Cigarette électronique : l’Agence France Presse accusée de dissémination  de fausses nouvelles 

Bonjour

C’est, dans ce domaine, sans précédent connu. Les associations Aiduce et Sovape  viennent de faire savoir qu’elles ont, le 9 février, adressé un courrier circonstancié au président directeur général et à la directrice de l’information de l’Agence France Presse (AFP). Objet : « dissémination d’informations anxiogènes et fausses sur les produits du vapotage et plus généralement sur la nicotine et ses effets sur l’homme ».

« Le 1° février dernier, plusieurs de vos clients ont repris une dépêche AFP faisant état de risques de cancer associés au vapotage et d’une étude de la Faculté de Médecine de l’Université de New York. Cette dépêche a été soit reprise en l’état (Ouest France, Europe 1, RTL, etc.), soit publiée en y apportant des commentaires additionnels (Science et Avenir, France Inter, France TV, etc.) (…) Les conséquences de telles “fake news” reprises en une par les médias sur la base de la confiance qu’ils ont dans l’Agence sont graves aussi bien d’un point de vue sanitaire, que pour la tranquillité d’esprit des vapoteurs, et la réputation de l’AFP » expliquent-elles. Ces deux associations rappellent que dès la veille « des réactions d’experts étaient déjà disponibles » : Réactions sur sciencemediacentre.org. Elles ajoutent :

« De plus une simple lecture du papier avec une compétence scientifique minimale permettait de réaliser plusieurs anomalies dans des affirmations très éloignées des expériences réalisées, la démarche peu documentée et peu représentative, et la généralisation que les auteurs faisaient entre des phénomènes mal définis et une réalité humaine. D’autant plus que les affirmations de l’études allaient explicitement à l’encontre d’un consensus scientifique large confirmé sur plusieurs décennies. 

Triste journée et déni du ministère de la Santé

« Plusieurs journalistes l’ont démontré dans la journée même en publiant des articles correctifs après les contacts usuels avec des spécialistes, dans le même temps des autorités sanitaires et des instituts de recherche, en plus de scientifiques et médecins, publiaient des alertes face à ces titres racoleurs dangereux. Ce fut une triste journée pour la science, pour la presse, et pour la santé publique 1. »

À la suite de cette dépêche, les responsables de ces associations ont été contactés par des vapoteurs leur demandant s’il n’était pas plus prudent, par exemple, de reporter leur tentative de sevrage du tabagisme. D’autres ont été assaillis de questions, d’avertissements, voire de reproches par leurs proches et leurs collègues. C’est dire si les conséquences de la répétition sans précautions d’une information très contestable pourraient vite s’avérer dommageables pour la santé.

Et maintenant ? Aiduce et Sovape attendent de l’AFP une « correction ». Elles se proposent d’informer « les intervenants de l’Agence sur tout ce qui touche au vapotage » pour prévenir autant que faire se peut les poussées récurrentes de « fake science ». Où l’on mesure, une nouvelle fois, les conséquences du déni du ministère de la Santé et des agences sanitaires quant à la e-cigarette. Où l’on voit aussi  que, dans le secteur qui est le leur, ces deux associations « maintiennent une veille sur l’information scientifique, en liaison avec plusieurs experts ». Qui s’en plaindrait ? Que fera l’AFP à la réception de ce courrier ?

A demain

1 « Cigarette électronique et fake news : mieux vaut parfois lire Paris Match que les PNAS » Journalisme et santé publique, 31 janvier 2018

La démonisation de la cigarette électronique est l’une des incarnations de la «post-vérité»

 

Bonjour

Serait-ce, déjà, un « effet Trump » et son épidémie de « post-vérité »  ? Comment, sinon, expliquer que l’équivalent américain du Directeur Général de la Santé en soit arrivé là ? Nous évoquions il y a quelques jours la publication du rapport sur la cigarete électronique du Dr Vivek H. Murthy, Surgeon General des Etats-Unis.  On trouvera ce rapport à cette adresse :  https://e-cigarettes.surgeongeneral.gov/. Cet éminent responsable sanitaire y reprend les chiffres d’utilisation de cigarettes électronique chez les jeunes aux Etats-Unis. Il rappelle que les outils du vapotage ne sont pas anodins, que l’inhalation de nicotine expose à un risque de dépendance à cette substance. Il critique par ailleurs  les publicités agressives de l’industrie des cigarettes électroniques ciblant les plus jeunes.

Ce rapport est aujourd’hui devant des juges ayant autorité. Et il est dénoncé comme biaisé et partisan. On ne peut, comme il le fait, présenter  la cigarette électronique comme « un danger majeur pour la santé publique ». C’est refuser de comprendre qu’il y a là un levier puissant de réduction du risque tabagique. Ceci explique le nombre et la virulence des réactions d’experts en santé publique qui dénoncent le rapport du Dr Murthy,  réductionniste et politiquement partisan.

Rapport malhonnête

 Le paradoxe veut que, loin d’être colligées et analysées par les responsables des organismes sanitaires publics, ces réactions critiques le sont par le site des buralistes : « Cigarette électronique : un rapport américain alarmant, mais très contesté ». On y découvre, contacté par Sciences et Avenir, le Dr Lion Shabab (University College London) qui estime que le rapport adopte « une courte vue sur le potentiel de la e-cigarette en tant qu’outil de réduction des risques du tabagisme, tout en exagérant ses potentiels effets néfastes (…)  À l’inverse du tabac fumé qui utilise la combustion pour délivrer dans les poumons de la fumée contenant de la nicotine, du goudron et de nombreuses substances toxiques, les cigarettes électroniques ne brûlent pas de tabac. Il est donc trompeur de classer la e-cigarette comme un produit du tabac ».

 A ses côtés le Dr Lynne Dawkins (London South Bank University) regrette qu’« en choisissant de se concentrer sur les jeunes et d’ignorer que la e-cigarette est une alternative moins dangereuse pour les adultes fumeurs, le rapport se rend incapable de mesurer adéquatement la balance des bénéfices et des risques ». Pour le Pr Michael Siegel (Ecole de santé publique de l’université de Boston), « le rapport est scientifiquement malhonnête ». Sur son blog il souligne (une fois encore…)  que « le vapotage n’est pas une forme d’utilisation du tabac » et insiste sur la prévalence tabagique qui a atteint un niveau historiquement bas aux États-Unis.

Ces trois experts estiment que les effets de la nicotine sur le cerveau humain ne sont pas avérés, les seules données disponibles étant issues de recherches animales, essentiellement menées sur des rongeurs.

 Dans un monde idéal

 Dr Lion Shabab : « Il est clair que dans un monde idéal, les adolescents ne consommeraient ni cigarette ni e-cigarette. Mais la réalité, c’est qu’en dépit de décennies d’efforts pour réduire le tabagisme, le plus dangereux des produits du tabac – la cigarette – est encore un produit de consommation parfaitement légal ; alors même qu’il rend non seulement dépendant mais tue aussi ses consommateurs.

 « De fait, chaque année, des milliers d’adolescents commencent à fumer des cigarettes. Or, si les e-cigarettes peuvent détourner les adolescents du tabac fumé, elles auraient très probablement un effet bénéfique sur la population. Il faut savoir que l’usage quotidien de e-cigarettes chez les jeunes reste extrêmement rare, et est d’abord le fait de ceux qui fument déjà.

« En exagérant les dangers de la e-cigarette et en ignorant son potentiel d’outil de réduction du tabagisme, y compris chez les adolescents, le rapport du Surgeon General pourrait avoir des conséquences non souhaitées et conduire plus de jeunes vers des produits du tabac fumé ».

 En France le Pr Bertrand Dautzenberg ironise : Merci au Surgeon General US de suivre avec trois ans de retard l’attitude assez exemplaire qu’a eu la France en matière d’e-cigarette, malgré les tensions et les incompréhensions qui persistent ».

 Et en  Suisse, ce pays ami ? On peut ici écouter, sur la RTS, le réquisitoire calme et terrible du  Pr Jean François Etter (Université de Genève), fondateur du programme « stop tabac » en Suisse. C’est, selon lui un rapport biaisé et trompeur. Un rapport non pas scientifique mais bel et bien politique caractérisé par un refus idéologique de la politique de réduction des risques. On n’écoute jamais assez la Suisse. Pour l’heure, en France, c’est le grand silence.

A demain

«Cigarette électronique, danger majeur pour la santé publique »: nouvelle rafale médiatique

 

Bonjour

Orwell. Le bien c’est la mal. Le rassurant, c’est l’inquiétant. Dormez, je le veux. Sous des titres différents, le même texte alarmiste. On retiendra  Science et Avenir : « Les e-cigarettes représentent un danger majeur pour la santé publique » ou Paris Match  : « Les e-cigarettes représentent un danger majeur pour la santé publique, selon une étude ».

Si l’on peut, mieux vaut lire The New York Times: “Use of E-Cigarettes by Young People Is Major Concern, Surgeon General Declares”. Et, en  réplique le décryptage de l’expert  Kantantinos  Farsalinos :US Surgeon General declares e-cigarettes are a public health concern. But where is the evidence of harm?

Police française

L’actualité réside dans un rapport du Dr Vivek H. Murthy , Surgeon General des Etats-Unis (une forme de Directeur Général de la Santé).  Tout est dit ici : https://e-cigarettes.surgeongeneral.gov/. Le responsable sanitaire reprend les chiffres d’utilisation de cigarettes électronique chez les jeunes aux Etats-Unis. Il rappelle que les outils du vapotage ne sont pas anodins, que l’inhalation de nicotine expose à un risque de dépendance à cette substance. Il critique par ailleurs  les publicités agressives de l’industrie des cigarettes électroniques ciblant les plus jeunes.

Le Surgeon General des Etats-Unis fait son travail dans le contexte spécifique de ce pays. « Danger majeur pour la santé publique » ? En France plus de 30% des jeunes consomment, généralement  quotidiennement du tabac (qu’ils ne devraient pas pouvoir acheter chez les buralistes). Ils entrent ainsi sans difficulté aucune dans le monde esclavagiste du tabac. Que fait la police ? Où est la ministre de la Santé ?

Avec le temps ces jeunes endureront  les plus grandes souffrances pour réussir à se libérer de cet enfer toxique. Il arrivera alors que la cigarette électronique puisse les aider.  Où est, aujourd’hui,  le « danger majeur  pour la santé publique » ? Que pourrait nous dire, sur ce sujet, le Directeur Général de la Santé (français) ?

A demain

E-cigarette : elle nuirait au nez mais rajeunirait la fonction des poumons. Qui dit la vérité ?

 

Bonjour

Nouvelle attaque contre la cigarette électronique.  Cette fois c’est une publication de l’American Journal of Physiology : “E-cigarette use results in suppression of immune and inflammatory-response genes in nasal epithelial cells similar to cigarette smoke”. Publication que l’on peut retrouver ici, ou encore, vulgarisée, ici.

L’affaire commence à faire du bruit de ce côté-ci de l’Atlantique. « Vapoter des cigarettes électroniques ne serait pas sans conséquence pour la santé des poumons. Inhaler de la nicotine liquide modifierait le système immunitaire pulmonaire en altérant plus de gènes que la cigarette classique » résume-t-on sur le site de TopSanté. « Des toxicologues affirment que la e-cigarette modifie des gènes de l’immunité » annonce, en écho, Science et Avenir.

Cellules nasales

En substance un travail chercheurs universitaires américains mené sur 13 non-fumeurs, 14 fumeurs et 12 utilisateurs d’e-cigarette. Analyses sanguines et urinaires des niveaux de nicotine et de biomarqueurs témoins des  expositions au tabac. Trois semaines plus tard prélèvements d’échantillons cellulaires dans les voies nasales de chaque participant. Objectif : analyser l’expression de gènes impliqués dans les réponses immunitaires pulmonaires. Résultats : le tabac diminue l’expression de 53 gènes et la e-cigarette fait de même pour  l’expression de 305 gènes supplémentaires.

«La recherche suggère précisément que l’inhalation des liquides vaporisés via les e-cigarettes ne sont pas sans effets sur le niveau d’expression génique des cellules épithéliales. Cette inhalation entraînerait des modifications épigénétiques, c’est-à-dire d’expression des gènes et donc de production de protéines importantes pour la santé de nos cellules », explique le Pr Ilona Jaspers qui a dirigé ce travail.

« Cette étude a fait grand bruit depuis deux jours, nous a expliqué Jacques Le Houezec, président de Sovape.
Ses résultats doivent être relativisés par le fait qu’elle porte sur un petit nombre de sujets et que l’utilisation de la CE était relativement récente pour certains utilisateurs. De plus, et même si ces effets sont statistiquement significatifs, rien n’indique qu’ils aient un effet cliniquement significatif. »

Inserm absent

Jacques Le Houezec cite à l’inverse une étude longitudinale italienne 1 qui montre un effet bénéfique à long-terme (un an) de l’utilisation de la CE sur la fonction pulmonaire. « Même si cette étude est limitée dans son interprétation car réalisée à une époque où la CE utilisée était de première génération (cigalike) et que son efficacité pour aider les fumeurs à arrêter était limitée, il ressort que les fumeurs qui ont pu arrêter de fumer totalement, même s’ils ont continué d’utiliser la CE, ont vu leur fonction pulmonaire s’améliorer, sans événements indésirables notables » résume le président de Sovape.

Cette étude permet donc largement de relativiser une étude sur des cellules de la muqueuse nasale. Et ces deux études viennent, une fois de plus, mettre en lumière la tragique absence, sinon l’incurie, de la recherche publique et universitaire française sur un sujet de d’une telle importance en termes de réduction des risques.

A demain

1 “Changes in breathomics from a 1-year randomized smoking cessation trial of electronic cigarettes” Eur J Clin Invest. 2016 Jun 20. doi: 10.1111/eci.12651. [Epub ahead of print]

 

Non, le débat national de Marisol Touraine sur la vaccination n’est pas mort-né. Il est reporté

Bonjour

Ne jamais désespérer du politique ? Nous nous étonnions il y a peu du silence, pesant, de Marisol Touraine quant à l’un des sujets majeurs dont elle à la charge : le dossier à très haut risque des vaccins, de la vaccination et des remous multiples qu’ils suscitent.

Rappel : le samedi 1er août dernier la ministre de la Santé avait donné un entretien au Parisien. Elle y annonçait  un débat national sur la politique de vaccination. Objectif : enrayer une défiance grandissante à l’égard des vaccins. Elle précisait que ce débat national serait lancé avant la fin de l’année, après la remise, à l’automne, du rapport sur la politique vaccinale commandé à la députée Sandrine HurelEn mars dernier c’est Manuel Valls en personne qui avait missionné la députée. Mme Touraine indiquait aussi  que les  modalités du débat « restaient à fixer ». Elle promettait encore « une complète transparence ».

Les grands silences

Depuis, le grand silence. L’urgence était au paquet neutre, au tiers payant généralisé. En coulisse et sur la Toile les anti-vaccinaux, vrais ou mitigés, fourbissaient leurs armes. Un enfant, patient d’un pédiatre homéopathe, contracté le tétanos. Silence officiel. Le pédiatre vient d’être condamné. Silence. La distribution des vaccins est toujours perturbée dans les pharmacies d’officine. Silence. La pétition du Pr Joyeux adressée à la ministre de la santé atteindrait les 770 000 signatures. Silence.

Il y a quelques jours le mensuel Science et Avenir nous révélait que le rapport de la députée Sandrine Hurel  était « déjà sur le bureau de Marisol Touraine ». Qu’il « devrait l’inspirer » pour le grand débat public national dont personne n’avait plus de nouvelles. Fallait-il considérer que le grand débat annoncé est déjà mort-né ?

Après l’hiver

La réponse nous est aujourd’hui offerte dans les colonnes du Journal du Dimanche. Page 24, sous le billet (poussif) de l’humoriste Anne Roumanoff on trouve une « Opinion » signée du Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. Ce haut fonctionnaire, anesthésiste-réanimateur de formation, explique  que quatre personnes viennent de mourir de la méningite C dans les départements de l’Allier, de la Creuse et du Rhône. Il rappelle aussi que la vaccination contre cette infection est recommandée pour les personnes âgées de 10 mois à 24 ans (une injection remboursée par la Sécurité sociale) ; 422 cas et 48 morts prématurées l’an dernier.

Le Pr Vallet écrit aussi (démentant Science et Avenir) que les conclusions du rapport de la députée Sandrine Hurel « sont attendues pour début janvier ». Et que le « grand débat national sera engagé au printemps ». Pas de retard de la ministre de la Santé, donc. Mais une députée qui a très certainement voulu remettre un rapport exemplaire. Le débat, dès lors, s’ouvrira après l’hiver.

A demain

Vaccinations : annoncé durant l’été par Marisol Touraine le «débat national» est-il mort-né ?

 

Bonjour

Dans sa livraison de décembre le magazine Sciences et Avenir annonce qu’il va nous dire « la vérité sur les vaccins ». Enfin. « Restaurer la confiance » titre l’éditorial de Dominique Leglu. On est bien en peine de dire quand elle a été perdue. Est-ce lors de la plus que triste «affaire du vaccin contre l’hépatite B » ? Lors de la vaccination à marche forcée contre le virus grippal de 2009 ?

Modernité administrée

On peut aussi ne voir là que des symptômes d’une cause plus profonde : l’expression d’un sourde angoisse collective contre la modernité ; une modernité vaccinale et médicale qui, paradoxe, a fait disparaître du paysage les fléaux épidémiques au cours du XXème siècle. Mais une modernité administrée, non expliquée, à celles et ceux qui en profitent. C’est dans ce contexte de progrès majeur que l’inquiétude émerge, que l’on s’interroge sur les adjuvants, leur composition et leur nocivité.

C’est dans ce contexte que l’on conteste le notion même d’obligation vaccinale, que des associations sont prises pour des causalités, que des avocats et quelques agitateurs intéressés attisent les inquiétudes. Et c’est aussi dans ce contexte que des pédiatres signent des certificats de complaisance. Qu’un tétanos en France pratiquement disparu ressort de terre et infecte un enfant « vacciné ».

Réhabiliter le geste vaccinal

Une fraction des généralistes ne sait plus qui croire. Une invraisemblable incurie bouleverse la distribution des spécialités vaccinales dans les pharmacies d’officine. On substitue comme on peut et les trois vaccinations obligatoires ne peuvent être pratiquées sans que l’on leur associe des vaccinations simplement recommandées. On comprend que sur un tel terrain puisse prospérer le discours d’une personnalité Janus comme celle du Pr Henri Joyeux (sa pétition à Marisol Touraine approcherait aujourd’hui les 770 000 signatures).

C’est dire la nécessité d’une refondation du pacte vaccinal ; un pacte incluant une réhabilitation (notamment financière) du geste vaccinal.Le samedi 1er août dernier la ministre de la Santé avait donné un entretien au Parisien

 Révélation et rappels 

Elle y annonçait  un débat national sur la politique de vaccination. Objectif : enrayer une défiance grandissante à l’égard des vaccins. Elle précisait que ce débat national toutefois serait lancé après la remise, à l’automne, du rapport sur la politique vaccinale commandé à la députée Sandrine HurelEn mars dernier c’est Manuel Valls en personne qui avait missionné la députée. Mme Touraine indiquait aussi  que les  modalités du débat « restaient à fixer ». Elle promettait encore « une complète transparence » :

« Ne rien cacher est la meilleure manière de combattre ceux qui jouent sur des peurs scientifiquement infondées. (…) Se vacciner n’est pas un geste de confort, ni uniquement un choix individuel. C’est un enjeu collectif. Les premières victimes du refus de vaccination sont les populations les plus fragiles, enfants, personnes âgées. Le risque est aussi de voir réapparaître certaines maladies contagieuses et mortelles, qui ont aujourd’hui complètement disparu. »

Aujourd’hui Science et Avenir nous révèle que le rapport de la députée Sandrine Hurel « est déjà sur le bureau de Marisol Touraine ». Il « devrait l’inspirer » pour le grand débat public national dont personne n’a plus de nouvelle. Ce rapport sera-t-il rendu public ? Faut-il considérer que le grand débat annoncé est déjà mort-né ?

A demain

Talons aiguilles : entre sexologie et orthopédie. Le cas de la grande Madonna

Bonjour

S’il fallait une actualité à la séduction mêlée de souffrance, nous nous saisirions de Madonna. La grande Madonna, 56 ans victime d’une chute spectaculaire (voir Slate.fr -les talons sont rouges) sur la scène des Brit Awards, mercredi 25 février. Une chute vertigineuse  alors qu’elle interprétait Living for Love. Une chute, dit-elle, due à l’immense cape  qu’elle portait pour son show. En réalité une chute qui pourrait devoir beaucoup à ses talons d’échassière monsialisée.

Résumons. Deux études scientifiques précisent les termes du dilemme auquel sont soumises de nombreuses femmes. C’est un remake fondé sur les preuves de souffrir pour être belle – prendre des risques pour séduire.

Voici l’affaire

La première étude vient d’être publiée dans le Journal of Orthopaedic Research. Elle a été menée par des chercheurs du département de chirurgie orthopédique du Stanford University Medical Center, en Californie. Les auteurs rappellent que l’arthrose du genou est une des principales causes d’invalidité, et qu’elle est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Ils rappellent aussi que le port de chaussures à talons hauts a souvent été évoqué comme un facteur qui expliquerait cette différence entre les deux sexes.

Muscles du mollet

En 2010, des chercheurs britanniques et autrichiens avaient déjà travaillé sur cette question et avaient publié leurs observations dans The Journal of Experimental Biology. Ils avaient alors conclu que les femmes qui portaient régulièrement des talons hauts présentent une réduction moyenne de 13% de la longueur des fibres musculaires des mollets. Un tel raccourcissement peut-être dépisté à partir d’un simple test: couchées sur le ventre, l’angle du talon des porteuses de talons hauts est nettement plus prononcé que chez les autres femmes, du fait de leurs mollets plus courts. Autre test: ces muscles sont plus volumineux et plus tendus que la normale et les porteuses de talons hauts souffrent lorsqu’elles utilisent des chaussures plates.

Commentant ces résultats, le Pr Charles Faucher, spécialiste de médecine podiatrique  (Université du Québec à Trois-Rivières), estimait que les problèmes commencent avec des talons qui dépassent 4 cm, endommageant à terme les articulations et contribuant ainsi à l’apparition d’arthrose des genoux et des chevilles. «Pour se prémunir des risques associés au port prolongé des talons hauts, il faut chausser différents souliers et étirer régulièrement ses mollets», concluait alors le Pr Faucher.

20% de poids en plus

Les chercheurs californiens ont voulu à leur tour savoir de quoi il retournait: ils ont étudié les changements imposés à la cinétique du genou par la marche à talons hauts de grande ampleur. Ils ont aussi testé l’hypothèse selon laquelle la démarche imposée par ces talons correspondait à l’équivalent d’une augmentation de 20% du poids corporel. Ce travail a été mené auprès de quatorze femmes en bonne santé qui se sont portées volontaires pour être étudiées en utilisant soit des chaussures de sport plates, soit des chaussures à talons de 3,8 cm, soit des chaussures à talons de 8,3 cm. La démarche de ces femmes a également été étudiée lorsqu’elles portaient un gilet spécial d’un poids équivalent à 20% du leur. Grossir en voulant se hausser du pied, en somme.

Les chercheurs expliquent que nombre des changements observés avec l’augmentation de la hauteur du talon et du poids étaient semblables à ceux observés avec le vieillissement et la progression de l’arthrose. Ceci suggèrerait clairement que l’utilisation de hauts talons peut contribuer à un risque accru d’arthrose des genoux.

La rigueur impose toutefois de préciser que les auteurs n’ont pas suivi les participantes dans le temps, jusqu’à l’apparition de l’arthrose redoutée.

Potentiel de séduction (attractiveness)

Ce travail peut être rapproché d’une autre étude, française, qui cherchait à chiffrer le potentiel de séduction (sur les hommes) des talons hauts (portés par des femmes). Ce travail, publié dans les Archives of sexual behavior, a été mené par Nicolas Guéguen, professeur en sciences du comportement à l’Université de Bretagne-Sud (Vannes, département du Morbihan).

Il s’agissait, en pratique, d’expériences réalisées en Bretagne et révélant les différences de comportement chez les hommes en fonction de la hauteur des talons d’une femme (0,5 ou 9 centimètres), résumées par le mensuel Science et Avenir. Dans une première expérience, une femme de 19 ans devait demander à trente hommes croisés dans la rue, âgés de 25 à 50 ans environ, s’ils étaient d’accord de répondre à quelques questions sur l’égalité hommes-femmes. Le nombre d’hommes acceptant de répondre variait notablement: ils étaient 83% à accepter de répondre quand la femme portait des talons de 9 cm, 63% quand elle portait des talons de 5 cm, et 50% quand elle portait des semelles plates.

Gant « tombé du sac »

Autre question expérimentale: les hommes sont-ils plus disposés à aider une jeune femme qui porte des hauts talons qu’une femme sans talons? «Pour répondre à cette question, le chercheur a demandé à une jeune femme de faire tomber un gant de son sac à main au moment où elle croisait un passant, résume Science et Avenir. Résultat: 93% des hommes réagissaient dans les 10 secondes pour signaler la perte à une femme à hauts talons, contre 61% avec des talons plats. Quant aux femmes croisées dans la rue, elles sont 50% à signaler la perte dans les dix secondes, quelle que soit la hauteur de talons.»

D’autres expériences confirment une donnée généralement connue et facilement observable. Le chercheur Nicolas Guéguen a voulu vérifier si les femmes portant des talons hauts étaient plus facilement abordées dans un bar que celles n’en portant pas. 36 femmes, âgées entre 20 et 28 ans, se sont rendues dans un bar de la ville de Vannes (le week-end entre 20 h et minuit). Elles étaient vêtues de la même façon et avaient pour seule consigne de croiser leurs jambes de façon à ce que celles-ci soient visibles. Des talons de 9 cm correspondaient à un contact en moins de 8 minutes après l’entrée dans le bar. Il fallait en revanche attendre 12 minutes avec des talons de 5 centimètres et 14 minutes sans talons.

Célibat ou pas

Dernière question: observe-t-on une différence de l’«effet des talons hauts» sur les hommes célibataires et sur  ceux qui ne le sont pas? «Nous n’avons pas pu vérifier ce paramètre dans cette étude, car les participants ont été choisis au hasard dans la rue, a expliqué à Sciences et Avenir Nicolas Guéguen. Statistiquement, on peut déduire que le taux d’hétérosexuels célibataires et en couple est le même, tout comme celui des hommes homosexuels et hétérosexuels, mais évidemment une étude ultérieure devrait être menée pour le vérifier.»

Est-ce déjà le cas ? Y a-t-il ou pas un avenir aux talons plats ? Une croix sur les espadrilles? Qui nous dira ce que pense Madonna de tout cela ?

A demain

Une version de ce texte a initialement été publiée sur le site planetesante.ch