Bonbons «alcoolisés » : Agnès Buzyn et la Direction Générale de la Santé vont-ils frapper ? 

Bonjour

Face à la perversité, ne pas désespérer de l’action de la presse généraliste. Ainsi Le Parisien (Elsa Mari)  : « Bonbons, sirops… le coup de gueule des médecins contre la mode du goût alcool ». Ou le retour, actualisé, d’un grand classique : appâter au plus tôt en masquant le goût alcoolique derrière un paravent sucré. L’équivalent du tabagisme via les cigarettes en chocolat – avec une puissance tragiquement démultipliée.

« Sur les emballages, un grand verre inondé de glaçons rafraîchissants, de feuilles de menthe et de citron, piqué d’une paille. Ce sont toujours les mêmes images. Pourtant, il ne s’agit pas de cocktails, encore moins d’alcool, mais de jus de fruits au goût mojito. Des parfums que l’on retrouve jusque dans les cornets de glace, les gels douche et les crèmes pour le corps.

 « Un véritable phénomène qui surfe sur les boissons alcoolisées tendance de l’été, vendues dans les enseignes et boutiques françaises, bien loin des zincs. D’autres industriels déroulent la carte des bars le long des rayons de supermarchés en proposant des sirops caïpirinha, margarita, gin-fizz. »

Perversité : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle ».

Le Parisien/Aujourd’hui en France : « La marque Lutti, n°2 du marché du bonbon, vient même d’annoncer le lancement de sa gamme spritz et pina colada, qui se répand cet été après le succès de sa sucrerie au mojito, née l’an dernier. Au dos du paquet, on peut lire : « Pas envie d’attendre vendredi soir pour le prochain mojito ? Emportez votre mini-dose (sans alcool) partout… » »

Mami Nova « saveur pina colada »

Ces images publicitaires peuvent-elles avoir un impact sur le public et, surtout, les enfants ? Évidemment, répondent les addictologues, indignés. « En matière de santé publique, c’est d’une bêtise folle, déclare au Parisien le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Les souvenirs d’enfance jouent un rôle une fois adulte. Cela les conduira plus tard à sous-estimer le risque de l’alcool, c’est la même farce qu’avec le Champomy. »

Liste (non exhaustive) des produits « goût alcool » selon Le Parisien : Sodas. Schweppes a lancé, à l’été 2016, le « virgin mojito » et le « virgin cosmo », référence au cosmopolitan, à base de vodka, destinées « au grand public ». Cosmétiques. La chaîne britannique The Body Shop vend chaque été, depuis deux ans, des gels douche au mojito et à pinita colada, à base de noix de coco et d’ananas, et des beurres corporels. Un succès commercial. Yaourts. La célèbre grand-mère de Mamie Nova prend un coup de jeune et s’encanaille avec des yaourts « saveur mojito », « pina colada » et même « copacabana », cocktail à base de champagne rosé ou cognac selon les versions.

Exécrable cynisme commercial

Interrogé sur l’arrivée de ces « nouveaux bonbons » le Pr Amine Benyamina (président de la Fédération française d’addictologie) estime que ces nouveaux produits aux noms et goûts de cocktails favorisent le passage à la consommation de « vrai » alcool à l’âge adulte. « C’est une campagne exécrable. Ces sucreries mélangent les genres, en surfant sur les boissons à la mode et sur le côté enfantin, la madeleine de Proust. Il ne s’agit pas de fabricants d’alcool et, pourtant, les références sont constantes sur les emballages. Cela donne un côté bon enfant à des produits qui sont régis par la loi. Les industriels jouent sur l’ambiguïté en s’adressant à des adultes, mais il s’agit tout de même de bonbons. On offre de l’alcool sans alcool à des jeunes. »

Perversité ou criminalité ?. Sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein va plus loin, parlant de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?

Totale inconérence. Le président de SOS Addictions attend avec impatience la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ».

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L’opération-éclair d’un janissaire du président Macron en faveur de la « PMA pour toutes »

Bonjour

Grouchy ou Blücher ? Blücher ou Grouchy ? Ce fut Chiche. Guillaume Chiche : jeune député des Deux-Sèvres. Lendemain de 14 juillet 2018: « L’élu de la majorité Guillaume Chiche espère élargir aux célibataires et aux lesbiennes la procréation médicalement assistée ».

Une affaire parfaitement menée, donc. Au lendemain du rapport du Conseil d’Etat ce fut François de Rugy qui, du haut du Perchoir déclara sur BFMTV souhaiter une proposition de loi (débarrassant dans le même instant le président de la République et son gouvernement) ; puis aujourd’hui un entretien miraculeusement accordé au «JDD» par  l’ancien socialiste, membre de la garde rapprochée de Dominique Strauss-Khan  puis de Jean-Paul Huchon.

Guillaume Chiche qui, explique Le Monde, fait partie d’une petite dizaine de députés formant « la garde avancée d’Emmanuel Macron, au Palais-Bourbon comme dans les médias. Des janissaires dévoués corps et âme au chef de l’État, qui ne dépendent que de lui, ne rendent de comptes qu’à lui ». Chiche pro-PMA pour toutes mais/et qui proposait dans un rapport parlementaire publié fin mars 2018 la suppression du quotient familial.

«Ma proposition de loi ouvre la PMA à toutes», explique-t-il aujourd’hui – tout en se défendant (sic) de «chercher à mettre la pression sur le gouvernement». Son texte ?  il «contient l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, y compris aux célibataires et aux couples lesbiens, et le remboursement par la Sécurité sociale».

Insupportable

« Aujourd’hui, il existe une discrimination insupportable dans l’accès à une pratique médicale. Je veux la supprimer le plus rapidement possible : j’explore tous les moyens pour garantir l’égalité entre les femmes » dit-il encore. Où l’on voit que le député de la Sèvre niortaise fait bien peu de cas de ce qui est de l’ordre de la thérapeutique et de ce qui ne l’est pas.

En harmonie parfaite avec M. De Rugy, le janissaire de Niort pressent que son texte pourra être adopté « avant la fin 2018 ». Mais le grognard craint en même temps que des « militants obscurantistes » ne cherchent à « refaire le match de la mobilisation contre le mariage pour tous ».  Ces rétrogradesaveuglés, à défaut d’empêcher l’élargissement de la PMA, pourraient « s’opposer à son remboursement par l’assurance maladie – ce qui aboutirait à une discrimination financière ». Où l’on voit, déjà, les éléments de langage qui fleuriront sur le champ de bataille.

Enfin, M. Chiche explique que sa proposition de loi « contient la double filiation maternelle », c’est-à-dire que « les deux femmes d’un couple homosexuel seront reconnues comme mères de l’enfant né d’une PMA ». Il souhaite aussi que la filiation des enfants nés d’une gestation pour autrui, interdite en France mais réalisée à l’étranger, soit automatiquement reconnue. Un argument dont le camp d’en face se servira pour, sur l’échiquier démocratique, jouer le coup de la « pente glissante ». Belle partie de rhétorique éthique en perspective.

A demain

 

Coûte que coûte, la « PMA pour toutes » : mouvements de troupes et manœuvres politiques

Bonjour

Grouchy ou Blücher ? On attendait le gouvernement à l’automne et ce fut, hier, François de Rugy. Le 12 juillet, sur le plateau de BFM TV, le président de l’Assemblée nationale s’est prononcé en faveur de l’ouverture de la procréation médicalement assistée à « toutes les femmes ». Il l’avait déjà fait. Mais désormais il espère publiquement, du haut des ors du Perchoir, voir les député.e.s de la majorité déposer une proposition de loi en ce sens – et ce  « avant la fin de l’année». Une demande du locataire du Palais de l’Elysée ? Une aide politique fournie sans même que la demande soit exprimée ?

« C’est l’engagement que nous avions pris lorsque nous étions candidats aux législatives», a-t-il justifié. Ajoutant qu’il s’agissait également « d’un engagement du président de la République ». Une prise de position et des rappels qui font suite au rapport du Conseil d’État soulignant que du strict point de vue juridique, «rien n’impose au législateur d’ouvrir aux couples de femmes et aux femmes seules» l’accès à la PMA, «mais rien n’impose non plus le ‘statu quo’».

« Le président de l’Assemblée nationale s’était déjà prononcé en faveur d’une accélération de la législation sur la PMA, rappelle Le Figaro. En septembre dernier, il assurait sur France Inter : ‘’tous les éléments du débat sont connus et archiconnus depuis des années’’. Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes avait elle aussi, quelques jours plus tôt, assuré que l’engagement formulé d’ouvrir la procédure à l’ensemble des femmes par le candidat Macron serait respecté. »

Reste à savoir qui doit prendre l’initiative. Pour François de Rugy aucun doute : c’est aux députés de la majorité, de faire une proposition de loi, accompagnés par «tous ceux qui voudraient s’y associer» déposent une proposition de loi en ce sens. Et M. de Rugy d’assurer être optimiste quant à l’existence d’une «majorité prête à l’adopter». Pour lui il ce sujet ne doit pas être dissous dans la révision de la loi de bioéthique prévue pour 2019.

Débats envenimés

La manoeuvre est concertée. Peu auparavant, devant le Congrès le chef de file des députés LREM Richard Ferrand avait affirmé qu’il faudrait « sans tarder inscrire à notre agenda l’élargissement à la procréation médicalement assistée comme l’interrogation sur la fin de la vie ». Or le gouvernement a déjà maintes fois fait savoir que la « fin de vie » ne figurerait pas dans le projet de loi bioéthique. Et le Conseil d’Etat estime que cette question n’a pas, pour l’heure, à être posée au législateur.

Autre grognard en marche participant à l’opération politique : le député Matthieu Orphelin, qui avait co-signé en mai (avec une cinquantaine d’autres élus LREM) une tribune en faveur de la PMA pour toutes. Il juge aujourd’hui « important de concrétiser l’engagement pris ». Et il faut le faire « assez rapidement pour ne pas tomber dans le piège de ceux qui voudraient tenter d’envenimer les débats ».

Envenimer ? En face on semble peiner  pour s’organiser. Dans un entretien à L’Opinion de jeudi, le vice-président des Républicains Jean Leonetti a réaffirmé son opposition à la « PMA pour toutes ». Il estime que « la mobilisation possible » sur ce sujet pourrait constituer un risque pour le président de la République. Un président qui ne cesse de dire que cette entreprise ne peut se faire que dans une France apaisée.

« La PMA ne passera pas comme une lettre à la poste car les gens se mobiliseront », a déclaré la députée de l’Hérault Emmanuelle Ménard (apparentée au FN) dans un entretien à Sud Radio. Selon elle les réseaux de la « Manif pour tous » sont « encore très mobilisés ». Rendez-vous pris pour la rentrée.

A demain

Mais pourquoi diable manque-t-il 19 000 médecins statutaires dans les hôpitaux français ?

Bonjour

Alerte. Les établissements hospitaliers français souffrent d’un manque chronique de médecins titulaires : plus de 19 000 postes y étaient « statutairement vacants » au début de cette année – données du rapport annuel du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers (CNG). Un sujet brièvement résumé par l’AFP. Le taux de « vacance statutaire » pour les postes à temps plein « a progressé de 0,9 point entre 2017 et 2018 » et s’établissait au 1er janvier à 27,4%, indique le rapport. Cela correspond à 15 052 postes « budgétés »mais pas « occupés statutairement » par des praticiens hospitaliers (PH).

Une grande partie de ces postes à temps plein sont toutefois « provisoirement occupés » par des praticiens contractuels : une étude du CNG réalisée en janvier 2017 estimait leur nombre à plus de 12 000. Pour les postes de PH à temps partiel, la vacance statutaire culminait à 47 % au début de 2018, soit 4 039 titulaires manquants.

Le taux de « vacance statutaire » varie selon les régions : dans les deux catégories (temps plein et temps partiel), il est supérieur à la moyenne en Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire et Normandie, mais inférieur en Bretagne, Ile-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les disparités varient aussi selon les spécialités médicales : l’anesthésie-réanimation, l’ophtalmologie et la radiologie font partie des moins pourvues, à l’inverse de la pédiatrie, de la chirurgie infantile et de la dermatologie.

Entre 2000 et 3000 euros la journée

« Et pendant ce temps là Agnès Buzyn continue de pilonner les hospitaliers intérimaires dans les médias », observe Le Quotidien du Médecin. Le 10 juillet, sur RMC/BFMTV Agnès Buzyn a ainsi expliqué qu’un « bras de fer » était engagé avec les médecins intérimaires sur l’abrogation du édcret plafonnant leur rémunération.

« Comme à l’accoutumée, la ministre de la Santé, qui semble s’être trouvé un nouveau cheval de bataille, s’est montrée offensive sur le sujet, résume Le QuotidienDepuis l’entrée en vigueur du décret, ces médecins sont rémunérés 1 400 euros la journée, M. Bourdin. On parle du salaire mensuel moyen de beaucoup de Français !’’.

Agnès Buzyn est allée plus loin, en évoquant même le salaire de ’2 000 à 3 000 euros la journée’’ de certains praticiens qui ‘’profitent des failles du système’’ en préférant travailler ’une semaine par mois en intérim ‘’ plutôt que d’accepter un poste de praticien hospitalier à temps plein. » En revanche, dans cet entretien de dix minutes, la ministre n’est pas revenue sur l’énième report de la réforme sur l’hôpital, annoncé la veille par Emmanuel Macron. »

A demain

Cigarettes thérapeutiques de cannabis : Agnès Buzyn fait travailler le sujet par ses services 

Bonjour

 10 juillet 2018. Agnès Buzyn sur RMC -BFMTV . Discret mea culpa sur sa manière de dire que la présence persistante de la France au Mondial avait retardé le plan de lutte contre la pauvreté. Nouvelles dénonciations des médecins mercenaires hospitaliers. Propos sur des sujets divers et variés comme à chacune des interventions médiatiques de la ministre. Puis Bourdin Jean-Jacques aborde le chapitre du cannabis thérapeutique – autorisé dans trente-trois pays à travers le monde. Agnès Buzyn :

« Il existe aujourd’hui des médicaments à base de cannabis, c’est du cannabis médical sous forme de gélules, ces médicaments sont autorisés mais ils sont en négociation de prix. Lorsque le prix sera fixé, des personnes vont avoir accès à ces médicaments ».

 Agnès Buzyn évoque ici  l’interminable affaire Sativex® (médicament à base du principe actif THC – sous la forme Delta-9-tétrahydrocannbinol/cannabidiol). Rappelons que  cette « négociation de prix » ultra-secrète dure depuis plus de quatre ans déjà – quatre années durant lesquelles les malades concernés ont été privés d’une possibilité thérapeutique 1. Agnès Buzyn :

« D’autres voudraient aller vers l’autorisation d’utiliser la ‘’cigarette de cannabis’’ comme du cannabis médical et là, un certain nombre de recherches sont en cours dans différents pays (sic) pour savoir si vraiment cela apporte un plus par rapport aux médicaments en comprimés.

« Je l’ai dit au Parlement, j’attends des notes de mes services pour savoir quelle est la différence entre le cannabis  »en comprimés » et le cannabis  »en cigarettes » pour savoir si nous devons aller plus loin (…)  Je n’ai absolument pas de doctrine arrêtée sur le sujet. Soit c’est utile et nous le ferons, soit les médicaments sous forme de comprimés suffisent et on s’arrêtera là. »

Nous sommes en juillet 2018. « Notes de services » … « Comprimés » …  « Gélules » … Cannabis en « cigarettes » (sic) …  Le Sativex®, est un spray qui a obtenu une autorisation de mise sur le marché français en janvier 2014. Voici ce que publiait alors le service de presse de Marisol Touraine :

« L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) vient d’accorder au SATIVEX®, par décision de ce 8 janvier 2014, une autorisation de mise sur le marché (AMM). Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé, avait ouvert la possibilité, par un décret du 5 juin dernier, que des médicaments dérivés du cannabis sollicitent une AMM en France.

Le SATIVEX®, commercialisé dans plusieurs pays européens, notamment en Allemagne et au Royaume-Uni, est un médicament utilisé chez certains patients atteints de sclérose en plaques, pour soulager les contractures sévères (spasticité), résistantes aux autres traitements. Le traitement devra être initié par un neurologue et un rééducateur hospitalier. »

 A demain

1 Tous les article de ce blog consacrés au  Sativex® sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=sativex

 

Homéopathique :  mais pourquoi diable Mme Buzyn alimente-t-elle ainsi la polémique ?

Bonjour

Personnalités étranges les politiques peuvent, parfois, souhaiter ne jamais en finir avec une polémique à forte valence médiatique. Agnès Buzyn s’y emploie aujourd’hui à merveille avec l’homéopathie. Un sujet vieux de deux siècles qui, grâce à elle, ne quitte plus le devant de la scène des ondes – l’un des symptômes de la société politique du spectacle.

Retour sur les derniers épisodes.

 Acte I (12 avril) :  « Homéopathie : un banal « placebo » qui restera remboursé par la collectivité (Agnès Buzyn) ». Invitée le jeudi 12 avril 2018 de la matinale RMC/BFM TV, Agnès Buzyn fait le point sur plusieurs chantiers sensibles – dont l’homéopathie. Jean-Jacques Bourdin interroge la ministre des Solidarités et de la Santé sur la question de sa prise en charge par la collectivité. Une affaire financière autant que symbolique quant à la place du rationnel thérapeutique dans notre communauté.

Toile de fond : une tribune publiée par Le Figaro le 19 mars dans laquelle des médecins s’en étaient pris avec virulence à l’homéopathie. D’autres praticiens, plus que favorables à cette pratique, ont répliqué en portant plainte devant l’Ordre des médecins contre leurs confrères signataires.

Continuer à rembourser ou pas ? L’homéopathie continuera à être remboursée a, en souriant, assuré Agnès Buzyn. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ».

Acte II (13 avril). « Homéopathie : Agnès Buzyn a créé l’événement avec #demandetonremboursement »

L’information de poids distillée en quelques secondes la veille ruisselle en cascade, grossit les rivières, suscite au choix l’ire ou l’hilarité. Avec cette question : une bourde à coup sûr, mais une bourde volontaire ou pas ? Embrasement sur les réseaux sociaux. Moins sur la question des spécialités homéopathiques (« cette eau diluée dans le l’eau » disent les rationalistes) que sur les prolongements que l’on peut faire à partir de ce raisonnement.

Dans la foulée le hashtag, #demandetonremboursement a été créé dans la foulée par @JeSuisBigPharma, un compte satirique  sur Twitter :

« J’adore ce nouveau jeu. Voici les règles: – Trouve une activité ou un produit qui te fait du bien et qui n’est pas dangereuse. – Explique le à @agnesbuzyn. – Demande comment on procède pour obtenir le remboursement – Ajoute le hashtag #DemandeTonRemboursement »

La lecture en était réjouissante, parfois acidulée, parfois acerbe :

#DemandeTonRemboursement @agnesbuzyn je fais des Pilates chaque semaine afin de rester zen face à mes patients et leur prodiguer la même qualité de soins tt au lg de l’année. ça m’évite aussi d’être violente à votre égard, étant donné le mépris que vs m’opposez. Vous remboursez ? »

parfois florale et politique :

« Chère @agnesbuzyn, j’ai semé des cosmos et des tournesols. Ce n’est pas nocif, ça me fait beaucoup de bien et ce n’est même pas cher. J’en ai eu pour 3€75. J’accepte le remboursement à 35% même si je déplore qu’en Alsace il puisse atteindre 90%. #DemandeTonRemboursement »

Acte III (13 avril). Poursuite de la cascade : « L’homéopathie selon Agnès Buzyn : rires et satires sur #DemandeTonRemboursement »

Acte IV (20 avril) « Agnès Buzyn la scientifique relance la polémique sur les remboursements homéopathiques »

Interrogée le 19 avril Agnès Buzyn, a affirmé sur Europe 1que les médications homéopathiques sont remboursées « comme tous les médicaments qui ont un service médical rendu faible à 15 % ».

« Il y a toute une catégorie de médicaments dont on sait que l’efficacité n’est pas… très…  prouvée. C’est ce qu’on appelle l’effet placebo (rires) En tant que scientifique, je considère que l’homéopathie ne peut pas fonctionner autrement (rires) que par l’effet placebo ! Dans tous les cas, rien n’a été prouvé autrement. Si on doit se poser la question du remboursement, on doit plus généralement se poser la question du remboursement de médicaments très peu efficaces. »

« C’est bien la question que l’on aimerait, en période de maigres vaches, que se pose la ministre des Solidarités et de la Santé. Et c’est précisément la question qu’Agnès Buzyn ne se pose pas, écrivions-nous alors. Pour elle, pour le gouvernement, pour le Premier ministre et le président de la République, ce n’est pas « une priorité ».  

« Ce qu’il faut savoir c’est que ça représente une somme assez réduite pour la Sécurité sociale. C’est quelques dizaines de millions d’euros (sic). Ce n’est pas ça qui va permette de faire des économies importantes par rapport aux enjeux financiers de remboursement des soins. Ce n’est pas une priorité.»

Acte V (28 mai). Tout, brutalement, a changé. « Le statut dérogatoire de l’homéopathie va-t-il disparaître ? s’interroge Le Monde (Pascale Santi)L’homéopathie pourrait rentrer dans le droit commun et être évaluée scientifiquement. Si elle est utile, elle restera remboursée. Si elle est inutile, elle arrêtera de l’être, a indiqué la ministre de la santé, Agnès Buzyn, sur les ondes de France Inter, jeudi 24 mai. Le problème de l’homéopathie est qu’elle n’a jamais été évaluée comme les médicaments. »

Où l’on redécouvre la recette de l’eau chaude, diluée ou pas. Et les incohérences qui lui sont inhérentes, depuis longtemps collectivement assumées. L’homéopathie dispose ainsi d’un statut dérogatoire. L’autorisation sur le marché de ses spécialités ne répond pas au mêmes contraintes  que les médicaments allopathiques. Idem pour leur évaluation par la Haute autorité de santé, qui ne peut se prononcer sur le service médical rendu (SMR) de ces spécialités. « Au ministère de la santé, on indique ne pas avoir de position doctrinaire» assure Le Monde.  Mais de quelle doctrine parle-t-on ?

« Nous remboursons à des taux très faibles des médicaments peu efficaces voire extrêmement peu efficaces. Le débat est ouvert sur l’utilité des médicaments: où met-on l’argent public ? » (Agnès Buzyn, le 24 mai). La question est donc relancée – sans précision sur les échéances et la nature de l’évaluation. Le marché total de l’homéopathie représente environ 620 millions d’euros en 2017, selon les chiffres du Hub d’OpenHealth, qui s’appuie sur les ventes de plus de 10 700 pharmacies en France. De son côté, l’Assurance-maladie dit avoir remboursé 128,5 millions d’euros de médicaments homéopathiques en 2016, soit moins de 1 % du budget médicaments. »  On attend, patiemment, l’acte VI.

A demain

 

 

Les Français font beaucoup pour arrêter de fumer. Mme Buzyn ne fait presque rien pour les aider 

 

Bonjour

Ce sont des informations tout juste mandées par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Des informations en partie rassurantes concernant le tabagisme. Des informations classées en deux chapitres

I Les ventes de tabac, au cours du premier trimestre 2018, ont diminué de 9,1 % par rapport à la même période en 2017. Pour les cigarettes le recul est de 8,1 % tandis qu’il s’établit pour le tabac à rouler à 14,5 % à jours de livraison constants par rapport au premier trimestre 2017. La baisse des ventes de cigarettes s’est surtout produite au mois de mars à la suite d’une hausse de prix (environ 1 euro de plus en moyenne) intervenue le 1er mars : le recul est de 16,2 %, soit une des deux plus fortes diminutions intervenues sur un mois depuis 2004.  Cette augmentation des prix semble avoir moins impacté les ventes de tabac à rouler. Ceci peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit de la 3e hausse depuis janvier 2017 pour ce type de tabac et que les achats dans le réseau buraliste ont déjà beaucoup reculé depuis un an.

Reste que ces informations ne tiennent pas compte, par définition, de la possible augmentation des ventes de cigarettes issues des marchés illices – marchés de contrebande qui, selon les buralistes seraient en hausse constante et face auxquels le pouvoir exécutif demeure, sinon complaisant, du moins désarmé.

II Les ventes de traitements pour l’arrêt du tabac sont en hausse de 10,7 % sur le premier trimestre comparé à la même période en 2017 et à jours constants, continuant à bénéficier de deux mesures. Ces deux mesures sont d’une part le passage de 50 euros à 150 euros, en novembre 2016, du remboursement forfaitaire de l’Assurance maladie ; et d’autre part la réintégration du Champix®  dans la liste des spécialités ouvrant droit à ce remboursement (+ 279,7 %). Le nombre de bénéficiaires de ces forfaits pour les substituts prescrits a d’ailleurs progressé de 36,8 % en 2017 par rapport à 2016.

Et maintenant ? Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant qu’Agnès Buzyn décide le remboursement intégral (et sans limite dans le temps) de tous les « traitements pour l’arrêt du tabac » ? Combien de fois faudra-t-il encore rappeler au ministre en charge de la Santé que les fumeurs sont tous victimes d’une affection de longue durée ?

Combien de temps encore avant qu’Agnès Buzyn s’attaque, courageusement, de front, au fléau du tabagisme ? En intégrant (enfin) la cigarette électronique dans une politique de réduction des risques.  Quitte, demain, à démissionner si, comme nous le dit aujourd’hui Nicolas Hulot, sur RMC-BFMTV, elle devait découvrir s’être fourvoyée dans les méandres du pouvoir exécutif.

A demain

PS. Quelques minutes après avoir publié ce texte nous recevions un communiqué de presse du ministère des Solidarités et de la Santé annonçant que « deux traitements de substitution nicotinique sont désormais remboursables » (sic). Extraits :

« Contre le fléau du tabagisme, Agnès Buzyn poursuit le combat qu’elle porte depuis toujours et se félicite de cette nouvelle étape pour le soutien de ceux qui souhaitent arrêter de fumer. Deux premiers traitements de substitution nicotinique sont désormais remboursables par l’assurance maladie : des « gommes à mâcher », depuis le 22 mars 2018 et des « patchs », depuis le 16 mai 2018. Cette prise en charge permet à tous les patients l’accès à ces traitements de substitution, y compris aux plus modestes (sic). »

Ce « modeste » est, ici, difficilement supportable.