Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Mort d’un nouveau-né et vitamine D : l’Agence du médicament mise en cause par Le Figaro

Bonjour

« Paris : un bébé de 10 jours meurt après avoir reçu une dose de vitamine D. Un nourrisson est décédé au domicile de ses parents. Une dose d’Uvestérol D, produit sous surveillance depuis 2006, lui avait été administrée. » Le titre de RTL résume parfaitement l’affaire – une affaire révélée par Le Figaro (Anne Jouan) qui met (une nouvelle fois) en cause la direction de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Cette dernière est ici tenue pour responsable de ne pas avoir pris suffisamment tôt la mesure de la gravité du dossier dont elle était informée depuis le 21 décembre (elle n’a publiquement réagi que dans la soirée du 2 janvier, après l’information du Figaro). Plus ennuyeux Le Figaro explique avoir (aussi) été amené à publier ses informations à la demande d’un responsable de la pharmacovigilance, et ce au nom de la santé publique:

«J’espère qu’aucun autre gamin n’est décédé depuis le 22 décembre», confie un pharmacovigilant interrogé par Le Figaro. Et, fait rarissime, il ajoute: ‘’S’il vous plaît, aidez-nous à faire en sorte que ce produit soit suspendu.’’ Dont acte. »

Relief des mails

Les centres de pharmacovigilance (CRPV), en charge de veiller aux effets secondaires des produits de santé n’auraient ici été alertés que le vendredi 30 décembre, soit huit jours après la mort de l’enfant à son domicile. Et la lecture des mails donne un relief tout particulier à l’affaire :

« Les responsables de ces centres échangent le jour même par mail. «Ne faut-il pas se poser la question d’une information rapide des médecins et des parents et d’une suspension d’utilisation?» demande ainsi la responsable du CRPV du Val de Loire. ‘’La question de la suspension en urgence de l’utilisation de ce produit me semble effectivement posée’’, réagit celui du centre Necker-Cochin. Les pharmacovigilants ont rempli leur mission : au moins trois centres demandent la suspension de l’Uvestérol, commercialisé en France par le laboratoire français Crinex. De façon inhabituelle, ils mettent Dominique Martin, patron de l’ANSM, en copie de leurs échanges.

 « Suspension. Le mot est lâché. Il ne faut que quelques heures à un pays pour suspendre temporairement un médicament (le temps de faire la lumière sur le décès). Or depuis le 22 décembre, rien n’a été fait. Le directeur de l’agence du médicament a été informé par mail des recommandations des responsables de centres de pharmacovigilance, mais n’a pas réagi. D’autant plus surprenant concernant l’Uvestérol qu’il existe des substitutions. »

Non-réactivité

Ces interrogations surviennent dans un contexte chargé : l’Uvestérol est, en France, depuis dix ans sous surveillance par l’ANSM – et ce en raison notamment des conséquences des phénomènes de « fausses routes »  que son administration peut provoquer chez les enfants de moins de deux mois.

En 2010, on avait recensé quarante-trois malaises dont certains avaient nécessité une hospitalisation de plusieurs jours.  Un plan de gestion des risques avait été mis en place en 2011. Nouvelles alertes en 2013. De 2006 à avril 2013, un total de quatre-vingt-treize cas d’effets secondaires ont été enregistrés avec ce médicament.

C’est à la fois peu (compte-tenu de la très large utilisation de ce médicament préventif) mais plus que suffisant pour que soit publiquement posée la question du rapport risques-bénéfices et celle de son retrait du marché. Et la mort d’un nouveau-né suivi d’une non-réactivité immédiate des autorités centrales font que la direction de l’ANSM et le ministère de la Santé ne peuvent pas ne pas répondre face à ce qui apparaît comme une nouvelle faille dans le système national de sécurité des médicaments.

A demain

 

 

Foie gras : Nagui et Marcela Iacub n’en veulent plus. Et ils réclament que nous n’en mangions pas

 

Bonjour

Un malheur peut ne pas arriver seul. Ainsi, aujourd’hui en France la multiplication des foyers de grippe aviaire H5N8 qui tétanise les élevages du grand Sud-Ouest. Et puis ces propos signés de Nagui et de Marcella Iacub dans une tribune que vient de publier  Le Monde. Une tribune exclamative simplement titrée : « Interdisons la production de foie gras en France ! ».

Marcella Iacub, 52 ans, est une personnalité atypique dans le paysage médiatique français. Juriste, essayiste, paradoxale sur le féminisme elle est, pour tout dire, inscrite dans une longue quête provocatrice. En 2013, cette directrice de recherches au CNRS avait gagné en notoriété à la suite de la publication de son livre Belle et Bête — inspiré de sa relation avec Dominique Strauss-Kahn. Ses lecteurs la retrouvèrent ensuite dans la célèbre émission  Les Grosses Têtes, sur RTL.

On ne présente pas Nagui. Les deux signent, dans Le Monde,  une tribune avec un « collectif » médiatique assez hétéroclite 1 que réunit la détestation de l’existence, en France, dufoie gras (de canard).

Berceau français

La provocation ne manque pas de sel. Les auteurs font d’emblée valoir que les premières victimes de l’épizootie de grippe aviaire « sont d’abord et avant tout, les canards ! » – animaux qui meurent, par milliers, des suites de la maladie ou des campagnes d’abattage menées à titre ‘’préventif’’. » Lisons la suite :

« Quand on sait que le foie gras est un foie malade – les canards étant atteints de la stéatose hépatique –, la filière du foie gras – et donc du canard gras – n’en est plus à une maladie près ! Certains d’entre nous ont grandi dans le sud de la France, berceau français du foie gras. En tout cas, depuis notre tendre enfance, nous avons tous été bercés par une petite musique sur la place importante du foie gras sur la table des fêtes de fin d’année et tout l’imaginaire qui va avec : convivialité, gastronomie, tradition – même si la production de foie gras ne prend son essor qu’au XIXe siècle. Des fêtes sans foie gras ne seraient pas des fêtes dignes de ce nom ! »

De fait, pour certains, non ! Et pas les plus aisés de notre société.

Inséminations forcées

Suit un passage pédagogique où le collectif explique comment est produit le foie gras : canes « inséminées de force artificiellement » (sic) ; canetons femelles tués à la naissance, « généralement par broyage » ; vingt-trois millions de femelles chaque année qui sont broyées ou gazées à la naissance ; quarante millions de canards  gavés par pompe hydraulique ou pneumatique à l’aide d’un embuc métallique d’une vingtaine de centimètres enfoncé dans l’œsophage.

Et que l’on ne fasse pas de différence entre l’industriel sadique et le gentil gaveur producteur : « il n’y a pas de gavage heureux ».

Vient la confession collective :

«  Nous aussi, nous aimons partager des moments conviviaux en famille et entre amis durant cette période particulière que sont les fêtes de fin d’année. A une époque pas si lointaine, le foie gras en faisait partie et était bien présent sur nos tables. Pourtant, nous avons fait le choix de ne plus en consommer pour ne plus soutenir et encourager une activité tout entière fondée sur l’immense souffrance des canards. Pour mettre fin à cette souffrance, nous demandons que la production de foie gras soit interdite en France, comme elle l’est déjà dans de nombreux pays européens. »

Travail des enfants

Les auteurs ne nous disent malheureusement par quoi ils remplacent la stéatose hépatique. Ont-ils versé dans le végétarisme ? Sinon comment résolvent-ils leurs contradictions ?  Ils disent « souhaiter profondément que les relations que nous entretenons avec les animaux changent ». Ils entendent « construire une société bienveillante où les animaux auraient une véritable place dans une société fondée sur la justice ».

Qui ne le souhaiterait ? Mais en quoi la croix sur le foie gras aidera-t-elle à la construction de ce temple de la bienveillance ? On est d’autant plus dérangé par le propos que les auteurs avancent un argument redoutable. Le voici :

«  L’argument économique n’est souvent que le paravent du conservatisme aveugle. Défendant le travail des enfants, la chambre de commerce de Mulhouse affirmait déjà en 1837 : ’Leur coopération est d’une nécessité absolue et la question de leur admission en général en serait une question de vie ou de mort pour nos fabriques.’’  Cependant, nous avons été capables en Europe d’évoluer vers d’autres pratiques et l’économie ne s’est pas pour autant effondrée. »

Osons le mot : ce parallèle historique entre le travail des enfants et le gavage des canards est assez délicat à avaler.

A demain

1 Françoise Armengaud, philosophe ; Aurélien Barrau, astrophysicien, professeur, université Grenoble-Alpes ; Pierre-Emmanuel Barré, humoriste ; Adélaïde De Clermont-Tonnerre, romancière et journaliste ; Jean-Baptiste Del Amo, écrivain ; GiedRé, chanteuse ; Marcela Iacub, juriste, CNRS ; Thomas Lepeltier, historien et philosophe des sciences ; Guillaume Meurice, humoriste ; Nagui, animateur, producteur et comédien ; Philippe Reigné, juriste, Conservatoire national des arts et métiers ; Matthieu Ricard, biologiste et fondateur de Karuna-Shechen ; Mathieu Vidard, journaliste

Congélation de sang de cordon: un jugement sans précédent ouvre les portes aux marchands

 

Bonjour

C’est une affaire éthique d’une particulière gravité. C’est aussi une première : un tribunal français (celui de Grasse, Alpes-Maritimes) vient d’autoriser un couple à faire congeler par une société privée britannique (contre paiement) des cellules du cordon ombilical de son enfant à naître. Une telle pratique était jusqu’à présent interdite en France au regard notamment de la loi de bioéthique. De ce point de vue cette décision de justice vient saper un dispositif de solidarité biologique depuis des années fragilisé par le développement (à l’étranger) d’un marché de privé de la congélation de cellules sexuelles et d’autres éléments du corps humain.

L’affaire de Grasse vient d’être révélée par RTL. Elle concerne une femme primipare âgée de près de 40 ans qui doit accoucher le 18 décembre. Dans une requête adressée le 14 octobre au tribunal de Grasse elle avait indiqué que sa famille et celle du père de l’enfant à naître souffraient toutes deux de graves « antécédents médicaux » et, semble-t-il, d’un risque anormalement élevé « de cancers du foie et du pancréas ». La future mère fait valoir que les cellules souches du cordon ombilical pourront, peut-être, un jour sauver son enfant si ce dernier devait être malade. Le sauver ou pas.

Futur cadeau

« On pourra utiliser les cellules souches pour régénérer un organe, explique-t-elle. C’est peut-être un futur cadeau que je fais à mon enfant, de pouvoir demain se soigner grâce à ça. J’aurais regretté de ne pas le faire. Même si demain ça ne fonctionne pas. » Suffirait-il de croire pour être entendu par la justice de son pays ? A Grasse, oui.

«  L’argument inédit a été entendu et accepté par la vice-présidente du tribunal de Grasse, rapporte RTL. Dans une ordonnance datée du 21 novembre, elle affirme que « les parents peuvent conserver les cellules du sang du cordon et du placenta au regard de nécessités thérapeutiques justifiées ». »

La vice-présidente du tribunal de Grasse n’est sans soute pas sans connaître son droit. Elle sait que son ordonnance vient mettre à mal le système patiemment construit en France et intégré dans la loi de bioéthique. Un système fondé sur le partage, le bénévolat, l’anonymat et la gratuité. La congélation des sangs de cordon à des fins thérapeutiques n’est autorisée que dans le cadre du don – don qui peut bénéficier à tous. A ce titre nul ne peut organiser à la naissance la conservation dans une banque privée des cellules souches du sang de cordon.

Société britannique

Ici c’est, pour la première fois en France une société spécialisée britannique qui va envoyer une équipe pour prélever et congeler le cordon immédiatement après l’accouchement et le stocker  pour un quart de siècle. Les deux avocats du dossier, Me Tora et Me Emmanuel Ludot, se félicitent quant à eux chaudement d’avoir ouvert une brèche qui pourrait faire jurisprudence.

« Il s’agit plus d’une décision humaine, pour pallier l’angoisse des parents, que basée sur des fondements scientifiques », estime le Pr Noël Milpied, chef du service d’hématologie et de thérapie cellulaire au CHU de Bordeaux. « Si cette décision fait jurisprudence, cela pourrait devenir inquiétant. On verra se développer des démarches plus commerciales que médicales » ajoute le Pr Ibrahim Yakoub-Agha, responsable des greffes au CHU de Lille.

Soviets

Deux conceptions de la réparation des vivants s’affrontent. Il y a ceux qui défendent la conception française officielle : une politique solidaire en matière de don de produits du corps humain. En clair : on « n’auto-conserve pas » et on « donne de façon anonyme et gratuite ». « La médecine française est très collectivisée et soviétisée », estimait il y a peu, dans un dossier comparable, Me Ludot.

Soviets, l’argument suprême …? Il est des effets de manches qui, au nom de la solidarité humaine et du partage biologique, devraient pouvoir être interdits. Ou presque.

A demain

Le mal étrange de Michel Polnareff : la double embolie pulmonaire était presque parfaite

 

Bonjour

Ainsi donc des médecins d’une star auraient flirté avec la vérité ? Telle est l’une des conclusions qui s’impose aujourd’hui à la lecture du Journal du Dimanche (Renaud Revel) : « Révélations sur l’étrange mal de Michel Polnareff ». Mal étrange …étrange enquête… étrange partie de billard… :

« L’état de santé de Michel Polareff, hospitalisé la semaine dernière, suscite le doute de ses producteurs. Le JDD retrace les trois jours qui ont fait vaciller la star.

L’hospitalisation en urgence de Michel Polnareff, le 3 décembre, cache-t-elle un imbroglio personnel, un litige financier et une intox médiatique? Alors que le chanteur a annulé les deux derniers concerts de sa tournée et que ses proches expriment toujours des inquiétudes sur son état de santé, les zones d’ombre et les contradictions de la version officielle suscitent la perplexité. Selon l’enquête du JDD, le producteur de ses spectacles a diligenté des vérifications qui l’ont conduit à saisir ses avocats. D’importantes sommes – le montant du remboursement des spectateurs pour les deux concerts annulés, soit près de 500.000 euros – sont en jeu. Si la star ne semble pas près de remonter sur scène, l’affaire pourrait s’achever devant un tribunal.

Soirée et nuit excessivement arrosée

 Le JDD reconstitue l’agenda du chanteur depuis son dernier concert, à Bordeaux le 30 novembre. Où l’on apprend que Polnareff  a passé une soirée très arrosée le jeudi 1er décembre, veille de son concert parisien. Qu’il s’est effondré sur la table. « C’était impressionnant, je ne l’avais jamais vu dans un tel état », raconte son garde du corps.

Le lendemain pourtant, « il était en pleine forme à son réveil ». Mais en début de soirée, alors que les spectateurs se massent déjà devant la salle Pleyel, Polnareff diffuse une vidéo sur Facebook pour déclarer forfait : « Je ne pourrai pas assurer le show ce soir, je suis dans un état d’épuisement total », s’excuse-t-il. Nul ne sait alors qu’auparavant, des tractations tendues ont eu lieu entre la production du spectacle et le chanteur. Et que la soirée de l’artiste a, encore une fois, été agitée…

Des annonces contradictoires et de nombreuses incohérences, que le JDD révèle, ont alimenté la méfiance des producteurs toute la semaine. Samedi, Michel Polnareff était toujours hospitalisé. Sa tournée est terminée. Une bataille judiciaire vient peut-être de commencer. (…) »

Entre la mort et la vie

On lira la suite dans le quotidien dominical. Ce dernier n’aborde toutefois pas la dimension plus proprement médicale de cette affaire. Nous avons vu, le 5 décembre, que les discours publiquement tenu par deux médecins  (et de ceux de l’Hôpital Américain) permettaient de conclure  à un syndrome infectieux doublé d’une double embolie pulmonaire. Un tableau séquentiel assez peu typique et un « pronostic vital engagé » qui soulevaient la question du site d’hospitalisation : pourquoi ne pas avoir choisi l’un des phares interniste et réanimateur des Hôpitaux de Paris ?

On en venait même à imaginer une erreur de diagnostic. Que disait-on à la presse, alors ? «  Le docteur Jean Abitbol, qui est l’ORL de grandes stars comme Céline Dion 1 lui avait donné un traitement par piqûres intramusculaires pour soigner une  infection et qu’il puisse monter sur scène. Mais son état était plus grave qu’on ne le supposait.  Et on s’en est aperçu seulement à l’hôpital. »

Mal tourner

« Les nouvelles sont encourageantes dans la mesure où le diagnostic a été effectué. Il a une embolie pulmonaire bilatérale, c’est évidemment assez étendu. Son infection respiratoire avait été traitée il y a un peu plus d’une semaine et son état s’aggravait »,  confiait le Dr Philippe Siou à RTL. Selon ce médecin généraliste consultant à l’ « Américain », le chanteur ne se trouverait plus entre la vie et la mort : « Grâce à Dieu, il ne l’est plus, mais s’il n’avait pas été diagnostiqué, s’il n’avait pas été traité, effectivement, les choses auraient pu tourner mal. C’est quand même une cause très classique de mort subite ». Le pouvoir de la voix.

Il y avait aussi ce certificat de l’American Hospital of Paris établissant que Michel Polnareff avait été hospitalisé « dans le cadre d’un syndrome infectieux traité depuis une semaine ». Et que les examens pratiqués lors de son hospitalisation ont révélé une embolie pulmonaire bilatérale qui engage son pronostic vital ». Ce certificat avait été rendu public le 5 décembre par l’entourage de la star. Qui avait signé ce document ? A la lumière de l’enquête du JDD la réponse à cette question pourrait ne pas être sans intérêt.

A demain

1 Abitbol J. « Le pouvoir de la voix » Editions Allary Paris 2016

 

Michel Polnareff : syndrome infectieux compliqué d’une embolie pulmonaire bilatérale

 

Bonjour

Il pourrait être dans l’un des fleurons de l’AP-HP mais il est, depuis le 3 décembre, à l’American Hospital of Paris. Selon un certificat de cet établissement  il a été hospitalisé « dans le cadre d’un syndrome infectieux traité depuis une semaine ». « Les examens pratiqués lors de son hospitalisation ont révélé une embolie pulmonaire bilatérale qui engage son pronostic vital », précise ce certificat rendu public ce 5 décembre par l’entourage de la star.

« Les nouvelles sont encourageantes dans la mesure où le diagnostic a été effectué. Il a une embolie pulmonaire bilatérale, c’est évidemment assez étendu. Son infection respiratoire avait été traitée il y a un peu plus d’une semaine et son état s’aggravait », a confié le Dr Philippe Siou à RTL. Selon ce médecin généraliste consultant à l’ « Américain », le chanteur ne se trouverait plus entre la vie et la mort : « Grâce à Dieu, il ne l’est plus, mais s’il n’avait pas été diagnostiqué, s’il n’avait pas été traité, effectivement, les choses auraient pu tourner mal. C’est quand même une cause très classique de mort subite ».

Selon lui Michel Polnareff, 72 ans, est « conscient » et « parle ». « Il ne s’attendait pas à ça, il ne se sentait pas bien, mais il ne s’attendait pas à quelque chose de grave. Il est actuellement sous traitement et on peut considérer que, dans les jours qui viennent, il sera tout à fait sorti d’affaire », ajoute le médecin.

Total épuisement

Le célèbre chanteur a enchaîné près de soixante-dix  concerts depuis le printemps. Il aurait été victime en début de semaine d’une « sinusite » qui s’est transformée en « bronchite » (selon Fabien Lecoeuvre, son attaché de presse). Placé sous antibiotiques, il avait toutefois assuré trois concerts consécutifs, à Toulouse, Pau et Bordeaux, mais avait dû renoncer à la salle Pleyel à Paris, vendredi, puis au Zénith de Nantes, samedi.

Dans une vidéo publiée sur son compte Facebook la veille de son hospitalisation, il avait expliqué être « dans un état d’épuisement total ». « Il a subi des infiltrations pour pouvoir tenir la scène à Toulouse, Pau et Bordeaux. Vendredi matin, il a été pris d’importants vertiges et de chute de tension », avait précisé à l’Agence France-Presse son attaché de presse. Samedi matin au réveil, il toussait beaucoup, il avait du mal à respirer et il avait une forte hausse de tension. On l’a conduit à l’hôpital à 14 heures.»

Son attaché de presse ajoute que la situation est inquiétante, que l’embolie pulmonaire bilatérale « touche les deux poumons, qu’il « a des caillots de sang », que le « pronostic vital est engagé ».

Toux très métallique

Et encore: « Il est conscient, mais sous une tente à oxygène, sous traitement. Il est placé, bien sûr, sous étroite observation médicale et reste souvent dans un état de somnolence, en raison des médicaments.  Il est très inquiet, je le vois dans ses yeux… Je le tranquillise en lui disant qu’on est en 2016 et que la médecine est aujourd’hui très performante. Personnellement, je reste confiant, mais j’attends surtout les avis des médecins. Il faut voir comment son état de santé évolue dans les jours à venir. (…)

« Voilà une dizaine de jours qu’il traîne une espèce de crève, un mélange de sinusite et de bronchite, avec une toux très métallique (…)  Le docteur Jean Abitbol, qui est l’ORL de grandes stars comme Céline Dion 1 lui avait donné un traitement par piqûres intramusculaires pour soigner cette infection et qu’il puisse monter sur scène. Mais son état était plus grave qu’on ne le supposait.  Et on s’en est aperçu seulement à l’hôpital. »

A demain

1 Abitbol J. « Le pouvoir de la voix » Editions Allary Paris 2016

L’invraisemblable tragédie funéraire engendrée par le nouveau pacemaker de Medtronic®

 

Bonjour

C’est une affaire exemplaire et paradoxale. Une tragédie où un pacemaker miniaturisé réveille des angoisses éternelles.  Nous sommes là aux frontières du progrès thérapeutique et de l’absurde administratif. Un dossier qui voit une famille respecter les règles, dire la vérité, et  un procureur de la République s’obstiner à maintenir cette même famille dans la souffrance.

Nous avons révélé cette affaire sur Slate.fr 1. Elle commence à prendre une dimension nationale et pourrait, à terme, conduire à une réflexion sur l’évolution nécessaire des pratiques funéraires. Au départ c’est l’appel désespéré d’une famille, la découverte d’une situation kafkaïenne, une attente insupportable. Voici le témoignage qui nous avait  été adressé et que nous avons rapporté sur le site pure player :

 Corps en « cellule négative »

 « Nous sommes dans une situation impossible. Notre sœur, notre mère, est décédée le 22 novembre dernier et ses obsèques ne peuvent être organisées. On lui avait implanté il y a peu, au CHU de Tours,  un nouveau modèle miniature de pacemaker au sein même de son cœur. Le fabricant dit que son matériel est compatible avec l’incinération ou l’inhumation. Or, à Bourges, les différentes autorités nous affirment le contraire.

 « C’est une somme de difficultés chaotiques, une forme de manque de respect. Les différentes parties concernées (le fabricant, les pompes funèbres, les services de l’Etat) nous annoncent tour à tour : l’impossibilité technique (puis légale) du retrait du pacemaker par un chirurgien ; le refus réitéré du procureur de la République de mandater un médecin légiste pour ce cas de mort naturelle reconnue par le SAMU 18 ; l’impossibilité légale de faire ce geste par un thanatopracteur ; le refus de la mairie d’autoriser la fermeture du cercueil et donc tout déplacement permettant éventuellement de faire cette crémation dans un autre crématorium… 

« Notre mère, notre sœur se trouve face à un trou noir, véritable vide juridique sans solution aucune. Son corps doit être conservé sine fine en chambre funéraire puis prochainement en “cellule négative”…. Notre famille, effondrée et meurtrie, se voit ainsi refuser : toutes obsèques, et cérémonie religieuse catholique ; tout adieu digne de la société; tout travail de deuil face à l’inconnu… ».

Marché en expansion

Tout résulte ici des progrès accomplis par  Medtronic® firme internationale spécialisée dans les stimulateurs cardiaques. Cette firme commercialise depuis peu son modèle Micra Medtronic®. Il s’agit d’un pacemaker spectaculairement miniaturisé, sans sonde, qui peut être implanté au sein des cavités cardiaque via la veine fémorale. Un dispositif  particulièrement innovant dont on retrouve la trace officielle le 18 octobre sur le site de la Haute Autorité de Santé.

« Les systèmes sans sonde, c’est le futur. Le jour où ce sera remboursé, je ne mettrai plus que ça (sic). Cela va extrêmement vite: dans les cinq ou dix  ans, on ne mettra plus que ça » expliquait en janvier dernier  le Dr Philippe Ritter (CHU de Bordeaux), lors d’une conférence de presse de Medtronic. L’appareil a obtenu le marquage CE en avril 2015. Une vingtaine de centres français ont été formés à l’implantation de ce matériel qui entend occuper une place importante dans un marché important : tous stimulateurs confondus, environ 66.000 implantations sont réalisées chaque année en France y compris les remplacements.

Aujourd’hui deux mille exemplaires de Micra Medtronic® ont déjà été implantés dans l’Union européenne. Mais la progression de la diffusion se heurte, en France, à un problème de taille qui n’avait pas été prévu par la firme : l’explantation du matériel en cas de décès du malade –  avant inhumation ou incinération. Cette explantation est imposée par deux articles du code général des collectivités territoriales  2.

Explosions des piles au lithium

La difficulté tient, ici, paradoxalement, à la miniaturisation du nouveau pacemaker et à sa situation au sein du corps. Jusqu’ici le retrait du dispositif, placé en sous-cutané, ne posait aucun problème pour le thanatopracteur. Il en va tout différemment avec le Micra Medtronic® dont l’explantation réclame un geste chirurgical invasif que personne ne semble, en pratique, disposé à pratiquer.

« Nous sommes totalement opposé à inhumer ou à incinérer des corps sans respecter scrupuleusement la réglementation en vigueur, nous a expliqué un responsable de la société OGF, leader français des services funéraires et gestionnaire de l’unique crématorium de Bourges. Il s’agit ici de répondre à des impératifs de sécurité des personnes et de l’environnement. Pour ce qui est des crémations le risque, bien connu, est celui des explosions dès lors que le corps reste porteur de stimulateur équipé de piles au lithium. Nous avons déjà dû déplorer six explosions de ce type depuis le début de l’année, à cause d’un non-respect des dispositions en vigueur. Ces événements rendent inutilisables pendant de longues périodes les crématoriums, posant alors d’importantes difficultés pratiques aux familles concernées. »

Au siège de Medtronic France® on ne nie pas qu’il existe là un problème émergent – un problème que l’on pensait avoir prévenu. « Notre société a fait faire des expérimentations aux Etats-Unis démontrant que, du fait même de ses caractéristiques techniques, le nouveau dispositif ne présentait aucun risque lors de crémation du corps. Il ne nous semblait donc pas que nous pourrions rencontrer des difficultés. » Tel n’est pas le cas et plusieurs impasses similaires à celle de Bourges sont apparues ces derniers jours.

Créon de Bourges

« Dans certains cas des dérogations ont pu être obtenues. Mais, plus généralement, la Direction Générale de la Santé a souhaité reprendre l’expertise réalisée aux Etats-Unis et la faire expérimenter par un laboratoire spécialisé, nous a-t-on expliqué chez Medtronic France. Cela prendra du temps, peut-être quelques mois, avant de modifier la réglementation. » Dans l’attente aucune disposition dérogaroire ne semble prévue à court terme. Et la famille de Bourges est au désespoir.

Depuis la publication de Slate.fr des éléments complémentaires sont apparus. « La miniaturisation des dispositifs médicaux implantables actifs (DMIA) cardiaques pose effectivement des problèmes de respect de la réglementation relative à la crémation, nous a explique le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. L’article R2213-15 du CGCT dispose en effet qu’en cas de port d’un DMIA, le médecin ou le thanatopracteur en assure le retrait. Une commande a été passée à l’INERIS afin de connaître le comportement de ces DMIA miniatures dans le cas d’une incinération. Les résultats de cette étude sont attendus prochainement. »

Reste le cas de Bourges – et plus particulièrement celui du rôle joué par le procureur de la République de la préfecture du Cher. La Nouvelle République du Centre-Ouest (François Bluteau) rapporte, dans son édition d’Indre-et-Loire, que le cardiologue du CHU de Tours qui avait pratiqué l’intervention n’avait pas pu, pour des raisons pratiques et réglementaires, pratiquer l’explantation du stimulateur. Mais il précise également que le procureur de la République de Bourges « a refusé par deux fois de désigner un médecin légiste pour effectuer l’opération ». Un procureur inaccessible, dans sa tour d’ivoire républicaine.

On a connu « L’Apollon de Bellac ». Faudra-t-il écrire  « Le Créon de Bourges » ?

A demain

1 « Le casse-tête tragique du nouveau pacemaker miniature qui interdit d’organiser des obsèques » Slate.fr 1er décembre 2016. Le sujet a, depuis, été repris par de  nombreux médias. Certains (dont RTL – Maxime Magnier  et Pourquoi Docteur – Audrey Vaugrente ) ont eu l’élégance confraternelle de citer leur source.

2 Article 2213-15 : « Avant son inhumation ou sa crémation, le corps d’une personne décédée est mis en bière.

« La housse imperméable éventuellement utilisée pour envelopper le corps avant sa mise en bière est fabriquée dans un matériau biodégradable. Elle doit répondre à des caractéristiques de composition, de résistance et d’étanchéité fixées par arrêté du ministre chargé de la santé après avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et du Conseil national des opérations funéraires.

« Si la personne décédée était porteuse d’une prothèse fonctionnant au moyen d’une pile, un médecin ou un thanatopracteur atteste de la récupération de l’appareil avant la mise en bière. »

Article 2213-34 : « La crémation est autorisée par le maire de la commune de décès ou, s’il y a eu transport du corps avant mise en bière, du lieu de fermeture du cercueil.

Cette autorisation est accordée sur les justifications suivantes :

1° L’expression écrite des dernières volontés du défunt ou, à défaut, la demande de toute personne qui a qualité pour pourvoir aux funérailles et justifie de son état civil et de son domicile ;

2° Un certificat de décès établi par le médecin ayant constaté le décès, affirmant que celui-ci ne pose pas de problème médico-légal ;

3° Le cas échéant, l’attestation du médecin ou du thanatopracteur prévue au troisième alinéa de l’article R. 2213-15. (…) ».