«Yellow vests protests», visages fracturés : Castaner lit-il The Lancet dans le texte ?

Bonjour

Violences politiques et maintien de l’ordre républicain. Que va-t-il se passer, après-demain, au contre-G7 de Biarritz ? Pour l’heure c’est une lettre au Lancet : « Yellow vests protests: facial injuries from rubber bullets ». Une lettre chirurgicale signée par douze spécialistes français de chirurgie maxillo-faciale œuvrant dans six établissements hospitalo-universitaires de l’AP-HP 1. Une lettre éminement politique dans une revue internationale prestigieuse mais qui n’a guère eu d’écho médiatique dans l’Hexagone – à l’exception notable La Croix (Pierre Bienvault) : « Des médecins dénoncent la gravité des blessures par LBD » puis par Le Canard Enchaîné (Sorj Chalandon) : « Des chirurgiens dissèquent le LBD »

Où l’on apprend, dans le détail, que les « lanceurs de balles de défense » (LBD) utilisés par la police face aux Gilets Jaunes ont provoqué de sérieuses fractures du visage et  entraîné de nombreuses atteintes oculaires graves et irrémédiables.

« En tant que médecins, nous estimons qu’il est de notre devoir d’alerter sur la gravité des blessures que peuvent provoquer ces armes dites non létales, explique à La Croix la professeure Chloé Bertolus, chef du service de chirurgie maxillo-faciale à La Pitié-Salpêtrière à Paris. Nous avons reçu des personnes ayant de graves fractures au niveau de la mâchoire ou de la pommette. Ce sont les mêmes blessures que l’on retrouve chez des individus qui se font frapper à coups de batte de baseball » Vingt-et-un patients qui, pour la plupart, ont été contraints de « s’alimenter par voie liquide durant environ six semaines ». Sans pour autant que l’on puisse parler de  « gueules cassées » :  

« Aujourd’hui, on ne parle de ‘’ gueules cassées’’ que pour les blessés par armes à feu. Dans ce cas, il peut arriver que le visage soit en partie déchiqueté et qu’on soit obligé de faire des reconstructions lourdes en prélevant du muscle ou de la peau sur d’autres parties du corps. On n’est pas obligé d’en arriver là pour les blessures avec les balles en caoutchouc. Elles sont sérieuses mais tous les morceaux du visage sont là. Il faut juste attendre que tout se remette en place. »

Que va-t-il se passer au contre – G7 de Biarritz ?

On se souvient que le premier médecin à avoir alerté sur la dangerosité des LBD est le professeur Laurent Thines, neurochirurgien et chef de service au CHU de Besançon. En janvier dernier janvier il avait courageusement lancé une pétition pour dénoncer l’usage de ces armes :

 « En regardant les photos des blessés dans les médias ou dans les réseaux sociaux, j’ai été bouleversé par le nombre et la gravité de ces atteintes au niveau de la tête et du visage. J’ai décidé de réagir notamment après avoir reçu de collègues des images de patients ayant eu des fractures du crâne avec des hémorragies cérébrales. Et il y a aussi de gens qui ont perdu un œil ».

Puis, en février, trente-cinq ophtalmologues français avaient écrit à Emmanuel Macron pour s’émouvoir du « nombre inédit de contusions oculaires graves » entraînant «des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique ». Dans ce courrier, ces médecins faisaient un parallèle avec les blessures provoquées par des balles de golf à l’origine d’une perte de la vision dans la majorité des cas :

« Ces balles mesurent 40 mm de diamètre et lorsqu’elles arrivent sur le visage avec une grande force de propulsion, elles s’encastrent dans l’orbite, toute l’énergie cinétique  étant transmise au globe oculaire. Les balles de LBD mesurent également 40 mm de diamètre, leur énergie cinétique est considérable puisqu’elle est encore de 220 joules à 40 m, bien supérieure à celle d’une balle de golf. Le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entraîner un grand nombre de mutilations. »

Les ophtalmologues réclamaient un moratoire. Aucune réponse et pas de moratoire. Laurent Nuñez, en juin, sur RTL : « Quand il y a une agression contre des policiers et qu’il y a une riposte proportionnée, oui il peut y avoir des blessés. Ce n’est pas parce qu’une main a été arrachée, parce qu’un œil a été éborgné, que la violence est illégale ».

Est-ce parce qu’elle n’est pas illégale que la violence doit conduire des chirurgiens à écrire au Lancet ? Que va-t-il se passer, après-demain, au contre-G7 ?

A demain @jynau

  1. Lartizien Rodolphe1Schouman Thomas2Raux Mathieu3Debelmas Alexandre2Lanciaux-Lemoine Sophie2Chauvin Aurore4Toutee Adelaïde4Touitou Valérie4Bourges Jean-Louis5Goudot Patrick2Bertolus Chloé2Foy Jean-Philippe6.

1Department of Maxillo-Facial Surgery, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France; Université Grenoble Alpes, Grenoble, France.

2Department of Maxillo-Facial Surgery, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France.

3Department of Anaesthesiology and Critical Care, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France.

4Department of Ophthalmology, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France.

5 Department of Ophthalmology, Hôpital Cochin, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Université Paris Descartes, Paris, France.

6Department of Maxillo-Facial Surgery, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles Foix, Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, Sorbonne Université, Paris, F-75013, France. Electronic address: jean-philippe.foy@aphp.fr.

Métaphore : combien de temps encore la lumière hospitalière restera-t-elle allumée ?

Bonjour

Collapsologie ? Frédéric Valletoux, ancien journaliste, est un aujourd’hui homme puissant et mesuré – méconnu du grand public quoique maire (LR) de Fontainebleau. Le président de la Fédération Hospitalière de France (FHF) était ce matin l’invité aoûtien de RTL. Actualité : l’entrée dans le sixième mois ( !) du mouvement de grève des services des urgences hospitalières. entre dans son sixième mois. « Du jamais vu, résume RTL Actuellement, un service sur trois est touché par cette mobilisation des personnels soignants. Comme chaque année, l’été est synonyme de lits et de médecins en moins. Demain, 15 août, la situation pourrait être difficile. »

Frédéric Valletoux n’est pas un militant extrémiste. « On saura faire face, mais sûrement avec des temps d’attente dans certains endroits qui vont s’étirer, dit-il. On saura faire face peut-être avec une sollicitation encore plus forte des médecins et de l’ensemble des agents des services d’urgence. »

Mais l’important n’est pas le 15 août. Pas même les seules urgences. « On le sait depuis des années, les tensions sont de plus en plus fortes à l’hôpital, ajoute-t-il. Les conditions de la prise en charge des patients se tendent aussi », déplore-t-il. « Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une surprise. »

Il faut, avec M. Valletoux, aller plus loin :

« Ce qui se passe aux urgences, ce n’est pas la crise de l’hôpital, c’est la crise du système de santé. Si les services d’urgence sont autant sollicités, c’est parce qu’on a un système de santé qui est malade. On a une médecine de ville qui est très fragile, qui vit aujourd’hui une crise sans précédent. Donc forcément quand on est malade on va où la lumière est allumée et elle est allumée à l’hôpital. »

On voit la lumière métaphorique. On saisit aussi, brutalement, l’impuissance du politique face aux risques de court-circuits. Qui possède la clef des placards électriques ? Et qu’adviendra-t-il en cas de réchauffement climatique ?

A demain @jynau

Après celle de Steve Maia Canico, comment parvenir à mentir sur la mort de Malik Oussekine

Bonjour

Comment peut-on en arriver à de telles contre-vérités ? « Finalement, on s’est aperçu qu’il n’avait pas reçu de coups. » Invité sur RTL, le 5 août, pour parler de la mort à Nantes de Steve Maia Canico , Jean-Christophe Buisson a établi une comparaison avec la tristement célèbre affaire Malik Oussekine (décembre 1986). Spécialiste d’histoire Jean-Christophe Buisson, 51 ans, est directeur adjoint du Figaro Magazine. Présents dans le studio :Vincent Parizot (journaliste RTL), Ludovic Vigogne (journaliste à L’Opinion). Roland Cayrol (Directeur du Centre d’études et d’analyse).

Sur Twitter, les internautes ont immédiatement réagi aux propos du journaliste – les qualifiant notamment de « révisionnistes ». Certains ont aussi exhumé un ancien tweet du journaliste faisant référence au décès de Malik Oussekine, posté le 12 avril 2013 lors du mouvement de La Manif Pour Tous contre l’instauration du mariage homosexuel en France. Il s’émouvait alors de ce qu’il appelait un « drame » et exhortait le gouvernement « à renoncer à un projet de loi contesté avec force dans la rue ». Où l’on comprend l’usage politique multiple qui peut être fait d’une tragédie.

Puis, face aux protestations, excuses dans l’après-midi du 6 août : « J-Christophe Buisson@jchribuisson Je tiens à m’excuser pour mes propos tenus hier sur @rtl donnant à penser que je mets en doute le fait que Malik Oussekine soit mort à la suite d’une intervention policière le 5 décembre 1986. La justice a rendu son verdict dans cette affaire et je n’entends pas la contester. »

Les auditeurs apprécieront. A commencer par ceux qui se souviennent des difficultés rencontrées, au lendemain de la mort de Malik Oussekine, pour mener l’enquête journalistique et médico-légale. Nous avons déjà rapporté sur ce blog ce qu’il en fut, alors, pour Le Monde 1.  Trois ans plus tard le brigadier-chef  et le gardien de la paix (deux « voltigeurs ») directement impliqués furent jugés pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Ils seront condamnés respectivement cinq et deux ans de prison avec sursis.

La Vérité avec un très grand V

Aujourd’hui Jean-Christopbe Buisson, après sa sortie sur RTL, répond aux questions de Libération (Fabien Leboucq Sarah Boumghar).

« Par téléphone, il détaille sa position ‘’un peu compliquée à expliquer’’ : ‘’La justice a tranché en disant que les coups l’avaient tué. Mais la vérité judiciaire n’est pas la vérité avec un grand V.’’ Et d’estimer que ‘’la vérité judiciaire n’est pas la vérité historique et que la vérité historique ne peut pas être établie avant un certain temps’’.

« Sur quoi s’appuie Jean-Christophe Buisson pour remettre en cause cette ‘’vérité judiciaire’’ ? ‘’Secret des sources’’, oppose-t-il. Il établit un parallèle entre le dossier Oussekine et l’affaire Dreyfus. Dans ce dernier cas, la justice a rendu une décision sur laquelle elle est ensuite revenue. Jean-Christophe Buisson veut croire qu’un jour ‘’des rapports parlementaires, médicaux, policiers, qu’il faudra lire entre les lignes’’ pourraient remettre en cause la condamnation des policiers responsables de la mort de l’étudiant en 1986 – sans pour autant donner d’éléments factuels appuyant cette hypothèse…

 « Journaliste et historien, Buisson précise qu’il avait quitté ces deux casquettes en entrant dans le studio de RTL, et que ses propos n’engagent ni le Figaro (pour qui il s’agit bien d’une «bavure policière»), ni son éditeur, puisqu’il s’exprimait à l’antenne ‘’en tant que polémiste’’».

Où l’on en vient à se demander le nombre de casquettes possédées par M. Buisson.

A demain @jynau

1 « Un député macroniste relance la polémique sur la mort de Malik Oussekine (1964-1986) » Journalisme et santé publique, 3 mai 2019, « Dans l’ombre de l’affaire Rémi Fraisse, la mort de Malik Oussekine (décembre 1986) » Journalisme et santé publique, 28 octobre 2014 , « La mort de Clément Méric; le souvenir de Malik Oussekine » Journalisme et santé publique, 7 juin 2013

 

Inique : Marlène Schiappa connaît-elle la pauvre histoire du bébé trisomique né après GPA ?

Bonjour

Feindre d’être surpris.es ? L’affaire était entre les lignes de tous les écrits dénonçant l’esclavage que constitue la pratique de la « gestation pour autrui » 1.

Commandé, puis abandonné. À 21 ans, Pattaramon Chanbua était déjà maman d’un garçon et d’une fille de 6 et 3 ans. Contactée par une agence de Bangkok, elle accepte d’«aider» un couple d’Australiens souffrant de sa stérilité. La pauvreté n’a pas de frontières. Avec les 16.000 dollars promis par le couple, la jeune femme comptait «éduquer ses enfants et payer ses dettes»a-t-elle expliqué à la chaîne de télévision australienne ABC : « Thai surrogate mother of a baby with Down syndrome abandoned by Australian parents says she cannot afford baby Gammy’s medical treatment » (voir la vidéo sur le site du Figaro–  Diane de Fortanier)

« Trois mois après avoir été inséminée, Pattaramon découvre qu’elle attend des jumeaux, résume Le Figaro. L’agent lui promet alors un peu plus d’argent pour porter les deux enfants. Peu de temps après, le médecin l’informe que l’un des deux enfants est atteint de trisomie 21. Le couple commanditaire fait alors savoir à la mère qu’il ne veut pas du garçon. La jeune femme refuse d’avorter, conformément à ses convictions religieuses bouddhistes. »

En décembre dernier elle accouche des jumeaux. Diagnosticconfirmé : Gammy est trisomique – trisomie compliquée d’un grave problème cardiaque. Le couple (qui n’avait jamais rencontré la jeune mère) repart vers son Australie avec la petite sœur, apparemment bien portante. L’inique n’a pas de frontières.

Débattre de la GPA après ce quinquennat

  L’histoire, rapporte encore Le Figaro, a ému les réseaux sociaux. Le site de fund-raising GoFundMe a déjà levé plus de 100.000 dollars pour e bébé trisomique – tombé malade entre-temps. «Je voudrais dire aux femmes thaïlandaises: “ne rentrez pas sur ce marché des mères porteuses, ne pensez pas seulement à l’argent. Si cela se passe mal, personne ne vous aidera, le bébé sera abandonné par la société, et vous en serez responsable”», implore Pattaramon Chanbua, citée par le Sidney Morning Herald.

En Thaïlande, les contrats de GPA ne peuvent, en théorie, être passés par un couple marié « qu’avec des personnes liées par le sang ». Suite à cette affaire, le ministère de la Santé thaïlandais a déclaré que toutes les transactions financières autour des mères porteuses étaient « interdites ». Ce marché a connu un boom avec la crise : de plus en plus de couples étrangers – et surtout originaires d’Australie – font appel à des mères porteuses via des agences. Le commerce n’a pas de frontières.

Il y a quelques jours, sur RTL, Marlène Schiappa : « Ces questions de PMA comme de GPA touchent à la fois au très intime : à la vie amoureuse, à la sexualité, à la vie familiale, à l’idée que l’on se fait des familles, mais elles touchent aussi à des questions philosophiques, scientifiques et éthiques. Le gouvernement a « toujours été extrêmement clair sur le fait que l’on est opposé à la GPA ». Et puis elle conclut : « Il n’est pas du tout question d’ouvrir ou de débattre de la GPA pendant ce quinquennat ».  

Mme Schaippa est, en France, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations

A demain @jynau

1 Dont le remarquable « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué »signé de Sylviane Agacinski (Gallimard. 48 pages. 3,90 euros)

Homards réfrigérés et nouilles instantanées : Victor Hugo, le gouvernement, sa diversité

Bonjour

25 juillet 2019. La France en alerte caniculaire violacée. Tous prié.e.s de ne plus bouger, de boire allongé.e.s. Le spectre de 2003 est dans toutes les têtes gouvernementales, dans toutes les préfectures, toutes les mairies des villes et des villages. Seul le Tour de France est autorisé à rouler – ainsi que la ministre des Solidarités et de la Santé qui multiplie les déplacements caniculaires dans les lointains déserts.

Pendant ce temps là les médias batifolent, régalent les foules, aidés en par les appétits des ministres intègres  (image hugolienne 1). « Presque entièrement blanchi par les conclusions de deux enquêtes portant sur l’affaire qui porte son nom le ministre démissionnaire entend désormais prendre sa revanche sur ceux qui ont provoqué sa chute, rapporte Le Figaro.  Invité au 20H de France 2, l’écologiste a fustigé le «journalisme de diffamation», soutenant: ‘’Il n’y aurait jamais dû y avoir d’affaire Rugy. Et aujourd’hui, en revanche, c’est sûr, il y aura une affaire Mediapart’’. » Et François Goullet de Rugy d’affirmer, une nouvelle fois, devant une France en nage, qu’il ne goûte ni les homards de Bretagne ni le caviar de Sologne.

Mais, insiste le vieux Figaro  tous les membres du gouvernement ne semblent pas d’accord avec leur ancien collègue. 

C’est tout particulièrement le cas de la médiatiquement omniprésente Marlène Schiappa. Au micro de RTL, après sa sortie diabolique sur la GPA ; la secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes et de la lutte contre les discrimination s’est désolidarisée (euphémisme) de l’ex-ministre. «Je comprends très bien que François de Rugy se sente harcelé et dénonce, de son point de vue, une tentative de démolition, a-t-elle distillé. Mais je pense qu’il faut prendre de la hauteur, et prendre le point de vue du journaliste d’enquête qui fait son travail. Je crois qu’on ne peut pas plaider pour la transparence d’un côté et fustiger cette transparence de l’autre. ».

Poursuivant sur la question de la transparence, la secrétaire d’État auprès du Premier ministre a regretté que la vie des membres du gouvernement «fasse l’objet de beaucoup de mythes». Et Marlène Schiappa, nouveau Ruy Blas :

 «La vérité, c’est que lorsque nous faisons un dîner de travail, le soir, nous buvons des carafes d’eau et mangeons des nouilles chinoises instantanées, qui coûtent 1,73€ en supermarché. Dans mon appartement de fonction, j’ai un portant à vêtement Ikea à 9€, que j’ai payé moi-même».

Dans l’attente de connaître le prix des vêtements du portant, le géant suédois appréciera. Quant à Marlène Schiappa elle ne porte «aucun jugement» sur les travaux réalisés par le ministre François Goullet de Rugy quand il était locataire à titre gracieux d’un des palais de la République/ Elle conclut : «Il ne faut pas s’imaginer qu’on a un compte ouvert avec lequel on peut réaliser toutes les dépenses qu’on souhaite réaliser». Qui, à dire vrai, aurait pu imaginer une telle générosité ?

A demain @jynau

1 RUY BLASsurvenant. 
Bon appétit, messieurs !

Tous se retournent. Silence de surprise et d’inquiétude. Ruy Blas se couvre, croise les bras, et poursuit en les regardant en face.

                    Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
– Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,
Tout s’en va. – nous avons, depuis Philippe Quatre,
Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;
En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ;
Et toute la Comté jusqu’au dernier faubourg ;
Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues
De côte, et Fernambouc, et les montagnes bleues !
Mais voyez. – du ponant jusques à l’orient,
L’Europe, qui vous hait, vous regarde en riant.
Comme si votre roi n’était plus qu’un fantôme,
La Hollande et l’Anglais partagent ce royaume ;
Rome vous trompe ; il faut ne risquer qu’à demi
Une armée en Piémont, quoique pays ami ;
La Savoie et son duc sont pleins de précipices.
La France pour vous prendre attend des jours propices.
L’Autriche aussi vous guette. Et l’infant bavarois
Se meurt, vous le savez. – quant à vos vice-rois,
Médina, fou d’amour, emplit Naples d’esclandres,
Vaudémont vend Milan, Leganez perd les Flandres.
Quel remède à cela ? – l’État est indigent,
L’état est épuisé de troupes et d’argent ;
Nous avons sur la mer, où Dieu met ses colères,
Perdu trois cents vaisseaux, sans compter les galères.
Et vous osez ! … – messieurs, en vingt ans, songez-y,
Le peuple, – j’en ai fait le compte, et c’est ainsi ! –
Portant sa charge énorme et sous laquelle il ploie,
Pour vous, pour vos plaisirs, pour vos filles de joie,
Le peuple misérable, et qu’on pressure encor,
A sué quatre cent trente millions d’or ! (…)

Marlène Schiappa, sur la GPA : pas question d’ouvrir ce débat «pendant ce quinquennat»

Bonjour

Le diable n’est plus dans les détails, il niche dans la fin de certaines phrases. Mercredi 24 juillet 2019. Le conseil des ministres examine le projet de loi de révision de la loi de bioéthique. Et c’est la course des ministres aux espaces médiatiques. Sur France Inter, « première radio de France »,  Agnès Buzyn. La ministre des Solidarités et de la Santé, directement concernées, peine à exposer simplement la complexité des sujets abordés. Sur RTL, autre « première radio de France » Marlène Schiappa. La secrétaire secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations souligne la qualité du travail accompli par ses collègues du gouvernement – travail auquel elle n’a, curieusement, pas été associée.

L’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes ? « Rien, éthiquement,ne s’y oppoase explique Mme Schiappa. « Ce texte a vraiment été bien préparé, bien travaillé, maintenant le débat parlementaire aura lieu et c’est normal. Chacun pourra exprimer ses positions à cette occasion » ajoute-t-elle en souriant.

In cauda venenum,

Les opposants évoquent, non sans raison, la possibilité d’un « glissement vers la légalisation de la GPA ? Sur France Inter Agnès Buzyn tente d’expliquer en quoi le droit et « l’éthique à la française » constiteunt à tout jamais une digue infranchissable. Elle pourrait citer l’indisponibilité du corps humain et sa non patrimonialité. Elle ne le fera pas.

Sur RTL, Marlène Schiappa : « Ces questions de PMA comme de GPA touchent à la fois au très intime : à la vie amoureuse, à la sexualité, à la vie familiale, à l’idée que l’on se fait des familles, mais elles touchent aussi à des questions philosophiques, scientifiques et éthiques. Le gouvernement a « toujours été extrêmement clair sur le fait que l’on est opposé à la GPA ». Et puis elle conclut : « Il n’est pas du tout question d’ouvrir ou de débattre de la GPA pendant ce quinquennat ».  

On choisira la niche du diable (Friedrich Nietzsche) ou In cauda venenum, formule latine anonyme. Existe aussi (moins radiophonique) « la flèche du Parthe ».

A demain @jynau

Homéopathie: Michèle Rivasi et Boiron exhortent Emmanuel Macron à revenir sur sa décision

Bonjour

C’est l’heure du coûte que coûte. Michèle Rivasi, tout d’abord, militante verte bien connue. Agnès Buzyn, sur RTL, vient (une nouvelle fois) de la tacler, l’accusant notamment d’être « anti-vaccins » et mettant en doute sa rigueur scientifique. Michèle Rivasi qui se présente comme « députée européenne EELV et diplômée de l’Ecole normale supérieure et agrégée en biologie ». Voici son message :

« Le Président Emmanuel Macron approuve le déremboursement total à horizon 2021 de l’homéopathie, médecine complémentaire ayant des adeptes en France, et ce malgré le million de citoyens pétitionnaires. Voici revenu le temps de l’inquisition, de l’uniformisation, de la science réductionniste. Cela va entraîner le retour des guérisseurs sans formation.

Pourtant, des meta analyses remettent en cause l’explication par le seul effet placebo. Affirmer son inefficacité est faux meme si des études cliniques manquent. Le gouvernement et la ministre Agnès Buzyn  manifestent par cette décision de déremboursement leur volonté d’éradiquer une pensée et des pratiques médicales différentes.

Le patient sera le premier perdant du déremboursement de l’homéopathie. Idem pour la Sécu puisque les malades de tourneront vers des médicaments plus chers. Cela va priver l’homéopathie de la légitimité d’être enseignée en universités avec les médecins contrôlés et formés. Quelle déception !  »

On attend désormais avec le plus vif intérêt les déclarations de Yannick Jadot, chef de la délégation française EELV au Parlement européen.

« Agnès Buzyn assène des vérités qu’elle n’a pas vérifiées, c’est de l’amateurisme »

Aux côtés de Michèle Rivasi, les Laboratoires Boiron, leader mondial de ce secteur pharmaceutique. Et au micro du Monde (Paul Benkimoun et François Béguin) Valérie Lorentz-Poinsot, directrice générale de ce puissant groupe. Extraits :

« Nous sommes tous extrêmement choqués et très en colère de la manière dont cette affaire se déroule depuis un an. C’est un massacre organisé que nous vivons. Je ne m’explique pas pourquoi tant d’agressivité et tant d’injustice par rapport à l’homéopathie, qui concerne des millions de Français et ne coûte quasiment rien. Elle représente 0,06 % du total des dépenses de santé en France. Dérembourser, c’est mettre à terre un champion français. A qui cela profite-t-il ?

« Je souhaite lever le voile sur toutes les incohérences et irrégularités qui ont eu lieu dans le cadre de ce travail depuis un an. Nous allons donc d’abord tenter d’infléchir la décision de Mme Buzyn, que je vais rencontrer demain, et également en appeler au président de la République. Il a changé d’avis sur le carburant ou le glyphosate ; il est possible qu’après discussion, il évolue sur l’homéopathie, car je pense qu’il n’a pas tous les éléments. Sinon, nous déposerons un recours pour excès de pouvoir auprès du Conseil d’Etat (…)

« Nous dénonçons la méthode, qui est incompréhensible, avec une succession de fuites organisées dans la presse depuis le début. Nous contestons également les pratiques de la HAS, qui n’avait pas les moyens de nous évaluer. Nous avons récupéré les minutes des discussions entre les membres de la commission de la transparence de la HAS. Elles sont dramatiques. De façon partiale, ils ont écarté tout ce qui était positif pour l’homéopathie, ce qu’ils reconnaissent eux-mêmes (…) il n’y a pas d’expert de l’homéopathie à la HAS. L’homéopathie doit être considérée dans sa spécificité. Lorsque Xavier Bertrand était ministre de la santé, il avait demandé une vaste étude, l’étude Epi 3, qui montrait que les traitements homéopathiques permettaient de diviser par deux les prises d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires et par trois celles d’anxiolytiques. Il existe une étude majeure adaptée à l’homéopathie mais la HAS l’a écartée en utilisant le prétexte que les groupes de patients n’étaient pas comparables. Ce qui est faux, les groupes étaient tout à fait ajustés. »

« Agnès Buzyn assène des vérités qu’elle n’a pas vérifiées, c’est de l’amateurisme. On ne peut pas parler de carburant et des problématiques de pouvoir d’achat et dire le lendemain que les Français peuvent se payer l’homéopathie. Un déremboursement maintenu à 15 % aurait été complètement neutre pour l’Assurance-maladie, mais pas pour le pouvoir d’achat des Français.

« Nous sortons d’un débat public où le président de la République lui-même a dit qu’il fallait écouter les Français et a proposé que l’on passe le seuil du référendum d’initiative partagé à 1 million. En deux mois et demi, 1,2 million de signatures ont été recueillies en faveur du maintien du remboursement de l’homéopathie et on ne les écoute pas. Les Français veulent du remboursement sur ce type de risque. Les médecins vont prescrire d’autres traitements plus coûteux et délétères pour la santé, qui sont toxiques alors que l’homéopathie ne l’est pas. Il est encore temps pour la ministre et le chef de l’Etat de revenir sur cette décision. »

Coûte que coûte.

A demain @jynau

L’homéopathie déremboursée et les riches dîners de François de Rugy en l’hôtel de Lassay

Bonjour

Hasard ou fatalité ? Quand Agnès Buzyn, sur RTL, explique ce 10 juillet quand, comment et pourquoi les médicaments homéopathiques ne seront plus remboursé voilà, sur France Inter, que François Goullet de Rugy doit s’expliquer sur des dîners dont les factures seront réglées par les citoyens français. Et au risque de faire le jeu des extrêmes et des désabusés les médias s’en donnent à cœur joie.

 « En période de disette budgétaire, la dépense passe mal auprès de certains fonctionnaires de l’Assemblée, résume Le Monde. Le site d’information en ligne Mediapart révèle, mercredi 10 juillet, que François de Rugy a organisé entre octobre 2017 et juin 2018 au moins une dizaine de dîners dans les salons de l’hôtel de Lassay, lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, sans lien apparent avec ses fonctions.

Parmi les convives identifiés par Mediapart (Fabrice Arfi) figurent notamment des membres de sa famille et des amis de sa femme Séverine, journaliste à Gala. Interrogé par le site d’information, le célèbre éditorialiste Jean-Michel Aphatie, invité par l’intermédiaire de sa femme, une proche de Mme de Rugy, raconte : « J’ai hésité à y aller parce que si le déjeuner est un espace de travail, le dîner est un espace ambigu. (…) J’ai vite compris que cela n’avait pas beaucoup de sens d’être là pour moi. Ce n’est pas un dîner de travail. Et si c’était à refaire, non, je ne le referais pas. » (sic)

Défendre sa femme

Sur France Inter, celui qui est devenu ministre, d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire a qualifié l’article de Mediapart de « grotesque » et « pamphlétaire » : « La réalité, c’est que, élu président de l’Assemblée nationale, j’ai mis un peu d’ordre dans la gestion de certains budgets. J’ai réduit la retraite des députés, supprimé les avantages des anciens présidents de l’Assemblée… » Et d’ajouter :

« J’assume que ma femme ait pu participer, je défendrai ma femme. Nous n’avons rien à nous reprocher (…). [Quant aux invités], ce ne sont pas des amis, certains nous les connaissions, d’autre pas (…), c’est ça le propre d’avoir des relations de travail. » A Mediapart, François Goullet de Rugy avait assuré qu’il s’agissait de « dîners informels liés à l’exercice de [ses] fonctions avec des personnalités issues de la société civile », pour « répondre à l’exigence de représentation liée à [sa] fonction ».

Saint-Valentin et déjeuner de mariage

Mais ce n’est pas tout. Selon d’autres éléments (également recueillis par Mediapart),  les moyens de l’Assemblée nationale auraient également été utilisés pour organiser le dîner de Saint-Valentin du couple en 2018. « Le service de restauration de l’hôtel de Lassay a eu la délicate attention, sans qu’aucune demande préalable ne leur soit faite, de décorer la table de François de Rugy et son épouse », a justifié l’entourage du ministre au site d’information.

L’ancien président de l’Assemblée nationale avait déjà été épinglé par la presse en juillet 2018, pour avoir notamment organisé le déjeuner de son mariage à l’hôtel de Lassay, le 17 décembre 2017. Il avait alors affirmé avoir remboursé une partie importante des frais engagés par l’Assemblée nationale.

Sur RTL, Agnès Buzyn explique qu’une grande partie des médicaments homéopathiques ne sont pas remboursés.

« Ces médicaments coûtent très peu chers. Nous avons fait des calculs, quand on regarde les 1% des Français qui consomment le plus l’homéopathie, des très gros consommateurs, ils sont remboursés au plus fort de 25 euros par mois, c’est-à-dire de 2 euros par mois. »
« Cela ne peut pas grever le budget des Français car cela coûte très peu cher. Je pense que cela ne créera pas de la médecine à deux vitesses pour ceux qui souhaitent vraiment continuer à en consommer. Sachant que beaucoup de médicaments homéopathiques aujourd’hui sont consommés sans jamais avoir été remboursés. » 

Hasard médiatique ou fatalité politique ? Prendre le risque, en rapportant tout ceci, de faire le jeu des extrémistes ?

A demain @jynau

L’homéopathie déremboursée dès après-demain : la bien étrange intuition d’Agnès Buzyn

Bonjour

L’affaire de l’homéopathie n’est pas finie. Et il faudra décrypter les longues déclarations-justifications d’Agnès Buzyn en date de ce 10 juillet. D’abord dans Le Parisien (Florence Méréo et Elsa Mari), ensuite sur RTL (Elizabeth Martichoux) où la ministre a une nouvelle fois taclé Michèle Rivasi qui évoque le retour de l’Inquisition et des « guérisseurs sans formation » (sic). On y saisira un peu mieux les impasses dans lesquelles se débat la ministre des Solidarités et de la Santé, au croisement asphyxiant de la politique et de la science, du pouvoir et du savoir.

Pour l’heure résumons. A commencer par cette étrange confession au Parisien qui (enfin) lui demandait pourquoi elle avait radicalement changé d’avis. Rappelons (une nouvelle fois) que le 12 avril 2018, invitée de la matinale sur RMC-BFM TV, Agnès Buzyn annonçait, au début de la tourmente, que les spécialités homéopathiques continueraient à être remboursées par l’assurance maladie, même si c’est «probablement un effet placebo». «Les Français y sont attachés. Si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques, je pense nous y gagnons collectivement. Voilà, ça ne fait pas de mal ! », osait alors la ministre qui fut la cible d’innombrables moqueries sur les réseaux sociaux 1.

Aujourd’hui, Agnès Buzyn explique : « cette phrase que j’ai dite reposait sur une intuition ». « Depuis, les études ont parlé, ajoute-t-elle (sans dire lesquelles).Ne pas prendre d’homéopathie n’entraîne pas un report vers plus de médicaments ou d’examens. Les deux ne sont pas liés. Au contraire, les gros consommateurs d’homéopathie ont tendance à utiliser plus de soins en général. »

« Aspirine ou paracétamol, un point c’est tout »

Finalement, qui a tranché : elle ou Emmanuel Macron ? « Nous avons travaillé tous ensemble. Il s’agit d’une décision gouvernementale ». Pourquoi ne pas avoir fait un compromis en déremboursant à 15 %, comme le demandait son prédécesseur Xavier Bertrand ?

« Cela n’aurait pas de sens. Et signifierait que des médicaments dont l’efficacité clinique n’est pas prouvée pourraient quand même être remboursés. Dans ce cas-là, pourquoi ceux-là et pas d’autres ? Quand on est un homme ou une femme politique, on doit être prudent et ne pas aller contre un avis scientifique parce qu’on met alors à mal tout notre système d’évaluation du médicament. Nous devons être rigoureux pour que l’argent public, celui des Français, soit dépensé à bon escient. »

Les menaces à l’emploi des puissants Laboratoires Boiron ?  « Je suis la ministre de la Sécurité sociale, dont l’argent n’a pas vocation à soutenir des entreprises même si elles sont françaises » (sic). « Je ne crois pas pour autant que l’économie des trois laboratoires sera déstabilisée car les Français continueront à utiliser l’homéopathie. Sans compter que des marchés à l’international, notamment en Asie, sont en pleine expansion. »

Maladies qui guérissent « toutes seules »

Faut-il laisser les facultés françaises de médecine et de pharmacie continuer à enseigner un pratique qui n’a désormais, officiellement, aucune raison scientifique d’être ?

« Ce sont aux doyens des universités de trancher. Ce qui est sûr, c’est que nous avons le nombre de médecins homéopathes le plus important au monde : plus de 20 000, principalement des généralistes. Bien plus que l’Allemagne qui en compte 7 000. Mais la question qui se pose aujourd’hui est bien celle du remboursement : ni l’homéopathie, ni son enseignement n’ont vocation à être interdits. »

« Je ne passe pas tout mon temps sur Twitter où le débat s’est progressivement radicalisé, dit-elle encore. Je pense qu’il ne faut pas culpabiliser les Français qui croient en l’homéopathie. La décision de la rembourser en 1984 [par la ministre Georgina Dufoix] a favorisé leur engouement. Aujourd’hui, certains de nos concitoyens ont le sentiment que ce type de médecine complémentaire les soulage. Mon souhait est d’aller vers un usage plus raisonné, grâce à de la pédagogie. »

Et Agnès Buzyn de commencer à expliquer, pour sa part, que nombre de maladies « guérissent toutes seules ». Ainsi, pour finir, quand Le Parisien ose une question personnelle quant à savoir si la ministre est une adepte : « Non ! Je donnais d’ailleurs le moins de médicaments possible à mes enfants. Cela les énervait beaucoup quand je leur disais que la majorité des maladies se guérissent toutes seules. En cas de fièvre, ils avaient le droit à de l’aspirine ou du paracétamol, un point c’est tout. » Rien ne dit que ce soit là le point final.

A demain @jynau

1 Voir « La guerre de l’homéopathie touche peut-être bientôt à sa fin » Slate.fr 4 avril 2019

Communiqué officiel:

 » En France, le bien fondé du remboursement des médicaments par l’assurance maladie est évalué par la Haute Autorité de Santé (HAS) afin de s’assurer qu’ils présentent un intérêt thérapeutique suffisamment important. La commission de la transparence (CT), composée d’experts indépendants, de la Haute Autorité de Santé a ainsi récemment évalué le service médical rendu par les médicaments homéopathiques, à la demande de la ministre.

À partir de l’ensemble des données médicales et scientifiques disponibles, elle a mis en évidence que ces médicaments n’avaient ni démontré leur efficacité dans les affections pour lesquels des données sont disponibles, ni démontré leur intérêt pour la santé publique notamment pour réduire la consommation d’autres médicaments

L’évaluation scientifique de la Haute Autorité de Santé a donc conclu que l’intérêt clinique de ces produits était insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale.  Conformément à ses engagements, la Ministre des solidarités et de la santé suivra l’avis de la HAS et initiera dans les prochains jours la procédure visant à radier les médicaments homéopathiques de la liste des médicaments pris en charge par l’Assurance Maladie au 1er janvier 2021.

Une étape intermédiaire est prévue et consistera à abaisser le taux de remboursement de 30 à 15% au 1er janvier 2020. Cette démarche en 2 temps témoigne de la volonté de la Ministre de permettre aux patients, prescripteurs et industriels concernés de s’adapter progressivement au déremboursement total au 1er janvier 2021. La ministre recevra les industriels, les associations de patients et les professionnels de l’homéopathie dans les prochains jours. »

Homéopathie française vilipendée : pourquoi n’enseigne-t-on pas l’astrologie à l’Université ?

Bonjour

Plus Agnès Buzyn tardera, plus l’incendie anti-rationaliste gagnera.  Plus le gouvernement atermoiera, plus les esprits s’échaufferont. Un nouveau stade a déjà été franchi : on ne parle plus seulement du déremboursement des spécialités homéopathiques mais bien de l’enseignement de cette pratique ; un exercice médical voué aux gémonies – traîné dans la boue par les esprits rationalistes ne voyant là, au mieux, qu’un effet placebo induit par de l’eau diluée dans de l’eau.

Objectif, donc, des « anti » : bouter l’enseignement homéopathique hors des amphithéâtres médicaux – le chasser hors de l’Université. Et certains médecins généralistes ne sont pas les derniers. Vendredi 5 juillet  le Collège national des généralistes enseignants (CNGE) a pris officiellement position. Il l’a fait dans une lettre adressée non pas à Agnès Buzyn, mais à Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Frédérique Vidal.

Le Pr. Vincent Renard, président du CNGE, rappelle tout d’abord que  des enseignements d’homéopathie existent « encore » (sic)  dans la moitié des facultés de médecine en France et dans de nombreuses facultés de pharmacie.

« La Haute Autorité de Santé a rendu l’avis qui était attendu quant au déremboursement, tellement la situation est claire au plan scientifique. Cet avis corrobore l’avis de la communauté scientifique nationale et internationale, le point ayant été très bien résumé dans l’article de référence de la revue francophone de médecine générale 1 écrit-il. Au-delà même de cet avis, l’absence de tout modèle théorique sur lequel pourrait reposer l’homéopathie, invention datant du 18e siècle, l’absurdité des contenus de la ‘’médecine homéopathique’’, des indications comme des thérapeutiques, devrait imposer de protéger les étudiants contre ces déviances pseudo scientifiques. »

« On ne peut pas à la fois recommander à ces derniers des contenus fondés sur les données de la science, imposer qu’ils soient formés à la lecture critique, et en même temps leur proposer des enseignements véhiculant des aberrations grossières aux antipodes de la démarche scientifique. Une enquête sur les contenus de ces enseignements délivrés dans les murs des facultés serait la bienvenue car elle aurait des conclusions accablantes si jamais elle était conduite 2.

Les médecins généralistes universitaires sont très attachés à ce qu’il n’y ait plus de place pour l’homéopathie à l’université. Ce type de pratique nuit principalement à la médecine générale en détournant de jeunes médecins des bonnes pratiques et en véhiculant une image archaïque de la discipline. La responsabilité de l’université est également de ne pas encourager les patients dans de fausses croyances qu’il convient de discuter avec empathie sans les accréditer ; nous rappelons ici qu’un des produits homéopathiques les plus vendus est un pseudo vaccin contre la grippe détournant les patients des thérapeutiques efficaces.

La moitié des facultés de médecine propose encore des diplômes universitaires d’homéopathie ainsi que certaines facultés de pharmacie. Nous en demandons donc la suppression car il serait aujourd’hui coupable de continuer à délivrer ce type d’enseignement par l’Université, voire de délivrer des diplômes universitaires. Avec pour objectifs l’intérêt de l’Université, celui des patients comme celui des étudiants, nous comptons sur votre action. »

Agnès Buzyn n’a que trop tardé

Dans le camp adverse on s’active. « Il est important que l’homéopathie soit prescrite par des médecins et que son enseignement continue à être délivré dans un cadre universitaire », assurait, mi-juin, Charles Bentz, président du Syndicat national des médecins homéopathes français, lors de la présentation d’un « livre blanc » de l’homéopathie. Mieux encore les firmes (Boiron, Lehning et Weleda) associées aux organisations d’homéopathes, ce document préconise d’intégrer dans la formation des médecins, notamment généralistes, « un module d’enseignement sur les médecines complémentaires, dont l’homéopathie ».

Aujourd’hui cet enseignement n’est qu’optionnel et fait l’objet de diplômes universitaires (DU) ou interuniversitaires, (DIU).  Certaines y ont toutefois renoncé et l’AFP a mené l’enquête. En septembre dernier, la fac de Lille avait suspendu le sien dans l’attente de l’avis de la HAS, et celle d’Angers l’avait carrément supprimé. Depuis, Lille a décidé d’abandonner définitivement cette formation de deux ans. Pour sa part l’université François-Rabelais de Tours a décidé de fermer la première année du DIU homéopathie. Mais la seconde année est « encore maintenue » pour « permettre aux étudiants de terminer leur cursus ». Tours proposait jusqu’ici ce DIU conjointement avec Poitiers… Que fera Poitiers ? A Bordeaux, l’homéopathie n’est plus enseignée depuis 2009.

A l’opposé d’autres facultés s’accrochent bec et ongles à leur diplôme d’homéopathie. Lyon-I qui propose un DIU en partenariat avec Brest et Reims, n’envisage pas sa fermeture « sans une demande officielle de la part de la Conférence des doyens ou du ministère ». « Les soins par l’homéopathie sont une réalité en France, il est donc du ressort de l’université de pouvoir accompagner des formations qui sinon seraient faites à l’extérieur sans aucun contrôle », fait valoir la faculté lyonnaise, voisine des puissants laboratoires Boiron. L’université de Strasbourg a déjà fait savoir qu’elle n’entendait pas mettre fin à son DU. Quant à Paris-XIII, elle, « attend une concertation entre tous les doyens de médecine pour une éventuelle prise de décision commune ».

Or les représentants des doyens des facultés de médecine et de pharmacie ont récemment jugé que l’homéopathie devait pouvoir continuer à être enseignée… Où l’on comprend que la rationalité n’est pas toujours, en France, la chose la mieux partagée au sein de l’Université.

Joint par Le Quotidien du Médecin le Pr Vincent Renard accuse :  « La Conférence des doyens préfère que ces enseignements se passent au sein de l’université que dehors. C’est une très mauvaise stratégie. C’est comme si on intégrait les enseignements de l’astrologie à ceux de l’astronomie ».

Voilà un bon sujet pour cet été : pourquoi n’enseigne-t-on pas l’astrologie à l’Université ? Pour l’heure le gouvernement soupèse l’affaire du déremboursement avec ses trébuchets :  Sibeth Daye, porte-parole tonitruante a expliqué sur RMC-BFMTV que la décision finale dépendait d’une « balance » entre les « considérations scientifiques et les conséquences sur l’emploi ». Aussitôt contredite, sur RTL, par Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics. Agnès Buzyn n’a que trop tardé, l’incendie a gagné. Qui osera jouer les pompiers ?

A demain @jynau

1 Denis Pouchain, Gérard Le Roux, Vincent Renard, Rémy Boussageon, et le Conseil scientifique du Collège national des généralistes enseignants « Approches théorique, scientifique et réglementaire de l’homéopathie ». exercer 2018 ; 148 : 460-4.

2 Précisément: pourquoi cette enquête n’a-t-elle jamais été menée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ?