Grosses Têtes : Roselyne Bachelot doit s’expliquer sur la flambée des médicaments OTC

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C’était il y a onze ans. Nicolas Sarkozy présidait. François Fillon était Premier ministre et Roselyne Bachelot-Narquin, ancienne pharmacienne, était ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Cette dernière signait, le 30 juin de cette année-là, le Décret n° 2008-641 du 30 juin 2008 relatif aux médicaments en accès direct dans les officines » Journal Officiel du 1er juillet 2008 : 10577-10578.

« En France, depuis juillet 2008, les pharmaciens sont autorisés à mettre à disposition du public, dans leur officine, certains médicaments en « libre accès », expliquait alors le mensuel Prescrire. Ils n’y sont pas obligés. À eux, le cas échéant, de faire les bons choix, notamment : proposer des médicaments utiles, ayant un conditionnement adapté, et saisir chaque occasion pour renforcer le conseil ». Et l’indépendant Prescrire ajoutait :

« En France, la mise en œuvre du « libre accès » est en droite ligne de la « marchandisation » du médicament. Un des objectifs des pouvoirs publics est d’ailleurs clairement commercial : « offrir des prix publics concurrentiels et améliorer le pouvoir d’achat des citoyens ». Selon la ministre de la Santé, « un observatoire des prix sera lancé très prochainement ». Il sera aussi intéressant d’observer l’escalade publicitaire que cela va provoquer. Aucun des médicaments en « libre accès » n’est remboursable par l’Assurance-maladie. Même à des prix annoncés moindres, les patients n’ont pas besoin de médicaments à balance bénéfices-risques défavorable, ni de médicaments sans efficacité démontrée et recyclés pour l’automédication. »

Onze ans après « les prix se sont envolés » vient de révéler l’association de consommateurs Familles rurales qui publie, ce mardi 16 avril, les résultats de son étude annuelle sur les prix des médicaments.

Jungle tarifaire et esprit de lucre

Depuis la création de son « Observatoire des médicaments » en 2010, Familles rurales dit avoir constaté une hausse de 9 % du prix moyen de son « panier » de médicaments les plus fréquemment utilisés dans la santé familiale, précise l’AFP. Le prix de l’anti-inflammatoire Nurofen®, par exemple, a bondi de 25 % depuis 2010, celui des pastilles pour la gorge Strepsils® de 19 % et celui du médicament contre les aigreurs d’estomac Maalox® de 12 %, selon l’association.

Les médicaments OTC (« over the counter ») ont par ailleurs subi deux hausses successives de TVA sur la période, passée de 5,5 % à 7 % en 2012 puis de 7 % à 10 % en 2014. L’association relève aussi des écarts de prix très importants de ces médicaments, qui peuvent varier du simple au triple selon les pharmacies. En moyenne, l’écart constaté tourne autour de 190 %.

Plus généralement l’ouverture à la vente en ligne de médicaments OTC depuis fin 2012 renforce la « jungle tarifaire qui règne sur ce secteur », et dégrade l’accompagnement des patients, estime encore Familles rurales. De nombreux sites ne respecteraient pas les règles applicables en termes de conseils aux consommateurs : 30 % ne proposent pas de questionnaire visant à vérifier la compatibilité du médicament avec l’état de santé du patient.

Dans les « officines physiques »l’association déplore le délitement de l’information accessible, affirmant que « 75 % des boîtes sont dépourvues d’étiquette » indiquant leur prix, et que la moitié sont rangées sur des présentoirs situés derrière le comptoir des pharmacies. Familles rurales dénonce enfin des campagnes publicitaires « de plus en plus agressives » dans le secteur qui font oublier aux consommateurs les risques de certains médicaments. L’association en appelle aux pouvoirs publics pour mettre en œuvre des sanctions à l’encontre des professionnels ne respectant pas les droits des patients.

Onze ans après. Nicolas Sarkozy et François Fillon sont partis vers d’autres cieux, sous d’autres longitudes. Reste la signataire du décret, ancienne pharmacienne ayant œuvré au sein de l’industrie pharmaceutique.  Il serait intéressant de connaître son point de vue  sur l’évolution d’une situation dont elle est personnellement à l’origine. La question pourrait lui être posée dans le cadre des « Grosses Têtes », célèbre émission radiophonique (RTL) caractérisée par une forme d’humour grivois à laquelle l’ancienne pharmacienne-ministre participe régulièrement pour la plus grande joie des auditeurs.

A demain

@jynau

Homéopathie et politique : la contre-attaque de l’industrie, le grand embarras d’Agnès Buzyn

Bonjour

On ne rit plus. « Dérembourser les médicaments homéopathiques ? C’est menacer directement un millier d’emploi ! ». Tel était, hier, le message délivré, sur  RTL et depuis Lyon, par la patronne des Laboratoires Boiron. Message à l’adresse des auditeurs de-la-première-radio-de-France, mais aussi à celle d’Agnès Buzyn, du gouvernement et du président de la République.

On n’entendait guère, jusqu’ici, cette industrie dans les médias. Il y a un an, elle était encore soutenue, de fait,  par Agnès Buzyn, ancienne hospitalo-universitaire 1. Puis, soudain, les vents ont tourné. Sa cote a baissé. Les attaques redoublées et médiatisée des rationalistes, la résurgence d’un front « anti », la montée en puissance des Académies de médecine et de pharmacie ont bouleversé la donne. Homéopathie nouvelle sidérurgie ?

Avant de bouter la bouter hors de la Faculté, tout s’est cristallisé sur la question du remboursement : en finir avec ce statut dérogatoire. Repousser dans l’ombre cette pratique née à la fin du XVIIIe siècle avec Samuel Hahnemann et ses trois préceptes: celui des «similitudes» (soigner le mal par le mal) et ceux des «hautes dilutions» et de leur «dynamisation». Tourner une page ouverte il y a trente-cinq ans, avec la publication au Journal Officiel d’un arrêté daté du 12 septembre 1984 signé par Georgina Dufoix. Alors ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale du gouvernement de Laurent Fabius, elle obtenait de faire rembourser à 65% nombre de spécialités homéopathiques n’ayant jamais fait la preuve de leur efficacité.

Avril 2019 : la Haute Autorité de Santé (HAS) se prononcera avant l’été sur la question sans fond de « l’efficacité » des spécialités homéopathiques. Evaluation des risques en somme. Puis il faudra gérer les risques et c’est bien le politique qui devra trancher. Et après bien des atermoiements Agnès Buzyn s’est médiatiquement engagée : en l’absence d’efficacité ces spécialités seront déremboursées.

C’était compter sans la résilience de la partie adverse. On assiste ainsi au début d’une vaste contre-attaque réunissant dix-huit acteurs du secteur (fabricants, syndicats, organisations professionnelles), comme le révèle Le Parisien (Florence Méréo). Le quotidien y donne la parole à Valérie Poinsot, directrice générale de Boiron, « leader français et mondial de l’homéopathie ».  Un site internet (MonHomeoMonChoix.fr) avec une pétition en ligne et un numéro gratuit permettra de recueillir les signatures des partisans. Des affiches sont distribuées aux médecins, pharmaciens, sages-femmes avec notamment un slogan- menace : « et si on respectait le choix des Français», qui seraient 56% à avoir déjà utilisé ce procédé thérapeutique.

Trente-cinq kilogrammes de documents

Valérie Poinsot explique avoir envoyé à la HAS un dossier de 35 kg de documents prenant la défense de l’homéopathie.

«  Nous sommes habitués à ce genre de pratique et de pression. Ce n’est pas leur première fois ! Moi, je vois là des Académies en total décalage avec la réalité du soin et avec les praticiens qui exercent au quotidien. Nous avons d’un côté, un professionnel sur deux qui considère comme bénéfique l’effet de l’homéopathie sur ses patients. Et de l’autre, des académiciens, qui ne sont pas au chevet du malade, mais qui se prononcent contre. »

« Ce n’est pas l’évaluation par la HAS qui nous gêne, mais la non-prise en compte de notre spécificité. La HAS évalue le service médical rendu d’un médicament par rapport à une indication et à une posologie. Or, l’homéopathie n’a pas une indication thérapeutique, mais plusieurs, en fonction de la maladie. Prenez Nux Vomica, un de nos produits phare : on peut l’utiliser pour faciliter la digestion. Mais avec une dilution différente, il est aussi utile contre la migraine ou les troubles du sommeil. Les critères doivent tenir compte de cela, sinon l’étude sera biaisée. »

Et la directrice générale de Boiron de faire de la politique expliquant qu’une partie de ceux qui consomment ses produits « ont un faible pouvoir d’achat ». « Le remboursement à hauteur de 30 % permet aussi aux mutuelles de compléter la prise en charge. Cela ne sera plus le cas s’il y a déremboursement, dit-elle encore au Parisien. Et surtout parce que dérembourser est un non-sens sur le plan de la santé publique. Les études (NDLR : financées par le laboratoire) montrent que les patients sous homéopathie consomment moins d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires sans être moins bien soignés ». Campagne ou lobbying ? « Appelez cela comme vous voulez : pour les dix-huit acteurs de cette campagne, il s’agit de se mobiliser pour donner la parole aux Français. Ils sont les premiers concernés et ceux que l’on a le moins entendus ! »

Politiquement explosif

 Libération (Eric Favereau) a interrogé le Pr Bernard Bégaud, pharmacologue à l’université de Bordeaux qui « travaille depuis plus de trente ans sur l’utilisation des médicaments, leur intérêt et leurs risques ». « L’emballement actuel contre l’homéopathie ? Il surprend ce spécialiste.

«  Il y a régulièrement des vagues de critiques, mais j’ai rarement assisté à des flots de prises de position incessantes venant d’associations aussi variées, savantes ou pas savantes. Et je m’interroge sur les raisons qui poussent tant de personnes éminentes à se mobiliser sur quelque chose qui n’est quand même franchement pas majeur. Pour moi, nous sommes encore une fois dans un combat entre la règle et la raison. Chaque fois que la règle s’impose à la raison, nous allons au-devant de problèmes.

« On ne peut pas dire que ceux qui réclament le déremboursement ont tort. Ils se situent dans la règle et il n’y a sans doute pas d’études convaincantes. Donc, on applique le règlement commun : on dérembourse. Mais en écho, la raison interroge : est-ce là une décision essentielle, concernant la politique des médicaments en France ? Quand je vois les prises de position sans appel de nombre de sociétés savantes, j’aimerais les entendre prendre position, par exemple, sur le mésusage des médicaments (par excès et par défaut) dont le coût pour la collectivité française est estimé à 10 milliards d’euros par an, ce qui est quand même considérablement plus que les quelque 100 millions d’euros de l’homéopathie. Surtout quand on pense aux conséquences graves et massives de ce mésusage pour les Français. Mais là, c’est plutôt un lourd silence qui prévaut (…)

 « Je suis pragmatique, je respecte la règle, mais je suis pour la raison. Il y a plus de 10 millions de gens qui achètent de l’homéopathie. Que vont-ils faire si le remboursement s’arrête ? Vont-ils continuer ? Vont-ils aller vers d’autres pratiques médicales parallèles, pour certaines inquiétantes ? Ou vers des médicaments classiques mais remboursés, et là n’y a-t-il pas un risque ? Il faudra se poser ces questions. Et si on dérembourse, on ne pourra plus éviter un grand débat sur l’ensemble des médicaments. »

Où l’on voit, Grand Débat ou pas, que le déremboursement des médicament homéopathiques est, d’ores et déjà, un dossier politiquement explosif.

A demain

@jynau

1 « La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin. Après de longs atermoiements, Agnès Buzyn devrait prochainement décider du déremboursement des médicaments homéopathiques. » Slate.fr, 4 avril 2019

 

 

 

Espérance de vie et retard du départ à la retraite : la volte-face immédiate d’Agnès Buzyn

Bonjour

Véritable bourde ou grande, trop grande, naïveté ? Après avoir posé un pied sur un terrain qu’elle n’imaginait pas à ce point miné, Agnès Buzyn vient de faire trois pas en arrière. Ainsi la ministre des Solidarités et de la Santé a-t-elle assuré, ce mardi 19 mars, qu’« aucune modification de l’âge minimal de départ à la retraite » n’était « envisagée » par le gouvernement. Deux jours auparavant elle s’était, membre du gouvernement, prononcée en faveur d’un « allongement du temps de travail ».

Interrogée sur le sujet lors des questions au gouvernement, la ministre a déclaré :

« Aucune modification de l’âge minimal de départ à la retraite n’est envisagée, ni (n’est) sur la table des négociations que pilote le Haut Commissaire à la réforme des retraites (Jean-Paul Delevoye). Ce n’est pas non plus le sens des propos que j’ai tenus dimanche et dont les diverses interprétations sont à l’origine d’une polémique. »

 

Les propos dominicaux tenus par la ministre 1 ? « Ils avaient fait bondir les syndicats, alors que le gouvernement s’est engagé à ne pas toucher à l’âge légal de départ, fixé à 62 ans, conformément aux promesse de campagne d’Emmanuel Macron » résume l’Agence France Presse.

 « La priorité du gouvernement est de créer un système universel de retraite plus lisible, plus équitable et plus juste, qui donne pour un même euro cotisé les mêmes droits à chacun. Pour qu’il soit parfaitement juste, nous devons également permettre à toutes celles et tous ceux qui le souhaitent de pouvoir continuer à travailler après l’âge minimal de départ à la retraite et d’être avantagés financièrement à le faire.

« Les pistes d’incitation sur lesquelles travaille le Haut Commissaire visent à accompagner un phénomène de société, l’allongement de la durée de la vie, qui est un défi d’avenir pour notre société comme pour nos voisins européens, et que nous devons relever collectivement. Je n’ai rien dit d’autre. »

Le Haut Commissaire s’était dit « très surpris des déclarations de la ministre.« J’ai vu émerger ce débat, ce n’est pas le mien», avait-il assuré au Monde. A qui appartient-il ?

A demain

@jynau

1 Les propos de Mme Buzyn : « La question de l’âge du départ à la retraite est sans arrêt sur la table, à gauche comme à droite. A gauche on nous demande de le baisser, à droite de l’augmenter. Moi, j’entends ces débats. Le président de la République avait pris lors de sa campagne l’engagement devant les Français de ne pas toucher à l’âge de départ à la retraite. Après, nous allons mener une réforme des retraites pour rendre les retraites plus universelles, plus compréhensibles pour les Français et avoir un système qui pérennise notre système par répartition…. peut-être que cela, ça sera en discussion avec les partenaires sociaux dans le cadre de la réforme générale ».

« Je n’y suis pas hostile. Pourquoi ? Je vais être honnête (sic), je suis médecin, je vois que la durée de vie augmente d’année en année, elle augmente moins vite ces dernières années mais elle a considérablement augmenté (…) Est-ce que, alors que le nombre d’actifs diminue, nous allons pouvoir indéfiniment maintenir sur les actifs le poids des retraites qui vont augmenter en nombre et en durée ? Nous savons que cet équilibre-là va être de plus en plus difficile à tenir. »

 

Vodka. Christophe Castaner regrette d’être allé au restaurant pour un anniversaire (France Inter)

Bonjour

Il y a quatre jours les magazines Voici et Closer publiaient des clichés du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, « en train de danser avec une jeune femme non identifiée » dans un célèbre « restaurant-club » du VIIIe arrondissement de Paris – le Noto. « Il aurait enchaîné les shots de vodka et embrassait une inconnue ». « Pour oublier ». C’était dans la nuit du 9 au 10 mars, quelques heures après l’acte XVII des Gilets Jaunes. Closer affirmait que le ministre de l’Intérieur « n’était pas escorté par ses gardes du corps » – une information non confirmée.

Dans un premier temps la plupart des responsables politiques se sont abstenus de commenter cette sortie. A l’exception, aussi, de Benoît Hamon, ancien collègue socialiste de Christophe Castaner, qui en appelait sur RTL, à « un peu de tenue ». Puis l’affaire des « shots de vodka » n’a cessé d’être utilisée, tant par les humoristes que par les commentateurs politiques – une utilisation amplifiée après les violences élyséennes des manifestations du 16 mars et le limogeage qui s’en est suivi du préfet de police de Paris.

Respect de la vie privée

« Il s’agit de ma vie privée et de ma famille, qui peut être respectée. J’ai rejoint une soirée, dans un cadre totalement privé, entre 23h30 et deux heures du matin » avait expliqué, le 14 mars, Christophe Castaner dans les colonnes du Parisien. Et aussitôt, en écho, Edouard Philippe, Premier ministre, de déclarer sur Europe 1 : « Je n’ai aucun commentaire à faire sur la vie privée de Christophe Castaner, et le ministre de l’Intérieur a toute ma confiance ». Puis Agnès Buzyn, ministre des Solidarités, avait expliqué sur RTL que la sortie nocturne de son collègue s’inscrivait pleinement dans un contexte de » vie privée » puisqu’il s’agissait d’un « anniversaire ».

Aujourd’hui 19 mars Christophe Castaner est l’invité matinal de France Inter. On attendait la question-banderille. Elle fut posée non par Léa Salamé mais par Nicolas Demorand. « Regrets ou pas regrets ? »

F.I : Une vidéo de vous, Christophe Castaner en boîte de nuit à Paris a été rendue publique. Est-ce que vous vous dites que c’était a posteriori une erreur et qu’il aurait fallu éviter ce type d’images quand on a vos fonctions ?

– C.C. : D’abord les faits. Je me suis rendu à un anniversaire non pas dans une boîte de nuit mais dans un restaurant. Ensuite la presse people -et vous la reprenez, dont acte-  a expliqué que c’était une soirée dans une boîte de nuit.  La vérité c’est que c’était un restaurant, connu à Paris.

Ensuite j’ai vu la polémique, j’ai vu la mise en cause de ma vie privée… Donc oui je le regrette. Mais je regrette surtout qu »aujourd’hui on considère que aller dans un restaurant pour rejoindre un anniversaire ça puisse faire polémique, ça puisse faire des questions – y compris sur votre antenne ».

Couvrir de brocards, pour rire

Une heure plus tôt, également sur France Inter, l’humoriste  Charline Vanhoenacker  osait brocarder Christophe Castaner. En ces termes :

« Enfin, il va s’exprimer pendant plus de 20 secondes et ailleurs que sur BFM ! Depuis qu’il est ministre, Castaner n’est plus jamais venu dans la matinale. J’ai fini par croire qu’il flippait plus devant Léa et Nicolas que face à un groupe de Black Blocs… Pareil à Libération, auquel il ne répond jamais et je vous raconte pas Mediapart. Pourtant, l’homme que je vois bomber le torse à la télé ne peut pas avoir peur d’Edwy Plenel, il l’étale en deux deux, Plenel, il est gaulé comme une crevette ! Après, c’est toujours plus facile d’enfumer des manifestants que d’enfumer des journalistes…

Casta il n’est plus venu depuis un bail. Pour vous dire, je crois même qu’à l’époque Macron, était encore populaire. C’était la belle époque où Casta faisait encore la promo de son patron tous les jours sur toutes les chaînes… Avant il ne fallait même pas penser à l’inviter qu’il était déjà là ! Pourtant en tant que Ministre de l’Intérieur, dans la situation qu’on est en train de vivre, normalement,… on devrait le voir encore plus souvent que Nagui à la télé. Mais donc c’est bien, là il est en chemin. Peut-être même qu’il nous écoute… 

Allez viens Christophe, t’as vu on commence très tôt, tu peux débarquer direct après la fermeture de la boîte, t’inquiètes pas ça nous rappellera Beigbeder ! (…) En résumé, le seul message encore audible chez Castaner, c’est quand il dit ‘’Arrêtez de frapper les flics, frappez plutôt des tequilas !’’ »

Jusqu’où (et jusqu’à quand) pourra-t-on ainsi, de visu et sur les ondes du service public, railler sans danger pour la collectivité l’incarnation de l’autorité ? Que se passera-t-il quand le bouffon trônera ? Christophe Castaner, ministre français de l’Intérieur, reviendra-t-il un jour sur France Inter ?

A demain

@jynau

Cigarette électronique : Agnès Buzyn ne saisit pas l’intérêt de la réduction des risques

Bonjour

Invitée, le 17 février, du «Grand Jury » RTL, Le Figaro, LCI Agnès Buzyn ne s’est pas limitée à l’improbable corrélation « temps de travail- espérance de vie ». Elle s’est aussi expliquée, pour la première fois peut-être, sur la cigarette électronique. Quelques observations en forme de lieu commun : « Aujourd’hui, les gens qui s’engagent dans le vapotage sont clairement des personnes qui souhaitent s’arrêter de fumer ». « Tout laisse à penser quand même que la cigarette est nettement plus toxique que le vapotage ». Une préférence : « Je préfère que les gens arrêtent de fumer avec les substituts nicotiniques ». Et une explication sur le fond (à partir de 32’ 20’’):

« Pour ceux qui souhaitent s’arrêter nous pensons que c’est un bon outil, mais nous ne connaissons pas les toxicités à long terme.

– Comment se fait-il que nous ne les connaissions pas ?

– Mais la cigarette il a fallu trente ans pour comprendre qu’elle donnait le cancer.. plus que ça même.. cinquante ou soixante-dix ans…

– Alors il va falloir attendre cinquante ans pour en savoir plus sur les effets  du vapotage ? C’est là où on ne comprend pas

–  Ecoutez, c’est la science… Pour connaître les effets à long terme d’un produit, il faut avoir suffisamment de  recul. Nous savons aujourd’hui par exemple que certains produits créent un peu d’inflammation cellulaire. Est-ce que cette inflammation est suffisante pour donner dans dix, vingt ou trente ans des pathologies, des maladies ? Nous ne le savons pas ».

La science c’est aussi, c’est surtout, se donner les moyens de comprendre et d’anticiper. Et sur ce point force est bien de constater que depuis l’émergence et le ras-de-marée du vapotage le pouvoir exécutif concerné au premier chef (Marisol Touraine et Agnès Buzyn) n’a rien fait.

Où l’on voit comment un recours à une conception dévoyée du principe de précaution permet de ne pas mettre en œuvre une véritable et salutaire politique de réduction des risques.

A demain

@jynau

Agnès Buzyn veut allonger la durée du travail pour compenser la hausse de la durée de vie

Bonjour

Ainsi donc c’est bel et bien fait : à 56 ans elle a finalement renoncé à ses ambitions  européennes. Désormais pleinement ministre des Solidarités et de la Santé elle était, ce 17 mars, l’invitée du « Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI ». Une invitation sous le sceau du travail. D’emblée elle assure que « personne en France ne peut douter que le président de la République travaille et travaille plus qu’aucun de ses prédécesseurs » (référence à un week-end de ski écourté d’Emmanuel Macron du fait des violences parisiennes en marge de la manifestation pré-dominicale des Gilets Jaunes). Les prédécesseurs apprécieront.

Quant à Christophe Castaner et à sa récente sortie nocturne longuement critiquée dans une boîte de nuit, il avait quitté son ministère pour, tout bonnement un « anniversaire ». Ce qui, entre les lignes, ne permet en rien d’imaginer que le président de la République soit satisfait.

Anniversaire

Questions diverses et, parfois, embarras d’une ministre faisant à plusieurs reprises références à son titre de docteur de médecine. Puis, la surprise, quand interrogée sur une proposition de son prédécesseur Xavier Bertrand, 53 ans, Agnès Buzyn a dit envisager de « proposer un allongement de la durée de travail » lors des discussions avec les partenaires sociaux – et ce « dans le cadre de la réforme générale » des retraites.

« La question de l’âge du départ à la retraite est sans arrêt sur la table, à gauche comme à droite. A gauche on nous demande de le baisser, à droite de l’augmenter. Moi, j’entends ces débats. Le président de la République avait pris lors de sa campagne l’engagement devant les Français de ne pas toucher à l’âge de départ à la retraite. Après, nous allons mener une réforme des retraites pour rendre les retraites plus universelles, plus compréhensibles pour les Français et avoir un système qui pérennise notre système par répartition…. peut-être que cela, ça sera en discussion avec les partenaires sociaux dans le cadre de la réforme générale ».

 « Je n’y suis pas hostile. Pourquoi ? Je vais être honnête (sic), je suis médecin, je vois que la durée de vie augmente d’année en année, elle augmente moins vite ces dernières années mais elle a considérablement augmenté (…) Est-ce que, alors que le nombre d’actifs diminue, nous allons pouvoir indéfiniment maintenir sur les actifs le poids des retraites qui vont augmenter en nombre et en durée ? Nous savons que cet équilibre-là va être de plus en plus difficile à tenir. »

Sur la table gouvernementale

Or tout médecin ne saurait ignorer que si « la durée de vie augmente » cette augmentation est, loin s’en faut, également répartie 1.

L’AFP précise que comme on lui rapportait, en fin d’émission, les réactions de surprise suscitées sur les réseaux sociaux par ses déclarations, Agnès Buzyn a souligné qu’elle s’exprimait ici à titre personnel. « Je pense qu’un jour, un jour, nous serons obligés de travailler plus longtemps sinon notre système de retraite ne pourra pas tenir, a-t-elle précisé.Ce que j’ai dit, c’est que j’ai vu ces propositions remonter du grand débat. A partir du moment où les Français l’évoquent, c’est sur la table. A partir du moment où toutes les propositions qui sont amenées par le grand débat vont être étudiées, nous étudierons celle-là comme les autres. Elle n’est pas [mise] sur la table aujourd’hui par le gouvernement ».

Une table gouvernementale que l’on imagine déjà bien surchargée et qu’il conviendra, au lendemain du Grand Débat, ni de faire tourner, ni ne renverser.

A demain

@jynau

1 Source INSEE, février 2018 : « Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Pour la période 2012-2016, le niveau de vie des personnes parmi les 5 % les plus aisées est en moyenne de 5 800 euros par mois. Parmi les personnes les plus aisées, les hommes ont une espérance de vie à la naissance de 84,4 ans. À l’opposé, parmi les 5 % de personnes les plus modestes, dont le niveau de vie moyen est de 470 euros par mois, les hommes ont une espérance de vie de 71,7 ans. Les hommes les plus aisés vivent donc en moyenne 13 ans de plus que les plus modestes. Chez les femmes, cet écart est plus faible : l’espérance de vie à la naissance des femmes parmi les 5 % de personnes les plus aisées atteint 88,3 ans, contre 80,0 ans parmi les 5 % les plus modestes, soit 8 ans d’écart ».

 

Christophe Castaner et le gendarme de l’Isère : questions sur la «vie privée» et ses frontières

Bonjour

Deux « faits divers »bien différents mais, sur le fond, une même question.

L’affaire parisienne de Christophe Castaner. Les magazines Voici et Closer viennent de publier (« exclusivité ») des clichés du ministre de l’Intérieur. Christophe Castaner « en train de danser avec une jeune femme non identifiée » dans un célèbre « restaurant-club » du VIIIe arrondissement de Paris – le Noto. « Il aurait enchaîné les shots de vodka et embrassait une inconnue ». « Pour oublier ». C’était dans la nuit du 9 au 10 mars, quelques heures après l’acte XVII des Gilets Jaunes.

Closer affirme que le ministre de l’Intérieur « n’était pas escorté par ses gardes du corps » – une information qui n’a pas été confirmée ; a supposer qu’elle puisse, un jour, l’être. La plupart responsables politiques se sont encore abstenus de commenter cette sortie. A l’exception du secrétaire général délégué des Républicains, Guillaume Larrivé, qui a ironisé sur Twitter : « Le vrai problème n’est pas que M. Castaner s’amuse en discothèque, mais qu’il occupe le bureau du ministre de l’intérieur, en France, en 2019. » A l’exception, aussi, de Benoît Hamon, ancien collègue socialiste de Christophe Castaner qui en a appelé, sur RTL, à « un peu de tenue ».

« Il s’agit de ma vie privée et de ma famille, qui peut être respectée. J’ai rejoint une soirée, dans un cadre totalement privé, entre 23h30 et deux heures du matin » a réagi le 14 mars Christophe Castaner dans les colonnes du Parisien. Et aussitôt, en écho, Edouard Philippe, Premier ministre, de déclarer sur Europe 1 : « Je n’ai aucun commentaire à faire sur la vie privée de Christophe Castaner, et le ministre de l’Intérieur a toute ma confiance ».

L’affaire du gendarme alcoolisé de Bourgoin-Jallieu (Isère). Le mardi 26 février, il n’était pas en service. Son véhicule a percuté en pleine vitesse par l’arrière celui d’un couple de retraités de 69 et 71 ans qui morts sur le coup. Agé de 35 ans ce gendarme a aussitôt été placé en garde à vue au commissariat de police de Bourgoin-Jallieu. Jugé en comparution immédiate le 28 février pour « homicide involontaire », aggravé de deux circonstances (« dont l’alcool – 2,54 grammes») il a été condamné à 18 mois de prison ferme avant d’être immédiatement incarcéré.

Pour les enfants des victimes, l’affaire n’est pas close. « On se bat pour que justice soit faite » a confié l’un d’eux à RTL. Ils pointent du doigt la responsabilité des autres gendarmes, présents au bar : « Ces gendarmes connaissent forcément, de par leur profession, les conséquences d’une telle alcoolisation. Pourtant, ils ont laissé repartir leur collègue au volant de sa puissante voiture » observent-ils dans Le Parisien.

« Ces personnes étaient des gendarmes, ils auraient dû être, mieux que quiconque, au courant de la gravité de la situation, de l’importance de retenir cette personne et du carnage que ça allait fatalement engendrer potentiellement pour les autres personnes qui étaient sur la route, expliquent-ils. Ils auraient dû essayer de retenir leur collègue. »

Jusqu’où remonter dans la chaîne des causalités et des conséquences alcooliques? La justice doit-elle être plus sévère, pour l’exemple, quand il s’agit de condamner un gendarme alcoolisé – alors même que ce dernier n’est pas en service et qu’il peut faire valoir qu’il s’agit de sa vie privée ? Quelles sont les frontières de cette dernière quand on est au service de l’Etat ? Et que reste-t-il de cette vie privée dès lorsqu’elle est, justice pénale ou pas, rendue publique ?

Paris et Bourgoin-Jallieu ; deux « faits divers » bien différents mais, sur le fond, une même question.

A demain

@jynau