A quand les donneurs de sperme français qui laisseraient une «trace de leur paternité» ?

Bonjour

« Le Pr François Olivennes, grand spécialiste de la médecine procréative, a permis la naissance de milliers d’enfants grâce aux progrès de l’assistance médicale à la procréation, nous dit Le Point. Il n’a jamais dissimulé qu’il aidait parfois ses patientes, seules ou en couple homosexuel, à aller se faire inséminer à l’étranger. » Ancien de l’hôpital public passé au privé le Dr Olivennes (centre de FIV Eylau La Muette) a accordé un entretien au Point (Violaine de Montclos). Il y commente le dernier avis du Comité national d’éthique (CCNE) sur l’accès des femmes seules et/ou homosexuelles à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur anonyme.

« Cela fait très longtemps que je plaide pour cette ouverture, rappelle le Dr Olivennes. La plupart de nos voisins européens l’ont déjà autorisée et nous, médecins, sommes constamment sollicités par nos patientes, notamment par les femmes seules, dont la demande est en augmentation exponentielle. Avant, je devais en recevoir une par mois. Aujourd’hui, c’est au bas mot deux patientes par semaine. »

Solitude du passage à l’acte

Qui sont ces femmes ? « Certaines femmes en demande d’insémination vivent dans un clair rejet des hommes, et cela peut poser problème dans la relation à l’enfant, surtout s’il s’agit d’un garçon, précise-t-il. Mais la plupart ne sont pas dans ce schéma : elles ont eu des relations avec des hommes, ont vécu des ruptures, ou vivent avec un homme qui les fait, comme on dit, ‘’mariner’’. Quand elles s’aperçoivent que l’horloge biologique tourne, elles décident de passer à l’acte seules. »

Mais accorder, comme le propose le CCNE, l’accès à des inséminations artificielles avec sperme de donneur anonyme n’est-ce pas prendre le risque de devoir « rendre des comptes, dans trente ans, à des enfants que la société aura sciemment privés de père » ? Le Dr Olivennes a, ici, une solution toute personnelle :

« La France pourrait adopter une position originale sur le sujet en autorisant l’AMP aux femmes seules ou en couple à la seule condition que le donneur soit connu, et même, pourquoi pas, qu’il soit un ami, une relation. Pas un père au sens légal, mais au moins une trace dans l’histoire de l’enfant. »

Un donneur « de circonstance », en somme. Or on sait que précisément, ceci est impossible puisqu’en France la loi impose l’anonymat (et la gratuité) pour les dons de sperme.

Faudrait-il, ici aussi, changer la loi ? Le Dr Olivennes ne le dit pas. Pas plus qu’il ne rappelle les raisons médicales et éthiques qui ont conduit le législateur (en 1994) à reprendre à son compte le système mis au point et développé à partir de 1973 par le par le Pr Georges David à l’hôpital de Bicêtre) – une époque qui voyait des gynécologues-obstétriciens avoir recours, pour des IAD,  à du sperme frais obtenu moyennant rétribution dans des cabinets privés.

Quatre à cinq fois par semaine

L’écrivain Gilles Paris, 58 ans, rapportait ainsi il y a peu qu’après son baccalauréat il avait, dans les années 1980, enchaîné des tas de « petits boulots » : manutentionnaire, testeur de médicaments et donneur de sperme. « A l’époque, on nous appelait les donneurs sauvages. J’ai appris que j’avais fait naître 148 enfants entre 1980 et 1992 », a-t-il confié sur les ondes de Radio France (et à Paris Match ).

« Je l’ai donné à des gynécologues. Les couples qui déposaient un dossier à la banque du sperme attendaient trop longtemps. Les médecins nous répertoriaient dans leurs calepins à la lettre S, comme sperme. (..) J’y allais quatre à cinq fois par semaine. C’était payé 350 francs (53 euros) par don. Les médecins avec qui j’ai sympathisé au fil du temps ont fini par me dire quand ça marchait. »

« Il apprend ainsi qu’il a fait naître 148 enfants… s’extasie Femme Actuelle. Des bébés aujourd’hui âgés de 25 à 37 ans. » Pour ceux qui douteraient peut-être de leur paternité, le magazine féminin offre la photo de Gilles Paris.

A demain

Edouard Philippe, Bayrou et les journalistes : la «petite affaire d’Etat» tourne vinaigre

 

Bonjour

C’est l’histoire d’un trop vieil élève qui se rebiffe contre son trop jeune maître. L’histoire d’un exécutif qui perd son sang-froid et se donne en spectacle. Une histoire que ne saurait goûter un président de la République occupé à concentrer tous les pouvoirs 1.

Soit François Bayrou, 66 ans, Ministre d’État, Garde des Sceaux, ministre de la Justice. Mercredi 7 juin le citoyen Bayrou prend son téléphone républicain pour joindre Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l’investigation de Radio France. Et de se plaindre de l’enquête que mènent les journalistes de la Maison ronde sur les soupçons d’emplois fictifs des assistants du MoDem (son propre parti politique) au Parlement européen. Les plus anciennes cartes de presse revoient soudain planer l’ombre de l’ORTF. Le citoyen Bayrou au journaliste Monin :

“Des gens de chez vous sont en train de téléphoner à des salariés du MoDem, de les harceler de manière inquisitrice, et de jeter le soupçon sur leur probité. C’est inacceptable. »

Et de s’expliquer à l’AFP et à Mediapart :

« J’ai dit que les jeunes femmes ressentaient comme du harcèlement ces appels sur leurs portables personnels ». « Ce n’est pas une menace, ni de l’intimidation. J’ai seulement dit que je trouvais cela choquant ». « Je ne fais jamais pression sur les journalistes. On n’est pas condamné au silence parce qu’on est Garde des Sceaux ».

Un « truc assez simple »

C’est peu dire que l’affaire fait désordre. On parle de pressions inacceptables. Dominique Pradalié, secrétaire nationale du SNJ, premier syndicat chez les journalistes, parle d’une « petite affaire d’Etat ». Six jours plus tard c’est le Premier ministre, Edouard Philippe, 46 ans, qui monte au créneau radiophonique et rappelle au Garde des Sceaux ce qu’est le concept d’exemplarité. Sur France Info :

« Le truc est assez simple : quand on est ministre on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen. Je comprends parfaitement que l’homme François Bayrou ait été agacé peut-être (…) par la façon dont les questions étaient posées, avec beaucoup de pression probablement, sur des gens qui ne s’y attendaient pas »,

« Il se trouve que, quand on est ministre, on n’est plus simplement un homme animé par ses passions ou sa mauvaise humeur, ou par son indignation. J’ai indiqué à l’ensemble de mes ministres qu’il fallait systématiquement penser à cette question de l’exemplarité, pas seulement au titre des fonctions qu’on occupe, mais parce que justement lorsque vous êtes ministre, vos actes, vos propos, votre façon de réagir, parfaitement humaine, n’est jamais interprétée (…) comme simplement humaine, mais toujours dans le cadre de ces fonctions. »

Camouflet au Premier ministre

 Et le ministre d’Etat de se rebiffer. Quelques heures plus tard, lors d’un déplacement et devant la presse :

« Chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire à des Français, des responsables, qu’ils soient politiques, qu’ils soient journalistiques, qu’ils soient médiatiques, chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire, je le dirai.  Il faut aussi qu’il puisse y avoir le rappel d’un certain nombre de convictions civiques que nous devons partager tous.

 « Quand il y a quelque chose à dire, on le dit. On le dit simplement, on le dit sans aucune pression, mais on le dit. Pour que le dialogue civique entre journalistes et responsables et citoyens soit un dialogue franc. »

Comment ne pas voir là un camouflet au Premier ministre ? Alors que la communication gouvernementale est plus que verrouillée depuis le Palais de l’Elysée on peut voir là, déjà, un premier symptôme. Inquiétant ou rassurant ? Nous le saurons sous peu.

A demain

1 Les sociétés de journalistes de vingt-trois médias considèrent, dans un communiqué commun publié mardi 13 juin, que le gouvernement continue d’envoyer « des signaux extrêmement préoccupants » au regard de l’indépendance des médias et de la protection des sources. « Face à la liberté d’informer, le nouvel exécutif fait le choix de la tentative de pression, de la répression judiciaire et du procès d’intention » écrivent les sociétés des journalistes de l’AFP, Alternatives économiques, BFM-TV, Les Echos, Europe 1, L’Express, France 2, Rédaction nationale de France 3, Libération, les JT de M6, Mediapart, Le Monde, L’Obs, Le Point, Premières Lignes Télévision, Radio France, RFI, RMC, RTL, Télérama, La Vie et les rédactions de Dream Way Production et LaTeleLibre.

 

France Culture interdit son antenne à un chroniqueur qui a pris position pour Macron

 

Bonjour

La tragédie continue, mais là où on ne l’attendait pas. Sous la férule de Philippe Meyer l’émission dominicale « L’Esprit public » constitue l’une des pépites de cette mine intellectuelle qu’est France Culture. C’est une « mise en perspective de l’actualité politique au cours d’un débat d’intellectuels engagés. Polémique, impertinence, mais aussi respect et sympathie ». Et l’un des chroniqueurs-phares de cette émission en était Jean-Louis Bourlanges, homme politique, essayiste, débatteur comme il en existe peu, puits d’humour et de culture comme on n’en rencontre pratiquement plus sur les ondes et les écrans.

Nous écrivons au passé, non parce que Jean-Louis Bourlanges est mort, mais bien parce que nous ne l’entendrons plus professer à l’heure de cette messe laïque. Tout a été expliqué lors de l’émission du 4 mars, que l’on peut entendre ici : « Les suites de l’affaire Fillon // le programme d’Emmanuel Macron ». C’est un moment que l’on tiendra pour important de notre histoire politique, radiophonique, culturelle. Mais laissons la place aux acteurs.

Les idées d’un côté, l’engagement de l’autre

Philippe Meyer a d’abord lu à l’antenne ce message de la journaliste directrice de France Culture Sandrine Treiner :

« (…) Nous nous heurtons donc à deux problèmes bien évidents. Le premier est celui des temps de parole. Chaque émission équilibre durant l’année ses temps de parole, raison pour laquelle nous limitons les politiques ou leurs soutiens déclarés aux émissions susceptibles de maintenir les équilibres entre toutes les familles politiques, de l’extrême-gauche à l’extrême droite. L’enjeu est d’autant plus brûlant en période de campagne, cela va sans dire.

« En l’occurrence, l’engagement public de Jean-Louis Bourlanges auprès d’Emmanuel Macron pose un problème insoluble. Mais le tout ne s’arrête pas là. Les médias de service public sont interpellés de manière de plus en plus fréquente sur leurs supposées positions partisanes. La question de la crédibilité de nos antennes n’est pas négociable. Comment une personnalité déclarée aux côtés d’un candidat pourrait-elle raisonnablement continuer à commenter la campagne électorale et donc son propre candidat et ses adversaires ? C’est évidemment impensable.

« Les idées sont une chose, l’engagement public auprès d’une personne en particulier en est une autre. En tant que directrice de la chaine, je suis garante de ces principes déontologiques. Cette question a été débattue entre tous les directeurs de Radio France et les mêmes usages seront appliqués partout. J’en profite d’ailleurs pour te transmettre dans un instant des réactions reçues et transmises par le médiateur si tu voulais lui répondre. Je discuterai donc avec Jean-Louis Bourlanges, et tout autre collaborateur régulier de la chaine qui viendrait à se déclarer officiellement. Il va de soi que dès l’élection passée, il retrouvera toute sa place sur notre antenne. »

Puis Philippe Meyer a ensuite lu une lettre de Jean-Louis Bourlanges (nous n’utilisons pas l’italique et ajoutons les intertitres) :

« Lettre à Philippe Meyer et aux auditeurs de l’Esprit public :

« Je m’adresse à vous, cher Philippe, chers camarades, et chers auditeurs de l’Esprit public, pour vous dire au revoir. La direction de France Culture a décidé de m’interdire toute participation à l’Esprit public pendant la durée de la campagne pour l’élection présidentielle, sous prétexte que j’ai affiché publiquement ma préférence pour l’un des candidats en compétition, en l’occurrence pour Emmanuel Macron.

« Cette décision est doublement incohérente. Elle l’est d’abord parce que je ne participe pas à cette émission en qualité de journaliste tenu à un devoir de neutralité et d’impartialité, ce que je ne suis pas et que je n’ai jamais été, mais comme ce que Raymond Aron appelait  » un spectateur engagé “, invité en raison et non en dépit de ses prises de position dans le débat public. Parlementaire européen du centre pendant près de vingt ans, longtemps vice-président de l’UDF, je n’ai jamais fait mystère de mon engagement  » libéral, social et européen  » et j’ai toujours eu à cœur au cours des quinze dernières années d’afficher mes couleurs à chaque élection présidentielle ou législative.

Spectateur engagé

« L’incohérence de la décision se lit aussi dans le calendrier choisi. Pourquoi limiter la mise en œuvre de la sanction à la seule campagne présidentielle et me promettre un retour à l’antenne sitôt ce grand rendez-vous passé, alors que la question se posera en des termes strictement identiques pour la campagne des élections législatives et devrait en bonne logique appeler la prolongation du « régime spécial » qui m’est réservé ? N’était-il pas déjà contraire à la logique dont on argumente que la direction de France Culture ne se soit pas ému de me voir il y a quelques semaines prendre position en faveur d’Alain Juppé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre. Sans doute avait-elle alors conscience de cette évidence aujourd’hui oubliée : c’est la raison d’être de l »Esprit Public que d’organiser un dialogue, voire une confrontation, civilisés entre des personnalités engagées à des titres divers dans la vie de la Cité.

Ces incohérences comme les explications embarrassées de la directrice de l’antenne révèlent que la raison véritable de mon ostracisme est d’un autre ordre : il ne s’agit pas de veiller, très légitimement, à l’équilibre des temps de parole entre les partisans des différents candidats mais, l’allusion au courrier reçu par le médiateur est éclairante à cet égard, de me sanctionner pour les propos très durs que j’ai tenus sur l’un des candidats en le qualifiant de  » sournois, arrogant et corrompu ».

Droit à l’intimidation

Bien que je ne sois pas seul à formuler une appréciation aussi sévère sur M. Fillon, je comprends que mes propos aient pu choquer certains auditeurs et je ne peux que le regretter. Je constate toutefois qu’ils n’ont pas donné lieu à une plainte pour diffamation, plainte que j’aurais d’ailleurs, en l’état présent du dossier Fillon, accueillie avec sérénité. On sait – et qui les en blâmerait ? – que les partis politiques excellent à susciter des réactions collectives organisées aux propos qui les dérangent. Céder à ces pressions, de la part d’un média comme France Culture revient à reconnaitre à certains groupes un droit à l’intimidation et à justifier du même coup l’institution d’un véritable délit d’opinion opposable à ceux qui interviennent sur son antenne.

« Vous comprendrez que tout en moi m’interdit de cautionner de telles pratiques. Je veux bien être un intermittent du spectacle mais pas un intermittent de la censure. J’ai donc décidé de mettre un terme définitif à ma participation à Esprit public. Après plus de quinze ans de présence hebdomadaire au cœur de la Maison ronde, cette décision me coûte mais elle est inévitable. Je remercie tous ceux, réalisateurs, techniciens, assistants qui m’ont permis de m’adresser librement à vous chaque semaine.

« Ma gratitude va, bien entendu, d’abord à Philippe Meyer qui m’a donné cette magnifique tribune et qui, de plus, m’a supporté pendant de longues années avec un stoïcisme qui mérite hommage. Je l’adjure de continuer aussi longtemps qu’on lui en laissera le pouvoir à porter cette émission nécessaire. Pour ma part, je me contenterai en vous quittant de pousser deux vivats qui devraient n’en faire qu’un : vive France Culture, vive la liberté de l’esprit ! »

A demain

A compter du 1er janvier, France Inter ne saura plus parler qu’aux seuls Français connectés

 

Bonjour

2017 : ne pas céder à la nostalgie. Ce sera parfois difficile. A compter du 1er janvier 2017, le service public radiophonique n’émettra plus en « grandes ondes ». La fin d’un monde. Que va devenir l’émetteur d’Allouis (Cher) et ses 162 kHz ? Où sont les postes qui trônaient sur les cheminées ? Qui se souvient de ceux qui se souvenaient de Paris-Inter ?

C’est annoncé, ce sera chose faite au 1er janvier : France Inter va faire une croix définitive sur la diffusion de ses programmes en « grandes ondes ». On connaît des vignerons qui, en Touraine, s’en désolent. Il en va de même des pêcheurs et de tous les vrais amoureux de la mer. Le Monde (qui est presque de la classe de France Inter) verse une larme sur « la fin d’un mode de propagation de la radio lancé au début du XXe siècle », sur la fin de  cette technique qui « permettait d’inonder la quasi-totalité du territoire, notamment les zones maritimes ». Et de pleurer sur de bulletin météo à forte consonance poétique qui, depuis 2008, n’était plus émis que sur cette fréquence.

116 avenue du Président-Kennedy, Paris

On grogne, en Touraine comme sur nos côtes. De nombreux auditeurs protestent (dans des lettres écrites sur des feuilles de papier et envoyées à Radio France 116 avenue du Président-Kennedy, Paris) contre la fin de cet univers à part dans le paysage radiophonique national. La belle affaire ! Les dirigeants intouchables de Radio France expliquent que la fin des programmes en grandes ondes permettra à la station de réaliser près de 13 millions d’euros d’économies par an. Ils répondent aussi que le service public couvre 97 % de la population avec ses fréquences FM, et que les 3 % restants peuvent écouter la radio grâce à Internet. On n’est pas loin de penser, en Touraine, en Auvergne et sur les côtes, que ces dirigeants se moquent ouvertement du monde.

Le vieux Monde parle à ses lecteurs de certains chroniqueurs de la station radiophonique qui ne partagent pas les choix de leur direction.  Soutenue par l’équipe de « Si tu reviens j’annule tout », l’humoriste Charline Vanhoenacker a rédigé une lettre ouverte pour dénoncer la fin de la diffusion de France Inter en ondes longues.

« A l’intérieur du pays, nos émissions ne parviendront plus dans les campagnes où la FM est capricieuse, et elles n’entreront plus dans les embarcations des marins qui choisissaient nos voix pour compagnie, et s’informaient de la météo marine. »

Cages à homards bleus

L’humoriste regrette au passage que sa chaîne n’ait pas pris le tournant de la RNT (radio numérique terrestre) qui aurait permis d’éviter que les auditeurs en ondes longues soient laissés pour compte. Et de conclure « Le service public continue sa mission d’utilité sociale, mais uniquement pour la société connectée. » Merci Charline, citoyenne belge.

 Vade retro nostalgie ! France Inter explique que de nombreux recours sont possibles pour continuer à écouter leur radio. L’arrêt de la météo marine ? La radio explique que cette pratique était tombée en désuétude, que les marins n’ont plus besoin de ce programme pour connaître les conditions de navigation. Comme si la poétique maritime n’existait pas. Les nostalgiques, écrit Le Monde, ont pu écouter la toute dernière météo marine dimanche 25 décembre, juste après le bulletin d’informations de 20 h. Des croix se dressent, désormais sur les zones maritimes internationales. C’en est fini de Circéo, Cromarty, Fisher, Iroise, Pazenn et Palos.

On peut vivre sans Cromarty et sans Iroise, bien sûr. Mais vit-on aussi bien dans les cages à homards bleus des hyperconnectés ? 2017 : surtout, ne pas céder à la nostalgie.

A demain

Double emploi : on n’entendra plus chanter Philippe Meyer sur les ondes de France Inter

Bonjour

Les pages tournent à une vitesse sans cesse accélérée. C’est une information du Monde où, jadis, il aurait pu entrer. Le Monde d’avant, dans cette petite rue des Italiens qui donnait sur les grands boulevards d’alors. Le Monde d’aujourd’hui, celui de Blanqui et de la Glacière nous apprend que cette figure s’apprête à quitter France Inter. Nous parlons ici de Philippe Meyer né le jour de Noël 1947 à Germersheim (Allemagne).

Après mille et une aventures culturelles, politiques et journalistiques l’homme animait chaque semaine La prochaine fois je vous le chanterai sur France Inter ainsi que, pendant la messe, le dominical et réjouissant L’Esprit public sur France Culture.

Prié de quitter l’antenne

« On me prie de quitter l’antenne de France Inter », a expliqué au Monde, lundi 6 juin, M. Meyer, qui présente son émission chantante depuis maintenant quatorze années. La raison invoquée par Radio France ? Elle est classique et de circonstance : la direction « souhaite cantonner les producteurs d’émissions à une seule chaîne ». En 2015, Frédéric Lodéon, 64 ans, présent sur France Inter et France Musique, avait été limité à cette dernière. Aujourd’hui, ce sont Laure Adler, 66 ans, (par ailleurs membre du conseil de surveillance du Monde) et Philippe Meyer, tous deux présents sur Culture et Inter, qui sont concernés.

C’est ainsi que Mme Adler restera présente sur France Inter (où elle héritera de l’émission quotidienne de Kathleen Evin, en soirée). Pour sa part M. Meyer conserverait la charge de « L’Esprit public », sur France Culture – mais il se plaint de ne pas encore savoir à quelles conditions. « C’est un choix éditorial », assume le directeur délégué aux antennes et aux programmes, Frédéric Schlesinger, 63 ans, qui promet au producteur « un rôle élargi » sur France Culture. Elargir le rôle en fermant le micro ?

Crocodile antique

Entré à Radio France en 1982 Philippe Meyer demeure contre vents et marées, à 68 ans, ce que Le Monde appelle « une figure des mondes culturel et politique ». On se souvient peut-être qu’en mars 2015, lors d’une violente crise à Radio France, l’homme avait publié une tribune dans Le Monde – un texte à l’ancienne aux allures de réquisitoire envers la direction de l’entreprise publique et son président controversé : Mathieu Gallet. Son texte était titré : « Il faut stopper la dérive de Radio France ».

Nous avions pour notre part alors évoqué, sur ce blog, cette initiative : « Radio France est en colère : dans Le Monde lire la tribune, au vitriol, de  Philippe Meyer ». Evoquant l’affaire avec un confrère (passé par Le Monde) nous nous entendîmes répondre qu’il s’agissait là de bien vieilles guerres. Et encore que Philippe Meyer était, tout bien pesé un antique crocodile. Est-ce dire qu’il n’a pas le droit, lui aussi, d’essuyer une larme ?

Errante hirondelle

Ecossant des petits pois, samedi dernier, nous écoutions d’un tympan amusé  les vinyles diffusés sur France Inter par M. Meyer. Il continuait de dérouler, de faire la part belle à l’intelligence, à la langue française et aux poètes qui la chantent. Colette Magny et Victor Hugo. Ferré sans cesse revisité. C’était presque trop beau. Combien étions-nous à partager ce festin ? Quand, sur quelles ondes et en quel pays pourrons-nous encore entendre, grâce à Lamartine et Brassens, l’enfant des chaumières glaner sur les bruyères le bois tombé des forêts ?

A demain

« Simili-bikinigate » : SOS Racisme fait le choix du mea culpa mais s’en prend aux médias

Bonjour

Il n’est jamais trop tard pour passer à confesse. Chacun se souvient du « Simili-bikinigate », cette boursouflure médiatique qui n’aurait jamais dû voir le jour ; ce fait divers mal raconté et qui donna lieu à quelques interprétations spontanées d’autant plus passionnées que les faits n’étaient pas prouvés (1).  Un crêpage de chignon à l’ombre de la cathédrale de Reims devenu affaire médiatique, politique, religieuse. Mais une affaire, finalement, où il n’était question ni de morale ni de religion. Elle donna pourtant lieu à un appel à manifester – puis à une manifestation- bikini qui avait tourné au ridicule médiatique : fin de canicule et sept personnes sous un ciel gris et pluvieux.

Nous avons donné la version de L’Union de Reims. Aujourd’hui c’est Dominique Sopo,président de SOS Racisme qui, sur son site, revient sur le sujet . Voici son texte (nous avons ajouté les inters):

« Lorsque le journal L’Union de Reims relata ce samedi un lynchage envers une jeune fille portant un maillot de bain au parc Léo-Lagrange de Reims, en évoquant comme un fait établi l’aspect moral de l’agression, de jeunes militantes rémoises de SOS Racisme ont décidé d’organiser un rassemblement dès le lendemain en forme de pied de nez à ce qui semblait relever d’une logique contraire à la liberté de choix des femmes.

Mauvaise séquence

Sans jamais évoquer le potentiel aspect religieux de l’affaire – puisque cela relevait clairement d‘une interprétation de l’auteur de l’article -, l’association s’est donc trouvée entraînée dans une très mauvaise séquence qui s’explique par trois éléments :

– La reprise par maints médias de cette histoire de lynchage, qui n’est pas sans rappeler « l’affaire du RER D » de 2004 (je me souviens à cet égard d’une station de Radio France qui avait appelé maints responsables associatifs en assurant qu’une vérification auprès du ministère de l’Intérieur leur permettait d’affirmer la réalité de cette affaire pour, quelques jours plus tard, interroger les mêmes responsables sur l’ « emballement des associations et des politiques »).

– L’exploitation immédiate de cette histoire par l’extrême-droite qui ne défendait évidemment pas là une quelconque liberté de choix mais, comme à son habitude, une stigmatisation immédiate et massive des musulmans, alors même que les très imprudents articles de presse ne citaient jamais une quelconque confession.

– Bien évidemment, le fait que l’aspect moral ait fini par être écarté, malgré ce qui était écrit telle une certitude dans l’article de l’Union de Reims.

Mauvaise conseillère

La précipitation est mauvaise conseillère et un appel au rassemblement, qui aurait pu avoir sa légitimité sur des faits solidement étayés, n’aurait pas dû être prévu pour le lendemain, quelles qu’aient pu être la frénésie des réseaux sociaux et l’emballement médiatique. Par ailleurs, une fois que les autorités judiciaires ont démenti tout aspect moral dans cette bagarre, le rassemblement prévu aurait dû être annulé.

Sans que cela remette en cause les motivations des militantes rémoises accusées par certains habitués de ces diatribes de vouloir s’en prendre aux musulmans (je répugne à détailler les origines et les confessions des militantes rémoises afin de montrer l’inanité d’une telle pensée), cette séquence était une erreur à laquelle nous aurions dû avoir, au niveau national, la réactivité suffisante afin d’y mettre un terme

Certains comportements

Par ailleurs, car cette affaire devient malheureusement typique de certains comportements, je me permets de clore cette mise au point par trois remarques :

– Première remarque : pour répondre à l’étonnement de certains face au lancement par SOS Racisme d’une mobilisation davantage féministe qu’antiraciste, je rappelle que l’association mène les combats qu’elle entend et qui, bien souvent, débordent le champ de l’antiracisme pour s’étendre à celui de la défense de la liberté et de l’égalité (combats féministes, soutien aux révolutions dans le monde arabe, lutte contre l’homophobie, défense de la démocratie…).

– Deuxième remarque pour certains politiques qui sous-entendent contre toute évidence que SOS Racisme s’en prendrait aux musulmans : le temps des colonies est fini et il leur est loisible de laisser leurs éventuels mandats à des musulmans, ce qui serait la plus forte preuve d’amour et contribuerait à remédier à la dramatique sous-représentation de plusieurs catégories de la population dans nos assemblées.

– Troisième remarque à l’adresse de nombre de médias : après avoir abondamment relayé les informations de l’Union de Reims toute la soirée du samedi et une bonne partie de la journée de dimanche, certains médias ont eu la délicatesse de mettre une fois de plus la frénésie au débit des politiques, des associatifs et des réseaux sociaux. Où l’on apprend qu’une profusion d’articles qui ont entraîné un rassemblement trop rapidement décidé est due à ce rassemblement. Où l’on apprend donc que la conséquence serait la cause de la cause… »

Contrition

Passer à confesse impose le plus souvent un acte de contrition. Le Monde (Pascale Robert-Diard) observe que  l’affaire a  conduit SOS Racisme « à faire disparaître de l’organigramme de son site le nom de Daniel Dhombres qui en assurait la coordination éditoriale ». Celui-ci avait publié dimanche sur Twitter, un tweet dans lequel il invoquait « l’origine » des jeunes filles pour accréditer l’hypothèse d’un « motif religieux » à l’agression.

A demain

(1) Au chapitre des « certitudes sans preuves » une lecture d’été (et de rentrée) vivement conseillée : « Croyance » de Jean-Claude Carrière. Editions Odile Jacob. Par  l’inégalable auteur de  la « Controverse de Valladolid ».

Le tiers payant généralisé est voté. Marisol Touraine nous donne rendez-vous dans dix ans

Bonjour

Marisol Touraine a-t-elle véritablement gagné ? C’est dans un hémicycle pratiquement vide (trente-cinq députés) qu’a été votée (en première lecture et dans la matinée du jeudi 9 avril)  la « généralisation progressive du tiers payant », l’une des « mesures phares » (article 18) du projet de loi de modernisation du système de santé, l’une des mesures les plus combattues par la droite politique comme par le corps médical libéral. Vingt-trois voix contre douze : on aurait pu rêver d’une plus grande énergie démocratique.

Droite extrême

« Je suis certaine que, dans dix ans, on ne parlera plus du tiers payant parce qu’il sera devenu une banalité, une norme, une simplicité, a lancé la ministre de la Santé. Beaucoup des réticences [des médecins libéraux] viennent de leur inquiétude quant à la mise en œuvre technique et concrète du système. » Dans dix ans nous serons en 2015. Où en sera la médecine libérale ? Où en serons les déserts médicaux ? Où en sera la Sécurité sociale ? Où en seront les renoncements aux soins pour raisons financières ? Où en seront les prises en charge des connections dentaires et oculaires ?

2015… Où en sera l’extrême droite qui dénonce (avec une fraction de la droite) une « déresponsabilisation des patients » et « une bureaucratisation des médecins », qui seront confrontés selon eux à « un décuplement de la paperasserie au détriment du temps consacré aux soins ». « Il n’y a pas de problème d’accès aux soins en France en dehors des prothèses dentaires, auditives et des lunettes », a d’ailleurs protesté l’ancien président (UMP) de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer (ORL de profession, précise l’Agence France Presse).

Cigarette électronique

« Rappelant que « les médecins sont allés dans la rue », ce qui est « rare », son collègue Bernard Debré (UMP), chirurgien de profession, a affirmé qu’ils voulaient s’opposer à un mécanisme qui va rendre « leur métier plus difficile » » dit encore l’AFP. Bernard Debré a de la mémoire : il était déjà dans la rue quand les soviétiques étaient aux portes de Paris, et Jack Ralite avenue de Ségur. François Mitterrand venait de remonter la rue Soufflot, une rose à la main (1) bien des magots étaient, dit-on, en Suisse. Déjà. On fumait dans les salles de cinéma et personne n’imaginait qu’un jour le successeur de Jack Ralite serait furieusement contre la cigarette électronique.

C’était il y a trente-quatre ans. Et puis nous voici en 2015. Radio-France est en grève comme elle ne l’a jamais été. Mais, heureusement pour la démocratie nous avons l’AFP. « Quasi généralisée à l’hôpital, la dispense d’avance de frais ne concerne actuellement que 30% des consultations dans les cabinets médicaux de ville, essentiellement pour les patients bénéficiaires de la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire) et de l’aide médicale d’État, nous rappelle-t-elle. Le budget 2015 de la Sécurité sociale prévoit son extension aux bénéficiaires de l’ACS (aide à l’acquisition d’une complémentaire santé) à partir du 1er juillet. »

Vérité

Le projet de loi Santé va plus loin: les patients pris en charge à 100% par l’Assurance maladie (maladies de longue durée type diabète, femmes enceintes…) pourront prétendre au tiers payant à partir de juillet 2016. Le dispositif doit ensuite être testé pour tous les assurés à partir de janvier 2017, pour devenir « un droit » à la fin novembre 2017.

Fin 2017. Il ne nous restera plus que huit années à patienter pour savoir si, le 9 avril 2015, Marisol Touraine disait la vérité.

A demain

 (1) Sur ce thème on peut lire la remarquable biographie « François Mitterrand » de Michel Winock. Collection NRF Biographies, Gallimard