Paquet de cigarettes: son prix va-t-il augmenter? Violente polémique chez les ministres.

Bonjour

Ce matin c’est RMC qu’il fallait écouter. Invité : Christian Eckert secrétaire d’Etat chargé du Budget. On y a parlé diesel et tabac ; deux produits taxés et beaucoup plus proches qu’on le croit.  Deux cancérogènes essentiels à l’équilibre des comptes de l’Etat. Deux sujets, éminemment politiques, de santé publique.

Après avoir évoqué longuement la possibilité d’abaisser la fiscalité de l’essence tout en relevant celle du diesel, Christian Eckert a indiqué que « l’hypothèse d’une nouvelle augmentation du prix du paquet de cigarettes fait elle aussi l’objet de discussions assez vives au sein du gouvernement ». Le secrétaire d’Etat n’a pas dit de quel côté il était. Et il n’a rien confié (à l’antenne) des positions défendues par ses principaux collègues. Il a encore mois parlé des lobbies présents dans les couloirs des ministères. On attend désormais les confidences de Marisol Touraine et/ou d’Emmanuel Macron.

Les efforts des buralistes

Reconnaissant que le prix des produits du tabac n’avait pas augmenté depuis longtemps, M. Eckert a prudemment déclaré : « on a demandé aussi à l’industrie du tabac de faire des efforts, on a demandé aux buralistes de faire des efforts, il y a des campagnes de prévention, il y a d’autres moyens aussi qui sont utilisés pour lutter contre le tabagisme ». « Ce n’est pas la fiscalité seule qui fait changer les comportements », a-t-il ajouté. Certes – sauf, précisément pour ce qui est de la consommation de tabac.

Interrogé sur la possibilité d’abaisser la fiscalité de l’essence tout en relevant celle du diesel, M. Eckert a répondu: « C’est un sujet qui est à l’étude, comme d’autres dispositifs fiscaux. A titre personnel, je suis pour un rapprochement progressif  de la fiscalité sur ces deux types de carburants, aujourd’hui favorable au gazole qui alimente les véhicules diesel. Il y a des mutations qui doivent prendre un certain temps si on ne veut pas bouleverser les conditions économiques, notamment de l’industrie automobile. »

Deux cancérogènes

Le gazole, classé « cancérogène certain » par l’Organisation mondiale de la santé représente plus de 80% des carburants vendus en France, mais depuis le début de l’année, les voitures particulières à moteur diesel, ont chuté sous les 60% de part de marché des voitures neuves en France. On sait ce qu’il en est du tabac (80 000 morts prématurées par an).

La polémique sur le gazole est aujourd’hui relancée par le scandale des « moteurs truqués » du géant allemand Volkswagen. On a même entendu Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’EELV demander « une interdiction du diesel dans l’ensemble du pays d’ici 2025 ». Mme Cosse n’a rien dit sur le tabac. Il est vrai que EELV a encore des problèmes de hiérarchisation des priorités sanitaires, s’intéressant plus au bisphénol A qu’à la cigarette électronique et aux dégâts du tabagisme.

David Pujadas ou pas

Ainsi donc « l’hypothèse d’une nouvelle augmentation du prix du paquet de cigarettes fait elle aussi « l’objet de discussions assez vives au sein du gouvernement » ».  M. Eckert nous en dit trop ou pas assez. Dans une démocratie ouverte, transparente, moderne le citoyen saurait tout des positions défendues par les ministres concernés et de leurs arguments. Il assisterait, via ses applications LCP et/ou Public Sénat, aux débats gouvernementaux –puis in fine aux arbitrages du Premier ministre.

Cette démocratie reste, en France, à inventer. Pour l’heure, David Pujadas ou pas, le téléspectateur français s’endort, comme hier, devant « Des paroles et des actes ».

A demain

Sexualité médicalisée : et voici, dès demain, Addyi® qui n’est en rien un Viagra® féminin

Bonjour

Les médias parleront, c’est immanquable, de Viagra® féminin. France Inter elle-même n’y résiste pas. Puis viendront les débats radiophoniques, les sujets sur plateaux télévisés. RMC à coup sûr. Et France Culture, bien sûr. On peut apprécier The New York Times : « F.D.A. Approves Addyi, a Libido Pill for Women ».

Médicaliser ou pas la sexualité féminine ? Neurotransmetteurs versus psyché. Esprits mécaniques contre immortels romantiques.

Pour l’heure l’information est américaine, et l’information officielle, celle de la Food and Drug Administration (FDA) est ici :

’FDA approves first treatment for sexual desire disorder Addyi approved to treat premenopausal women

10% de satisfactions

Ainsi donc après plusieurs refus la FDA a finalement, le 18 août, fini par donner son feu vert à Addyi® nom de marque pour flibanserin. La FDA avait a rejeté à deux reprises ce candidat médicament en 2010 et 2013. Elle a  finalement suivi les recommandations formulées en juin dernier par un comité consultatif d’experts favorables à sa commercialisation (par 18 voix contre 6). La décision de la FDA s’appuie sur les résultats de trois essais cliniques menés aux États-Unis et au Canada (dose de 100 milligrammes – 2 400 femmes non ménopausées âgées de 36 ans en moyenne) qui souffraient de ce syndrome de faible désir sexuel pendant cinq ans.

Environ 10 % des participantes ont fait part d’une amélioration significative de leur satisfaction dans leurs relations sexuelles (en termes de désir et aussi de diminution de l’angoisse) précise la FDA. Pour autant ce médicament « n’a apparemment pas amélioré les performances sexuelles ».

Entrée officielle

Il s’agit donc désormais de prendre en charge par voie médicamenteuse (et sur prescription) ce qu’il est convenu  de désigner plus ou moins comme une « hyperactivité du désir sexuel » – ou  hypoactive sexual desire disorder (HSDD). Cette autorisation « fournit aux femmes souffrant d’un faible désir sexuel une option de traitement », a déclaré  le Dr Janet Woodcock, directrice du centre d’évaluation et de recherche sur les médicaments de la FDA. C’est la première spécialité de ce genre à être autorisée à entrer (officiellement) sur le marché américain.

« La FDA vise à protéger et promouvoir la santé des femmes, et nous sommes engagés à soutenir le développement de traitements sûrs et efficaces pour la dysfonction sexuelle féminine » a ajouté le Dr Woodcock

Femmes non ménopausées

Cette entité est caractérisée (chez des femmes non ménopausées) par un très faible désir sexuel qui provoque une souffrance marquée et/ou des difficultés interpersonnelles.  Elle n’est en rien le symptôme d’une affection médicale ou psychiatrique co-existante, ou sous-jacente. Elle ne résulte pas a priori de difficultés au sein d’une relation établie ou d’effets secondaires médicamenteux.

Les interactions potentiellement  dangereuses avec les boissons alcooliques (et certains médicaments) font que les prescriptions seront (autant que faire se peut) médicalement encadrées outre-Atlantique  (risques de chutes tensionnelles et de syncopes). Et les impasses durables de la biologie de la sexualité féminine font que l’on ne sait guère comment agit cet agoniste-antagoniste des récepteurs cérébraux. Prise quotidienne au moemnt du coucher. Possible effet placebo. Arrêter le traitement au bout de deux mois si aucun effet notable positif n’a été noté.

Boehringer Ingelheim a perdu

Les consommatrices et les professionnels de soins de santé sont fortement encouragés à signaler les effets indésirables de l’utilisation de Addyi® au programme MedWatch de déclaration des événements indésirables de la FDA au www.fda.gov/MedWatchou en téléphonant au 1-800-FDA-1088.

Après avoir été longtemps développée et défendue par Boehringer Ingelheim,  Addyi® avait été racheté par Sprout Pharmaceuticals, basée à Raleigh, en Caroline du Nord. C’est cette firme qui la commercialisera. La démonstration que dans ce domaine ce ne sont pas toujours, à la fin des fins, les Allemands qui gagnent.

A demain

Tour 2015 – quinzième étape. Ambiance de plomb, leçons de journalisme, régression et jet d’urines

Bonjour

Régression à tous les étages. Rien ne va plus parce que tout va trop vite, à commencer par Froome. On en vient même à remettre en cause les fondations du spectacle. C’est comme un début de débâcle dans une France en surchauffe. Une France où des feux de chaume immobilisent une SNCF qui doit rembourser des milliers de billets en partance du Montparnasse. Une France où les éleveurs hurlent au loup et où on va les abattre après les avoir réintroduits. Une France qui ne sait plus si elle a sauvé ou assassiné la Grèce.

Crachats

La régression n’est jamais un spectacle très agréable. Hier, 18 juillet, on la retrouva sur la route qui va de Rodez à Mende. On l’avait déjà vue dans la montée-calvaire vers La Pierre-Saint-Martin. « Richard Porte a pris une mandale d’un spectateur dans les derniers kilomètres de l’ascension » rapporte aujourd’hui L’Equipe (Alexandre Roos), un journal  qui sait ce que mandale veut dire.   « Le lendemain, à Cauterets, l’Australien se faisait traiter de ‘’dopé’’ après l’arrivée et allait fissa d’expliquer avec son accusateur » ajoute le quotidien sportif. Puis des canettes de soda ont également volé en direction des coureurs de Sky et au moins deux d’entre eux se sont fait cracher dessus.» Il faudra songer à interdire les canettes de soda – faute de pouvoir prohiber les crachats.

Le 18 juillet, la régression a franchi une nouvelle marche vers le bas. « Hier, ce fut au tour de Chris Froome, le Maillot Jaune, d’être la cible et de prendre un gobelet d’urine en pleine poire », s’amuse L’Equipe. « Froome, le drame pipi » ajoutera Le Journal du dimanche (Mickaël Caron). Eclairage  de Froome : « Il avait un gobelet dans la main et je me doutais que c’était quelque chose d’étrange. Quand je suis passé à sa hauteur il l’a lancé sur moi et a crié ‘’dopé’’. Pas de doute, c’était de l’urine. C’est inacceptable pour de nombreuses raisons. » Froome est bien bon.

Scepticisme médiatique

Pour les suiveurs, aucun doute: ces incivilités ont commencé quand Froome a éparpillé la concurrence, façon puzzle, vers La Pierre-Saint-Martin. Il a gâché le métier. « Cette démonstration a été accueillie avec scepticisme par de nombreux médias » écrit, sans rire, L’Equipe. Et Froome ne supporte plus les médias qui le soupçonnent Il n’est pas le seule. Michelle Froome, son épouse, reparle désormais haut et clair. C’est sur Twitter. Elle rafale :

« J’espère que vous êtes attentifs, bandes d’idiots ignorants et irresponsables. Je suis complètement dégoutée. Aux journalistes qui prétextent qu’ils font leur boulot : votre boulot est de rapporter des faits, pas les opinions de personnes biaisées. »

L’Equipe nous guide dans le dédale des conflits d’intérêts : Cédric Vasseur et Laurent Jalabert (anciens coureurs, aujourd’hui consultants, notamment pour France Télévisions et RTL) s’étaient interrogés su la cadence de pédalage de son mari dans les cols. Mme Froome ne le permet pas. Quant au directeur sportif français de l’équipe de son mari, il accuse l’ancien champion Cyrille Guimard, 68 ans, d’avoir dit sur RMC  qu’il y avait des trucs qui clochaient. « Si ça cloche pour lui c’est qu’il ne comprend plus rien au vélo, et c’est bien dommage » a-t-il dit. Mme Froome a applaudi. Mr et Mme Froome forment une très bonne équipe.

Dignité

Le sport c’est aussi, parfois, la mort. L’Equipe fait sa Une d’un visage de Jules Bianchi (1989-2015) : « Il est parti ». Et rappelle que ce « jeune prince de la F1 » est mort « vingt-et-un ans, deux mois et seize jours » après la disparition d’Ayrton Senna. « On s’y était préparé, ajoute le quotidien sportif (Anne Guitini), néanmoins la F1 est meurtrie. »

L’Equipe veut parler ici de la durée du coma profond dans lequel était le champion depuis son accident survenu lors du Grand Prix du Japon, le 5 octobre 2014. La plus grande discrétion a été observée quant aux circonstances de cette mort survenue le 17 juillet au CHU de Nice, la ville où il était né. On peut voir là une forme de dignité médiatique.

Jeudi 23 juillet les médecins du CHU de Reims diront, publiquement, ce qu’ils ont décidé quant à la vie ou à la mort de Vincent Lambert.

A demain

Tabagisme : le scoop du paquet neutre-sans-logo a fait long feu. Voici comment

Bonjour

Ce devait être la grande affaire sanitaire de demain, ce sera la polémique du jour. Il y a d’abord eu les indiscrétions des Echos reprises sur France Inter. Il y eut ensuite les « fuites » qui suivirent la rencontre matinale entre Marisol Touraine et Pascal Montredon. La ministre de la Santé a confirmé au président de la Confédération des buralistes français qu’elle inscrivait les paquets génériques dits « à l’australienne » dans le Programme national de Réduction du Tabagisme qu’elle présentera  solennellement demain.

« La ministre nous a annoncé la mise en place du paquet neutre. C’est une véritable douche froide, déclarait, douché, Pascal Montredon, en passant la porte du bureau de Marisol Touraine.  On pensait qu’on nous présenterait un plan équilibré, c’est très violent. En fait, ils veulent aller plus loin que la directive européenne. »

 Sel médiatique

« D’après nos informations, cela correspond à un ultime arbitrage du Président de la République, confie le site lemondedutabac.com, très proche des buralistes La mesure serait adoptée dans le cadre d’un amendement au projet de loi de Santé ». A ce stade les polémistes ne pouvaient attendre la conférence de presse de demain, rencontre qui perd du même coup une bonne partie de son sel médiatique. Sauf coup de tonnerre sur la cigarette électronique.

Nous retrouvons ainsi Yves Martinet (Comité national contre le Tabagisme) sur RMC: « A partir du moment où le paquet est informatif par rapport au risque et qu’il n’est pas séduisant, les ventes baisseront auprès des jeunes ». Ce qui est bien loin d’être démontré

Bertrand Dautzenberg (Office Français de Prévention du Tabagisme) sur RTL : « Moins la marque sera apparente moins les jeunes seront fidèles au tabac… Le rôle du Président de la République est de protéger les Français. S’il a pris cette décision, c’est une bonne décision ». Ce qui pourrait être vrai.

Portes ouvertes

Gérard Vidal (président de la fédération Midi–Pyrénées des buralistes) sur RMC : « Cela n’empêchera pas les jeunes de fumer, ni les adultes. C’est surtout une porte ouverte à tous les trafics : ils vont être facilement imitables et vont envahir le marché parallèle ». Ce qui n’est pas faux.

Patrick Brice (président de la fédération du Nord des buralistes) sur Europe 1 : « En Australie, le paquet générique n’a rien apporté en terme de diminution de la consommation. Le paquet générique va surtout engendrer une multiplication des copies et l’impact pour les buralistes frontaliers va être très important. Nous sommes déjà à 10 % de baisse de ventes contre 6 % au niveau national ». A discuter.

Quid de la e-cig ?

Le soop de demain éventé, restent les éléments de langage : le paquet sans logo est une « mesure choc » qu’il faut comparer à ce qu’a été la loi Evin de 1991 et l’interdiction de la publicité pour le tabac. D’ores et déjà le bras de fer est lancé. Big Tobacco ne se laissera pas dépouiller de ses logos sans attaquer l’Etat français :  il y a là une« atteinte manifeste au droit de propriété ». Et, à la clé, de substantielles indemnités.

Le scoop du paquet neutre a fait long feu ? Il en reste un autre, qui a jusqu’ici été bien gardé : la partie du Plan national de réduction du tabagisme qui concerne la cigarette électronique. Tout désormais converge pour dire qu’il y a là un levier révolutionnaire pour réduire la considérable mortalité liée au tabac carbonisé (près de 80 000 décès prématurés chaque année en France). Tous les espoirs sont encore permis. Du moins jusqu’au 25 septembre midi.

A demain

Cancers et affaire du Dr Delépine : la justice est saisie, le politique tranche, le service ferme

Bonjour

BFM TV est le dernier endroit où les responsables politiques jugent utiles de s’exprimer. Devant le micro RMC d’un Jean-Jacques Bourdin chaque jour un peu plus compassé. Marisol Touraine, ministre de la Santé en a fournit aujourd’hui  une nouvelle démonstration exemplaire. Voir ici. Résumé de la situation. Le tribunal de grande instance de Paris a examiné aujourd’hui 10 juillet jeudi la requête de parents d’enfants atteints de cancer et qui s’opposent à la fermeture d’une unité d’oncologie pédiatrique située dans l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) – unité longtemps dirigée par le Dr Nicole Delépine dont les méthodes thérapeutiques alimentent de vives controverses depuis des années (voir ici).

Grève de la faim

L’abcès s’est constitué avec le départ à la retraite de ce médecin et la volonté concomitante de l’AP-HP de fermer cette unité. Plusieurs dizaines de patients et leurs proches ont assisté aux débats devant le tribunal de grande instance de Paris. « Nous nous battons pour la liberté thérapeutique de nos enfants et de tous les jeunes malades de demain », a déclaré (citée par l’AFP) Lisbeth, dont le fils (soigné à Garches de 2008 à 2010 pour un cancer des os) est en rémission depuis quatre ans. Cette mère a entamé le 26 juin, avec trois autres parents, une grève de la faim : elle s’oppose à la fermeture du service.

L’AFP rappelle qu’il y a dix ans déjà l’AP-HP) e le ministère de la Santé avaient signé un protocole qui prévoyait l’installation de l’unité d’oncologie pédiatrique au sein de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches. En juillet 2009, ce service avait été autorisé à poursuivre son activité. Et maintenant ? « Cette autorisation, délivrée pour une durée de cinq ans, expire le 21 août 2014. Elle n’a pas été renouvelée; cela a pour conséquence la fermeture du service », a plaidé l’avocate représentant l’Etat.

« Il y a urgence »

Ce protocole d’accord est un contrat administratif qui relève de la compétence du juge administratif  et non des juridictions civiles. C’est précisément pourquoi des proches de patients ont également déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris. « Mais il ne statuera pas avant deux ans; on ne va pas rouvrir le service à ce moment-là. Il y a urgence », a déclaré à l’AFP Me Emmanuel Ludot, conseil de l’association Ametist. Selon lui, l’Etat n’a pas respecté les modalités inhérentes à tout retrait d’autorisation, le juge judiciaire « doit donc trancher ».

A l’issue de l’audience, l’AP-HP a (une nouvelle fois) assuré « mettre tout en œuvre afin de poursuivre et renforcer le dialogue » avec les familles des patients « dans un souci d’apaisement » et « avec pour unique préoccupation la qualité de la prise en charge des patients ».

Exercice radiophonique ministériel

Quelques heures auparavant Marisol Touraine répondait aux questions du journaliste Jean-Jacques Bourdin. Exercice délicat en trois minutes et vingt secondes. En résumé : exprimer sa compassion vis-à-vis des parents en qui la médecine officielle  perçoit les symptômes de la déraison puisqu’ils refusent les « essais thérapeutiques » ; demander la « poursuite du dialogue » et la « recherche de l’apaisement » ; préciser que tous les enfants seront accueillis dans un autre service situé à « cinq kilomètres »  de là où ils sont soignés aujourd’hui ; assurer qu’il n’y aura pas d’inclusions de force dans des « essais thérapeutiques » (c’est interdit) ; oser dire que l’unité du Dr Nicole Delépne n’a jamais fait l’objet d’une « évaluation scientifique » et que seules les évaluations permettent de progresser ; citer le président de la République et l’actuel Plan Cancer.

Puis confirmer que l’unité du Dr Delépine fermera comme prévu. Er faire comprendre que les futurs jeunes patients de la future unité ne seront plus soignés comme le furent ceux admis jusqu’ici (essentiellement à base de méthotrexate).

 « Essais thérapeutiques »

« Mes confrères sont contraints d’inclure toujours plus d’enfants dans ce type d’essais. Ils testent sur le patient de nouveaux produits développés par les laboratoires et de nouvelles combinaisons, plutôt que d’utiliser des traitements déjà reconnus comme efficaces »  dénonce pour sa part le Dr Delépine dont certains soutiens peuvent inquiéter. « Il est faux d’affirmer que des enfants peuvent rentrer dans des essais thérapeutiques sans l’accord explicite de leurs parents » accuse pour sa part  l’AP-HP.

Le Dr Delépine partira à la retraite le 18 juillet. Le tribunal de grande instance de Paris rendra sa décision le 24 juillet. Le politique a tranché. Le service est fermé. Le rideau de la justice n’est pas tombé.

A demain

Procès Bonnemaison : le venin radiophonique de la « petite vengeance féminine »

Bonjour

Les grands procès peuvent avoir leurs bassesses. Celui de la cour d’assises des Pyrénées – Atlantiques n’y aura pas échappé. Cela ne s’est pas passé dans la salle d’audience mais dans un studio de radio, celui de RMC. Et à un micro. Celui de Jean-Jacques Bourdin. Cela date du premier jour du procès.

Le rappel vient d’en être est fait par Sud Ouest à l’occasion du témoignage Dr Jean-Michel Gouffrand. Le Dr Gouffrand est aujourd’hui à la retraite. Chirurgien digestif et vasculaire il a exercé durant  trente-cinq ans dans différentes cliniques privées de Bayonne. Il ne connaissait pas Nicolas Bonnemaison avant que la presse commence à parler de lui.

Poisons sociétaux

Que dit-il sur RMC ? On peut le voir et l’entendre ici. Quelques lieux communs, des propos d’un autre âge, une galerie des horreurs. Et puis à la 4ème minute , l’explication du procès : « C’est une petite vengeance féminine qui a semblé vouloir lever un lièvre et qui a levé une usine à gaz » (sic). Entendre : rien de tout ce qui fait ce procès ne serait connu s’il n’y avait eu, dans cette petite communauté hospitalière, une femme qui petitement, a voulu se venger.

De qui, de quoi ? « Cela va se dire ouvertement devant le tribunal » révèle ce médecin. Un médecin qui, à l’aube du premier jour est venu verser quelques gouttes de ce venin féminin dans le micro d’une radio spécialisée dans la distillation quotidienne des poisons sociétaux.

« Travail d’humanité »

Au septième jour du procès d’autres médecins sont venus parler, cités par la défense. Et tous ont, sans danger, « avoué » ce que personne ne leur demandait : qu’ils ont pratiqué l’euthanasie. Et certains n’ont pas cherché à minimiser l’importance de leur geste, la douleur qui fut la leur dans ce « travail d’humanité ». Y compris en usant du curare. On a aussi retrouvé le Dr Bernard Senet.

Le Dr  Senet est médecin généraliste, membre de la commission médicale de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Il « a participé à l’euthanasie volontaire de Chantal Sébire ». Il s’est exprimé  sur le site Huffington Post. On peut aussi  le voir et l’entendre ici.

La clinique de l’agonie

Puis vint le tour du Dr Marie-Pierre Khun, 45 ans, médecin anesthésiste-réanimateur à l’hôpital de Bayonne et qui a travaillé avec l’ancien médecin accusé d’ « empoisonnements »  Elle a décrit la clinique de l’agonie. Sans prendre de gants. Sur son blog « Chroniques Judiciaires » Pascale Robert-Diard dit son émotion et rapporte cette partie du témoignage du Dr Khun :

« Il y a deux phases. La phase pré-agonique dans laquelle le corps souffre, notamment les intestins. Il y a souvent une grande débâcle de diarrhée. Des convulsions. Des hallucinations. Là, il faut avoir recours à l’Hypnovel. Puis vient la phase agonique. Il n’y a plus d’état de conscience. C’est juste une lutte du corps contre l’oxygène qui le quitte. C’est là qu’intervient le « gasp », le râle. Et sur cette phase-là, aucun médicament ne marche. Quand ces « gasps » sont modérés, on peut les supporter. Mais parfois, c’est spectaculaire, et quand l’agonie se prolonge, c’est vraiment terrible. Le Dr Bonnemaison, c’est cette phase-là qu’il a voulu éviter à ses patients et à leurs familles. »

Machiavel

Au-delà de l’effroi de l’instant reviendront les accusations d’empoisonnements. Puis les jurés seront amenés, dans une semaine, à se poser la question machiavélique, inquisitoriale, de la justification des  moyens au nom de la fin. C’est aussi, assez loin de Machiavel, une question que l’on se pose quand on réécoute, sur RMC, l’échange entre le Dr Jean-Michel Gouffrand  et le journaliste Jean-Jacques Bourdin.

A demain

Cancers et téléphone portable : avoir peur sans connaissance de cause

Bonjour

Un spectacle dont personne, pour l’heure, ne se lasse. Titrer sur le téléphone portable avec une nouvelle étude qui évoquer la possibilité d’un lien entre « le cancer » et l’exposition aux ondes générées par ce nouveau moyen de communication.  Evoquer la possibilité d’un lien de causalité sans trop s’y attarder. Puis donner la parole aux auteurs de l’étude pour qu’ils en situent les limites. La donner ensuite aux militants en guerre contre les différentes manifestations somatiques qu’ils associent à cette technique aujourd’hui en plein développement.

Rien sur la causalité

Ne pas conclure. Audience assurée. Aucune prise de risque. Les apparences de l’objectivité. Et rien quant à la relation de causalité, sa complexité. Trouver, en somme, des raisons parmi tant d’autres d’avoir peur de la modernité. Mais sans vouloir  en changer ni savoir si ces raisons sont les bonnes. On peut voir là une forme de régression.

Dernier épisode en date. L’étude, cette fois, a été menée par une équipe de onze chercheurs dirigés par Gaëlle Coureau de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et du développement (Université de Bordeaux). Elle a été menée à partir de l’analyse des « habitudes de consommation du téléphone portable » de 253 personnes chez lesquelles un gliome avait été diagnostiqué et de 194 autres chez lesquelles c’est un méningiome qui l’avait été. Ces données ont été comparées à celles recueillies chez  892 personnes « témoins ».

« Face à face »

Cette comparaison  prenait en compte différents facteurs comme la consommation de tabac et d’alcool, le niveau d’études, les expositions aux pesticides et aux rayonnements ionisants. Les personnes faisant l’objet de ce travail  avait  été recrutées dans le cadre de l’étude dite « Cerenat » menée dans les départements de la  Gironde, du Calvados, de la Manche et de l’Hérault ; étude menée entre 2004 et 2006 et concernant la prise en charge des patients atteints de tumeurs cérébrales. Les informations telles que le nombre moyen d’appels par semaine, leurs durées ou le modèle de téléphone ont été collectées lors d’interview « en face à face ».

Ce travail vient d’être publié dans la revue Occupational and Environmental Medicine (on peut en lire le résumé ici ). Conclusion en deux temps. Tout d’abord  « aucune différence significative » entre les utilisateurs réguliers et les non utilisateurs de téléphones mobiles. « En revanche », une association positive avec le développement de gliomes ou de méningiomes a été identifiée chez les personnes ayant téléphoné au moins 896 heures au cours de leur vie ainsi que, pour les gliomes uniquement, chez celles ayant « cumulé plus de 18 360 communications » dans leur vie.

« Tendances à confirmer »

Comment comprendre ? Les auteurs reconnaissent que leur étude ne permet pas de définir un niveau de risque d’apparition de lésions tumorales. « La principale conclusion est que l’étude Cerenat va dans le même sens que des tendances récemment observées au niveau international, mais qui demandaient à être confirmées, à savoir une élévation du risque de tumeur cérébrale, observée uniquement chez les plus forts utilisateurs et notamment dans le cadre d’usagers professionnels intensifs, aexpliqué Isabelle Baldi (service de médecine du travail, CHU de Bordeaux), dernière signataire de l’étude. La question de la relation causale est un peu plus compliquée que cela et nous ne pouvons démontrer formellement que la relation observée est de nature causale. Il n’en reste pas moins intéressant qu’il y ait une concordance entre nos résultats et d’autres études précédemment publiées. »

« Retour médias »

La concordance est certes intéressante mais la causalité l’est au moins autant.  Pour l’association  PRIARTéM (collectif des électrosensibles de France qui milite contre les dangers des radiofréquences) il y a là un nouvel argument  pour que de « réelles mesures de protection de la population et tout particulièrement des enfants » soient mises en place. Ses responsables font observer que l’usage intensif tel qu’il est définit par cette étude correspond à plus de 15 heures par mois, « c’est-à-dire une demi-heure par jour, ce que dépassent aujourd’hui largement de très nombreux utilisateurs, et notamment les plus jeunes ». On verra ici le point de vue de cette association et les « retour médias » de son action : RMC, BFMTV, Le Monde, Le Parisien, France Info, Pourquoi docteur ?

Dernier épisode

Ce n’est là que le dernier épisode, hexagonal, d’une série de controverses qui dure depuis des années et qui, désormais, semble sans fin. Objets de passions et d’une utilisation qui ne cesse de progresser à l’échelon mondial les instruments individuels de la téléphonie  mobile soulèvent des interrogations multiples qui dépassent le seul champ des tumeurs cérébrales, maligne sou bénignes. Leur utilisation est encore récente, les techniques et les modes de consommation évoluent et les méthodes d’évaluation des risques semblent très largement inopérantes pour évaluer, s’il existe, un lien de causalité.

Dr Alain Fisch

Car il s’agit bien ici d’établir ou de réfuter un lien de causalité, ce concept de marbre en passe d’être oublié, au profit du brouillard  des simples associations, de la coïncidence et de son cortège de fatalité. C’est le sujet qu’aborde le Dr Alain Fisch dans le dernier numéro (mai 2014) de sa toujours aussi tonique et indispensable Newsletter VISA http://www.sante-voyages.com/

« En ce temps-là, les gens étaient crédules et superstitieux, écrit ce néo-Candide. Que deux évènements surviennent au même moment, ils ne manquaient pas de penser que l’un était la cause de l’autre. Et bien, cela dure encore, comme si l’humain était condamné à n’avoir de seul critère de causalité que la co-incidence temporelle. Les exemples de ce déficit d’analyse sont multiples. Le 16 juillet 1969 est lancée par la Nasa la fusée lunaire Saturn 5, programme Apollo 11. Neil Armstrong sera le premier humain à poser son pied sur la Lune. La médiatisation est gigantesque. Dans le même temps survient une importante épidémie de conjonctivite aiguë virale hémorragique en Afrique de l’Ouest liée à l’entérovirus  EV70. Les populations font immédiatement le lien entre ces deux événements et en accuse le responsable : Apollo 11. A tel point que l’entérovirus finira par porter le nom de virus Apollo. (…) »

John Stuart Mill et Sir Hill

Le Dr Fisch rappelle que  de nombreux penseurs (comme John Stuart Mill, 1843) et scientifiques ont tenté de mettre un terme à cette pensée primitive. Et que plus récemment, en 1965, l’épidémiologiste anglais Sir Austin Bradford Hill (1897-1991) proposa sept critères de causalité nécessaires désormais universellement reconnus.

Les voici, résumés :

1 Relation temporelle : certes, mais aussi

2 Force de l’association : exemple historique : il y a une forte association entre le tabagisme et le cancer bronchique

3 Relation dose effet : même exemple : plus le tabagisme est important, plus le risque cancéreux l’est aussi

4 Temporalité de l’association : la cause suspectée doit impérativement précéder l’apparition de la maladie étudiée ; de la même manière, si disparaît la cause suspectée, la morbidité qui lui est imputée doit décroître proportionnellement

5 Spécificité de l’association : une cause suspectée ne doit conduire qu’à la seule conséquence suspectée

6 Reproductibilité : si une seule équipe de chercheurs trouve l’association entre la cause suspectée et la conséquence, la probabilité de lien causal est très faible ou nulle. Plus le nombre d’équipes est élevé qui retrouvent le lien, plus le lien est fort.

7 Plausibilité biologique de l’association. Plus l’association entre l’agent causal et la maladie est compatible avec les données de la science, plus fort sera ce critère ; et inversement.

Pont-levis

On peut certes se lamenter. Voir dans certains bouillonnements médiatiques contemporains les fumerolles annonciatrices d’un retour en Enfer. On peut aussi lever le pont-levis, faire chauffer l’huile et réactiver les guerres de religions.

On peut, sur l’autre versant,  rappeler que ces critères existent. Et  élaborer une forme simplifiée des sept critères pour aider chacun à distinguer le certain de l’incertain. Avec publication lors de la célébration du cinquantenaire de la publication de Sir Hill ? Ce serait une belle leçon.

A demain.

Gouvernement Valls au complet. Touraine de retour à la Santé. 21 milliards d’euros à économiser

Bonjour

Nous avions, sur ce blog, parié pour le Dr Jean-Marie Le Guen. Nous avons gagné : il entre au gouvernement. Nouas avions parié et nous avons perdu : il n’est pas à la Santé (là où son cœur et ses compétences le portaient). Il entre certes au gouvernement. Mais « chargé des relations avec le Parlement ». Pour le reste  le gouvernement « Valls I » est au complet (1). Au complet. Avec un tour de passe-passe : Marisol Touraine de retour à la Santé après en avoir été privée. L’affaire était cocasse. C’est désormais une petite énigme. Est-ce dire qu’aucun secrétaire d’Etat de faisait l’affaire ? Sans doute pas.

Fixation névrotique

Poser la question de l’attribution gouvernementale de la « Santé » n’est en rien une fixation névrotique. Rappelons que la « Santé » est  l’un des « piliers » annoncé explicitement il y a quelques jours par le président de la République lorsqu’il révéla le nom du nouveau Premier ministre. Que la « Santé » est désormais, pour François Hollande,  une priorité au même titre que l’éducation et que le pouvoir d’achat.

La « Santé » est aussi une affaire hautement économique et à ce titre éminemment politique. Manuel Valls l’a distillé en deux temps. Hier 8 avril devant l’Assemblée nationale : entre 2015 et 2017 la branche assurance-maladie devra dégager 10 milliards d’euros d’économies. « La santé, nous y reviendrons » avait lancé M. Valls aux députés.

Détails

M. Valls y est revenu dans la matinée du 9 avril devant Jean-Jacques Bourdin (RMC ) et devant les caméras de BFM-TV. Comme on peut le voir ici ( à partir de la quatorzième minute). Le Premier ministre (qui ne craint pas, parfois,  de parler de lui à la troisième personne) a précisé que sur les 50 milliards d’économies à réaliser d’ici 2017, outre les 10 milliards demandés à l’assurance maladie, 11 milliards devraient l’être dans « d’autres dépenses de Sécurité sociale ». « Une plus grande justice, une mise en cohérence et ’une meilleure lisibilité de notre système de prestations », avait-il  indiqué la veille sans donner davantage de détails.

Chirurgie ambulatoire

« On peut trouver des pistes sur la gestion des caisses de Sécurité sociale, sur un certain nombre de mesures …. mais je ne veux pas rentrer dans ce détail », a-t-il dit ce matin. Le Premier ministre a néanmoins ajouté que l’on « peut par exemple beaucoup travailler sur la question de la chirurgie ambulatoire, restructurer l’offre de soins hospitaliers ». Au total 21 milliards d’euros ! On entend, déjà, les échos médicaux et mutualistes qu’auront de tels propos.

Aquilino Morelle

« Nous vivons au dessus de nos moyens » aime à dire le nouveau Premier ministre, reconnaissant qu’il s’agit d’une formule quelque peu lapidaire.  Ainsi donc il lui faudra réduire le train de vie de la santé de 21 milliards d’euros. La question est simple, brutale, et pour certains aux limites du supportable  : nous soignons-nous au dessus de nos moyens ? C’est une question éminemment politique qui ne souffrira aucun détail.

Qui répondra ? Marisol Touraine, que Manuel Valls vient de remettre en selle à la « Santé » ? Michel Sapin à Bercy ? Matignon  en direct ? L’Elysée ? L’Elysée  où l’on dit que le conseiller experts Aquilino Morelle , docteur en médecine et fils d’immigrés espagnols, prend du galon. Au point de diriger la communication.

A demain

(1)  Au lendemain du  discours de politique générale de Manuel Valls devant l’Assemblée nationale et une semaine après la nomination des ministres, le gouvernement est au complet. Pierre-André Lemas, qui sera remplacé par Jean-Pierre Jouyet au poste de secrétaire général de l’Elysée, a donné, mercredi 9 avril, la liste des secrétaires d’Etat qui vont compléter le gouvernement resserré et paritaire de seize ministres.

Jean-Marie Le Guen, chargé des relations avec le Parlement

Fleur Pellerin, chargée du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l’étranger

Harlem Désir, chargé des affaires européennes

Annick Girardin, chargée du développement et de la francophonie

Frédéric Cuivillier, chargé des transports, de la mer et de la pêche

Geneviève Fioraso, chargée de l’enseignement supérieur

Christian Eckert, chargé du budget

Axelle Lemaire, chargée du numérique

Laurence Rossignol, chargée de la famille, des personnes âgées et autonomie

André Vallini, chargé de la réforme territoriale

Ségolène Neuville, chargée du handicap et de l’exclusion

Thierry Braillard, chargé des sports

Valérie Fourneyron, chargée du commerce, de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire

Kader Arif, chargé des anciens combattants et de la mémoire

 

 

Le Premier ministre Manuel Valls a parlé. Le mystère du « pilier santé » reste entier

Bonjour

Il y avait les mots-clefs et quelques chiffres (aux dernières nouvelles: 21 milliards d’euros d’économies à faire sur la santé). On sentait la bonne volonté, l’énergie de l’élève qui veut bien faire. Manquait le reste : le souffle, l’emphase, la résonance collective. Manquait cette émotion que certains pouvaient trouver chez Jean-Luc Mélenchon, place de la Bastille. Il ne suffit pas de citer Valmy, Pascal (1), Jaurès, Clémenceau, 48, le maquis ou de Gaulle pour entendre souffler le génie de la France. Où il fut démontré, mardi 8 avril 2014 sous les ors de l’Assemblée nationale, que la fonction ne fait ni l’organe, ni le tribun. La gauche se consola en se souvenant de l’exercice précédent, assuré par Jean-Marc Ayrault.

Tableau d’un désastre

Qui peut bien écrire les discours de ceux qui nous gouvernent ? La question n’est pas nouvelle. Elle se pose pour celui pro-vaccinal prononcé par le président de la République le 4 février dernier, à l’occasion du lancement de la suite du Plan Cancer. Elle se pose aujourd’hui pour le discours de politique générale de Manuel Valls. Cela commença avec le tableau d’un désastre, celui de la France d’aujourd’hui s’enfonçant dans une névrose collective du désespoir.

Villes lézardées

Des feuilles de paye faméliques, des citoyens perclus d’impôts, la résurgence du racisme et de l’antisémitisme, la solitude des paysans dans leurs champs, des cambriolages en hausse, la drogue rampante dans les cités. Les villes lézardées par les fractures du communautarisme. Trop de souffrances, pas assez d’espérances. La peur de l’avenir.  Des gorges nouées, des lèvres serrées. La peur lancinante du déclassement.  La triple crise : la civique, celle de confiance et la pire de toute : l’identitaire. La menace terroriste, les violences de quartier. La délinquance et les violences aux personnes.

Handicap trop grand

Les caméras de France 3 cadraient à merveille l’auditoire. La droite vociférait ou était aux anges. Les ministres, sur leur banc, semblaient plus statufiés que concentrés. A l’exception de Mme Taubira, qui n’était pas là. La gauche se faisait un devoir, parfois, d’applaudir.  C’était beaucoup pour un seul homme. Dans cette course contre la montre (45 minutes) le handicap était trop grand. Il ne fut pas remonté. Cette « nouvelle étape du quinquennat »  est mal partie. Des journalistes spécialisés décrypteront les économies chiffrées qui furent annoncées. D’autres expliqueront ce qu’il faut attendre de l’amincissement du millefeuille territorial programmé jusqu’au milieu du siècle – ou presque. Idem pour les rythmes scolaires ou le logement.

« Nous y reviendrons »

Une croix implicite sur la PMA et a fortiori sur la GPA. L’espoir d’un consensus sur la fin de vie. Et puis un chiffre: entre 2015 et 2017 la branche assurance-maladie devra dégager 10 milliards d’euros d’économies. Comment ? Nul ne sait.  Très bien. Mais la « santé » ? La « santé », l’un des « piliers » annoncé explicitement il y a quelques jours par le président de la République lorsqu’il révéla le nom du nouveau Premier ministre ? La « santé » dont François Hollande fait une priorité au même titre que l’éducation et le pouvoir d’achat. Cette « santé » qui n’a toujours pas de ministre, toujours pas de secrétaire d’Etat ? Cette « santé » pour laquelle un nouveau contrat social français vient d’être annoncé dans The Lancet par Marisol Touraine, ministre des affaires sociales.

« La santé, nous y reviendrons » a lancé M. Valls (2). Beaucoup n’en sont pas encore revenus.  Puis, « le cœur battant », Manuel Valls a rappelé qu’il avait choisi la France. Il demanda la confiance. Il l’obtint.

A demain

(1) Sur Blaise Pascal les choses ne sont pas claires, comme le démontre Slate.fr.

(2) M. Valls y est « revenu » dès le 9 avril. Il a précisé que sur les 50 milliards d’économies à réaliser d’ici 2017, outre les 10 milliards demandés à l’assurance maladie, 11 milliards devraient l’être dans « d’autres dépenses de Sécurité sociale ». « Le reste viendra d’une plus grande justice, d’une mise en cohérence et d’une meilleure lisibilité de notre système de prestations », avait-il  indiqué la veille sans donner davantage de détail.

Les 11 milliards d’économies restant à trouver seront pris « sur les autres dépenses de Sécurité sociale », a-t-il précisé mercredi 9 avril sur BFM TV et RMC, rappelant au passage que certains Français « ne peuvent plus partir en vacances, et parfois même, ne plus s’acheter de quoi manger ».

« On peut trouver des pistes sur la gestion des caisses de Sécurité sociale, sur un certain nombre de mesures mais je ne veux pas rentrer dans ce détail », a-t-il poursuivi alors qu’une rencontre avec les partenaires sociaux est prévue vendredi. Le Premier ministre a néanmoins ajouté qu’on « peut par exemple beaucoup travailler sur la question de la chirurgie ambulatoire, restructurer l’offre de soins hospitaliers ». On entend, déjà, l’écho qu’auront de tels propos. Pour l’heure, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, ne les a pas commenté.

Le test de grossesse sera en vente dans les Monoprix

Le ministre de la Consommation le veut. Le Planning familial est pour. Les pharmaciens d’officine s’indignent. La ministre de la Santé se tait.  Quant à Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement elle soutient le ministre de la Consommation

On  rappellera que, prescrit par un médecin, le test de grossesse est pris en charge par la Sécurité sociale

Benoît Hamon est  ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la Consommation.  On l’avait beaucoup entendu sur le scandale oublié de la viande de cheval. On le retrouve depuis quelques heures sur les ondes et sur la Toile. M. Hamon vient de faire savoir qu’il était favorable à une extension de la vente des tests de grossesse et d’ovulation hors des pharmacies. « Grossesse : demain les tests dans les gondoles » titreront bientôt les gazettes. Et les radios généralistes interrogeront leurs auditrices pour qu’elles puissent exprimer leur point de vue sur l’antenne.

Libérer la clientèle

Benoît Hamon estime que c’est une affaire urgente. Le gouvernement va émettre un « avis favorable » sur un amendement allant dans ce sens et qui sera présenté dans le cadre du projet de loi Consommation présenté demain au Sénat. Pour le ministre délégué  il y a ici une logique : agir dans tous les domaines où la clientèle est maintenue « captive ».

Explication officielle : « Plus que jamais, à l’heure où le pouvoir d’achat est une préoccupation majeure des Français, le Gouvernement se mobilise pour créer de nouveaux outils de régulation économique. Conjuguant renforcement de la protection des consommateurs et compétitivité, le rôle de l’Etat comme garant de l’ordre public économique est ainsi fortement réaffirmé ».

17 euros le lot de deux

Benoît Hamon s’est exprimé sur RMC à propos des tests de grossesse : « On pourrait faire baisser considérablement leurs tarifs, s’ils étaient vendus hors des pharmacies » (1). Le ministre délégué à l’Economie sociale ne parle pas, ici, de la prescription médicale et de la Sécurité sociale (2).  D’autres produits pourraient sortir du monopole pharmaceutique, à commencer par les nettoyants pour lentilles. La parapharmacie ? Elle est déjà présente de part et d’autre. Il en ira sans doute bientôt de même pour les cigarettes électroniques. Sans oublier les buralistes.

Point n’est besoin d’être un spécialiste de l’économie solidaire ou de la sociologie officinale pour imaginer la suite. Depuis quelques heures les responsables syndicaux montent au créneau. Les mêmes qui gardent un silence de sioux  sur l’affaire de l’élimination des seringues usagées usent du tam-tam radiophonique. Comme Philippe Gaertner, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques que l’on peut entendre sur France-Info.

Acheter aussi la pilule du lendemain

Pour ce pharmacien le ministre Benoît Hamon «  n’a absolument pas compris c’est ce qui se passe dans une officine ». M. Gaertner  évoque tout particulièrement le cas des jeunes femmes qui viennent acheter un test de grossesse en pharmacie après une rapport sexuel non protégé. « Je crois que si le produit est cherché en grande surface, les choses seront complètement différentes, car le conseil de la pilule du lendemain, si on attend, on va passer au delà des délais » explique-t-il. C’est là un argument dangereux qui pourrait conduire le gouvernement à un second amendement autorisant la vente de la pilule du lendemain dans les super/hypermarchés.

La maîtrise, par la femme, de sa fécondité

A l’aube, toujours sur France-Info, une responsable  du Planning familial a déclaré qu’elle soutenait la volonté gouvernementale. Elle a expliqué en substance que le Planning était favorable  à tout ce qui va dans le sens d’une plus grande maîtrise par la femme de sa fécondité. Où l’on voit incidemment (en France et en 2013) le généraliste et le gynécologue (médical ou obstétricien) n’ont plus leur place dans l’annonce de cet évènement qu’est l’annonce d’une grossesse.  C’est sans doute ce qui explique que ce soit le ministre délégué à l’Economie sociale et à la Consommation qui s’exprime aujourd’hui. Et non la ministre des Affaires sociales et de  la Santé.

Soutien explicite de la porte-parole du gouvernement

Dernière information en date la prise de position de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement. Elle soutient l’initiative du ministre de la Consommation.

Elle le fait sur son blog. En ces termes :

« Aujourd’hui, toutes les femmes n’ont pas accès à ces dispositifs en raison de leur coût. Pour la première fois, depuis 1995, la part des femmes ayant déclaré leur grossesse après le premier trimestre a même augmenté de manière significative en 2010 (7,8 % contre 4,9 % en 2003). C’est l’entrée dans le parcours de santé de la femme enceinte qui s’en trouve mis en cause.

 Je soutiens l’ouverture de la distribution des tests de grossesse, qui pourra être prévue dans le cadre du débat au Sénat sur le projet de loi  relatif à la consommation. La protection des femmes enceintes est notre priorité, ce qui implique qu’elles aient connaissance le plus tôt possible de leur grossesse. Le gouvernement sera favorable à l’amendement déposé par la députée socialiste Mme Schilinger tendant à supprimer le monopole des pharmaciens sur la vente des tests de grossesse et des tests d’ovulation car il s’agit d’une avancée pour notre santé publique. De cette ouverture on peut attendre légitimement une baisse des prix et un accès plus aisé à ces produits médicaux.

 J’ai souhaité que cette mesure soit accompagnée de la diffusion dans les notices et sur les boîtes de messages d’information pour les femmes enceintes. Ces informations doivent être clairement données :  il sera rappelé aux femmes la nécessité de consulter un médecin ou une sage-femme en cas de test positif mais seront aussi rappelé les conseils qu’elles peuvent trouver en matière de contraception ou d’interruption volontaire de grossesse auprès des centres de planification et d’éducation familiale. Parce qu’une femme battue sur trois nous dit qu’elle l’a été pour la première fois au cours de sa grossesse, il me paraît indispensable que l’existence du numéro gratuit d’écoute et de conseil en matière de violences faites aux femmes, le « 39 19 » soit signalé. »

 Ellipse

Plusieurs commentaires adressés à la ministre disent, en des termes différents, leur incompréhension  quant au lien qu’elle fait entre la problématique des lieux de vente des tests de grossesse et les statistiques concernant la violence faite aux femmes lors de leur grossesse.

 

(1) Ce site spécialisé informe sur les prix de commercialisation de ces tests. Le prix moyen du test urinaire en pharmacie d’officine est de 12 euros (17 euros par lot de deux).  Les conseils pouvant être délivrés ne sont pas facturés par les pharmaciens.

(2) On peut, en France depuis deux ans, acheter sans ordonnance (mais sans prise en charge par la Sécurité sociale) un test de grossesse en pharmacie d’officine. Plus précisément depuis le décret n° 2011-969 du 16 août 2011 signé de Xavier Bertrand alors ministre de la Santé, Michel Mercier, ministre de la Justice et des Libertés et Nora Berra, secrétaire d’Etat chargée de la Santé.

Au sixième alinéa de l’article R. 5125-9 du code de la santé publique, il est ajouté une phrase ainsi rédigée :

« Les tests de grossesse et les tests d’ovulation peuvent également être présentés au public en accès direct, dans les mêmes conditions. »