L’affaire Lactalis devient politique. Emmanuel Macron réclame des «sanctions». Contre qui ? 

Bonjour

C’est fait : l’affaire Lactalis s’est structurée en feuilleton. Et le feuilleton prend subitement aujourd’hui une dimension politique. Seule absente des ondes, pour l’heure, la ministre de la Santé. Jeudi 11 janvier : après le mea culpa de Michel-Edouard Leclerc et tous ceux qui ont suivi  le gouvernement ne pouvait plus garder le silence. C’est Bruno Le Maire qui est monté en ligne : il a annoncé, devant la presse, avoir convoqué, le soir même, les géants de la grande distribution ; chez lui : à Bercy.  Le ministre de l’Economie aimerait comprendre pourquoi son arrêté du  9 décembre (demandant la suspension de la commercialisation des laits infantiles et le rappel de 600 lots) n’a pas été (pleinement) appliqué. Mieux M. Le Maire qualifie de « défaillante » la direction de Lactalis – premier géant mondial des produits laitiers.

« L’affaire Lactalis est grave et a donné lieu à des comportements inacceptables qui devront être sanctionnés,  tonne le ministre qui aime faire preuve d’autorité. L’Etat s’est substitué à une entreprise défaillante, dont je rappelle qu’elle est la seule responsable de la qualité et de la sécurité des produits mis sur le marché. »

Affaire pleinement politique et au plus haut niveau. Depuis Rome Emmanuel Macron a, de son côté, assuré que « des sanctions » seraient « prises », s’il s’était avéré que « des pratiques inacceptables » avaient été commises. « Oui, l’Etat français est en mesure d’assurer la sécurité alimentaire », a affirmé le président de la République.

Affairement dans les gondoles et les officines

 Coi jusqu’ici ,Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, commence a donner de la voix. Il en vient soudain à parler d’un « dysfonctionnement majeur » dans les procédures de rappel des boîtes de lait potentiellement contaminées. Il a appelé les opérateurs, « les industriels, les intermédiaires, les distributeurs », à faire « toute la lumière sur les défaillances qui ont été constatées et [à ce qu’ils] s’assurent que plus aucun des produits concernés n’est sur le marché et ne se trouve dans les magasins ».

M. Travers a ajouté que les services vétérinaires seraient « particulièrement vigilants sur les conditions de reprise de l’activité du site »de Lactalis à Craon. Se gardant bien d’évoquer les failles passées des mêmes services révélées à deux reprises par Le Canard Enchaîné. Voilà un ministre bien fragilisé.

Affaire politique et affairement dans les gondoles et les pharmacies d’officine : 2 500 contrôles supplémentaires de la répression des fraudes (DGCCRF) sont prévus la semaine prochaine dans les différents points de vente. Et ensuite ? Geoffroy Didier, secrétaire général délégué des Républicains, et Clémentine Autain, députée La France insoumise, se sont tous deux prononcés en faveur de la création d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Lactalis.

« Je trouve proprement scandaleux le fait que des laits infantiles qui aient fait l’objet de rappel soient malgré tout vendus en grande distribution, a réagi M. Didier sur Public Sénat . Je crois que les excuses commerciales de la part de certains groupes de grande distribution (…) ne suffiront absolument pas et qu’il faudrait qu’une commission d’enquête parlementaire soit créée, et que les responsabilités soient non seulement prononcées mais aussi exercées, c’est-à-dire avec des sanctions exemplaires. »

Affaire politique et économique : le géant Lactalis, toujours muet quant à ses responsabilités, vient de faire savoir qu’il plaçait en chômage partiel 250 salariés de son usine de Craon, dans le beau département de la Mayenne.

A demain

 

Déserts et honoraires : interdit d’égratigner les hauts magistrats de la Cour des comptes

 

Bonjour

Démocratie ou pas interdiction d’égratigner, dans les médias, les hauts magistrats – à commencer par ceux de la Cour des Comptes. Jadis ces derniers gardaient le silence- aujourd’hui ils ne redoutent plus de descendre dans les arènes médiatiques. Ainsi cette étrange précision adressée par voie de presse : « Des parties prenantes ont contesté publiquement les chiffres étayant les constats de la Cour des comptes dans son récent rapport sur l’avenir de l’assurance maladie.  La Cour confirme la validité de ses constats, tant sur la répartition déséquilibrée des professions de santé sur le territoire que sur la faible efficacité des mesures prises pour contenir l’augmentation significative du niveau des dépassements d’honoraires. »

Il est vrai que certaines des parties prenantes ne furent pas très tendres. On peut voir ici (Public Sénat) les explications des magistrats et quelques réactions médicales. « Un exil forcé pour les jeunes généralistes bientôt au programme ? C’est ce que préconise la Cour des Comptes pour régler le problème des déserts médicaux, rappela-t-on sur RTL Un rapport du mercredi 29 novembre pointe « le manque d’efforts » des généralistes. Les sages proposent que les jeunes médecins diplômés soient obligés d’exercer hors de chez eux pour une durée de deux ans avant de pouvoir s’installer en libéral, là où ils le souhaitent. Yannick Schmidt, vice-président de ReAgjir (syndicat des jeunes généralistes) s’en est scandalisé au micro de RTL: « Le médecin a dix ans d’études derrière lui, il a déjà fondé une famille, il s’est installé à un endroit, et on va le déraciner pour revenir deux ans après. On marche sur la tête ». »

« ‘’Vieilles recettes éculées’’, ‘’solutions de facilité’’, « déconnectées de la réalité’’… À peine dévoilé, le rapport de la Cour des comptes sur l’avenir de l’assurance maladie a soulevé sans surprise un tollé du côté des syndicats de médecins libéraux. Aucune proposition de régulation ne trouve grâce aux yeux de la CSMF, du SML et de la FMF, observait Le Quotidien du Médecin. Tous dénoncent le conventionnement sélectif préconisé par la rue Cambon. Cette solution, qui resurgit périodiquement, est vouée à l’échec car elle découragerait les jeunes à s’installer en libéral et favoriserait l’installation de médecins non conventionnés, font valoir les syndicats. »

Au-delà des limites

Et les hauts magistrats de la rue richissime Cambon d’enfoncer leur clou d’argent :

« La Cour maintient que l’offre de soins varie de un à huit pour certaines professions de santé, sans considération des besoins des populations. S’agissant plus particulièrement de l’efficacité des dépenses engagées pour limiter les dépassements, elle réaffirme que le taux moyen des dépassements d’honoraires est passé de 23 % en 1985 à 56 % en 2013, avant de redescendre à 53,3 % en 2015. »

La Cour rappelle en outre que ses procédures, notamment la collégialité de ses observations et la contradiction avec les organismes contrôlés, et ses méthodes de travail, constantes et éprouvées, « la mettent à l’abri de tout parti pris et garantissent la fiabilité de ses observations ». En d’autres termes la Cour des Comptes ne saurait être objet de critiques. Ce qu’elle dit encore sous une autre forme :

« En l’espèce, par ses constats et ses recommandations, la Cour des comptes se veut d’abord utile aux patients, en direction desquels le système de santé qu’ils financent devrait être organisé, ainsi qu’à l’intérêt général, qui ne peut se résumer à la somme des intérêts particuliers des différentes parties prenantes. Elle constate que les outils de régulation du système de santé ont atteint leurs limites et ne permettront pas de faire face aux enjeux liés au vieillissement démographique. Elle rappelle que l’enjeu de l’égal accès aux soins de tous dépasse la défense d’intérêts catégoriels, quelque légitimes qu’ils puissent être. »

Dont acte.

A demain

Fin du tabac au cinéma : Agnès Buzyn dit n’avoir jamais dit ce que tout le monde avait compris

Bonjour

Ce matin une question, sur ce blog : « Censurer le tabac au cinéma : quand la ministre Agnès Buzyn saisira-t-elle qu’elle se fourvoie ? ».  Et cet après-midi la réponse livrée gratuitement par Le Figaro : « Tabac au cinéma : Buzyn dit n’avoir jamais évoqué son interdiction ».

Rembobinons-donc. C’était il y a quelques jours au Sénat (voir la vidéo de Public Sénat) ; la parole est à  Nadine Grelet-Certenais(PS, Sarthe), sénatrice depuis quelques jours :

« Il faut aller au-delà du porte-monnaie (…) en s’intéressant notamment aux incitations culturelles à fumer. Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude que 70 % des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer.

« Ça participe peu ou prou à banaliser l’usage, si ce n’est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment. Des solutions doivent être envisagées pour mener une véritable politique de prévention prenant en compte cette sorte de publicité détournée pour la consommation de tabac ».

Réponse d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Le deuxième plan [national de réduction du tabagisme] va travailler sur le marketing social, sur les réseaux sociaux, à la dénormalisation de l’image du tabac dans la société, notamment vis-à-vis des jeunes. Et je rejoins totalement ce qu’a dit Madame la sénatrice sur le cinéma français. Je veux qu’on ait une action ferme là-dessus. Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français. Il se trouve que j’en ai parlé au conseil des ministres ce matin à Françoise Nyssen [ministre de la Culture] pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens. »

Liberté et responsabilités

Suivit une polémique qui ne cesse d’enfler dénonçant pour l’essentiel les propos ministériels. Aujourd’hui 21 novembre, sur Twitter, la ministre  tente de calmer le jeu. Elle affirme n’avoir jamais envisagé l’interdiction de la cigarette dans les films français. « Elle souhaite prendre des mesures, mais pas de manière imminente » (sic). Selon elle la polémique «n’a pas lieu d’être». Elle assure, dans son tweet, n’avoir «jamais envisagé ni évoqué l’interdiction de la cigarette au cinéma ni dans aucune autre œuvre artistique». «La liberté de création doit être garantie» assure-t-elle désormais.

Son cabinet vient d’affirmer au Figaro qu’elle avait simplement souhaité réagir à la remarque de l’élue de la Sarthe , «se sentant particulièrement concernée au regard de sa connaissance approfondie du sujet». Et on rappelle que la ministre fut un temps présidente de l’Institut national du cancer.

Puis, quelques minutes après le message niant sa volonté d’interdire la cigarette dans les œuvres cinématographiques, Agnès Buzyn a tenu à rappeler, dans un second tweet, qu’une majorité de films contient des scènes de consommation de tabac – ce qui pose tout de même la question de «l’indépendance des réalisateurs vis-à-vis des incitations à montrer la cigarette».

«Agnès Buzyn est contre les mesures coercitives. Elle veut préserver la liberté de création des cinéastes, précise-t-on encore au cabinet de la ministre de la Santé. Mais les réalisateurs doivent aussi prendre leurs responsabilités. La France est un cas particulier dans le monde. Comment peut-on faire autant de campagnes pour inciter les Français à arrêter de fumer et avoir une industrie cinématographique dans laquelle le tabac est aussi présent ?»

Où l’on comprend que personne n’avait compris ce que la ministre avait bel et bien dit. Et que chacun et libre de créer tout en ayant intérêt à savoir prendre ses responsabilités.

A demain

 

Agnès Buzyn ne comprend pas l’importance qu’a le tabac dans le cinéma français. Pourquoi ?

Bonjour

Faire effacer ce qu’ils ne sauraient voir. Cela vaut pour le tabac comme pour les fresques obscènes des internats hospitaliers. C’était il y a quelques jours au Sénat (voir la vidéo de Public Sénat) ; la parole est à  Nadine Grelet-Certenais (PS, Sarthe), sénatrice depuis quelques jours :

« Il faut aller au-delà du porte-monnaie (…) en s’intéressant notamment aux incitations culturelles à fumer. Je pense par exemple au cinéma qui valorise la pratique. La Ligue contre le cancer démontre dans une étude [.datant de … 2012- 1que 70 % des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer.

« Ça participe peu ou prou à banaliser l’usage, si ce n’est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment. Des solutions doivent être envisagées pour mener une véritable politique de prévention prenant en compte cette sorte de publicité détournée pour la consommation de tabac ».

Réponse d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé :

« Le deuxième plan [national de réduction du tabagisme] va travailler sur le marketing social, sur les réseaux sociaux, à la dénormalisation de l’image du tabac dans la société, notamment vis-à-vis des jeunes. Et je rejoins totalement ce qu’a dit Madame la sénatrice sur le cinéma français. Je veux qu’on ait une action ferme là-dessus. Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français. Il se trouve que j’en ai parlé au conseil des ministres ce matin à Françoise Nyssen [ministre de la Culture] pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens. »

Les alcools et les tabacs de Gainsbourg

Public Sénat ajoute que, selon la ministre, d’autres mesures seront prises comme des « mesures d’interdiction de fumer devant les écoles et lycées », ainsi que des actions  visant des « publics-cibles » : les chômeurs qui fument à 50% et les « femmes enceintes françaises, qui fument beaucoup trop ».

« Interdire la cigarette à l’écran ? L’idée de la ministre de la santé fait tousser de rire le milieu » rapporte 20 Minutes. Et sur Europe 1 le philosophe Raphaël Enthoven est d’une violence rare contre la ministre de la Santé en particulier, le pouvoir exécutif en général.

On se souvient, pour résumer, du refus par la RATP de l’affiche d’un film sur Coco Chanel (cigarette dans les mains d’Audrey Tautou), de la pipe de Jacques Tati, des tabacs et des alcools de Serge Gainsbourg.

Où l’on retrouve la même dynamique de l’effacement des images par le pouvoir, la même confusion de l’effet et de la cause. Sans oublier le débat éternel sur la liberté de création artistique et la réalité des innombrables effets de ces créations. Un sujet sur lequel les spécialistes d’addictologie pourraient, peut-être, avoir quelques avis.

A demain

1 Cette étude avait été révélée par Le Figaro à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac de 2012. La Ligue avait alors fait visionner les 180 films français ayant comptabilisé le plus grand nombre d’entrées entre 2005 et 2010. Elle dénonçait «la trop forte présence du tabac sur les écrans» et demandait une prise de conscience du monde du 7e art.

« Sur la période étudiée par l’Institut Ipsos, 80% des films contiennent au moins une scène de tabagisme et 30% plus de dix, précisait Le Figaro. En moyenne, le tabac s’impose pendant 2,4 minutes par long-métrage, ce qui équivaut à la durée de cinq publicités. Jugé atypique, Gainsbourg, vie héroïque , qui cumule 43 minutes de tabagisme, a été exclu du calcul. C’est de loin le film où l’on fume le plus depuis 2005. Viennent ensuite Un prophète Coco avant Chanel et Les Petits Mouchoirs . Les marques sont moins visibles que par le passé, mais elles figurent dans certains films, comme Incontrôlable de Raffy Shart où Philip Morris apparaît à neuf reprises. Marlboro reste la plus représentée. »

En France, le « placement de tabac » est interdit par la loi Évin. La seule action en justice engagée en 2012 concernait le film Cliente, réalisé par Josiane Balasko, où la marque Malboro Light apparaît dans neuf séquences, mais aussi dans le générique. La Ligue contre le cancer espèrait alors que le Centre national de cinéma se saisirait de cette question. Selon le Pr Albert Hirsch, «tout en respectant la liberté de création, on pourrait envisager des messages d’avertissement, voire une interdiction aux moins de 18 ans des films où le tabac est omniprésent».

 

Mais qui est Anne Beinier, conseillère «tabac et addictions» de la ministre de la Santé ?

Bonjour

Foudre de Jupiter ou pas, l’épais mystère des cabinets ministériels demeure. Aujourd’hui ils ne doivent pas (officiellement) dépasser dix conseillers. Et les notes de frais pourraient bientôt être plafonnées. « D’où surcharge de travail et de domaines à couvrir par des conseillers, certes jeunes pour la plupart, mais qui doivent avoir la santé, observe le site des buralistes français. À la Santé, justement, où la même personne cumule, au cabinet d’Agnès Buzyn, les responsabilités de conseillère parlementaire, conseillère diplomatique et chargée du lourd dossier des addictions … dont le tabac ».

Ce bourreau de travail est une jeune femme : Anne Beinier qui, poursuit le site, a occupé, auparavant, divers postes de collaboratrices auprès de parlementaires centristes et socialistes. Et les buralistes de se féliciter que Mme Beinier ait déjà pu rencontrer leurs responsables nationaux « afin de prendre connaissance de leurs arguments contre le paquet à 10 euros, pour une vraie politique de prévention ainsi qu’un grand plan de lutte contre le marché parallèle du tabac ». Quand Mme Beinier a-t-elle programmé ses rencontres avec les vapoteurs ? Avec les anti-tabac historiques ? Avec les addictologues ? Avec Bercy ?

Addictions, outre-mer, désertification, santé visuelle

Mais qui est donc Anne Beinier, en charge de mille et un dossiers dont celui qui constitue l’un des principaux sujets sanitaires du pays ? Donnant un aperçu de ses compétences (autisme, essais cliniques, intelligence…) Mme Beinier définit ainsi le champ de son action :

« Conseils stratégiques et techniques auprès de Mme la Ministre des Solidarités et de la Santé. En charge notamment de la candidature française pour accueillir l’Agence européenne des médicaments (EMA) ainsi que des relations diplomatiques et parlementaires, des addictions, de l’outre-mer (en lien avec Yann Bubien), du medico-social (en lien avec Aude Muscatelli) de la désertification médicale et de la santé visuelle (en lien avec Jacques-Olivier Dauberton). Je mène aussi une activité d’études et de publications institutionnelles, professionnelles et de recherches dans différents domaines. »

Mme Beinier fut (durant six ans et cinq mois) conseillère parlementaire à la commission des Affaires sociales du Sénat (discours, propositions de loi, questions orales, écrites, amendements, articles et interventions. Management de l’équipe parlementaire, groupe de travail (santé publique, sécurité civile…). Relation avec les élus, cabinets ministériels, lobbying, associations, fédérations, entreprises…).

Au plus fort de l’affaire dite du « PenelopeGate », alors collaboratrice parlementaire du sénateur centriste Olivier Cigolotti, elle n’avait pas craint de s’exprimer au micro de Sénat 360 pour dire la réalité de son métier à Laure-Anne Elkabbach.

Petites mains de la politique

Mme Beinier fut aussi attachée temporaire d’enseignement et de recherche (Université de Caen Normandie) et chargée de mission au Secrétariat d’Etat à la défense et aux anciens combattants (rédaction des discours ; rédaction d’articles pour la revue « Chemins de Mémoire »), assistante auprès du chef de cabinet du Directeur du Personnel de la Marine, le Vice-amiral d’escadre Olivier Lajous. Elle fut encore expert auprès de l’AERES (autorité administrative indépendante chargée de l’évaluation des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, des organismes de recherche, des unités de recherche, des formations et diplômes d’enseignement supérieur, ainsi que de la validation des procédures d’évaluation de leurs personnels). Ainsi qu’ATER auprès de l’Université du Pacifique – Nouvelle Calédonie. Et présidente de la Conférence nationale des Etudiants Vice-Présidents d’Université.

« On est un peu les petites mains de la politique, résumait-elle dans un papier de Paris-Match s’intéressant, en février dernier,  à la réalité des assistantes parlementaires (…) C’est très féminin, explique-t-elle : nous sommes 61% de femmes. Il y a beaucoup de mi-temps, avec des collaboratrices qui se partagent entre leur travail et leur vie familiale. Si certains sortent tout droit de Sciences Po ou d’un IEP, beaucoup ont une formation en lettres, en droit ou en sciences humaines. D’autres ont déjà exercé un travail auparavant et ont choisi de se réorienter. J’ai des collègues qui étaient comptables, d’autres urbanistes. Moi, j’étais professeur d’université (…) On est dans l’ombre, et il faut l’accepter. »

Accepter l’ombre, ne jamais parler, c’est, aussi, un métier.

A demain

Bioéthique : les couples lesbiens français autorisés à procréer. Uniquement à l’étranger

Bonjour

Elle ne cache pas sa joie, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes. Lundi 4 juillet, Laurence Rossignol a confirmé la peu banale promesse faite par le président de la République. C’était sur Public Sénat et concernait la PMA (à partir de 14’).

On se souvient de cette promesse faite par François Hollande aux associations LGBT. Laurence Rossignol applaudit à l’annonce présidentielle : la prochaine abrogation d’une circulaire sanctionnant les gynécologues-obstétriciens français qui « orienteraient » leurs patientes vers des centres de PMA étrangers pour y bénéficier d’une insémination artificielle avec sperme de donneur, rémunéré ou pas.

Leçon faite aux journalistes

Mme Rossignol a, à cette occasion, faits quelques commentaires énergiques et idéologiquement rafraîchissants. La ministre a notamment fait la leçon aux journalistes expliquant que l’on ne pouvait pas, ici, parler de « PMA sans père ». Pour la ministre du gouvernement socialiste, seuls les extrémistes de la « Manif pour tous » et l’ensemble des « conservateurs » usent de cette formule qui ne devrait pas être utilisée sur les ondes de Public Sénat.

La ministre fait aussi une lecture personnelle de la loi de bioéthique. Elle estime qu’en France seule la GPA est effectivement et dans tous les cas interdite. Qu’en est-il de la PMA avec insémination artificielle avec sperme de donneur (IAD) ? Mme Rossignol reconnaît qu’elle est « ouverte aux couples hétérosexuels ». Mais Mme Rossignol est « favorable à ce qu’elle soit aussi ouverte aux couples homosexuels, aux couples de lesbiennes, aux couples de femmes qui peuvent se marier et construire une famille ». Et Mme Rossignol « sait très bien que cette ambition a été  freinée par la violence des réactionnaires et des conservateurs ».

Cette violence n’étant plus, le président de la République « n’a fait que dire ce que nous pensons les uns et les autres : il n’y a aucune raison de discriminer les couples homosexuels, les couples lesbiens par rapport aux couples hétérosexuels en leur refusant l’accès à une technologie qui est ouverte aux couples hétérosexuels ». « Bien entendu il a fait cette proposition  à la demande des associations, a ajouté la ministre. C’est une proposition qui est juste par ce qu’il n’y a aucune raison de compliquer la vie [des couples lesbiens]. Et moi je souhaite à titre personnel, mais comme de nombreux membres du gouvernement et comme une grande majorité de la gauche, que cette interdiction soit levée. »

Réactionnaires violents et code pénal

En réduisant l’affaire à une vie compliquée et à la violence des réactionnaires Laurence Rossignol n’ignore pas qu’elle use d’un argumentaire vicié. Elle feint d’ignorer les fondements de la loi de bioéthique (votée en son temps par la gauche) qui de manière explicite inscrit les actes de PMA dans le champ de la thérapeutique d’une pathologie : la stérilité d’un couple constitué d’un homme et d’une femme en âge de procréer. Une loi qui, de facto exclut de l’IAD (médicalement pratiquée et remboursée à 100%) les couples composés de femmes ainsi que les femmes seules.

 C’est dans ce cadre (et au vu du développement d’un véritable marché) qu’avait été prise la circulaire qui, depuis 2013, punit de cinq ans de prison et de 75 000 euros d’amende les médecins français qui « orientent » leurs clientes homosexuelles. Virginie Combe, vice-présidente de SOS Homophobie estime que cette disposition (jamais appliquée) aurait « conduit de nombreux praticiens à refuser de suivre des patientes, les mettant médicalement en danger ». Ce qui reste à démontrer.

La DGS fort inquiète

En promettant d’abroger cette circulaire François Hollande ruine les raisons qui avaient conduit son gouvernement à prendre cette mesure. Il convient en effet de rappeler que la Direction Générale de la Santé (DGS) avait dans un courrier (révélé le 5 février 2013 par Le Parisien) adressé à l’Ordre des médecins – et transmis le 14 janvier aux responsables départementaux – que les gynécologues risquaient 75 000 euros d’amende et cinq ans de prison s’ils donnaient à leurs patientes des informations sur des cliniques étrangères dont les pratiques de PMA ne sont pas conformes à la législation française. Plus encore que de l’IAD, il s’agissait de dons d’ovocytes rémunérés à l’étranger – et ce sur la base d’une disposition du code pénal (511-9):

« Le fait d’obtenir des gamètes contre un paiement, quelle qu’en soit la forme, à l’exception du paiement des prestations assurées par les établissements effectuant la préparation et la conservation de ces gamètes, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

Est puni des mêmes peines le fait d’apporter son entremise pour favoriser l’obtention de gamètes contre un paiement, quelle qu’en soit la forme, ou de remettre à des tiers, à titre onéreux des gamètes provenant de dons. »

La DGS s’alarmait alors d’un démarchage « de plus en plus offensif » des établissements étrangers (avec de possibles cas de dichotomie). Les autorités sanitaires s’inquiétaient de dérapages lourds de conséquences pour la santé des femmes et des bébés. C’était l’Agence de biomédecine, informée par des professionnels, qui avait alors alerté le ministère de Marisol Touraine.

Même causes, mêmes effets ? La fin de la menace qui pesait sur les médecins conduira-t-elle à une reprise des activités hier tenues pour à risque – ou contraires à la loi et à l’éthique ? Quelle sera la réponse des « réactionnaires » et des « conservateurs » ?

A demain

Attentats de Paris : la métamorphose médiatique du Pr Philippe Juvin, patron des urgentistes

Bonjour

Le patron. Parmi les blouses blanches on ne voit que lui, ou presque : le Pr Philippe Juvin chef de service des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (LR). Sur toutes les chaînes et dans les éditions spéciales des journaux papiers. On le voit aussi, on l’entend, sur Public Sénat : « On empêche les gens de mourir », le témoignage bouleversant de Philippe Juvin » .

Le Journal du Dimanche ou Libération ouvrent également leurs colonnes au Pr Juvin:

« Il est 23 heures, vendredi, quand le professeur Philippe Juvin, chef du service des urgences de Pompidou, est prévenu. Il dîne dans un restaurant du Quartier latin, comme tous les vendredis soirs. «Voyant l’ampleur des attentats, en route vers mon hôpital, je me sers de Twitter pour demander à tous les médecins disponibles du XVe arrondissement de venir nous aider. Et quand j’arrive, c’est incroyable, il y a tout ce qu’il faut. Des médecins du quartier, mais aussi 17 anesthésistes réanimateurs qui sont là. Et on a pu travailler.» (…) Il est alors autour de 2 heures du matin, et la plupart viennent du Bataclan. «Je n’ai jamais vu cela, j’ai fait de la médecine de guerre, raconte Philippe Juvin. Là, d’un coup, arrivent des dizaines – peut-être 60 – blessés par balles.»

Un psychiatre, en permanence

La règle, dans ce type de situation, est claire : ne pas attendre, décider tout de suite devant chaque blessé. Faire le tri, éviter les examens inutiles, identifier ceux sur lesquels il faut intervenir au plus vite. Certains ont déjà des garrots posés. Un psychiatre est là à Pompidou, de permanence ; il reçoit les proches et les témoins de gens qui sont morts à leurs côtés. (…) «C’est tout l’hôpital qui était là, mobilisé. On n’avait aucun problème pour avoir des lits, alors que d’ordinaire, c’est impossible, note Philippe Juvin. Là, la directrice, Mme Costa, s’en occupait directement.»

(….) A l’hôpital Pompidou, il n’y a pas eu de décès. «C’est là qu’on voit combien l’hôpital sait s’adapter», lâche le professeur Juvin, impressionné par le fait que«tout a pu être digéré si vite». «Des dizaines de blessés d’un coup, vous vous rendez compte, et on a pu tous les prendre en charge au top, insiste-t-il. Le personnel a été incroyable, et dès 6 heures du matin, on a pu renvoyer des gens chez eux.»

Le professeur Juvin est allé dormir une heure, puis il est revenu. Il montre la fenêtre de son bureau, qui donne sur le vaste hall de son établissement. «Regardez la queue qui s’est formée sur près de 100 mètres. Des personnes qui viennent pour donner leur sang. » »

 Avec un peu de mémoire

Un chef de service qui reconnaît que parfois, l’hôpital « sait s’adapter »… un patron qui salue ses confrères … un urgentiste qui s’étonne  de l’existence persistance d’une solidarité médicale… Avec un peu de mémoire médiatique on conclurait à la métamorphose.

Voici comment, en février 2012, Libération (comme de nombreux titres) parlait du Pr Juvin :  « Un chef trop politique pour l’hôpital Pompidou »:

« Aujourd’hui à Paris, ce n’est plus la grippe, mais la nomination du professeur Philippe Juvin aux services des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou qui provoque une poussée de fièvre. Hier, une lettre ouverte a été adressée à la directrice générale des hôpitaux de Paris [Martin Hirsch n’était pas encore nommé] (…) Les propos sont violents : «Il ne vous a pas échappé que la nomination de Philippe Juvin à la tête du service d’accueil des urgences de l’hôpital européen Georges-Pompidou créait ce qu’il faut bien appeler un scandale dans l’institution que vous dirigez. Nous vous demandons que cesse cette situation… Monsieur Philippe Juvin exerce des mandats électifs, sans aucun rapport avec ses activités professionnelles de professeur des universités-praticien des hôpitaux.» Et les signataires de demander une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales.

Les urgences de Georges-Pompidou sont certes importantes (51 000 patients par an, près de 140 par jour), mais depuis sa création, ce service marche mal, avec des dysfonctionnements récurrents, alors que l’hôpital est supposé être le plus moderne de France. «Depuis des années, on dénonce les conditions inadmissibles de prise en charge des patients», ont raconté à Libération, à plusieurs reprises, les deux représentants des usagers au conseil d’administration de Pompidou. L’ancien chef de service étant critiqué pour son manque de capacité organisationnelle. (…)

Cumul des tâches

  «J’ai été nommé après un long processus de deux ans», rétorque, de son côté, le nouveau promu, le professeur Philippe Juvin«A l’hôpital Beaujon dont je viens, tout le monde reconnaît que le service marchait bien. Là, je me suis engagé à réduire les temps d’attente pour les patients aux urgences, et à améliorer la qualité. J’ai une feuille de route très claire. Et je ferai un bilan dans un an, dit-il, avant de concéder : Mais c’est exact, je mène à côté mes activités d’élu et de responsable politique. Mais je ne suis pas le seul dans ce cas. Chez les professeurs, c’est répandu. Reste que moi, je n’ai pas de gros secteur privé comme certains de ceux qui me dénoncent dans cet appel.»

Sur le papier, il y a, il est vrai, quelque chose d’étonnant dans le cumul de tâches de Philippe Juvin. S’il est reconnu comme un bon professionnel, l’urgentiste est également député européen, maire de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), et responsable des questions de santé à l’UMP [‘’Les Républicains’’ n’était pas né]. Bref, un emploi du temps bien chargé. «Il faut savoir s’organiser», répète-t-il. »

C’était en février 2012. Qui pouvait alors imaginer ce à quoi seraient, une nuit de novembre 2015, confrontés les urgences et les blocs des grands hôpitaux de Paris ?

 A demain