Sur RTL, Agnès Buzyn révèle le contenu de ce que sera le futur projet de loi sur la PMA 

Bonjour

Retour en avion du congrès VIH/sida d’Amsterdam, les orages de l’affaire Benalla et la canicule montante dans les EHPAD : Agnès Buzyn invitée politique avait réponse à tout, ce matin, au micro de RTL (Jérôme Chapuis), première radio de France.

Jusqu’au dossier de la « PMA pour toutes ». On venait d’apprendre (via Le Monde) que le parti La République en marche (LRM) venait de fixer « son cap » quant à l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. « La réforme, engagement de campagne d’Emmanuel Macron, doit être votée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique au début de l’année 2019, expliquait le quotidien  Mais la promesse présidentielle comptait quelques zones d’ombres, que le gouvernement et la majorité devront éclairer dans les mois qui viennent. »

Ainsi, LRM défend désormais la reconnaissance de la filiation pour les deux mères et dès la naissance de l’enfant « comme pour les couples hétérosexuels ». Le parti défendra d’autre part le remboursement de la PMA par l’Assurance maladie. Un sujet éthique et économique d’une particulière importance dans la mesure où ces actes sortent du champ de la thérapeutique.

Les jeux sont faits

Interrogée sur la position du gouvernement, la ministre des Solidarités et de la Santé s’est exprimée en des termes qui soulèvent quelques questions de taille.

« La position du gouvernement sera rendue publique à l’automne. Nous attendons, parce que c’est prévu dans le calendrier de révision des lois de bioéthique, un rapport du Conseil (sic) national  consultatif d’éthique et le rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques. Nous sommes en train de rédiger la loi (sic), des décisions vont être prises, mais officiellement nous attendons l’ensemble des rapports et c’est très bien que LRM donne son opinion et son avis… »

Jérôme Chapuis demande à la ministre si le gouvernement pourrait aller à l’encontre de l’avis du parti majoritaire à ce sujet ? « C’est peu probable » répond la ministre en souriant.

Ainsi donc, officiellement, le gouvernement attend deux rapports officiels sur le sujet. Mais on sait d’ores et déjà que les jeux faits. Le « projet de loi » est, sur ce point, ficelé. Nous apprendrons à l’automne que le gouvernement proposera l’extension de certaines techniques de PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires – actes pris en charge via la solidarité de la sécurité sociale. Il ne restera plus alors, aux députés, qu’à voter. Une page sera tournée.

A demain

 

Chirurgie du sein : le directeur de l’assurance maladie dénonce des inégalités de mortalité

Bonjour

5 juillet 2018. Nicolas Revel est l’invité matinal de RTL (Elisabeth Martichoux). Les auditeurs et les auditrices connaissent mal cet homme de 51 ans, fils de Jean-François Revel et de la journaliste Claude Sarraute, et frère du moine Matthieu Ricard. Ancien porte-parole, puis directeur de cabinet de Bertrand Delanoë  maire de Paris, pui promu conseiller maître à la Cour des comptes avant d’être nommé par François Hollande secrétaire général adjoint de la présidence de la République, en tandem avec Emmanuel Macron.

Depuis novembre 2014 il est, poste important, directeur général de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnam). Que vient-il nous dire, si tôt, sur RTL (on peut l’entendre ici) ? Que le célèbre « trou » est comblé, que les caisses sont (presque) à l’équilibre et que nous pouvons recommencer à démenser pour notre santé ? Pas vraiment : il nous faudra faire deux milliards d’euro d’économies l’année prochaine.

« Nous avons besoin de faire des économies parce que notre système de santé ne pourrait pas augmenter de 4% – de 8 milliards –  par an, affirme Nicolas Revel. Ce que nous cherchons à faire chaque année, par les fameuses économies, c’est de faire en sorte que notre système de santé progresse d’à peu près 4 milliards de plus.

« La sécurité sociale rembourse à peu près 200 milliards d’euros chaque année. Cela nous situe dans une moyenne haute avec nos voisins européens, et je crois que nous avons un système qui est globalement efficace (…) même si je pense qu’il a encore des marges d’efficacité devant lui. »

Accusation inattendue

Mais Nicolas Revel, sur RTL, a un autre message à faire passer , nettement plus inattendu : la mise en cause de système actuel de chirurgie du sein (50 000 femmes concernées chaque année dans 570 services).  Un rapport de la Cnam vient de mettre en lumière le fait que  les femmes opérées d’un cancer du sein dans un établissement à faible activité ont un surrisque de mortalité de 82 % par rapport à un établissement où plus de 150 interventions sont réalisées chaque année. Et, selon Nicolas Revel beaucoup trop d’hôpitaux ou de cliniques sont aujourd’hui en dessous du seuil réglementaire de « 30 cancers opérés par an ». Le sujet avait, la veille, été traité  dans La Croix (Pierre Bienvault).

Depuis 2009, un établissement hospitalier ne peut pratiquer une chirurgie cancérologique qu’à la condition de faire un minimum d’interventions chaque année. « Avant la fixation de ces seuils, de très nombreux établissements opéraient des cancers du sein tout en ayant une faible activité, résume La Croix. Ainsi, 500 hôpitaux ou cliniques réalisaient moins de 24 interventions dans l’année. Soit deux cancers du sein opérés par mois. La mise en place du seuil, en 2009, a permis de clarifier l’offre. Mais il reste du chemin à faire. Ainsi, en 2014, 159 établissements ont encore opéré des cancers du sein tout en étant en dessous du seuil de trente interventions annuelles. »

Or cette faible activité ne serait pas sans avoir une influence sur la mortalité. En 2012, le taux de mortalité des patientes, dans l’année ayant suivi l’intervention chirurgicale, était deux fois plus élevé dans les établissements en dessous du seuil par rapport aux établissements opérant plus de cent cancers du sein dans l’année.

Ce seuil d’activité devrait être relevé estime le Pr Marc Espié, responsable du centre des maladies du sein de l’hôpital Saint-Louis à Paris. « Il faudrait passer à 50 interventions au minimum par an », dit-il dans La Croix. Mais pour Nicolas Revel il faut aller plus loin et fixer un seuil minimal de 150 interventions annuelles, comme en Allemagne, en Italie et en Espagne. Dans ce cas, 338 établissements français ne pourraient plus pratiquer cette activité.

A demain

 

Razzia sur les coffee-shops : l’exécutif et la justice en marche dans les vapeurs du droit

Bonjour

« Paris : trois gérants de coffee-shops mis en examen ! ». Avant un « France-Agentine » rassérénant, l’affaire était en boucle sur les ondes. Coffee-shops ou l’émergence du néoparler, (ex-novlangue). « Les boutiques vendant du cannabis, qui connaissent un boom depuis quelques semaines, profitaient d’une zone grise du droit qui autorise les produits à base de cannabidol (CBD)  » rappelle l’AFP aux citoyens.

Que savoir de concret sur le sujet 1 ? Il faut ici revenir à la réponse de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) : une mise au point sur la législation concernant le cannabidiol  publiée le 11 juin. Elle nous dit que le CBD fait partie des composés actifs majeurs du cannabis, cette plante «autrement appelée chanvre», au même titre que le fameux delta-9-tétrahydrocannabinol (THC). Or tous les tétrahydrocannabinols sont des substances inscrites sur la liste des stupéfiants et leur utilisation est strictement encadrée.

«De nombreux produits présentés comme contenant du CBD sont récemment apparus sur le marché français. Il s’agit essentiellement d’e-liquides pour cigarettes électroniques, de produits cosmétiques ou de gélules. C’est pourquoi les autorités sanitaires souhaitent apporter une clarification sur la réglementation applicable à ces produits. […] Certaines publicités en faveur de produits contenant du CBD entretiennent une confusion entre le cannabis et le CBD et font ainsi la promotion du cannabis. Cette pratique est susceptible de constituer l’infraction pénale de provocation à l’usage de stupéfiant.»

En France, les variétés de chanvre autorisées à des fins industrielles et commerciales sont réglementées et inscrites dans le Code de la santé publique. L’utilisation et la commercialisation de fleurs, de feuilles de chanvre ou de produits obtenus à partir de ces parties de la plante, ne sont pas autorisées, quelle que soit la variété.

Provocations

Les e-liquides et autre produits à base de CBD sont interdits s’ils contiennent du THC, quelle que soit la quantité, et s’ils ne sont pas obtenus à partir de variétés et de parties de plantes autorisées.

La Mildeca en est-elle si certaine ? Certains soutiennent que les vendeurs n’ont pas à redouter l’arrivée de la maréchaussée. Dans un entretien accordé au Monde, Yann Bisiou, spécialiste du droit de la drogue à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, explique que la législation française n’a pas changé, et que la multiplication de boutiques vendant du «cannabis sans THC» est la conséquence d’un effet de mode et du développement d’une industrie et d’un commerce de produits à base de CBD dans plusieurs pays européens.

«L’arrivée de ces produits sur le marché français n’a pas été anticipée, alors que leur statut est juridiquement complexe, observe-t-il. Le CBD n’est pas classé comme stupéfiant, car ce n’en est pas un. S’il y avait une raison de le classer, cela aurait déjà été fait. Mais c’est un dérivé du cannabis et, à ce titre, il doit être soumis à autorisation, comme l’est le chanvre à destination de l’industrie textile ou du bâtiment. D’où l’ambiguïté de la situation actuelle: ni interdit ni autorisé. […] L’État pouvait organiser le commerce du CBD, mais ne l’a pas fait et cherche actuellement quelle réponse lui apporter. Les forces de l’ordre ne savent pas quelle attitude adopter et demandent à ce qu’on leur donne un cadre. Les douaniers seraient notamment très actifs pour faire interdire l’importation de CBD. »

Dans le même temps l’AFP précise que, « selon le parquet », un arrêté du 22 août 1990  ne permet la vente du CBD que sous la forme de « fibres [herbes]ou graines ». Les trois gérants de coffee-shops mis en examen pensaient pouvoir commercer à l’aise avant d’être mis en examen, le 29 juin, pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Ils font partie des quatre personnes arrêtées la veille dans le cadre de deux enquêtes préliminaires visant les chefs d’« importation, acquisition, transport, détention, offre ou cession de stupéfiants » et « provocation à l’usage de stupéfiants ».

Si l’on en croit le parquet (mais comment ne pas le croire ?) « des herbes présentant des taux de 0,26 % et 0,55 % de THC, au-dessus donc du maximum autorisé, du pollen de fleur compacté sous forme de barrettes, de la poudre de cannabis ou encore des huiles de cannabidols ont été saisis dans les deux boutiques parisiennes concernées par les informations judiciaires ».

Prescience

Le CBD se situe bel et bien dans une « zone grise », estime pour sa part le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. « Ce n’est ni un stupéfiant, ni un médicament, explique-t-il au Quotidien du médecin. Je ne crois pas au libéralisme vertueux mais il faudrait trouver une équation qui permet de garder le CBD assez librement produit et distribué mais sans passer par les lourdes fourches caudines de la réglementation du médicament. On pourrait imaginer une troisième voie et le considérer comme un aliment afin qu’il puisse y avoir une régulation de la qualité. »

Et l’exécutif politique, que dit-il au citoyen ? Interrogée sur RTL, le 17 juin, sur l’existence de ces « coffee-shops » Agnès Buzyn avait estimé que « toute vente de cannabis à usage récréatif lorsqu’il contient du THC, quelle que soit la dose, est normalement condamnable »A la question « auront-ils fermé dans quelques mois ? », elle avait répondu : « Je pense qu’ils auront fermé. » Où l’on perçoit, désormais, la prescience de la ministre des Solidarités et de la santé.

A demain

1 « Existe-t-il vraiment un cannabis ‘’légal’’ en France ? » Slate.fr 15 juin 2018

 

Cannabis «légal» : Agnès Buzyn révèle à quel point le gouvernement ne maîtrise pas le sujet

 

Bonjour

Agnès Buzyn découvre soudain qu’il existe un marché du cannabis. Et que des lois peuvent sur ce sujet, varier selon les pays. Découvrant tout ceci la ministre des Solidarités et de la Santé a demandé à ses services « des notes » explicatives. Telle est, en substance, le message qu’elle vient de faire passer, ce dimanche 17 juin, sur RTL. C’est une réaction à la vague montante, en France, des ventes de CBD 1. Le symptôme, aussi, du profond embarras du gouvernement face à ce sujet à la lisière du licite et de qui pourraint le pas l’être.

Conclusion : le gouvernement veut clarifier la loi. Selon Mme Buzyn les établissements en question (qualifié de « coffee shops » mais qui peuvent être des bureaux de tabac) « détournent le droit ». A la question « auront-ils fermé dans quelques mois ? », elle a répondu : « Je pense qu’ils auront fermé ». Pas plus de précisions…

Pour la ministre « ces coffee shops se sont ouverts sur une zone grise du droit. Le droit dit que le chanvre peut être utilisé à des fins industrielles quand il contient moins de 0,2 % de THC [substance active du cannabis]. Il ne parle pas de produits en cigarette mais de la plante. Or ces magasins détournent le droit en disant que leurs cigarettes contiennent moins de 0,2 % de THC ».

Détourner le droit ? C’est-à-dire vrai un peu plus compliqué. « Il va falloir qu’on revoie la législation et revoir comment on met de l’ordre dans tout cela, reconnaît ainsi Mme Buzyn , évoquant un travail conjoint avec la DGCCRF (ministère de l’Economie). Aujourd’hui toute vente de cannabis à usage récréatif lorsqu’il contient du THC, quelle que soit la dose, est normalement condamnable. Mais c’est vrai que la législation sur les 0,2 % peut être un peu floue. » Et c’est aujourd’hui que l’exécutif en prendrait conscience ?

La « folle » bataille anti-tabac du gouvernement

La ministre n’oublie pas qu’elle fut (et demeure) médecin. « Je ne suis jamais hostile à ce qui peut soulager les douleurs (…). Je suis contre la légalisation du cannabis parce que je pense que c’est un produit toxique et dangereux, qui entraîne des troubles cognitifs majeurs chez des jeunes, un grand nombre d’accidents de la route… Et on n’est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les Français arrêtent de fumer pour qu’ils se mettent à fumer du cannabis ! »

Si l’on osait on dirait à la ministre que cette alternative est quelque peu datée : les Français consomment, aujourd’hui, autant de cannabis que de tabac… La France devance toujours très nettement les autres membres de l’Union européenne quant à l’usage du cannabis. «En 2016, 42% des adultes de 18 à 64 ans déclarent en avoir déjà consommé au cours de leur vie, résume l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Avec des premiers usages qui se déroulent principalement entre 15 et 25 ans et une proportion d’expérimentateurs de cannabis maximale entre 26 et 34 ans pour les deux sexes, l’usage de cannabis demeure avant tout un phénomène générationnel.»

En écho, l’Insee, qui vient pour la première fois d’intégrer le trafic des drogues illicites dans le calcul du produit intérieur brut , évalue à un milliard d’euros la somme générée par le trafic de cannabis –et à 800 millions d’euros celle du trafic de cocaïne.

Mme Buzyn n’a pas dit pour quand elle avait demandé à ses services de lui remettre leurs notes sur ce qui existe sur le marché français et dans d’autres pays. Dans l’attente, les ventes peuvent-elles continuer ?

A demain

1 « Existe-t-il vraiment un cannabis ‘’légal’’ en France ? » Slate.fr 15 juin 2018

 

 

«Pognon de dingue» : quand Emmanuel Macron parle cash des pauvres et de la prévention

 

Bonjour

A chaque jour ses tweets doublés de vidéos. Cette fois on innove avec les images d’un président de la République peaufinant un futur discours en usant d’un langage que l’on aurait, jadis, qualifié de charretier. Quand il s’agissait de motiver chevaux, ânes et mulets.

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas »,  s’est ainsi enflammé, dans la nuit du 12 juin au 13 juin 2018, Emmanuel Macron quelques heures avant le discours qu’il doit tenir devant le congrès de la Mutualité française, à Montpellier – une prise de parole « stratégique ».

Aucune fake news, ici : les images ont été tweetées par sa directrice de la communication, Sibeth Ndiaye. « Le président ? Toujours exigeant. Pas encore satisfait du discours qu’il prononcera demain au congrès de la Mutualité, il nous précise donc le brief ! Au boulot ! », commente sa conseillère en postant la vidéo sur Twitter.

Le président de la République :

 « Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. Toute notre politique sociale, c’est qu’on doit mieux prévenir – ça nous coûtera moins, ensemble – et mieux responsabiliser tous les acteurs (…)  Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation… 

« Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté. Et sur la santé, c’est pareil. Tout le système de soins que je veux repenser, c’est aller vers plus de prévention pour responsabiliser, y compris les acteurs de soins (…) C’est dans ce contexte-là qu’on fait le reste à charge zéro. (…) C’est une politique de responsabilité car tout le monde va au pot, (…) je demanderai des efforts aux mecs qui font des lunettes, aux types qui font des verres… »

« Là, c’est cohérent. Sinon vous n’aviez pas de fil directeur…, lance-t-il à ses collaborateurs à propos du discours qu’ils lui proposent. C’était de la lasagne à la feta avec de la paella ! »

Bonne conscience

Cette sortie présidentielle mûrement calculée survient une semaine après les informations  du Canard Enchaîné quant aux 7 milliards d’économies envisagées par Bercy sur les aides sociales. Informations démenties par Agnès Buzyn, une ministre des Solidarités et de la Santé apparaissant gênée par le sujet autant que soudain isolée au sein du gouvernement.

A l’aube du 13 juillet, et avant même le discours officiel présidentiel de Montpellier, RTL a interrogé Thierry Beaudet, président de la Mutualité française.

« Dans une vidéo publiée mardi 12 juin, Emmanuel Macron annonce: « On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s’en sortent pas ». Partagez-vous l’analyse présidentielle ? » demande RTL. Réponse :

 « J’ai entendu ses propos, nous considérons qu’on ne met pas trop d’argent dans le système de protection sociale et de santé, mais ce qui est sûr c’est que chaque euro dépensé doit être un euro utilement dépensé … Il faut être efficace et mettre l’accent sur la prévention. Pour maitriser les dépenses de santé, il faut développer la prévention, faire une vraie révolution : passer de l’assurance maladie à l’assurance santé. »

 -Vous êtes d’accord avec Emmanuel Macron ?

 -Avec des nuances, parce que moi je considère qu’il n’y a pas toujours de responsabilité à mal se comporter en matière de santé. La prévention doit d’abord s’adresser aux populations qui sont éloignés d’une démarche de soin … Il faut vraiment mettre l’accent sur ceux qui pour des raisons sociales, économiques ou culturelles sont éloignés du système de santé. »

S’intéresser de très près au plus pauvres, en somme. Des pauvres qui ne diraient pas non à des lasagnes à la feta avec de la paella. S’intéresser à eux et ne pas les condamner parce qu’ils « se comportent mal » quant à leur santé. Précisément parce qu’ils vivent sous le seuil de l’acceptable, sans connaître le prix de la bonne conscience.

A demain

Alzheimer : quatre médicaments déremboursés. Pourquoi ne pas les retirer du marché ?

 

Bonjour

On attendait la décision, on pressentait la polémique. La première ne va pas tarder, le seconde est déjà là. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a enfin confirmé, le 29 mai sur RTL qu’elle allait mettre fin au remboursement des quatres spécialités pharmaceutiques pouvant être prescrites dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer : donézépil, rivastigmine, galantamine et mémantine. « Je devrais, dans les jours qui viennent, annoncer, effectivement, le fait que nous suivons les recommandations de la Haute Autorité de santé », a-t-elle déclaré.

A peine ces mots prononcés l’association France Alzheimer et maladies apparentées dénonçait cette décision  dans un communiqué 1. Elle estime notamment que le choix de la ministre va « à l’encontre d’une optimisation de la prise en soin des familles ». Joël Jaouen, président de l’association :

« Cette décision, c’est aussi remettre en cause le travail des professionnels de santé, des neurologues, des médecins qui, depuis plusieurs années, prescrivaient ces médicaments à leurs patients, conscients des bienfaits sur ces derniers. Ils ne prescrivaient pas ces médicaments pour faire plaisir ou à titre compassionnel, voire pour éviter le désespoir du patient. Sachant que certains médicaments ont d’éventuels effets secondaires, jamais un médecin ne prendrait le risque de les prescrire sans être certains qu’il y a un bénéfice attendu, même modeste ».

Neuroleptiques ?

Et après ? « Pour les familles qui entendent, malgré tout, continuer à avoir recours aux médicaments, cela signifie mettre à la main à la poche, ajoute l’associationLe déremboursement entraînera une iniquité entre les familles les plus aisées et les plus démunies. Compte tenu du reste à charge extrêmement élevé auquel sont confrontées les familles (plus de 1 200 euros/mois en moyenne), rares sont celles qui pourront, en sus de leurs dépenses actuelles, assumer les 30 euros mensuels équivalents au coût du traitement. » Un traitement qui, « au-delà de la question de l’efficacité et du coût » participait (via la prescription des médicaments) grandement « à maintenir un lien thérapeutique entre le médecin et le patient ».

Avant même l’annonce ministérielle le Pr Mathieu Ceccaldi, président de la Fédération nationale des centres mémoire de ressources et de recherche (FCMRR) avait confié au Quotidien du Médecin  tout le « mal » que cette décision risquait d’occasionner aux patients. « Les praticiens vont se tourner vers les neuroleptiques, autrement plus délétères que les anti-Alzheimer » expliquait-il. Quant au Pr Olivier Saint-Jean, gériatre à l’hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP), co-auteur d’un ouvrage détonnant et partisan du déremboursement, il chiffre l’économie pour la collectivité  entre « 100 et 130 millions d’euros par an » pour les 30 000 à 40 000 patients traités.

A demain

1 Dans un communiqué commun, cinq sociétés savantes (la Fédération des centres mémoire, la Fédération française de neurologie, la Société française de neurologie, la Société française de gériatrie et de gérontologie, et la Société francophone de psycho-gériatrie et de psychiatrie de la personne âgée) ont, le 30 mai, protesté contre le déremboursement – une mesure qualifiée de « délétère pour les patients français et leur entourage ».

Hôpital psychiatrique du Rouvray : grève de la faim pour mieux travailler, dans la dignité

 

Bonjour

Nouvel abcès hospitalier, nouveau symptôme du déchirement d’un tissu que le politique exécutif ne parvient plus à ravauder. France Bleu Normandie : « Ils ont installé des tentes rouges devant le bâtiment de la direction et depuis mardi, ne se nourrissent plus que d’eau et de café. Cinq salariés de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), ont entamé une grève de la faim en désespoir de cause ».

Normandie. On songe à Flaubert et aux Bovary : « Tandis qu’il trottine à ses malades, elle reste à ravauder des chaussettes. »

Désespoir de cause : tout est dit. Infirmiers, aides-soignants, brancardiers, cela fait des mois qu’ils alertent sur le manque de personnel, la sur-occupation de leur établissement, et les conditions de prise en charge des patients. Ils sont souvent trois pour 23 ou 28 malades quand ils devraient être quatre par unité. L’intersyndicale réclame donc des embauches pour assurer correctement les soins. Paroles de soignants :

« Mon boulot n’a plus vraiment de sens, c’est pas pour ça que je l’ai fait. Je me sens inefficace et inutile et c’est le sentiment d’une très grand partie des soignants de l’hôpital. Les patients viennent pour aller mieux, pas pour voir un robot mais le métier de robot, c’est le seul que j’ai le temps de faire encore. »

« Nous tout ce qu’on voit, c’est qu’on n’est pas assez. Les patients, on les enferme parce qu’on ne peut pas les sortir. Ca redevient un système asilaire. Alors on est peut-être mieux doté que les autres, mais moi je m’en fiche, je ne fais pas du chiffre, moi je suis un soignant, je soigne des gens. »

La direction ? Elle accorde, comme le réclament les grévistes, la création de deux unités spécifiques, l’une pour les adolescents hospitalisés aujourd’hui avec les adultes, l’autre pour les détenus. Mais seulement cinq embauches, quand l’intersyndicale en réclame cinquante-deux. Cette direction, précise France Bleu, estime que l’établissement n’apparaît pas en difficulté. Il serait même sur-doté par rapport à la moyenne nationale et la moyenne régionale, indique le communiqué.

Le SAMU passe chaque jour pour vérifier l’état de santé des grévistes de la faim. Ces derniers reçoivent aussi de nombreux soutiens (collègues, politiques, patients et leurs familles).  Demain, 29 mai, l’ex-candidat à la présidentielle Benoît Hamon (désormais le mouvement Générations) rendra visite aux grévistes. Aurait-il, à la tête de l’Etat, su ravauder un tissu hospitalier devant lequel l’actuel gouvernement semble chaque jour plus désarmé ?

A demain