Foule sentimentale : Eric Zemmour fait-il partie de la tradition des «polémistes français» ?

Bonjour

« France moisie » ? Voici un nouveau symptôme, médiatique, à ranger dans le syndrome sans nom dont nous souffrons. Il nous est rapporté par Le Monde (François Bougon). Dans une lettre adressée à Guillaume Durand, animateur de la matinale de Radio Classique, et publiée dans le numéro de mars du Nouveau Magazine littéraire, son directeur éditorial, Maurice Szafran, explique sa décision d’abandonner la radio, alors qu’il y intervenait presque chaque semaine depuis plusieurs années.

Pourquoi ? A cause de la récente arrivée, parmi les éditorialistes de cette filiale du Groupe Les Echos (pôle média de LVMH), d’Eric Zemmour. Le célèbre polémiste y rejoint notamment des plumes majoritairement de droite ou de centre droit – comme, précise Le Monde, Philippe Tesson, Jean-Louis Bourlanges, Luc Ferry, Guillaume Tabard (Le Figaro), et quelques voix de gauche, parmi lesquelles Laurent Joffrin, le directeur de Libération. On observera l’absence radicale de femmes.

Précision : Maurice Szafran ne conteste en aucune façon la liberté « éditoriale » de son confrère mais il entend exercer la sienne : celle de se retirer « d’une radio où Zemmour est appelé à jouer un rôle majeur, ne serait-ce qu’en raison de ses prochains et inéluctables “dérapages” ». Où l’on retrouve la trace de Minority Report.

« Prêcheur de haine culturelle »

« Ce n’est pas la première fois qu’Eric Zemmour provoque un départ, rappelle Le Monde. Le 19 février, le jour des manifestations contre l’antisémitisme, invité sur le plateau de LCI, le polémiste du Figaro, chantre du déclinisme, pourfendeur du féminisme et de l’islam – en mai 2018, il a été condamné en appel pour des propos islamophobes –, dénonce ‘’l’immigration de masse, terreau de l’antisémitisme’’ et défend ‘’les identitaires [qui] ne sont pas nazis’’. ‘’Ils essayent de défendre l’identité de la France contre l’islamisation. Ce n’est pas nazi’’, déclare-t-il. Ces saillies ont provoqué le départ comme chroniqueur de la chaîne d’information en continu de l’humoriste Yassine Belattar. »

Dans sa lettre, Maurice Szafran affirme ne pas vouloir appartenir à la même « collectivité éditoriale » qu’un « prêcheur de haine culturelle ou de violence idéologique ». « Au moment où la société française est recuite de rages, j’espérais en des médias qui, comme Radio Classique, remplissent une fonction d’apaisement et d’explication. »

Dans sa réponse, également publiée dans le  Nouveau Magazine littéraire, son confrère Guillaume Durand explique voir dans Eric Zemmour la « tradition des polémistes français », tout en soulignant qu’« il incarne avec brio le bretteur de la gloire disparue de la France ». Ce « matinalier » juge également « normal et démocratique » qu’une voix représente les Républicains et le Rassemblement national, qui frôlent les 40 % dans les sondages. « La France, écrit-il encore,est une foule sentimentale, en ce moment violent, où ces idées et ces goûts existent. Les combattre ne signifie pas, bien au contraire, qu’il faille renoncer à les entendre et à les affronter. »

« France moisie ». Mettre un nom sur le syndrome dont nous souffrons ? A quand la voix de Sollers sur Radio Classique ?

A demain

@jynau

« Arrêts de travail » injustifiés : Agnès Buzyn lance la polémique en accusant les médecins  

Bonjour

La méchante affaire commença à l’aube, sur Radio Classique  – avant d’être amplifiée par Le Quotidien du Médecin. Où l’on entend Agnès Buzyn traiter de la régulation à venir des dépenses d’arrêts de travail – une ministre membre d’un gouvernement ne faisant pas mystère de sa volonté de contenir le coût des « indemnités journalières » (10 milliards d’euros par an).  Pour l’heure la ministre des Solidarités et de la santé « s’interroge » sur le rôle des médecins prescripteurs et celui de la Sécurité sociale  « payeur ». Agnès Buzyn :

« Est-ce que la Sécurité sociale est là pour payer des arrêts de travail extrêmement coûteux qui augmentent de façon incompréhensible ? […] Quand nous contrôlons les arrêts de travail, 15 % sont inappropriés, sont des abus. Il y a quelqu’un qui paye pour tout le monde, c’est la Sécurité sociale. Le médecin peut prescrire facilement, ce n’est pas lui paye. Une entreprise s’en fiche quelque part […] puisque ce n’est pas elle qui paye ! (…) »

Chaque année, rappelle-t-elle les arrêts de travail coûtent 400 millions d’euros de plus à la Sécurité sociale :

« Les arrêts maladie augmentent de 4 % par an depuis plusieurs années. C’est 400 millions d’euros par an supplémentaires qui sont reversés sous la forme d’arrêts maladie et qui ne vont pas aujourd’hui dans les caisses de l’hôpital, ou pour payer des traitements innovants, ou pour payer des soins de ville »

Un récent rapport de l’Inspection générale des affaires sociales demande un meilleur contrôle des arrêts maladie et davantage de précisions sur les motifs. Extraits :

« La meilleure connaissance de la justification médicale de l’arrêt constituerait une source d’économies supplémentaire. La mention du motif médical n’est actuellement pas systématiquement vérifiée, quel que soit le format de l’arrêt (papier, électronique). Or la liquidation des indemnités journalières requiert de s’assurer de la réalité de la dépense.

« Les arrêts non motivés médicalement ne devraient plus être indemnisés, comme c’est actuellement le cas pour la quasi-totalité d’entre eux. Par ailleurs, la méconnaissance des éléments d’ordre médical complique le ciblage des contrôles au niveau des échelons locaux du service médical. L’institution d’une obligation de codification de la pathologie en CIM-10 (papier et formulaire électronique) permettrait de sécuriser le contenu du motif. »

Excédés de porter le chapeau

Pour l’heure MG France exprime son « effarement » devant les propos tenus par la ministre :

« Ce taux de 15 % s’applique aux arrêts ayant fait l’objet d’un contrôle. Ces contrôles portent sur moins de 5 % de l’ensemble des arrêts maladie. 15 % de 5 % égalent 0,75 %,ce qui est un chiffre nettement moins spectaculaire … Les arrêts de plus de 6 mois sont systématiquement validés par le service médical. Pour cette raison, les médecins qui les prescrivent ne peuvent être mis en cause. »

MG France « s’étonne » d’autre part qu’Agnès Buzyn puisse sembler regretter que les médecins ne paient pas les indemnités journalières des patients à qui ils prescrivent un arrêt de travail.

« Faudrait-il, pour limiter les dépenses de santé en France, que les médecins paient les indemnités journalières ? Pourquoi pas aussi les médicaments ou les examens prescrits à leurs patients ? Les médecins généralistes, conduits par leur rôle de premier recours à prescrire la majorité des arrêts de travail, sont excédés par ce chapeau qu’on leur fait systématiquement porter pour ne pas avoir à questionner les causes profondes des difficultés physiques, sociales ou environnementales que rencontrent leurs patients.

« MG France comprend ces généralistes et leurs patients, et continuera à défendre les uns et les autres. »

Quant à l’UFML-Syndicat il tacle la ministre et qualifie ses propos de « blessants ». (« Suspecter les médecins de dérives car « ils ne payent pas », c’est faire montre d’une défiance totale à l’égard de la profession dont elle a la charge »).

« “Les arrêts maladie augmentent de 4% chaque année depuis plusieurs années..” Cette réalité dramatique devrait alerter tout gouvernement digne de ce nom : le peuple va mal, le pays va mal… La ministre de la Santé devrait être celle qui lance l’alerte… Au lieu de cela… On désigne des coupables : les médecins, les entreprises et surtout…les patients ! Au lieu de cela, on s’indigne juste du coût ! »

Un texte qui pourrait sans doute être signé par MG France.

A demain

Etrange : Jean-Luc Hees (ex- Radio-France) entre au comité d’éthique de radio Kremlin-France

Bonjour

Veille de Noël. C’est une information développée par Le Monde (Alexandre Piquard) : Jean-Luc Hees au comité d’éthique de RT (ex-RussiaToday). Plus que bizarre : étrange.  Jean-Luc Hees : un monument sonore sculpté par Wikipédia :

« Après des débuts en 1972 à l’ORTF, il est correspondant de France Inter à Washington dans les années 1980. À son retour en France, il présente le journal de 13h00 de France Inter en direct et en public, et le magazine Synergie de 1990 à 1999.

Il est nommé directeur de France Inter en 1999 par le PDG de Radio-France Jean-Marie Cavada. En 2003, il supprime brutalement de la matinale de France Inter la chronique scientifique Odyssée du médecin et romancier Martin Winckler, à la suite de pressions de l’industrie pharmaceutique. En tant que directeur de France Inter, Jean-Luc Hees a mis (ou remis) à l’antenne Pascale ClarkFrédéric BonnaudStéphane BernGérard LefortPhilippe Val et Michel Polac. En 2004, à l’arrivée de Jean-Paul Cluzel à la tête de Radio France, il est remplacé par Gilles Schneider.

En 2006, Jean-Luc Hees revient à l’antenne sur Radio Classique. En 2007, il est chargé sur cette antenne de l’émission culturelle « Hees bien raisonnable « de 18 à 20 heures. À la rentrée 2008, il est à la tranche matinale de 8 à 10 heures. En 2008, il tient une chronique dans Charlie Hebdo sur la campagne présidentielle américaine. Nommé président de Radio France en mai 2009 par Nicolas Sarkozy en mai 2009, Puis le CSA nomme Mathieu Gallet PDG de Radio France pour lui succéder à compter du 8 mai 2014.

Gracieusement, coups et rage

24 décembre 2017 : la chaîne russe RT, plus que controversée 1, vient de commencer à émettre. Elle dévoile la composition de son comité d’éthique. Notamment : Anne Gazeau, ancienne ambassadrice, le journaliste Jacques-Marie Bourget, l’ancien ministre des transports de François Fillon Thierry Mariani, aujourd’hui membre du bureau politique des Républicains, le journaliste Majed Nehmé et Jean-Luc Hees, ancien président de Radio France (2009-2014).

S’émouvoir ? S’indigner ? Ignorer ? Contacté par Le Monde, Jean-Luc Hees précise que sa fonction au comité d’éthique est exercée à titre gracieux. Il se défend d’être « acheté par une présence étrangère ». Il ajoute : « Je suis journaliste depuis près de cinquante ans. Je ne crois pas avoir jamais failli à l’honneur de notre métier. »

« Si j’étais dans une école de journalisme, je dirais que si on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage, mais si on est journaliste, on doit attendre qu’il ait réellement la rage pour le tuer”. » (sic)

Ce sont là des propos qui, au pays de Pasteur et des obligations vaccinales, peuvent être diversement interprétés. Pour ce qui est des critiques formulées sur « RT » dans la presse, le journaliste déclare en avoir « marre du chœur des vierges »« Je me suis dit : “Sois courageux”. Ce serait plus simple de ne pas être dans ce comité d’éthique. Il n’y a que des coups à prendre. Mais je m’en fous. » Même commentaire.

Selon lui : « Il vaut mieux regarder de l’intérieur que de constater de l’extérieur que quelque chose ne va pas. C’est une affaire de principes. » Il assure que « si un truc [le] dérange, [il partira] dans l’instant. Et alors, une preuve sera faite. » Idem.

 A demain

1 Déjà diffusée en langue arabe, espagnole et anglaise cette chaîne est régulièrement accusée de propagande pro-Kremlin. Au Royaume-Uni, l’organe de réglementation de l’audiovisuel a déjà émis quatorze mises en demeure et l’a menacée de sanction, pour des sujets notamment sur la Syrie et l’Ukraine, où l’armée russe est présente. Twitter est allé jusqu’à interdire les publicités provenant de RT et d’autres organes de presse financés par le gouvernement russe.

 

Cigarette électronique sur les lieux de travail : quatre Français sur dix y sont favorables

Bonjour

14 avril 2015:  lire Les Echos. Le quotidien de l’économie tente un bilan : celui des changements que la loi de Santé va apporter à notre quotidien. Il complète son propos avec le regard porté par les Français sur les principales dispositions inscrites dans le texte que viennent de voter, en première lecture, les députés.

Principal sujet d’intérêt : le tabac. Ou plus précisément les dispositions votées pour tenter d’en réduire les conséquences délétères (73 000 morts prématurées) de sa consommation. On sait ce qu’il en est de la clef de voûte du dispositif : le « paquet neutre ». Dispositif voulu à tout prix par Marisol Touraine, ministre de la Santé. Dispositif qui consiste à effacer autant que faire se peut le brillant des logos des marques par d’autres images, illustrant les dégâts corporels de l’addiction au tabac. Le présupposé est ici que le toxicomane peut être effarouché par les possibles conséquences de sa toxicomanie. C’est, disent les addictologues, bien mal connaître la physiopathologie de l’addiction.

Inefficacité du paquet neutre

Les Français ne s’y trompent pas. Le sondage réalisé par Odoxa pour FTI Consulting, Les Échos et Radio Classique (1) conclut qu’ils sont très sceptiques sur l’effet du paquet neutre de cigarettes, dont l’instauration est prévue (si rien ne change) dans un an précisément : 73 % des personnes interrogées estiment en effet que cette mesure ne sera pas efficace pour lutter contre le tabagisme. La même tendance avait été observée lors des petits sondages télévisés effectués à la sortie des urnes des députés.

Une seule mesure permettrait de réduire la consommation de tabac : une hausse progressive et constante du prix du paquet de cigarettes. L’expérience (sous Jacques Chirac à la présidence de la République) l’a démontré. L’opinion publique le sait. Seul Bercy y est opposé. Loi Macron ou pas. Ce qui est une parfaite démonstration de la duplicité de l’Etat vis-à-vis de l’addiction au tabac.  Le sondage des Echos ne s’est pas intéressé à la question de l’absence de neutralité pour les boîtes de Havanes. Il est vrai que le chef de l’Etat français sera, première historique, le 11 mai à Cuba.

Charte du vapoteur

L’autre levier sur lequel pourrait jouer l’Etat pour lutter contre les dégâts du tabac est la cigarette électronique. On sait ce qu’il en est avec, notamment, l’opposition (personnelle, radicale et toujours inexpliquée) manifestée par la ministre de la Santé. Cette opposition a de facto conduit les députés à interdire son usage dans certains lieux publics, renvoyant ainsi les vapoteurs dans les espaces où sont confinés les fumeurs. L’interdiction comprend  notamment « les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif ».

Cette disposition avait conduit à une initiative originale : l’élaboration d’une charte (2) conçue par les médecins du comité scientifique de SOS Addictions et par ceux deFédération Addiction. Elle vise à ce que les vapoteurs ne soient pas traités comme des fumeurs, et qu’en entreprise, ils ne soient pas obligés d’aller vapoter à l’extérieur  avec leurs collègues fumeurs. Initiative que nous avions détaillé ici même (« Cigarette électronique : les neuf commandements du vapoteur vapotant en collectivité »).

Goudrons et vapeurs

Il y a deux manières de présenter les résultats du sondage publié aujourd’hui par Les Echos. Soit on dit que six Français sur dix « soutiennent l’interdiction de la cigarette électronique au travail ». Soit on explique que quatre Français sur dix y sont favorables. Ce qui, compte tenu de la désinformation chronique sur le sujet est un résultat à bien des égards considérable. Loin d’être considéré comme un dangereux exhalant goudrons et fumées, paria à éloigner, le vapoteur commence à être perçu comme un citoyen entouré de vapeur d’eau cherchant à se libérer des griffes du tabac et de l’emprise de l’Etat.

L’étape suivante est connue : gagner le jardin du Luxembourg et ses joggeurs pour attendre la couleur de la fumée qui, bientôt, sortira du Sénat.  On compte actuellement en France  1,5 million de vapoteurs réguliers. Le double avec les adeptes occasionnels.

A demain

(1) Etude a été réalisée en ligne les 9 et 10 avril auprès d’un échantillon représentatif de 1 007 personnes et selon la méthode des quotas.

(2) Texte de cette Charte:

  1. Le vapoteur doit s’assurer auprès de ses collègues de bureau que sa pratique ne les dérange pas, et discuter avec eux de la manière de s’organiser en bonne intelligence.
  2. La pièce doit être normalement aérée ou ventilée (qu’il y ait vapotage ou pas).
  3. Une distance minimale de deux mètres entre le vapoteur et les autres semble raisonnable.
  4. Le choix d’arômes doux est à privilégier, comme ceux de fruits.
  5. La production de vapeur peut être minimisée, soit en inhalant un peu plus longtemps la vapeur, soit en ajustant le voltage des dispositifs, ou encore en privilégiant du matériel qui ne produit pas de gros nuages de vapeur.
  6. De manière à diminuer son nombre de bouffées quotidiennes, le vapoteur peut utiliser des e-liquides plus fortement dosés en nicotine, ce qui diminuera ses besoins.
  7. Lors de longues réunions, le vapoteur peut utiliser des formes orales de nicotine comme des gommes ou des pastilles.
  8. Le vapoteur doit s’abstenir si des enfants ou des adolescents sont présents dans la pièce, de manière à respecter l’esprit de la loi, dont l’objectif est de les soustraire de toute influence pouvant les inciter à débuter une pratique qui ne leur est pas destinée.
  9. Quand des collègues toussent, il convient de s’assurer que la cigarette électronique ne les dérange pas temporairement.

D’une manière générale, les vapoteurs ne doivent pas être traités comme des fumeurs en entreprise, et cette charte à vocation de servir de base de dialogue au sein des communautés professionnelles.

Rotavirus et vaccinations : le RotaTeq® et le Rotarix® sont soumis à la question

Bonjour

Le Canard Enchaîné ne court-il  plus assez vite ? Ou du moins plus assez vite pour toujours jouir pleinement de ses exclusivités ? Il vient d’être coiffé au poteau par l’Agence nationale de sécurité des médicaments (Ansm). C’est une affaire assez complexe qui touche à la sécurité vaccinale, aux hésitations de la tutelle, aux embarras du politique face aux principales questions de santé publique. En voici les principaux éléments.

Failles considérables

Dans son édition du mercredi 1er avril Le Canard Enchaîné (Isabelle Barré) rapporte le cas « de deux bébés décédés en 2012 et 2014 après avoir été vaccinés contre la gastro-entérite ». Aucune autre information sur ces deux cas n’est donnée, et rien ne permet donc d’établir ici un lien de causalité. Suit un long article faisant état des effets secondaires des vaccins pédiatriques contre les gastro-entérites : le Rotarix®  de GSK et RotaTeq® de Sanofi-Pasteur (1). Un article détaillant notamment les divergences de vue des différentes instances concernées et l’évolution des recommandations dans ce domaine. Sans parler des failles (toujours aussi considérables) du système français de pharmacovigilance.

Informée (comment ?) de cette publication l’Ansm a publié dès le mardi 31 mars un « point d’information » dont on peut prendre connaissance ici. Extrait (nous soulignons):

« L’ANSM rappelle aux professionnels de santé le risque, très rare mais pouvant potentiellement entraîner des complications graves, d’invagination intestinale aiguë associé à ces vaccins et les invite à attirer l’attention des parents d’enfants vaccinés sur la nécessité d’une prise en charge médicale précoce dès l’apparition des premiers signes, notamment digestifs, évocateurs d’une invagination intestinale.

 Rotarix® et RotaTeq® sont des vaccins oraux indiqués chez les nourrissons à partir de l’âge de six semaines dans la prévention des gastro-entérites causées par des infections à rotavirus. Ils sont autorisés, en Europe, depuis février et juin 2006 respectivement, et commercialisés en France depuis mai 2006 et janvier 2007.

Depuis le début de la commercialisation en France de ces deux vaccins et jusqu’au 31 octobre 2014, plus de 1 million de doses ont été distribuées. 508 notifications d’effets indésirables médicalement confirmées, dont 201 graves, ont été recueillies et analysées.

Parmi les observations graves, 47 cas d’invaginations intestinales aiguës, survenues dans le mois suivant la vaccination, ont été rapportés, dont quelques-uns d’évolution fatale. L’invagination intestinale aiguë est un type d’effet indésirable qui, bien que considéré comme très rare (moins de 1 cas sur 10 000 vaccinés), nécessite, de par sa gravité, une prise en charge immédiate, dès les premiers signes cliniques.

Aussi, les professionnels de santé sont invités à sensibiliser les familles sur les signes d’invagination intestinale aigüe, survenant dans le mois suivant la vaccination, devant les amener à consulter sans délai leur médecin : douleurs abdominales, pleurs répétés et inhabituels de l’enfant, vomissement, présence de sang dans les selles, ballonnements abdominaux et/ou fièvre élevée. »

Alerter les parents

L’Ansm confirme que le Haut Conseil de la santé publique  (HCSP) a prévu, par ailleurs, de réexaminer dans les prochains jours ses recommandations relatives à la vaccination des nourrissons contre les infections à rotavirus. Le HCSP avait déjà recommandé il y a un an « que l’information sur le risque d’invagination intestinale aiguë soit systématiquement délivrée par les professionnels de santé aux parents des enfants vaccinés ».

L’affaire est reprise dans Le Monde daté du 2 avril (Pascale Santi). On y apprend que 10% des bébés sont aujourd’hui vaccinés en France et que, saisi par la Direction générale de la santé le 10  mars dernier, le Comité technique des vaccinations (qui dépend du HCSP) va réexaminer l’intérêt de cette vaccination dès le 8  avril. Va-t-on abandonner la recommandation ? Que va-t-il en être du remboursement de cette coûteuse immunisation ? (1) «  Ce vaccin n’est pas inscrit au calendrier obligatoire » s’est bornée à observer Marisol Touraine, ministre de la Santé, mercredi 1er  avril, sur Radio classique/LCI. Ce qui ne répond à aucune des questions soulevées.

Regrets du président du CTV

« Cette vaccination avait pourtant été recommandée en novembre  2013 par le HCSP, après deux avis négatifs., rappelle Le Monde. A la question de savoir s’il regrette cette décision, le Pr Daniel Floret, président du comité technique des vaccinations, répond : « A posteriori, oui. Mais nous n’avions à ce moment-là aucune remontée de cas graves suite à la vaccination. »

« Nous venons d’envoyer une lettre à 160 000 professionnels de santé pour les mettre en garde sur les symptômes évocateurs «  indique Dominique Martin, directeur général de l’Ansm. Selon Le Canard Enchaîné le premier décès, survenu en  2012, n’aurait été signalé qu’à la fin de 2014.

La Haute Autorité de Santé doit rendre prochainement sa décision sur le remboursement de ces deux vaccins. Toutes ces données pourraient, peut-être peser, sur  cette décision. Décision qui n’est que consultative. Ce sera ensuite à l’exécutif de trancher. Dans la plus grande opacité.

Tout bien pesé l’hebdomadaire satirique semble avoir conservé intactes ses fonctions gymniques.

A demain

(1) Le site officiel d’informations des médicaments ne fournit que très peu de données sur le Rotarix® de GSK. Et il n’en fournit pas plus pour le  RotaTeq®  de Sanofi-Pasteur.

 N’étant pas remboursés le prix de ces deux spécialités est libre, chaque pharmacien d’officine pouvant pratiquer la marge qu’il souhaite. Voici ce que l’on pouvait lire il y a peu sur Le Moniteur des pharmacies : « Dès lundi 9 mars 2015, le prix de vente indicatif conseillé du vaccin Rotarix® passe à 60,38 € TTC (il est actuellement de 71,70 €, non remboursé).La baisse de prix est également répercutée sur le prix fabricant hors taxe (de 50,00 € à 42,50 €). » Deux doses de Rotarix® sont nécessaires pour une vaccination.

Pour le RotaTeq® de Sanofi-Pasteur  MSD (voir ici) trois doses sont nécessaires. Le coût de la vaccination complète se situe alors, selon les pharmacies et les ristournes du fabricant, entre 160 et 250 euros. Voire  plus dans les beaux quartiers.

Grèves : Marisol Touraine parviendra-t-elle ou non à se taire jusqu’à l’année prochaine ?

Bonjour

A-t-elle cédé trop tôt aux urgentistes ? Patrick Pelloux a-t-il réussi un coup ? Ou plus précisément un  semi-coup (aussitôt autoproclamé « historique ») ? Qui a gagné ? Une ministre de la Santé toujours au moulin et au four, soucieuse d’éteindre un des nombreux foyers de contestation chez les professionnels de santé ? Des urgentistes qui n’ont encore, concrètement, rien de véritablement assuré ?

Galériens-urgentistes

C’est peu dire que le pavillon historiquement baissé devant le vaisseau de l’Amuf n’a pas été apprécié. Les représentants des hôpitaux publics et les syndicats de médecins libéraux l’ont fait savoir. Officiellement ces galériens ont obtenu la réduction de leur temps de travail à quarante-huit heures hebdomadaires (contre une soixantaine actuellement). En théorie les heures effectuées au-delà de trente-neuf heures seront rémunérées comme des heures supplémentaires (pour un montant exact qui reste à discuter). Ce fut une étrange partie de billard qui vit Mme Touraine impatiente annoncer la bonne nouvelle au sortir du conseil des ministres, soit bien avant que Patrick Pelloux ne parvienne à convaincre ses troupes.

Clairons

Le succès claironné (des deux côtés) de cette « grève éclair » a réveillé les vieilles blessures. Les libéraux y ont retrouvé les préférences idéologiques de la ministre de la Santé pour l’hôpital public. Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF : «  Je m’étonne de la rapidité de cette sortie de crise et de son coût non négligeable ». Claude Leicher, président de MG France : « Cela n’augure rien de bon pour nous car tous les moyens que Mme Touraine met sur l’hôpital, elle ne les met pas dans la médecine libérale générale. »

Pandore

Jusqu’à  Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF), qui représente les hôpitaux publics – (écoutez-le sur Radio Classique) : « Mme Touraine « a ouvert une boîte de Pandore en lâchant très vite sur une demande catégorielle. « Cela fait des mois que nous plaidons pour une conférence nationale du temps de travail à l’hôpital. On prend le sujet par le petit bout de la lorgnette. Il n’y a pas que des urgentistes dans un hôpital. D’autres spécialités comme les gynéco-obstétriciens ou les anesthésistes-réanimateurs vont maintenant faire entendre leurs revendications. » On indique, de bonne source, que c’est effectivement en route.

Patrick Pelloux

La FHF estime que la mesure équivaut à baisser de 20  % le temps de travail des urgentistes soit une facture supplémentaire de 90  millions d’euros.  Un chiffre « non documenté » pour le ministère de la Santé, un montant « impossible », « délirant » pour Patrick Pelloux.

Et pour le reste ? Le combat continue. Ce sera, au minimum, « une semaine sans médecins libéraux » puisque  les spécialistes se joignent ce mercredi 24 décembre au mouvement de grève des généralistes entamé la veille.

25 euros vs 23 euros

Fermeture des cabinets et grève des gardes, du 24 au 31 décembre. Outre la revalorisation à 25 euros des consultations pour les généralistes, les libéraux demandent la réécriture (ou plus précisément le retrait pur et simple du projet de loi Santé « porté par »  Marisol Touraine. Le tout sur fond d’appels catégoriels à la grève divers et variés.  Tous dénoncent la généralisation du tiers payant, ses difficultés de mise en œuvre et les retards de paiement que pourrait entraîner le dispositif.

 Piquant

Tous en veulent aussi, vieille antienne,  à la volonté gouvernementale « d’étatiser » la médecine libérale. On peut voir là une forme de nostalgie d’un âge d’or d’une médecine d’avant les antibiotiques. Un âge d’or qui n’a jamais véritablement existé  à l’exception de quelques mandarins nantis. « C’est une bureaucratisation et une administration de la médecine libérale avec l’hôpital au milieu, juge Jean-Paul Ortiz. La CSMF redoute (de même que la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) qui appelle à la fermeture des cliniques à partir du 5 janvier)  l’exclusion des établissements privés du nouveau service public hospitalier. Ce qui ne manque pas de piquant.

Gérard Bapt

Pour l’heure, Marisol Touraine « exclut de répondre aux revendications des libéraux avant la rentrée » assure l’AFP (1). Ce n’est en effet qu’en janvier que seront relancées les discussions sur son projet de loi – qui ne sera quant à lui discuté au Parlement qu’au printemps. Décrié par les professionnels, ce projet de loi l’est également par l’opposition.  L’UMP réclame son retrait. Même au sein de la majorité. Mais le texte ne fait pas non plus l’unanimité au sein de la majorité socialiste. A commencer par l’influent député (PS, Haute-Garonne). Gérard Bapt qui ne fait pas mystère des critiques qu’il formule quant à la mauvaise méthode de Marisol Touraine.

A demain

(1) « Nous n’assistons à aucun afflux de patients en direction des urgences (…) qui fonctionnent de façon normale»  a toutefois commenté la ministre de la Santé dans l’après-midi du 24 décembre, en marge d’une visite dans un hôpital parisien. « Il n’y pas de report vers les urgences de patients qui auraient des difficultés pour trouver un médecin» , a-t-elle insisté, ajoutant que «la situation sur le terrain était parfaitement calme et maîtrisée»

« J’invite à regarder avec précaution les chiffres avancés du nombre de grévistes» a-t-elle aussi déclaré, pour deux raisons: « les médecins ne sont pas tenus de se déclarer et il y a des cabinets qui sont fermés de toute façon parce que c’est la période des fêtes».

Urgentistes : Il suffisait à Patrick Pelloux de demander, aussitôt la grève est levée

Bonjour

Vingt-quatre petites heures et puis terminé. Noël avant l’heure. L’Association des médecins urgentistes de France (Amuf) a annoncé dans la matinée du mardi 23 décembre la levée, le jour même, de son préavis de grève. Un record de vitesse pour un  « accord historique ».

« Nous avons décidé de lever le préavis de grève à partir d’aujourd’hui, a annoncé devant les caméras regroupées le leader Patrick Pelloux, président de l’Amuf. Même si on n’a pas tout obtenu, il nous semble que la reconnaissance du plancher de 39 heures et le déclenchement des heures supplémentaires à partir de ce plancher sont un accord historique. Nous n’avons pas eu de progrès social depuis quatorze ans. »

« Pas le moment »

Les urgentistes avaient entamé une « grève illimitée » pour contester leurs conditions de travail et demander une semaine plafonnée à 48 heures (comme l’impose la législation européenne) la rémunération des heures supplémentaires au-delà de 39 heures, ainsi que l’harmonisation des rémunérations pour les gardes.

« Les médecins universitaires sont par exemple payés deux cents euros de plus par garde que les praticiens hospitaliers et les libéraux ont obtenu la défiscalisation d’une partie ou de l’intégralité de leurs revenus pour la permanence des soins rappelle l’Agence France Presse. Ils n’ont en revanche pas obtenu gain de cause sur le dernier point. » Mais Patrick Pelloux sait être raisonnable : il dit comprendre : « ce n’était pas le moment » ; dans le contexte budgétaire actuel, l’harmonisation des rémunérations pour tous les praticiens « coûterait trop cher ». Il ne dit toutefois pas combien (1).  « La reconnaissance des 39 heures est déjà considérable (…), cet accord permet de clarifier le temps de travail de tous les urgentistes, commente le prolixe urgentiste. La France se met enfin en ordre de bataille pour répondre à la directive européenne. »

Echanges fructueux

Sans doute reste-t-il des points à négocier. Ainsi le montant des rémunérations des heures supplémentaires devrait-il  faire l’objet d’un décret (attendu d’ici à avril 2015). Le protocole d’accord obtenu à l’issue de la grève devrait quant à lui entrer en vigueur dès le 1er janvier. Le président de l’Amuf (récemment décoré de la Légion d’honneur) a souligné « la qualité des échanges » avec le gouvernement. Il y a bien eu un petit problème avec ce gouvernement.

Le porte-parole de l’Amuf, Christophe Prudhomme, a ainsi dit haut et fort qu’il avait été « choqué » que Marisol Touraine, ministre de la Santé, annonce la fin de la grève des urgentistes « avant de leur avoir transmis le texte ». N’importe quel gréviste aurait été choqué. Il en est même qui aurait joué de la situation et du nouveau rapport de force ainsi constitué.

Enthousiasmes

Ce n’a pas été le cas du gréviste Patrick Pelloux. Il estime que Marisol Touraine n’a, ici, nullement « cafouillé ». « Je ne prends pas ça mal, je pense que la ministre a été enthousiaste » a encore dit Patrick Pelloux. Où l’on voit que l’enthousiasme est un concept contagieux à géométrie hautement variable.

Mardi 23 décembre. La grève des urgentistes s’achève. Celle des généralistes commence.

A demain

(1) Pour sa part Frédéric Valletoux  président de la Fédération hospitalière de France (FHF) , estime que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, avait « lâché » face aux urgentistes, dénonçant une facture de « 90 millions d’euros pour les hôpitaux ».

« Ce que j’ai entendu [lundi 22 décembre] de la ministre est surprenant : au bout de quelques heures, elle a lâché, pour essayer de faire revenir tout le monde à raison, des mesures catégorielles sur le temps de travail qui étaient demandées depuis longtemps par les urgentistes mais qui, au final, aboutiraient à un coût supplémentaire pour l’hôpital de près de 90 millions d’euros », a déclaré sur Radio Classique le président de la FHF, qui représente les établissements en tant qu’employeurs. Ces 90 millions d’euros, « c’est l’estimation qu’on a faite, nous, des mesures qu’elle a annoncées (…)  90 millions il faut les rapporter aux 400 millions d’euros de déficit de l’hôpital ».