Onze vaccins obligatoires : on ne sait toujours rien sur ce qui attend les opposants

Bonjour

Il faut, parfois, lire La Croix. Aujourd’hui le quotidien catholique traite du grand dossier médical, politique et juridique de la rentrée, celui des nouvelles obligations vaccinales pédiatriques : diphtérie, tétanos et poliomyélite mais aussi coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, Haemophilus influenzae, pneumocoque et méningocoque C. Et dans ce dossier une grande question : que prévoir pour les parents qui s’opposeront à tout ou partie de ces nouvelles obligations ?

La Croix (Pierre Bienvault) a interrogé l’entourage de la ministre de la Santé. « Nous sommes actuellement en train de travailler sur le sujet qui est complexe, en particulier sur le plan juridique » lui a-t-on répondu. Quelles sont les possibilités ? On ne le saura pas. Une « clause d’exemption » ? Sous quelle forme ? Des sanctions financières ? Le gouvernement dispose de la solution préconisée dans le rapport de la « concertation citoyenne sur la vaccination » organisée l’an dernier :

« Les parents ne souhaitant pas faire vacciner leur enfant pourront invoquer une clause d’exemption pour un ou plusieurs de ces vaccins (à ne pas confondre avec la clause de contre-indication médicale exceptionnelle), motivée par leurs convictions. Après entretien avec le professionnel de santé exposant les conséquences d’une telle décision, les parents s’engageront par écrit selon une procédure formalisée à assumer les responsabilités civiles de leur refus incluant un risque de non-admission de l’enfant en collectivité. Le refus sera porté sur le carnet de vaccination. A tout moment, les parents pourront revenir sur cette décision. »

 Engagement écrit

« Notre idée est de permettre à des parents très déterminés de s’opposer à la délivrance d’un ou plusieurs vaccins à leurs enfants, par le biais d’un engagement écrit et après un entretien avec un professionnel de santé, explique aujourd’hui le Pr Alain Fischer qui a co-présidé cette concertation. En signant ce document, les parents réfractaires s’engageront à assumer les conséquences de leurs choix : la non-admission de leur enfant en collectivités et leur responsabilité si jamais, dans un entourage, venait à être contaminé un enfant immunodéprimé ne pouvant pas être vacciné. »

Mais comment mettre en place une telle disposition, respecter les convictions, sans ruiner l’ensemble du dispositif ? Comment, pour reprendre la formule de La Croix, agir au mieux pour déminer un dossier assez explosif ?

Dans le camp des opposants, on attend : « Ce projet de vaccination obligatoire est stupide. Et s’il est mis en application, je peux vous assurer que beaucoup de parents feront tout pour s’y soustraire », affirme de son côté Marie Werbregue, présidente de l’association Info vaccins France.

Ecologie radicale

« On assiste à la poursuite du mouvement de politisation de la question vaccinale entamée au moment de la grippe H1N1. Ce mouvement est constitué d’une agrégation de groupes très divers qui vont de l’écologie radicale à l’extrême droite », indique pour sa part Jocelyn Raude, sociologue à l’École des hautes études en santé publique de Rennes (EHESSP). Avec, en toile de fond, le soupçon que l’on dit grandissant sur les effets secondaires et les risques auxquels exposeraient les adjuvants.

Comment demande La Croix, imposer une vaccination obligatoire dans un contexte de défiance vis-à-vis de la parole politique et des avis d’experts ?  Et comment imposer tout en offrant la possibilité d’échapper à l’obligation ? Comment, en somme, agir au mieux de l’intérêt général tout en respectant les convictions individuelles ?

Aujourd’hui silencieuse Agnès Buzyn devra trancher. En juillet, sur RTL, elle avait laissé entendre que l’exemption était une piste qu’elle souhaitait explorer. Mais dans le même temps on soulignait, de très bonne source, que cette piste ne pourrait pas être retenue. « Il apparaît en effet qu’elle aurait compliqué à l’extrême le travail des médecins pédiatres et généralistes, expliquait-on alors. De fait elle constituerait une faille dans le dispositif comme dans le message sanitaire que nous voulons porter. » Réponse à la rentrée.

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Tiers payant généralisé : l’étrange rétropédalage sémantique de la ministre de la Santé

Bonjour

La main du nouveau pouvoir tremble-t-elle au moment de passer à l’acte ? Après la valse-hésitation à trois temps sur la taxe d’habitation, le rétropédalage accéléré sur le tiers payant généralisé. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a assuré, ce mardi 11 juillet, que cette dispense d’avance de frais chez le médecin serait bel et bien « généralisée ». « C’est impératif d’aller vers un tiers payant généralisé, a-t-elle déclaré sur France Inter. C’est vraiment une question d’équité et d’accès aux soins puisque beaucoup de Français renoncent à aller se faire soigner parce qu’ils ne veulent pas avancer l’argent chez un médecin. »

Or il y a une semaine la même ministre déclarait qu’elle voulait « éviter l’obligation de tiers payant généralisé ». Comment comprendre ? Quelle est, ici, la marge d’autonomie de la ministre par rapport à l’Elysée et à Matignon ? On se souvient que la dispense d’avance de frais est fortement combattue par les médecins libéraux, qu’elle doit devenir un droit pour tous les Français à partir du 1er décembre – mais que la loi de 2016 ne prévoit pas de sanctions pour les médecins refusant d’appliquer la mesure ; une mesure, qui plus est, que le Conseil constitutionnel a limité à la seule part remboursée par la Sécurité sociale.

Eviter le TPG

Pourquoi ce rétropédalage ? Le 5 juillet la ministre avait, dans une interview au Quotidien du Médecin exposé ses convictions :

« Le président de la République a dit que nous devions définir les conditions d’un tiers payant généralisable. Un rapport de l’assurance-maladie est prévu en septembre sur le tiers payant mais dès maintenant je lance une mission IGAS sur sa faisabilité technique. J’attends ses conclusions pour la fin de l’été.

Soyons clairs : mon objectif serait d’éviter l’obligation de tiers payant généralisé. J’ai horreur des obligations. Aujourd’hui, je comprends que les professionnels de santé ne sont pas foncièrement hostiles au tiers payant mais considèrent qu’il est techniquement compliqué à mettre en œuvre. Or, je veux un système gagnant/gagnant.

Les patients sont très en attente du tiers payant généralisé mais je ne souhaite pas mettre en œuvre une telle réforme contre l’adhésion des professionnels qui seraient chargés de l’appliquer, c’est pourquoi nous allons regarder de façon pragmatique ce qui est faisable et ce qui ne l’est pas. Si le système fonctionne bien, il n’y aura aucune raison de le rendre obligatoire !  Faudra-t-il alors des aménagements à la loi ? Nous prendrons les décisions qui s’imposent en septembre ou en octobre. »

Le TPG ? Un impératif !

Puis le lendemain, sur RTL, elle avait confirmé qu’elle souhaitait surtout éviter une réforme qui serait paperassière ou chronophage pour les médecins. Des médecins qui ont avant tout besoin de « temps médical ». « Plusieurs journaux en ont tiré la conclusion que la réforme du tiers payant généralisé était désormais  suspendue  sine die, voire enterrée en douceur, note Le Quotidien du Médecin. Dans la foulée les syndicats de médecins libéraux n’avaient pas manqué, ces derniers jours, de saluer l’ouverture du ministère et de lui réclamer la fin de toute obligation sur le tiers payant. »

Résumons autant que faire se peut : ce tiers payant généralisé qui était la semaine dernière un objectif à éviter devient aujourd’hui  un impératif pour une ministre qui, par ailleurs, assure ne pas vouloir user de la langue de bois. Où l’on retrouve le désormais célèbre en même temps présidentiel. Ne pas renoncer à une réforme toujours soutenue par une majorité de patients et en même temps de ne pas braquer une profession médicale dont le président et le gouvernement en marche aimeraient non plus gagner mais bien conserver les faveurs.

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Le « paquet de tabac bientôt à dix euros » ne verra pas le jour avant la fin du quinquennat

Bonjour

Toujours se méfier du politique, du novlangue consubstantiel à l’exécutif. On se souvient encore de l’enthousiasme soulevé, chez les officiers de santé, par l’annonce du paquet de cigarettes bientôt à dix euros. C’était le 4 juillet dernier -il y a trois jours. Edouard Philippe II, devant des députés énamourés : « Ne rien faire est exclu. Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros ». Et plus précisément :

« En matière de lutte contre le tabac, là encore, il nous faut assumer des choix courageux. Chaque année, le tabac, en France, est la cause de 80 000 décès par an. C’est la première cause de mortalité évitable et la consommation quotidienne de tabac augmente chez les adolescents.

« Ne rien faire est exclu. Nous porterons progressivement le prix du paquet de cigarettes à 10 euros en luttant sans merci contre les trafics qui minent cette politique de santé, autant qu’ils fragilisent ceux qui respectent la loi ».

Enthousiasme, vraiment, que d’entendre un Premier ministre donner le chiffre de 80 000 décès (il aurait dû ajouter « prématurés »), de reprendre à son compte le formule « la première cause de mortalité évitable » tout en reconnaissant l’incurie absolue reflétée par les chiffres de consommation des adolescents. « Finalement nous avons là la démonstration que nous avons, collectivement, fait du bon boulot » nous confiait un haut responsable de la santé publique persuadé que la situation qui prévalait depuis cinq ans avec Marisol Touraine et François Hollande allait, enfin, se débloquer. C’était pécher par naïveté.

Négociations avec les buralistes

 Novlangue ? Agnès Buzyn était l’invitée de RTLce jeudi 6 juillet. Et voici ce qu’elle a déclaré (lisant son texte) quant à la hausse du prix du tabac :

« Les négociations débutent. Nous allons recevoir les buralistes. Il est évident que cette mesure n’est pas faite pour pénaliser cette profession. Bien au contraire, il faut les accompagner dans une diversification. Nous allons travailler. Mais ce qui est clair pour la santé publique c’est que pour que la hausse du tabac soit efficace et que les gens arrêtent de fumer il faut que cette hausse soit importante ; ça ne peut pas être des hausses de dix centimes.

 « Tous les pays qui ont vu une baisse importante de leur tabagisme sont passé par des hausses notables de leur prix du tabac. L’Angleterre par exemple. Les Anglais fumaient autant que nous ; 30% de prévalence du tabagisme en 2005. Ils sont maintenant à moins de 20%, nous sommes encore à 29%. Et ils sont passés par un prix à 11 euros. Il y aura une hausse du prix en 2018. Dix euros quand ? Tout cela est en négociation. Dix euros quand ? J’espère y arriver en trois ans. Tout cela sera négocié. »

Toujours rien sur la cigarette électronique

 « Les hausses doivent être importantes pour qu’elles aient un impact de santé publique, dira encore la ministre.  La France fait partie des plus mauvais élèves au monde pour ce qui est de la prévalence du tabagisme des jeunes et des femmes. Donc nous avons besoin de mesures spécifiques [par rapport aux pays frontaliers]. »

Ce n’est certes pas le novlangue de George Orwell 1 mais c’est tout aussi désespérant. Ainsi donc voilà une ministre qui sait tout du dossier, qui avait (timidement mais publiquement), réclamé des hausses drastiques de prix quand elle était en charge de la lutte contre les cancers. Et nous la retrouvons déjà dans une position identique à celle de Marisol Touraine, corsetée entre Bercy, Matignon, l’Elysée et le lobby des buralistes-Big Tobacco. Et venir à RTL pour confier des espérances menacées par les futurs arbitrages du chef de son gouvernement – sans parler de l’Elysée.

Cinq ans …. Cinq longues années pour espérer parvenir à augmenter (au mieux) de trois euros le prix du paquet de cigarettes, seule mesure efficace pour réduire le nombre de morts prématurées causées par le tabagisme. Où est le drastique ? Sans oublier que, comme depuis cinq ans, rien n’est dit quant à une possible ouverture politique sur le levier anti-tabac que constitue la cigarette électronique. Et ce à la différence, notable, du remarquable exemple britannique. Quel est le pouvoir de cette ministre ? Il suffira, pour cela, d’observer l’évolution du prix du tabac durant ce quinquennat.

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1 Remarquable : « Avoir raison avec Orwell », par Brice Couturier, sur France Culture

Cannabis: Blanquer (Education nationale) dit non à Collomb (Intérieur). Silence de la Santé

Bonjour

Côté cannabis Jean-Michel Blanquer n’est pas Vincent Peillon qui avait un instant prôné sa dépénalisation. Le nouveau ministre de l’Education nationale vient de le dire haut et fort, sur RTL :

« Bien entendu je n’y suis absolument pas favorable. Toutes les études montrent à quel point le cannabis est nuisible. Le cannabis fait du mal au cerveau. Le cannabis est mauvais pour l’être humain. C’est de plus en plus vrai car il est de plus en plus dur. Il ne faut absolument pas laisser courir l’idée que le cannabis peut être quelque chose qu’on doit tolérer dans notre société. C’est mauvais pour nos enfants et donc je serai fou en tant que ministre de l’Éducation de dire autre chose. »

On se souvient qu’il y a une semaine Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, avait annoncé la mise en place de contravention pour les auteurs de trafic de cannabis. Une initiative qui devrait se concrétiser à la rentrée. On précisera que pour l’Observatoire français des drogues et toxicomanies « la dépénalisation peut être définie comme le processus tendant à réduire l’application de sanctions pénales à l’égard d’un comportement déterminé, cette réduction pouvant aboutir à leur suppression pure et simple ». Dont acte.

Rentrer dans le rang

Dans Révolution (XO éditions) publié en novembre 2016 Emmanuel Macron écrivait au sujet du cannabis : « On pourrait tout à fait considérer que le régime des contraventions serait suffisant pour sanctionner ces comportements ».  Puis, il y a quelques jours Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, allait plus loin dans les explications :

« L’année dernière, 180.000 personnes ont été constatées en infraction d’usage et de stupéfiants. En moyenne c’est six heures de procédure pour le policier ou le gendarme, autant pour le magistrat chargé du dossier. In fine il y a eu 20.000 rappels à la loi ou injonctions thérapeutiques. Est-ce que le système est efficace ? Non.

« Emmanuel Macron candidat (…) avait annoncé qu’on voulait des mesures efficaces : la possibilité de donner une contravention d’une centaine d’euros, avec paiement le plus rapide possible, instantané dans certain cas. Et puis ensuite des mesures coercitives qui peuvent aller jusqu’à la prison si la personne ne paie pas ou ne rentre pas dans le rang.

« Ce qui compte aujourd’hui c’est d’être efficace, et surtout de désengager du temps de travail de nos policiers et de nos gendarmes pour qu’ils soient plus présents sur des affaires essentielles. Ce n’est pas de la dépénalisation, c’est de la contraventionnalisation. On reste dans du pénal. Emmanuel Macron n’a pas souhaité ouvrir ce débat-là car consommer des stupéfiants reste grave et dangereux pour la santé, en particulier pour les plus jeunes. »

Silence d’Agnès Buzyn

Des propos à rapprocher de ceux, sur France Culture du juriste Renaud Colson (maître de conférence à l’Université de Nantes) co-auteur avec Henri Bergeron, de l’ouvrage de référence « Les drogues face au droit (PUF)» :

 « L’annonce du ministre de l’Intérieur peut être soit une désescalade pénale symbolique, soit un tour de vis répressif. C’est seulement dans la mise en œuvre du projet que l’on en saura plus (…) On peut très bien imaginer une amende forfaitaire pour tous les individus qui se feraient attraper avec un joint ou deux sur eux. Dans ce cas on rentre dans une logique d’assouplissement réel, mais une logique qui ne change pas grand-chose au fond puisque ni sur la question des trafics ni sur celle des dangers sanitaires on ne fait bouger les lignes c’est toujours le marché noir qui détermine les approvisionnements et les modes de fonctionnement du marché en général. »

On observera à ce stade qu’Agnès Buzyn, ministre de la Santé (et des Solidarités) n’a toujours pas pris la parole. N’aurait-elle pas (encore) voix au chapitre ?

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Véridique : le gouvernement français donne sa bénédiction à «La Cigarette du Buraliste»

 

Bonjour

Le secret est enfin éventé. Tout vient d’être opportunément révélé par Le Figaro (Ivan Letessier) « Les buralistes lancent leurs propres cigarettes »  ainsi que sur RTL (Martial You). Où l’on découvre que derrière l’affichage officiel d’un « Programme de réduction du tabagisme » le gouvernement français ne veut mener aucune véritable politique pour contrer la dynamique d’un marché qui se joue de la santé publique. Et l’on franchit ici, au-delà de l’incurie, les frontières de l’absurdité.

Les faits. Lors d’un séminaire exceptionnel réunissant, aujourd’hui 29 mars, tous les présidents de chambres syndicales départementales de buralistes va être annoncé le lancement de « La Cigarette du Buraliste » : « la seule cigarette que l’on ne retrouvera que sur le marché français ». « Nous avons la garantie que cette cigarette ne sera commercialisée qu’en France, dans le réseau des buralistes, et pas dans les pays voisins aux frontières ni sur Internet, expliquera le président de la Confédération à ses confrères marchands de tabac. C’est un signe fort envoyé à ceux qui nous expliquent que l’on ne peut rien faire contre le marché parallèle. Nous n’avons pas l’intention de nous résigner devant ce que certains semblent considérer comme une fatalité ».

Allemagne et Bulgarie

La cigarette LCB sera produite en Bulgarie mais, dit-on, « en partie avec du tabac français ». « Le 1er février, la ministre de la Santé et le secrétaire d’État au Budget ont homologué quatre références de la marque LCB, qui sera commercialisée dans les prochaines semaines, révèle Le Figaro. ‘’La Cigarette du Buraliste’’ est une marque de distributeur (MDD) sur le modèle des groupes de distribution agroalimentaire qui développent des gammes au nom de leur enseigne (Carrefour, Casino, Monoprix Gourmet, U) et labels exclusifs (Marque Repère chez Leclerc, Reflets de France chez Carrefour, Jean Rozé chez Intermarché…). »

 

Le patriotisme a ses limites : les buralistes, nous dit Le Figaro, se sont associés à la filiale française de l’allemand Poeschl, cinquième acteur du tabac sur le marché français en volume, avec 4,9 millions d’euros chiffre d’affaires en 2015. Poeschl, qui exploitera LCB sous contrat de licence avec la Confédération des buralistes, est surtout connu pour sa marque « Corset », que Marisol Touraine a décidé de faire interdire à compter de janvier 2018. Et pour produire la LCB, Poeschl est associé à KT International, héritier du monopole bulgare du tabac.

Que penser d’une situation qui verra les buralistes, détenteur du monopole de la distribution de cigarettes, commercialiser leur propre marque ? Quel impact sur la santé publique ?  Interrogé par Le Figaro sur la dimension paradoxale de cette initiative, le cabinet de Christian Eckert, ministre du Budget a renvoyé sur celui de Marisol Touraine, qui a renvoyé sur celui de Christian Eckert… Les deux ministres garderont le silence. On ne saurait mieux dire l’incohérence. On ne saurait mieux dire l’incurie.

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Emmanuel Macron candidat, la symbolique électronique du prix du tabac et autres blablas

 

Bonjour

Dans le dernier numéro du Point notre confrère et ami Pierre-Antoine Delhommais consacre sa chronique économique au « ‘’Coût’’ de tabac d’Emmanuel Macron ». Il rappelle que le candidat de la politique-mystique, s’il est élu, a fait la promesse (sur RTL) d’augmenter de plus de 40% le prix du paquet de cigarettes. Il s’agit pour lui de porter l’objet de cette addiction à « une frontière symbolique, significative et dissuasive ». Où l’on retrouve les éléments de langage qu’affectionne l’ancien locataire de L’Elysée et de Bercy réunis.

Pas de plus beau sujet politique que le tabac quand on veut parler de santé et de prévention (80 000 morts prématurées par an, première cause de morts évitables). On se souvient peut-être qu’Emmanuel Macron était secrétaire général adjoint de la Présidence de la République française lorsque François Hollande lança, le 4 février 2014, un Programme national de réduction du tabagisme. Et qu’il était ministre de l’Economie quand Marisol Touraine tenta de le mettre en œuvre- contre la volonté des ministères de Bercy opposés à une augmentation des prix.

Dépendant avant emploi

Pour sa part Pierre-Antoine Delhommais nous donne des chiffres sur les liens étroits qui existent entre chômage et consommation de tabac. « Pa le traumatisme psychologique et social qu’il provoque, la dépréciation de soi qu’il entraîne et le stress qu’il génère, le chômage favorise l’addiction à toutes sortes de drogue, en particulier le tabac », écrit-il, fort justement. En 2014 : 30 % de fumeurs chez les travailleurs contre plus de 48 % chez les chômeurs. Les sans-emploi de longue durée sont les habitués des buralistes.

« En résumé, écrit Pierre-Antoine Delhommais, le moyen le plus efficace de lutter contre le tabagisme et ses dégâts consiste à faire baisser le chômage. Et non l’inverse, comme le laisse entendre M. Macron. » Est-ce bien certain ? C’est, notamment, faire bien peu de cas de la puissance de l’addiction au tabac et de la proportion qui deviennent dépendant avant même d’avoir trouvé un emploi.

Le chroniqueur du Point rappelle que les taxes sur alcools et tabac rapportent chaque année une quinzaine de milliards d’euros (trois fois plus que l’ISF) : « les impôts sur les pauvres rapportent plus que les impôts sur les riches ». Et il en tire la conclusion qu’augmenter massivement le prix des cigarettes n’est pas une mesure « de gauche » dans le sens où c’est pénaliser les plus défavorisés : « des personnes ayant des conditions de vie difficiles sont logiquement moins sensibles aux risques de décès prématurés liés au tabagisme ». Il ajoute que certains ménages (10% des plus pauvres) consacrent jusqu’à 25 % de leurs revenus (contre 2% pour les plus aisés).

Sirènes socialistes

Augmenter le paquet de 3 euros équivaut à une augmentation chez le dépendant moyen à une dépense annuelle supplémentaire de plus de 1000 euros. On comprend le raisonnement : parvenir à augmenter drastiquement le prix du tabac (en déjouant les mécanismes pervers des fabricants) serait « un facteur d’accroissement des inégalités sociales ». Mais on comprend aussi que, le chroniqueur nous pardonnera, que ce raisonnement ne tient pas.

Il y a, bien évidemment, le coût considérable des dégâts induits par l’addiction au tabac. Il y a l’évidente nécessité politique, sanitaire, éthique de voir un Etat agir contre ce fléau qu’il entretient tout en donnant l’illusion de lutter contre. Des pays qui n’ont pas succombé aux sirènes socialistes (le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Australie) mènent cette guerre avec des succès croissants. Dans une telle optique l’augmentation massive et constante des prix du tabac n’est que l’un des outils. Il ne prend son véritable sens (politique, sanitaire et éthique) que dans une approche générale de la réduction des risques et une aide multiforme aux personnes victimes de leur addiction. En y intégrant, ce que le quinquennat finissant s’est refusé à faire, la cigarette électronique.

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Tabac : Marine Le Pen n’y touchera pas ; quelques centimes de plus pour Marisol Touraine

 

Bonjour

L’addictologie est une science simple pour le Front National. Interrogée le 8 mars sur RTL sur la principale cause de mortalité évitable Marine Le Pen a été claire : elle n’augmentera pas le prix du tabac. Ancienne grande fumeuse celle dont on dit qu’elle est devenue vapoteuse ne se sent (étonnamment) guère concernée par le sujet. Dotée d’un « cœur de jeune fille » elle a bien conscience de la nocivité du tabac. Pour autant elle voit mal le rôle que pourrait, ici, jouer l’Etat en matière de fixation des prix ou d’aide aux fumeurs à sortir de leur esclavage.

Oui pour une prévention (à laquelle les parents ne parviennent guère) mais non, non, non, à l’augmentation des prix. Non, non, non à un paquet à 10 euros. Pour elle, l’abandon du tabac est une « démarche individuelle ». « Quand vous êtes accro au tabac, vous pouvez augmenter le prix du paquet à des niveaux presque insurmontables et les gens trouveront quand même du tabac » estime Marine Le Pen évoquant, comme souvent, « la contrebande » voire « des choses plus dangereuses ». Des tonnes de travaux, des démonstrations irréfutables, un enjeu sanitaire majeur, le tout balayé en deux minutes de micro sur la première radio de France.

Pouvoir et addictologie

Quelques minutes avant d’interroger  Marine Le Pen, RTL nous apprenait que Marisol Touraine souhaitait augmenter le prix du tabac de quelques centimes. Ce serait là un « hausse symbolique » à laquelle tiendrait la ministre de la Santé. Elle souhaite aussi que cette hausse voit le jour avant la fin du mandat de François Hollande via un simple arrêté ministériel. Cette augmentation ne concernerait que les « cigarettes premier prix » – autour de 6,50 euros actuellement.

Chacun sait que cette augmentation (moins de dix centimes) n’aurait aucun effet sanitaire. Chacun sait aussi que Marisol Touraine n’est jamais parvenue à augmenter comme elle le souhaitait le prix du paquet du fait des oppositions répétées des députés socialistes, de Bercy et de l’Elysée. Les autres candidats à l’élection présidentielle ne se sont pas encore expliqué sur le prix du paquet. L’addictologie est une science délicate à manier pour qui veut accéder au pouvoir démocratique.

A demain