Cannabis «légal» : Agnès Buzyn révèle à quel point le gouvernement ne maîtrise pas le sujet

 

Bonjour

Agnès Buzyn découvre soudain qu’il existe un marché du cannabis. Et que des lois peuvent sur ce sujet, varier selon les pays. Découvrant tout ceci la ministre des Solidarités et de la Santé a demandé à ses services « des notes » explicatives. Telle est, en substance, le message qu’elle vient de faire passer, ce dimanche 17 juin, sur RTL. C’est une réaction à la vague montante, en France, des ventes de CBD 1. Le symptôme, aussi, du profond embarras du gouvernement face à ce sujet à la lisière du licite et de qui pourraint le pas l’être.

Conclusion : le gouvernement veut clarifier la loi. Selon Mme Buzyn les établissements en question (qualifié de « coffee shops » mais qui peuvent être des bureaux de tabac) « détournent le droit ». A la question « auront-ils fermé dans quelques mois ? », elle a répondu : « Je pense qu’ils auront fermé ». Pas plus de précisions…

Pour la ministre « ces coffee shops se sont ouverts sur une zone grise du droit. Le droit dit que le chanvre peut être utilisé à des fins industrielles quand il contient moins de 0,2 % de THC [substance active du cannabis]. Il ne parle pas de produits en cigarette mais de la plante. Or ces magasins détournent le droit en disant que leurs cigarettes contiennent moins de 0,2 % de THC ».

Détourner le droit ? C’est-à-dire vrai un peu plus compliqué. « Il va falloir qu’on revoie la législation et revoir comment on met de l’ordre dans tout cela, reconnaît ainsi Mme Buzyn , évoquant un travail conjoint avec la DGCCRF (ministère de l’Economie). Aujourd’hui toute vente de cannabis à usage récréatif lorsqu’il contient du THC, quelle que soit la dose, est normalement condamnable. Mais c’est vrai que la législation sur les 0,2 % peut être un peu floue. » Et c’est aujourd’hui que l’exécutif en prendrait conscience ?

La « folle » bataille anti-tabac du gouvernement

La ministre n’oublie pas qu’elle fut (et demeure) médecin. « Je ne suis jamais hostile à ce qui peut soulager les douleurs (…). Je suis contre la légalisation du cannabis parce que je pense que c’est un produit toxique et dangereux, qui entraîne des troubles cognitifs majeurs chez des jeunes, un grand nombre d’accidents de la route… Et on n’est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les Français arrêtent de fumer pour qu’ils se mettent à fumer du cannabis ! »

Si l’on osait on dirait à la ministre que cette alternative est quelque peu datée : les Français consomment, aujourd’hui, autant de cannabis que de tabac… La France devance toujours très nettement les autres membres de l’Union européenne quant à l’usage du cannabis. «En 2016, 42% des adultes de 18 à 64 ans déclarent en avoir déjà consommé au cours de leur vie, résume l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Avec des premiers usages qui se déroulent principalement entre 15 et 25 ans et une proportion d’expérimentateurs de cannabis maximale entre 26 et 34 ans pour les deux sexes, l’usage de cannabis demeure avant tout un phénomène générationnel.»

En écho, l’Insee, qui vient pour la première fois d’intégrer le trafic des drogues illicites dans le calcul du produit intérieur brut , évalue à un milliard d’euros la somme générée par le trafic de cannabis –et à 800 millions d’euros celle du trafic de cocaïne.

Mme Buzyn n’a pas dit pour quand elle avait demandé à ses services de lui remettre leurs notes sur ce qui existe sur le marché français et dans d’autres pays. Dans l’attente, les ventes peuvent-elles continuer ?

A demain

1 « Existe-t-il vraiment un cannabis ‘’légal’’ en France ? » Slate.fr 15 juin 2018

 

 

«Pognon de dingue» : quand Emmanuel Macron parle cash des pauvres et de la prévention

 

Bonjour

A chaque jour ses tweets doublés de vidéos. Cette fois on innove avec les images d’un président de la République peaufinant un futur discours en usant d’un langage que l’on aurait, jadis, qualifié de charretier. Quand il s’agissait de motiver chevaux, ânes et mulets.

« On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas »,  s’est ainsi enflammé, dans la nuit du 12 juin au 13 juin 2018, Emmanuel Macron quelques heures avant le discours qu’il doit tenir devant le congrès de la Mutualité française, à Montpellier – une prise de parole « stratégique ».

Aucune fake news, ici : les images ont été tweetées par sa directrice de la communication, Sibeth Ndiaye. « Le président ? Toujours exigeant. Pas encore satisfait du discours qu’il prononcera demain au congrès de la Mutualité, il nous précise donc le brief ! Au boulot ! », commente sa conseillère en postant la vidéo sur Twitter.

Le président de la République :

 « Je vais faire un constat qui est de dire : on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. Toute notre politique sociale, c’est qu’on doit mieux prévenir – ça nous coûtera moins, ensemble – et mieux responsabiliser tous les acteurs (…)  Les gens pauvres restent pauvres, ceux qui tombent pauvres restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir. Par l’éducation… 

« Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté. Et sur la santé, c’est pareil. Tout le système de soins que je veux repenser, c’est aller vers plus de prévention pour responsabiliser, y compris les acteurs de soins (…) C’est dans ce contexte-là qu’on fait le reste à charge zéro. (…) C’est une politique de responsabilité car tout le monde va au pot, (…) je demanderai des efforts aux mecs qui font des lunettes, aux types qui font des verres… »

« Là, c’est cohérent. Sinon vous n’aviez pas de fil directeur…, lance-t-il à ses collaborateurs à propos du discours qu’ils lui proposent. C’était de la lasagne à la feta avec de la paella ! »

Bonne conscience

Cette sortie présidentielle mûrement calculée survient une semaine après les informations  du Canard Enchaîné quant aux 7 milliards d’économies envisagées par Bercy sur les aides sociales. Informations démenties par Agnès Buzyn, une ministre des Solidarités et de la Santé apparaissant gênée par le sujet autant que soudain isolée au sein du gouvernement.

A l’aube du 13 juillet, et avant même le discours officiel présidentiel de Montpellier, RTL a interrogé Thierry Beaudet, président de la Mutualité française.

« Dans une vidéo publiée mardi 12 juin, Emmanuel Macron annonce: « On met un pognon de dingue dans les minimas sociaux et les gens ne s’en sortent pas ». Partagez-vous l’analyse présidentielle ? » demande RTL. Réponse :

 « J’ai entendu ses propos, nous considérons qu’on ne met pas trop d’argent dans le système de protection sociale et de santé, mais ce qui est sûr c’est que chaque euro dépensé doit être un euro utilement dépensé … Il faut être efficace et mettre l’accent sur la prévention. Pour maitriser les dépenses de santé, il faut développer la prévention, faire une vraie révolution : passer de l’assurance maladie à l’assurance santé. »

 -Vous êtes d’accord avec Emmanuel Macron ?

 -Avec des nuances, parce que moi je considère qu’il n’y a pas toujours de responsabilité à mal se comporter en matière de santé. La prévention doit d’abord s’adresser aux populations qui sont éloignés d’une démarche de soin … Il faut vraiment mettre l’accent sur ceux qui pour des raisons sociales, économiques ou culturelles sont éloignés du système de santé. »

S’intéresser de très près au plus pauvres, en somme. Des pauvres qui ne diraient pas non à des lasagnes à la feta avec de la paella. S’intéresser à eux et ne pas les condamner parce qu’ils « se comportent mal » quant à leur santé. Précisément parce qu’ils vivent sous le seuil de l’acceptable, sans connaître le prix de la bonne conscience.

A demain

Alzheimer : quatre médicaments déremboursés. Pourquoi ne pas les retirer du marché ?

 

Bonjour

On attendait la décision, on pressentait la polémique. La première ne va pas tarder, le seconde est déjà là. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a enfin confirmé, le 29 mai sur RTL qu’elle allait mettre fin au remboursement des quatres spécialités pharmaceutiques pouvant être prescrites dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer : donézépil, rivastigmine, galantamine et mémantine. « Je devrais, dans les jours qui viennent, annoncer, effectivement, le fait que nous suivons les recommandations de la Haute Autorité de santé », a-t-elle déclaré.

A peine ces mots prononcés l’association France Alzheimer et maladies apparentées dénonçait cette décision  dans un communiqué 1. Elle estime notamment que le choix de la ministre va « à l’encontre d’une optimisation de la prise en soin des familles ». Joël Jaouen, président de l’association :

« Cette décision, c’est aussi remettre en cause le travail des professionnels de santé, des neurologues, des médecins qui, depuis plusieurs années, prescrivaient ces médicaments à leurs patients, conscients des bienfaits sur ces derniers. Ils ne prescrivaient pas ces médicaments pour faire plaisir ou à titre compassionnel, voire pour éviter le désespoir du patient. Sachant que certains médicaments ont d’éventuels effets secondaires, jamais un médecin ne prendrait le risque de les prescrire sans être certains qu’il y a un bénéfice attendu, même modeste ».

Neuroleptiques ?

Et après ? « Pour les familles qui entendent, malgré tout, continuer à avoir recours aux médicaments, cela signifie mettre à la main à la poche, ajoute l’associationLe déremboursement entraînera une iniquité entre les familles les plus aisées et les plus démunies. Compte tenu du reste à charge extrêmement élevé auquel sont confrontées les familles (plus de 1 200 euros/mois en moyenne), rares sont celles qui pourront, en sus de leurs dépenses actuelles, assumer les 30 euros mensuels équivalents au coût du traitement. » Un traitement qui, « au-delà de la question de l’efficacité et du coût » participait (via la prescription des médicaments) grandement « à maintenir un lien thérapeutique entre le médecin et le patient ».

Avant même l’annonce ministérielle le Pr Mathieu Ceccaldi, président de la Fédération nationale des centres mémoire de ressources et de recherche (FCMRR) avait confié au Quotidien du Médecin  tout le « mal » que cette décision risquait d’occasionner aux patients. « Les praticiens vont se tourner vers les neuroleptiques, autrement plus délétères que les anti-Alzheimer » expliquait-il. Quant au Pr Olivier Saint-Jean, gériatre à l’hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP), co-auteur d’un ouvrage détonnant et partisan du déremboursement, il chiffre l’économie pour la collectivité  entre « 100 et 130 millions d’euros par an » pour les 30 000 à 40 000 patients traités.

A demain

1 Dans un communiqué commun, cinq sociétés savantes (la Fédération des centres mémoire, la Fédération française de neurologie, la Société française de neurologie, la Société française de gériatrie et de gérontologie, et la Société francophone de psycho-gériatrie et de psychiatrie de la personne âgée) ont, le 30 mai, protesté contre le déremboursement – une mesure qualifiée de « délétère pour les patients français et leur entourage ».

Hôpital psychiatrique du Rouvray : grève de la faim pour mieux travailler, dans la dignité

 

Bonjour

Nouvel abcès hospitalier, nouveau symptôme du déchirement d’un tissu que le politique exécutif ne parvient plus à ravauder. France Bleu Normandie : « Ils ont installé des tentes rouges devant le bâtiment de la direction et depuis mardi, ne se nourrissent plus que d’eau et de café. Cinq salariés de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), ont entamé une grève de la faim en désespoir de cause ».

Normandie. On songe à Flaubert et aux Bovary : « Tandis qu’il trottine à ses malades, elle reste à ravauder des chaussettes. »

Désespoir de cause : tout est dit. Infirmiers, aides-soignants, brancardiers, cela fait des mois qu’ils alertent sur le manque de personnel, la sur-occupation de leur établissement, et les conditions de prise en charge des patients. Ils sont souvent trois pour 23 ou 28 malades quand ils devraient être quatre par unité. L’intersyndicale réclame donc des embauches pour assurer correctement les soins. Paroles de soignants :

« Mon boulot n’a plus vraiment de sens, c’est pas pour ça que je l’ai fait. Je me sens inefficace et inutile et c’est le sentiment d’une très grand partie des soignants de l’hôpital. Les patients viennent pour aller mieux, pas pour voir un robot mais le métier de robot, c’est le seul que j’ai le temps de faire encore. »

« Nous tout ce qu’on voit, c’est qu’on n’est pas assez. Les patients, on les enferme parce qu’on ne peut pas les sortir. Ca redevient un système asilaire. Alors on est peut-être mieux doté que les autres, mais moi je m’en fiche, je ne fais pas du chiffre, moi je suis un soignant, je soigne des gens. »

La direction ? Elle accorde, comme le réclament les grévistes, la création de deux unités spécifiques, l’une pour les adolescents hospitalisés aujourd’hui avec les adultes, l’autre pour les détenus. Mais seulement cinq embauches, quand l’intersyndicale en réclame cinquante-deux. Cette direction, précise France Bleu, estime que l’établissement n’apparaît pas en difficulté. Il serait même sur-doté par rapport à la moyenne nationale et la moyenne régionale, indique le communiqué.

Le SAMU passe chaque jour pour vérifier l’état de santé des grévistes de la faim. Ces derniers reçoivent aussi de nombreux soutiens (collègues, politiques, patients et leurs familles).  Demain, 29 mai, l’ex-candidat à la présidentielle Benoît Hamon (désormais le mouvement Générations) rendra visite aux grévistes. Aurait-il, à la tête de l’Etat, su ravauder un tissu hospitalier devant lequel l’actuel gouvernement semble chaque jour plus désarmé ?

A demain

Trop mystérieux Henri Joyeux : l’Ordre des médecins va-t-il se décider à le radier ?

Bonjour

« C’est tout sourire que le Pr Henri Joyeux s’est présenté ce 24 mai au siège national de l’Ordre des médecins, dans le 17arrondissement de Paris, où l’attendait un petit comité de soutien » rapporte Le Quotidien du Médecin (Coline Garré). Un Pr Henri Joyeux dont Le Monde brossait, il y a quelques jours, un portrait que l’on peut tenir pour inquiétant. Un médecin amplement controversé au même titre que le Pr Luc Montagnier 1 avec lequel il vient de signer une peu banale lettre ouverte à Emannuel Macron.

Rappel : Henri Joyeux comparaît devant la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins – elle doit, en appel, décider si ce médecin a bel et bien manqué à sa déontologie après la radiation prononcée le 8 juillet 2016 en première instance, par la chambre disciplinaire du Languedoc-Roussillon. Le Pr Joyeux – ainsi, phénomène remarquable, que le conseil départemental de l’Hérault –  avaient fait appel de cette radiation. « Cette décision de radiation vient directement du ministère de la Santé et du Conseil de l’Ordre national qui cherche à me faire taire mais ils n’y arriveront pas, avait alors déclaré le radié sur RTL. Il est évident que je vais faire appel et l’appel est suspensif. Je continuerai à consulter, à conseiller. »

« Ce sont deux pétitions lancées par le chirurgien cancérologue qui sont à l’origine de la plaine de l’Ordre » rappelle Le Quotidien du Médecin.  Pétitions chapeautées par « l’Institut pour la protection de la santé naturelle » . La première (septembre 2014) s’oppose à « la vaccination massive des enfants contre les papillomavirus » et aux recommandations du Haut Conseil de la Santé publique en faveur d’un abaissement de l’âge de la vaccination de 11 ans à 9 ans. Le seconde (mai 2015), réclame à la ministre de la Santé la disponibilité du vaccin DTP sans autre valence et fait valoir  que « les Français sont piégés par la loi et les laboratoires ».

Chantre de la prudence

Pour l’Ordre, aucune hésitation : ce médecin manque à plusieurs articles du code de déontologie et de santé publique, notamment le R 4127-12 qui veut que « le médecin apporte son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire », et le R 4127-13, qui exige que « le médecin qui participe à une action d’information du public (…) doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public. »

Le Pr Joyeux avait comparu devant la chambre de première instance sans avocat, désinvolte, se souvient Le Quotidien. Cette fois-ci, Me Jean-François Jésus a défendu son client quarante-cinq minutes, en cherchant à démontrer qu’il n’était pas un anti-vaccin, fâcheuse étiquette dont il serait la victime. Me Jésus a in fine appelé l’instance disciplinaire à juger en toute indépendance et à blanchir le Pr Joyeux ; et fait part de son souhait de voir plusieurs médecins, dont le Dr Bouet président du conseil national de l’Ordre, lui présenter ses excuses. »

Et Le Quotidien de nous apprendre que le Pr Joyeux a tenté, dans un discours policé (très loin des références assumées à Andrew Wakefield en compagnie du Pr Luc Montagnier)  de se démarquer de son « personnage médiatique » pour asseoir sa « légitimité scientifique ». « Tout en assurant ne pas ‘’avoir à se mettre à genoux devant des décisions’’ qui ne lui semblent pas justes le Pr Joyeux s’est fait le chantre de la prudence et de l’humilité, écrit Coline Garré. Non, il n’est pas ce médecin rétrograde anti-pilule et anti-IVG qu’a dépeint Marisol Touraine. Mais il est de son devoir d’universitaire de porter un regard critique. »

« J’ai dédié ma vie à la médecine, a-t-il conclu. J’ai prêté serment en 1972 et y resterai fidèle jusqu’à mon dernier souffle. » La chambre disciplinaire de l’Ordre dira, dans trois à six semaines, si ce médecin doit, quarante-six ans plus tard, être rayé de ses listes. Au nom de la déontologie et de la santé publique.

A demain

1 A lire, dans le dernier numéro du Point (24 mai 2018) « Mais qu’arrive-t-il au Pr Montagnier ? » de Thomas Mahler et Violaine de Montclos. Nous reviendrons sous peu sur ce dossier.

 

Faire appel à Freud pour expliquer l’engouement dont Brigitte Macron est l’objet ?

Bonjour

Que serait la démocratie française sans les ondes gratuites de France Culture ? Lundi 7 mai 2018. Journal de la mi-journée. Invitée : Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Outre la réponse embarrassée de Mme Schiappa quant à la polémique naissante sur « la quête française de l’absolu et les 50 euros d’APL », on entend notamment ceci :

« Les Français sont dans une forme de paradoxe. On est à la fois extrêmement attaché à notre histoire et notamment à la Révolution française qui est un événement fondateur du pays avec les valeur qui ont été portées par la Révolution. tel que nous le connaissons aujourd’hui. Et dans le même temps, c’est vrai, je crois que la France a un besoin d’incarnation, qui se retrouve dans ce que propose le chef de l’Etat. Et d’ailleurs la cinquième République elle est fondée sur cela. Elle est fondée sur un Président de la République qui incarne véritablement  l’Etat.

« Et je crois d’ailleurs que l’engouement des Française et des Français pour la personne de Brigitte Macron, elle se trouve aussi là-dedans, dans ce besoin d’incarnation de quelque chose qui nous dépasse. Je sais que c’est politiquement incorrect de dire cela, mais je crois que l’explication est quasiment freudienne, on est un peuple romanesque, romantique, et qui aime avoir un couple à sa tête. Et c’est la vérité que l’on observe. Il suffit de voir le nombre de courrier et la popularité de Brigitte Macron pour le comprendre. »

Invité suivant de France Culture : Régis Debray, philosophe et écrivain, figure de la vie intellectuelle française. Il revient sur les mutations de notre histoire politique qu’il a observées ces cinquantes dernières années – et ce à l’occasion de la sortie de son « Bilan de faillite » (Gallimard). Hauteur de vue avec quelques envolées lumineuses. Redoutable passage sur la « transcendance ». L’auditeur en vient à regretter que Marlène Schiappa ne soit plus là.

A demain

PS: les biographes à venir de Mme Schiappa retiendront que, selon Le Canard Enchaîné, cette dernière multiplie les compliments à l’égard de la Première dame. « Je suis très proche de Brigitte, on s’appelle souvent. Elle me soutient beaucoup. Elle me demande des conseils », raconterait ainsi la secrétaire d’Etat, ancienne mancelle.  Lors d’un récent déplacement au consulat de New York, elle aurait confié à quelques femmes autour d’elle : « Hier, Simone de Beauvoir, aujourd’hui Brigitte Macron ». Cette comparaison a été confirmée par l’entourage de la secrétaire d’État à Closer.

«Castration chimique»: Laurent Wauquiez la réclame pour tous les «prédateurs sexuels» 

Bonjour

Un drame, une émotion nationale ? Une loi ! Après la tragédie de Wambrechies (Nord) Laurent Wauquiez, président du parti Les Républicains ne veut pas rester « les bras croisé ». Dans un entretien accordé à 20 Minutes il annonce vouloir une nouvelle loi qui imposerait la « castration chimique » aux violeurs.

 « Nous avons tous été touchés par le caractère tragique de l’histoire d’Angélique. J’ai aussi un sentiment de colère et d’incompréhension : comment se fait-il que cet homme déjà condamné pour viol ait pu être remis en liberté sans surveillance ? Malheureusement ce fait divers n’est pas isolé. Les chiffres sont terrifiants : chaque année 62.000 femmes sont violées en France, une femme de moins de 35 ans sur vingt est agressée sexuellement chaque année et un violeur sur vingt récidive. On ne peut pas rester les bras croisés face à ces réalités. »

 « Les prédateurs sexuels doivent soit subir une castration chimique, soit rester en prison. Il faut ouvrir la possibilité pour le juge de rendre obligatoire la castration chimique. Cela consiste en une injection de produits, à peu près tous les trois mois, pour diminuer les hormones et les pulsions sexuelles. C’est un traitement réversible. Cela permet de diminuer de manière très importante le risque qu’un violeur récidive. »

Laure Cometti (20 Minutes) fait justement observer à Laurent Wauquiez que nombre de psychiatres spécialisés soulignent que cette mesure est loin d’être totalement efficace pour lutter contre la récidive.

« Ce qui m’importe, c’est la protection des victimes, pas les droits des violeurs. Aujourd’hui, la castration chimique se fait à la demande du violeur lui-même, c’est absurde. Il faut que le juge puisse l’imposer au violeur, avec un accompagnement médical et psychiatrique. Et si le violeur refuse, alors il devra rester en prison, en rétention de sûreté. Les Républicains déposeront une proposition de loi pour défendre cette mesure. »

 Vingt ans après

 L’affaire va-t-elle prendre de l’ampleur ? Sur RTL Virginie Duval, présidente de l’Union Syndicale des Magistrats (USM) explique que « la castration chimique existe mais qu’elle ne peut pas être le remède miracle ». « C’est très particulier, et le passage à l’acte de ces personnes doit être évalué. On doit travailler avec ces personnes individuellement, précise-t-elle. Une fois que la personne a été condamnée, on peut notamment prononcer un suivi socio-judiciaire, qui peut comprendre des obligations de soins pour permettre à la personne de travailler sur ces questions. »

« Castration chimique » ? L’affaire a déjà été longuement débattue, en France. Et on imagine que Laurent Wauquiez le sait. Il suffit, pour cela, de consulter Wikipédia. Il y a vingt ans déjà, dans le cadre du suivi socio-judiciaire  institué par la loi Guigou (no 98-468 du 17 juin 1998 « relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs ») les détenus peuvent, sur la base du volontariat, suivre un traitement médicamenteux visant notamment à réduire la production de testostérone.

Laurent Wauquiez sait aussi qu’aujourd’hui ce dispositif n’est pas obligatoire, mais que les détenus qui n’y participent pas, ne peuvent prétendre à des remises de peine ou à la libération conditionnelle.  Et Laurent Wauquiez ne peut ignorer qu’en septembre 2007 le député UMP Bernard Debré avait (déjà) déposé une proposition de loi tendant à imposer la castration chimique aux personnes condamnées après avoir commis une agression sexuelle.

Selon les termes de la proposition, le juge pénal aurait eu la faculté d’obliger les intéressés à suivre un traitement. Celui-ci aurait commencé pendant l’exécution de la peine et aurait pu, le cas échéant, se poursuivre après la sortie de prison. En cas de refus, les intéressés auraient en effet été susceptibles d’être réincarcérés ou placés en détention de sûreté. Mais finalement elle a été refusée par l’Assemblée nationale.

Et Laurent Wauquiez se souvient sans doute que ce projet était réapparu en novembre 2009 avec le projet de loi tendant à amoindrir le risque de récidive criminelle et portant diverses dispositions de procédure pénale – un  projet de loi voulu par le gouvernement Fillon et porté par la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie. Cette proche de Laurent Wauquiez avait même annoncé dans Le Figaro Magazine  une « loi pour la castration chimique avant la fin de l’année ».

Nous étions alors au lendemain d’une affaire de viol et de meurtre commis par un homme récidiviste, affaire qui avait suscité une vive émotion en France. L’Assemblée nationale avait adopté un amendement permettant au juge d’imposer cette mesure, mais le Sénat l’avait retiré, laissant au médecin le soin d’apprécier son opportunité en fonction du patient. Laurent Wauquiez sait tout cela. Pourquoi n’en parle-t-il pas ?

A demain