Gilets Jaunes: la France aura-t-elle un nouveau «contrat social» providentiel pour Noël ?

Bonjour

On peut considérer Brune Poirson, 38 ans, comme un poisson pilote dans le grand océan politico-médiatique national. Ainsi la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire vient-elle de parler de « contrat social ». Elle l’a fait en écho des propos de Jean-Yves Le Drian, 71 ans, ancien socialiste  aujourd’hui ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Et – qui sait ? – prochain Premier ministre.

Pour l’heure, face aux Gilets Jaunes, le ministre Jean-Yves Le Drian, comme tous ses collègues du gouvernement, est inquiet. Très inquiet « pour la démocratie et les institutions françaises ».  Il l’a amplement dit au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. :

« Je suis ministre des Affaires étrangères, je voyage partout dans le monde et je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j’appelle au ressaisissement, par le dialogue, parce que c’est notre manière d’être. Quand j’entends un certain nombre de déclarations, je suis inquiet.

« Lisez l’ensemble des déclarations y compris d’un certain nombre d’acteurs majeurs de la France Insoumise (…) J’entends dire ‘’l’insurrection est là, l’insurrection est en marche’’: c’est pas la République ça, à ma connaissance« .  « Quand j’entends des propos tenus sur le rond-point des Champs-Elysées comme quoi Macron finirait comme Kennedy, je dis qu’il y a des risques pour la RépubliqueC’est insupportable qu’un élu reçoive une balle dans une enveloppe, ce sont des méthodes de mafia, il faut qu’on les condamne collectivement.

« Le danger c’est la mise en cause de nos propres institutions, de notre vivre ensemble (…) Le président de la République doit fixer maintenant le grand cap de ce mouvement pour aller vers le nouveau contrat social indispensable »

Elément de langage

Et peu après heures plus tard, Brune Poirson, de faire de ce concept historique 1 un nouvel « élément de langage ».

« Cela ne doit pas être un débat d’entourloupes, de leurres, mais de propositions qui puissent ensuite être remontées, regroupées pour faire en sorte que l’on marche vers un nouvel Etat providence, un nouveau contrat social dans le pays, a encore expliqué Jean-Yves Le Drian. On ne réforme par un pays uniquement par le haut (…) Je pense que l’heure des territoires est arrivé. Je pense que l’on ne prend pas suffisamment en compte l’impact social et politique des mesures que nous sommes amenés à prendre. »

Autant de mots qui, dans la bouche d’un poids lourd de la Macronie, sonne comme un désaveu de la majorité à laquelle il avait fait le choix d’adhérer et qu’il avait aidé à constituer.  Comment comprendre ? Jean-Yves Le Drian s’est refusé à toute conjecture sur l’avenir politique du Premier ministre Edouard Philippe.

La Bretagne, après Le Havre,  à Matignon ? « Ce n’est pas mon sujet, dit aujourd’hui cet enfant de Lorient.  Je suis ministre des Affaires étrangères. J’ai beaucoup de travail dans un monde très compliqué où il y a des tensions majeures. Je remplis ma tâche avec beaucoup de plaisir. » Pour un peu on en douterait.

A demain

@jyau

1 « Du contrat social » : « Le contrat social ou Principes du droit politique » est un ouvrage de philosophie politique de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762. Cette œuvre « a constitué un tournant décisif pour la modernité et s’est imposée comme un des textes majeurs de la philosophie politique, en affirmant le principe de souveraineté du peuple fondé sur  les notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale. » On connaît la suite.

 

Gilets Jaunes : Benjamin Grivaux et la fable de la pauvre maman qui a besoin de voir un dermato

Bonjour

I Benjamin-Blaise Griveaux, porte-parole du gouvernement, le 2 décembre 2018  sur RTL: « ‘’Gilets jaunes » : Benjamin Griveaux exclut à nouveau tout « changement de cap » Le gouvernement n’entend pas changer de cap après les violences qui ont éclaté à Paris et dans d’autres villes de France, pour l’acte III de la mobilisation des « gilets jaunes’’ »

II Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, le 5 décembre 2018 sur RTL : « « Gilets jaunes » : « On change de méthode et on l’assume ». » Après avoir reconnu que « moratoire » était « un mot très compliqué »cette question : le  moratoire sur la taxe carbone est-il une marche arrière de la part du gouvernement ?

« On a changé. C’est le rôle du politique de ne pas être sourd, de ne pas être aveugle (…). On l’assume évidemment. Du coup on change de méthode et cette méthode c’est mettre les gens autour de la table et on va avoir trois mois pour le faire partout dans les territoires. »

III Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, ce matin, sur la « première radio de France » :

« Moi j’ai une femme qui m’a dit deux choses. Une femme dans le sud-ouest de la France et qui portait un gilet jaune. Deux choses. Un : qu’elle avait besoin de voir un dermato et qu’elle avait six mois d’attente dans le territoire où elle habitait. Deux : qu’elle ne savait pas comment elle allait faire un cadeau de Noël à ses enfants. Soit on est totalement insensible et sourd à cela. Et dans ce cas je conseille vivement de changer d’activité. Soit on entend et c’est ce qu’on a fait. »  

A demain

@jynau

 

Gilets Jaunes versus Edouard Philippe : moratorium ou moratoire ? Petite leçon du soir

Bonjour

C’est donc (enfin) fait : l’exécutif semi-jupitérien vient de (tenter de) crever l’abcès français. Trop tard ? A voir. Reddition ou capitulation ? Cela ne saurait trop tarder. Crépuscule du 4 décembre 2018 : Le Figaro (Christine Ducros) :

« ‘’Qu’est-ce qu’on constate depuis trois semaines ?’’, a interrogé Édouard Philippe, entouré lors de son intervention par les ministres Muriel Pénicaud, Jean-Michel Blanquer, François de Rugy et Marc Fesneau: ‘’On voit monter en France une colère profonde qui vient de loin, qui a longtemps été cachée par pudeur et fierté. Aujourd’hui, elle s’exprime de manière collective. Colère de Français qui ont le sentiment d’être dos au mur, qui travaillent et ne veulent pas être relégués’’.

 « Puis toujours pour tenter de juguler la crise, le Premier ministre a fait montre de pédagogie devant les caméras . Il a annoncé ‘’la suspension pour six mois de trois mesures fiscales qui devaient entrer en vigueur au 1er janvier, dont la hausse de la taxe carbone et le gel des augmentations du gaz et de l’électricité’’, à l’origine du mouvement des «Gilets jaunes’’. Justifiant ce qu’il faut bien appeler un recul, il a reconnu: ‘’Aucune taxe ne mérite de mettre en danger l’unité de la Nation’’.

Juguler sans jugulaire

La demande de moratoire avait été faite plus tôt dans la matinée sur RTL-Yves Calvi-première radio de France par Stanislas Guérini, le déjà bien trop jeune général-en-chef des troupes macroniennes, pour l’heure déconfites : «Le temps du débat est venu, on lève le crayon, on fait un gel (…) Il doit y avoir une pause pour mettre en place le débat».

Lever le crayon pour tenter de réduire la température ? Où l’on pressent un inconscient friand des métaphores climatico-politiques. Reste l’histoire de la vieille langue française qui réclame généralement de préférer moratorium à moratoire . Pour autant :

Moratorium : Disposition légale, nécessitée par des raisons impérieuses d’intérêt public, suspendant d’une manière générale l’exigibilité des créances, le cours d’actions en justice; p. méton., cette suspension (d’apr. Cap.1936). En Bourse, depuis deux jours, c’était la panique. Les agents de change et les gros coulissiers s’employaient auprès du gouvernement afin d’obtenir un moratoire qui permît de reporter, à tout hasard, en fin août, la liquidation de juillet (Martin du GARD., Thib., Été 14, 1936, p.468). Il fallut suspendre la vente des biens nationaux et, par un moratoire, sauver les créanciers de la ruine (Lefebvre, Révol. fr., 1963, p.470).

 Acte d’un créancier qui reporte la date d’échéance d’une créance.La «Royal Mail», la «White Star» étaient obligées de solliciter des moratoires de leurs créanciers, tandis que la «Holland Amerika» et sa filiale la «Maildienst» avaient suspendu leurs paiements dès 1930 (M. Benoist, Pettier, Transp. mar., 1961, p.18).

 P. anal. Fait de suspendre une action, un processus (généralement dans un contexte politique). Moratoire nucléaire, contre la guerreAinsi les Nations Unies adoptèrent (…) une résolution demandant un moratoire des essais nucléaires (malgré l’opposition des puissances atomiques militaires) (Goldschmidt, Avent. atom., 1962, p.199).

Littér. Délai, retard. Le désir était, chez Sylla, impétueux et ne souffrait nul moratoire (LEON Daudet, Sylla, 1922, p.44).

Où l’on voit, Gilets Jaunes et Sylla, ou pas, que l’heure est, ce soir, bien grave.

A demain

@jynau

 

 

Gilets jaunes, le noir, le froid et l’alcool : Christophe Castaner devait-il vraiment dire ça ?

Bonjour

18 novembre 2018. Les journalistes, ces historiens de l’instant, interrogent à qui mieux mieux les sociologues en chaire médiatique. Il s’agit de comprendre l’étrange phénomène français d’hier : « les gilets jaunes ». On aurait parlé, jadis, de « jacquerie » :

« Insurrection populaire, notamment paysanne. J’ai reçu une lettre lamentable de MmeSand. Il y a une telle misère dans son pays, qu’elle redoute une jacquerie (Flaubert., Corresp.,1870, p. 136). Les émeutes serviles, les jacqueries, les guerres des gueux, les révoltes des rustauds (Camus, Homme rév.,1951, p. 139) »

Certes. Mais aujourd’hui ?

Sur toutes les ondes : Christophe Castaner, jeune ministre de l’Intérieur. Prenons RTL, « première radio de France ». « Gilets jaunes » : « ll y a eu 282 interpellations », annonce Castaner sur RTL » :

« Les chiffres ont considérablement augmenté cette nuit. Au lendemain de la mobilisation des « gilets jaunes », Christophe Castaner a dressé un nouveau bilan. Invité de RTL, il a ainsi comptabilisé 287.710 manifestants sur les 2.034 sites occupés samedi 17 novembre (…) Cette nuit a été agitée. (…) Il y a eu des agressions, des bagarres, des coups de couteau », a détaillé le ministre. « Il y a aussi eu des bagarres entre ‘gilets jaunes’. Il y a eu beaucoup d’alcool dans certains endroits, et ça a provoqué ces comportements idiots qui peuvent pousser à la violence, et là ça devient inacceptable » »

Plus précisément Christophe Castaner a déclaré : « Il y a eu beaucoup d’alcool dans certains endroits, et pour tenir la nuit…  avec le froid qui arrive… et du coup ça a provoqué ces comportements idiots … [la suite sans changement] ».

L’alcool, pour « tenir la nuit avec le froid qui arrive ». Chacun sait qu’en réalité l’alcool ingéré ne réchauffe que par illusion  1. Ce que ne peut manquer de savoir le ministre de l’Intérieur. Mais encore ? Journalistes, sociologues ou citoyens, pourraient aussi percevoir dans cet alcool « qui aide à tenir la nuit » comme une amorce de métaphore politique. Quel ministre, quel gouvernement, quel président, viendra dire, simplement,  que, tout bien pesé, l’espoir luit ?

A demain

@jynau

 1 On notera toutefois ici le dernier, épais et glacé supplément de L’Equipe : « Whisky. Tout savoir de cette eau-de-vie à l’occasion des fêtes de fin d’année » (sic)

 

 

 

 

Le gouvernement aimerait que vous puissiez aussi télé-travailler pendant vos arrêts-maladie

Bonjour

14 novembre 2018. Le fioul s’envole et les gilets deviennent jaunes. La France matinale et politique écoute, sur RTL, Edouard Philippe. Un Premier ministre tendu, énervé, hésitant, osant parler d’une « France qui crève » de ne pas avoir été réformée. « Super-primes à la conversion automobile » « chèques carburants » « chèques énergie » … Et le Premier ministre de confirmer une autre « information RTL » : il a bel et bien commandé une mission pour réfléchir à l’usage du télétravail en entreprise pour minimiser les arrêts de travail de plus de six mois, très coûteux pour l’Assurance maladie. RTL :

« Travailler de chez soi au lieu d’être en arrêt maladie. C’est la piste de réflexion du gouvernement qui réfléchit à l’usage du télétravail pour limiter le nombre de certains arrêts maladie. Une idée sur laquelle planche la mission commandée par le Premier ministre. 

Cette piste pourrait faire partie des propositions à venir dans les prochains mois et a été évoquée lors d’un groupe de concertation réuni au cours de la journée d’hier, mardi 13 novembre. Alors en quoi consisterait cette piste ? En pratique, si vous êtes secrétaire et vous vous cassez la cheville, prendre le métro ou votre voiture est certes très compliqué, vous avez aussi sans doute besoin d’être au calme, mais cela ne vous empêche pas de travailler de chez vous, sur un ordinateur. C’est en tous cas, une piste possible pour le gouvernement, parmi d’autres et soumise à discussion. »

Patronat et prolétariat

D’autres pistes sont envisagées : des » arrêts de travail numériques » (et non plus sur format papier) ou des « mi-temps thérapeutiques » possible dès le début de l’arrêt.  Dans la ligne de mire du gouvernement : les arrêts de travail courts (de quelques jours) mais aussi et surtout les arrêts de travail longs (de plus de six mois). « Selon les documents que nous nous sommes procurés, ces arrêts de plus de six mois ont beau être très peu nombreux, à peine 7% des arrêts de travail, ils coûtent près de la moitié des dépenses de l’Assurance maladie (44% du coût des arrêts pour l’Assurance maladie) » précise la « première radio de France ».

Le télétravail serait à organiser en concertation avec le salarié, l’entreprise et …. le médecin traitant prescripteur. Une affaire présentée comme permettant des économies pour la Sécurité sociale, une meilleure organisation pour l’entreprise, et, pour le salarié, la chance de pouvoir rester en contact avec son travail. Bien évidemment tout ceci ne pourra pas concerner tous les emplois ni tous les types d’arrêts maladie. On peut aussi imaginer que certains syndicats ou formations politiques redoutent que cette réforme moderne ne soit une nouvelle arme offerte au patronat pour pressurer un peu plus les prolétaires.

On attend, sur ce terrain, les arguments d’Agnès Buzyn.

A demain

@jynau

Epidémiologie politique: qui désormais comprend quoi à l’affaire des «bébés sans bras» ?

Bonjour

Ce sont des effets certains de la « pression médiatique ». Hier une surenchère de Santé publique France (SpF) découvrant, subitement « onze nouveaux cas ».  Ce matin, sur RTL, le Dr François Bourdillon, directeur général de l’agence SpF. Il annonce qu’une « enquête sur toute la France est en cours »  pour recenser au mieux  les cas des bébés nés sans mains, bras ou avant-bras. Résultats attendus « dans à peu près dans trois mois ».

Au même instant, interrogée sur les causes possibles de ces malformations, Agnès Buzyn précisait sur RMC/BFMTV qu’elle les ignorait. « Je veux savoir, je pense que toute la France veut savoir, a déclaré la ministre des Solidarités et de la Santé. Nous ne voulons fermer aucune piste. C’est possiblement une piste environnementale, c’est peut-être ce qu’elles [les femmes enceintes] ont mangé, c’est peut-être ce qu’elles ont respiré. »

Et Mme Buzyn de rappeler qu’une enquête conjointe avait été demandée à SpF et à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Objectif : « explorer ces cas, de retourner voir les mères, les familles, essayer de comprendre quel point commun il peut y avoir entre ces familles. La complexité est de retourner dans l’histoire de ces familles, sur des cas qui datent d’il y a parfois plus de dix ans ».

Il faut encore compter aujourd’hui avec les longues explications compliquées, au 13h de France Inter, du Dr Elisabeth Gnansia, généticienne et présidente du conseil scientifique du Registre des malformations congénitales en Rhône-Alpes (Remera). Entre 2009 et 2014, ce registre avait enregistré sept cas d’agénésie transverse des membres supérieurs (ATMS) avant d’en signaler un huitième, le 29  octobre – un enfant né en  2012 dans un hôpital d’un département voisin, mais issu d’une famille résidant dans la même zone de 17  km de rayon que les sept autres.

Relations notoirement tendues

Ainsi donc à ces huit cas, SpF en ajoute d’autres – tout en dénonçant publiquement et sans nuances les pratiques infra-scientifiques du Remera. Or voici, paradoxalement, que la pertinence de ce relevé de cas anciens est contestée par Emmanuelle Amar, la directrice générale du Remera, à l’origine de l’alerte, lancée en  2016. « Ces sept cas présentés comme nouveaux ne conduisent qu’à diluer inutilement le problème, vient-elle de déclarer au Monde.  Les données du PMSI sont destinées à la facturation des actes, trop imprécises pour qu’on puisse en tirer quoi que ce soit d’utile et il est très probable que l’on ne retrouvera jamais ces cas. En outre, sept cas sur l’ensemble du département de l’Ain en 10 ans, cela entre dans la moyenne de ce que l’on attend et ne semble pas constituer un excès statistique. »

C’est peu dire que les relations sont notoirement tendues entre les responsables du Remera et SpF – qui compte (encore) au nombre des financeurs du registre. Et nombre de médias soutiennent, ici, le Remera contre Santé publique France soupçonnée de vouloir cacher la réalité. Une réalité d’ores et déjà connue de nombre de responsables écologistes qui, sans l’ombre d’une preuve, accusent les « pesticides ».

Un groupe composé de diverses personnalités 1 vient ainsi d’écrire à Agnès Buzyn.  Extraits :

« Madame la Ministre,

 Depuis plusieurs semaines les 7 cas d’enfants nés sans bras ou sans mains dans l’Ain entre 2009 et 2014 et l’alerte donné par l’épidémiologiste du REMERA (registre des malformations en Rhône Alpes) restent sans explication et montre les carences de notre démocratie sanitaire et de notre système de surveillance (…)

Nous nous félicitons que votre gouvernement ait pris ses distances avec les insatisfaisantes conclusions du 4 octobre de Santé Publique France et que vous trouviez ‘’insupportable que ces cas groupés soient restés sans explications ».

Sous la pression médiatique et celle des politiques et des familles de victimes, votre gouvernement nous a donné partiellement raison en demandant notamment une étude à l’Anses comme nous l’exigions pour examiner les hypothèses environnementales (pesticides, autres facteurs de pollution environnementale). Nous souhaitons que cette étude soit réalisée par des équipes scientifiques indépendantes et qui n’ont pas été parties prenantes des positions de Santé publique France et de l’INSERM justifiant l’arrêt des investigations sur les causes de ces malformations.

 Reste maintenant à renforcer la surveillance des malformations sur l’ensemble du territoire (seul 1/5eme du territoire est aujourd’hui couvert) en soutenant des structures et les registres régionaux (…) Il est temps d’en finir avec le défaut d’information et de transparence sur les données de santé et l’usage qui en est fait par les autorités publiques. C’est cela qui explique la multiplication des scandales sanitaires, la faillite de notre système de surveillance et les critiques répétées et légitimes sur la démocratie sanitaire. Il est temps également de renforcer l’évaluation de l’impact sanitaire des produits chimiques et des pollutions de toute nature et d’améliorer la protection des femmes enceintes et des enfants. (…) »

A demain

@jynau

1 Delphine BATHO (ancienne ministre de l’écologie, députée, GE), André CICOLELLA (Chimiste, toxicologue, lanceur d’alerte, président du Réseau Environnement Santé), Philippe EVEN (Professeur de médecine, pneumologue, ancien président de l’Institut Necker), Caroline FIAT (députée, LFI), Romain GHERARDI (Neuropathologiste, Hôpital Henri Mondor, Créteil), Corinne LEPAGE (ancienne Ministre de l’Environnement, présidente de Justice Pesticides), Michèle RIVASI (députée européenne EELV, biologiste agrégée et normalienne, spécialiste des questions de santé publique et de santé environnementale) et Sophie TAILLE-POLIAN (sénatrice, Génération-s)

 

 

«Bébés sans bras» : que répondra Agnès Buzyn aux accusations du Journal du Dimanche ?

Bonjour

Où est la vérité vraie dans la bien étrange affaire dite des « bébés sans bras » 1 ? Quelle crédibilité accorder aux conclusions chiffrées – aux statistiques officielles de Santé publique France – aux déclarations ministérielles ? Autant de questions dérangeantes soulevées à la lecture, ce jour, du Journal du Dimanche (Anne-Laure Barret).

Nous en étions restés à quelques acquis. A commencer par celui, ministériel, qui avait (pensions-nous) permis de dégonfler les abcès écologico-complotistes.  Ainsi, le 21 octobre, les propos plus que rassurants d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé dans «Le Grand Jury» de RTL : «  Quand il y a un registre qui cumule des cas pendant vingt-trente ans, si à un moment vous l’arrêtez, on ne peut plus le démarrer, vous perdez l’information. Quand on a un registre qui fonctionne, il ne faut surtout pas l’arrêter  ».

Avec François de Rugy, nouveau ministre de la Transition écologique, elle annonçait alors l’ouverture d’une nouvelle enquête. Le mariage entre des médecins « purs et durs » (Santé publique France) et d’autres, spécialistes de l’environnement, qui le seraient moins (Anses). Des « regards  croisés » pour calmer le jeu sinon pour dire le vrai. Applaudissement nourris sur les bancs politiques du militantisme écologiste. Mais aussi, de fait, désaveu public des « purs et durs ». Comment, en somme, crever l’abcès sans infecter ?

Menaces

Nous sommes sept jours plus tard. Avec un JDD qui, de facto, attaque Agnès Buzyn. La ministre avait laissé entendre que les menaces visant les « lanceurs d’alerte » lyonnais  (à l’origine de l’effervescence médiatique nationale sur ce sujet) étaient totalement infondées. Or le JDD affirme le contraire – assurant qu’Emmanuelle Amar,  directrice du registre des malformations en Rhône-Alpes (REMERA), venait de recevoir  sa lettre de licenciement. REMERA  : association type loi 1901 dont le financement est assuré par le biais de subventions publiques et confrontée à des problèmes de trésorerie. Ainsi, il y a quelques jours, sur son site :

« Le financement de REMERA est assuré chaque année par le biais de subventions de fonctionnement annuelles, issues conjointement de Santé Publique France (80 000 €), de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits (30 000 €), et de l’ARS (environ 40 000 euros). L’Inserm, qui participait au financement à hauteur de 8 % de son budget, a cessé son financement en 2018 au motif que le registre ne s’était pas soumis à une nouvelle évaluation, alors même que la dernière, réalisée en 2015, avait accordé la note B (bon) au registre (le registre s’est soumis à 3 évaluation en 7 ans). Le Conseil Régional Auvergne-Rhône Alpes a indiqué ne pas être en mesure de financer le registre en 2017 « en raison des baisses de dotation de l’Etat ». Pour 2018, le budget du registre n’est donc pas assuré.

« Ce budget inclut tous les salaires de l’ensemble du personnel, les charges sociales, les loyers, consommations eau, électricité, chauffage, achats de matériel, déplacements, téléphone et maintenance informatique, frais de gestion, ménage etc. Le registre ne dispose d’aucune aide financière ou en nature (pas de mise à disposition de locaux, de personnel, de documentaires). Un financement d’étude de 11 000 euros a été reçu de la part du laboratoire Galderma.

« La gestion comptable est assurée par un expert-comptable agréé, commissaire aux comptes, le cabinet RSM CCI Conseils, 2 bis rue Tête d’Or, 69006 Lyon. Les HCL interviennent uniquement dans la gestion financière du registre, pour les seules subventions qu’ils gèrent. Ils font l’avance des salaires du personnel, lié par contrat aux HCL, sous réserve des maintiens de subvention et de qualification du registre. »

Alertes

Et le JDD : « L’autoproclamée lanceuse d’alerte dans l’affaire des bébés sans bras de l’Ain, accusée par plusieurs épidémiologistes d’être une « irresponsable » manipulant l’opinion, sera au chômage en janvier. Emmanuelle Amar, la directrice du REMERA,  a reçu sa lettre de licenciement vendredi  [26 octobre]. La mesure, qui prendra effet le 31 décembre, frappe aussi cinq de ses collègues, tous salariés de l’association lyonnaise connue pour avoir révélé le scandale de la Dépakine. « Notre employeur, les Hospices civils de Lyon, n’a plus les moyens de débourser les 250.000 euros annuels qui permettaient de payer nos salaires et notre loyer, se désole Emmanuelle Amar. Je suis d’autant plus choquée qu’Agnès Buzyn avait annoncé dimanche dernier que le registre n’était pas menacé. »

On ajoutera que le JDD revient sur la crédibilité des travaux menés ici par Santé publique France – une agence qui, de fait, est aujourd’hui désavouée par les deux ministres qui l’ont en tutelle.

Où l’on voit, une nouvelle fois, comment l’étrange peut générer un désordre public – une déstabilisation face à laquelle l’exécutif montre, une nouvelle fois, son impuissance à calmer les angoisses montantes.

A demain

@jynau

1 Les «bébés nés sans bras», un scandale politique pour un mystère scientifique. Slate.fr  24 octobre 2018 à 8h34