« PMA, OGM et GPA » : le piège dans lequel Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat, tomba

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Marlène Schiappa a encore frappé. La secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes vient, cette fois, de dénoncer une nouvelle campagne de « La Manif pour tous » 1. Une campagne avec un « visuel » : sur fond rose, une silhouette de bébé au milieu de légumes, avec ce slogan : « Après les légumes OGM, les enfants à un seul parent ? ». Un visuel et des hashtags #NoGPA et #NoPMAsansPère relayés par un site, pma-gpa.fr.

« Agir pour le respect des animaux et des plantes, mais pas pour celui des enfants ? » interroge le tweet qui dévoile l’affiche.

La secrétaire d’État à l’Égalité n’a pas résisté à faire part de sa colère via son compte Twitter. Pour elle ce visuel est « offensant ». « Comparer les bébés nés après FIV ou insémination à des légumes OGM est profondément offensant pour les enfants et leurs familles. Retrait », a-t-elle écrit. Avant d’ajouter quelques minutes plus tard : « Les familles monoparentales sont aussi stigmatisées par cette campagne. Nous sommes au XXIe siècle. Il n’y a pas un modèle unique de famille. »

Au-delà de la colère, la sanction ? Interrogé par Le Figaro , le cabinet de la secrétaire d’État a expliqué que « l’aspect juridique du retrait de cette affiche est à l’étude ». Aussitôt, la réaction : dimanche 8 octobre, la « Manif pour tous » a officiellement réagi aux propos de Marlène Schiappa par l’intermédiaire d’un communiqué : « PMA sans père : stop aux calomnies et caricatures ». Elle y « dénonce le faux procès dont elle est victime ». « Jamais aucun enfant n’a été comparé à des légumes OGM. Jamais l’opposition à la PMA sans père n’a stigmatisé les familles monoparentales » affirme-t-elle.

La main tendue

« Nous tendons la main à Marlène Schiappa pour mettre un terme aux calomnies et caricatures. La question est trop sérieuse et ne mérite pas cela. Nous comptons sur un dialogue réel pour clore une polémique virtuelle » explique Ludovine de La Rochère, présidente de « La Manif Pour Tous ». Mme Schiappa dialoguera-t-elle avec Mme de La Rochère ?

Pour l’heure, force est de constater que « La Manif pour Tous » n’a pas, au sens strict, comparé les enfants issus de la PMA et de la GPA à des Organismes (végétaux) Génétiquement Modifiés. Pour autant comment ne pas voir, dans son slogan, une forme d’amalgame prêtant à toutes les confusions qui alimentent les passions 2.

On se souvient que Marlène Schiappa avait, en septembre dernier, sur RMC-BFMTV, confirmé la volonté du gouvernement de proposer et d’obtenir au plus vite (en 2018) l’ouverture de la PMA « à toutes les femmes ». Il s’agissait, rappelait-elle alors, d’un engagement de campagne du président de la République. Ce fut là une précipitation vite recadrée, off par le palais de L’Elysée puis ouvertement par Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur.

On n’a de cesse, à l’Elysée, de rappeler que le président n’envisage cette évolution sociétale que dans la mesure ou un consensus minimal aura été trouvé au sein de la société française. En d’autres termes le pouvoir exécutif n’entend pas réveiller les affrontements radicaux sociétaux observés lors du précédent quinquennat. De ce point de vue on peut penser que l’expression immédiate de la colère et des menaces de la secrétaire d’Etat n’est pas politiquement, d’une très grande habileté.

A demain

1 « La Manif Pour Tous » se présente comme étant « un mouvement spontané, populaire et divers » ; un mouvement qui s’oppose à la PMA « sans père », à la GPA, à la diffusion de l’idéologie de genre – tout en condamnant toute forme d’homophobie. Elle juge que le « mariage Homme-Femme » et la « filiation Père-Mère-Enfant » sont « universels et fondateurs de la société et de son avenir ».

2 Sur le thème de la modification génétique des embryons humain on se reportera avec le plus grand intérêt, dans la dernière livraison de la revue Esprit (octobre 2017) à : « La procréation à l’ère de la révolution génomique » de Jean-Hugues Déchaux, professeur de sociologie à l’université Lumière Lyon 2, directeur du Centre Max Weber (Umr 5283 – Cnrs).

Incroyable mais vrai : les parents réfractaires aux vaccins ne seront pas condamnés 

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Que ferait le gouvernement sans le célèbre journaliste Jean-Jacques Bourdin ? Deux jours avant la présentation officielle du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, Agnès Buzyn, a dévoilé, mardi 26 septembre, sur RMC BFM-TV, les derniers arbitrages concernant les modalités de l’extension de l’obligation vaccinale ; une annonce faite en accéléré après un long dégagement sur le Levothyrox d’où il ressortait que la ministre de la Santé (à la différence de l’ANSM) avait parfaitement géré la crise.

Onze obligations vaccinales, donc, à compter du 1er janvier prochain. Seuls les enfants nés à partir du 1er janvier 2018 devront respecter le nouveau calendrier vaccinal rendant obligatoires huit vaccinations jusqu’ici recommandées : coqueluche, hépatite B, Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C, rougeole, oreillons, rubéole. Aucune obligation rétroactive n’est prévue.

Et finalement, après mûre réflexion, le pouvoir exécutif a tranché : ni amende, ni peine de prison pour les parents qui s’opposeront à ces vaccination. « Je veux rendre la confiance par l’obligation » réaffirme la ministre. Soit, en pratique, la disparition de la disposition du code de la santé publique prévoyant une peine de six mois d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende pour « refus de se soumettre à l’obligation vaccinale ».

Juridiquement intenable

Corollaire : aucune « clause d’exemption » comme l’idée en avait été avancée l’an dernier par le Comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination présidé par le Pr Alain Fischer. Selon lui, il existait « un doute important sur l’acceptabilité d’une mesure qui consisterait à étendre le statut obligatoire à de nouveaux vaccins sans aucune possibilité de s’y soustraire ».

« Ce n’était juridiquement pas tenable » a expliqué Agnès Buzyn à Jean-Jacques Bourdin. Comment imposer en invoquant un impératif de santé publique et permettre de s’en exempter  ? Mais la ministre a aussi ajouté : « Il n’y aura pas de sanction pénale. Par contre il existe une mesure générale concernant la protection des enfants. C’est la loi : les parents sont censés protéger leurs enfants. Pénalement, légalement, un enfant pourra se retourner un jour contre ses parents parce qu’il a un handicap, parce qu’il n’a pas été vacciné, amputé par exemple à la suite d’une septicémie à pneumocoque. Et là les parents pourront être condamnés à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. »

Que penser de cette contrainte indirecte ? Qu’en sera-t-il de l’entrée des enfants non vaccinés dans les garderies, les crèches et les écoles ? Des sérologies seront-elles demandées ? Jean-Jacques Bourdin n’a pas songé à le demander à la ministre de la Santé.

A demain

Levothyrox : commission d’enquête parlementaire et nouvelles spécialités annoncées

 

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Sans aller jusqu’au mea culpa on aurait pu espérer une esquisse d’ auto-critique. On attendra. L’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) revient sur le dossier Levothyrox comme si elle n’était pas concernée.

« Afin de proposer un choix de traitement aux patients souffrant de troubles de la thyroïde et d’apporter des solutions à certains patients qui continuent à rencontrer des effets indésirables avec le Levothyrox, l’ANSM met à disposition d’autres médicaments à base d’hormones thyroïdiennes, actuellement commercialisés en Europe. Dès mi-octobre, les professionnels de santé et les patients disposeront de quatre médicaments : Levothyrox comprimé, L-Thyroxine Serb solution buvable en gouttes, L-Thyroxin Henning comprimé et, temporairement, Euthyrox comprimé (médicament équivalent à l’ancienne formule de Levothyrox). »

Médicament de bonne qualité

Où l’on apprend que « suite aux déclarations d’effets indésirables », l’ANSM a réalisé des contrôles du médicament courant septembre dans ses laboratoires. Et que les résultats ont confirmé la « bonne qualité » du médicament accusé de ces effets indésirables. Pour les nouvelles spécialités :

1 En accord avec l’ANSM, le laboratoire Serb a augmenté la production du médicament «  L-Thyroxine Serb », solution buvable en gouttes. Cependant, cette production restant limitée, son utilisation doit être réservée prioritairement aux enfants de moins de 8 ans, aux personnes qui présentent des troubles de la déglutition et aux patients ayant déjà eu une prescription de cette spécialité avant le 31 août 2017.

2 « L-Thyroxin Henning » comprimé sécable du laboratoire Sanofi sera disponible en pharmacie dès mi-octobre. Ce médicament princeps commercialisé depuis de nombreuses années en Allemagne ne l’était pas en France. On aimerait svoir pourquoi. On ne le saura pas. « Les boîtes seront importées d’Allemagne, précise l’ANSM. Les notices traduites en français (sic) seront remises aux patients par les pharmaciens. Par la suite, une demande d’autorisation de mise sur le marché du laboratoire permettra une commercialisation durable en France. »

3 « Euthyrox » comprimé sécable du laboratoire Merck, équivalent du Levothyrox « ancienne formule » sera temporairement disponible dès le 2 octobre – à hauteur de 90 000 traitements et sous forme de conditionnement trimestriel. Le médicament sera également accompagné d’une notice traduite en français (re-sic) remise par le pharmacien. Il devra être prescrit exclusivement en dernier recours aux patients, en nombre limité, qui rencontrent des effets indésirables durables avec les autres spécialités.

Urgentiste et journaliste

Pour compléter l’information sur l’affaire Levothyrox il faut écouter le long entretien accordé par Agnès Buzyn à Jean-Jacques Bourdin, journaliste-vedette de RMC-BFMTV. La ministre des Solidarités et de la Santé refuse toute accusation de volte-face dans la gestion de cette crise. Rien de prévu, à ce stade, pour une indemnisation des personnes concernées mais la ministre annonce avoir demandé une enquête pour comprendre ce qui s’est passé au sein de l’ANSM (à l’époque où Marisol Touraine était ministre de la Santé).

Au nom de la transparence, la ministre est aujourd’hui pleinement favorable à la constitution d’une commission d’enquête parlementaire. Et pour améliorer la situation, elle a constitué une mission sur l’information des malades autour médicament. Elle sera, annonce Mme Buzyn confiée non au Dr Michel Cymes mais au Dr Gérald Kerziek « urgentiste et journaliste qui fait beaucoup d’information médicale ».

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Roundup : quelles leçons faut-il tirer de l’impensable cacophonie gouvernementale ?

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Jupiter redescendra-t-il un jour sur notre Terre, sa vallée de larmes et ses mauvaises herbes ? Pour l’heure, dans les étages agricoles inférieurs, c’est le règne de l’ Incurie : « Indifférence et manque total de soin ou d’application dans l’exercice d’une fonction ou dans l’exécution d’une tâche ». « Un grand jardin mélancolique, dont les pelouses négligées, les arbres mal taillés, annonçaient l’incurie du propriétaire (Ponson du Terrail., Rocambole, t. 2, 1859, p. 75) ».

Affaire rocambolesque, précisément, que celle du Roundup-glyphosate. Une affaire qui voit régulièrement Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la transition écologique et solidaire dire une chose et en même temps, Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, laisser entendre son contraire. Objet de la cacophonie : l’interdiction (plus ou moins) programmée des insecticides néonicotinoïdes et très précisément de l’emblématique Roundup-glyphosate.

Rétropédalage de M. Castaner

Nicolas Hulot et Stéphane Travert, sans oublier Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement. Lundi 25 septembre, sur RMC BFM-TV, M. Castaner déclare que le trop célèbre herbicide « ainsi que tous ceux qui lui ressemblent et qui menacent la santé des Français » serait interdit en France « d’ici la fin du quinquennat ».

Est-ce bien vrai ? Contactés par Le Monde, les services du Premier ministre démentent et assurent qu’un tel calendrier n’existe pas.  « Pour l’heure, la seule proposition de Bruxelles qui est sur la table est celle d’une réautorisation du glyphosate pour dix ans, et la France votera contre cette proposition, explique-t-on à MatignonLa date à retenir est l’interdiction du glyphosate à partir du 1er janvier 2019 pour les particuliers, sachant qu’il est déjà interdit depuis le 1er janvier 2017 pour les collectivités. »

 Puis rétropédalage du porte-parole gouvernemental sur le fil de l’AFP : « Avant la fin du quinquennat, le gouvernement s’engage à obtenir des progrès significatifs pour tous les pesticides ». Plus question d’une interdiction du désherbant controversé d’ici la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Cafouillage volontaire ?

Cette cacophonie était-elle volontaire ? On peut ne pas le penser et, en même temps, ne pas l’exclure. Elle a aussitôt  relancé les spéculations sur les réelles intentions du gouvernement français « Il est évident que si l’on envisage une sortie du glyphosate pour la fin du quinquennat, cela signifie qu’il sera encore autorisé pour les cinq prochaines années, assure l’ancienne ministre de l’environnement, Corinne Lepage, présidente de Cap21. Reporter les décisions à la fin du quinquennat signifie simplement que l’on ne fera rien. On ne peut pas être favorable aux pesticides et en même temps défavorable aux pesticides. »

A l’inverse, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles perçoit dans le cafouillage de M. Castaner la possibilité que la France fasse cavalier seul : en cas de réautorisation pour dix ans de la substance au niveau européen en interdire de manière unilatérale, sur son sol. « Si la Commission européenne dit oui, il est hors de question que la France impose des règles plus strictes, menace Christiane Lambert, présidente du puissant syndicat.

Et aux antipodes de Mme Lambert un possible assouplissement de la position française indigne une nouvelle fois les associations de protection de la santé et de l’environnement. « Dans le cadre du règlement européen sur les pesticides, il est prévu l’interdiction pure et simple de toute substance pesticide à partir du moment où celle-ci est classée comme cancérogène probable, ce qu’est le glyphosate d’après le Centre international de recherche sur le cancer », rappelle Générations futures.

Cancérogène probable pour l’OMS et en même temps probablement non cancérogène par les expertises européennes. Jupiter redescendra-t-il un jour sur notre Terre ?

A demain

 

 

« PMA pour toutes » : une couleuvre éthique et politique pour Edouard Philippe, Premier ministre

Bonjour

Cas d’école, au croisement du politique et de l’éthique : Edouard Philippe, issu des rangs de la droite et depuis peu Premier ministre d’un président formé par la gauche. On savait le chef du gouvernement confronté à des contradictions politiques. Le voici désormais face à ses engagements éthiques. Alors qu’il est en charge de mettre en musique la principale promesse sociétale de celui qui l’a nommé à Matignon (la PMA pour toutes ») voici que quelques gazettes ont retrouvé un document quelque peu embarrassant.

Alors qu’il était encore maire du Havre, Edouard Philippe avait, en février 2013, signé avec Nathalie Kosciusko-Morizet cosignaient une tribune dans le Huffington Post,  L’Assemblée Nationale débattait alors depuis plus de du texte autorisant le mariage des couples de même sexe. « Débat est long, parfois tendu, souvent intéressant, écrivaient alors les deux signataires. Il met aux prises des positions tranchées, reposant le plus souvent sur des convictions personnelles profondément ancrées chez chaque député et chaque citoyen, sur des conceptions de la société parfaitement respectables même si, aujourd’hui, elles s’affrontent dans un fracas renforcé par le besoin de certains de caricaturer ceux qui ne pensent pas comme eux. »

Et le futur Premier ministre de faire alors la leçon au gouvernement socialiste :

« Le gouvernement aurait pu, sur cette question sensible, dont on pressentait évidemment qu’elle susciterait un débat profond dans la société française, ne pas proclamer à l’avance la nécessité d’une loi. Il aurait pu organiser un vaste débat public préalable autour de personnalités incontestables issues des mondes politique, philosophique, médical et religieux. Cette méthode aurait permis des auditions retransmises sur les chaines d’information parlementaire ainsi qu’une réflexion plus poussée sur les enjeux juridiques, éthiques, diplomatiques et humains de ce projet. »

« Nous nous opposerons résolument »

Après avoir exposé toutes les raisons pour lesquelles il s’abstiendrait lors du vote Edouard Philippe et Nathalie Kosciusko-Morizet écrivaient :

« Nous ne sommes pas opposés à une loi qui permettrait le mariage et l’adoption simple pour les couples de même sexe, mais nous n’accepterons pas ce qui viendra après cette loi. Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins, et à la GPA qui, au nom de l’égalité, ne manquera pas d’être réclamée par la suite. »

La loi a été votée et ce qui devait venir est annoncé : l’avant-projet de loi sur la « PMA pour toutes » est déjà en chantier, une loi annoncée pour un vote durant l’année 2019. Edouard Philippe ne pouvait certes pas savoir, en février 2013, qu’il serait un le Premier ministre chargé de défendre ce qu’alors il combattait. Où est aujourd’hui cette opposition résolue ?

Edouard Philipe n’est pas seul dans cette situation qui résulte de la déconstruction du paysage politique national : il en va de même ministre de l’Économie Bruno Le Maire et, plus encore, de Gérald Darmanin aujourd’hui ministre de l’Action et des Comptes publics qui était allé jusqu’à déposer un amendement visant à interdire la PMA aux couples de même sexe.

Interrogé il y a quelques jours sur RMC-BFM TV, M. Darmanin, très mal à l’aise, n’a eu de cesse de temporiser. «C’était en 2013. […] C’est une question compliquée…. Moi, ma ligne rouge, c’est la gestation pour autrui …. », a déclaré l’ancien député LR – avant de rappeler que la mesure n’était, de toutes façons, pas encore d’actualité.  Que l’urgence du président et du gouvernement était aujourd’hui « le pouvoir d’achat, l’économique et le social ». Avaler les couleuvres, ou reculer pour mieux sauter.

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Schiappa-Collomb : le gouvernement  se divise ouvertement sur la « PMA pour toutes » 

Bonjour

Silence jupitérien mais rétropédalage gouvernemental. Il faut d’urgence effacer ce qu’avait pu annoncer, le 12 septembre dernier, Marlène Schiappa. La jeune et controversée secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes était interrogée sur RMC-BFM-TV avec un message à passer :  l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à « toutes les femmes » sera proposée en 2018 par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique. L’ « engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait respecté dès l’an prochain sur les bases de l’avis rendu le 27 juin dernier par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

C’était, disions-nous alors, un nouveau ballon d’essai. Moins d’une semaine plus tard le ballon s’est dégonflé. Et Marlène Schiappa a dû reprendre la parole pour, douloureux exercice, publiquement se corriger. « PMA pour toutes » ou « PMA sans père » ? Où l’on voit que, comme dans l’ancien monde, le gouvernement actuel est plus que divisé sur cette question sociétale. Invité le 17 septembre du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur ne cache pas être dans le camp des opposants.

Ne pas heurter les consciences

L’ancien maire du vieux Lyon catholique (et très proche du président de la République) estime que cette modification de la loi de bioéthique « pose sans doute un certain nombre de problèmes ». « Il faudra mettre des garde-fous », a-t-il osé ajouter – allant même jusqu’à évoquer des « lois sensibles qui peuvent heurter les consciences ». Invité à préciser s’il soutiendrait cet engagement de campagne de l’actuel président Gérard Collomb a répondu : « Je proposerai que l’on puisse résoudre le problème du chômage avant de s’attaquer aux problèmes civilisationnels. » « Pour moi, la priorité est toujours économique et sociale », a conclu l’ancien maire de Lyon.

Le même dimanche, invitée de l’émission Dimanche en politique sur France 3, Marlène Schiappa a mangé son chapeau en annonçant que seul le calendrier de la réforme serait connu en 2018. « Nous ne sommes pas en train de débattre, pour l’instant, de la PMA. La PMA, ce n’est pas notre actualité, ce sera au moment des Etats généraux de la bioéthique, a-t-elle précisé. En 2018, a priori fin 2018, il y aura des Etats généraux de la bioéthique, dans le cadre de la loi bioéthique. Dans ce cadre, nous débattrons effectivement de la PMA et le gouvernement proposera d’ouvrir la PMA. Le calendrier précis sera exposé à ce moment-là. La PMA sera adoptée avant la fin du quinquennat, c’est un engagement du président. » Silence du Premier ministre.

Mme Schiappa aura donc, cette fois, omis de préciser que cette adoption supposait que le problème du chômage soit résolu. Appelé à jouer les pompiers volants Christophe Castaner, porte-parole a fait savoir que le gouvernement suivrait l’avis de la CCNE en cherchant « le plus large consensus » et en évitant toute « crispation ». Or les crispations sont bel et bien déjà là. Ludivine de La Rochère (la « Manif pour tous »)  qui lutte contre la  « PMA sans père » conseille à Emmanuel Macron de s’épargner un débat « inutile ». A l’opposé, dans une tribune publiée par Le Monde, un collectif d’associations réclamait il y a quelques jours que le gouvernement élargisse dès maintenant l’accès à la PMA aux femmes lesbiennes et célibataires. Entre Marlène Schiappa et Gérard Collomb, que choisira, demain, le maître des horloges élyséennes ?

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«PMA pour toutes» : pénurie nationale de dons de sperme annoncée à partir de 2018

Bonjour

Le mardi 12 septembre 2017 Marlène Schiappa a parlé. C’était un nouveau ballon d’essai lancé par le président Emmanuel Macron. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes était interrogée sur RMC-BFM-TV . Jean-Jacques Bourdin ou l’inoxydable épreuve matinale de vérité. Avec un message à passer pendant la manifestation de la CGT :  l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes [en âge de procréer] sera proposée par le gouvernement dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique.

Respectant à la lettre les éléments de langage, la jeune et souvent controversée secrétaire d’Etat a affirmé que « cet engagement de campagne » d’Emmanuel Macron serait « tenu ». « En termes de calendrier, nous serons sur l’année qui arrive, 2018, probablement avec les révisions de la loi bioéthique », a-t-elle précisé. « Le comité d’éthique a émis un avis favorable, il n’y a rien qui nous empêche de rendre la PMA légale pour toutes les femmes », a encore assuré Mme Schiappa, faisant référence à l’avis rendu le 27 juin dernier par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE).

Ballon d’essai sous le soleil républicain

 Mme Schiappa a aussi puisé dans une rhétorique associative bien connue : il s’agirait là d’une mesure de « justice sociale » permettant de mettre fin à une « forme de discrimination à l’égard des femmes lesbiennes et célibataires » et à « l’inégalité » entre celles qui ont les moyens financiers de recourir à des PMA à l’étranger et celles qui ne les ont pas.

Du nouveau sous le soleil républicain et démocratique ? Peu de choses à dire vrai : en juillet dernier Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, avait fait la même annonce. Elle s’exprimait alors sur France Inter. A la différence de Mme Schiappa, Mme Buzyn avait toutefois pris la précaution de dire que ce sujet serait discuté durant les Etats Généraux de bioéthique qui seront organisés durant l’année 2018. Le pouvoir exécutif devra aussi faire avec un débat parlementaire qui, en dépit de la dimension monolithique du parti présidentiel au pouvoir, pourrait réserver quelques surprises.

Pour l’heure on ne peut être que (tristement) surpris de voir que le débat ne parvient pas, en dépit des ballons d’essai élyséens, à prendre de la hauteur. Loin d’être unanime sur le sujet 1, le CCNE avait pourtant montré la voie : autoriser, par la loi, les couples de femmes et les femmes seules à avoir accès à l’insémination artificielle médicalisée avec sperme de donneur soulève bien des interrogations: sur la relation des enfants à leurs origines (puisqu’en France le don de sperme est anonyme et gratuit) ou sur le fait de grandir sans père. Interrogations, aussi, sur la prise en charge par l’assurance-maladie d’un geste qui ne peut en aucune manière être considéré comme une thérapeutique de la stérilité féminine.

Préoccupations politiciennes et associatives

« Cette demande d’ouverture doit être confrontée à la rareté actuelle des gamètes qui risque de provoquer un allongement des délais d’attente ou une rupture du principe de gratuité des dons, soulignait encore le CCNE. Cela pourrait ouvrir des perspectives de marchandisation des produits du corps humain et remettre en cause le système de santé français fondé sur des principes altruistes. »  Ce sont là des questions éthiques essentielles ; des questions pour l’heure noyées sous les considérations politiciennes ou partisanes.

« La ‘’PMA pour toutes’’ permet à Macron de donner des gages sur sa gauche et à LR d’attaquer le gouvernement, observe Libération. ‘Cette annonce va juste servir à redonner un nouveau souffle à Sens commun et aux participants de la Manif pour tous, commente un député LR. C’est là un joli cadeau pour Laurent Wauquiez. Il va pouvoir surfer un peu plus sur le noyau dur de son électorat’’.».

Et dans une tribune publiée aujourd’hui par Le Monde, un collectif d’associations demande que le gouvernement élargisse dès maintenant l’accès à la procréation médicalement assistée aux femmes lesbiennes et célibataires – et ce sans attendre la révision des lois de bioéthique. Tout et tout de suite. La pénurie annoncée de dons de sperme ? La prise en charge par l’assurance maladie ? La marchandisation du corps humain ?

A demain

1 Onze des trente-neuf membres du Comité national d’éthique n’avaient pas voté cet avis : Mmes et MM Christiane Basset, Yves Charpenel, Sophie Crozier, Pierre-Henri Duée, Anne Durandy-Torre, Jean-Noël Fiessinger, Florence Gruat, Jean-Pierre Kahane, Frédérique Kuttenn, Dominique Quinio et Jean-Louis Vildé