Ebola a été identifié en République démocratique du Congo. L’OMS fera-t-elle diligence ?

 

Bonjour

Cette fois l’OMS fera-t-elle diligence ?  Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) ont, jeudi 11 mai, prévenu l’Organisation mondiale de la santé qu’une épidémie à virus Ebola avait été identifiée dans le pays. Selon les informations de RFI, neuf cas suspects auraient été signalés depuis le 22 avril. Trois personnes sont déjà décédées. Pour l’heure, un seul cas a pu être confirmé par des tests menés dans un laboratoire de Kinshasa.

L’épidémie en RDC se serait déclarée dans le nord du pays, à Likati, dans la province du Bas-Uélé – une zone difficile d’accès. Il y a quarante ans c’était en RDC que le virus Ebola avait, pour la première fois, été identifié en 1976, le long de la rivière dont il porte le nom, pas très loin de la zone actuellement touchée 1.

Incurie

Le ministère de la Santé de RDC a sollicité l’appui de l’OMS afin de renforcer la riposte. Dans une déclaration faite à la télévision publique, le ministre de la santé congolais, M. Ilunga Kalenga, a confirmé la réapparition du virus tout en appelant la population « à ne pas céder à la panique ». L’OMS explique qu’elle « travaille en étroite collaboration » avec les autorités congolaises « pour faciliter le déploiement des matériels de protection et du personnel sur le terrain afin de renforcer la surveillance épidémiologique et contrôler très rapidement l’épidémie ».

L’organisation onusienne avait été accusée d’incurie lors de la dernière épidémie qui avait fait 11.000 morts en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. On peut espérer que l’accusation n’aura pas été sans effet.

A demain

1 Sur ce thème : « Une course contre la montre Mes combats contre les virus mortels, sida et Ebola » de Peter Piot. Editions Odile Jacob

Choléra en Haïti : 10 000 morts. L’ONU reconnaît enfin être responsable, mais se refuse coupable

 

Bonjour

Georgina Dufoix à Port-au-Prince. Pour la première fois depuis six ans les Nations Unies admettent publiquement leur rôle dans l’introduction du choléra en Haïti. Tout convergeait déjà pour affirmer, scientifiquement,  que cette maladie infectieuse hautement contagieuse a été introduite en octobre 2010 par des soldats casques bleus de nationalité népalaise servant au sein  de la Minustah (mission onusienne sur l’île des Caraïbes).  En six ans cette maladie  a fait près de 10 000 morts et 800 000 personnes ont été infectées. Jusqu’ici, l’ONU avait toujours nié toute forme de responsabilité.

« L’ONU est parvenue à la conclusion qu’elle doit faire beaucoup plus étant donné sa propre implication dans le déclenchement de l’épidémie de choléra – et au regard de la souffrance des personnes touchées,  écrit Farhan Haq, l’un des porte-parole du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon. Une nouvelle réponse sera présentée au public dans les deux mois à venir. »

Politiquement suicidaire

Selon le New York Times, ces déclarations coïncident avec un nouveau rapport interne de l’ONU qui dénonce de manière particulièrement sévère la politique de l’organisation internationale dans ce dossier vis-à-vis de l’épidémie de choléra en Haïti. Le rapporteur en est le Pr Philip Alston, spécialiste de droit à l’université de New York qui conseille les Nations unies sur des questions de droits de l’homme. Il qualifie la stratégie onusienne de « moralement inadmissible, légalement indéfendable et politiquement suicidaire ». Les 19 pages de son rapport (remis le 8 août) n’ont pas (encore) été publiées. Mais le New York Times a pu (fort opportunément) en obtenir une copie.

En  octobre 2010, neuf mois après le séisme qui avait ravagé le pays, le président haïtien René Préval annonçait que la grave épidémie de diarrhée qui sévissait dans la région de l’Artibonite était due au choléra. Or cette pathologie avait été éradiquée dans l’île depuis plus d’un siècle.  Plusieurs travaux épidémiologiques, notamment ceux des CDC américains avaient établis que le germe avait été introduit par des soldats onusiens originaire du Népal (où la maladie sévit sur un mode endémique) porteurs sains du vibrion cholérique.

En 2013 les avocats réclamaient 100 000 dollars pour chaque mort et la moitié de cette somme pour chaque personne infectée. La secrétaire générale adjointe aux affaires juridiques de l’ONU, Patricia O’Brien, jugeait alors ces demandes « irrecevables »

Immunité onusienne

RFI rappelle qu’en Haïti, les avocats des victimes du choléra depuis cinq ans réclament des indemnisations. Ils ont salué ce qui semble être un changement de cap. « C’est une victoire majeure pour des milliers d’Haïtiens qui, pour obtenir justice, ont marché, ont signé des pétitions et ont finalement traîné l’ONU devant un tribunal , expliquent-ils dans un communiqué. Il était grand temps pour l’ONU de montrer que le principe « les droits de l’homme pour tous » s’applique également aux Haïtiens ».

« Les Nations unies doivent joindre les actes aux paroles », a estimé Beatrice Lindstrom (Institut pour la justice et la démocratie en Haïti). Les avocats des victimes réclament « des excuses publiques, l’établissement d’un plan pour verser des compensations aux victimes qui ont tant perdu, et la garantie que le choléra soit éliminé d’Haïti à travers de solides investissements dans les infrastructures d’eau et sanitaires. Nous allons continuer notre lutte jusqu’à ce que cela soit fait ».

Mais douche froide : le porte-parole adjoint du secrétaire général a déclaré à l’Agence France-Presse que « la position juridique de l’ONU n’a pas changé ». Depuis 2011 et les premières plaintes déposées par les victimes du choléra en Haïti contre les Nations unies, l’organisation internationale fait valoir l’immunité conférée à toutes les missions onusiennes.

Immunité ? Immunité contre la morale, contre la décence et contre le respect dû aux victimes ?

A demain

Migrants : «intrusions» dans le tunnel sous la Manche ; nouvelle sortie de Mme Nadine Morano

Bonjour

Cela restera le mot de l’été 2015 : « intrusion ». Immanquablement accolé à « Calais » et à la Manche. Enième épisode:

« 1700 tentatives d’intrusion cette nuit, un CRS blessé (…) Dans la nuit de dimanche à lundi, 1 700 nouvelles tentatives de passage de migrants par le tunnel de la Manche ont été décomptées par les forces de l’ordre. Alors que les agents du Pas-de-Calais sont épuisés, certains politiques de droite émettent l’idée qu’il suffirait de laisser passer les clandestins au Royaume-Uni pour ne plus avoir à gérer cette problématique. »

Xavier Bertrand

A droite, rodomontades : avec, en première ligne, défiant l’Anglais, Xavier Bertrand, ancien ministre de droite qui piaffe national, avant d’en découdre régionalement avec Marine Le Pen. (voir, sur RFI, ‘’French politician says UK ignoring ‘gravity of the problem’ in Calais’’)

Les radios, jour après nuit prennent grand soin de rappeler qu’« une intrusion » n’est pas l’équivalent d’ « un migrant ». Précisément, « intrusion » ?

1  Action de s’introduire illégitimement dans une charge, une fonction, une dignité.

2 Fait de s’introduire de façon inopportune dans un groupe, un milieu, sans y être invité : Son intrusion dans l’assemblée causa une grande gêne.

3 Fait d’intervenir dans un domaine où il ne conviendrait pas de le faire : L’intrusion de la politique dans le sport. L’intrusion de Xavier Bertrand dans la politique britannique

4 Mise en place d’un magma dans des formations préexistantes ; ensemble de roches magmatiques mises en place en profondeur.

5  Contre-mesure électronique consistant à entrer dans un réseau radioélectrique ennemi en se faisant passer pour l’un des membres de celui-ci.

Il y a mieux (grâce au Centre national de ressources textuelles et lexicales) :

«  (…) je ne peux dire quel malaise me causait pourtant cette intrusion du mystère et de la beauté dans une chambre que j’avais fini par remplir de mon moi au point de ne pas faire plus attention à elle qu’à lui-même. Proust, Swann,1913, p. 10. »

Nadine Morano

Il y a pire. Nadine Morano, par exemple. Après avoir expliqué que Paris risquait d’être envahie par les migrants, après avoir dénoncé sur Facebook « le problème » de l’immigration dans la capitale, Mme Morano a proposé sur Europe 1, le 5 août au matin, la création d’un « service public de la reconduite vers les pays d’origine » pour les déboutés du droit d’asile en évoquant la Seconde Guerre mondiale.

Désinhibée comme jamais l’ancienne ministre a osé invoquer 1939-1945 pour inciter les migrants à ne pas fuir leur pays en guerre mais bien à prendre les armes :

« Et puis je vais vous dire : on dit qu’ils quittent leur pays, qu’ils fuient la guerre. Heureusement qu’on n’a pas fait pareil en 39-45 ou en 14 ! On a tous des aïeux qui reposent dans la terre de France, qui se sont battus pour la liberté et pour sauver la France. Moi, je dis qu’il faudrait aussi que ces personnes, plutôt que de fuir, ce qui n’est pas une solution, se battent pour leur pays et qu’on les accompagne dans ce combat ! »

Nicolas Sarkozy

Sans charité, on ne commentera pas. C’est à peine si l’on relèvera  le caractère assez hasardeux de la référence historique puisque, comme le rappelle Le Lab, face à l’avancée des troupes allemandes plus de huit millions de Français ont fui le nord de la France au cours de l’exode de 1940. Il est vrai que Mme Morano, née à Nancy en 1963 n’a pas connu cette période. Lui en aurait-on parlé ?

On écoute Mme Morano, aujourd’hui député européenne (après avoir été ministre pendant quatre ans sous la présidence Sarkozy). On écoute cette énième sortie dont les médias font un triste miel ; et puis on revient, sinon à Xavier Bertrand, du moins à intrusion :

« Il me faut maintenant étudier, comme je l’ai fait pour le grec, l’intrusion en français des mots étrangers, des mots anglais en particulier (Gourmont, Esthét. lang. fr.,1899, p. 80). »

A demain