Cannabis : en consommer tous les jours augmente le risque de souffrir de troubles psychotiques

Bonjour

Ce n’est pas certes pas une surprise : depuis Moreau de Tours (1804-1884) et son célèbre « Du Haschisch et de l’aliénation mentale » (1845)  les liens entre cannabis et psychoses ne cessent d’intriguer 1 – mais aussi de nourrir de redoutables polémiques médicales autant que politiques.  A l’aube du troisième millénaire le sujet prend de nouvelles dimensions avec l’accélération à travers le monde (hormis en France) d’un phénomène sans précédent de dépénalisation/légalisation de la consommation de ce psychotrope.

Aujourd’hui, à verser au dossier, la publication d’un important travail dans The Lancet Psychiatry. D’où il ressort que (par rapport à l’abstinence) la consommation quotidienne de cannabis multiplie par 3,2 le risque d’être victime d’un premier épisode de psychose. Et ce risque est multiplié par 4,8 avec une consommation un quotidienne de variétés de cannabis à forte concentration (plus de 10%) en principe actif delta9-THC – variétés de plus en plus fréquentes sur les marchés officiels ou mafieux (Londres, Amsterdam ou Paris).

Mafias Sans Frontières

Les auteurs ont mené leur travail sur onze sites européens (et au Brésil) à partir des  dossiers de 901 personnes ayant souffert d’un premier épisode de psychose comparés à ceux de 1.237 personnes non touchées ; ce pour analyser et comprendre les facteurs de risque associés à l’apparition du trouble. Pour ces chercheurs il s’agit ici de la première preuve directe que la consommation de cannabis a un effet sur l’incidence des troubles psychotiques. Ils estiment que si les types de cannabis « à forte puissance » n’étaient plus disponibles, 12% des cas de premiers épisodes psychotiques pourraient être prévenus en Europe.

« Ainsi donc cette étude confirme le potentiel psychogène du cannabis pris quotidiennement et fortement dosé en THC chez des personnes vulnérables qu’il s’agisse de l’âge (jeunesse) ou de l’association à un trouble mental non encore diagnostiqué, résume le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Peut-être en va-t-il de même pour l’alcool.»

Pour le Dr Lowenstein cette étude confirme aussi tout l’intérêt d’une ‘’régulation’’ du cannabis. «Or nous avons au moins une certitude, dit-il. Ce n’est pas ‘’Mafias Sans Frontières’’ qui va baisser les taux de THC et ne plus vendre aux mineurs. »

A demain

1 Sur ce thème : L. Curtis P. Rey-Bellet M. C. G. Merlo « Cannabis et psychose » Rev Med Suisse 2006; volume 2. 31635. Et encore : « Consommation de cannabis et troubles psychotiques », extrait de Inserm (dir.). Cannabis: Quels effets sur le comportement et la santé?. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2001, XII- 429 p. – (Expertise collective). – http://hdl.handle.net/10608/171″

 

Transhumanisme: le vrai-faux moratoire contre les futurs humains génétiquement modifiés

Bonjour

C’est une bien étrange tribune à lire dans Nature : « Adopt a moratorium on heritable genome editing » Auteurs : Eric Lander, Françoise Baylis, Feng Zhang, Emmanuelle Charpentier, Paul Berg « and specialists from seven countries call for an international governance framework » – un goupe de dix-huit biologistes et éthiciens de sept pays (Etats-Unis et Chine pour l’essentiel) 1.

Où l’on voit qu’officiellement  les signataires appellent à un « moratoire » sur l’utilisation clinique des nouvelles méthode d’édition/réédition  du génome sur des cellules germinales ou des embryons humains «pour produire des enfants génétiquement modifiés». On saisit d’emblée que cet appel fait suite à la récente et spectaculaire annonce, en novembre dernier, par le chercheur chinois He Jiankui, de la naissance de jumelles dont pù aurait modifié le génome afin de les rendre « protégées contre le VIH ». « Dans ce document de quatre pages, accompagné d’un éditorial, les experts exposent les raisons de leur demande et le cadre dans lequel CRISPR-cas9 devrait être utilisé, résume la Revue Médicale Suisse. Ils soulignent ne pas exclure pas définitivement l’utilisation de cette technique d’édition de génomes humains mais insistent sur le fait que toute transformation des cellules germinales exige que les conséquences à long terme aient été comprises, tant pour l’individu que pour l’espèce humaine. »

Un moratoire, en somme, pour mieux « ne pas exclure définitivement ». Orwell et sa novlangue rôdent et l’on ne peut pas ne pas songer à la conférence d’Asilomar organisée en 1975, déjà, par Paul Berg.

Il est désormais pleinement établi que le Chinois He Jiankui a transgressé toutes les recommandations en matière de modification du génome humain. «Non seulement il n’était pas en mesure de prouver qu’il pouvait maîtriser les conséquences de ces modifications sur la santé de ces enfants ni que celles-ci ne seront pas délétères par la suite, mais il n’avait en plus aucune autorisation pour le faire, souligne Catherine Bourgain (Cermes 3 – Génétique humaine et statistiques, recherche participative) membre du comité d’éthique de l’Inserm (elle a signé la tribune de Nature). En l’occurrence, la modification qu’il a réalisée n’est pas celle qu’il avait prévue à l’origine, il y a eu beaucoup d’incertitudes. Sans compter que l’intérêt d’un tel acte n’est pas du tout prouvé.»

« A moins que certaines conditions ne soient remplies »

Où l’on voit que si l’intérêt de l’acte devait être prouvé les condamnations de son auteur pourraient être aussitôt effacées. Une trentaine de pays, dont la France, interdisent déjà ce type de pratiques. «Ce n’est pas le cas aux États-Unis et en Chine, explique Catherine Bourgain au Figaro (Cécile Thibert). Par “moratoire mondial”, nous ne voulons pas dire interdiction permanente, précisent les signataires. Cela signifie plutôt que nous demandons la mise en place d’un cadre international dans lequel chaque pays, tout en conservant le droit de prendre ses propres décisions, s’engagerait volontairement à interdire l’utilisation de cellules germinales génétiquement modifiées à moins que certaines conditions ne soient remplies.»

Où l’on voit, enfin, que le moratoire ne vise pas les manipulations génétiques faites dans le cadre de recherches « tant qu’elles n’aboutissent pas à une naissance ». Et loin d’un interdiction définitive des humains génétiquement modifiés les auteurs réclament l’interdiction « temporaire » (cinq ans, par exemple) de ces modifications génétiques – sans oublier la mise en place d’une « institution internationale » dont l’objectif serait de vérifier la pertinence des décisions prises par les pays. «On touche à la création d’êtres humains, à la notion même d’humanité, fait valoir Catherine Bourgain. Cela pose des questions qui concernent tout le monde. Le débat doit avoir lieu de façon large et ouverte, pas seulement au sein de la communauté scientifique.»

« Les conséquences d’un acte sont incluses dans l’acte lui-même ». George Orwell est bel est bien parmi nous.

A demain

@jynau

1 Eric S. Lander is president and founding director of the Broad Institute of MIT and Harvard in Cambridge, Massachusetts, USA. Françoise Baylis is a university research professor, Dalhousie University, Halifax, Canada. Feng Zhang is a core member of the Broad Institute of MIT and Harvard. Emmanuelle Charpentier is founding and acting head of the Max Planck Unit for the Science of Pathogens in Berlin, Germany. Paul Berg is Robert W. and Vivian K. Cahill Emeritus Professor in the biochemistry department at Stanford University, Stanford, California, USA. Catherine Bourgain, Bärbel Friedrich, J. Keith Joung, Jinsong Li, David Liu, Luigi Naldini, Jing-Bao Nie, Renzong Qiu, Bettina Schoene-Seifert, Feng Shao, Sharon Terry,Wensheng Wei, Ernst-Ludwig Winnacker

Jeux d’argent et de hasard interdits aux mineurs ? De qui Bruno Le Maire ose-t-il se moquer ?

Bonjour

8 mars 2019. Actualité : la privatisation de la Française des Jeux (FDJ) entreprise hautement rentable se nourrissant de l’addiction d’une fraction croissante de citoyens devenus dépendants. Une affaire suivie de près par les buralistes, premiers concernés. Hier les députés ont donné leur feu vert au projet de privatisation de la Française des Jeux (FDJ), dans le cadre de l’examen en commission du projet de loi Pacte.

En première lecture, début octobre, l’Assemblée nationale avait autorisé le transfert au privé de la majorité du capital de la FDJ, actuellement détenu à 72 % par l’État, malgré de vives critiques de l’opposition dénonçant la logique économique de l’opération et les risques accrus d’addiction aux jeuxLe Sénat s’y était ensuite opposé en février.

Cohérence avec le tabac et l’alcool

Mais en démocratie force revient toujours à la majorité : via un amendement du gouvernement, défendu par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, les députés ont rétabli leur version en commission. Des sous-amendements, portés par le député Christophe Blanchet (LREM, Calvados), ont ajouté au texte des dispositions pour renforcer la protection des mineurs. En d’autres termes possibilité, via une future ordonnance, de la « mise en place d’une amende sanctionnant la vente ou l’offre » de jeux d’argent et de hasard à des mineurs.

Que croyez-vous qu’il arriva ? M. Le Maire s’est dit « favorable à renforcer toutes les garanties et les protections». « L’idée d’avoir une amende qui sanctionne la vente de jeux aux mineurs, c’est cohérent par rapport à ce que nous demandons aussi en matière de vente de tabac ou de vente d’alcool ».

Posons, avec tout le respect dû à un ministre de la République, la question à Bruno Le Maire : de qui vous moquez-vous ?

Dans le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire François Bourdillon, directeur général de Santé ­publique France, use d’un euphémisme en écrivant, dans son éditorial  que « l’interdiction de vente aux mineurs peut être considérée comme non respectée ». Les derniers résul­tats d’une enquête officielle (Escapad – OFDT)  démon­trent qu’en France les mineurs de 17 ans et moins « n’éprou­vent aucune difficulté à s’approvisionner en alcool ». Ceux qui déclarent avoir bu des boissons alcooliques « les ont achetées en magasin pour 91 % d’entre eux ». Mieux : « ils sont 77,5 % à en avoir consommé dans un débit de boissons » précise François Bourdillon.

« En 2017, 85,7 % des adolescents de 17 ans ont déclaré avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie. L’usage régulier d’alcool (au moins dix fois dans le mois) concernait un jeune sur dix (8,4 %) et 44 % des jeunes de 17 ans ont déclaré une alcoolisation ponctuelle importante (API) au cours du mois. La majorité d’entre eux (52,7 %) a déclaré n’avoir jamais eu à présenter de carte d’identité pour justifier de son âge lors d’un achat en bar ou en restaurant. »

Répression de l’ivresse publique

Or, et M. Le Maire ne saurait l’ignorer, le code de la santé publique, au nom de la « protection des mineurs » et de la « répression de l’ivresse publique » dispose qu’il est interdit de vendre de ­l’alcool à des mineurs de moins de 18 ans. La personne qui délivre la boisson peut ainsi exiger du client « une preuve de sa majorité », notamment par la production d’une pièce d’identité. Il est de même ­interdit d’offrir de l’alcool à titre gratuit à des mineurs dans les débits de boissons et tous commerces ou lieux publics. Et il est interdit de recevoir dans les débits de boissons alcooliques des mineurs de moins de seize ans qui ne sont pas accompagnés de l’un de leurs parents ou d’un majeur responsable.

Et M. Le Maire n’ignore pas qu’il en va de même pour les ventes de tabac chez les buralistes. Et ce alors que depuis 2003, en France, la vente de tabac est interdite aux mineurs. Afin d’évaluer l’application de cette mesure et pour connaître la perception des jeunes sur cette mesure, deux enquêtes ont été menées pour le Comité national de lutte contre le tabagisme. Il est apparu que 62 % des buralistes étaient en infraction et ont vendu du tabac à des mineurs de 12 et 17 ans – plus d’un tiers des buralistes ­acceptant de vendre du tabac à des enfants de 12 ans. Et 60 % des jeunes fumeurs ­indiquent qu’ils se procurent, sans difficulté, du tabac chez les débitants. Et ­faudrait-il rappeler que, conséquence ­immédiate de cet interdit bafoué, plus d’un jeune Français de 17 ans sur trois est, déjà, un consommateur de tabac ?

Où l’on comprend bien ici que, loin d’une politique de réduction des risques, nous sommes, compte tenu de ce que l’on sait des addictions, avec un pouvoir politique qui, par démission, mène de facto une politique d’amplification des risques. Qui se souvient que le candidat Macron avait fait de la prévention l’une des clefs de voûte de la nouvelle cathédrale politique qu’il entendait construire au sein d’un nouveau monde ?

A demain

@jynau

 

Dépressions : trente ans après le Prozac, voici Spravato®, la kétamine en spray nasal

Bonjour

« La Food and Drug Administration vient de donner son feu vert pour la mise sur le marché américain de l’eskétamine, nous apprend via la Revue Médicale Suisse, la newsletter des sociétés médicales cantonales romandes: (Stephany Gardier). Cette molécule sera réservée aux patients présentant une dépression résistante aux traitements standards. Le médicament sera disponible sous forme de spray nasal mais son usage devrait être restreint à un cadre hospitalier. En effet, l’eskétamine peut provoquer dans l’heure suivant son administration des effets secondaires importants (euphorie intense et sensation de dissociation notamment). Une demande d’autorisation de mise sur le marché a été déposée à l’Agence européenne du médicament fin 2018. »

Il s’agit ici de la spécialité Spravato® commercialisée par Janssen Pharmaceuticals, Inc. « C’est une évolution majeure dans le traitement de la dépression » a d’ores et déjà déclaré à l’AFP le Dr Pierre de Maricourt, chef de service de l’hôpital Sainte-Anne à Paris (qui a participé à deux des essais cliniques de phase 3 financés par Janssen, concernant les patients atteints de dépression résistante aux traitements habituels et la lutte contre les risques imminents de suicide chez les personnes déprimés). Ce sera a priori un traitement à délivrance hospitalière en raison de la nécessité d’une surveillance du patient dans l’heure qui suit l’administration du médicament. On ne le prend pas tous les jours et pas à la maison. »

La dernière évolution majeure dans le traitement de la dépression remonte à une trentaine d’années avec la mise sur le marché de la célébrissime fluoxétine (Prozac®). « Notre programme de recherche très complet sur l’eskétamine sous forme de spray nasal démontre un profil risques-bénéfices positif pour des adultes souffrant d’une dépression résistant aux traitements » actuels, a indiqué Husseini K. Manji, responsable des thérapies dans le domaine des neurosciences chez Janssen.

Spectaculaires effets secondaires

Il y a deux ans, à l’occasion d’une publication dans The Lancet Psychiatry,  Paul Keedwell, psychiatre à l’Université de Cardiff, déclarait : « la kétamine dans le traitement de la dépression est l’une des découvertes les plus excitantes en psychiatrie depuis des années. Cependant, plus de recherche est nécessaire ainsi qu’un registre qui permette aux chercheurs de partager de nouveaux résultats, positifs ou négatifs ». Un point de vue alors entièrement partagé, en France, par le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

L’eskétamine/kétamine antidépresseur agirait très vite – au bout de quelques jours – comparée à la plupart des autres spécialités commercialisés actuellement dans cette indication – qui peuvent mettre plusieurs semaines avant d’avoir un effet.

L’une des craintes suscitée par son utilisation réside dans les possibles et spectaculaires effets secondaires. En effet, la kétamine (utilisée en anesthésie-réanimation) est aussi surnommée « Special K », « Kit Kat » ou encore « vitamine K » ; c’est alors une drogue euphorisante intensifiant les perceptions sensorielles et pouvant conduire à des sensations de dissociation, de décorporation, de mort imminente.

Selon Janssen des effets secondaires de ce type ont été observés pendant les essais cliniques moins d’une heure après la prise du médicament – quand les patients étaient encore sous surveillance des équipes médicales – avant de se dissiper le même jour. Le Spravato® pourra être inhalé une ou deux fois par semaine précise le laboratoire – qui estime ne pas être inquiet quant au risque d’addiction. Ce qui reste à démontrer.

A demain

@jynau

1 En France la kétamine en tant que matière première est inscrite sur la liste des stupéfiants par l’arrêté du 8 août 1997. Ce classement était justifié par l’apparition de cas d’abus en milieu médical et l’émergence d’une consommation de kétamine dans les milieux festifs (« rave-party »), confirmée par une enquête réalisée en 2000 et 2001. Selon cette enquête, les produits impliqués, quand ils étaient identifiés, étaient le plus souvent des médicaments vétérinaires, plus fortement dosés que les médicaments à usage humain.

Les amphétamines de Bernard-Henri Lévy et les injections sanguines de la star Neymar

Bonjour

Du pain et des bleus. « 19-24 Désespérant » titre justement L’Equipe au lendemain d’un match catastrophe du XV de France cintre le XV de Galles. Où l’on pressent que le jeu de rugby, à l’échelon français, est une éponge du moral national. Et sans jamais pouvoir le démontrer on pourrait soutenir l’hypothèse que les violences inhérentes aux Gilets Jaunes ne sont pas étrangères aux malheurs des Bleus. Un vrai chef vous manque, et c’est le désespoir.

Nous avions laissé  Neymar da Silva Santos Júnior, 26 ans, souffrant d’une « élongation des adducteurs droits ». C’était en novembre. Nous voici en février, le gracile génie est à nouveau blessé. L’Equipe nous apprend que l’homme vient de faire un aller-retour en urgence à Barcelone. Là il a « reçu une injection de plasma riche en plaquettes (PRP) par leDr Ramón Cugat Bertomeu, chirurgien orthopédiste et spécialiste international de cette pratique régénératrice».

Traitement des tendinopathies chroniques

Chacun sait que Neymar s’est blessé contre Strasbourg (2-0) en Coupe de France, le 23 janvier. La star brésilienne salariée par le Qatar à Paris « souffre d’une pseudarthrose, c’est-à-dire un défaut de consolidation de la fracture du cinquième métatarsien du pied droit opéré en pars dernier par Rodrigo Lasmar, le médecin de la sélection brésilienne ». Pas d’intervention, cette fois, mais « un traitement conservateur à base de kiné, de magnétothérapie et d’injection de PRP ».

User ou pas du PRP ? On lit ceci dans la précieuse Revue Médicale Suisse, sous la signature de Jean-Luc Ziltener, Maxime Grosclaude et Lara Allet (Service d’orthopédie et traumatologie de l’appareil moteur, Hôpitaux Universitaires de Genève).

« Les tendinopathies chroniques chez le sportif sont fréquentes et pour certaines difficiles à traiter. La guérison et la régénération tendineuse sont sous le contrôle, entre autres, de nombreux facteurs de croissance. Il est actuellement possible de concentrer quelques facteurs de croissance autologues dans une fraction plasmatique du sang prélevé chez un sujet (plasma riche en plaquettes – PRP), et de la réinjecter au site lésionnel. La recherche de base et animale paraît plutôt prometteuse. Néanmoins, en clinique, le nombre d’études scientifiquement acceptables dans cette indication est faible. Actuellement, il n’est ainsi pas possible de recommander formellement ce type d’injections sanguines pour le traitement des tendinopathies chroniques chez l’homme. »

Passer chez Ruquier ou descendre une piste noire ?

L’Equipe, toujours (supplément papier glacé) et un « auto-portrait » glaçant (propos recueills par Estelle Lenartowicz – photo Roberto Frankenberg) de « Bernard-Henri Lévy, 70 ans, écrivain ». Où l’on en apprend un peu plus encore sur ses centaines de chemises toujours portées sans cravate (peur d’étouffer, « vieux truc d’enfant asthmatique ») ; sur ses modalités d’écriture dans une piscine (magnétophone, brasse papillon, un peu de dos crawlé) ; sur sa pratique, jeune, des sports de combat (judo, ju-jitsu, bâton japonais) ; sur le ski (« Passer chez Ruquier, c’est comme descendre une piste noire à ski » – sic).

Sans oublier le dopage aux amphétamines 2 :

« Jusqu’à il y a quinze ans, il m’est arrivé de me doper. Pour rendre plus pertinente cette partie du corps qu’est mon cerveau. Sous amphétamines, on se sent invincible, extralucide, invulnérable. Je ne regrette pas cette époque mais elle est derrière mois. Aujourd’hui j’ai besoin de bouger, de brûler mon énergie, de respirer. Je nage ».

Et L’Equipe de compléter : « 0 cigarette depuis trente ans après avoir fumé 5 paquets par jour. Au théâtre Antoine à Paris, le 20 mai, dans sa pièce ‘’Looking for Europe’’ ».

A demain

@jynau

1 Traitement des tendinopathies chroniques : intérêt des injections de plasma riche en plaquettes (PRP) Rev Med Suisse 2011; volume 7. 1533-1537

2 Dans Le Figaro daté du 3 juillet 2014 (Emilie Geffray), en réponse à la question de savoir s’il avait été gêné des  révélations sur France 2  (par sa femme Arielle Dombasle) de ses prise de « psychotropes » Bernard-Henri Lévy répondait : « Il y a une vraie tradition, vous savez, des écrivains consommateurs de substances. Artaud et le peyotl, Henri Michaux, Baudelaire et Théophile Gautier. À quoi sert un corps, pour un écrivain, sinon à produire le maximum de texte possible? Et de la meilleure qualité? Les amphétamines, parfois, m’y ont aidé. »

 

 « Tabac chauffé » : l’invraisemblable micmac de Big Tobacco et des autorités de santé

Bonjour

Faire le chemin de la frontière, jusqu’à Ferney-Voltaire pour mieux dissiper les brouillards français.  Ainsi ce papier édifiant de la Revue Médicale Suisse : « Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? »1. Il s’agit ici de lIQOS™ , du gloTM  et du PloomTM Tech des trois géants mondiaux du tabagisme.

Huit spécialistes de santé publique de Lausanne décryptent ici un sujet essentiel – un sujet sur lequel les hauts responsables sanitaires français (et les autres) n’ont pas encore jugé de se pencher : le micmac du « tabac chauffé ». Résumé :

« Face à la diminution constante des ventes de cigarettes conventionnelles, l’industrie du tabac a développé et mis sur le marché depuis 2015 un nouveau type de produits qui ne « brûlent » pas le tabac, dits produits du tabac « chauffé » (heated tobacco products ou HTP). Ils sont vendus comme des produits à risques potentiellement réduits, du fait de leur capacité technique à limiter le processus de combustion et la génération de composés toxiques.

« Toutefois, les principaux composés toxiques émis par la fumée de cigarette conventionnelle sont aussi présents. Actuellement, très peu de recherches indépendantes existent pour vérifier le niveau de risque des HTP, ce qui soulève d’importantes questions parmi la population et les acteurs de santé publique. Cet article fait le point sur ces produits. »

Allégations sans démonstration

Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz ont cherché à faire le tour de la question. Ils rappellent, point essentiel, que les produits HTP diffèrent de la vaporette/vapoteuse/cigarette électronique qui ne contient pas, elle, de tabac. L’absence de combustion ferait des HTP des « produits du tabac moins toxiques que les cigarettes ». Pour sa part, le géant Philip Morris International (PMI) a engagé auprès de l’US Food and Drug Administration (FDA) une demande de certification permettant de présenter son dispositif comme à risque réduit par rapport aux cigarettes classiques. Mais début 2018, le groupe consultatif de la FDA a conclu que l’entreprise « n’avait pas réussi à démontrer qu’une réduction de l’exposition aux produits chimiques pouvait raisonnablement se traduire par une réduction mesurable des maladies ou des décès ».

« L’offensive industrielle du tabac « chauffé » suscite une multitude de questions parmi la population et les acteurs de santé publique : comment ces produits fonctionnent-ils ? Quelle est la composition des émanations de ces produits ? Le tabac « chauffé » est-il véritablement moins à risque pour la santé des utilisateurs et des non-utilisateurs ? Quelles sont les conditions de commercialisation et d’usage de ces produits (cadres légaux) et quelles sont les stratégies marketing développées par les industriels ? »

Il faut ici lire la Revue Médicale Suisse qui esquisse quelques éléments de réponse. Sans oublier de décrypter la publicité de Big Tobacco :

« Les efforts de communication des entreprises vont dans le sens de reconnaître les risques sanitaires de la cigarette conventionnelle et de profiler les produits HTP comme des produits plus « propres » et moins nocifs, notamment par la mise en avant de nouvelles technologies. Des arguments tels que « réduction des émissions toxiques », « sans combustion », cleaner sont usités dans leurs communications marketing.

« Un accent particulier est également porté sur la mise en avant du confort des utilisateurs et de leur entourage (« pas de fumée », « moins d’odeur », « pas de cendre »), tout en permettant aux fumeurs de vivre une expérience très proche de celle procurée par la cigarette, avec du vrai tabac. De cette manière, l’industrie du tabac entend se présenter comme un partenaire fiable de santé publique, tout en conservant sa clientèle maintenue dépendante à la nicotine. »

Quelques premières études indépendantes attesteraient d’une quantité de composés toxiques inférieure à celle comprise dans la fumée de cigarettes conventionnelles,  mais sans pour autant pouvoir conclure que les HTP induisent moins de risques sur la santé que les produits de tabac classiques. « L’absence de combustion n’empêche ni la production de fumée ni la présence des principaux produits toxiques retrouvés dans la fumée de cigarette » résument les auteurs suisses.

Et d’ajouter que le nombre d’études indépendantes concernant les produits HTP est relativement faible, et qu’aucune n’inclut des personnes utilisatrices ou ne porte sur les effets potentiels sur la santé. « Il est donc impératif que d’autres études scientifiques indépendantes de l’industrie du tabac testent la véracité des informations avancées par cette dernière et analysent le contenu de la fumée émise par ces HTP » soulignent-ils.

Recrutement de nouveaux consommateurs

Où l’on retrouve, comme dans le cas de la cigarette électronique, l’invraisemblable passivité des autorités sanitaires nationales (sans parler de l’OMS) sur un sujet majeur de santé publique – un invraisemblable et coupable  désintérêt médical et scientifique pour cette question prioritaire de réduction des risques.

« Actuellement en Suisse et dans d’autres pays, les produits du tabac « chauffé » profitent des brèches laissées par les cadres légaux, notamment en matière d’avertissements sur les emballages, de taxation et d’usage dans les lieux publics. Les cigarettiers, tout en continuant de saper les efforts de prévention du tabagisme, déploient en outre pour les HTP des stratégies marketing renouvelées et sophistiquées 2. Cela laisse craindre le recrutement de nouveaux consommateurs, notamment parmi les jeunes.

« Par ailleurs, il sera très difficile scientifiquement d’évaluer l’impact réel des HTP sur la santé de leurs utilisateurs, en particulier pour celles et ceux qui ont au préalable fumé pendant plusieurs années des cigarettes traditionnelles. La part attribuable, respectivement à la consommation des HTP et à celle des cigarettes traditionnelles, sera méthodologiquement très complexe à apprécier. Quant à celles et ceux qui commenceraient leur exposition au tabagisme directement par la consommation de ces HTP, il faudra de nombreuses années de suivi pour en apprécier le véritable risque, en raison de la latence entre l’exposition et la survenue des cancers dus au tabac. »

A demain

@jynau

1 Aurélie Berthet, Isabelle Jacot Sadowski, Karin Zürcher, Valentine Guenin, Aude Gendre, Reto Auer, David Vernez, Jacques Cornuz Produits du tabac ‘’chauffé’’ : que faut‑il savoir ? Rev Med Suisse 2018; volume 14.1935-1941

2 « Philip Morris veut convaincre que son avenir se fera sans cigarettes ».  Le Temps, 2 octobre 2018

 

Drogues : en France les morts par overdoses peuvent aider à réparer les vivants

 

Bonjour

Tragédie et paradoxes. La dramatique épidémie d’overdoses médicamenteuses par opiacés aux Etats-Unis a permis d’augmenter le nombre d’organes disponibles pour les greffes – et ce sans risque majeur pour les receveurs. Tel est l’enseignement apporté à la communauté médicale par les six auteurs d’une correspondance publiée dans The New England Journal of Medicine. Ces auteurs ont analysé les données donneurs-greffes-receveurs aux Etats-Unis entre 2000 et 2016. Ils observent une augmentation d’un facteur 11 de la proportion de donneurs morts d’une overdose médicamenteuse (de 1,2 % en 2000, à 13,7 % en 2016). Une augmentation qui compte pour la majeure partie de l’augmentation générale enregistrée dans l’activité de transplantation des cinq dernières années aux Etats-Unis.

Selon ces auteurs, aucune différence significative n’a été observée dans la survie (à un an) des 2360 receveurs – que leur donneur soit mort d’une overdose médicamenteuse ou d’une autre cause (AVC, traumatisme crânien, usage d’une arme à feu, asphyxie, noyade…).  Au vu de ces données, certains spécialistes formulent de nouvelles préconisations pour réduire le différentiel entre « offre » et « demande » : étendre le nombre et le type des organes considérés comme « aptes à la greffe », et inclure des donneurs âgés, des personnes potentiellement (ou effectivement) infectées par le VIH, le VHC ou le VHB. Ces spécialistes soulignent que les risques encourus devront être scientifiquement évalués et que le patient devra également être pleinement informé.

Arrêt cardio-respiratoire

En France, le prélèvement de personnes décédées d’une overdose est possible. « Bien évidemment, afin de déterminer si les organes peuvent être prélevés, des tests médicaux et toxicologiques sont réalisés, a expliqué à la Revue Médicale Suisse 1 l’Agence française de la biomédecine. Les équipes médicales vérifient d’abord, par prélèvement sanguin, si le corps du donneur est porteur de maladies transmissibles (hépatite C, sida…). L’état des organes est également examiné grâce aux clichés pris par imagerie médicale (échographie, scanner) qui vont mettre en évidence la taille des organes, leur qualité mais aussi l’absence de maladies sous-jacentes. Chaque organe fait ensuite l’objet d’examens spécifiques. »

On ajoute que les cas de personnes prélevées après un décès par overdose sont « rares ». « Cela ne peut se faire que si le bilan médical toxicologique (en particulier cardiaque et hépatique) et virologique est négatif. Aucun problème n’a été signalé par la suite concernant les patients greffés » précise encore l’Agence.

On ajoutera que depuis peu, en France, le pancréas peut être prélevé sur un donneur décédé après arrêt cardio-respiratoire (Journal Officiel du 27 avril 2018). De tels prélèvement peuvent désormais être effectués dans l’un des vingt centres ayant mis en place un programme de prélèvement d’organes sur donneur décédé – en vue de la greffe de pancréas vascularisé ou d’îlots de Langerhans. Cette modification de la législation vise à réduire la liste d’attente des candidats en greffe pancréatique. Au 1er janvier 2017, 228 malades figuraient sur la liste d’attente. Des chiffres en augmentation régulière depuis 2011.

Outre le rein, le foie et le poumon et le pancréas, il est également envisagé de permettre le prélèvement de cœur chez des patients décédés après arrêt cardiorespiratoire.

A demain

1 Ce texte a (en partie) été initialement publié dans la Revue Médicale Suisse (Rev Med Suisse 2018; volume 14.1206-1207)