Les médecins n’aiment pas l’Etat. Vous plairait-il de savoir pourquoi ?

La visite médicale va passer à 56 euros ! C’est du moins le souhait du syndicat MG France. « 56 euros ?  C’est encore moins cher que la visite du plombier qui est à 75 euros, surenchérit un commentateur du Quotidien du médecin. Ce syndicat prône toujours la paupérisation médicale ! »

 A nouveau les plaintes éternelles du médecin français. Médecin malaimé, incompris, méprisé. Et surtout mal rémunéré. D’où vient l’abcès ?  C’est bien simple : tout commence avec le « Docteur » Charles Bovary. C’est Didier Tabuteau qui vous le dit. Voici l’histoire.

Un médecin peut ne pas connaître Didier Tabuteau, 55 ans. Qu’il soit rassuré : Didier Tabuteau le connaît. Inconnu du grand public c’est l’un des connaisseurs les plus affûtés des rouages de ce complexe industriel atome-gaz-charbon qu’est devenu le « système de santé français ».  L’homme a tout fait pour cela. On le verra ici. Et s’il ne s’était pas promis de faire une croix sur la politique (en exercice) ce conseiller d’Etat serait aujourd’hui ministre. Rien n’est d’ailleurs encore définitivement écrit.

Disséquer l’abcès

On ne parlerait pas, ici et maintenant,  de ce brillant élève de la République s’il n’avait écrit un (nouveau) livre 1. Un livre plus grand public qu’à l’accoutumée. Un livre savant pourtant. Un précis historique d’anatomopathologie. Ce conseiller d’Etat entreprend de disséquer ce qui ne va pas entre ce même Etat et ce corps médical français qui lui demeure éternellement rétif alors même qu’il lui doit beaucoup. A commencer par une formation professionnelle gratuite (sujet à ne jamais aborder en public).

Sans doute ne parlerions-nous pas aujourd’hui du responsable de la chaire « santé » de Sciences Po, professeur associé et codirecteur de l’institut « Droit et Santé » (Université Paris Descartes), rédacteur en chef de la revue « Les tribunes de la santé, SEVE » si le quotidien Libération ne lui accordait pas une double page à l’entrée du week-end.  Et sans soute ne parlerions-nous pas de lui si nous ne l’avions vu et entendu, il y a quelques semaines, charmer un auditoire assez âgé et peu rompu au contenu du livre qu’il venait promouvoir.

Flaubert, Tours et la pastorale

C’était un soir d’automne dans un amphithéâtre du la faculté de médecine François-Rabelais de Tours, à deux pas du CHU Bretonneau, un enfant de la ville. Tous les auteurs à succès ont leur marotte. Celle de Didier Tabuteau a un nom : Bovary. Moins Emma que Charles. On a beau chérir Flaubert et la Normandie on se souvient mal de Charles. Officier de santé de campagne, ayant bien du mal avec les femmes. Pas de hasard : il fait la connaissance lors d’une « tournée »  (on ne disait pas encore « visite ») de celle qui, bientôt, le trompera. On connaît la suite, les célèbres pulsions d’Emma, le pharmacien progressiste et athée (oui, il en existait, alors), le curé éternel, le clerc du notaire, le noble libertin … Bref  la vie à Yonville-l’Abbaye un siècle avant le Débarquement.

Affaires d’alcôve, affaire d’Etat

Emma cède à répétition. Ses deux amants se lassent. Emma se suicide à l’arsenic officinal. Charles ne luis survit guère. C’est Charles qui intéresse le conseiller Tabuteau. Il l’avait dit à Tours, invité d’une pastorale. Il le redit dans Libération. Charles Bovary l’officier de santé, ce sous-médecin qui, à ce titre, ne peut satisfaire sa femme. Les affaires d’alcôve ont parfois d’étranges raisons et de redoutables conséquences. De ce point de vue Charles Bovary est l’incarnation de l’incompréhension entre l’Etat et le corps médical français. Lui dont les membres soignent des particuliers mais sont désormais directement ou pas rémunéré par la collectivité. Des salariés déguisés. Ce qu’une large majorité se refuse à entendre.

Datation du malaise 

Didier Tabuteau :

« Tout commence avec la création des officiers de santé, lors de la Révolution française, par un décret-loi de 1793. Ce conflit va durer un siècle. La Révolution française, avec la révolution intellectuelle qui se produit, forge le concept des droits sociaux en affirmant que les secours publics sont une «dette sacrée» : la nation a une dette envers les citoyens les plus défavorisés. Il ne s’agit plus de charité. Dans ces nouveaux droits pour tous, il y a bien sûr le droit de se nourrir, de travailler, mais aussi le droit d’être soigné. Il faut donc des médecins. Or les médecins, ce sont des docteurs en médecine. Ils sont peu nombreux, concentrés dans les grandes villes. Face à l’impossibilité d’en former rapidement, on va créer des officiers de santé pour répondre à cette exigence de soins pour tous. »

Et alors ?

«  Un décret-loi crée des officiers de santé qui ont vocation à devenir l’ossature des services de santé, constitués auprès des agences de secours. L’impact de la création de ces officiers est considérable, car elle intervient au moment où se dessine le système de santé de la France moderne. En 1847, les médecins étaient à 41% des officiers de santé. Charles Bovary en reste le symbole ! Les docteurs en médecine, eux, se sont rebellés, redoutant la concurrence déloyale de ces officiers, médecins au petit pied, aux compétences limitées et aux exigences tarifaires moindres. »

« Ce conflit a permis l’émergence précoce d’une organisation professionnelle puissante et familière du pouvoir : le syndicalisme. Par son intermédiaire, le corps médical va se mobiliser, se battre contre toute velléité de régulation administrative. Mieux encore, il va se retrouver en première ligne, prenant directement en charge l’organisation sanitaire du pays. L’identité collective du corps médical va se construire et se nourrir de cette opposition à l’intervention publique. De fait, l’Etat se retire : en s’abstenant de légiférer, il va laisser la structuration du système de santé à l’initiative des seuls professionnels. »

L’âge du (futur) capitaine

Tout est là, comme un ver médical dans le fruit républicain. C’est un roman familial collectif qui n’en finit pas. Et c’est cette opposition entre le corps médical et l’Etat (les pouvoirs publics au sens large, dont la pieuvre Sécurité Sociale) qui fait que quoiqu’on puisse claironner notre système de santé est loin d’être aussi brillant qu’il pourrait l’être. Au cœur du modèle médical à la française un malentendu qui reste à purger.

Et maintenant, en 2014 ? « La méfiance reste inscrite dans les inconscients, mais la donne change avec la baisse de la démographie médicale, les besoins de coordination des parcours de santé, l’émergence des associations de patients… Les médecins savent qu’ils sont désormais dans un paquebot qui a besoin d’un capitaine ! » Le conseiller d’Etat Tabuteau ne nous dit pas l’âge requis pour ce capitaine. Rien ne dit qu’il ne le connaît pas.

 1 Tabuteau D. Démocratie sanitaire, les nouveaux défis de santé publique. Editions Odile Jacob, 2013.

VIH, VHB, VHC : vers la fin des interdits de thanatopraxie

C’est fait, ou presque : le Haut Conseil de la santé publique (HSCP) ne s’oppose plus aux « soins des corps » après la mort des personnes infectées par les virus du sida et des principales hépatites. A condition de prendre une série de strictes précautions d’hygiène. On voit mal désormais Marisol Touraine faire obstacle à une mesure réclamée  par le milieu associatif et le Conseil national du sida. Quoique spectaculaire le sujet n’avait jusqu’ici été que fort peu traité par les médias. Pourquoi ?    

C’est un évènement. Du moins un évènement dans la gestion collective, faite depuis bientôt trente ans,  des risques inhérents à trois virus à fort potentiel médiatique. L’information vient d’être rendue publique, via le site du HCSP : cette institution se dit désormais « favorable sous conditions » aux soins de thanatopraxie pour les personnes décédées et que l’on savait infectées par les virus du sida et/ou des hépatites B et C. Cet avis très détaillé est assorti d’un rapport.  Le HCSP préconise notamment que «les actes soient réalisés exclusivement dans des locaux dédiés, spécifiques, et dans des conditions qui permettent de réduire les risques». Ceci exclut, entre autres lieux, le domicile des personnes décédées et certaines maisons de retraite. Les soins de thanatopraxie ont notamment pour but de suspendre (pour une durée de deux à trois semaines, à température ambiante) le processus de décomposition. Ils offrent ainsi la possibilité de retarder une inhumation.

Différentes associations (Act Up, Aides, Élus locaux contre le sida, UNALS, Sidaction, SOS hépatites) réclamaient cette mesure de longue date, de même que le Conseil national du sida (CNS).  Il y a précisément un an l’affaire était encore loin d’être acquise. L’interdiction était ici fondée sur un avis du HCSP datant de 2009 :

« Dans un contexte où le risque d’accidents d’exposition liée au sang et aux liquides biologiques n’est pas négligeable (drainage veineux, évacuation des liquides et des gaz), la thanatopraxie, contrairement à des pratiques réalisées en milieu médical, ne permet pas aujourd’hui de respecter les règles d’hygiène universelles ».

En janvier 2012 la Direction générale de la santé estimait déjà qu’il était possible d’autoriser les actes de conservation invasive des corps des personnes atteintes de pathologies infectieuses  (comme  l’infection à VIH) à condition toutefois de mieux encadrer ces pratiques et de développer les règles d’hygiène et de précaution universelles. Une conclusion qui ne satisfait pas alors les associations qui persistent à demander la levée immédiate de l’interdiction.

« Les associations  de lutte contre le VIH et le Conseil national du sida l’avaient souhaité. La réunion a bien eu lieu au ministère de la santé en présence des représentants des associations de lutte contre le VIH, des associations de lutte contre les hépatites, du Conseil national du Sida, des médecins légistes, des thanatopracteurs, du Conseil National des opérations funéraires (CNOF), des experts du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) et des représentants du ministère chargé de l’Intérieur (DGCL) et de la Direction générale du travail, rapportait le 13 janvier 2012 Le Quotidien du médecin sous la signature du Dr Lydia Archimède.  L’objectif pour eux était d’échanger sur le projet d’arrêté ministériel fixant les listes des infections transmissibles qui interdisent la réalisation de certaines opérations funéraires. (…) Les soins de conservation du corps qui, contrairement aux soins esthétiques mortuaires de restauration et de maquillage pour lesquels aucune interdiction ne s’applique, sont des actes potentiellement à risque qui ne peuvent être pratiqués que par des thanatopracteurs. »

Actes invasifs et produits cancérigènes

Le Conseil national du sida se félicitait alors  de l’évolution des pouvoirs publics qui admettent le principe des soins de conservation sur les personnes décédées quelle que soit la pathologie, y compris en cas d’infection par le VIH et se félicitent de l’engagement pris pour garantir et renforcer les précautions universelles. Dans son avis de mars 2009, ce Conseil estimait déjà  « qu’aucun argument scientifique ne peut justifier une interdiction fondée sur le statut sérologique avéré ou supposé de la personne défunte, dès lors que des précautions universelles sont suivies ». Tout corps de personne décédée étant selon lui une source potentielle de contamination, une telle interdiction offrait par ailleurs « une sécurité illusoire aux personnels des opérations funéraires fortement exposées ». Les associations avaient quant à elles  claqué la porte du ministère avant même la fin de cette réunion. La DGS et la Direction générale du travail avaient alors une nouvelle fois saisi le HCSP.

Fort du nouvel avis de ce dernier et des précautions qu’il renferme on voit mal Marisol Touraine,  ministre de la Santé s’opposer à cette recommandation. Il s’agit ici de lever l’interdiction des soins de thanatopraxie pour les personnes décédées d’une des pathologies infectieuses mentionnées dans l’arrêté du 20 juillet 1998 (maladies contagieuses portant interdiction de certaines opérations funéraires, parmi lesquelles le VIH et les hépatites virales). Dans son rapport et son avis, le HCSP rappelle que les soins de thanatopraxie sont des actes invasifs, nécessitant l’utilisation de produits toxiques voire cancérogènes. Quelles que soient les conditions dans lesquels ils sont réalisés, ils génèrent des risques pour le thanatopracteur.

Aussi l’objectif du HCSP est-il bien aujourd’hui de proposer un encadrement des conditions de travail des thanatopracteurs tel que ces risques soient réduits à un niveau aussi faible que possible. Il pose d’autres conditions, préalables à cette levée d’interdiction des soins de corps en cas de maladies contagieuses connues.  Ainsi les thanatopracteurs devront-ils être «correctement formés à l’hygiène et à la sécurité» et les familles «clairement informées des soins proposés» qui sont en réalité des soins de conservation. Les mesures de précaution dites «standard» doivent être appliquées à tous défunts, ne serait-ce qu’en raison de la fréquente méconnaissance par les sujets et leur médecin de l’infection par de nombreux agents biologiques.

L’heure venue de vacciner les thanatopracteurs

Du point de vue de la santé publique l’affaire ne saurait-être sous estimée. On estime ainsi qu’environ 90 000, 155 000 et 29 000 sujets sont aujourd’hui en France des porteurs chroniques méconnus respectivement du virus de l’hépatite C (VHC), du virus de l’hépatite B (VHB) et du VIH. Le Haut Conseil recommande également de vacciner systématiquement contre l’hépatite B tous les thanatopracteurs. Ce n’était donc étrangement pas le cas. Il demande aussi  qu’ils bénéficient tous d’un suivi médical (même remarque). Il suggère en outre de chercher à remplacer le formaldéhyde utilisé par un produit non cancérogène.

Toujours selon le HCSP de tels soins de conservation sont en augmentation en France : environ 200 000 actes environ par an en France. Ils sont réalisés par environ 1 000 thanatopracteurs, dont près de la moitié sont des indépendants, ne bénéficiant donc pas d’un suivi en médecine du travail. Il n’existe toutefois pas de statistique nationale fiable sur le nombre de thanatopracteurs et le nombre réel d’actes réalisés. Où il est ainsi une nouvelle démontré que le faible intérêt de la puissance publique dans sa dimension sanitaire pour de telles activités. Où l’on observe aussi que ce sujet, quoique spectaculaire et mobilisant le milieu associatif  n’a jusqu’ici guère suscité l’intérêt des médias. Pourquoi ?

Ceci est d’autant plus surprenant quand on se souvient que les médias d’information générale ont étroitement accompagnés (parfois de manière intestine et passionnée) la gestion collective, faite depuis bientôt trente ans,  des risques inhérents à ces trois virus ; soit par ordre décroissant le VIH, le VHB et le VHC.

 

 

Médiator : des prescripteurs pourraient très bientôt devenir des payeurs

 Rebondissement. Une première salve sur le site du Quotidien du Médecin. Puis une réponse en demi-teinte dans une dépêche de l’Agence France Presse. Les oreilles de quelques (centaines de) médecins français pourraient bientôt commencer à siffler.

Nous étions en mai 2011. Et Xavier Bertrand était ministre de la Santé. L’affaire du Médiator battait son plein et le ministre était formel : les médecins prescripteurs de la spécialité des Laboratoires Servier ne paieraient  pas dans l’affaire du Mediator.  « Mettre sur un même plan Servier et les médecins, c’est n’importe quoi ; c’est ahurissant, déclarait alors sans nuances excessives le ministre de la Santé. Il remettait les pendules à l’heure et dénonçait les affirmations  que l’on venant de découvrir dans Le Figaro. Citant une source anonyme ce quotidien assurait que dans cette affaire les indemnisations des victimes seraient versées  soit par les Laboratoires Servier  soit par les (très nombreux) médecins qui avaient prescrit le Mediator hors des indications officiellement reconnues de cette spécialité anorexigène réservée à des cas bien spécifiques concernant des personnes diabétiques.

« Je trouve  particulièrement scandaleux que l’on cherche des boucs émissaires dans cette affaire à travers les médecins prescripteurs » avait déclaré sur Europe 1 le Dr Claude Leicher, président de MG France, premier syndicat des généralistes. Le Dr Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), premier syndicat des médecins libéraux qualifiait quant à lui de « complètement grotesque » cette « accusation directe des médecins ».

Tout ignorer de la dangerosité

« Scandaleux » ? « Grotesque » ? Nous sommes en décembre 2012 et Xavier Bertrand n’est plus ministre de la Santé. « Certains médecins qui ont prescrit du Mediator se voient aujourd’hui sommés de rendre des comptes, écrit Delphine Chardon dans Le Quotidien du Médecin.  Le collège d’experts, dont les avis commencent à tomber, a jugé l’un d’entre eux responsable au même titre que Servier. Avocats et assureurs organisent la riposte : aux médecins de prouver qu’ils ignoraient tout de la dangerosité du benfluorex lorsqu’ils l’ont prescrit. En cas de hors AMM, la défense s’annonce plus délicate. »

L’affaire est depuis septembre 2011 entre les mains de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) qui a reçu environ 7 500 demandes.  Dans les colonnes du Quotidien du Médecin Érik Rance, le directeur de l’Oniam dit précisément de quoi il retourne : « Le collège d’experts peut signifier à un médecin qu’une partie de l’indemnisation lui est imputable. Chaque dossier est examiné au cas par cas. Le débat porte sur l’information dont disposait le médecin, sa formation, et la nature de sa prescription (indication respectée ou hors AMM, prescription initiale ou renouvellement). À charge pour l’assureur du professionnel d’indemniser la part qui lui revient. S’il ne fait pas d’offre dans les trois mois, la victime pourra se retourner vers l’Oniam qui pourra se substituer à l’assureur et se retourner ensuite contre ce dernier ».

Aujourd’hui huit dossiers sur dix sont rejetés. Reste que lorsque l’imputabilité est établie, certains médecins devront partager la note avec Servier. Le cas s’est déjà présenté. Dans un projet de rapport d’expertise que s’est procuré Le Quotidien le collège d’experts conclut à une responsabilité partagée, à hauteur de 75 % pour le fabricant et de 25 % pour le généraliste prescripteur. La patiente de ce dernier  (trois années sous Mediator) souffre aujourd’hui d’insuffisance aortique. Une atteinte « en lien direct et certain avec la prise de benfluorex », estiment les experts. Et ces derniers visent directement le médecin prescripteur : « Le traitement par Mediator n’était pas conforme à l’autorisation de mise sur le marché de ce produit puisque Madame X ne présentait pas d’état pré-diabétique ».

Un autre rapport d’expertise, définitif celui-là, conclut qu’un médecin spécialiste d’endocrinologie doit indemniser 10 % du préjudice. La patiente est atteinte d’une valvulopathie aortique modérée (de grade 2),  déficit fonctionnel « imputable » au benfluorex. Un rapport d’expertise complémentaire relativise pourtant le rôle du prescripteur, en rappelant que « l’emploi du Mediator dans les surcharges pondérales » faisait partie « de la pratique médicale courante de l’époque, en particulier dans le syndrome métabolique ». Ce qui n’a pas empêché l’Oniam d’imposer à l’assureur de cet endocrinologue de participer à l’indemnisation du préjudice subi.

Thérapie préventive 

Nous en étions là quand une dépêche de l’AFP de ce jour nous certifie qu’aucun professionnel de santé n’a été mis en cause dans les quarante-six dossiers de victimes présumées du Mediator ayant fait l’objet d’un avis positif d’indemnisations à ce jour. Et c’est le directeur de l’Oniam qui s’exprime. « Quarante-six avis positifs d’indemnisations ont été notifiés au laboratoire Servier, mais à ma connaissance il n’y a pas eu de notification d’un professionnel de santé à ce jour » a indiqué Erik Rance à l’AFP en réponse aux questions soulevées par l’article du Quotidien.

Le directeur de l’Oniam n’a toutefois pas exclu cette possibilité « un jour ou l’autre » dans la mesure où « près de 10% des victimes ont mis en cause un professionnel de santé » dans leur demande d’indemnisation. « Il n’est pas impossible qu’un jour qui peut être demain ou plus tard, le collège d’experts demande à un professionnel de santé de participer à l’indemnisation d’une victime » a-t-il commenté. Thérapie préventive ? On lira ici ce qu’il en est de la procédure. Et ici ce qu’il en est des réponses aux principales questions posées.

Georges-Alexandre Imbert, président d’une association d’aide aux victimes des accidents de médicaments, incite les victimes qui le sollicitent à se retourner systématiquement contre leur médecin… et même leur pharmacien. « Dans une affaire passée, une infirmière, sous l’influence d’une préparation magistrale interdite par le code de santé publique, a tué une amie, dit-il, cité dans les colonnes du Quotidien. Le pharmacien n’a jamais été inquiété (…)  Toutes ces affaires soulignent le niveau lamentable de la formation des médecins à la prescription médicamenteuse ».

Sur les 7.500 dossiers d’indemnisation de l’affaire du Médiator ont été déposés au total devant ce collège environ 750 ont fait l’objet d’un avis définitif. Par ailleurs 1.300 dossiers ont « déjà été vus une fois ou plusieurs fois par le collège ». C’est, précise le directeur de l’Oniam, à ce stade qu’interviennent « des projets de rapport qui sont transmis à chacune des parties concernées, le laboratoire Servier, les victimes et potentiellement un professionnel de santé, si la victime a choisi de le mettre en cause ». L’avis définitif ne peut être rendu qu’à l’issue de cette phase contradictoire.

On ne dispose pas encore, à ce stade, d’un commentaire actualisé de l’ancien ministre de la Santé.

 

 

 

 

Le fou étant fou, la psychiatre sera coupable

« Superbe affaire », comme on dit parfois dans les prétoires et les salles de rédaction. A Marseille des magistrats jugent une psychiatre poursuivie pour homicide involontaire : un de ses patients a fui puis a tué.

Qui est coupable ? Pourquoi les psychiatres n’enferment-ils pas, d’emblée à vie et à triple tour, les fous qui viennent à eux ?  La santé publique s’en porterait assurément mieux. C’est ce que semblent penser des magistrats marseillais. Un an de prison est requis. Enfermer ou soigner ? Enfermer et soigner ? Allons plus loin: enfermons le fou et le soignant (1).   

Cet après-midi à l’ouverture du procès du Dr Danièle Canarelli, une centaine de  soignants se sont réunis devant le tribunal correctionnel de Marseille. Ils voulaient manifester publiquement leur soutien à cette psychiatre poursuivie pour homicide involontaire après le meurtre d’un octogénaire par l’un de ses patients. Ce procès est  une grande première en France. Il soulève tout bonnement la question de la responsabilité du psychiatre dans la prise en charge des malades psychiatriques à haut risque reconnus pénalement irresponsables. Dans une ordonnance  à charge, la juge d’instruction Annaïck Le Goff, reproche au Dr Canarelli « des fautes multiples et caractérisées » ayant« contribué au passage à l’acte violent » de son patient, Joël Gaillard. Le médecin suivait ce malade de longue date au centre hospitalier Edouard-Toulouse à Marseille.

On pourrait ici faire des effets de manches et de plumes. La chronique judiciaire est un genre qui s’y prête tout particulièrement.  On peut aussi se limiter aux faits. Ce que fait dans sa « newletter » nocturne  Le Quotidien du médecin. Voici l’affaire. Psychotique alternant hospitalisation d’office et sorties d’essai depuis 2001, Joël Gaillard, 43 ans, a assassiné à coups de hachette GermainTrabuc, le compagnon octogénaire de sa grand mère. C’était  le 9 mars 2004. Vingt jours auparavant, ce malade’était enfui de l’hôpital Edouard-Toulouse lors d’une consultation avec le Dr Canarelli. Cette dernière  envisageait alors de mettre un terme à sa sortie d’essai pour le ré-hospitaliser. Interpellé trois jours plus tard après le meurtre de Germain Trabuc, Joël Gaillard fut mis en examen pour « homicide volontaire avec préméditation ». Reconnu pénalement non-responsable il a bénéficié d’un non-lieu en 2005.

Hôpital coupable, 15 000 euros, Etat innocent

On pouvait croire l’affaire tragiquement close. On sous-estime toujours les souffrances des familles et les intérêts de la société quand la justice s’en mêle. En 2007, Michel Trabuc, fils de l’octogénaire assassiné décide de porter plainte contre l’hôpital Edouard-Toulouse, contre l’État et contre le Dr Canarelli qui suit Joël Gaillard depuis sa première hospitalisation d’office ‘(à la suite à une agression au couteau d’un vigile en 2000). L’hôpital est un temps mis hors de cause. Puis il  est finalement condamné en octobre 2009 à verser 15 000 euros à Michel Trabuc. Pour des raisons à tout jamais obscures  la responsabilité de l’État n’est pas retenue.

Dans ces matières vient toujours l’heure exquise où la justice commet des experts, parfois psychiatres,  pour l’éclairer sur les responsabilités des psychiatres. On imagine les affres de la confraternité torturée. « Mandaté dans le cadre du procès du Dr Canarelli, l’expert judiciaire, Jean-Claude Archambault va jusqu’à  évoquer un « déni » de la psychiatre pour n’avoir pas diagnostiqué de schizophrénie chez ce patient contrairement à ses « collègues psychiatres » qui avaient eux conclu à« une psychose avec syndrome délirant de type paranoïde et vécu persécutoire », engendrant selon lui une prise en charge inappropriée » rapporte Le Quotidien du Médecin.

En septembre dernier, cinq syndicats de psychiatre avaient dénoncé dans un communiqué commun « la tendance à vouloir mettre en cause la responsabilité des psychiatres hospitaliers en exigeant d’eux une obligation de résultat et non plus de moyens, dans un domaine où la prédictivité et le risque zéro n’existent pas ».

Psychiatrie = science exacte

Pour le Dr Olivier Labouret, président du l’Union syndicale de la psychiatrie (USP) ce procès illustre le glissement sécuritaire de la psychiatre marqué dernièrement par la loi du 5 juillet 2011 sur les soins sans consentement. « On demande à la psychiatrie d’être une science exacte et il y a une confusion entre le soin et la contrainte. On veut faire porter ici au psychiatre la responsabilité d’un acte dans lequel le Dr Canarelli n’y est pour rien. Elle avait fait ce qu’il fallait au niveau légal. Elle avait signalé que ce patient devait être réintégré mais elle n’a simplement pas pu le garder de force quand il est venu en consultation », commente-t-il.

« Nous ne voyons pas ce qui peut être reproché à la psychiatre qui voulait re-hospitaliser ce patient. Peut-être de ne pas s’être jetée sur lui et de l’avoir ceinturé… », renchérit le Dr Alain Vaissermann, président du comité d’action syndicale de la psychiatrie (CASP). « Le Dr Canarelli avait par ailleurs signalé la situation aux forces de l’ordre, à l’autorité administrative, qui avaient tout le loisir de l’interpeller dans les quinze jours qui ont suivi, ce qui aurait permis d’éviter le crime », ajoute le Dr Labouret.

Enfermer de plus en plus de gens

Alors que la responsabilité de l’Etat n’a pas été engagée, « on repousse la responsabilité sur le Dr Canarelli qui apparaît aujourd’hui comme un bouc émissaire », considère le président du l’USP. Selon le Dr Vaissermann, un éventuel jugement en défaveur du Dr Canarelli pourrait avoir « des effets néfastes » sur le type de prise en charge des malades mentaux par les psychiatres . « On serait dans un état d’anxiété permanent pour éviter qu’il y ait un drame, à craindre le pire et à enfermer de plus en plus les gens », conclut le Dr Labouret.

Faute de disposer d’une lecture psychanalytique (« le compagnon de la grand’mère… ») on attend intérêt ce que la justice répondra au fils de la victime, aux psychiatres français et aux citoyens d’une manière générale – à l’exception notable de celui qui, pénalement irresponsable, vit hors du monde.

En fin de journée on apprenait qu’un an de prison avec sursis avait été requis.  « Tour à tour, le président du tribunal, les parties civiles et le procureur ont pris soin de préciser que la profession de psychiatre n’était pas mise en cause, et ce devant une salle où avaient pris place de nombreux confrères venus en soutien » rapporte l’Agence France Presse (AFP).

« Pas d’impunité pour qui que ce soit »

La dépêche ajoute toutefois que le président Fabrice Castoldi a déclaré : » Il n’y a pas dans la société française d’impunité pour qui que ce soit ». Il est bon que certaines choses, fortes, soient de temps à autre rappelées dans les tribunaux correctionnels.  Puis le président Fabrice Castoldi, a soumis la psychiatre  prévenue à un long interrogatoire. « D’un ton assuré, Danièle Canarelli, médecin dans l’établissement Edouard-Toulouse, a nié toute négligence dans le suivi de Joël Gaillard, de son hospitalisation en 2000 jusqu’à à sa fugue le 19 février 2004, vingt jours avant l’assassinat à Gap, à coups de hachette, du compagnon octogénaire de sa grand-mère » rapporte  l’AFP.

« Ce patient présentait assez peu de difficultés comportementales durant ses séjours à l’hôpital, a assuré le Dr Canarelli, petite femme de 57 ans aux cheveux courts. Je n’ai jamais contesté sa dangerosité mais la pauvreté symptomatologique m’a troublée et m’a posé un problème de diagnostic », a-t-elle reconnu à la barre, avant de reprendre la parole à la fin de l’audience pour adresser sa « compassion » à la famille de la victime

Un roublard séducteur

Dans son réquisitoire, le procureur Emmanuel Merlin a évoqué « l’aveuglement » de la prévenue, ne cessant d’aller à l’encontre des avis « uniformes » rendus par neuf psychiatres qui préconisaient d’hospitaliser Joël Gaillard dans une structure plus contraignante. En choisissant de lui accorder fin 2003 une sortie à l’essai de longue durée, « séduite » par le comportement « roublard » de son patient malgré son « crescendo dramatique dans la violence », elle a commis « une faute professionnelle devenue pénale, vu les conséquences qu’elle va avoir », a-t-il argué.

Est-on toujours responsable des conséquences de ses actes ? Que dit à la société à un procureur lorsqu’il diagnostique, via une reconstruction personnelle, qu’une a été séduite et qu’elle a cédé à  la roublardise de l’un de ses patients ? Séduite donc coupable ? Le principe de précaution existe-t-il aussi, dévoyé, en psychiatrie ? Si oui réclame-t-il d’enfermer ? Le ministère public ne le dit pas. La justice doit être bien gardée: on ne saurait soutenir l’accusation et fournir des explications.

La décision a été mise en délibéré au 18 décembre. Une semaine avant Noël.

(1) A verser au dossier, ces lignes de l’AFP:

« Un psychiatre d’Audincourt (Doubs) a été légèrement blessé à l’arme blanche mercredi 14 novembre dans son cabinet par un de ses anciens patients, un homme au lourd passé psychiatrique qui a pris la fuite et que la justice considère comme un malade « dangereux ». La victime, un médecin âgé d’une cinquantaine d’années, est ressorti assez rapidement de l’hôpital où il avait été admis après l’agression. Il souffre d’une fracture à un doigt et de coupures, notamment aux mains, au cou, à l’épaule et au visage. Il a dû recevoir plusieurs points de suture et s’est vu prescrire 21 jours d’ITT, a précisé à l’AFP le procureur de Montbéliard, Thérèse Brunisso.

L’agresseur présumé est « un malade psychiatrique lourd et dangereux, activement recherché par la police », a précisé la magistrate, qui a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « tentative d’homicide volontaire ».
Selon la déposition du psychiatre, qui a porté plainte, l’individu « est entré (dans son cabinet) avec une arme blanche et s’est précipité sur lui en disant +vous les psys, vous allez payer+ », a raconté Mme Brunisso.
Contrairement à des informations obtenues dans un premier temps auprès de la police, l’agresseur présumé n’était pas régulièrement suivi par sa victime. Mais « c’est un patient que le docteur avait connu quand il était médecin-chef d’un service psy à l’hôpital de Montbéliard », selon le procureur. Selon le maire (PS) d’Audincourt, Martial Bourquin, qui s’est entretenu avec le praticien au téléphone, « cet homme est venu pour le tuer, il n’a aucun doute là-dessus ». Désormais, le médecin « ne se sent pas en sécurité, car il a affaire à un très grand malade, qui a été interné pendant une douzaine d’années », a poursuivi M. Bourquin. Le psychiatre est « très éprouvé » par cette agression, et « j’ai demandé à ce qu’il bénéficie d’une protection policière », a indiqué le maire.
L’agresseur présumé, âgé de 52 ans, est célibataire et sans emploi. La police s’est rendue à son domicile d’Audincourt mais ne l’y a pas trouvé, a précisé le commissaire Christophe Charles. Cette affaire survient deux mois et demi après qu’une psychothérapeute parisienne a été violée et tuée dans son cabinet privé par l’un de ses patients, placé ensuite en hôpital psychiatrique. Ce type de crime est particulièrement rare dans le cadre d’une thérapie en ville. D’autres médecins et membres du personnel soignant ont déjà été victimes d’agressions par leur patients ces dernières années, la plupart dans des hôpitaux. 
En décembre 2004, dans les Pyrénées-Atlantiques, une infirmière et une aide-soignante de l’hôpital psychiatrique de Pau avaient été tuées durant leur nuit de garde à l’arme blanche par un ancien patient de 21 ans souffrant de schizophrénie. Cette affaire avait suscité une vive émotion. Plus récemment, en septembre 2007, deux agents hospitaliers de l’hôpital de Josselin (Morbihan) ont été blessés à l’arme blanche par un patient pris d’une crise de démence. »
AFP – 14/11/2012 – 18:49:35

 

 

Etes-vous déjà dépendant de vos mails ?

Les outils modernes de communication ont bien des charmes. Ce sont aussi des drogues. A commencer par les courriels professionnels, ces redoutables piège chronophages. Que faire si  l’addiction est déjà au rendez-vous?   Une étude de l’armée américaine nous propose  aujourd’hui aussi une thérapeutique simple, pas désagréable et gratuite. Un nouveau sevrage en perspective, avec toutes les souffrances et les vertus du genre.  

Avez-vous déjà songé que petit à petit vous deveniez prisonnier de vos courriels? Victime d’un tas de sable en croissance perpétuelle qu’il faut sans cesse passer au tamis, êtes-vous parfois bien las  de cette nouvelle tâche quotidienne? Si oui, vous êtes sur le bon chemin. Si non, cela ne devrait plus guère tarder. Car les immenses vertus de l’écran et de la Toile ne sont pas toujours sans dangers.

Internet a ses vertus et ses  revers. Et sans faire de catastrophisme on devrait, raisonnablement, commencer à prendre garde. En postulant qu’il n’est pas trop tard. Une équipe de chercheurs de l’armée américaine et de l’Université de Californie (basée à Irvine) vient de nous aider à prendre garde. Et comme ce travail a été mené dans le double temple de la sécurité des Etats-Unis et du retour rapide sur investissement, il ne s’agit nullement, ici, de ruiner la productivité des employés de bureau. La méthode et les résultats de cette recherche ont été présenté le le 7 mai, à la Conférence «Computing Machinery» organisée à par l’Université du Texas à Austin. Et c’est peu dire qu’ils ont intéressé les participants.  On les trouvera résumé ici sous la forme d’un communiqué de presse à en-tête de l’Université californienne.

Imaginez un instant que vous êtes l’un des participants à ce travail; ou que l’on va vous demander bientôt de participer à une recherche similaire. Les utilisateurs d’ordinateurs de bureau ont ici été équipés de moniteurs de fréquence cardiaque. Un logiciel mesurait d’autre part le nombre de passages de ces utilisateurs d’une fenêtre à une autre de leur ordi. On a alors pu établir que les utilisateurs qui consultent leurs boîtes de mails changent deux fois plus souvent de fenêtre que ceux qui ne sont pas accrocs au courrier.

On peut le dire autrement: ils se mettent dans un état constant d’«alerte maximale», ce qui se traduit par des rythmes de pulsations cardiaques constamment élevés. Plus précisément, les utilisateurs qui consultent régulièrement leurs mails commutent (changent de fenêtre) 37 fois par heure. Vous avez bien lu: plus d’une fois toutes les deux minutes (qu’en est-il pour vous qui lisez ces lignes?). Pour ce qui est des mails non plus professionnels mais privés (encore que les frontières soient parfois bien floues), les commutations se font à un rythme deux fois moindre: 18 par heure.

Est-ce sans espoir? Nullement: privés de mails durant cinq jours (ouvrables ou non), ces utilisateurs accros retrouvent des fréquences cardiaques revenues dans le champ de la normalité. La pompe cardiovasculaire retrouve les caractéristiques qui étaient les siennes avant l’arrivée des ordis dans notre vie quotidienne. «Nous constatons que lorsque vous supprimez les e-mail de la vie de vos collaborateurs, ces derniers deviennent plus multitâches et éprouvent moins de stress», explique Gloria Mark, professeur d’informatique à l’Université de Californie et co-auteur de l’étude. Au terme de leur période de privation de mails les participants à cette étude déclarent  se sentir plus en mesure de reprendre leur travail; et ce avec moins de stress et de la substantielle perte de temps qui est immanquablement liée aux interruptions constantes que réclame la consultation récurrente des e-mails.

Ces résultats apparaissent doublement utiles: pour la santé au travail mais également pour stimuler la productivité. A ce titre, ils devraient être rapidement pris en compte par tous ceux qui managent le travail de leurs semblables. On peut d’ores et déjà prendre des paris: à quand un contrôle sur le temps de connexion des employés? A quand des messages d’alerte ou de prévention (adressés… par mail)? A quand le concept revendiqué par le patronat et les syndicats de «vacances de courriels»? A quand, en somme, les micros-cures de désintoxications? Plutôt que de cliquer sans arrêt tête baissée, on redécouvrira les joies ineffables qu’il y a à se lever et à marcher vers le bureau d’un/d’une collègue voisin(e) qui interrompra également sa machine à messages. Ceci est nettement plus agréable et bon pour la santé; alors que les taux d’«alerte maximale» cardiaques correspondent à des taux significativement  plus élevés de cortisol circulant, hormone liée au stress, le stress au travail étant lui-même lié associé à toute une série de troubles organiques.

Au fait pourquoi cette étude salvatrice a-t-elle été menée par les militaires américains (à qui on doit déjà, dit-on, l’existence d’Internet)? C’est que cette armée réfléchit aujourd’hui à l’utilisation des smartphones et de leurs multiples  applications (dont la messagerie électronique) par les soldats en première ligne sur les champs de bataille. Telle est du moins l’explication qui nous est aujourd’hui fournie par David Accetta, porte-parole pour la recherche de l’armée américaine. M. Acetta, qui doit en savoir beaucoup, n’en a pas dit plus.

NB: Ce billet a été été publié sur le site plantesante.ch 

PS: Un Bordeaux sans alcool.

En matière d’alcool les mêmes causes produisent décidément les mêmes effet. Et les mêmes réponses collectives. Après le décès par noyade de cinq jeunes fortement alcoolisés en l’espace de dix mois dans le centre de Bordeaux, la préfecture de Gironde vient d’annoncer  un « plan d’action contre le phénomène d’alcoolisation excessive dans l’agglomération bordelaise ». L’information est rapportée par le Quotidien du médecin. Orienté vers la prévention, ce plan s’articule autour de cinq axes : mise en place d’un dispositif de surveillance et de secours fluvial nocturne (opérationnel depuis le 11 mai) ; renforcement des patrouilles mixtes (douanes, polices nationale et municipale) pour faire respecter l’interdiction de transport et de consommation d’alcool sur la voie publique ; renforcement des contrôles des débits de boissons ; restriction durant six mois des horaires d’ouverture au public des commerces de vente d’alcool à emporter (de 6h à 22h au lieu de minuit) ; mise en œuvre d’une commission des soirées festives (chargée notamment d’accompagner les associations étudiantes dans l’organisation de soirées). « Ce plan d’action limité dans le temps donnera lieu à une évaluation d’ici le 1er novembre », indique la préfecture dans un communiqué.

Alcools, préfectures et municipalités. Nous reviendrons bientôt sur ce sujet majeur qui a fait l’objet d’un travail mené dans le cadre du module interprofessionnel de santé publique 2012 de l’Ecole des hautes études de santé publique.