Premier mea culpa de François Fillon, candidat chrétien à la présidentielle (Sécurité Sociale)

Bonjour

Mieux vaut tôt que trop tard. Il était accusé, depuis sa victoire napoléonienne à la primaire de la Droite, de vouloir « privatiser » la Sécurité Sociale. On se souviendra qu’à l’aube du 11 janvier François Fillon est passé à confesse. C’était sur RMC-BFMTV  (21 minutes) face à Jean-Jacques Bourdin, journaliste auto-déclaré athée.

On l’avait agressé sur le rhume plus ou moins bénin 1. Bourdin le cherche sur la grippe. François Fillon en profite pour lancer quelques piques à Marisol Touraine. Répondra-t-elle ?

Rembourser

« On n’a pas été bons, on n’a pas été clairs dans nos propositions » sur la Sécurité sociale, a reconnu l’ancien Premier ministre. Ce que nous avions écrit a été mal compris, je l’ai retiré, j’ai lancé un débat avec l’ensemble des responsables de la santé, les médecins ». Et encore :

« Les auditions se déroulent en ce moment, je referai des propositions (…) avant la fin du mois de janvier ou début février. Ce que je veux c’est qu’il y ait une meilleure répartition entre les mutuelles et la Sécurité sociale et que les mutuelles soient plus contrôlées car la réforme qui a consisté à rendre obligatoire les mutuelles s’est traduite par des baisses de remboursement. »

Le candidat à la présidentielle proposera « une agence de régulation sur les mutuelles ». Et uniquement sur les mutuelles. C’est immanquable puisque le postulat est qu’« il va bien falloir réorganiser notre système de protection sociale et de santé ».

« On voit que [la Sécu] marche pas. Ce matin toutes les radios nous expliquent que le système est en train de sauter, parce qu’il n’y a plus assez de place dans les services d’urgence, de médecins sur le terrain… Une simple épidémie de grippe est en train de paralyser le système. Ce qui montre que quand Mme Touraine explique que tout va bien, que tout est formidable, que c’est le programme de François Fillon qui menace la Sécurité sociale, ça n’a juste aucun sens. »

Malaise vagal

Bourdin lui demande s’il a changé de position, notamment sur la question des mutuelles, François Fillon répond : « Il y a parfois des porte-parole qui sont un peu rapides, puis comme on est en train de fusionner des équipes qui faisaient campagne pour des candidats différents, il y a encore un peu de réglages à faire, je le reconnais. » Ainsi donc les torts sont partagés.

L’athée Bourdin l’interroge sur son usage politique (TF1) de la chrétienté. C’était « spontané ». Le catholique répond que certains se revendiquent marxistes. Il ne s’agit pas de « foi » mais de « valeurs ». Il « recommencera ». Une question connectée sur le malaise vagal de Nicolas Sarkozy 2.  Puis cette révélation : Emmanuel Macron aurait pu être le « directeur adjoint de cabinet » de François Fillon. A ce moment-là, dans le studio de RMC-BFMTV, certains jureraient avoir vu un ange passer.

A demain

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon ». Slate.fr 14 décembre 2016

2 « Nicolas Sarkozy hospitalisé : malaise vagal ? ». Slate.fr 26 juillet 2009

Terrorisme : pour ou contre l’indemnisation de nos angoisses et de nos émotions ?

 

Bonjour

Fin de la séquence commémorations des « attentats du 13 novembre ». Rideau sur ces commémorations-perfusions médiatiques tenues pour être de nature à panser les plaies 1. Et, dans  Le Monde,  papier éclairant de notre consœur Pascale Robert-Diard ; analyse originale qui, en ces temps difficiles, ne manque pas d’une forme de courage : celui de ne pas courir avec les bienveillants ovins de Panurge : « Terrorisme et traumatisme : qui et jusqu’où indemniser ? »

L’affaire a été lancée, à la veille des cérémonies commémoratives, par plus de cent cinquante « avocats du barreau de Paris » – avocats fortement médiatisés car publiant un « Livre blanc » appelant à reconnaître (au-delà du « préjudice d’anxiété ») le « préjudice d’angoisse » des victimes directes de terrorisme et le « préjudice d’attente et d’inquiétude ». On trouvera ici ce document. Il s’agit, tout simplement, de convaincre les décideurs publics de franchir une nouvelle étape dans l’indemnisation ; de forger une réplique juridique et financière aux attentats de novembre 2015.

Les avocats ont des raisonnements imparables. Ils sont construits sur les pilotis du droit et les marées lunaires des jurisprudences. Ici,ils s’appuient sur celle née lors procès de l’accident d’Allinges (Haute-Savoie) : en 2008 la collision entre un car scolaire et un TER sur un passage à niveau avait tué coûté sept collégiens et provoqué, à divers degrés, des blessures chez quarante-neuf autres.

L’œil intrusif des médias

Cinq ans plus tard le tribunal correctionnel de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) avait donné naissance à un préjudice spécifique ( dit « d’attente et d’inquiétude ») et qui visait (si l’on ose dire)  non plus seulement les victimes directes, mais les « victimes par ricochet » (« parents et les proches, restés pendant de longues heures dans l’incertitude quant à la gravité des blessures subies par leurs enfants, sous l’œil intrusif des médias » écrit Pascale Robert-Diard.

Les très nombreux signataires du « Livre blanc » relèvent que ce traumatisme particulier est a fortiori justifié pour les proches des victimes des attentats « quelle que soit l’issue de l’attente inquiète, que la victime directe soit vivante blessée psychique, physique ou décédée ». Qui et jusqu’où indemniser ? Les avocats propose un nouveau trébuchet – un algorithme juridique intégrant notamment le degré du lien affectif avec la victime, le moment de la connaissance de l’attentat et de la présence du proche sur les lieux, le vecteur de l’information … (Où l’on retrouve BFMTV-RMC comme générateur pathologique d’angoisse – augmentations en vue des tarifs publicitaires pour constitution de nouvelles provisions).

Vertige des quêtes réparatrices

« La dernière question est moins juridique ou financière que philosophique observe, dans sa sagesse, Pascale Rogert-Diard. Face à la tragédie des attentats, la solidarité de la nation est nécessaire. Mais jusqu’où cette quête vertigineuse de réparation sociale peut-elle aller, sans restreindre cette part substantielle de notre condition humaine qui est la solitude devant le malheur et l’indispensable capacité individuelle à affronter et à se relever ? »

Puis elle conclut sur ce paradoxe qui mériterait bien des colloques : « On ne saurait revendiquer l’indemnisation de ses émotions, sans faire reculer, dans le même temps, le droit de chacun à se préserver des incursions de la puissance publique dans sa vie privée. » Ouvrir la porte à l’indemnisation ? Qui ne voit que c’est, aussi,  l’ouvrir à George Orwell, à sa dystopie? C’est une porte qui, ensuite, se révèle généralement assez difficile à refermer.

A demain

1 Sur ce thème on se reportera au pédagogique et très pratique « Panser les attentats – pour ne pas céder à la peur » de Marianne Kédia docteur en psychologie clinique et psychothérapeute, spécialiste du psychotraumatisme (éditions  Robert Laffont). Vidéo de l’auteure.

Burkini, extension du mal : le Premier ministre désavoue sa ministre de l’Education nationale

 

Bonjour

Les températures montent, le tonnerre gronde, quelques éclairs sur le Conseil d’Etat. Ce matin, à la fraîche, sur RMC-BFM TV le Premier ministre Manuel Valls a enfoncé son clou : les arrêtés municipaux anti-burkini  « ne sont pas une dérive ». Trente communes littorales françaises ont, ces derniers jours, interdit le port de ce vêtement de bain « cachant le corps et les cheveux ».

Quelques minutes plus tôt, sur Europe 1, sa ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem avait  déclaré que la « prolifération » de ces arrêtés n’était « pas la bienvenue »« Jusqu’où va-t-on pour vérifier qu’une tenue est conforme aux bonnes mœurs », s’interrogeait la jeune ministre – tout en rappelant son opposition au burkini.

Le Français est différent

« Ces arrêtés ne sont pas une dérive. C’est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l’ordre public », a aussitôt rétorqué le Premier ministre. Reprenant sa déclaration peu banale faite à La Provence le chef socialiste du gouvernement a réitéré son soutien aux maires qui prennent de tels arrêtés.Ainsi donc le port du burkini sur les plages n’est  « pas compatible avec les valeurs de la France et de la République ».

La presse étrangère se gausse ? La belle affaire ! « La France est un pays différent, estime Manuel Valls La conception libérale des anglo-saxons n’est pas la mienne (…) La laïcité est le fruit d’une confrontation mais c’est aujourd’hui la possibilité de croire ou de ne pas croire ». Le clou, toujours le clou, et le spectacle :  « Le burkini c’est un signe politique de prosélytisme religieux qui enferme la femme. (…) Je crois qu’on ne peut pas accepter le prosélytisme mais on ne peut pas accepter l’humiliation non plus. » 1

Le Premier ministre faisait ici référence à  la verbalisation d’une femme toulousaine qui, à Cannes, portait un simple voile sur la tête à Cannes. « Tout ce qui peut apparaître comme une stigmatisation  est évidemment condamnable » a-t-il concédé. « Nous ne sommes pas en guerre contre l’Islam qui a toute sa place dans la République.(…) La République est bienveillante [avec les musulmans], nous les protégerons contre les discriminations. »

Regarder la fraternité

Manuels Valls ferraillant en direct  avec Najat Vallaud-Belkacem. Le Premier ministre contre la ministre de l’Education nationale ? La désagréable impression de regarder une très mauvaise série télévisée. Un « House of Cards » de bas étage. Dans la série la ministre aurait sans doute démissionné.

Entre ces deux responsables de l’exécutif : Bernard Cazeneuve,  ministre de l’Intérieur soutient comme il le peut un Premier ministre sur le fil de la République. Il exige une « fermeté absolue sur la laïcité » mais réclame une « proportionnalité » dans la mise en œuvre de ces arrêtés. Cela donne :

« Comme l’a indiqué le Premier ministre, on peut prendre ces arrêtés mais il faut prendre dans un contexte où ils permettent de faire cesser les troubles à l’ordre public sans jamais perdre de vue la fraternité. »

 « Ne jamais perdre de vue la fraternité ». Il fallait y penser.

A demain

1 Près de deux Français sur trois sont opposés au port du burkini sur les plages. Le tiers restant est « indifférent ». Et  6 % de la population est favorable au port du maillot de bain intégral. C’est ce que conclut un sondage Ifop réalisé pour Le Figaro de ce 25 août. « Nous sommes sur un niveau similaire à ce que nous mesurions ensemble en avril dernier à propos du port du voile ou du foulard dans la rue (63 % y étaient opposés). La plage n’apparaît pas comme un espace public à part et est assimilée à la rue, espaces dans lesquels le port de signe ostentatoire est également refusé par deux tiers des Français », explique Jérôme Fourquet de l’Ifop.

Noter toutefois que l’institut de sondage n’a pas demandé à son échantillon s’il approuvait « l’interdiction de ce maillot islamique sur la plage ». Réprouver n’est pas, on le sait, interdire et encore moins condamner.

«Ricard® ou pétard ?» Natalie Koscisuko-Morizet ne sera pas ministre de la Santé

 

Bonjour

Tweeter, buzzer ou périr (au cimetière des politiques) ? Comment faire parler de soi ? Quoi qu’il en coûte comment exister ? Aujourd’hui 21 août 2016 Arnaud Montebourg triomphe avec des recettes de pacotilles et l’aide, inespérée, du Journal du Dimanche dont la rédaction est depuis peu dirigée par notre confrère Hervé Gattegno, ancien de Vanity Fair, de RMC et BFM-TV, du Point et, jadis, du Monde. Arnaud Montebourg entouré notamment du frondeur janséniste Laurent Baumel et de l’apparemment indestructible Dr Aquilino Morelle.

A droite, en ce beau dimanche montebourgien, RTL et la déjà célèbre  Nathalie Kosciusko-Morizet , visage de porcelaine, 43 ans, ingénuité qui n’en est pas, une réputation de tendance à gaffer et un passé avec Nicolas Sarkozy. On la retrouve rue Bayard, là où était hier Marisol Touraine 1. A nouveau le petit jeu de la confession.

« Plutôt Ricard® ou plutôt pétard ? ». Réponse de NKM :

« La question, c’est qu’est-ce que ça fait le mélange du Ricard et du pétard ? On a envie de répondre pourquoi l’un ou l’autre ? Il y en a d’autres qui pourraient poser la question pourquoi choisir ? »

« Plutôt film d’horreur ou plutôt film porno ? ». Réponse de NKM :

« Non, mais attendez,  c’est comme le Ricard® ou le pétard, pourquoi choisir ? Ça s’entend de deux manières, on est bien d’accord. Laissez-moi une chance quand même sur la compréhension qu’on peut en avoir. »

Pourquoi choisir ? NKM est inimitable, elle le sait, le regrette, s’en vante, radicalement inimitable. Elle en joue, elle en rajoute – au risque de se perdre. Comme en 2014 dans le métro parisien (ligne 13) où elle assurait vivre des aventures assez peu imaginables. NKM risée des réseaux sociaux, tendance Nadine Morano ? Pourquoi pas…

« Quand j’étais enfant, il y avait Georges Marchais et il était toujours très percutant. Il y avait quelque chose dans ce personnage. Je ne sais pas si je devrais dire ça en fait. C’est encore un truc, qui va m’être reproché. En même temps que je suis en train de dire ça, je me dis que ça va faire un buzz à la con ! Bon, ben écoutez,  un de plus ! ».

N’imite pas Georges Marchais qui veut.

A demain

1  Parmi ses confidences à RTL  Marisol Touraine avait confié avoir récemment découvert le groupe La Maison Tellier. « Depuis quelques semaines, le dimanche après-midi quand j’ai du temps, j’ai tendance à l’écouter en boucle » disait-elle.

La ministre de la Santé ignore-t-elle que le nom de ce groupe normand est un hymne à la première, troublante et célèbre nouvelle de Guy de Maupassant publiée en 1881 dans un recueil dont il porte le nom (éditions Folio-Gallimard) .?

Précisons cette délicieuse nouvelle est, elle-même, une forme d’hymne à la prostitution féminine pleinement intégrée dans la maison close d’une petite ville normande. Troublant.

Laurence Rossignol, les voiles et les nègres. N’est pas Montesquieu qui veut sur RMC-BFMTV

 

Bonjour

On indique, de sources généralement bien informées que c’est (en partie) pour sa capacité à « ne pas faire de vagues » que Laurence Rossignol a été nommée ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes. Force est de constater que le pari élyséen est perdu. Avant le remaniement gouvernemental du 11  février dernier, nul ou presque ne savait que Laurence Rossignol existait. Elle vivait alors dans l’ombre de Marisol Touraine, ministre intouchable des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Secrétaire d’Etat (chargée de la Famille) on n’entendait guère Mme Rossignol.

Petit couac à sa nomination au rang de ministre : on se moqua d’un intitulé (ministre de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes) qu’il fallu vite corriger. Devant les rires et la grogne des milieux féministes  (« Hey les mecs, vous n’auriez pas oublié la cuisine et le ménage ?» – « Femen France », Twitter) on ajouta un « s » à « Famille ». Puis tout se calma. Jusqu’à hier, mercredi 30 mars et son intervention désastreuse devant le matinal et plus que dangereux Jean-Jacques Bourdin (vidéo de RMC-BFMTV). Pour des raisons qui restent à découvrir la ministre a effectué un parallèle pour le moins « hasardeux » entre l’esclavage et le port du voile par les femmes musulmanes – parallèle d’autant plus explosif qu’il a été pimenté de l’usage du mot  « nègre ». Interrogée sur les célèbres entreprises de textile qui « investissent le créneau du voile islamique », elle a notamment déclaré :

« Bien sûr qu’il y a des femmes qui choisissent, il y avait aussi des nègres américains qui étaient pour l’esclavage (…). Je crois que ces femmes sont pour beaucoup d’entre elles des militantes de l’islam politique. »

C’était court, c’était trop. Quelques minutes plus tard sur Twitter …  #rossignoldemission … pétition réclamant des sanctions pour les « propos racistes »… « Je dénonce avec force ces propos qui stigmatisent les femmes musulmanes » déclare à l’AFP Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national contre l’islamophobie et secrétaire général du CFCM, l’instance représentative du culte musulman auprès de l’Etat.

Baron de Montesquieu

Ce sera le début d’une tentative de rétropédalage ministériel. Interrogée par BuzzFeed, Mme  Rossignol s’abritera  derrière un grand ancien en politique : Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755),  Et plus précisément à un « ouvrage abolitionniste » – en réalité un petit texte de « L’esprit des lois » – un réquisitoire-plaidoyer intitulé « De l’esclavage des nègres ». Voici ce texte :

« Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.

Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une manière plus marquée.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

Des petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains : car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié. »

Voiles griffés

On voit assez mal la référence avec les voiles griffés à connotation islamique.  Interrogée par l’AFP, elle a reconnu une « faute de langage » puis a souligné qu’elle « ne retirait pas un mot » de ce qu’elle avait dit par ailleurs.

« Laurence Rossignol est connue pour son franc-parler et ses convictions féministes » rappelle Le Monde. On pourrait ajouter que c’est tout sauf une novice en politique. Celle qui vient de fêter ses 58 ans, fut une journaliste éphémère, à La Vie ouvrière,  journal de la CGT. Sa fiche Wiki indique qu’elle est encore collégienne quand elle s’engage en politique : en 1973 elle participe au mouvement contre la « loi Debré » sur le service militaire. Puis elle se mobilise contre la réforme Saunier-Seité de 1976. Les contacts qu’elle prend lors de ces activités militantes la conduisent bientôt à adhérer à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dont elle intégrera le Comité central.

Etienne de la Boétie

Baccalauréat, puis licence de droit à l’université de Dijon. DEA à l’université Paris I Sorbonne. Automne 1981 : comme tant d’autres Laurence Rossignol quitte la LCR pour le Parti socialiste. L’UNEF-ID la retrouve aux côtés de Julien Dray. Fin du syndicalisme étudiant en 1983 ; et début d’une carrière dans les cabinets socialistes. Elle est chargée par Pierre Joxe , alors président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, de suivre les questions législatives à caractère social.

En 1988, elle occupe successivement les postes de chargée de mission et de chef de cabinet auprès de Laurent Fabius, alors président de l’Assemblée nationale. En 1991 elle rejoint le cabinet de Frédérique Bredin alors ministre de la Jeunesse et des sports; elle y est conseillère technique chargée des Relations avec le Parlement. 1993 : elle devient chargée d’études à la MNEF, devenue la LMDE, et à laquelle elle restera longtemps attachée. Entre 1999 et 2004, Laurence Rossignol siège au Conseil économique et social. Sénatrice de l’Oise (octobre 2011-mai 2014), vice-présidente du conseil régional de Picardie, secrétaire nationale du Parti socialiste chargée de l’environnement.

On connait la suite. Montesquieu et l’esclavage des nègres ? Citer ses classiques sur RMC-BFMTV ? Laurence Rossignol aurait aussi pu faire référence à la « Controverse de Valladolid ». Ancienne militante trotskiste devenue ministre socialiste elle aurait, aussi, pu évoquer un célèbre ouvrage signé Etienne de La Boétie  qui parle de servitude, de volontariat et d’absolutisme.

 

A demain

Prix inhumains des médicaments contre le cancer: Big Pharma, œillères et vieille langue de bois

Bonjour

Le temps passe, rien ne craque. Cent-dix cancérologues français lancent, dans Le Figaro, un appel sans précédent pour dénoncer le prix injustifiable des nouveaux médicaments anticancéreux. Ils formulent une série de propositions pour sortir au mieux d’une situation dont chacun sait qu’elle conduit à la catastrophe. Chacun sait qu’il y a là la menace de l’installation progressive, irréversible peut-être, d’une médecine à deux vitesses dans le champ de la cancérologie : « Cancer et économie : le ministre Macron justifiera-t-il le prix inhumain des anticancéreux ? ».

En dépit des règles de la concurrence l’affaire est reprise par plusieurs médias. On se dit que l’on n’en restera pas là. Que l’affaire est trop grave … Que de grandes voix éthiques vont se faire entendre… On attend des lectures politiques… la réaction indignée et prophétique des extrêmes… celles des frondeurs habitués de France Culture… le premier secrétaire du Parti Socialiste invité de Mediapart … des jeunes loups Républicains cultivés sur les réseaux sociaux…. Des citoyens naïfs parieraient même sur une réaction gouvernementale. La ministre de la Santé, qui sait, sur RMC-BFMTV… Emmanuel Macron dans Le Monde Diplomatique

 Gauche véritable  et Grand Capital

Nous allons débattre, en découdre : capitalisme et éthique citoyenne… innovation et partage… médecine et solidarité… morale et retour sur investissement…  gauche véritable et Grand Capital…

Les jeux sont faits. Perdu. Dans les filets : un communiqué du Big Pharma français (Les Entreprises du Médicament – Le Leem). Il est intitulé :   « Innovation en cancérologie : le Leem appelle à un débat sans œillères ». Extraits :

« Le Leem a pris connaissance avec beaucoup d’attention de l’appel lancé ce matin par 110 cancérologues dans Le Figaro concernant le coût des traitements du cancer. Le retour de l’innovation thérapeutique est avant tout une bonne nouvelle pour les patients, notamment pour ceux souffrant de cancer, car ces traitements offrent de nouvelles perspectives de prise en charge d’une pathologie qui frappe chaque année 365 000 Français. La question du coût de cette innovation est légitime (…)

« Le coût de ces nouveaux traitements doit être mis en perspective avec l’apport thérapeutique majeur qu’ils représentent. Les nouveaux traitements du cancer permettent de mieux identifier les patients répondeurs par l’utilisation de biomarqueurs compagnons ou encore s’adressent à des populations de plus en plus ciblées en vue d’un meilleur usage (…)

«  S’agissant du prix proprement dit, le Leem considère toute comparaison du système français (à prix administrés) avec le système américain (à prix libres) comme non pertinente. Le prix d’un nouveau médicament est aujourd’hui fixé par l’Etat (Comité Economique des Produits de Santé) sur la base de la valeur thérapeutique et de l’efficience (évaluées par la Haute Autorité de Santé) qu’il apporte par rapport aux traitements déjà existants. »

Un débat sans œillères ? Précisément. Big Pharma devrait filer cette métaphore, nous décrire cet instrument ; préciser d’où il sort, qui le porte et depuis quand ; qui saura l’enlever et à quel moment. Allons plus loin. Big Pharma sait-il déjà, une fois que les œillères auront été remisées, à quoi ressemble le champ qui nous reste, collectivement, à labourer ?

A demain

 

 

Tabagisme et cigarette électronique: prébendes, passions, interdits et commentaires médiatiques

 

Bonjour

S’il n’existait pas il faudrait le souhaiter : lemondedutabac.com, le site très proche des buralistes. Il recense tout ou presque ce qui se dit du tabagisme (et du vapotage) dans les espaces médiatiques. Aujourd’hui il publie un florilège des échos nés de la publication de l’impossible avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) sur la cigarette électronique. Et il observe que ce qui aura retenu l’attention c’est, pour l’essentiel, ce qui pourrait bien ressembler (sauf jugement contraire de la Direction Générale de la Santé) à une interdiction définitive de vapoter dans tous les lieux et autres espaces plus ou moins considérés comme « publics ».

Où l’on voit – prébendes, passions et incompréhensions-  comment un sujet essentiel de santé publique et de politique de réduction des risques peut, décidément, ne pas être traité avec toute la rigueur scientifique (toutes disciplines confondues) qui devrait s’imposer. Ecoutons-les :

 Le Pr Roger Salamon, président du HCSP, invité de Jean-Jacques Bourdin (RMC-BFMTV) :

 « Ce n’est pas l’élément essentiel de notre avis de savoir si on va vapoter dans un café … la cigarette électronique pose problème. Pour les fumeurs qui veulent s’arrêter, le vapotage est certainement un bon outil de sevrage. Pour ceux qui ne veulent pas s’arrêter, on peut se demander si ça ne favorise pas la poursuite de la cigarette et l’impossibilité de s’arrêter. Et pour les jeunes, c’est quelque chose qui peut les faire entrer dans le tabac et ça nous inquiète énormément.

 « C’est pour cela que nous préconisons l’interdiction de vente aux mineurs et de la publicité. Dans le cas des cafés et restaurants, ça normalise de pouvoir fumer et cela remettrait en question quelque chose qui a été difficile à obtenir, mais très utile : l’interdiction du tabac … ».

 Gérard Audureau, président de Droits des Non-fumeurs (RTL « Les auditeurs ont la parole »):

« On a toujours entendu que c’était une porte de sortie. C’en est une pour celui qui l’utilise comme porte de sortie. Mais, ça devient une porte d’entrée lorsque des associations, comme celle des utilisateurs de cigarette électronique, prône la liberté de vapoter partout et en toute occasion … Sans interdiction, les gens ne feront pas preuve de civisme. On l’interdit là où ça peut gêner les autres. Il faudrait qu’on soit encore plus dépendant que le fumeur de tabac pour être obligé d’aller vapoter à l’extérieur pendant un repas ? Puisque les gens veulent arrêter, qu’ils s’arrêtent comme on le fait avec un patch ou autres substituts ».

Gérard Mattern, pneumologue et ancien secrétaire général de la Société française de tabacologie (RTL, même émission) :

 « Toutes les études faites au Etats-Unis et en Angleterre montrent que les jeunes ont déjà fumé et utilisé la vapote pour s’en sortir. En revanche, ceux qui l’ont expérimenté n’ont pas continué (…) Il y a deux, trois ans, c’était un phénomène de mode. Dans les lycées où je vais travailler assez souvent, les jeunes n’essaient plus l’e-cigarette que dans des proportions extrêmement faibles ».

La raison voudrait, sans doute, que le Pr Salamon et les innombrables experts du HCSP écoute, d’abord et avant tout, l’expérience du tabacologue. Demain, peut-être.

A demain