Alcoolisme: Philippe Manœuvre, depuis vingt ans, n’a pas «touché une goutte». Et après ?

Bonjour

Philippe Manoeuvre aura bientôt 65 ans. C’est un journaliste, animateur radiophonique, spécialiste de bandes dessinées critique musical dont l’un des titres de gloire est d’avoir été durant vingt-quatre ans (de 1993 à 2017) le rédacteur en chef du magazine Rock & Folk. Il a également collaboré aux Nouvelles littéraires, à Playboy et à Libération.C’est, dans ce domaine, une bibliothèque vivante doublée d’une forme de caricature auto-proclamée qui fait le bonheur des humoristes-imitateurs.

Tintin du rock’n’roll

Aujourd’hui à la retraite, l’homme a trouvé un siège aux « Grosses Têtes » – comme Roselyne Bachelot (qui fut ministre). Et il fait la tournée des grands-ducs médiatiques pour assurer la promotion de son dernier opus, Rock, ma vie est un roman (HarperCollins) :

« L’autobiographie de Philippe Manœuvre est une plongée dans la vie de celui qui est devenu une légende du Rock à lui tout seul, un personnage vibrionnant, un Tintin du rock’n’roll immanquablement chaussé de ses Ray-Ban, le plus célèbre critique rock français de ces quarante dernières années. Proche d’Iggy Pop, de Polnareff, de Gainsbourg et de tant d’autres, intervieweur des Stones plus de vingt fois, il a fréquenté les plus grandes stars et parle aux baby-boomers comme au public de la « Nouvelle Star ». Ce livre foisonnant d’anecdotes, qui raconte comment cet homme et tous ces musiciens ont voulu changer le monde à travers le Rock, est à l’image de Manœuvre : il rocke. »

Passage obligé dans les colonnes du Monde (Laurent Carpentier) : « Un apéro avec Philippe Manœuvre : ‘’J’ai vu que Keith Richards non plus ne boit plus’’  Chaque semaine, ‘’L’Epoque’’ paie son coup. Cette semaine, Philippe Manœuvre, l’enfant du rock aux lunettes noires, parle abstinence, nuits blanches et lendemains qui se déhanchent ».

« Proposer un apéro à un ex-alcoolo, c’est comme inviter un évêque au bordel. Cela fera vingt ans cette année que Philippe Manœuvre n’a pas touché une goutte d’alcool, pas même un verre de vin blanc quand des copains apportent des huîtres. ‘’Pas toujours facile, mais je sais que si j’y touche, même un verre, le lendemain c’est trois verres, et je reviens illico au niveau où je m’étais arrêté.’’ Tournée générale de thé Earl Grey ! »

Sevrage réussi

Où l’on découvre, en s’intéressant au sujet, qu’il n’en est pas à sa première confidence médiatique sur son alcoolisme et son sevrage jusqu’ici réussi :

Juin 2008 : « Philippe Manœuvren’a pas toujours été le dynamique et avisé juré de la Nouvelle Star que l’on connait. Il fut un temps où le rédac’ chef de Rock & Folk avait de sérieux problèmes de drogue et d’alcool. Dans deux interviews accordées à GQ et Voici, il revient sur son passé d’alcoolique et de toxicomane.

« L’alcool tout d’abord. « À un moment, tu constates que tu es à une bouteille de Jack Daniel’s par jour et tu te dis : ‘Hum, ça serait bien qu’on ne dépasse pas’. […] Et puis tu t’aperçois que tu prends ton petit déj’ à la Heineken. À midi, tu vas boire trois bouteilles de vin avec une attachée presse et puis après tu recommences au Jack Daniel’s. Et parfois, la nuit, vers deux heures du matin, tu te dis : ‘Tiens, on se boirait pas des vodkas ?' ». En 1999, le complice de Lio, Sinclair et André Manoukian a tourné le dos à la boisson quand il s’est aperçu qu’il avait perdu toute inspiration et qu’il ne parvenait même plus à écouter de la musique. La drogue ensuite. « Je n’ai jamais été attiré par l’héroïne et j’ai arrêté la coke il y a un siècle. À un moment, j’ai été loin dans l’alcool… Je pesais vingt kilos de plus, j’étais sordide. » »

Décembre 2010 :  À l’occasion de la sortie de son livre – Le Rock français -, Philippe Manœuvre a rencontré nos confrères de Grazia. L’ancien juré de Nouvelle Staraujourd’hui sur Canal+, et toujours rédacteur en chef de Rock&Folk, prend un malin plaisir à tordre les clichés du rock. Certes, il ne quitte jamais ses lunettes noires et considère qu’une « veste Levi’s reste d’un chic incroyable« , mais pour ce qui est de l’expression sex, drugs & rock’n’roll, Manoeuvre en est bien revenu.

Dérive et sobriété

« Il raconte par exemple qu’il est aujourd’hui sobre après quelques années de dérive : « Je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis 1999. J’ai été obligé de m’arrêter : je buvais toute la nuit, toute la journée. Je faisais 20 kilos de plus, vous n’auriez pas aimé me voir et je n’aurais pas aimé que vous me rencontriez non plus. Quand je passais devant une glace, je me disais : C’est qui ce lourd ? Je me suis arrêté tout seul et j’ai évité la case rehab en écoutant John Coltrane. » Sa nouvelle drogue ? Le thé ! »

Où l’on en vient a regretter de ne pas disposer (à des fins de réduction des risques sinon d’exemple édifiant à proposer) d’un long témoignage, circonstancié, sur les modalités et les ressentis de cette sortie réussie d’un enfer où tant d’autres sont restés. Une reportage au plus profond de soi, en somme, comme il en existe quelques-uns dans la littérature – à commencer par « L’Opium » 1 de Jean Cocteau. Cocteau, l’auteur de « La Difficulté d’être » 2. Cocteau poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français. Mort à Milly-la-Forêt en 1963. Philippe Manœuvre n’avait pas encore dix ans.

A demain

@jynau

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

2 Comme OpiumLa Difficulté d’être est un livre de cure, cure de repos après le calvaire enduré pendant le tournage de La Belle et la Bête, durant lequel Cocteau souffre notamment de plusieurs maladies de peau. Le livre est commencé à Morzine (Haute-Savoie) en février 1946, continué à Paris, achevé début juillet à Verrières-le-Buisson, chez les Vilmorin. La convalescence se poursuivra dans le Poitou à La Roche-Posay du 25 juillet au 24 août. Le livre, auquel Cocteau ajoute une belle préface écrite en mars 1947 dans la maison qu’il vient d’acheter à Milly-la-Forêt, paraît en juillet de cette année.

 

Couches pour bébés à usage unique : la bien étrange tornade déclenchée par trois ministres

Bonjour

Comment le pouvoir exécutif peut-il ne pas trop en faire ? Et que vont penser les complotistes ? C’est une alerte sans précédent connu – si l’on excepte celle lancée au siècle dernier sur la « vache folle ».  Une tornade dans un ciel serein, une fébrilité de l’exécutif qui affolera jeunes parents et rayons des grandes surfaces.

C’est aussi une alerte lancée « sous embargo » (sic) : alertée dans la soirée du 22 janvier les journalistes avait interdiction de l’évoquer avant minuit. De manière à coordonner la décision gouvernementale et la publication de l’avis l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Où l’on retrouve la mise en scène médiatique d’une articulation idéale entre l’évaluation (scientifique) du risque et sa gestion (politique) de ce dernier.

Ainsi donc l’Anses « recommande d’améliorer la sécurité sanitaire des couches pour bébé ».

« A partir d’essais réalisés sur des couches jetables et leur usage, l’expertise de l’Agence a mis en évidence des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs substances chimiques. Au regard des risques que peuvent présenter ces substances pour la santé des bébés, l’Anses recommande de les éliminer ou de réduire au maximum leur présence dans les couches jetables. L’Agence préconise également de renforcer le contrôle de ces substances dans les couches mises sur le marché. Enfin, l’Anses souligne la nécessité d’un cadre réglementaire plus restrictif encadrant ces produits. »

Et, en même temps, trois ministres (de Rugy,  Transition écologique et solidaire ; Buzyn, Solidarités et Santé ; Lemaire,  Economie et Finances) « demandent aux professionnels la mise en œuvre rapide d’actions correctives ». « Des engagements sont attendus sous 15 jours. Les contrôles du marché des couches pour bébés par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) seront renforcés en 2019 tandis que la France plaidera à Bruxelles pour des règles européennes plus « protectrices ».

Procter & Gamble convoqué dès l’aube à Bercy

Ce n’est pas tout. Les industriels devront « prendre dans les meilleurs délais les mesures garantissant la sécurité des produits sur le marché », ajoutent les trois ministres qui invitent dans l’immédiat les parents à se renseigner sur la composition des produits. Première cible, les parfums, les seuls de ces produits chimiques à être intentionnellement ajoutés par les industriels. Les fabricants, convoqués mercredi à 8h00 à Bercy, devront réévaluer « l’usage de certaines substances ajoutées intentionnellement ».

« Le gouvernement exige des industriels qu’ils réévaluent l’usage de certaines substances ajoutées intentionnellement, qu’ils contrôlent mieux la qualité des matières premières utilisées et qu’ils modifient les procédés de fabrication susceptibles d’être à l’origine de la formation de certaines substances. Les professionnels seront de nouveau convoqués dans 15 jours afin qu’ils fassent part des actions déjà réalisées et de leurs engagements. »

Une urgence et une fébrilité d’autant plus étrange que l’’Anses ne met pas en évidence de danger grave et immédiat. Seule observation : « certaines substances chimiques sont présentes dans des quantités qui ne permettent pas d’exclure un risque sanitaire lié au port de couches ». L’Agence précise aussi qu’il n’existe aucune donnée épidémiologique présentant des effets sanitaires liés au port de couches pour les bébés, en lien avec la présence de ces substances chimiques. Tout juste se bornait-elle à recommander, pour limiter l’exposition des jeunes enfants aux substances chimiques, « que des actions de nature à éliminer ou réduire autant que possible la présence des substances préoccupantes identifiées soient mises en œuvre par les fabricants ».

La situation est d’autant plus confuse que les trois ministres ne donnent aucune information sur les marques potentiellement à risque tout en laissant dire que même des couches jetables écologiques (re-sic) seraient problématiques. Pour sa part, hyper-réactif sur RTL, Benjamin Binot, le directeur général de Procter & Gamble France ( couches Pampers) a affirmé que ses couches [Pampers] « sont sûres » 1.

Comme toujours exhaustif  Le Monde (Stéphane Mandard)  précise que la toxicité des couches lavables, auxquelles on recourt seulement 5 % des parents, n’a pas encore été testée par l’Anses. Les trois ministres n’en parlent donc pas.

A demain

@jynau

1 Réagissant à la publication du rapport concernant la sécurité sanitaire des couches pour bébé  Carole Juge-Llewellyn, présidente fondatrice de JOONE, « le spécialiste des couches et des produits de puériculture éco-responsables et Made in France », a fait annoncer, pendant la rencontre de Bercy : « Depuis la création de JOONE, il y a un an et demi, nous avons été les premiers à nous engager pour une politique transparente en étant la première marque de couches au monde à publier intégralement les analyses toxicologiques de nos changes pour bébéCet engagement pour une politique de transparence très exigeante fait aujourd’hui enfin l’objet d’une prise de conscience partagée par les pouvoirs publics avec la publication du rapport alarmiste de l’Anses aujourd’hui.»

 

Chimiothérapie : combien d’années avant que les vraies perruques soient remboursées ?

Bonjour

21 décembre 2018. C’est une « info RTL-première radio de France » : La Sécurité sociale va prendre en charge dès avril prochain le remboursement des perruques de classe 1 pour les patientes sous chimiothérapie.

« C’est beaucoup plus qu’un accessoire esthétique, beaucoup plus qu’une simple prothèse… La perruque pour les femmes traitées pour un cancer, c’est un peu de moral retrouvé, de la confiance en soi… Ce petit plus qui fait qu’on se sent un peu moins mal. Ces perruques sont actuellement remboursées 125 euros, ce qui est assez loin de leur coût réel. Mais dans quelques semaines, en avril prochain, elles seront intégralement remboursées, permettant ainsi aux nombreuses patientes sous chimiothérapie de se procurer une perruque de bonne qualité sans aucun reste à charge.

Cette perruque de classe 1 sera vendue 350 euros maximum, les fabricants de prothèses capillaires ayant accepté de baisser leur prix tandis que la Sécurité sociale en remboursera la totalité. Pour des perruques plus luxueuses, avec plus de cheveux naturels, vendues aujourd’hui jusqu’à 700 euros, le montant du remboursement sera de 250 euros. 1

RTL ajoute que ce combat a été remporté par l’association Rose magazine qui réclamait cette mesure depuis plusieurs années – une mesure pourtant prévue dans le plan cancer mais le dossier était cependant bloqué.

« Dossier bloqué » ? Qui nous dira par qui, comment et pourquoi ? En juin dernier, une pétition avait été lancée  et Agnès Buzyn s’était engagée à  trouver une solution. C’était le 21 juin, sur C News :

« Bien sûr, c’est une mesure que j’ai rédigée moi-même quand j’ai écrit le Plan cancer pour le gouvernement précédent [lorsqu’elle présidait l’Institut national du cancer]. On s’était aperçu [sic] qu’on avait un problème de reste à charge et que les femmes étaient obligées de dépenser beaucoup pour leur perruque malgré un forfait de prise en charge. La Haute Autorité de santé a été saisie et elle détermine les caractéristiques d’une perruque pour qu’elle soit remboursée. Ce sera fait. »

Rédiger soi-même une mesure une mesure quand on « écrit le Plan cancer pour le gouvernement précédent » (avant 2014) …. Devenir (en 2017) ministre des Solidarités et de la Santé… Et devoir encore attendre encore (2019) pour qu’une mesure à ce point importante se concrétise….

Faut-il chercher l’erreur ? Faut-il, ce qui serait pire, conclure qu’il n’y en a pas ?

A demain

@jynau

1 Pour plus de précisions « Bientôt une perruque de qualité avec un «reste-à-charge 0» » (Céline Lis-Raoux)

 

Un terroriste tue à Strasbourg, les théories du complot gangrènent les réseaux sociaux

Bonjour

C’est une déferlante insidieuse. Mardi 11 décembre, sur le marché de Noël de Strasbourg, une attaque terroriste a fait trois morts et treize blessés. Aussitôt des « Gilets Jaunes » ont accusé le président de la République et le gouvernement d’être à l’origine de cette attaque affin de ruiner leur mouvement. Une tentative de diversion, en somme… Passons sur  les « preuves » avancées, toutes factices ou sans objet.

C’est une déferlante qui trouve sa source dans les théories du complot. Elle se fonde aujourd’hui sur la concomitance entre les annonces d’Emmanuel Macron, l’attentat et la proximité d’un possible « acte V » des Gilets Jaunes. Face à ce mouvement, plusieurs modérateurs d’importants groupes Facebook de Gilets Jaunes ont annoncé qu’ils prenaient la décision de fermer temporairement la modération et de bloquer  toute publication. Et Plusieurs ont appelé à continuer la mobilisation en portant un signe noir en hommage aux victimes de Strasbourg. Seront-ils bientôt accusés de faire partie du complot ?

C’est une déferlante face à laquelle le pouvoir exécutif est impuissant. Sauf à qualifier de tels propos d’ « indignes » comme viennent de le faire plusieurs membres du gouvernement invités sur France Inter et sur RTL. Et c’est aussi une déferlante qui dépasse des médias généralistes aujourd’hui impuissants, par définition, à démonter un complotisme qui se nourrit consubstantiellement de la peur, de la déraison, de l’insensé. Mais pas seulement : « Les théories du complot viennent réordonner le monde en y insufflant de la causalité. C’est ce qui les rend si attractives. » explique Slate.fr (Loïc Nicolas).

Journalisme, politique et santé publique

A ce stade, que faire ? Ecouter, ou lire, sur France Culture, Guillaume Erner : « Fusillade à Strasbourg : complotisme et défiance détruisent notre capacité à faire société »

 « La société française est une nouvelle fois menacée par le terrorisme… Et, doublement menacée, d’abord par cet assassin qui a frappé hier soir sur le marché de Noël de Strasbourg, mais aussi par les commentaires complotistes qui ont immédiatement submergé Facebook, et notamment certains groupes de gilets jaunes (…)

Il y a dans ce complotisme quelque chose d’infiniment triste : la défiance absolue dans la possibilité d’un pouvoir républicain, la croyance selon laquelle la fin justifierait tous les moyens pour l’exécutif, sont finalement le signe d’une société fracturée. Cette défiance, il faut le souligner, ne vise pas particulièrement Emmanuel Macron, elle était déjà très largement présente sous François Hollande : il ne s’agit pas d’un manque de confiance vis-à-vis de ce gouvernement, mais d’une défiance par rapport à nos institutions. 

Comme à l’époque de l’attentat de Charlie Hebdo, ou mille théories farfelues avaient été diffusées sur la toile, ces commentaires trouvent mille raisons de douter de la réalité de cet attentat. D’où ce paradoxe, la volonté de croire que personne ne serait assez méchant pour viser un marché de Noël, mais dans le même temps l’idée que le gouvernement est prêt à tout pour asseoir son pouvoir. 

Ce scepticisme témoigne donc d’une confiance en l’humain, et d’une défiance absolue vis-à-vis de tout pouvoir, de toute autorité, comme si finalement, en accédant au pouvoir on cessait d’être homme, comme si la seule question que l’on devait se poser en permanence, était à qui profite le crime. Ce complotisme procède d’une pensée magique : le pouvoir a tous les pouvoirs. Voilà la nouvelle pensée magique, une magie qui détruit notre capacité à faire société. »

A demain

@jynau

Gilets Jaunes: la France aura-t-elle un nouveau «contrat social» providentiel pour Noël ?

Bonjour

On peut considérer Brune Poirson, 38 ans, comme un poisson pilote dans le grand océan politico-médiatique national. Ainsi la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire vient-elle de parler de « contrat social ». Elle l’a fait en écho des propos de Jean-Yves Le Drian, 71 ans, ancien socialiste  aujourd’hui ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Et – qui sait ? – prochain Premier ministre.

Pour l’heure, face aux Gilets Jaunes, le ministre Jean-Yves Le Drian, comme tous ses collègues du gouvernement, est inquiet. Très inquiet « pour la démocratie et les institutions françaises ».  Il l’a amplement dit au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. :

« Je suis ministre des Affaires étrangères, je voyage partout dans le monde et je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j’appelle au ressaisissement, par le dialogue, parce que c’est notre manière d’être. Quand j’entends un certain nombre de déclarations, je suis inquiet.

« Lisez l’ensemble des déclarations y compris d’un certain nombre d’acteurs majeurs de la France Insoumise (…) J’entends dire ‘’l’insurrection est là, l’insurrection est en marche’’: c’est pas la République ça, à ma connaissance« .  « Quand j’entends des propos tenus sur le rond-point des Champs-Elysées comme quoi Macron finirait comme Kennedy, je dis qu’il y a des risques pour la RépubliqueC’est insupportable qu’un élu reçoive une balle dans une enveloppe, ce sont des méthodes de mafia, il faut qu’on les condamne collectivement.

« Le danger c’est la mise en cause de nos propres institutions, de notre vivre ensemble (…) Le président de la République doit fixer maintenant le grand cap de ce mouvement pour aller vers le nouveau contrat social indispensable »

Elément de langage

Et peu après heures plus tard, Brune Poirson, de faire de ce concept historique 1 un nouvel « élément de langage ».

« Cela ne doit pas être un débat d’entourloupes, de leurres, mais de propositions qui puissent ensuite être remontées, regroupées pour faire en sorte que l’on marche vers un nouvel Etat providence, un nouveau contrat social dans le pays, a encore expliqué Jean-Yves Le Drian. On ne réforme par un pays uniquement par le haut (…) Je pense que l’heure des territoires est arrivé. Je pense que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’impact social et politique des mesures que nous sommes amenés à prendre. »

Autant de mots qui, dans la bouche d’un poids lourd de la Macronie, sonne comme un désaveu de la majorité à laquelle il avait fait le choix d’adhérer et qu’il avait aidé à constituer.  Comment comprendre ? Jean-Yves Le Drian s’est refusé à toute conjecture sur l’avenir politique du Premier ministre Edouard Philippe.

La Bretagne, après Le Havre,  à Matignon ? « Ce n’est pas mon sujet, dit aujourd’hui cet enfant de Lorient.  Je suis ministre des Affaires étrangères. J’ai beaucoup de travail dans un monde très compliqué où il y a des tensions majeures. Je remplis ma tâche avec beaucoup de plaisir. » Pour un peu on en douterait.

A demain

@jyau

1 « Du contrat social » : « Le contrat social ou Principes du droit politique » est un ouvrage de philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Cette œuvre « a constitué un tournant décisif pour la modernité et s’est imposée comme un des textes majeurs de la philosophie politique, en affirmant le principe de souveraineté du peuple fondé sur  les notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale. » On connaît la suite.

 

Gilets Jaunes : Benjamin Grivaux et la fable de la pauvre maman qui a besoin de voir un dermato

Bonjour

I Benjamin-Blaise Griveaux, porte-parole du gouvernement, le 2 décembre 2018  sur RTL: « ‘’Gilets jaunes » : Benjamin Griveaux exclut à nouveau tout « changement de cap » Le gouvernement n’entend pas changer de cap après les violences qui ont éclaté à Paris et dans d’autres villes de France, pour l’acte III de la mobilisation des « gilets jaunes’’ »

II Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, le 5 décembre 2018 sur RTL : « « Gilets jaunes » : « On change de méthode et on l’assume ». » Après avoir reconnu que « moratoire » était « un mot très compliqué »cette question : le  moratoire sur la taxe carbone est-il une marche arrière de la part du gouvernement ?

« On a changé. C’est le rôle du politique de ne pas être sourd, de ne pas être aveugle (…). On l’assume évidemment. Du coup on change de méthode et cette méthode c’est mettre les gens autour de la table et on va avoir trois mois pour le faire partout dans les territoires. »

III Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, ce matin, sur la « première radio de France » :

« Moi j’ai une femme qui m’a dit deux choses. Une femme dans le sud-ouest de la France et qui portait un gilet jaune. Deux choses. Un : qu’elle avait besoin de voir un dermato et qu’elle avait six mois d’attente dans le territoire où elle habitait. Deux : qu’elle ne savait pas comment elle allait faire un cadeau de Noël à ses enfants. Soit on est totalement insensible et sourd à cela. Et dans ce cas je conseille vivement de changer d’activité. Soit on entend et c’est ce qu’on a fait. »  

A demain

@jynau

 

Gilets Jaunes versus Edouard Philippe : moratorium ou moratoire ? Petite leçon du soir

Bonjour

C’est donc (enfin) fait : l’exécutif semi-jupitérien vient de (tenter de) crever l’abcès français. Trop tard ? A voir. Reddition ou capitulation ? Cela ne saurait trop tarder. Crépuscule du 4 décembre 2018 : Le Figaro (Christine Ducros) :

« ‘’Qu’est-ce qu’on constate depuis trois semaines ?’’, a interrogé Édouard Philippe, entouré lors de son intervention par les ministres Muriel Pénicaud, Jean-Michel Blanquer, François de Rugy et Marc Fesneau: ‘’On voit monter en France une colère profonde qui vient de loin, qui a longtemps été cachée par pudeur et fierté. Aujourd’hui, elle s’exprime de manière collective. Colère de Français qui ont le sentiment d’être dos au mur, qui travaillent et ne veulent pas être relégués’’.

 « Puis toujours pour tenter de juguler la crise, le Premier ministre a fait montre de pédagogie devant les caméras . Il a annoncé ‘’la suspension pour six mois de trois mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur au 1er janvier, dont la hausse de la taxe carbone et le gel des augmentations du gaz et de l’électricité’’, à l’origine du mouvement des «Gilets jaunes’’. Justifiant ce qu’il faut bien appeler un recul, il a reconnu: ‘’Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la Nation’’.

Juguler sans jugulaire

La demande de moratoire avait été faite plus tôt dans la matinée sur RTL-Yves Calvi-première radio de France par Stanislas Guérini, le déjà bien trop jeune général-en-chef des troupes macroniennes, pour l’heure déconfites : «Le temps du débat est venu, on lève le crayon, on fait un gel (…) Il doit y avoir une pause pour mettre en place le débat».

Lever le crayon pour tenter de réduire la température ? Où l’on pressent un inconscient friand des métaphores climatico-politiques. Reste l’histoire de la vieille langue française qui réclame généralement de préférer moratorium à moratoire . Pour autant :

Moratorium : Disposition légale, nécessitée par des raisons impérieuses d’intérêt public, suspendant d’une manière générale l’exigibilité des créances, le cours d’actions en justice; p. méton., cette suspension (d’apr. Cap.1936). En Bourse, depuis deux jours, c’était la panique. Les agents de change et les gros coulissiers s’employaient auprès du gouvernement afin d’obtenir un moratoire qui permît de reporter, à tout hasard, en fin août, la liquidation de juillet (Martin du GARD., Thib., Été 14, 1936, p.468). Il fallut suspendre la vente des biens nationaux et, par un moratoire, sauver les créanciers de la ruine (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p.470).

 Acte d’un créancier qui reporte la date d’échéance d’une créance.La «Royal Mail», la «White Star» étaient obligées de solliciter des moratoires de leurs créanciers, tandis que la «Holland Amerika» et sa filiale la «Maildienst» avaient suspendu leurs paiements dès 1930 (M. Benoist, Pettier, Transp. mar., 1961, p.18).

 P. anal. Fait de suspendre une action, un processus (généralement dans un contexte politique). Moratoire nucléaire, contre la guerreAinsi les Nations Unies adoptèrent (…) une résolution demandant un moratoire des essais nucléaires (malgré l’opposition des puissances atomiques militaires) (Goldschmidt, Avent. atom., 1962, p.199).

Littér. Délai, retard. Le désir était, chez Sylla, impétueux et ne souffrait nul moratoire (LEON Daudet, Sylla, 1922, p.44).

Où l’on voit, Gilets Jaunes et Sylla, ou pas, que l’heure est, ce soir, bien grave.

A demain

@jynau