Commerce corporel : comment une jeune femme peut-elle, à Bruxelles, gagner 2000 euros ?

Bonjour

C’est une enquête journalistique édifiante. Signée Sofia Cotsoglou, on la trouve sur le site de la RTBF . Où l’on découvre ce qu’il peut en être de la marchandisation du corps humain au-delà de Quiévrain.

Résumons. En Belgique, la loi du 6 juillet 2007 est formelle : la commercialisation des ovocytes est interdite. « Ce don doit être un acte volontaire, gratuit et altruiste » précise Géraldine Mathieu, professeure de droit et de bioéthique à l’université de Namur. Une indemnisation est néanmoins prévue pour la donneuse. La femme qui recevra ses ovules est autorisée à lui verser un dédommagement. Mais la loi ne fixe aucun montant. « Et c’est là tout le problème » souligne notre consœur.

Pour connaître les autres montants proposés la journaliste décide de se faire passer pour une « candidate donneuse » et appelle plusieurs hôpitaux. « Certains me proposent 500 euros, d’autres 1000 euros ‘’parce que si on ne donne rien, déplore la spécialiste d’une clinique privée, on n’aura personne’’. L’hôpital le plus généreux est incontestablement l’UZ Brussel. Mondialement connu pour ses bons résultats en matière de fertilité [c’est là que fut « inventée » la technique de l’ICSI] il offre à celles qui franchissent le cap la bagatelle de 2000 euros. »

Patientes venues de toute l’Europe

Mais l’enquête ne saurait ignorer « un petit centre de fertilité situé à Dilbeek ». « Géré par un couple de gynécologues, ce centre fournit à lui seul la moitié des ovocytes en Belgique, explique la journaliste. Soit trois cents interventions par an. Les patientes viennent de toute l’Europe pour recevoir l’œuf qui leur permettra d’enfin donner la vie. Alors que dans tous les hôpitaux du pays, il faut attendre entre six mois et deux ans pour trouver une donneuse, le Dr Peter Platteau et son épouse les comptent par centaines. » En échange : 2000 euros. 

« Sylvie (prénom d’emprunt) a déjà fait quatre fois des dons chez le Dr Peter Platteau. Actuellement enceinte de son deuxième enfant, la jeune trentenaire se dit prête à réitérer l’opération. Les 8000 euros qu’elle a déjà empochés ont servi à financer des travaux dans son nouvel appartement. Ses copines, qui sont nombreuses à avoir, comme elle, donné leurs ovocytes, sont ‘’allées en vacances ou ont fait du shopping avec l’argent’’. Considère-t-elle cette somme comme une indemnisation ou une rémunération ? ‘’Peu importe le mot qu’on utilise, répond Sylvie. C’est l’argent qu’on reçoit pour avoir donné nos ovocytes.’’. »

Ces dérives sont rendues possibles à cause de la loi. La loi belge manque cruellement de clarté. Elle laisse aux hôpitaux la liberté de fixer leurs propres règles. Certains flirtent avec les limites légales et s’octroient beaucoup de largesses. Du coup, l’indemnisation vire en rémunération. Et à la fin, c’est l’éthique qui trinque. »

En Espagne le ministère de la Santé a établi un « barème » pour « compensation du désagrément physique » :  « entre 800 et 1000 euros par donation ».  En France, où la loi de bioéthique interdit de tels échanges financiers, seuls les « dons » d’ovocytes sont possibles. Et la pénurie d’ovocytes disponibles est chronique 1. La révision de cette loi (annoncée avant la fin de l’année sinon du quinquennat) conduira à soulever la question de l’indemnisation/défraiement/compensation. Combien seront-ils, alors, à dire non ?

A demain

@jynau

1 Pénurie qui, en pratique conduit à d’étranges contorsions éthiques : « Les médecins français doivent-ils devenir des collecteurs d’ovocytes humains ? » Journalisme et santé publique, 5 juin 2017

Le tabac tue, les mégots polluent. Big Tobacco aura-t-il encore longtemps pignon sur rue ?

Bonjour

Information des médias belges : le gouvernement de la région de Bruxelles-Capitale va réclamer 200 000 euros à l’industrie du tabac pour « compenser l’argent public dépensé pour lutter contre la pollution des mégots de cigarettes dans la rue ». Ces médias précisent que, la secrétaire d’État à la Propreté de la région, Fadila Laanan, va envoyer, dès la semaine prochaine, un courrier dans ce sens à Cimabel, l’association des fabricants.  « Notre objectif est de faire contribuer les fabricants de cigarettes aux actions que nous menons » a indiqué Fadila Laanan en faisant référence aux investissements menés en matière de propreté et de sensibilisation des fumeurs.

 Cette région souhaite notamment pouvoir distribuer gratuitement 12 000 cendriers portables lors du célèbre festival de musique « Couleur Café » qui se tient fin juin. Mais elle aurait aussi prévu de lancer une série d’appels à projets, précise la RTBF. Bruxelles-Capitale se serait inspirée d’un exemple venant de Flandre : l’industrie du tabac y a déjà financé un millier de « dalles à cigarettes », s’incrustant dans les trottoirs et qui permettent aux fumeurs d’y jeter leurs mégots.

« Une opération qui ne pourrait se dérouler en France, dans le cadre de la réglementation actuelle » précise le site des buralistes français.

Fadila et Brune

En France, précisément, pendant l’inaction, le spectacle politique continue. Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire (et en charge des mégots) a rencontré les ambassadeurs de Big Tobacco. Et tient à le faire savoir.

« Lors de sa réunion avec les industriels du tabac, Brune Poirson, est revenue sur le fléau environnemental que constituent les déchets de cigarettes et leur a fait part de sa déception quant à l’insuffisance de leurs propositions initiales.  Grâce à ses demandes, notamment réitérées publiquement hier, les industriels du tabac ont convenu de la nécessité de faire évoluer leur copie et de réfléchir à des propositions financées et quantifiées qui s’inscriraient dans le cadre du déploiement d’une filière de responsabilité élargie du producteur (REP). Ces propositions d’action doivent en effet répondre au défi environnemental posé par les mégots mais aussi aux attentes de nos concitoyens et des collectivités.

« Brune Poirson a donc indiqué aux industriels que, conformément à la feuille de route de l’économie circulaire du gouvernement, elle allait désormais explorer les modalités de déploiement d’une REP, spécifiquement adaptée aux enjeux de l’industrie du tabac. (…) Cette industrie doit comme d’autres mettre en œuvre le principe « pollueur payeur ». Depuis des décennies, ces industriels s’y dérobent mais en les convoquant j’ai voulu leur rappeler que s’il convient d’appeler les fumeurs au civisme en faisant le bon geste pour l’environnement en jetant leurs mégots dans une poubelle, il est aussi de la responsabilité des cigarettiers de participer financièrement à la collecte et à l’élimination de leurs déchets ».

Fadila Laanan vs Brune Poirson. Où l’on voit les étroites limites du pouvoir exécutif français quand il s’agit de faire plier cette puissance commerciale dont la toxicité n’est, pourtant, plus à démontrer.

A demain

 

En Belgique, pour la première fois au monde, un mineur a été – légalement – euthanasié

Bonjour

C’est fait. Une première mondiale… On ne connaît pas (encore) son nom et son âge. On sait qu’il était mineur. Il vient de mourir, euthanasié et « à sa demande » Cela s’est passé en Belgique, pays frontalier de la France où l’euthanasie est, comme on sait, actuellement interdite. C’est la première fois depuis une modification de la loi belge sur l’euthanasie (modification adoptée en février 2014) qu’un tel geste a été pratiqué. Het Nieuwsblad cite Wim Distelmans, président de la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie, dans le journal. Il semble acquis qu’il (ou elle) souffrait d’une maladie en phase terminale et su’il (ou elle) était néerlandophone.

« Il n’y a heureusement que très peu d’enfants concernés, mais cela ne signifie pas que nous devrions leur refuser le droit à une mort digne », estime Wim Distelmans. Il précise que ce cas de figure demeure exceptionnel et réservé aux cas qualifiés de désespérés.

Initiative enfantine

La Belgique est le seul pays au monde à autoriser, sans limite d’âge, des mineurs atteints d’une maladie incurable. La loi dispose que le mineur devra se « trouver dans une situation médicale sans issue entraînant le décès à brève échéance », être confronté à une « souffrance physique constante et insupportable qui ne peut être apaisée et qui résulte d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable ». L’enfant ou adolescent doit prendre l’initiative de la demande, étudiée par une équipe médicale et un psychiatre ou psychologue indépendant. Les parents doivent également donner leur consentement.

L’AFP rappelle que le vote de 2014 avait causé une vive controverse en Belgique – pays de tradition catholique. Une majorité s’était dégagée malgré l’opposition de certains pédiatres et celle de la hiérarchie catholique. À l’époque le médecin et sénateur (socialiste) Philippe Mahoux, qui portait cette loi, avait expliqué qu’il fallait aussi répondre au souhait des pédiatres et infirmiers confrontés à la « souffrance insupportable » d’enfants, à laquelle ils ne pouvaient répondre que de manière illégale.

En pratique c’est à l’enfant (ou à adolescent) de prendre l’initiative de la demande – avec le consentement des parents. La loi belge n’impose pas de limite d’âge, contrairement aux Pays-Bas qui impose le seuil (minimal) de 12 ans. Une équipe médicale et un psychiatre ou psychologue indépendant étudient ensuite la demande. Puis, le cas échéant, on passe à l’acte. Il n’est pas indiqué, précisément, qui doit pratiquer le geste.

A demain