Le prix du tabac va «augmenter», mais pas celui des cigarettes. Marisol Touraine a perdu la partie

 

Bonjour

Sa posture n’y changera rien. Les rodomontades non plus. Trop de discours vains. Trop loin du sol, de la souffrance des fumeurs, des espérances des vapoteurs. Un comble, pour une personnalité politique de gauche, que de ne pas percevoir une révolution en marche, un appel à la fin d’un esclavage.

 Mardi 31 janvier Marisol Touraine était l’invitée de RTL. Elle soutenait hier encore François Hollande, n’a pas soutenu Hamon,  sera en difficulté dans son « fief électoral » (sic) du sud profond de la Touraine.  Elle se perd dans les incohérences socialistes, parle « d’utopie réaliste », de « dynamique constructive », ne croit pas dans la « fin du travail », observe « tous les progressistes », serait peut-être tentée, qui sait, par Emmanuel Macron.

 Haro sur Vogue

Aujourd’hui elle confirme qu’elle co-signe aujourd’hui un décret qui fixe les prix des produits du tabac et les autorisations de vente. Des marques ne seront plus autorisées des marques « chics », des cigarettes « très fines » destinées aux femmes : Vogue cigarette chantée par Madonna par ailleurs vieille gazette féminine. Marisol Touraine :

« Le prix du tabac à rouler va augmenter, c’est variable, autour d’1,50 euro mais ça dépend… Et c’était annoncé dans le cadre de la Loi de financement de la Sécurité sociale Pour ce qui est des cigarettes, des hausses de taxes avaient été votées. Les entreprises ne les ont pas répercutées et donc le prix des cigarettes va rester à peu près stable. Les hausses viendront plus tard, puisque les industriels ont contourné les règles qui devaient aboutir à une augmentation du prix du tabac. Et, je le dis, moi, je ne lâcherai pas parce qu’augmenter le prix du tabac ; c’est important en termes de santé publique. »

Plus de 10 euros le paquet

 Ainsi donc, Marisol Touraine « ne lâchera pas ». Mais ne lâchera pas quoi ? En cinq ans elle ne sera pas parvenue à faire que le prix du tabac augmente, seul élément dont il a été amplement démontré (en France sous la présidence de Jacques Chirac) qu’il a été un facteur déterminant pour obtenir un recul des ventes et donc un progrès dans la lutte contre les morts prématurées.

Faire reculer la première cause de mort évitable a tout de « l’utopie réaliste » et de la « dynamique constructive ». Les « forces du progrès » ont toutefois, ici, échoué. Marisol Touraine nous dira-t-elle un jour pourquoi ? Combien de temps encore avant un mea culpa ?

Rien ne se fera sans un paquet de tabac nettement au-dessus de 10 euros. C’est précisément un sujet dont ne parlent jamais ni les deux extrêmes, ni Emmanuel Macron, ni Benoît Hamon, ni François Fillon qui fut jadis élu de la Sarthe.

A demain

 

 

Connaissiez-vous Benoît H., spécialiste politique du burn out et des perturbateurs endocriniens ?

 

Bonjour

C’était il y a un an. Personne ne songeait plus à François Fillon et François Hollande était le candidat naturel à sa reconduction. Le burn out, alors, écartelait la gauche plurielle.

C’était il y a un an. Février 2016. Tout, déjà, déchirait la gauche. Pas un jour sans une nouvelle fissure, une nouvelle fracture. On le voyait depuis peu sur le front du travail, ce mot-clef des forces de progrès. Confronté au chômage de masse et à ses innombrables pathologies, le gouvernement venait de mettre au feu avec un « assouplissement » du code du travail applaudi par la droite. Une toute jeune ministre fraîchement nommée (Myriam El Khomri), jouait avec des allumettes (article 49-3).

En marge de cette affaire naissante gonflait un autre abcès : celui du « burn-out »1. La collectivité devait-elle ou non le considérer comme une maladie professionnelle, l’indemniser comme tel ? Un abcès économique, politique, philosophique. Il prenait alors la forme d’une proposition de loi symptomatique signée de Benoît Hamon, longtemps ministre, ministre démissionnaire, ancien porte-parole du Parti socialiste, alors député (Parti socialiste, Yvelines). M. Hamon venait de déposer une proposition de loi « visant à faciliter la reconnaissancedu syndrome dépuisement professionnel en tant quemaladie professionnelle ». Il le faisait avec un petit groupe d’élu(e)s socialistes et écologistes chaque jour un peu plus opposé(e)s au gouvernement de Manuel Valls et au président François Hollande. La liste n’est pas, aujourd’hui, sans intérêt 2. Et nous, naïvement, de postuler qu’il s’agissait peut-être, d’une manière d’exister médiatiquement dans un paysage de plus en plus mouvementé. Extrait de l’exposé des motifs de Benoît Hamon :

Vie colonisée

« En France 3,2 millions de Français sont exposés à un risque élevé de « burn-out » [Étude du cabinet Technologia, publiée en mai 2014] ou syndrome d’épuisement professionnel. Ce syndrome frappe sans distinction, cadres et simples employés, salariés du public comme du privé. Il est la conséquence d’un trop plein de travail, d’un trop plein de pression qui mènent des hommes et des femmes à l’effondrement.

La mondialisation économique a profondément bouleversé le fonctionnement des entreprises. Confrontées à une compétition désormais mondiale, les entreprises se sont adaptées. Très vite, de nouvelles formes de management et d’organisation du travail ont transformé en profondeur le quotidien de millions de salariés, soumettant ceux-ci à des évaluations de performance de plus en plus exigeantes. Les nouvelles technologies ont accéléré le mouvement, maintenant le lien entre les individus et leur travail bien au-delà du temps réel passé dans l’entreprise.

Ce travail, qui colonise la vie, est souvent la première étape d’un processus qui s’achève par des pathologies physiques et psychiques lourdes et durables. La souffrance au travail est le mal de notre temps, comme l’exploitation des femmes et des enfants ou les conditions d’hygiène et de sécurité des travailleurs ont été la face sombre de la révolution industrielle au XIXe siècle. »

Il y a un an on attendait, ministre en titre, Myriam El Khomri. Ce fut Marisol Touraine, ministre de la Santé depuis mai 2012 et invitée le 21 février du « Grand Jury » RTL- Le Figaro-LCI.  « Il est temps de regarder les choses en face. La souffrance au travail, c’est une réalité que l’on ne peut plus escamoter a déclaré Mme Touraine.  Benoît Hamon a raison d’alerter sur ce sujet, mais avant d’en faire une maladie professionnelle, il faut définir ce que c’est que cette maladie ».

Perturbateurs endocriniens

C’est pourquoi la ministre de la Santé souhaitait mettre en place « un groupe de travail » réunissant médecins, experts et chercheurs pour définir médicalement le burn-out. Ce n’était pas la première fois que Marisol Touraine et le gouvernement traitaient du burn out.  Fin juin 2015 la ministre de la Santé expliquait  souhaiter que cette entité, soit « réintroduite » dans la loi via le projet sur le dialogue social. Le Sénat venait alors de la retirer  de la liste des maladies professionnelles. Peu avant les députés avaient adopté un amendement socialiste (identique à un autre du gouvernement) disposant que « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle » – et ce aux mêmes conditions que les autres affections.

Puis en juillet 2005 François Rebsamen  (alors ministre du travail) concluait  brutalement l’affaire : la « loi sur le dialogue social » comprendrait « un début de reconnaissance » du burn-out. Pour autant le « syndrome d’épuisement professionnel » ne figurerait pas « au tableau des maladies professionnelles ». En août 2015 cette loi tait promulguée. Six mois plus tard l’impossible ouvrage était remis sur le vieux métier par un certain Benoît Hamon.

Un an après le paysage a, on le sait, bien changé. François Rebsamen a disparu. Manuel Valls, Marisol Touraine et Myriam El Khomri ne seront bientôt plus ministres, ni François Hollande président. Quant à Benoît Hamon, frondeur modeste, il trône. Il reparle, régulièrement, du contenu de sa proposition de loi mais aussi des « perturbateurs endocriniens » 3. C’est le seul de sa catégorie à s’intéresser à ce sujet d’avenir. C’est le seul, aussi, à parler de futur désirable et désiré.

A demain

1 Une petite somme sur le sujet :  « Le Burn Out » de Philippe Zawieja.  (9 euros-Que sais-je ?)

2 Régis JUANICO, Cécile DUFLOT, Jean-Marc GERMAIN, Delphine BATHO, Laurence DUMONT, Christian PAUL, Carole DELGA, Olivier DUSSOPT, Michèle DELAUNAY, Alexis BACHELAY, Colette CAPDEVIELLE, Jean-Louis ROUMÉGAS, Kheira BOUZIANE-LAROUSSI, Sandrine DOUCET, Gwenegan BUI, Isabelle ATTARD, Jean-Jacques VLODY, Fanny DOMBRE-COSTE, Sergio CORONADO, Dominique CHAUVEL, Pascal CHERKI, Chaynesse KHIROUNI, Guy DELCOURT, Martine LIGNIÈRES-CASSOU, Guillaume GAROT, Audrey LINKENHELD, Jean-Pierre BLAZY, Barbara ROMAGNAN, Michel POUZOL, Danielle AUROI, Jacques CRESTA, Pascale GOT, Pierre-Yves LE BORGN’, Geneviève GOSSELIN-FLEURY, Pascal TERRASSE, Sandrine MAZETIER, Florence DELAUNAY, Arnaud LEROY, Christophe PREMAT, Serge BARDY, Chantal GUITTET, Michel FRANÇAIX, Jean-Pierre LE ROCH, Philippe BAUMEL, Jean-Luc BLEUNVEN, Jean-Pierre DUFAU, Philip CORDERY, Geneviève GAILLARD, Édith GUEUGNEAU, Frédéric ROIG, Jean-René MARSAC, Stéphane TRAVERT, Yves DANIEL, Mathieu HANOTIN, Robert OLIVE, Monique RABIN, Philippe NOGUÈS, Jean-Luc LAURENT, Fanélie CARREY-CONTE, Paul MOLAC, Michèle BONNETON, Jean-Pierre ALLOSSERY, Isabelle BRUNEAU, Linda GOURJADE, Christophe BORGEL, Jean-Michel VILLAUMÉ, Marie-Anne CHAPDELAINE, Sébastien DENAJA, Pouria AMIRSHAHI, Marie LE VERN, Sylviane ALAUX, Jean-Louis TOURAINE, Jean-Louis DESTANS, Brigitte ALLAIN, Laurent BAUMEL, Véronique MASSONNEAU, Michel LESAGE, Thomas THÉVENOUD, Lucette LOUSTEAU, Annie LE HOUEROU, Razzy HAMMADI, Laurent KALINOWSKI.

3 Sur ce thème, indispensable : « Le cerveau endommagé. Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale » de Barbara Demeneix (Odile Jacob, 2016)

 

 

Grippe : dramatisation politique de la situation ou situation épidémiologique dramatique ?

 

Bonjour

Cette information mandée en urgence depuis la Présidence de la République : un additif à l’agenda du Président pour le jeudi 12 janvier 2017, 9 heures :

« Réunion ministérielle sur l’épidémie de grippe en présence de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP et Christophe Devys, directeur général de l’ARS Ile de France »

Puis ce complément :

« Nous vous prions de noter que Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, fera une déclaration presse dans la cour de l’Elysée à l’issue de la réunion. Comme indiqué ci-dessous, la cour de l’Elysée sera ouverte à partir de 9h05. Accréditations auprès du service de presse de la Présidence de la République. »

Et puis encore, s’inscrivant dans la dynamique jacobine observée ce matin, la précision prophétique de Mme Touraine annonçant que le bilan de l’épidémie sera « probablement lourd ». « Chaque année, il y a des victimes de la grippe », mais cette année, l’épidémie est « particulièrement intense » et le nombre de personnes malades « particulièrement important », a redit la ministre. C’était lors d’un nouveau point de presse sur cette épidémie, qui devrait atteindre son pic la semaine prochaine. Que dira-t-elle de plus demain dans la cour du Palais de l’Elysée ?

Soignants et soignés

Des chiffres ? Le nombre de personnes qui ont consulté leur médecin pour des « symptômes grippaux » a atteint 395 pour 100.000 habitants la semaine dernière (contre 326 la semaine précédente).  En revanche le nombre de passages aux urgences associés à cette infection virale commence à diminuer de même que les hospitalisations. Dès lors où est l’urgence ? « L’enjeu, c’est de garantir qu’il y a des lits d’hospitalisation disponibles » explique la ministre. « Toute personne qui a besoin d’être soignée l’est » a-t-elle certifié lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale. Le contraire serait troublant.

On recense 142 hôpitaux (sur les 850 du pays) qui se sont déclarés « établissement de santé en tension » un dispositif qui permet notamment de déprogrammer des soins et des opérations non urgentes. Certains établissements ont déjà utilisé cette dernière possibilité, mais Marisol Touraine vient de les pousser à faire davantage « si nécessaire ». L’était-ce ? La ministre de la Santé a aussi invité les médecins libéraux à traiter le plus possible les malades « à leur cabinet ou au domicile », pour éviter d’augmenter le nombre des hospitalisations. Ne le faisait-ils pas ?

François Fillon et François Hollande

A ce stade les nuages politiques arrivent immanquablement dans le ciel médiatique. « On a fermé trop de lits au cours des vingt dernières années, notamment des lits conventionnels qui pouvaient accueillir des patients des urgences en cas de besoin » a redit, BFMTV, le Dr Patrick Pelloux. Urgentiste et syndicaliste le Dr Pelloux, ancien de Charlie Hebdo, est un proche de François Hollande. Il appelle aujourd’hui à une « politique de réouverture de lits d’hôpitaux ». Le président de la République l’entend-il ?

A l’autre extrémité du spectre : le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l’Hôpital européen Georges-Pompidou et député européen (Les Républicains). Il a déclaré, sur RTL : « La grippe, c’est tous les ans, et tous les ans nous connaissons cette situation d’engorgement, et pourtant rien ne change ». François Fillon comprend-il ?

Rien ne change ? Selon Santé publique France, depuis le 1er novembre, cinquante-deux personnes sont décédées des suites d’une infection grippale dans des services hospitaliers de réanimation.  L’agence constate par ailleurs une « nette hausse » de la mortalité (toutes causes confondues) sur les deux dernières semaines de 2016. Prudente, elle souligne qu’il est trop tôt pour estimer la part de cette surmortalité liée à la grippe. Pour les chiffres validés, il faudra attendre.

A demain

Mort d’un nouveau-né et vitamine D : l’Agence du médicament mise en cause par Le Figaro

Bonjour

« Paris : un bébé de 10 jours meurt après avoir reçu une dose de vitamine D. Un nourrisson est décédé au domicile de ses parents. Une dose d’Uvestérol D, produit sous surveillance depuis 2006, lui avait été administrée. » Le titre de RTL résume parfaitement l’affaire – une affaire révélée par Le Figaro (Anne Jouan) qui met (une nouvelle fois) en cause la direction de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Cette dernière est ici tenue pour responsable de ne pas avoir pris suffisamment tôt la mesure de la gravité du dossier dont elle était informée depuis le 21 décembre (elle n’a publiquement réagi que dans la soirée du 2 janvier, après l’information du Figaro). Plus ennuyeux Le Figaro explique avoir (aussi) été amené à publier ses informations à la demande d’un responsable de la pharmacovigilance, et ce au nom de la santé publique:

«J’espère qu’aucun autre gamin n’est décédé depuis le 22 décembre», confie un pharmacovigilant interrogé par Le Figaro. Et, fait rarissime, il ajoute: ‘’S’il vous plaît, aidez-nous à faire en sorte que ce produit soit suspendu.’’ Dont acte. »

Relief des mails

Les centres de pharmacovigilance (CRPV), en charge de veiller aux effets secondaires des produits de santé n’auraient ici été alertés que le vendredi 30 décembre, soit huit jours après la mort de l’enfant à son domicile. Et la lecture des mails donne un relief tout particulier à l’affaire :

« Les responsables de ces centres échangent le jour même par mail. «Ne faut-il pas se poser la question d’une information rapide des médecins et des parents et d’une suspension d’utilisation?» demande ainsi la responsable du CRPV du Val de Loire. ‘’La question de la suspension en urgence de l’utilisation de ce produit me semble effectivement posée’’, réagit celui du centre Necker-Cochin. Les pharmacovigilants ont rempli leur mission : au moins trois centres demandent la suspension de l’Uvestérol, commercialisé en France par le laboratoire français Crinex. De façon inhabituelle, ils mettent Dominique Martin, patron de l’ANSM, en copie de leurs échanges.

 « Suspension. Le mot est lâché. Il ne faut que quelques heures à un pays pour suspendre temporairement un médicament (le temps de faire la lumière sur le décès). Or depuis le 22 décembre, rien n’a été fait. Le directeur de l’agence du médicament a été informé par mail des recommandations des responsables de centres de pharmacovigilance, mais n’a pas réagi. D’autant plus surprenant concernant l’Uvestérol qu’il existe des substitutions. »

Non-réactivité

Ces interrogations surviennent dans un contexte chargé : l’Uvestérol est, en France, depuis dix ans sous surveillance par l’ANSM – et ce en raison notamment des conséquences des phénomènes de « fausses routes »  que son administration peut provoquer chez les enfants de moins de deux mois.

En 2010, on avait recensé quarante-trois malaises dont certains avaient nécessité une hospitalisation de plusieurs jours.  Un plan de gestion des risques avait été mis en place en 2011. Nouvelles alertes en 2013. De 2006 à avril 2013, un total de quatre-vingt-treize cas d’effets secondaires ont été enregistrés avec ce médicament.

C’est à la fois peu (compte-tenu de la très large utilisation de ce médicament préventif) mais plus que suffisant pour que soit publiquement posée la question du rapport risques-bénéfices et celle de son retrait du marché. Et la mort d’un nouveau-né suivi d’une non-réactivité immédiate des autorités centrales font que la direction de l’ANSM et le ministère de la Santé ne peuvent pas ne pas répondre face à ce qui apparaît comme une nouvelle faille dans le système national de sécurité des médicaments.

A demain

 

 

Foie gras : Nagui et Marcela Iacub n’en veulent plus. Et ils réclament que nous n’en mangions pas

 

Bonjour

Un malheur peut ne pas arriver seul. Ainsi, aujourd’hui en France la multiplication des foyers de grippe aviaire H5N8 qui tétanise les élevages du grand Sud-Ouest. Et puis ces propos signés de Nagui et de Marcella Iacub dans une tribune que vient de publier  Le Monde. Une tribune exclamative simplement titrée : « Interdisons la production de foie gras en France ! ».

Marcella Iacub, 52 ans, est une personnalité atypique dans le paysage médiatique français. Juriste, essayiste, paradoxale sur le féminisme elle est, pour tout dire, inscrite dans une longue quête provocatrice. En 2013, cette directrice de recherches au CNRS avait gagné en notoriété à la suite de la publication de son livre Belle et Bête — inspiré de sa relation avec Dominique Strauss-Kahn. Ses lecteurs la retrouvèrent ensuite dans la célèbre émission  Les Grosses Têtes, sur RTL.

On ne présente pas Nagui. Les deux signent, dans Le Monde,  une tribune avec un « collectif » médiatique assez hétéroclite 1 que réunit la détestation de l’existence, en France, dufoie gras (de canard).

Berceau français

La provocation ne manque pas de sel. Les auteurs font d’emblée valoir que les premières victimes de l’épizootie de grippe aviaire « sont d’abord et avant tout, les canards ! » – animaux qui meurent, par milliers, des suites de la maladie ou des campagnes d’abattage menées à titre ‘’préventif’’. » Lisons la suite :

« Quand on sait que le foie gras est un foie malade – les canards étant atteints de la stéatose hépatique –, la filière du foie gras – et donc du canard gras – n’en est plus à une maladie près ! Certains d’entre nous ont grandi dans le sud de la France, berceau français du foie gras. En tout cas, depuis notre tendre enfance, nous avons tous été bercés par une petite musique sur la place importante du foie gras sur la table des fêtes de fin d’année et tout l’imaginaire qui va avec : convivialité, gastronomie, tradition – même si la production de foie gras ne prend son essor qu’au XIXe siècle. Des fêtes sans foie gras ne seraient pas des fêtes dignes de ce nom ! »

De fait, pour certains, non ! Et pas les plus aisés de notre société.

Inséminations forcées

Suit un passage pédagogique où le collectif explique comment est produit le foie gras : canes « inséminées de force artificiellement » (sic) ; canetons femelles tués à la naissance, « généralement par broyage » ; vingt-trois millions de femelles chaque année qui sont broyées ou gazées à la naissance ; quarante millions de canards  gavés par pompe hydraulique ou pneumatique à l’aide d’un embuc métallique d’une vingtaine de centimètres enfoncé dans l’œsophage.

Et que l’on ne fasse pas de différence entre l’industriel sadique et le gentil gaveur producteur : « il n’y a pas de gavage heureux ».

Vient la confession collective :

«  Nous aussi, nous aimons partager des moments conviviaux en famille et entre amis durant cette période particulière que sont les fêtes de fin d’année. A une époque pas si lointaine, le foie gras en faisait partie et était bien présent sur nos tables. Pourtant, nous avons fait le choix de ne plus en consommer pour ne plus soutenir et encourager une activité tout entière fondée sur l’immense souffrance des canards. Pour mettre fin à cette souffrance, nous demandons que la production de foie gras soit interdite en France, comme elle l’est déjà dans de nombreux pays européens. »

Travail des enfants

Les auteurs ne nous disent malheureusement par quoi ils remplacent la stéatose hépatique. Ont-ils versé dans le végétarisme ? Sinon comment résolvent-ils leurs contradictions ?  Ils disent « souhaiter profondément que les relations que nous entretenons avec les animaux changent ». Ils entendent « construire une société bienveillante où les animaux auraient une véritable place dans une société fondée sur la justice ».

Qui ne le souhaiterait ? Mais en quoi la croix sur le foie gras aidera-t-elle à la construction de ce temple de la bienveillance ? On est d’autant plus dérangé par le propos que les auteurs avancent un argument redoutable. Le voici :

«  L’argument économique n’est souvent que le paravent du conservatisme aveugle. Défendant le travail des enfants, la chambre de commerce de Mulhouse affirmait déjà en 1837 : ’Leur coopération est d’une nécessité absolue et la question de leur admission en général en serait une question de vie ou de mort pour nos fabriques.’’  Cependant, nous avons été capables en Europe d’évoluer vers d’autres pratiques et l’économie ne s’est pas pour autant effondrée. »

Osons le mot : ce parallèle historique entre le travail des enfants et le gavage des canards est assez délicat à avaler.

A demain

1 Françoise Armengaud, philosophe ; Aurélien Barrau, astrophysicien, professeur, université Grenoble-Alpes ; Pierre-Emmanuel Barré, humoriste ; Adélaïde De Clermont-Tonnerre, romancière et journaliste ; Jean-Baptiste Del Amo, écrivain ; GiedRé, chanteuse ; Marcela Iacub, juriste, CNRS ; Thomas Lepeltier, historien et philosophe des sciences ; Guillaume Meurice, humoriste ; Nagui, animateur, producteur et comédien ; Philippe Reigné, juriste, Conservatoire national des arts et métiers ; Matthieu Ricard, biologiste et fondateur de Karuna-Shechen ; Mathieu Vidard, journaliste

Congélation de sang de cordon: un jugement sans précédent ouvre les portes aux marchands

 

Bonjour

C’est une affaire éthique d’une particulière gravité. C’est aussi une première : un tribunal français (celui de Grasse, Alpes-Maritimes) vient d’autoriser un couple à faire congeler par une société privée britannique (contre paiement) des cellules du cordon ombilical de son enfant à naître. Une telle pratique était jusqu’à présent interdite en France au regard notamment de la loi de bioéthique. De ce point de vue cette décision de justice vient saper un dispositif de solidarité biologique depuis des années fragilisé par le développement (à l’étranger) d’un marché de privé de la congélation de cellules sexuelles et d’autres éléments du corps humain.

L’affaire de Grasse vient d’être révélée par RTL. Elle concerne une femme primipare âgée de près de 40 ans qui doit accoucher le 18 décembre. Dans une requête adressée le 14 octobre au tribunal de Grasse elle avait indiqué que sa famille et celle du père de l’enfant à naître souffraient toutes deux de graves « antécédents médicaux » et, semble-t-il, d’un risque anormalement élevé « de cancers du foie et du pancréas ». La future mère fait valoir que les cellules souches du cordon ombilical pourront, peut-être, un jour sauver son enfant si ce dernier devait être malade. Le sauver ou pas.

Futur cadeau

« On pourra utiliser les cellules souches pour régénérer un organe, explique-t-elle. C’est peut-être un futur cadeau que je fais à mon enfant, de pouvoir demain se soigner grâce à ça. J’aurais regretté de ne pas le faire. Même si demain ça ne fonctionne pas. » Suffirait-il de croire pour être entendu par la justice de son pays ? A Grasse, oui.

«  L’argument inédit a été entendu et accepté par la vice-présidente du tribunal de Grasse, rapporte RTL. Dans une ordonnance datée du 21 novembre, elle affirme que « les parents peuvent conserver les cellules du sang du cordon et du placenta au regard de nécessités thérapeutiques justifiées ». »

La vice-présidente du tribunal de Grasse n’est sans soute pas sans connaître son droit. Elle sait que son ordonnance vient mettre à mal le système patiemment construit en France et intégré dans la loi de bioéthique. Un système fondé sur le partage, le bénévolat, l’anonymat et la gratuité. La congélation des sangs de cordon à des fins thérapeutiques n’est autorisée que dans le cadre du don – don qui peut bénéficier à tous. A ce titre nul ne peut organiser à la naissance la conservation dans une banque privée des cellules souches du sang de cordon.

Société britannique

Ici c’est, pour la première fois en France une société spécialisée britannique qui va envoyer une équipe pour prélever et congeler le cordon immédiatement après l’accouchement et le stocker  pour un quart de siècle. Les deux avocats du dossier, Me Tora et Me Emmanuel Ludot, se félicitent quant à eux chaudement d’avoir ouvert une brèche qui pourrait faire jurisprudence.

« Il s’agit plus d’une décision humaine, pour pallier l’angoisse des parents, que basée sur des fondements scientifiques », estime le Pr Noël Milpied, chef du service d’hématologie et de thérapie cellulaire au CHU de Bordeaux. « Si cette décision fait jurisprudence, cela pourrait devenir inquiétant. On verra se développer des démarches plus commerciales que médicales » ajoute le Pr Ibrahim Yakoub-Agha, responsable des greffes au CHU de Lille.

Soviets

Deux conceptions de la réparation des vivants s’affrontent. Il y a ceux qui défendent la conception française officielle : une politique solidaire en matière de don de produits du corps humain. En clair : on « n’auto-conserve pas » et on « donne de façon anonyme et gratuite ». « La médecine française est très collectivisée et soviétisée », estimait il y a peu, dans un dossier comparable, Me Ludot.

Soviets, l’argument suprême …? Il est des effets de manches qui, au nom de la solidarité humaine et du partage biologique, devraient pouvoir être interdits. Ou presque.

A demain

Le mal étrange de Michel Polnareff : la double embolie pulmonaire était presque parfaite

 

Bonjour

Ainsi donc des médecins d’une star auraient flirté avec la vérité ? Telle est l’une des conclusions qui s’impose aujourd’hui à la lecture du Journal du Dimanche (Renaud Revel) : « Révélations sur l’étrange mal de Michel Polnareff ». Mal étrange …étrange enquête… étrange partie de billard… :

« L’état de santé de Michel Polareff, hospitalisé la semaine dernière, suscite le doute de ses producteurs. Le JDD retrace les trois jours qui ont fait vaciller la star.

L’hospitalisation en urgence de Michel Polnareff, le 3 décembre, cache-t-elle un imbroglio personnel, un litige financier et une intox médiatique? Alors que le chanteur a annulé les deux derniers concerts de sa tournée et que ses proches expriment toujours des inquiétudes sur son état de santé, les zones d’ombre et les contradictions de la version officielle suscitent la perplexité. Selon l’enquête du JDD, le producteur de ses spectacles a diligenté des vérifications qui l’ont conduit à saisir ses avocats. D’importantes sommes – le montant du remboursement des spectateurs pour les deux concerts annulés, soit près de 500.000 euros – sont en jeu. Si la star ne semble pas près de remonter sur scène, l’affaire pourrait s’achever devant un tribunal.

Soirée et nuit excessivement arrosée

 Le JDD reconstitue l’agenda du chanteur depuis son dernier concert, à Bordeaux le 30 novembre. Où l’on apprend que Polnareff  a passé une soirée très arrosée le jeudi 1er décembre, veille de son concert parisien. Qu’il s’est effondré sur la table. « C’était impressionnant, je ne l’avais jamais vu dans un tel état », raconte son garde du corps.

Le lendemain pourtant, « il était en pleine forme à son réveil ». Mais en début de soirée, alors que les spectateurs se massent déjà devant la salle Pleyel, Polnareff diffuse une vidéo sur Facebook pour déclarer forfait : « Je ne pourrai pas assurer le show ce soir, je suis dans un état d’épuisement total », s’excuse-t-il. Nul ne sait alors qu’auparavant, des tractations tendues ont eu lieu entre la production du spectacle et le chanteur. Et que la soirée de l’artiste a, encore une fois, été agitée…

Des annonces contradictoires et de nombreuses incohérences, que le JDD révèle, ont alimenté la méfiance des producteurs toute la semaine. Samedi, Michel Polnareff était toujours hospitalisé. Sa tournée est terminée. Une bataille judiciaire vient peut-être de commencer. (…) »

Entre la mort et la vie

On lira la suite dans le quotidien dominical. Ce dernier n’aborde toutefois pas la dimension plus proprement médicale de cette affaire. Nous avons vu, le 5 décembre, que les discours publiquement tenu par deux médecins  (et de ceux de l’Hôpital Américain) permettaient de conclure  à un syndrome infectieux doublé d’une double embolie pulmonaire. Un tableau séquentiel assez peu typique et un « pronostic vital engagé » qui soulevaient la question du site d’hospitalisation : pourquoi ne pas avoir choisi l’un des phares interniste et réanimateur des Hôpitaux de Paris ?

On en venait même à imaginer une erreur de diagnostic. Que disait-on à la presse, alors ? «  Le docteur Jean Abitbol, qui est l’ORL de grandes stars comme Céline Dion 1 lui avait donné un traitement par piqûres intramusculaires pour soigner une  infection et qu’il puisse monter sur scène. Mais son état était plus grave qu’on ne le supposait.  Et on s’en est aperçu seulement à l’hôpital. »

Mal tourner

« Les nouvelles sont encourageantes dans la mesure où le diagnostic a été effectué. Il a une embolie pulmonaire bilatérale, c’est évidemment assez étendu. Son infection respiratoire avait été traitée il y a un peu plus d’une semaine et son état s’aggravait »,  confiait le Dr Philippe Siou à RTL. Selon ce médecin généraliste consultant à l’ « Américain », le chanteur ne se trouverait plus entre la vie et la mort : « Grâce à Dieu, il ne l’est plus, mais s’il n’avait pas été diagnostiqué, s’il n’avait pas été traité, effectivement, les choses auraient pu tourner mal. C’est quand même une cause très classique de mort subite ». Le pouvoir de la voix.

Il y avait aussi ce certificat de l’American Hospital of Paris établissant que Michel Polnareff avait été hospitalisé « dans le cadre d’un syndrome infectieux traité depuis une semaine ». Et que les examens pratiqués lors de son hospitalisation ont révélé une embolie pulmonaire bilatérale qui engage son pronostic vital ». Ce certificat avait été rendu public le 5 décembre par l’entourage de la star. Qui avait signé ce document ? A la lumière de l’enquête du JDD la réponse à cette question pourrait ne pas être sans intérêt.

A demain

1 Abitbol J. « Le pouvoir de la voix » Editions Allary Paris 2016