I-Phones : l’étrange et dérangeante publicité du président Macron pour la marque à la pomme

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29 juin 2017. La photo officielle du nouveau président de la République française vient d’être publiée via le compte Twitter du Palais. Une photo en majesté.  On peut la découvrir ici. C’est un cliché à haute valeur symptomatique, une mine d’ores et déjà explorée et désacralisée comme nous le révèle Slate.fr : « Le portrait officiel d’Emmanuel Macron: le meilleur placement produit pour Apple ».

« La marque à la pomme ne pouvait pas rêver mieux. Négligemment appuyé contre son bureau, fenêtre ouverte sur le jardin ensoleillé de l’Elysée: Emmanuel Macron ne choisit ni le jardin de l’Elysée comme François Hollande ou Jacques Chirac, ni la bibliothèque à la manière de Nicolas Sarkozy ou François Mitterrand. Ce n’est pas la présence du drapeau européen qui choque sur cette photo –Nicolas Sarkozy avait lui même posé avec en 2007–, ni même le faible nombre de livres –on en aperçoit deux à sa gauche, et un ouvert à sa droite.

« La photo tout juste sortie est pourtant déjà historique car, à la droite d’Emmanuel Macron, ce sont bien ses deux iPhones qui sont posés sur le bureau. Des smartphones qui ne sont pas là par hasard, puisqu’une vidéo postée par sa responsable de communication Sibeth Ndiaye le montre en train de les disposer méticuleusement pour la photo. On y voit même le reflet du coq, l’emblème français. »

Le Parisien rappelait en janvier dernier que Bruno Le Roux (aujourd’hui oublié) affirmait en 2015 qu’Emmanuel Macron ne se séparait « jamais de ses deux iPhone. Il envoie des SMS très tard et très tôt ! ».

Stendhal, Gide et De Gaulle

Dans le documentaire sur la campagne du candidat En Marche! réalisé par Yann L’Hénoret, on voyait régulièrement le candidat les yeux sur ses téléphones. Comme le montre cette photo de  Soazig de la Moissonière photographe de la Présidence, que Slate.fr avait  publiée au lendemain de son élection.

« Un sacré coup de pub pour Apple, dont Macron avait visité le siège à Cupertino en janvier 2016, ajoute Slate.fr. D’autant que c’est la première fois qu’il y a un outil technologique sur une photo présidentielle, les internautes n’ont pas manqué de le remarquer. Et cela tombe vraiment bien pour Apple qui fête les dix ans de son produit phare aujourd’hui, le tout premier iPhone a été vendu le 29 juin 2007. »

Jehan Fouquet

Quant aux livres, les autres stars papier, le palais de l’Elysée en a communiqué les titres à un journaliste de ReutersLes Mémoires du Général de GaulleLe Rouge et le Noir de Stendhal et Les Nourritures terrestres d’André Gide. Naturel ? Pas vraiment. La photo a demandé trois jours de retouche, précise un journaliste du Figaro qui a pris le temps d’analyser les métadonnées du cliché officiel.

Bien d’autres éléments passionneront les citoyens curieux des asymétries d’un visage ou, à l’inverse, du port des bagues et de la présence des hampes. Sans oublier l’Horloge dont le locataire des lieux entend, on le sait, être le maître. Le tout sous un ciel de France d’un bleu trop délavé pour faire raisonnablement songer à l’immense Jehan Fouquet.

A demain

Ebola a été identifié en République démocratique du Congo. L’OMS fera-t-elle diligence ?

 

Bonjour

Cette fois l’OMS fera-t-elle diligence ?  Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) ont, jeudi 11 mai, prévenu l’Organisation mondiale de la santé qu’une épidémie à virus Ebola avait été identifiée dans le pays. Selon les informations de RFI, neuf cas suspects auraient été signalés depuis le 22 avril. Trois personnes sont déjà décédées. Pour l’heure, un seul cas a pu être confirmé par des tests menés dans un laboratoire de Kinshasa.

L’épidémie en RDC se serait déclarée dans le nord du pays, à Likati, dans la province du Bas-Uélé – une zone difficile d’accès. Il y a quarante ans c’était en RDC que le virus Ebola avait, pour la première fois, été identifié en 1976, le long de la rivière dont il porte le nom, pas très loin de la zone actuellement touchée 1.

Incurie

Le ministère de la Santé de RDC a sollicité l’appui de l’OMS afin de renforcer la riposte. Dans une déclaration faite à la télévision publique, le ministre de la santé congolais, M. Ilunga Kalenga, a confirmé la réapparition du virus tout en appelant la population « à ne pas céder à la panique ». L’OMS explique qu’elle « travaille en étroite collaboration » avec les autorités congolaises « pour faciliter le déploiement des matériels de protection et du personnel sur le terrain afin de renforcer la surveillance épidémiologique et contrôler très rapidement l’épidémie ».

L’organisation onusienne avait été accusée d’incurie lors de la dernière épidémie qui avait fait 11.000 morts en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. On peut espérer que l’accusation n’aura pas été sans effet.

A demain

1 Sur ce thème : « Une course contre la montre Mes combats contre les virus mortels, sida et Ebola » de Peter Piot. Editions Odile Jacob

Alcool et cannabis sont-ils compatibles avec le caractère « terroriste » d’un attentat ?

Bonjour

Sites et agences de presse ont déjà dit l’essentiel de ce qui s’est passé à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne). Reste une question pour l’heure sans réponse, médico-légale et toxicologique. Résumons. Le parquet antiterroriste a été saisi, samedi 18 mars, après qu’un homme, Ziyed Ben Belgacem, a été abattu par un militaire de l’opération « Sentinelle » au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre – une course-poursuite qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis. Agé de 39 ans, l’homme a été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

Dans un rituel désormais codifié François Molins, procureur de la République de Paris, est venu, dans un style qui n’appartient qu’à lui, dire l’essentiel devant la presse.  Il a précisé que Ziyed Ben Belgacem avait déclaré : « Posez vos armes, mains sur la tête, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts ». Ses dernières paroles témoignent, selon le procureur, qu’il s’agissait d’« un individu extrêmement violent », avec une intention terroriste, déterminé à « aller jusqu’au bout ». Principaux éléments du dossier :

Peu avant 7 heures, samedi matin, Ziyed Ben Belgacem fait l’objet d’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), alors qu’il roule « à vive allure, tous feux éteints », selon M. Molins. Il présente ses papiers, puis ouvre le feu avec un pistolet à grenaille et blesse légèrement un policier. Prend la fuite, et se dirige vers un bar qu’il connaît et où il était quelques heures auparavant. Met en joue des clients, tire sans faire de blessés et abandonne son téléphone sur place.

Machette et cocaïne

Est repéré à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) à la suite d’un car-jacking. Prend la direction d’Orly avec le véhicule volé. « En une heure trente, il y a eu une fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur », selon François Molins. La suite a été maintes fois racontée.  Arrivé à l’aéroport d’Orly peu après 8 heures, il rentre dans le terminal sud. Attaque à 8 h 22 une militaire, arme de poing à la main, et l’utilise comme bouclier, revolver sur la tempe. En se redressant après être parvenu à s’emparer du « Famas » de la militaire, l’attaquant laisse la possibilité aux militaires de le viser ; selon le procureur, le troisième tir lui est fatal. Les enquêteurs ont découvert le revolver à grenaille avec cinq cartouches dont trois percutées, 750 euros en liquide, un Coran, un briquet et un paquet de cigarettes.

Le père et le frère de Ziyed Ben Belgacem ont été placés en garde à vue le même jour. Après le contrôle routier, il les avait appelés pour leur confier « avoir fait une bêtise ». Un cousin a également été placé en garde à vue après s’être spontanément présenté aux policiers. Il avait croisé Ben Belgacem dans la nuit. Dimanche matin, son père a été relâché : « Mon fils n’a jamais été un terroriste, a-t-il témoigné sur Europe 1. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. Il me téléphone à sept ou huit heures du matin et il était énervé à l’extrême, même sa mère n’arrivait pas à le comprendre. Il me dit ‘’Je te demande pardon, j’ai fait une connerie avec un gendarme’’. »

Une perquisition a eu lieu au domicile du suspect, situé à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). Elle a permis la découverte de quelques grammes de cocaïne, d’une machette et de devises étrangères. Né en 1978, Ziyed Ben Belgacem était connu des services de police pour des affaires de droit commun (neuf mentions à son casier judiciaire, notamment des affaires de stupéfiants et de vols aggravés). En 2001, il est condamné à cinq ans de prison pour vol à main armée par la cour d’assises du Val-de-Marne. En 2009 il est condamné successivement à trois puis cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants.

Mieux comprendre

Au cours d’un de ses séjours en détention, il laisse transparaître « des signaux de radicalisation » (2011 et 2012) . L’homme n’est pas pour autant « fiché S ». Une perquisition administrative est effectuée chez lui, dans le cadre de l’état d’urgence en 2015. Sans résultat. L’homme vivait au sixième étage d’un immeuble dans un quartier populaire de Garges-lès-Gonesse. Plusieurs voisins le décrivent comme un homme sombre et renfermé, solitaire. Depuis septembre et sa dernière sortie de prison, il était sous contrôle judiciaire.

Et maintenant ? Le procureur de la République de Paris explique que le but de l’information judiciaire sera de tenter « d’expliquer son cheminement psychologique ». François Molins observe aussi que le choix de la cible, des militaires de l’opération Sentinelle« correspond aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». La nouveauté, dans cette nouvelle affaire tient à l’évocation du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1

Ces substances expliquent-elles « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » ? La désinhibition auto-induite modifie-t-elle la qualification de l’acte ? On se souvient que lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale le Premier ministre Manuel Valls avait, le 25 novembre 2015, insisté sur le fait qu’« aucune excuse sociale, sociologique et culturelle» ne devait être cherchée au terrorisme après les attentats de Paris. En toute hypothèse, la publication des résultats toxicologiques n’aident en rien, dans ce domaine, à excuser. Elle permettrait toutefois de mieux éclairer, de mieux comprendre, les circonstances de tels actes.

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Contre l’avortement : Trump commence à faire ce qu’il avait dit. Que dira François Fillon ?

 

Bonjour

Post-vérité ou pas, le nouveau président des Etats-Unis agit. Le 22 janvier 1973 la Cour suprême des États-Unis reconnaissait l’ avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois le prohibant ou le restreignant. Au lendemain du 44ème anniversaire de cet arrêt (Roe v. Wade) Donald Trump a signé un décret interdisant le financement, par les Etats-Unis, d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement.

Cette mesure concerne notamment la Fédération internationale du planning familial, et toute ONG qui informe ou promeut l’IVG. En 2016 ce financement représentait un budget de 607 millions de dollars. On peut voir ici ce qu’en dit la BBC : « Trump executive order reverses foreign abortion policy ». Et Slate.fr (Claire Levenson) : « Donald Trump bloque les financements pour les ONG internationales pro-avortement »

Américains à naître

L’expression de cette volonté politique avait vu le jour en 1984 et avait été voulue par Ronald Reagan. On parle ici de « politique de Mexico » : elle avait été annoncée lors de la conférence de l’ONU sur la population organisée à Mexico. Annulée par le président Bill Clinton, puis remise en place par le président Georges W. Bush, elle avait de nouveau été levée par le président Obama.

« Il s’agit d’une étape cruciale sur la voie pour rendre sa grandeur à l’Amérique », a déclaré Tony Perkins, président de l’organisation pro-life Family Research Council. A l’opposé de nombreuses ONG et personnalités  se lamentent et dénoncentcette décision. Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a expliqué : « Le président a très clairement énoncé qu’il était un président pro-life. Il veut agir pour tous les Américains, y compris ceux qui ne sont pas encore nés ». Ce qui a le mérite de la clarté et présage des mesures similaires sur le sol des Etats-Unis

Foi personnelle

 Beaucoup a été dit, sur le Vieux Continent, quant aux conséquences désastreuses d’une telle politique : « Incidences de la « politique de Mexico » sur le libre choix d’une contraception en Europe ». La décision de Donald Trump ne pourra pas ne pas avoir d’impact sur l’actuelle campagne présidentielle française après les ambiguïtés alimentées par François Fillon (candidat républicain affiché de confession chrétienne) sur ce sujet.

Après avoir écrit dans son livre-programme que l’IVG était un «droit fondamental», l’ancien élu de la Sarthe était revenu sur ses propos lors d’un meeting en juin 2016. « Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement », avait-il-il expliqué.

Un argumentaire repris le 27 octobre, sur le plateau de « L’Émission politique » de France 2. « Jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l’avortement. Je n’ai pas à m’expliquer sur mes convictions religieuses. Je suis capable de faire une différence entre ces convictions et l’intérêt général. Je considère que l’intérêt général, ce n’est pas de rouvrir ce débat ».

Il est fort possible que ce ne soit pas le cas.

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Contre le «vertige du déclin», il suffira de «faire confiance à la science» (François Hollande)

Bonjour

Saura-t-on jamais qui écrit les textes des discours de François Hollande ? On aimerait connaître l’auteur de celui que vient de prononcer le président de la République pour célébrer les 350 ans de l’Académie des sciences 1. C’était au Louvre, le 27 septembre, face aux représentants d’une soixantaine d’académies des sciences du monde. Peut-on qualifier ce discours de scientiste ?

Ah, l’Académie des sciences…. d’abord baptisée Académie royale des sciences lors de sa naissance, en 1666. Elle encourage et protège l’esprit de recherche, et contribue aux progrès  des sciences et de leurs applications. Encore une bonne idée, moins de Louis XIV que de Jean-Baptiste Colbert. Les sciences ont la vie dure. Cette Académie résistera à tout, y compris à la Révolution française.  Aujourd’hui certains aimeraient la voir peau de chagrin, rangée au pied des idéologies déconstruites, étouffée par la montée des religions et, plus encore, de la Croyance 1.

Instincts français

Qu’en pense François Hollande qui semble avoir fait son deuil de la « pensée de gauche » ? Au Louvre le président de la République française  a fustigé « les esprits chagrins », ces esprits  tentés par « le vertige du déclin », ces esprits sombrent qui se réfugient dans le passé au mépris des progrès engendrés par la recherche scientifique.

« La France doit toujours défendre la raison contre les émotions, les passions, les instincts », a-t-il aussi déclaré dans un discours marquant les 350 ans de l’Académie des sciences, fondée sous Louis XIV. « Pour eux, le progrès est rempli d’illusions et le monde court à sa perte dès lors qu’il ne correspond plus à l’idée qu’ils s’en font. Le seul changement pour ces esprits-là ce serait la régression, le retour, le rétablissement de l’ordre ancien, je n’ose pas dire la restauration. » On appréciera l’astuce présidentielle qui consiste à dire que l’on ne dit pas ce que, précisément on dit. A mi-chemin du jésuitisme et des salons de la Restauration.

Parfum d’anaphore

Et le chef de l’Etat, en verve et mutin, de prendre l’exemple de ceux qui considèrent le réchauffement climatique [relativisé la veille par son prédécesseur et candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy mais aussi par une fraction de l’Académie] comme « une exagération ». Et d’ajouter, parfum d’anaphore :

« Le sida ? Une punition. L’évolution des espèces ? Une fable. La délinquance ? Une fatalité génétique ».

Et puis, avec Internet, sur fond de menace terroriste et de montée des extrémismes, le président a mis les savants en garde contre « la rude concurrence » des « médiateurs » et des « faux experts » qui « prolifèrent dans l’univers numérique, au mépris des faits ».

Barrières infranchissables

Le chef de l’Etat a-t-il été entendu par ceux « qui n’y croient plus, les résignés, les fatalistes qui voudraient arrêter la course, figer les situations (….) se protéger de tout, s’enfermer  » ? Songeait-il aux électeurs de l’extrême-droite française ? « Ce sont les mêmes qui veulent murer la circulation des personnes qui veulent également installer des barrières supposées infranchissables aux mouvements des idées, a-t-il ajouté. Vos recherches, vos découvertes combattent ce vertige du déclin. »

Tous les médecins savent qu’il n’est rien de plus difficile que de combattre un vertige. Rien de plus risqué, parfois. Quant à « combattre le vertige du déclin »…

A demain

1 Le site de la Présidence de la République ne donne pas la version écrite de la déclaration présidentielle. On peut en revanche accéder gratuitement à une vidéo : « Discours à l’occasion des 350 ans l’Académie des Sciences »

2 Se reporter à « Croyance » (Odile Jacob) de Jean-Claude Carrière:

« La croyance, cette “certitude sans preuve”, pouvons-nous l’approcher, la connaître ? Qu’est-elle exactement ? Une rébellion individuelle, ou au contraire un ralliement à un groupe, à une secte ? Un réconfort ou une aberration ?

« Alors que nous pensions, depuis le siècle dit “des Lumières”, aller vers plus de clarté, plus de maîtrise sur le monde et sur nous-mêmes, nous voyons que la croyance a marché près de nous au même pas que la connaissance, et que l’obscurité nous accompagne toujours, avec son cortège de rage et de sang. Nous voyons qu’une vieille alliance, que nous espérions dissipée, s’est renouée entre la violence et la foi. »

 

L’épidémie de burkini n’existe pas. C’est une mascarade doublée d’une fantasmagorie

 

Bonjour

« D’habitude l’étrange circule discrètement sous nos rues. Mais il suffit d’une crise pour que, de toutes parts, comme enflé par la crue, il remonte du sous-sol, soulève les couvercles qui fermaient les égouts et envahisse les caves, puis les villes. Que le nocturne débouche brutalement au grand jour, le fait surprend chaque fois ? Il révèle pourtant une existence d’en dessous, une résistance interne jamais réduite. Cette force à l’affût s’insinue dans les tensions de la société qu’elle menace. » 1

 Il y eu les « Possédées de Loudun » Nous avons le burkini. A Loudun Urbain Grandier fut brûlé. Nous inventons le burkinisées, nos nouvelles pestiférées. Loudun sur la fracture protestante. Aujourd’hui une France qui, devant ses écrans, cherche la bagarre et ses identités,  Des politiques qui s’époumonent à tweeter. Guy Debord réincarné.

Fumet des égouts

Pour Michel de Certeau l’étrange « remontait du sous-sol » et « soulevait les couvercles » qui fermaient les égouts. Aujourd’hui le burkini est sur les plages. Il ne sort pas de l’eau mais entend pouvoir y entrer. Et pourtant les couvercles se soulèvent. On perçoit déjà, ici et là, le fumet des égouts, ceux d’un été avarié.

Aujourd’hui à Paris, conclave des hermines du Conseil d’Etat pour dire si le burkini peut être interdit sur le sable enchanteur de quelques bourgades méditerranéennes. Dire le droit administratif même si ce droit est sans objet. Ce qui est le cas puisque le burkini n’existe pas. Il n’a jamais existé à Cisco, en Corse, comme vient de le démontrer Le Canard Enchaîné (24 août 2016). Il est introuvable, en France comme en témoignent, sur Slate.fr, (Fanny Arlandis) les meilleurs photographes des agences de presse : «On écrit pas mal de choses sur le burkini mais nous n’en avons pas vu beaucoup».

Absurde et édifiant :

 « Reuters met à disposition trois images réalisées en 2007, en Australie. L’AFP propose des photos prises en Tunisie, en Algérie ou également en Australie, sur des plages ou dans une boutique de vêtements. Et Associated Press n’a qu’une image prise en France, une capture d’écran d’une vidéo prise en août à Marseille.

 « Nous avons envoyé des photographes sur les plages, notamment à Cannes et à Nice, «mais jusqu’à présent, aucun d’eux n’a pu voir de femmes en burkini. Et nous ne pouvons pas mettre des photographes en permanence sur toutes les plages», explique Fancis Kohn, directeur de la photo à l’AFPAssociated Press met en avant la même raison: il faut «être très chanceux pour trouver une femme se baignant en burkini», explique Laurent Rebours, chef du service photo de l’Associated Press à Paris. (…)

« Certain(e)s photographes ont cependant réalisé des reportages sur le sujet. C’est le cas de France Keyser, envoyée par Libération à Marseille le 16 août. Cette dernière raconte s’être rendu «sur la plage des Catalans. C’est une plage où tout le monde va, avec une vraie diversité de personnes. Comme pour n’importe quel reportage, je vais discuter avec les gens avant de faire les photos car je photographie au 35 mm. Des femmes ont accepté que je les photographie sur la plage et lorsqu’elles se baignaient en burkini». (…)

« France Keyser a publié sur le site de l’agence Myop cinquante-neuf photos issues de ce reportage (les images sont visibles ici), mais ces femmes n’étaient que «trois, sur des centaines de personnes». »

Huiles politiques

 Le burkini n’existe pas mais avec toutes ces huiles politiques sur le feu médiatique il pourrait bien vite exister. Une nouvelle version, millésime 2016, de la prophétie épidémique auto-réalisatrice.  Une fantasmagorie en somme, cet art de faire voir des fantômes par illusion d’optique. On peut aussi y voir une farce, comme avec ce formidable papier (texte et photos) du Daily Mail :  :“Get ’em off! Armed police order Muslim woman to remove her burkini on packed Nice beach – as mother, 34, wearing Islamic headscarf is threatened with pepper spray and fined in Cannes”.

Une farce ou une mascarade, cette mise en scène fallacieuse(« Seul il marchait tout nu dans cette mascarade Qu’on appelle la vie » – Alphonse de Musset). On raconte qu’à la fin du règne d’Henri IV (et sous Louis XIII) la mascarade se confondit avec le ballet-mascarade, puis avec le ballet à entrées, tout en s’en distinguant par son caractère burlesque. C’est à cette époque que l’étrange, enflé par la crue d’une crise, commença à soulever les couvercles, à envahir les caves.

C’est alors qu’il fallu, pour calmer les Possédées, brûler le prêtre Urbain Grandier.

A demain

 Michel de Certeau en introduction de « La possession de Loudun » (Gallimard/Julliard):

Nouvelles images insoutenables : abattoir du Mercantour ; aéroport d’Istanbul-Atatürk

Bonjour

Comment hiérarchiser ?

Aube froide du 29 juin 2016. « C’est une liste qui n’en finit pas de s’allonger», nous annonce Le Monde qui, une fois encore a eu l’exclusivité des images de la désormais célèbre association L214. Ces militants « dévoilent de nouveaux cas de maltraitance animale dans des abattoirs ». L’attaque (en caméra cachée) vise cette fois deux établissements de mise à mort: ceux de Pézenas (Hérault) et celui du Mercantour, à Puget­-Théniers dans les Alpes­-Maritimes. Filmées entre novembre et fin mai, des vidéos insoutenables montrent des sévices graves et des infractions manifestes perpétrés sur des bovins, des moutons, des cochons et des chevaux, lors d’abattages conventionnels et rituels. Le Monde les montre. Comment faire autrement ?

Dans un rituel inversé L214 devait déposer plainte, mercredi 29 juin, devant les tribunaux de grande instance de Béziers et de Nice pour maltraitance et actes de cruauté. Plus tard dans la journée Stéphane Le Foll se fendra une nouvelle fois d’un communiqué dénonçant de telles pratiques. Nouvelles mesures, nouvelles sanctions. On risque aussi de se lasser. Tout fatigue et l’on s’habitue vite. Ou l’on détourne le regard. Il est de justes combats parfois bien difficiles à mener dans la durée.

Abominable

L’exclusivité du Monde pourrait avoir moins d’écho que prévu. De premières images arrivent, déjà, d’au-delà du Mercantour. Au moins 36 personnes ont été tuées et près de deux cents blessées dans une attaque perpétrée dans la soirée du mardi 28 juin à l’aéroport d’Istanbul-Atatürk. Quelques heures après le drame, les déclarations des autorités et les divers témoignages recueillis sur les réseaux sociaux et dans les médias permettaient d’esquisser le déroulé des événements.Slate.fr réalise déjà un « Grand format ».

A une heure non précisée, les assaillants sont arrivés en taxi à l’aéroport, selon les explications données par le premier ministre turc, Binali Yildirim. Les premiers éléments de l’enquête font état de trois individus, dont ni l’identité ni la nationalité n’ont été communiquées. Le président français François Hollande a « condamné fermement » un « acte abominable ». On écoute et, une nouvelle fois, on imagine des images proprement insoutenables. Comment peut-on hiérarchiser ?

A demain