Alcools et whiskies : le ministre de l’Agriculture lutte contre l’alcoolisme et l’addictologie

Bonjour

De Carybde fermentée en Scylla distillée. Didier Guillaume, 59 ans, n’est plus un novice. Et pourtant. Ancien agent du Trésor Public, longtemps élu socialiste il annonça son abandon de la politique. Puis en abandonna l’idée. Il est aujourd’hui le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’Emmanuel Macron.

Il y a quelques jours M Guillaume faisait parler de lui. Contre l’évidence sanitaire et œnologique il affirmait sur BFMTV-RMC, que le vin n’était pas « un alcool comme un autre ».

« Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouvait les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

Un ministre non recadrable

Une semaine plus tard M. Guillaume persiste et, dans la plus grande confusion, signe de son nom. Invité de la matinale d’Europe 1, mercredi 23 janvier, il a déclaré (6’): « une molécule de vin et une molécule de whisky ont le même degré d’alcool, sauf que moi je ne bois pas des molécules, je bois des verres. » Et surtout ne pas parler de « se saouler ».

Les premiers propos du ministre lui avait valu une sèche réplique de sa collègue Agnès Buzyn. « Le vin fait partie de notre patrimoine, avait-elle concédé sur France info, avant de souligner le caractère identique des molécules d’alcool éthylique présentes dans le côtes-du-rhône, dans les apéritifs anisés et toutes les autres boissons alcoolisées.

Pour autant, Didier Guillaume assure être sur la même ligne que le reste du gouvernement. « Je ne suis pas recadrable, moi, s’est-il agacé à l’adresse de Mme Buzyn. Il n’y a pas de débat, la position du gouvernement est de lutter contre l’alcoolisme. Il y a une grand plan de lutte contre l’alcoolisme qui a lieu. La filière viticole en fait partie, travaille avec le ministère de l’Agriculture et de la Santé. »

Et puis ce formidable lapsus ministériel (réitéré) : « Je veux lutter contre l’alcoolisme et lutter contre l’addictologie ». On attend l’interprétation d’Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

 

 

Côtes-du-Rhône, alcoolisme et boîtes de nuit : nouvel appel solennel à Emmanuel Macron

Bonjour

Existe-t-il aujourd’hui dans la France jacobine des Gilets Jaunes d’autres solutions que d’en appeler à Emmanuel Macron ou de demander sa démission? En ce 20 janvier 2019, trois textes le concernent, disponibles par voie de presse. Deux dans Le Journal du Dimanche (Claude Got pour « laisser une chance aux 80 km/h » ; Philippe Val sur les risques encourus par sa personne 1) et une dans Le Monde :  « ’La démission gouvernementale face à l’alcool est scandaleuse’’ Le plan national adopté fin 2018 conforte les pires craintes concernant la complaisance, si ce n’est la complicité, des pouvoirs publics et du lobby des alcooliers ».

Ainsi donc, ici, une nouvelle tribune solennelle cosignée, une nouvelle fois, par les mêmes spécialistes de la santé publique et de la lutte politique contre le vieux fléau de l’alcoolisme 1. Une tribune qui, cette fois, prend appui sur la publication en catimini, avec un an de retard, du « Plan national de mobilisation contre les addictions » 2018-2022 conforte les pires craintes sur l’inertie des pouvoirs publics en matière de consommation d’alcool.

« Au terme d’une analyse brillante et incontestable ce Plan s’arrête brutalement au seuil de l’action, perdant toute ambition de réussir. Il est plein de contradictions. Après avoir reconnu, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS), que la fiscalité est un des moyens les plus efficaces pour freiner la consommation, il ne propose aucune mesure en ce sens. Malgré les engagements de la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn lors des débats au Parlement, les « prémix » à base de vin échappent même à toute mesure (…)

« Le plan s’alarme du marketing pour piéger les jeunes dans la consommation d’alcool mais se contente de cette inquiétude. S’il constate la pression publicitaire pour l’alcool sur tous les médias, il ne propose aucune ­mesure d’encadrement, même pas la limitation de l’affichage autour des écoles. Aucun calendrier, aucun objectif chiffré n’est fixé. »

Qui a caviardé le Plan national de mobilisation contre les addictions ?

En pratique les signataires observent qu’en dépit de l’engagement solennel pris le 6 septembre 2017 par Agnès Buzyn et Nicolas Prisse, président de la Mildeca de rendre « plus visible » (sic et re-sic) le pictogramme d’avertissement « femme enceinte » sur les bouteilles de boissons alcooliques la taille futur du pictogramme n’est toujours pas arbitrée …

« Il est vrai que le lobby de l’alcool ­considère qu’informer les femmes serait « anxiogène », sinon « mortifère ». Quel aveu et quel cynisme ! Ce mépris pour la prévention de la première cause évitable de handicap mental chez l’enfant est honteux et impardonnable, qu’il ait pu influencer les choix gouvernementaux est absolument scandaleux. »

Une nouvelle tribune solennelle avec cette révélation de taille : « Nous connaissons les raisons de cette ambiguïté et de cette inaction. Le plan de la Mildeca a été caviardé après avoir été pris en otage par le lobby alcoolier qui a imposé une ‘’contribution’’ uniquement destinée à préserver ses intérêts économiques au détriment de l’intérêt général. Sa demande a été entendue puisque aucune contrainte ne ­pèsera sur le secteur de l’alcool. »  Aucun nom n’est toutefois donné pour nous dire qui anime ce « lobby alcoolier ».

On peut le dire autrement : pour le gouvernement d’Emmanuel Macron la responsabilité, ici, ne ­repose que sur les victimes et non sur l’industrie (producteurs, distributeurs, annonceurs) – industrie qui via la publicité n’a de cesse que de  les pousser à consommer.

 Palais de l’Elysée et crozes-hermitage

Une nouvelle tribune solennelle qui fait suite aux peu banales et désormais célèbres déclarations de Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation sur la différence fantasmée entre le vin et les autres alcools. Invité de BFM-TV et RMC mercredi 16 janvier, le ministre était interrogé sur la question de l’alcool en France :

 « Le vin n’est pas un alcool comme un autre. (…) L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du “binge drinking. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort. »

Où l’on retrouve les immortels clichés opposant, en lieu et place des alcoolémies, des ivresses, de leurs fréquences et des symptômes de la dépendance, des alcools qui seraient « forts » quand d’autres seraient « doux ».

« Refusant toute référence à un hygiénisme d’un autre temps, nous affirmons notre attachement aux institutions, concluent les auteurs de la tribune. Dans cet esprit, nous en appelons solennellement au président de la République afin qu’il cesse de sacrifier les intérêts supérieurs de la santé des Français au profit d’intérêts particuliers. »

Voilà donc qui est imprimé. Mais bien des raisons, trop nombreuses pour être ici exposées,  font qu’il est hautement improbable que cet appel solennel franchisse un jour les murs du Palais de l’Elysée.

A demain

 1 Philippe Val publie prochainement un livre « qui parle de sa vie » : « Tu finiras clochard comme ton Zola », Éditions de L’Observatoire, 864 pages, 24,90 euros.

Bernard Basset, médecin de santé publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; Gérard Dubois, professeur de santé publique, Académie nationale de médecine ; Claude Got, professeur honoraire, université René-Descartes ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII, administrateur de la Ligue nationale contre le cancer (LNCC) ; Mickael Naassila, professeur de physiologie, président de la Société française d’alcoologie (SFA) ; François Paille, professeur de thérapeutique et d’addictologie, président du Collège universitaire des enseignants en addictologie (Cunea) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI, président du Fonds actions addictions ; Nicolas Simon, professeur de médecine Aix-Marseille Université, président de l’Anpaa.

 

Près de 15.000 euros brut mensuels : Agnès Buzyn soupèse les salaires des Hauts Fonctionnaires

Bonjour

Jusqu’ici étrangement silencieuse face à la marée montante des Gilets Jaunes Agnès Buzyn prend la parole. Elle était, ce 9 janvier 2018, l’invitée de Bourdin Direct sur BFMTV et RMC. En service commandé.

Où l’on apprend que la ministre des Solidarités et de la Santé « regrette » la fuite de Chantal Jouanno. On savait, depuis quelques heures, que la présidente de la Commission nationale du débat public venait de quitter le poste de pilotage du « Grand Débat National ». Désaffection à moins d’une semaine de la grande croisière  sur des eaux mouvementées  – et ce après la vive polémique qui a suivi la découverte du montant de son salaire :  14.666 euros brut mensuels.  Et une ex-capitaine toujours salariée d’un Etat magnanime. Le Nouveau Monde, en somme.

« Elle a une longue expérience politique [ndlr de droite] , c’est une femme raisonnable. Je regrette son départ. C’est son choix »  a commenté la ministre proche, dit-on, d’Emmanuel Macron. Remplacer cette femme de raison ? « Il va falloir quelqu’un qui a l’estime des Français, un sage »  a déclaré Agnès Buzyn – estimant « qu’il n’y en pas tant que ça… qu’il n’y en a plus tant que ça… ». Le Nouveau Monde, en somme.

« Sage » : « Qui a la capacité de comprendre et de juger justement toutes choses ».

Plus généralement Agnès Buzyn estime que « certains » hauts fonctionnaires sont « sûrement » trop payés, mais « peut-être pas tous ». « Il faut regarder le niveau de responsabilité de ces hauts fonctionnaires, le niveau d’exposition, estime-t-elle. Ils gagnent beaucoup plus que tous les élus, les députés, les sénateurs, plus que le président de la République. Moi je pense qu’il faut probablement remettre à plat ces rémunérations en fonction des postes et des responsabilités. »

Comment ne pas voir, ici, l’ampleur de la tâche et, en même temps, l’expression de la sagesse ? Le Nouveau Monde, en somme.

A demain

@jynau

 

Alcool : Agnès Buzyn défend les bonbons mojito et les yaourts pina colada. Pourquoi ?

Bonjour

On pouvait, hier, lire ceci dans Le Parisien (Elsa Mari) : « L’amendement qui prévoyait de taxer ces bonbons au goût alcool a été rejeté par les députés, avec l’appui de la ministre de la Santé ». Ou encore : « Les bonbons mojito ne seront pas taxés ! ».  France Info : « L’Assemblée rejette la taxe sur les bonbons « saveur cocktail » et les vins aromatisés », avec le soutien d’Agnès Buzyn et au grand dam des addictologues et des défenseurs de la santé publique. Comment comprendre ?

Depuis longtemps l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) dénonçait le fait que des industriels puissent indirectement faire de la publicité pour leurs boissons alcooliques via différents produits alimentaires ne contenant pas d’alcool tout en y faisant ouvertement référence (une déclinaison alcoolique des antiques « cigarette en chocolat ».

En juillet dernier,  sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein parlait de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?. Le président de SOS Addictions attendait alors, avec impatience, la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ». On imagine, aujourd’hui, sa déception.

« Saveur rhum »

Un espoir été pourtant né quand, mi-novembre, le Sénat vota un amendement destiné à taxer plus lourdement les produits alimentaires « faisant référence à l’alcool ». Et c’est cet amendement que l’Assemblée nationale vient de rejeter avec le soutien de …. la ministre des Solidarités et de la Santé. Alors même que cette dernière s’était déclarée favorable à cette initiative. Selon elle le fait de taxer ces aliments risquait d’être censuré par le Conseil constitutionnel « dont la jurisprudence sur la fiscalité comportementale est très stricte ». (sic)

« L’amendement n’est pas passé car il aurait conduit à taxer davantage des produits qui font référence à l’alcool  – comme de la glace « saveur rhum » – que l’alcool lui-même comme du rhum, a précisé le ministère de la Santé au Parisien. On n’abandonne pas l’idée, on va la retravailler peut-être dans le cadre d’une proposition de loi. On pourra même aller plus loin, jusqu’à l’interdiction de ces produits ». Reculer pour, après-demain, mieux sauter ? Qui y croit ?

Amine Benyamina, psychiatre et addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) : « Les députés ont voté sous l’influence direct des lobbys qui veillent au grain. En matière de santé publique, c’est un message déplorable. On touche le fond ». Bernard Jomier, médecin et sénateur (apparenté socialiste, Paris) : « Ces produits sont conçus pour les emmener vers une consommation d’alcool, elle entraîne des addictions. On trouvera des moyens d’en reparler. Hors de question d’abandonner ce combat ».

A demain

@jynau

 

Homéopathie politique : un sondage du Parisien embarrassera au plus haut point Agnès Buzyn

Bonjour

Sur fond de grogne carburante montante voilà un sondage qui hérissera l’exécutif. Publié aujourd’hui dans Le Parisien il établit que près de trois Français sur quatre sont opposés au déremboursement des spécialités homéopathiques (assuré aujourd’hui par la Sécurité sociale à hauteur de 30 %). Des résultats politiquement bien embarrassants.

On connaît le contexte. Au départ, en mars dernier, une tribune au vitriol anti-homéopathie de cent-vingt quatre praticiens dans Le Figaro. Suivie d’une très mauvaise communication de la ministre de Solidarités et de la Santé. Puis l’organisation de la résistance médiatique du camp homéopathique.

Puis après mille et un atermoiements et propos contradictoires la décision prise par Agnès Buzyn de demander à la Haute Autorité de santé (HAS) d’évaluer l’efficacité de cette pratique et le bien-fondé de son remboursement par la collectivité. Et ce alors même que cette même HAS (hier encore présidée par Mme Buzyn) a d’ores et déjà fait connaître sa position « anti ». C’était en juillet dernier :

« La Commission s’étonne du maintien du taux de remboursement à 30% des médicaments homéopathiques à nom commun compte tenu du taux de remboursement à 30% voire 15% de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité ».

Et puis voici l’automne et ce sondage auprès de 2 000 citoyens  : 77% des Français ont déjà pris des spécialités homéopathiques et en ont une « bonne image » et 74 % sont opposés à l’arrêt de leur remboursement.

Radicalisation

« Il est clair que l’arrêt de n’importe quel remboursement génère une opposition de l’opinion mais celle-ci est tout de même à mettre en relation avec les bénéfices dont les Français disent tirer de l’homéopathie, qui a un véritable ancrage dans leur pratique de soins », analyse Luc Barthélémy, directeur santé d’Ipsos.  « Nous voulons porter le débat au niveau scientifique et interpeller le public, dire que le réflexe homéopathie peut créer des retards de prise en charge pour certaines pathologies », attaque le Dr Céline Berthié, porte-parole du collectif « anti » qui plaide pour le déremboursement.

Face à cette radicalisation peut-on imaginer que l’état de d’opinion publique soit pris en compte par un exécutif rationaliste ? Quels seront les ressorts politique de la prise de décision ? En avril dernier Agnès Buzyn déclarait sur RMC-BFMTV  que l’homéopathie continuerait à être remboursée. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement, expliquait-elle…  ça ne fait pas de mal ! ». Puis en mai, sur France Inter elle expliquait que si elle était utile, elle resterait remboursée. « Si elle est inutile, elle arrêtera de l’être, indiquait la ministre de la santé. Le problème de l’homéopathie est qu’elle n’a jamais été évaluée comme les médicaments. »

Puis à nouveau sur France Inter, en septembre :

 « La première question c’est : est-ce qu’il faut continuer à rembourser à 30 % l’homéopathie alors que tous les médicaments remboursés aujourd’hui par la Sécurité sociale sont évalués pour leur efficacité. J’ai simplement demandé à la Haute Autorité de Santé qu’elle évalue l’homéopathie comme n’importe quel médicament. Si elle montre que c’est efficace, ça continuera à être remboursé. Mais ce n’est pas parce que ce n’est plus remboursé que ça ne pourra plus être prescrit (…) moi je fais confiance à ce qui est évalué scientifiquement. « Car je suis rationnelle. Je suis incroyablement rationnelle. Je crois en la science et donc je crois en la preuve scientifique. »

 Quid, dans ce paysage, des méandres de la politique et de ceux de l’effet placebo ?

A demain

 

 

Epidémiologie politique: qui désormais comprend quoi à l’affaire des «bébés sans bras» ?

Bonjour

Ce sont des effets certains de la « pression médiatique ». Hier une surenchère de Santé publique France (SpF) découvrant, subitement « onze nouveaux cas ».  Ce matin, sur RTL, le Dr François Bourdillon, directeur général de l’agence SpF. Il annonce qu’une « enquête sur toute la France est en cours »  pour recenser au mieux  les cas des bébés nés sans mains, bras ou avant-bras. Résultats attendus « dans à peu près dans trois mois ».

Au même instant, interrogée sur les causes possibles de ces malformations, Agnès Buzyn précisait sur RMC/BFMTV qu’elle les ignorait. « Je veux savoir, je pense que toute la France veut savoir, a déclaré la ministre des Solidarités et de la Santé. Nous ne voulons fermer aucune piste. C’est possiblement une piste environnementale, c’est peut-être ce qu’elles [les femmes enceintes] ont mangé, c’est peut-être ce qu’elles ont respiré. »

Et Mme Buzyn de rappeler qu’une enquête conjointe avait été demandée à SpF et à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Objectif : « explorer ces cas, de retourner voir les mères, les familles, essayer de comprendre quel point commun il peut y avoir entre ces familles. La complexité est de retourner dans l’histoire de ces familles, sur des cas qui datent d’il y a parfois plus de dix ans ».

Il faut encore compter aujourd’hui avec les longues explications compliquées, au 13h de France Inter, du Dr Elisabeth Gnansia, généticienne et présidente du conseil scientifique du Registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes (Remera). Entre 2009 et 2014, ce registre avait enregistré sept cas d’agénésie transverse des membres supérieurs (ATMS) avant d’en signaler un huitième, le 29  octobre – un enfant né en  2012 dans un hôpital d’un département voisin, mais issu d’une famille résidant dans la même zone de 17  km de rayon que les sept autres.

Relations notoirement tendues

Ainsi donc à ces huit cas, SpF en ajoute d’autres – tout en dénonçant publiquement et sans nuances les pratiques infra-scientifiques du Remera. Or voici, paradoxalement, que la pertinence de ce relevé de cas anciens est contestée par Emmanuelle Amar, la directrice générale du Remera, à l’origine de l’alerte, lancée en  2016. « Ces sept cas présentés comme nouveaux ne conduisent qu’à diluer inutilement le problème, vient-elle de déclarer au Monde.  Les données du PMSI sont destinées à la facturation des actes, trop imprécises pour qu’on puisse en tirer quoi que ce soit d’utile et il est très probable que l’on ne retrouvera jamais ces cas. En outre, sept cas sur l’ensemble du département de l’Ain en 10 ans, cela entre dans la moyenne de ce que l’on attend et ne semble pas constituer un excès statistique. »

C’est peu dire que les relations sont notoirement tendues entre les responsables du Remera et SpF – qui compte (encore) au nombre des financeurs du registre. Et nombre de médias soutiennent, ici, le Remera contre Santé publique France soupçonnée de vouloir cacher la réalité. Une réalité d’ores et déjà connue de nombre de responsables écologistes qui, sans l’ombre d’une preuve, accusent les « pesticides ».

Un groupe composé de diverses personnalités 1 vient ainsi d’écrire à Agnès Buzyn.  Extraits :

« Madame la Ministre,

 Depuis plusieurs semaines les 7 cas d’enfants nés sans bras ou sans mains dans l’Ain entre 2009 et 2014 et l’alerte donné par l’épidémiologiste du REMERA (registre des malformations en Rhône Alpes) restent sans explication et montre les carences de notre démocratie sanitaire et de notre système de surveillance (…)

Nous nous félicitons que votre gouvernement ait pris ses distances avec les insatisfaisantes conclusions du 4 octobre de Santé Publique France et que vous trouviez ‘’insupportable que ces cas groupés soient restés sans explications ».

Sous la pression médiatique et celle des politiques et des familles de victimes, votre gouvernement nous a donné partiellement raison en demandant notamment une étude à l’Anses comme nous l’exigions pour examiner les hypothèses environnementales (pesticides, autres facteurs de pollution environnementale). Nous souhaitons que cette étude soit réalisée par des équipes scientifiques indépendantes et qui n’ont pas été parties prenantes des positions de Santé publique France et de l’INSERM justifiant l’arrêt des investigations sur les causes de ces malformations.

 Reste maintenant à renforcer la surveillance des malformations sur l’ensemble du territoire (seul 1/5eme du territoire est aujourd’hui couvert) en soutenant des structures et les registres régionaux (…) Il est temps d’en finir avec le défaut d’information et de transparence sur les données de santé et l’usage qui en est fait par les autorités publiques. C’est cela qui explique la multiplication des scandales sanitaires, la faillite de notre système de surveillance et les critiques répétées et légitimes sur la démocratie sanitaire. Il est temps également de renforcer l’évaluation de l’impact sanitaire des produits chimiques et des pollutions de toute nature et d’améliorer la protection des femmes enceintes et des enfants. (…) »

A demain

@jynau

1 Delphine BATHO (ancienne ministre de l’écologie, députée, GE), André CICOLELLA (Chimiste, toxicologue, lanceur d’alerte, président du Réseau Environnement Santé), Philippe EVEN (Professeur de médecine, pneumologue, ancien président de l’Institut Necker), Caroline FIAT (députée, LFI), Romain GHERARDI (Neuropathologiste, Hôpital Henri Mondor, Créteil), Corinne LEPAGE (ancienne Ministre de l’Environnement, présidente de Justice Pesticides), Michèle RIVASI (députée européenne EELV, biologiste agrégée et normalienne, spécialiste des questions de santé publique et de santé environnementale) et Sophie TAILLE-POLIAN (sénatrice, Génération-s)

 

 

Bonbons «alcoolisés » : Agnès Buzyn et la Direction Générale de la Santé vont-ils frapper ? 

Bonjour

Face à la perversité, ne pas désespérer de l’action de la presse généraliste. Ainsi Le Parisien (Elsa Mari)  : « Bonbons, sirops… le coup de gueule des médecins contre la mode du goût alcool ». Ou le retour, actualisé, d’un grand classique : appâter au plus tôt en masquant le goût alcoolique derrière un paravent sucré. L’équivalent du tabagisme via les cigarettes en chocolat – avec une puissance tragiquement démultipliée.

« Sur les emballages, un grand verre inondé de glaçons rafraîchissants, de feuilles de menthe et de citron, piqué d’une paille. Ce sont toujours les mêmes images. Pourtant, il ne s’agit pas de cocktails, encore moins d’alcool, mais de jus de fruits au goût mojito. Des parfums que l’on retrouve jusque dans les cornets de glace, les gels douche et les crèmes pour le corps.

 « Un véritable phénomène qui surfe sur les boissons alcoolisées tendance de l’été, vendues dans les enseignes et boutiques françaises, bien loin des zincs. D’autres industriels déroulent la carte des bars le long des rayons de supermarchés en proposant des sirops caïpirinha, margarita, gin-fizz. »

Perversité : « Anormalité de la conduite générale et spécialement des comportements à l’égard d’autrui et de la société conduisant à des actes asociaux et inhumains accomplis avec indifférence affective à l’égard de la souffrance d’autrui, absence complète de culpabilité et satisfaction personnelle ».

Le Parisien/Aujourd’hui en France : « La marque Lutti, n°2 du marché du bonbon, vient même d’annoncer le lancement de sa gamme spritz et pina colada, qui se répand cet été après le succès de sa sucrerie au mojito, née l’an dernier. Au dos du paquet, on peut lire : « Pas envie d’attendre vendredi soir pour le prochain mojito ? Emportez votre mini-dose (sans alcool) partout… » »

Mami Nova « saveur pina colada »

Ces images publicitaires peuvent-elles avoir un impact sur le public et, surtout, les enfants ? Évidemment, répondent les addictologues, indignés. « En matière de santé publique, c’est d’une bêtise folle, déclare au Parisien le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. Les souvenirs d’enfance jouent un rôle une fois adulte. Cela les conduira plus tard à sous-estimer le risque de l’alcool, c’est la même farce qu’avec le Champomy. »

Liste (non exhaustive) des produits « goût alcool » selon Le Parisien : Sodas. Schweppes a lancé, à l’été 2016, le « virgin mojito » et le « virgin cosmo », référence au cosmopolitan, à base de vodka, destinées « au grand public ». Cosmétiques. La chaîne britannique The Body Shop vend chaque été, depuis deux ans, des gels douche au mojito et à pinita colada, à base de noix de coco et d’ananas, et des beurres corporels. Un succès commercial. Yaourts. La célèbre grand-mère de Mamie Nova prend un coup de jeune et s’encanaille avec des yaourts « saveur mojito », « pina colada » et même « copacabana », cocktail à base de champagne rosé ou cognac selon les versions.

Exécrable cynisme commercial

Interrogé sur l’arrivée de ces « nouveaux bonbons » le Pr Amine Benyamina (président de la Fédération française d’addictologie) estime que ces nouveaux produits aux noms et goûts de cocktails favorisent le passage à la consommation de « vrai » alcool à l’âge adulte. « C’est une campagne exécrable. Ces sucreries mélangent les genres, en surfant sur les boissons à la mode et sur le côté enfantin, la madeleine de Proust. Il ne s’agit pas de fabricants d’alcool et, pourtant, les références sont constantes sur les emballages. Cela donne un côté bon enfant à des produits qui sont régis par la loi. Les industriels jouent sur l’ambiguïté en s’adressant à des adultes, mais il s’agit tout de même de bonbons. On offre de l’alcool sans alcool à des jeunes. »

Perversité ou criminalité ?. Sur RMC-BFMTV le Dr William Lowenstein va plus loin, parlant de « cynisme commercial criminel » – alors même que nous sommes, avec le président Macron, censés être dans le « quinquennat de la prévention ». « Quel est l’intérêt d’initier les mômes au goût alcool avec de telles images ? » Pourquoi pas des sucettes au goût d’ecstasy ?des chewing-gums néo-cocaïnés ?

Totale inconérence. Le président de SOS Addictions attend avec impatience la réaction des tutelles et, tout particulièrement, « celle de la Direction Générale de la Santé ».

A demain