ministre des Solidarités ignorait qu’un mois plus tard le monde aurait changé.

A demain

@jynau

L’affaire Lactalis devient politique. Emmanuel Macron réclame des «sanctions». Contre qui ? 

Bonjour

C’est fait : l’affaire Lactalis s’est structurée en feuilleton. Et le feuilleton prend subitement aujourd’hui une dimension politique. Seule absente des ondes, pour l’heure, la ministre de la Santé. Jeudi 11 janvier : après le mea culpa de Michel-Edouard Leclerc et tous ceux qui ont suivi  le gouvernement ne pouvait plus garder le silence. C’est Bruno Le Maire qui est monté en ligne : il a annoncé, devant la presse, avoir convoqué, le soir même, les géants de la grande distribution ; chez lui : à Bercy.  Le ministre de l’Economie aimerait comprendre pourquoi son arrêté du  9 décembre (demandant la suspension de la commercialisation des laits infantiles et le rappel de 600 lots) n’a pas été (pleinement) appliqué. Mieux M. Le Maire qualifie de « défaillante » la direction de Lactalis – premier géant mondial des produits laitiers.

« L’affaire Lactalis est grave et a donné lieu à des comportements inacceptables qui devront être sanctionnés,  tonne le ministre qui aime faire preuve d’autorité. L’Etat s’est substitué à une entreprise défaillante, dont je rappelle qu’elle est la seule responsable de la qualité et de la sécurité des produits mis sur le marché. »

Affaire pleinement politique et au plus haut niveau. Depuis Rome Emmanuel Macron a, de son côté, assuré que « des sanctions » seraient « prises », s’il s’était avéré que « des pratiques inacceptables » avaient été commises. « Oui, l’Etat français est en mesure d’assurer la sécurité alimentaire », a affirmé le président de la République.

Affairement dans les gondoles et les officines

 Coi jusqu’ici ,Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, commence a donner de la voix. Il en vient soudain à parler d’un « dysfonctionnement majeur » dans les procédures de rappel des boîtes de lait potentiellement contaminées. Il a appelé les opérateurs, « les industriels, les intermédiaires, les distributeurs », à faire « toute la lumière sur les défaillances qui ont été constatées et [à ce qu’ils] s’assurent que plus aucun des produits concernés n’est sur le marché et ne se trouve dans les magasins ».

M. Travers a ajouté que les services vétérinaires seraient « particulièrement vigilants sur les conditions de reprise de l’activité du site »de Lactalis à Craon. Se gardant bien d’évoquer les failles passées des mêmes services révélées à deux reprises par Le Canard Enchaîné. Voilà un ministre bien fragilisé.

Affaire politique et affairement dans les gondoles et les pharmacies d’officine : 2 500 contrôles supplémentaires de la répression des fraudes (DGCCRF) sont prévus la semaine prochaine dans les différents points de vente. Et ensuite ? Geoffroy Didier, secrétaire général délégué des Républicains, et Clémentine Autain, députée La France insoumise, se sont tous deux prononcés en faveur de la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Lactalis.

« Je trouve proprement scandaleux le fait que des laits infantiles qui aient fait l’objet de rappel soient malgré tout vendus en grande distribution, a réagi M. Didier sur Public Sénat . Je crois que les excuses commerciales de la part de certains groupes de grande distribution (…) ne suffiront absolument pas et qu’il faudrait qu’une commission d’enquête parlementaire soit créée, et que les responsabilités soient non seulement prononcées mais aussi exercées, c’est-à-dire avec des sanctions exemplaires. »

Affaire politique et économique : le géant Lactalis, toujours muet quant à ses responsabilités, vient de faire savoir qu’il plaçait en chômage partiel 250 salariés de son usine de Craon, dans le beau département de la Mayenne.

A demain

 

Déserts et honoraires : interdit d’égratigner les hauts magistrats de la Cour des comptes

 

Bonjour

Démocratie ou pas interdiction d’égratigner, dans les médias, les hauts magistrats – à commencer par ceux de la Cour des Comptes. Jadis ces derniers gardaient le silence- aujourd’hui ils ne redoutent plus de descendre dans les arènes médiatiques. Ainsi cette étrange précision adressée par voie de presse : « Des parties prenantes ont contesté publiquement les chiffres étayant les constats de la Cour des comptes dans son récent rapport sur l’avenir de l’assurance maladie.  La Cour confirme la validité de ses constats, tant sur la répartition déséquilibrée des professions de santé sur le territoire que sur la faible efficacité des mesures prises pour contenir l’augmentation significative du niveau des dépassements d’honoraires. »

Il est vrai que certaines des parties prenantes ne furent pas très tendres. On peut voir ici (Public Sénat) les explications des magistrats et quelques réactions médicales. « Un exil forcé pour les jeunes généralistes bientôt au programme ? C’est ce que préconise la Cour des Comptes pour régler le problème des déserts médicaux, rappela-t-on sur RTL Un rapport du mercredi 29 novembre pointe « le manque d’efforts » des généralistes. Les sages proposent que les jeunes médecins diplômés soient obligés d’exercer hors de chez eux pour une durée de deux ans avant de pouvoir s’installer en libéral, là où ils le souhaitent. Yannick Schmidt, vice-président de ReAgjir (syndicat des jeunes généralistes) s’en est scandalisé au micro de RTL: « Le médecin a dix ans d’études derrière lui, il a déjà fondé une famille, il s’est installé à un endroit, et on va le déraciner pour revenir deux ans après. On marche sur la tête ». »

« ‘’Vieilles recettes éculées’’, ‘’solutions de facilité’’, « déconnectées de la réalité’’… À peine dévoilé, le rapport de la Cour des comptes sur l’avenir de l’assurance maladie a soulevé sans surprise un tollé du côté des syndicats de médecins libéraux. Aucune proposition de régulation ne trouve grâce aux yeux de la CSMF, du SML et de la FMF, observait Le Quotidien du Médecin. Tous dénoncent le conventionnement sélectif préconisé par la rue Cambon. Cette solution, qui resurgit périodiquement, est vouée à l’échec car elle découragerait les jeunes à s’installer en libéral et favoriserait l’installation de médecins non conventionnés, font valoir les syndicats. »

Au-delà des limites

Et les hauts magistrats de la rue richissime Cambon d’enfoncer leur clou d’argent :

« La Cour maintient que l’offre de soins varie de un à huit pour certaines professions de santé, sans considération des besoins des populations. S’agissant plus particulièrement de l’efficacité des dépenses engagées pour limiter les dépassements, elle réaffirme que le taux moyen des dépassements d’honoraires est passé de 23 % en 1985 à 56 % en 2013, avant de redescendre à 53,3 % en 2015. »

La Cour rappelle en outre que ses procédures, notamment la collégialité de ses observations et la contradiction avec les organismes contrôlés, et ses méthodes de travail, constantes et éprouvées, « la mettent à l’abri de tout parti pris et garantissent la fiabilité de ses observations ». En d’autres termes la Cour des Comptes ne saurait être objet de critiques. Ce qu’elle dit encore sous une autre forme :

« En l’espèce, par ses constats et ses recommandations, la Cour des comptes se veut d’abord utile aux patients, en direction desquels le système de santé qu’ils financent devrait être organisé, ainsi qu’à l’intérêt général, qui ne peut se résumer à la somme des intérêts particuliers des différentes parties prenantes. Elle constate que les outils de régulation du système de santé ont atteint leurs limites et ne permettront pas de faire face aux enjeux liés au vieillissement démographique. Elle rappelle que l’enjeu de l’égal accès aux soins de tous dépasse la défense d’intérêts catégoriels, quelque légitimes qu’ils puissent être. »

Dont acte.

A demain

Fin du tabac au cinéma : Agnès Buzyn dit n’avoir jamais dit ce que tout le monde avait compris

Bonjour

Ce matin une question, sur ce blog : « Censurer le tabac au cinéma : quand la ministre Agnès Buzyn saisira-t-elle qu’elle se fourvoie ? ».  Et cet après-midi la réponse livrée gratuitement par Le Figaro : « Tabac au cinéma : Buzyn dit n’avoir jamais évoqué son interdiction ».

Rembobinons-donc. C’était il y a quelques jours au Sénat (voir la vidéo de Public Sénat) ; la parole est à  Nadine Grelet-Certenais(PS, Sarthe), sénatrice depuis quelques jours :

« Il faut aller au-delà du porte-monnaie (…) en s’intéressant notamment aux incitations culturelles à fumer. Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude que 70 % des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer.

« Ça participe peu ou prou à banaliser l’usage, si ce n’est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment. Des solutions doivent être envisagées pour mener une véritable politique de prévention prenant en compte cette sorte de publicité détournée pour la consommation de tabac ».

Réponse d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Le deuxième plan [national de réduction du tabagisme] va travailler sur le marketing social, sur les réseaux sociaux, à la dénormalisation de l’image du tabac dans la société, notamment vis-à-vis des jeunes. Et je rejoins totalement ce qu’a dit Madame la sénatrice sur le cinéma français. Je veux qu’on ait une action ferme là-dessus. Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français. Il se trouve que j’en ai parlé au conseil des ministres ce matin à Françoise Nyssen [ministre de la Culture] pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens. »

Liberté et responsabilités

Suivit une polémique qui ne cesse d’enfler dénonçant pour l’essentiel les propos ministériels. Aujourd’hui 21 novembre, sur Twitter, la ministre  tente de calmer le jeu. Elle affirme n’avoir jamais envisagé l’interdiction de la cigarette dans les films français. « Elle souhaite prendre des mesures, mais pas de manière imminente » (sic). Selon elle la polémique «n’a pas lieu d’être». Elle assure, dans son tweet, n’avoir «jamais envisagé ni évoqué l’interdiction de la cigarette au cinéma ni dans aucune autre œuvre artistique». «La liberté de création doit être garantie» assure-t-elle désormais.

Son cabinet vient d’affirmer au Figaro qu’elle avait simplement souhaité réagir à la remarque de l’élue de la Sarthe , «se sentant particulièrement concernée au regard de sa connaissance approfondie du sujet». Et on rappelle que la ministre fut un temps présidente de l’Institut national du cancer.

Puis, quelques minutes après le message niant sa volonté d’interdire la cigarette dans les œuvres cinématographiques, Agnès Buzyn a tenu à rappeler, dans un second tweet, qu’une majorité de films contient des scènes de consommation de tabac – ce qui pose tout de même la question de «l’indépendance des réalisateurs vis-à-vis des incitations à montrer la cigarette».

«Agnès Buzyn est contre les mesures coercitives. Elle veut préserver la liberté de création des cinéastes, précise-t-on encore au cabinet de la ministre de la Santé. Mais les réalisateurs doivent aussi prendre leurs responsabilités. La France est un cas particulier dans le monde. Comment peut-on faire autant de campagnes pour inciter les Français à arrêter de fumer et avoir une industrie cinématographique dans laquelle le tabac est aussi présent ?»

Où l’on comprend que personne n’avait compris ce que la ministre avait bel et bien dit. Et que chacun et libre de créer tout en ayant intérêt à savoir prendre ses responsabilités.

A demain

 

Agnès Buzyn ne comprend pas l’importance qu’a le tabac dans le cinéma français. Pourquoi ?

Bonjour

Faire effacer ce qu’ils ne sauraient voir. Cela vaut pour le tabac comme pour les fresques obscènes des internats hospitaliers. C’était il y a quelques jours au Sénat (voir la vidéo de Public Sénat) ; la parole est à  Nadine Grelet-Certenais (PS, Sarthe), sénatrice depuis quelques jours :

« Il faut aller au-delà du porte-monnaie (…) en s’intéressant notamment aux incitations culturelles à fumer. Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude [.datant de … 2012- 1que 70 % des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer.

« Ça participe peu ou prou à banaliser l’usage, si ce n’est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment. Des solutions doivent être envisagées pour mener une véritable politique de prévention prenant en compte cette sorte de publicité détournée pour la consommation de tabac ».

Réponse d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Le deuxième plan [national de réduction du tabagisme] va travailler sur le marketing social, sur les réseaux sociaux, à la dénormalisation de l’image du tabac dans la société, notamment vis-à-vis des jeunes. Et je rejoins totalement ce qu’a dit Madame la sénatrice sur le cinéma français. Je veux qu’on ait une action ferme là-dessus. Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français. Il se trouve que j’en ai parlé au conseil des ministres ce matin à Françoise Nyssen [ministre de la Culture] pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens. »

Les alcools et les tabacs de Gainsbourg

Public Sénat ajoute que, selon la ministre, d’autres mesures seront prises comme des « mesures d’interdiction de fumer devant les écoles et lycées », ainsi que des actions  visant des « publics-cibles » : les chômeurs qui fument à 50% et les « femmes enceintes françaises, qui fument beaucoup trop ».

« Interdire la cigarette à l’écran ? L’idée de la ministre de la santé fait tousser de rire le milieu » rapporte 20 Minutes. Et sur Europe 1 le philosophe Raphaël Enthoven est d’une violence rare contre la ministre de la Santé en particulier, le pouvoir exécutif en général.

On se souvient, pour résumer, du refus par la RATP de l’affiche d’un film sur Coco Chanel (cigarette dans les mains d’Audrey Tautou), de la pipe de Jacques Tati, des tabacs et des alcools de Serge Gainsbourg.

Où l’on retrouve la même dynamique de l’effacement des images par le pouvoir, la même confusion de l’effet et de la cause. Sans oublier le débat éternel sur la liberté de création artistique et la réalité des innombrables effets de ces créations. Un sujet sur lequel les spécialistes d’addictologie pourraient, peut-être, avoir quelques avis.

A demain

1 Cette étude avait été révélée par Le Figaro à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac de 2012. La Ligue avait alors fait visionner les 180 films français ayant comptabilisé le plus grand nombre d’entrées entre 2005 et 2010. Elle dénonçait «la trop forte présence du tabac sur les écrans» et demandait une prise de conscience du monde du 7e art.

« Sur la période étudiée par l’Institut Ipsos, 80% des films contiennent au moins une scène de tabagisme et 30% plus de dix, précisait Le Figaro. En moyenne, le tabac s’impose pendant 2,4 minutes par long-métrage, ce qui équivaut à la durée de cinq publicités. Jugé atypique, Gainsbourg, vie héroïque , qui cumule 43 minutes de tabagisme, a été exclu du calcul. C’est de loin le film où l’on fume le plus depuis 2005. Viennent ensuite Un prophète Coco avant Chanel et Les Petits Mouchoirs . Les marques sont moins visibles que par le passé, mais elles figurent dans certains films, comme Incontrôlable de Raffy Shart où Philip Morris apparaît à neuf reprises. Marlboro reste la plus représentée. »

En France, le « placement de tabac » est interdit par la loi Évin. La seule action en justice engagée en 2012 concernait le film Cliente, réalisé par Josiane Balasko, où la marque Malboro Light apparaît dans neuf séquences, mais aussi dans le générique. La Ligue contre le cancer espèrait alors que le Centre national de cinéma se saisirait de cette question. Selon le Pr Albert Hirsch, «tout en respectant la liberté de création, on pourrait envisager des messages d’avertissement, voire une interdiction aux moins de 18 ans des films où le tabac est omniprésent».