Tabagisme : pour y entrer, les ados français n’ont pas besoin de cigarette électronique

Bonjour

Qui s’en souvient ? Il y a cinq ans, jour pour jour, François Hollande, président de la République lançait solennellement, à la Maison de la Chimie,  le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer et confiait à Marisol Touraine, ministre de la Santé, le soin d’élaborer un « Programme national de réduction du tabagisme ». Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»

On sait ce qu’il en résulta. A commencer par un invraisemblable (et coupable) déni ministériel (et gouvernemental) du levier sanitaire que représentait, déjà, la cigarette électronique en tant qu’outil de réduction des risques tabagiques.

Cinq ans après, jour pour jour. C’est une information qui (pourquoi ?) a bien du mal à émerger : « Plus d’un ado sur deux a déjà testé la cigarette électronique » (RMC-BFM-TV). Une information qui, paradoxalement, semble gêner ceux qui la produisent. Une information reprise sur  le site des buralistes français : plus d’un adolescent de 17 ans sur deux (52 %) a déjà expérimenté la cigarette électronique, soit un pourcentage voisin de ceux qui ont expérimenté la cigarette de tabac (59 %). Ce sont là les premiers résultats d’une étude de l’Inserm, financée par la Ligue contre le Cancer, dans le cadre du programme dit « PETAL » 1 .

« Alors qu’un quart des jeunes de 17 ans fument tous les jours, seulement 2 % d’entre eux vapotent quotidiennement, et un sur six occasionnellement. Cette nouvelle étude semble écarter l’hypothèse d’une porte d’entrée du vapotage dans le tabagisme. Les jeunes de 17 ans qui testent la cigarette électronique ont déjà expérimenté le tabac auparavant. C’est toujours le tabac qui vient en premier et pas l’inverse.

 « La baisse de consommation de tabac chez ces ados ne serait pas plus liée à la cigarette électronique : 63 % des jeunes vapoteurs sont aussi des fumeurs réguliers ou quotidiens de cigarette. L’e-cigarette se cumulerait avec d’autres comportements à risque, tabac mais alcool et stupéfiants. S’il y a autant de filles qui fument des cigarettes que de garçons, toujours à 17 ans, les garçons ont davantage tendance à vapoter (21 % d’entre eux le font occasionnellement contre 13 % des filles). Autant de pistes et de données que les chercheurs vont continuer à approfondir, sachant que la vente de la cigarette électronique est interdite aux moins de 18 ans. »

Incurie gouvernementale et présidentielle

Tout ou presque est dit, ici, de l’incurie gouvernementale récurrente face à ce fléau. A commencer par l’exposé officiel du contexte dans lequel s’inscrit l’étude PETAL (nous soulignons):

«  Compte tenu des lourdes conséquences sanitaires du tabagisme et du potentiel addictif des produits du tabac, sa consommation par les adolescents et les jeunes adultes constitue un enjeu primordial de santé publique. En France, le Programme National de Réduction du Tabagisme 2014-2019 vise en premier lieu la prévention de l’initiation tabagique chez les adolescents. Au cours de la dernière décennie, certaines mesures de lutte contre le tabagisme étaient spécifiquement destinées aux jeunes, comme l’interdiction de fumer dans les établissements scolaires en 2007, l’interdiction de vente de tabac étendue à l’ensemble des moins de 18 ans en 2009 et la mise en place du paquet neutre. Dans la mesure où des évaluations robustes n’ont pas été systématiquement menées, les décideurs disposent de peu d’éléments permettant de savoir si ces mesures ont été efficaces. »

Ce projet de recherche inclut notamment deux objectifs : évaluer l’efficacité et l’équité de l’interdiction de vente de tabac aux moins de 16 ans puis aux moins de 18 ans, comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France.

« L’utilisation de l’e-cigarette chez les jeunes s’est rapidement développée ces dernières années. Plusieurs études récentes ont évoqué son possible rôle dans l’initiation tabagique. Dans le cadre de la prévention du tabagisme des jeunes, il apparaît donc important de comprendre le rôle de l’e-cigarette dans les trajectoires d’initiation tabagique chez les jeunes en France. »

Les premiers résultats officiels sont donc là, qui confirment mille et une observations ponctuelles. Combien faudra-t-il encore d’années avant que les autorités sanitaires et politiques françaises acceptent la réalité, organisent et amplifient des stratégies de réduction des risques tabagiques, se plient à la loi du pragmatisme ? Combien de temps, en un mot, avant que l’actuel président de la République, champion de la prévention avant de prendre la place de François Hollande, accepte de prendre modèle sur la politique britannique ?

A demain

1 « Programme d’Etudes sur le Tabagisme des Adolescents en vue de sa Limitation » (PETAL). Ce projet vise à mieux comprendre les comportements liés au tabagisme des jeunes Français. L’objectif général est de documenter l’efficacité et l’équité de politiques publiques de lutte contre le tabagisme des jeunes et d’identifier des opportunités d’interventions pour le futur. PETAL mobilise des méthodes statistiques robustes afin de produire les résultats les plus justes possibles au regard des données disponibles actuellement.

Ce projet a débuté en novembre 2017 et il est financé pour 24 mois par La Ligue contre le cancer dans le cadre de l’appel à projets 2017 Priorité Cancers Tabac de La Ligue contre le cancer et l’Institut national du cancer (INCA). Les équipes de recherche impliquées sont les unités mixtes de recherche 1178 (Santé mentale et santé publique, INSERM-Paris Descartes-Paris Sud) et U1136 (Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, INSERM-Sorbonne Université), l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Santé Publique France, l’Université de Californie San Diego et l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD).

Faudrait-il enfin croire les journalistes quand ils annoncent qu’ils ne sont plus crédibles ?

Bonjour

C’est une vertigineuse mise en abyme offerte par  La Croix (Aude Carasco) : « Baromètre médias, les journalistes sommés de se remettre en question ». Où l’on découvre que dans le 32e « Baromètre de la confiance des Français dans les médias » 1 pour le quotidien catholique, la crédibilité accordée aux différents supports et la perception de l’indépendance des journalistes sont « au plus bas ». Et ce alors même que l’intérêt pour l’actualité remonte après trois années de baisse.

« Insultes, menaces de viol, jets de projectiles, coups, scènes de lynchage… Après plusieurs agressions de journalistes, des agents de protection accompagnent des équipes de télévision ou radio lors de mobilisations de Gilets Jaunes. Une « ‘’escalade de la haine’’ dénoncée par l’ONG Reporters sans frontières, qui héberge sur son site la pétition  #Libresdinformer, lancée par des collectifs de journalistes et de citoyens pour défendre le droit d’informer. »

Journalisme morne plaine. Un quart seulement des sondés jugent que lesjournalistes sont indépendants du pouvoir et de l’argent. La radio, traditionnellement jugée comme le moyen d’information le plus fiable, sort à peine la tête de l’eau (avec 50 % de niveau de confiance, – 6 points sur un an), devant la presse écrite (à 44 %, – 8 points), la télévision (à 38 %, – 10 points), et Internet (à 25 %, comme en 2018). Interrogés sur les critiques et l’agressivité provenant d’une minorité de manifestants envers des journalistes, un petit quart des sondés (23 %) les jugent justifiées, une majorité (39 %) « pas vraiment », et un tiers (32 %) « pas du tout ».

Conseil de l’Ordre des Journalistes

Violences, fractures et paradoxes révélés par le phénomène des Gilets Jaunes. « Il y a un décrochage important entre les milieux culturels et les niveaux d’éducation, observe le sociologue Jean-Marie Charon. Les plus âgés et les moins diplômés regardent encore très majoritairement le petit écran. Les “intellos” n’ont pas les mêmes sources d’information que les milieux populaires : ils écoutent la radio et s’informent sur les sites de la presse écrite et auprès des médias créés sur Internet. Il y a bel et bien une information à deux vitesses, qui pose plus que jamais le débat de la qualité de l’information. »

Critique majeure : un manque de « terrain » et un plus que trop-plein de « journalisme de commentaire » 2. Pour autant l’utilité du métier de journaliste n’est pas niée. Critiqués voire honnis, les journalistes arrivent en tête des acteurs « qui devraient agir contre la propagation des fake news » (à 37 %), devant les organes de contrôle des médias (35 %), les citoyens eux-mêmes (31 %) et le gouvernement (23 %).

« À travers les critiques exprimées et les réponses faites à ce baromètre transparaît une demande d’évolution dans les modes de traitement (meilleure représentation de la diversité de la société et des opinions, moins de sensationnalisme, plus d’attention portée à la qualité des invités…) et la hiérarchisation de l’information (plus de sujets concernant les grands enjeux de société comme l’environnement et le vivre-ensemble, moins de sujets politiques » résume La Croix.

Et déjà, ici ou là, revient le vieux serpent de mer des périodes de grandes crises : la nécessité de créer un Conseil de l’Ordre des Journalistes comme il en a un, bien connu, des Médecins.

A demain

@jynau

1 « Le 32e Baromètre de la confiance dans les médias ». Étude réalisé par Kantar Sofres/Kantar Media pour La Croix entre le 3 et le 7 janvier 2019.  La méthode utilisée est celle des quotas, auprès d’un échantillon nationale de 1000 personnes, représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Les entretiens ont été réalisés en face à face.

2 La Croix rappelle qu’à la faveur du mouvement des Gilets Jaunes de nouveaux débats sont entrés dans les rédactions. Dès la mi-décembre, Laurent Guimier, le vice-PDG d’Europe 1, et son conseiller Guy Birenbaum faisaient leur « média culpa » dans une tribune aux Échos,confessant un manque de terrain et un trop-plein de « journalisme de commentaire », et invitant les médias à se « réinvestir dans des missions » délaissées. Des discussions ont également été ouvertes à TF1 ou BFMTV. Une consultation a été lancée au sein de la radio France Info, qui possède sa propre agence de vérification. « Si les violences sont inexcusables, il est indispensable, sain et utile qu’un débat et un dialogue aient lieu, estime Vincent Giret, son directeur. Il y a une prise de conscience que le paysage de l’information a changé et qu’on ne peut plus travailler comme hier. »

Alcools et whiskies : le ministre de l’Agriculture lutte contre l’alcoolisme et l’addictologie

Bonjour

De Carybde fermentée en Scylla distillée. Didier Guillaume, 59 ans, n’est plus un novice. Et pourtant. Ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste il annonça son abandon de la politique. Puis en abandonna l’idée. Il est aujourd’hui le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

Il y a quelques jours M Guillaume faisait parler de lui. Contre l’évidence sanitaire et œnologique il affirmait sur BFMTV-RMC, que le vin n’était pas « un alcool comme un autre ».

« Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouvait les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

Un ministre non recadrable

Une semaine plus tard M. Guillaume persiste et, dans la plus grande confusion, signe de son nom. Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, il a déclaré (6’): « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Et surtout ne pas parler de « se saouler ».

Les premiers propos du ministre lui avait valu une sèche réplique de sa collègue Agnès Buzyn. « Le vin fait partie de notre patrimoine, avait-elle concédé sur France info, avant de souligner le caractère identique des molécules d’alcool éthylique présentes dans le côtes-du-rhône, dans les apéritifs anisés et toutes les autres boissons alcoolisées.

Pour autant, Didier Guillaume assure être sur la même ligne que le reste du gouvernement. « Je ne suis pas recadrable, moi, s’est-il agacé à l’adresse de Mme Buzyn. Il n’y a pas de débat, la position du gouvernement est de lutter contre l’alcoolisme. Il y a une grand plan de lutte contre l’alcoolisme qui a lieu. La filière viticole en fait partie, travaille avec le ministère de l’Agriculture et de la Santé. »

Et puis ce formidable lapsus ministériel (réitéré) : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». On attend l’interprétation d’Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

 

 

Côtes-du-Rhône, alcoolisme et boîtes de nuit : nouvel appel solennel à Emmanuel Macron

Bonjour

Existe-t-il aujourd’hui dans la France jacobine des Gilets Jaunes d’autres solutions que d’en appeler à Emmanuel Macron ou de demander sa démission? En ce 20 janvier 2019, trois textes le concernent, disponibles par voie de presse. Deux dans Le Journal du Dimanche (Claude Got pour « laisser une chance aux 80 km/h » ; Philippe Val sur les risques encourus par sa personne 1) et une dans Le Monde :  « ’La démission gouvernementale face à l’alcool est scandaleuse’’ Le plan national adopté fin 2018 conforte les pires craintes concernant la complaisance, si ce n’est la complicité, des pouvoirs publics et du lobby des alcooliers ».

Ainsi donc, ici, une nouvelle tribune solennelle cosignée, une nouvelle fois, par les mêmes spécialistes de la santé publique et de la lutte politique contre le vieux fléau de l’alcoolisme 1. Une tribune qui, cette fois, prend appui sur la publication en catimini, avec un an de retard, du « Plan national de mobilisation contre les addictions » 2018-2022 conforte les pires craintes sur l’inertie des pouvoirs publics en matière de consommation d’alcool.

« Au terme d’une analyse brillante et incontestable ce Plan s’arrête brutalement au seuil de l’action, perdant toute ambition de réussir. Il est plein de contradictions. Après avoir reconnu, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que la fiscalité est un des moyens les plus efficaces pour freiner la consommation, il ne propose aucune mesure en ce sens. Malgré les engagements de la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn lors des débats au Parlement, les « prémix » à base de vin échappent même à toute mesure (…)

« Le plan s’alarme du marketing pour piéger les jeunes dans la consommation d’alcool mais se contente de cette inquiétude. S’il constate la pression publicitaire pour l’alcool sur tous les médias, il ne propose aucune ­mesure d’encadrement, même pas la limitation de l’affichage autour des écoles. Aucun calendrier, aucun objectif chiffré n’est fixé. »

Qui a caviardé le Plan national de mobilisation contre les addictions ?

En pratique les signataires observent qu’en dépit de l’engagement solennel pris le 6 septembre 2017 par Agnès Buzyn et Nicolas Prisse, président de la Mildeca de rendre « plus visible » (sic et re-sic) le pictogramme d’avertissement « femme enceinte » sur les bouteilles de boissons alcooliques la taille futur du pictogramme n’est toujours pas arbitrée …

« Il est vrai que le lobby de l’alcool ­considère qu’informer les femmes serait « anxiogène », sinon « mortifère ». Quel aveu et quel cynisme ! Ce mépris pour la prévention de la première cause évitable de handicap mental chez l’enfant est honteux et impardonnable, qu’il ait pu influencer les choix gouvernementaux est absolument scandaleux. »

Une nouvelle tribune solennelle avec cette révélation de taille : « Nous connaissons les raisons de cette ambiguïté et de cette inaction. Le plan de la Mildeca a été caviardé après avoir été pris en otage par le lobby alcoolier qui a imposé une ‘’contribution’’ uniquement destinée à préserver ses intérêts économiques au détriment de l’intérêt général. Sa demande a été entendue puisque aucune contrainte ne ­pèsera sur le secteur de l’alcool. »  Aucun nom n’est toutefois donné pour nous dire qui anime ce « lobby alcoolier ».

On peut le dire autrement : pour le gouvernement d’Emmanuel Macron la responsabilité, ici, ne ­repose que sur les victimes et non sur l’industrie (producteurs, distributeurs, annonceurs) – industrie qui via la publicité n’a de cesse que de  les pousser à consommer.

 Palais de l’Elysée et crozes-hermitage

Une nouvelle tribune solennelle qui fait suite aux peu banales et désormais célèbres déclarations de Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation sur la différence fantasmée entre le vin et les autres alcools. Invité de BFM-TV et RMC mercredi 16 janvier, le ministre était interrogé sur la question de l’alcool en France :

 « Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouve les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

« Refusant toute référence à un hygiénisme d’un autre temps, nous affirmons notre attachement aux institutions, concluent les auteurs de la tribune. Dans cet esprit, nous en appelons solennellement au président de la République afin qu’il cesse de sacrifier les intérêts supérieurs de la santé des Français au profit d’intérêts particuliers. »

Voilà donc qui est imprimé. Mais bien des raisons, trop nombreuses pour être ici exposées,  font qu’il est hautement improbable que cet appel solennel franchisse un jour les murs du Palais de l’Elysée.

A demain

 1 Philippe Val publie prochainement un livre « qui parle de sa vie » : « Tu finiras clochard comme ton Zola », Éditions de L’Observatoire, 864 pages, 24,90 euros.

Bernard Basset, médecin de santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie nationale de médecine ; Claude Got, professeur honoraire, université René-Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII, administrateur de la Ligue nationale contre le cancer (LNCC) ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie (SFA) ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, président du Collège universitaire des enseignants en addictologie (Cunea) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI, président du Fonds actions addictions ; Nicolas Simon, professeur de médecine Aix-Marseille Université, président de l’Anpaa.

 

Près de 15.000 euros brut mensuels : Agnès Buzyn soupèse les salaires des Hauts Fonctionnaires

Bonjour

Jusqu’ici étrangement silencieuse face à la marée montante des Gilets Jaunes Agnès Buzyn prend la parole. Elle était, ce 9 janvier 2018, l’invitée de Bourdin Direct sur BFMTV et RMC. En service commandé.

Où l’on apprend que la ministre des Solidarités et de la Santé « regrette » la fuite de Chantal Jouanno. On savait, depuis quelques heures, que la présidente de la Commission nationale du débat public venait de quitter le poste de pilotage du « Grand Débat National ». Désaffection à moins d’une semaine de la grande croisière  sur des eaux mouvementées  – et ce après la vive polémique qui a suivi la découverte du montant de son salaire :  14.666 euros brut mensuels.  Et une ex-capitaine toujours salariée d’un Etat magnanime. Le Nouveau Monde, en somme.

« Elle a une longue expérience politique [ndlr de droite] , c’est une femme raisonnable. Je regrette son départ. C’est son choix »  a commenté la ministre proche, dit-on, d’Emmanuel Macron. Remplacer cette femme de raison ? « Il va falloir quelqu’un qui a l’estime des Français, un sage »  a déclaré Agnès Buzyn – estimant « qu’il n’y en pas tant que ça… qu’il n’y en a plus tant que ça… ». Le Nouveau Monde, en somme.

« Sage » : « Qui a la capacité de comprendre et de juger justement toutes choses ».

Plus généralement Agnès Buzyn estime que « certains » hauts fonctionnaires sont « sûrement » trop payés, mais « peut-être pas tous ». « Il faut regarder le niveau de responsabilité de ces hauts fonctionnaires, le niveau d’exposition, estime-t-elle. Ils gagnent beaucoup plus que tous les élus, les députés, les sénateurs, plus que le président de la République. Moi je pense qu’il faut probablement remettre à plat ces rémunérations en fonction des postes et des responsabilités. »

Comment ne pas voir, ici, l’ampleur de la tâche et, en même temps, l’expression de la sagesse ? Le Nouveau Monde, en somme.

A demain

@jynau

 

Alcool : Agnès Buzyn défend les bonbons mojito et les yaourts pina colada. Pourquoi ?

Bonjour

On pouvait, hier, lire ceci dans Le Parisien (Elsa Mari) : « L’amendement qui prévoyait de taxer ces bonbons au goût alcool a été rejeté par les députés, avec l’appui de la ministre de la Santé ». Ou encore : « Les bonbons mojito ne seront pas taxés ! ».  France Info : « L’Assemblée rejette la taxe sur les bonbons « saveur cocktail » et les vins aromatisés », avec le soutien d’Agnès Buzyn et au grand dam des addictologues et des défenseurs de la santé publique. Comment comprendre ?

Depuis longtemps l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) dénonçait le fait que des industriels puissent indirectement faire de la publicité pour leurs boissons alcooliques via différents produits alimentaires ne contenant pas d’alcool tout en y faisant ouvertement référence (une déclinaison alcoolique des antiques « cigarette en chocolat ».

En juillet dernier,  sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein parlait de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?. Le président de SOS Addictions attendait alors, avec impatience, la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ». On imagine, aujourd’hui, sa déception.

« Saveur rhum »

Un espoir été pourtant né quand, mi-novembre, le Sénat vota un amendement destiné à taxer plus lourdement les produits alimentaires « faisant référence à l’alcool ». Et c’est cet amendement que l’Assemblée nationale vient de rejeter avec le soutien de …. la ministre des Solidarités et de la Santé. Alors même que cette dernière s’était déclarée favorable à cette initiative. Selon elle le fait de taxer ces aliments risquait d’être censuré par le Conseil constitutionnel « dont la jurisprudence sur la fiscalité comportementale est très stricte ». (sic)

« L’amendement n’est pas passé car il aurait conduit à taxer davantage des produits qui font référence à l’alcool  – comme de la glace « saveur rhum » – que l’alcool lui-même comme du rhum, a précisé le ministère de la Santé au Parisien. On n’abandonne pas l’idée, on va la retravailler peut-être dans le cadre d’une proposition de loi. On pourra même aller plus loin, jusqu’à l’interdiction de ces produits ». Reculer pour, après-demain, mieux sauter ? Qui y croit ?

Amine Benyamina, psychiatre et addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) : « Les députés ont voté sous l’influence direct des lobbys qui veillent au grain. En matière de santé publique, c’est un message déplorable. On touche le fond ». Bernard Jomier, médecin et sénateur (apparenté socialiste, Paris) : « Ces produits sont conçus pour les emmener vers une consommation d’alcool, elle entraîne des addictions. On trouvera des moyens d’en reparler. Hors de question d’abandonner ce combat ».

A demain

@jynau

 

Homéopathie politique : un sondage du Parisien embarrassera au plus haut point Agnès Buzyn

Bonjour

Sur fond de grogne carburante montante voilà un sondage qui hérissera l’exécutif. Publié aujourd’hui dans Le Parisien il établit que près de trois Français sur quatre sont opposés au déremboursement des spécialités homéopathiques (assuré aujourd’hui par la Sécurité sociale à hauteur de 30 %). Des résultats politiquement bien embarrassants.

On connaît le contexte. Au départ, en mars dernier, une tribune au vitriol anti-homéopathie de cent-vingt quatre praticiens dans Le Figaro. Suivie d’une très mauvaise communication de la ministre de Solidarités et de la Santé. Puis l’organisation de la résistance médiatique du camp homéopathique.

Puis après mille et un atermoiements et propos contradictoires la décision prise par Agnès Buzyn de demander à la Haute Autorité de santé (HAS) d’évaluer l’efficacité de cette pratique et le bien-fondé de son remboursement par la collectivité. Et ce alors même que cette même HAS (hier encore présidée par Mme Buzyn) a d’ores et déjà fait connaître sa position « anti ». C’était en juillet dernier :

« La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Et puis voici l’automne et ce sondage auprès de 2 000 citoyens  : 77% des Français ont déjà pris des spécialités homéopathiques et en ont une « bonne image » et 74 % sont opposés à l’arrêt de leur remboursement.

Radicalisation

« Il est clair que l’arrêt de n’importe quel remboursement génère une opposition de l’opinion mais celle-ci est tout de même à mettre en relation avec les bénéfices dont les Français disent tirer de l’homéopathie, qui a un véritable ancrage dans leur pratique de soins », analyse Luc Barthélémy, directeur santé d’Ipsos.  « Nous voulons porter le débat au niveau scientifique et interpeller le public, dire que le réflexe homéopathie peut créer des retards de prise en charge pour certaines pathologies », attaque le Dr Céline Berthié, porte-parole du collectif « anti » qui plaide pour le déremboursement.

Face à cette radicalisation peut-on imaginer que l’état de d’opinion publique soit pris en compte par un exécutif rationaliste ? Quels seront les ressorts politique de la prise de décision ? En avril dernier Agnès Buzyn déclarait sur RMC-BFMTV  que l’homéopathie continuerait à être remboursée. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement, expliquait-elle…  ça ne fait pas de mal ! ». Puis en mai, sur France Inter elle expliquait que si elle était utile, elle resterait remboursée. « Si elle est inutile, elle arrêtera de l’être, indiquait la ministre de la santé. Le problème de l’homéopathie est qu’elle n’a jamais été évaluée comme les médicaments. »

Puis à nouveau sur France Inter, en septembre :

 « La première question c’est : est-ce qu’il faut continuer à rembourser à 30 % l’homéopathie alors que tous les médicaments remboursés aujourd’hui par la Sécurité sociale sont évalués pour leur efficacité. J’ai simplement demandé à la Haute Autorité de Santé qu’elle évalue l’homéopathie comme n’importe quel médicament. Si elle montre que c’est efficace, ça continuera à être remboursé. Mais ce n’est pas parce que ce n’est plus remboursé que ça ne pourra plus être prescrit (…) moi je fais confiance à ce qui est évalué scientifiquement. « Car je suis rationnelle. Je suis incroyablement rationnelle. Je crois en la science et donc je crois en la preuve scientifique. »

 Quid, dans ce paysage, des méandres de la politique et de ceux de l’effet placebo ?

A demain