Alcool et cannabis sont-ils compatibles avec le caractère « terroriste » d’un attentat ?

Bonjour

Sites et agences de presse ont déjà dit l’essentiel de ce qui s’est passé à l’aéroport d’Orly (Val-de-Marne). Reste une question pour l’heure sans réponse, médico-légale et toxicologique. Résumons. Le parquet antiterroriste a été saisi, samedi 18 mars, après qu’un homme, Ziyed Ben Belgacem, a été abattu par un militaire de l’opération « Sentinelle » au terme d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre – une course-poursuite qui avait démarré à l’aube, en Seine-Saint-Denis. Agé de 39 ans, l’homme a été tué après avoir tenté de s’emparer de l’arme de l’une des militaires en patrouille dans l’aéroport.

Dans un rituel désormais codifié François Molins, procureur de la République de Paris, est venu, dans un style qui n’appartient qu’à lui, dire l’essentiel devant la presse.  Il a précisé que Ziyed Ben Belgacem avait déclaré : « Posez vos armes, mains sur la tête, je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts ». Ses dernières paroles témoignent, selon le procureur, qu’il s’agissait d’« un individu extrêmement violent », avec une intention terroriste, déterminé à « aller jusqu’au bout ». Principaux éléments du dossier :

Peu avant 7 heures, samedi matin, Ziyed Ben Belgacem fait l’objet d’un contrôle routier à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise), alors qu’il roule « à vive allure, tous feux éteints », selon M. Molins. Il présente ses papiers, puis ouvre le feu avec un pistolet à grenaille et blesse légèrement un policier. Prend la fuite, et se dirige vers un bar qu’il connaît et où il était quelques heures auparavant. Met en joue des clients, tire sans faire de blessés et abandonne son téléphone sur place.

Machette et cocaïne

Est repéré à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) à la suite d’un car-jacking. Prend la direction d’Orly avec le véhicule volé. « En une heure trente, il y a eu une fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur », selon François Molins. La suite a été maintes fois racontée.  Arrivé à l’aéroport d’Orly peu après 8 heures, il rentre dans le terminal sud. Attaque à 8 h 22 une militaire, arme de poing à la main, et l’utilise comme bouclier, revolver sur la tempe. En se redressant après être parvenu à s’emparer du « Famas » de la militaire, l’attaquant laisse la possibilité aux militaires de le viser ; selon le procureur, le troisième tir lui est fatal. Les enquêteurs ont découvert le revolver à grenaille avec cinq cartouches dont trois percutées, 750 euros en liquide, un Coran, un briquet et un paquet de cigarettes.

Le père et le frère de Ziyed Ben Belgacem ont été placés en garde à vue le même jour. Après le contrôle routier, il les avait appelés pour leur confier « avoir fait une bêtise ». Un cousin a également été placé en garde à vue après s’être spontanément présenté aux policiers. Il avait croisé Ben Belgacem dans la nuit. Dimanche matin, son père a été relâché : « Mon fils n’a jamais été un terroriste, a-t-il témoigné sur Europe 1. Jamais il fait la prière : il boit. Et sous l’effet de l’alcool et du cannabis, voilà où on arrive. Il me téléphone à sept ou huit heures du matin et il était énervé à l’extrême, même sa mère n’arrivait pas à le comprendre. Il me dit ‘’Je te demande pardon, j’ai fait une connerie avec un gendarme’’. »

Une perquisition a eu lieu au domicile du suspect, situé à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). Elle a permis la découverte de quelques grammes de cocaïne, d’une machette et de devises étrangères. Né en 1978, Ziyed Ben Belgacem était connu des services de police pour des affaires de droit commun (neuf mentions à son casier judiciaire, notamment des affaires de stupéfiants et de vols aggravés). En 2001, il est condamné à cinq ans de prison pour vol à main armée par la cour d’assises du Val-de-Marne. En 2009 il est condamné successivement à trois puis cinq ans d’emprisonnement pour trafic de stupéfiants.

Mieux comprendre

Au cours d’un de ses séjours en détention, il laisse transparaître « des signaux de radicalisation » (2011 et 2012) . L’homme n’est pas pour autant « fiché S ». Une perquisition administrative est effectuée chez lui, dans le cadre de l’état d’urgence en 2015. Sans résultat. L’homme vivait au sixième étage d’un immeuble dans un quartier populaire de Garges-lès-Gonesse. Plusieurs voisins le décrivent comme un homme sombre et renfermé, solitaire. Depuis septembre et sa dernière sortie de prison, il était sous contrôle judiciaire.

Et maintenant ? Le procureur de la République de Paris explique que le but de l’information judiciaire sera de tenter « d’expliquer son cheminement psychologique ». François Molins observe aussi que le choix de la cible, des militaires de l’opération Sentinelle« correspond aux mots d’ordre diffusés par les organisations terroristes djihadistes ». La nouveauté, dans cette nouvelle affaire tient à l’évocation du rôle possiblement joué par des substances psychotropes (alcool et cannabis notamment) dans le passage à l’acte. Jusqu’ici cette hypothèse n’était pas envisagée d’emblée, du moins pas publiquement.1

Ces substances expliquent-elles « la fuite en avant dans un processus de plus en plus destructeur » ? La désinhibition auto-induite modifie-t-elle la qualification de l’acte ? On se souvient que lors d’une séance de questions à l’Assemblée nationale le Premier ministre Manuel Valls avait, le 25 novembre 2015, insisté sur le fait qu’« aucune excuse sociale, sociologique et culturelle» ne devait être cherchée au terrorisme après les attentats de Paris. En toute hypothèse, la publication des résultats toxicologiques n’aident en rien, dans ce domaine, à excuser. Elle permettrait toutefois de mieux éclairer, de mieux comprendre, les circonstances de tels actes.

A demain

1 Sur ce thème : « Les analyses toxicologiques des corps des terroristes font aussi partie de l’enquête » Slate.fr 28 novembre 2015

Contre l’avortement : Trump commence à faire ce qu’il avait dit. Que dira François Fillon ?

 

Bonjour

Post-vérité ou pas, le nouveau président des Etats-Unis agit. Le 22 janvier 1973 la Cour suprême des États-Unis reconnaissait l’ avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois le prohibant ou le restreignant. Au lendemain du 44ème anniversaire de cet arrêt (Roe v. Wade) Donald Trump a signé un décret interdisant le financement, par les Etats-Unis, d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement.

Cette mesure concerne notamment la Fédération internationale du planning familial, et toute ONG qui informe ou promeut l’IVG. En 2016 ce financement représentait un budget de 607 millions de dollars. On peut voir ici ce qu’en dit la BBC : « Trump executive order reverses foreign abortion policy ». Et Slate.fr (Claire Levenson) : « Donald Trump bloque les financements pour les ONG internationales pro-avortement »

Américains à naître

L’expression de cette volonté politique avait vu le jour en 1984 et avait été voulue par Ronald Reagan. On parle ici de « politique de Mexico » : elle avait été annoncée lors de la conférence de l’ONU sur la population organisée à Mexico. Annulée par le président Bill Clinton, puis remise en place par le président Georges W. Bush, elle avait de nouveau été levée par le président Obama.

« Il s’agit d’une étape cruciale sur la voie pour rendre sa grandeur à l’Amérique », a déclaré Tony Perkins, président de l’organisation pro-life Family Research Council. A l’opposé de nombreuses ONG et personnalités  se lamentent et dénoncentcette décision. Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a expliqué : « Le président a très clairement énoncé qu’il était un président pro-life. Il veut agir pour tous les Américains, y compris ceux qui ne sont pas encore nés ». Ce qui a le mérite de la clarté et présage des mesures similaires sur le sol des Etats-Unis

Foi personnelle

 Beaucoup a été dit, sur le Vieux Continent, quant aux conséquences désastreuses d’une telle politique : « Incidences de la « politique de Mexico » sur le libre choix d’une contraception en Europe ». La décision de Donald Trump ne pourra pas ne pas avoir d’impact sur l’actuelle campagne présidentielle française après les ambiguïtés alimentées par François Fillon (candidat républicain affiché de confession chrétienne) sur ce sujet.

Après avoir écrit dans son livre-programme que l’IVG était un «droit fondamental», l’ancien élu de la Sarthe était revenu sur ses propos lors d’un meeting en juin 2016. « Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement », avait-il-il expliqué.

Un argumentaire repris le 27 octobre, sur le plateau de « L’Émission politique » de France 2. « Jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l’avortement. Je n’ai pas à m’expliquer sur mes convictions religieuses. Je suis capable de faire une différence entre ces convictions et l’intérêt général. Je considère que l’intérêt général, ce n’est pas de rouvrir ce débat ».

Il est fort possible que ce ne soit pas le cas.

A demain

 

Contre le «vertige du déclin», il suffira de «faire confiance à la science» (François Hollande)

Bonjour

Saura-t-on jamais qui écrit les textes des discours de François Hollande ? On aimerait connaître l’auteur de celui que vient de prononcer le président de la République pour célébrer les 350 ans de l’Académie des sciences 1. C’était au Louvre, le 27 septembre, face aux représentants d’une soixantaine d’académies des sciences du monde. Peut-on qualifier ce discours de scientiste ?

Ah, l’Académie des sciences…. d’abord baptisée Académie royale des sciences lors de sa naissance, en 1666. Elle encourage et protège l’esprit de recherche, et contribue aux progrès  des sciences et de leurs applications. Encore une bonne idée, moins de Louis XIV que de Jean-Baptiste Colbert. Les sciences ont la vie dure. Cette Académie résistera à tout, y compris à la Révolution française.  Aujourd’hui certains aimeraient la voir peau de chagrin, rangée au pied des idéologies déconstruites, étouffée par la montée des religions et, plus encore, de la Croyance 1.

Instincts français

Qu’en pense François Hollande qui semble avoir fait son deuil de la « pensée de gauche » ? Au Louvre le président de la République française  a fustigé « les esprits chagrins », ces esprits  tentés par « le vertige du déclin », ces esprits sombrent qui se réfugient dans le passé au mépris des progrès engendrés par la recherche scientifique.

« La France doit toujours défendre la raison contre les émotions, les passions, les instincts », a-t-il aussi déclaré dans un discours marquant les 350 ans de l’Académie des sciences, fondée sous Louis XIV. « Pour eux, le progrès est rempli d’illusions et le monde court à sa perte dès lors qu’il ne correspond plus à l’idée qu’ils s’en font. Le seul changement pour ces esprits-là ce serait la régression, le retour, le rétablissement de l’ordre ancien, je n’ose pas dire la restauration. » On appréciera l’astuce présidentielle qui consiste à dire que l’on ne dit pas ce que, précisément on dit. A mi-chemin du jésuitisme et des salons de la Restauration.

Parfum d’anaphore

Et le chef de l’Etat, en verve et mutin, de prendre l’exemple de ceux qui considèrent le réchauffement climatique [relativisé la veille par son prédécesseur et candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy mais aussi par une fraction de l’Académie] comme « une exagération ». Et d’ajouter, parfum d’anaphore :

« Le sida ? Une punition. L’évolution des espèces ? Une fable. La délinquance ? Une fatalité génétique ».

Et puis, avec Internet, sur fond de menace terroriste et de montée des extrémismes, le président a mis les savants en garde contre « la rude concurrence » des « médiateurs » et des « faux experts » qui « prolifèrent dans l’univers numérique, au mépris des faits ».

Barrières infranchissables

Le chef de l’Etat a-t-il été entendu par ceux « qui n’y croient plus, les résignés, les fatalistes qui voudraient arrêter la course, figer les situations (….) se protéger de tout, s’enfermer  » ? Songeait-il aux électeurs de l’extrême-droite française ? « Ce sont les mêmes qui veulent murer la circulation des personnes qui veulent également installer des barrières supposées infranchissables aux mouvements des idées, a-t-il ajouté. Vos recherches, vos découvertes combattent ce vertige du déclin. »

Tous les médecins savent qu’il n’est rien de plus difficile que de combattre un vertige. Rien de plus risqué, parfois. Quant à « combattre le vertige du déclin »…

A demain

1 Le site de la Présidence de la République ne donne pas la version écrite de la déclaration présidentielle. On peut en revanche accéder gratuitement à une vidéo : « Discours à l’occasion des 350 ans l’Académie des Sciences »

2 Se reporter à « Croyance » (Odile Jacob) de Jean-Claude Carrière:

« La croyance, cette “certitude sans preuve”, pouvons-nous l’approcher, la connaître ? Qu’est-elle exactement ? Une rébellion individuelle, ou au contraire un ralliement à un groupe, à une secte ? Un réconfort ou une aberration ?

« Alors que nous pensions, depuis le siècle dit “des Lumières”, aller vers plus de clarté, plus de maîtrise sur le monde et sur nous-mêmes, nous voyons que la croyance a marché près de nous au même pas que la connaissance, et que l’obscurité nous accompagne toujours, avec son cortège de rage et de sang. Nous voyons qu’une vieille alliance, que nous espérions dissipée, s’est renouée entre la violence et la foi. »

 

L’épidémie de burkini n’existe pas. C’est une mascarade doublée d’une fantasmagorie

 

Bonjour

« D’habitude l’étrange circule discrètement sous nos rues. Mais il suffit d’une crise pour que, de toutes parts, comme enflé par la crue, il remonte du sous-sol, soulève les couvercles qui fermaient les égouts et envahisse les caves, puis les villes. Que le nocturne débouche brutalement au grand jour, le fait surprend chaque fois ? Il révèle pourtant une existence d’en dessous, une résistance interne jamais réduite. Cette force à l’affût s’insinue dans les tensions de la société qu’elle menace. » 1

 Il y eu les « Possédées de Loudun » Nous avons le burkini. A Loudun Urbain Grandier fut brûlé. Nous inventons le burkinisées, nos nouvelles pestiférées. Loudun sur la fracture protestante. Aujourd’hui une France qui, devant ses écrans, cherche la bagarre et ses identités,  Des politiques qui s’époumonent à tweeter. Guy Debord réincarné.

Fumet des égouts

Pour Michel de Certeau l’étrange « remontait du sous-sol » et « soulevait les couvercles » qui fermaient les égouts. Aujourd’hui le burkini est sur les plages. Il ne sort pas de l’eau mais entend pouvoir y entrer. Et pourtant les couvercles se soulèvent. On perçoit déjà, ici et là, le fumet des égouts, ceux d’un été avarié.

Aujourd’hui à Paris, conclave des hermines du Conseil d’Etat pour dire si le burkini peut être interdit sur le sable enchanteur de quelques bourgades méditerranéennes. Dire le droit administratif même si ce droit est sans objet. Ce qui est le cas puisque le burkini n’existe pas. Il n’a jamais existé à Cisco, en Corse, comme vient de le démontrer Le Canard Enchaîné (24 août 2016). Il est introuvable, en France comme en témoignent, sur Slate.fr, (Fanny Arlandis) les meilleurs photographes des agences de presse : «On écrit pas mal de choses sur le burkini mais nous n’en avons pas vu beaucoup».

Absurde et édifiant :

 « Reuters met à disposition trois images réalisées en 2007, en Australie. L’AFP propose des photos prises en Tunisie, en Algérie ou également en Australie, sur des plages ou dans une boutique de vêtements. Et Associated Press n’a qu’une image prise en France, une capture d’écran d’une vidéo prise en août à Marseille.

 « Nous avons envoyé des photographes sur les plages, notamment à Cannes et à Nice, «mais jusqu’à présent, aucun d’eux n’a pu voir de femmes en burkini. Et nous ne pouvons pas mettre des photographes en permanence sur toutes les plages», explique Fancis Kohn, directeur de la photo à l’AFPAssociated Press met en avant la même raison: il faut «être très chanceux pour trouver une femme se baignant en burkini», explique Laurent Rebours, chef du service photo de l’Associated Press à Paris. (…)

« Certain(e)s photographes ont cependant réalisé des reportages sur le sujet. C’est le cas de France Keyser, envoyée par Libération à Marseille le 16 août. Cette dernière raconte s’être rendu «sur la plage des Catalans. C’est une plage où tout le monde va, avec une vraie diversité de personnes. Comme pour n’importe quel reportage, je vais discuter avec les gens avant de faire les photos car je photographie au 35 mm. Des femmes ont accepté que je les photographie sur la plage et lorsqu’elles se baignaient en burkini». (…)

« France Keyser a publié sur le site de l’agence Myop cinquante-neuf photos issues de ce reportage (les images sont visibles ici), mais ces femmes n’étaient que «trois, sur des centaines de personnes». »

Huiles politiques

 Le burkini n’existe pas mais avec toutes ces huiles politiques sur le feu médiatique il pourrait bien vite exister. Une nouvelle version, millésime 2016, de la prophétie épidémique auto-réalisatrice.  Une fantasmagorie en somme, cet art de faire voir des fantômes par illusion d’optique. On peut aussi y voir une farce, comme avec ce formidable papier (texte et photos) du Daily Mail :  :“Get ’em off! Armed police order Muslim woman to remove her burkini on packed Nice beach – as mother, 34, wearing Islamic headscarf is threatened with pepper spray and fined in Cannes”.

Une farce ou une mascarade, cette mise en scène fallacieuse(« Seul il marchait tout nu dans cette mascarade Qu’on appelle la vie » – Alphonse de Musset). On raconte qu’à la fin du règne d’Henri IV (et sous Louis XIII) la mascarade se confondit avec le ballet-mascarade, puis avec le ballet à entrées, tout en s’en distinguant par son caractère burlesque. C’est à cette époque que l’étrange, enflé par la crue d’une crise, commença à soulever les couvercles, à envahir les caves.

C’est alors qu’il fallu, pour calmer les Possédées, brûler le prêtre Urbain Grandier.

A demain

 Michel de Certeau en introduction de « La possession de Loudun » (Gallimard/Julliard):

Nouvelles images insoutenables : abattoir du Mercantour ; aéroport d’Istanbul-Atatürk

Bonjour

Comment hiérarchiser ?

Aube froide du 29 juin 2016. « C’est une liste qui n’en finit pas de s’allonger», nous annonce Le Monde qui, une fois encore a eu l’exclusivité des images de la désormais célèbre association L214. Ces militants « dévoilent de nouveaux cas de maltraitance animale dans des abattoirs ». L’attaque (en caméra cachée) vise cette fois deux établissements de mise à mort: ceux de Pézenas (Hérault) et celui du Mercantour, à Puget­-Théniers dans les Alpes­-Maritimes. Filmées entre novembre et fin mai, des vidéos insoutenables montrent des sévices graves et des infractions manifestes perpétrés sur des bovins, des moutons, des cochons et des chevaux, lors d’abattages conventionnels et rituels. Le Monde les montre. Comment faire autrement ?

Dans un rituel inversé L214 devait déposer plainte, mercredi 29 juin, devant les tribunaux de grande instance de Béziers et de Nice pour maltraitance et actes de cruauté. Plus tard dans la journée Stéphane Le Foll se fendra une nouvelle fois d’un communiqué dénonçant de telles pratiques. Nouvelles mesures, nouvelles sanctions. On risque aussi de se lasser. Tout fatigue et l’on s’habitue vite. Ou l’on détourne le regard. Il est de justes combats parfois bien difficiles à mener dans la durée.

Abominable

L’exclusivité du Monde pourrait avoir moins d’écho que prévu. De premières images arrivent, déjà, d’au-delà du Mercantour. Au moins 36 personnes ont été tuées et près de deux cents blessées dans une attaque perpétrée dans la soirée du mardi 28 juin à l’aéroport d’Istanbul-Atatürk. Quelques heures après le drame, les déclarations des autorités et les divers témoignages recueillis sur les réseaux sociaux et dans les médias permettaient d’esquisser le déroulé des événements.Slate.fr réalise déjà un « Grand format ».

A une heure non précisée, les assaillants sont arrivés en taxi à l’aéroport, selon les explications données par le premier ministre turc, Binali Yildirim. Les premiers éléments de l’enquête font état de trois individus, dont ni l’identité ni la nationalité n’ont été communiquées. Le président français François Hollande a « condamné fermement » un « acte abominable ». On écoute et, une nouvelle fois, on imagine des images proprement insoutenables. Comment peut-on hiérarchiser ?

A demain

 

Orlando: Omar Mateen, l’auteur de la fusillade souffrait-il de troubles bipolaires ?

 

Bonjour

Comprendre. Tenter de comprendre pour, autant que faire se peut, tenter de prévenir. Omar Mateen, 29 ans, l’auteur de la fusillade qui a fait cinquante morts dans une boîte de nuit d’Orlando (Floride) est un Américain d’origine afghane. Ses papiers ont été retrouvés sur lui après qu’il a été abattu par la police. Le FBI a confirmé son identité. Celle qui fut sa femme a publiquement décrit sa personnalité.

« Quelques mois après notre mariage[en 2009], j’ai remarqué qu’il était instable et bipolaire, qu’il devenait furieux pour un rien, a-t-elle déclaré, assurant avoir été régulièrement battue. Il voulait être officier de police ; il s’entraînait avec certains de ses amis qui sont policiers et il a obtenu un permis de port d’arme ». Elle a précisé qu’il n’était, alors, pas très religieux. Omar Mateen travaillait dans une « entreprise de sécurité » depuis septembre 2007

Allégeance

Lors de la fusillade l’homme a « prêté allégeance » 1 à l’organisation Etat islamique (EI) (et fait référence aux frères Tsarnaïev, auteurs des attentats de Boston en 2013) a rapporté le porte-parole de la police de l’Etat du Massachusetts. Le FBI a quant à lui  confirmé les informations de presse selon lesquelles Omar Mateen avait appelé le numéro d’urgence 911 – celui de la police – pour revendiquer son allégeance à l’EI, avant d’être abattu par les forces spéciales dans le « Pulse », la boîte de nuit d’Orlando.

La police fédérale américaine explique qu’Omar Mateen avait des « antécédents violents ». L’homme avait été interrogé à deux reprises par le FBI lors de deux enquêtes, en 2013 et 2014, pour des liens supposés avec la mouvance islamiste, sans donner de suite, faute de preuves. Dans un communiqué revendiquant l’attaque, l’EI a qualifié Omar Mateen de « soldat du califat ».

Hommes s’embrassant

Omar Mateen avait suscité l’intérêt du FBI en 2013, après que des déclarations rapportées par ses collègues de travail avaient fait suspecter de possibles liens terroristes. Le FBI avait alors lancé une enquête plus approfondie, en interrogeant des témoins, en le surveillant, en vérifiant ses antécédents et en l’interrogeant deux fois.

Le père du terroriste, Seddique Mateen, a quant à lui relaté à NBC News un épisode récent, lors duquel son fils avait été choqué de voir deux hommes s’embrasser à Miami, il y a quelques mois. Avant que l’information relative au lien entre son fils et l’EI ne soit divulguée, il avait affirmé que cela aurait pu motiver son geste, qui n’avait, selon lui, « rien à voir avec la religion ». Dans un communiqué revendiquant l’attaque, l’EI a qualifié Omar Mateen de « soldat du califat ». Psychiatrie et religion. Quelle lecture l’emportera ?

A demain

1 « Allégeance » : XVIIe siècle, comme terme du droit féodal. Emprunté de l’anglais allegiance, dérivé de l’ancien français lijance, liejance, « état d’un homme ou d’une terre lige ». MOYEN ÂGE. Fidélité, vassalité de l’homme lige vis-à-vis de son suzerain. Serment d’allégeance. Par anal. Soumission. Refuser toute allégeance personnelle. Donner acte d’allégeance, faire acte d’allégeance, ou faire allégeance à un dirigeant, se rallier à lui, reconnaître son autorité. Faire allégeance à un parti. – DROIT. Obligation de fidélité à une nation, d’obéissance à un État.

Euro. Cautère gouvernemental : l’alcool sera interdit dans les «périmètres sensibles»

Bonjour

Pourquoi maintenant, maintenant seulement ? Conférence de presse dominicale en urgence à Paris : le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé, dimanche 12 juin, l’interdiction des ventes d’alcool dans les « périmètres sensibles » les veilles et jours de match de l’Euro. Il venait de dénoncer des violences« inacceptables » survenues la veille à Marseille. Des violences éminemment alcoolisées et qui ont causé plusieurs dizaines de blessés dont un « pronostic vital engagé ».

« J’ai demandé aux préfets de prendre toutes les mesures utiles visant à prohiber les veilles et jours de match et les jours d’ouverture des ‘’fan zones’’ dans les périmètres sensibles la vente la consommation et le transport de boissons alcoolisées », a déclaré le ministre. Il a précisé que  « cette mesure pourra concerner le domaine public, les commerces de proximité ainsi que les débits autorisés en cas de vente à emporter. Les préfets pourront également interdire en terrasse les contenants susceptibles d’être utilisés comme projectiles ».

Interdiction de paraître

Le ministre va plus loin : tout supporter interpellé par les forces de l’ordre pour son implication dans des incidents « pourra se voir notifier une interdiction de paraître » dans les villes-hôtes de la compétition qui se déroule jusqu’au 10 juillet.  « Leurs agissements détournent les forces de l’ordre de leur mission première qui est de protéger le pays contre la menace terroriste », a déploré Bernard Cazeneuve, qui a demandé des sanctions contre les fédérations européennes concernées.

L’UEFA qui gère l’Euro 2016, a en outre menacé l’Angleterre et la Russie de disqualification du tournoi en cas de nouveaux incidents provoqués par leurs supporteurs, au lendemain d’une nouvelle flambée de violence autour du match opposant les deux équipes à Marseille (1-1). « Nous demandons aux fédérations anglaise et russe d’appeler leurs supporters à se comporter de façon responsable et respecteuse », a réclamé l’organisation dans un communiqué. Le postulat est ici que les fédérations ont la main sur ceux qui, comme disent les gazettes, veulent en découdre.

Loges et champagnes millésimés

L’initiative du ministre français de l’Intérieur aura-t-elle un effet ? Quelle sera la longueur des périmètres et qui définira leur sensibilité ? Connait-on, place Beauvau, les raisons profondes qui conduisent certains groupes, et coûte que coûte, à la « sur-alcoolisation » à l’approche des pelouses et à l’idée des crampons ? Prévenir les risques, ici, conduira à allonger considérablement les périmètres.

Et le principe de précaution devrait, en toute logique, conduire Bernard Cazeneuve à interdire aussi la présence d’alcool dans les loges privatisées des stades de football, ces enclaves réservées aux seuls privilégiés qui, dit-on, ne trinquent qu’aux alcools rares et aux vins de champagnes millésimés.

A demain

Zika et politique : Marisol Touraine se défend de vouloir créer un «mouvement de panique»

 

Bonjour

C’est une dépêche Reuters datée du 3 février :

« La ministre de la Santé Marisol Touraine, qui a recommandé la semaine dernière aux femmes enceintes d’éviter les zones infectées par le virus Zika, s’est défendue mercredi de vouloir créer un mouvement de panique, invoquant le devoir de protection. La recommandation émise par la ministre de la Santé a suscité des critiques de plusieurs parlementaires ou responsables politiques de Martinique qui lui ont reproché d’alimenter un vent de panique.

La ministre des Outre-mer George Pau-Langevin a elle relativisé les déclarations de sa collègue de la Santé en évoquant un « risque limité ». « Ma volonté n’est pas d’alarmer », a déclaré Marisol Touraine lors d’une conférence de presse à Paris mercredi. « Ma responsabilité de ministre de la Santé c’est d’informer, de protéger, en particulier les femmes enceintes« . »

Exception française

En quelques lignes tout est dit. Et ces quelques lignes exposent un joli cas d’école pour les sphères politiques et médiatiques. A partir de quel moment un ministre en charge de la santé publique peut-il, paradoxalement, créer la panique ? Comment définir le devoir de protection aujourd’hui invoqué par celle qui est en charge du ministère de la Santé et de celui des Droits des femmes ?  La situation épidémiologique du Zika et les incertitudes médicales et scientifiques justifient-elles ces prises de paroles ministérielles récurrentes qui ont pour objet principal de mettre en scène l’action de politique sanitaire ?

Ce sont là des questions que l’on retrouve à l’échelon international avec la récente, spectaculaire  et assez surprenante initiative de l’OMS 1. Elles prennent toutefois une dimension particulière en France où la ministre de la Santé monopolise et concentre toute la communication sur le sujet, ne laissant de ce fait aucun espace médiatique aux administrations et aux agences sanitaires directement en charge de ces questions – et notamment, ici, de la Direction générale de la santé, de l’Institut de veille sanitaire voire de la « Cellule d’intervention Biologique d’Urgence » (CBU).

« Devoir de protection »

Le cas Zika ne fait ici que reproduire ce qui, en cas de crise sanitaire, a pu être observé sous d’autres gouvernements. Le sujet émerge aujourd’hui du fait du risque potentiel associé à ce virus (risque de malformations fœtales) et de la localisation géographique actuelle de l’épidémie. Les premières annonces de Marisol Touraine sur France Info déconseillant  aux femmes enceintes les voyages en Guyane, en Martinique ou dans les territoires d’outre-mer. Les imprécisions inhérentes à ces conseils ont suscité quelques réactions à La Réunion et à Mayotte  ainsi que chez les responsables de Guyane, de Martinique et de Guadeloupe. Au point d’expliquer les dissensions, désormais publiques, entre la ministre des Outre-mer et la ministre de la Santé.

La crise de la « maladie de la vache folle » avait eu en France, pour heureuse conséquence de dissocier l’analyse scientifique du risque sanitaire de la gestion politique de ce même risque. L’émergence géographique et médiatique de Zika pourrait constituer une bonne occasion de réfléchir la meilleure place qui devrait être réservée à la communication, scientifique et/ou politique, dans les périodes de crises. Réfléchir aussi au concept de « devoir de protection ».

A demain

1 Voir, sur Slate.fr : « Épidémie de virus Zika: l’inquiétante poussée de fièvre de l’OMS »

Stériliser une femme en dix minutes au cabinet médical ? Ombres américaines sur Essure®

Bonjour

C’est un travail qui fait polémique. Il vient d’être publié dans le British Medical Journal :  “Safety and efficacy of hysteroscopic sterilization compared with laparoscopic sterilization: an observational cohort study”. Une vaste enterprise signée  Jialin Mao, Samantha Pfeifer, Peter Schlegel et Art Sedrakyan (Weill Medical College of Cornell University, New York).

Ces auteurs ont travaillé sur les données recueillies auprès de plus de 52 000 femmes ayant subi une stérilisation a priori définitive : 8048 par voie hystéroscopique et 44 278 par voie laparoscopique. Toutes  entre 2005 et 2013 dans l’État de New York. C’était alors une période où la voie hystérescopique était en pleine expansion, au détriment de l’autre.

Ambulatoire ou pas

Un an après l’intervention, la stérilisation hystéroscopique n’est pas apparue  associée à un risque plus élevé de grossesses non désirées. Elle a, en revanche, pu être été associée à un risque considérablement accru (dix fois plus) de réintervention chirurgicale.  « Ces résultats viennent alourdir les suspicions qui planent aux États-Unis autour de l’approche par hystéroscopie qui – contrairement à la procédure française – peut être réalisée en ambulatoire » observe Le Quotidien du Médecin (Clémentine Wallace).

Les auteurs du BMJ rappellent que la stérilisation féminine est l’une des méthodes contraceptives les plus couramment utilisés dans le monde. Elle a été adoptée par plus de 10 millions de femmes en âge de procréer aux Etats-Unis. Durant très longtemps la ligature bilatérale des trompes bilatérale par voie laparoscopique (ou mini-laparotomie) a été la principale technique.  Vint ensuite une approche hystéroscopique,  alternative moins invasive. Le dispositif  Essure®  a reçu une approbation européenne en 2001 puis en 2002  par la US Food and Drug Administration. Il est aujourd’hui utilisé en Amérique du Nord, en Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Amérique centrale et en Amérique du Sud ainsi qu’au Moyen-Orient. Il s’agit d’implants composés de fibres de polyéthylène téréphtalate, d’un alliage nickel-titane et d’acier inoxydable.

En dix minutes au cabinet

Il faut voir le site de la multinationale pharmaceutique Bayer « Essure® permanent birth control »:

« Essure® est la seule méthode de contrôle ne naissance permanent que vous pouvez obtenir avec une procédure non chirurgicale. Il peut vous aider à arrêter de vous soucier d’une grossesse qui serait non planifiée. La procédure Essure® est généralement achevée en une dizaine de minutes et peut être effectuée au cabinet de votre médecin. »

A priori séduisante cette approche hystéroscopique a, au fil du temps, été associée à un risque plus élevé de grossesses non désirées. « Depuis l’autorisation de mise sur le marché américain d’Essure® en 2002 plus de 5 000 effets indésirables ont été signalés à la FDA – allergies au nickel présent dans l’implant, douleurs pelviennes, nécessité de réopérer les patientes pour stabiliser ou retirer le dispositif qui ne tenait pas en place… » souligne Le Quotidien du Médecin.

Actions contre Bayer

En 2014, des actions avaient été engagées contre le laboratoire Bayer, qui commercialise Essure® aux États-Unis. Il y a peu la FDA a  décidé de mettre en place un comité consultatif pour approfondir la question de la sécurité de l’approche Essure®, pour déterminer si le dispositif doit éventuellement être soumis à certaines restrictions ou a des modifications d’étiquetage. Reuters faisait état, fin septembre, de demandes féminines formulées auprès de la FDA pour que Bayer retire ce produit du marché.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le travail des auteurs de la publication du BMJ. Selon plusieurs médias américains, le laboratoire Bayer, qui commercialise Essure ®aux États-Unis, a réagi en critiquant la méthodologie de l’étude, « basée sur une seule base de donnée, dans un seul État américain » et soulignant que l’étude ne précise pas si les patientes ayant reçu leur dispositif avaient bien été prises en charge dans un cabinet médical.

Aucune plainte en France

Interrogée par Le Quotidien du Médecin  le Dr Sergine Heckel, gynécologue au centre hospitalier Saint-Joseph – Saint-Luc (Lyon) estime que  ces préoccupations ne concernent pas la France :

« La prise en charge des patientes Essure® est complètement différente ; c’est fait en milieu hospitalier et les contrôles à trois mois sont extrêmement bien respectés, notamment l’hystérographie. Aux États-Unis, cet examen coûte cher et ils ont moins de 16 % de contrôle. La méthode Essure® peut y être réalisée entièrement en ambulatoire, sans certificat, sans délai de réflexion, sans la traçabilité à l’hôpital. De plus, en Europe, tous les chirurgiens sont formés au préalable, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis, donc ceci explique cela ».

Le Dr Heckel précise qu’il n’y a eu aucune plainte déposée en France, où la procédure, remboursée depuis 2005, peut être proposée en première intention (voir l’avis de la HAS). Les auteurs américains du BMJ estiment pour leur part que l’ensemble des données controversées aujourd’hui disponibles pousse à discuter avec les femmes concernées de la meilleure décision à prendre. C’est là une suggestion raisonnable. Elle vaut d’ailleurs pour bien d’autres sujets que la stérilisation féminine définitive.

A demain

Nobel 2015 : une Française sur la photo-finish ? Les paris sont ouverts et le sujet fait polémique

Bonjour

Les prix Nobel  coïncident (sous nos latitudes) avec le brâme du cerf . Ils font aussi l’objet de multiples supputations et alimentent de solides paris entre paillasses, cornues et salles de rédaction médiatiques.

D’abord celui de médecine (décerné aujourd’hui 5 octobre autour de midi, heure française). On évoque Kazutoshi Mori (Université de Kyoto) et Peter Walter (Université de Californie, San Francisco). Ce couple de biologistes moléculaires s’est déjà partagé le prix Lasker l’an dernier pour des travaux qui sont vulgarisés ici-même. Il s’agit, en substance, de l’impact du repliement-dépliement des protéines transmembranaires sur notre santé. Assez délicat à vulgariser.

Regards chimiques

Autre prétendant, très connu dans le milieu  : Jeffrey I. Gordon (Université de Washington, St. Louis) pour ses travaux (voir son labo) sur les relations entre notre alimentation et le métabolisme de notre microbiote intestinal – un sujet vulgarisé avec le succès que l’on sait par Giulia Enders et son  charme discret de nos intestins (Actes Sud). Ce serait un Nobel pour notre deuxième cerveau. Troisième choix : Alexander Rudensky (Memorial Sloan Kettering Cancer Center), Shimon Sakaguchi (Université d’Osaka), et Ethan Shevach (Instituts nationaux américains de la santé) pour leurs découvertes concernant certaines cellules immunitaires (les « T régulatrices ») et plus particulièrement l’un de leurs régulateurs « Foxp3 ».

Mais tous les regards sont déjà tournés vers le Nobel de chimie (7 octobre), comme le soulignait il y a quelques jours une dépêche de l’agence Reuters (Julie Steenhuysen – Intellectual Property & Science unit of Thomson Reuters). Et multiples paris sur un Nobel pour le CRISPR-cas9. C’est une technique qui fait des ravages dans la maîtrise du vivant végétal et animal; une technique qui –depuis quelques mois – alimente une polémique naissante (mais considérable) de nature éthique : elle permettrait de modifier le patrimoine génétique de l’humanité – des transformations qui pourraient se faire sur un mode héréditaire. Non plus corriger le pathologique mais « améliorer » le génétique existant.

Sur Slate.fr et blog

Nous avons déjà évoqué ce sujet sur Slate.fr : « Maintenant que les Chinois peuvent modifier génétiquement les humains… » et sur ce blog : « Macaques humanisés chinois : trembler ou pas ? » ; « Quarante ans plus tard il faut réinventer la conférence d’Asilomar » ;  « Transformation génétique des embryons humains ; un responsable du comité d’éthique l’estime ‘’légitime’’ » ; « Bioéthique : l’homme doit-il modifier son patrimoine génétique ? ‘’Oui ! ‘’ dit The Economist » ;  « L’arrivée des embryons humains génétiquement modifiés est annoncée. La France totalement absente des débats » ; « Bioéthique : des biologistes anglais veulent modifier coûte que coûte le génome d’embryons humains ».

Un sigle à retenir: le CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats). C’est, de l’avis même des généticiens, l’une des plus importantes révolutions technologiques de la biologie moléculaire de ces quarante dernières années. Une importance équivalente à celle des premiers «ciseaux génétiques», à celle des techniques de séquençage génétique «à haut débit» ou à celle de l’amplification génétique (PCR pour Polymerase Chain Reaction). Avec ce nouvel outil, il devient possible de cibler n’importe quel gène pour  l’«éteindre», l’«allumer», le «corriger», l’«améliorer»… Et ce dans l’ensemble du vivant, végétal et animal –dont l’humain. Le champ des possibles s’ouvre ainsi plus largement que jamais.

Emmanuelle Charpentier

En juin 2014, la généticienne française Emmanuelle Charpentierco-inventrice de l’outil CRISPR-Cas9, estimait que «cette technique fonctionne si bien et rencontre un tel succès qu’il serait important d’évaluer les aspects éthiques de son utilisation».  Or aujourd’hui Emmanuelle Charpentier (Helmholtz Center for Infection Research et dont le laboratoire est désormais à Berlin) est clairement en lice pour le Nobel de chimie. Mlle Charpentier a déjà été distinguée cette année par le Breakthrough Prize in Life Sciences, le Prix Louis-Jeantet de médecine et  le Prix Princesse des Asturies de recherche scientifique et technique en compagnie de l’Américaine Jennifer Doudna (Université de Californie, Berkeley) elle aussi en lice pour le prix suprême.

La dimension éthique se double d’une féroce compétition juridique quant à la propriété des brevets sur cette technique – comme l’évoque Reuters ainsi que la dernière livraison de The Economist (« Even CRISPR »). On parle beaucoup, ici, de Fen Zhang (Broad Institute, MIT Cambridge, Massachusetts). Ce chercheur a certes travaillé sur le sujet. A-t-il travaillé assez et assez tôt ? Sera-t-il sur la photo du Karolinska ? Faisons-nous fausse route ? L’avenir, très proche, nous le dira.

A demain