SAMU : l’affaire de Strasbourg s’envenime soudain Que décidera, demain,  Agnès Buzyn ?

Bonjour

En marge des enquêtes, la multiplication des plaintes, la collection d’un abcès. Une semaine plus tard, la révélation des circonstances ayant précédé (et suivi) la mort, le 29 décembre dernier, de Naomi Musenga continue à émouvoir, choquer, révolter. Que fera le pouvoir sanitaire exécutif ?

Pour l’heure, Me Olivier Grimaldi, avocat de l’opératrice du SAMU de Strasbourg qui s’était « moquée » de la jeune malade défend publiquement sa cliente. Sur BFMTV il rappele ses conditions de travail. « C’est un agent confirmé, qui avait bien sûr fait une journée de douze heures le 26. En Alsace c’est un jour férié, donc c’est un jour difficile, souligne-t-il. Ensuite, elle a travaillé deux jours consécutifs, et elle était sur la fin de son cycle de trois jours le 29 décembre. » Selon lui cette opératrice « n’est pas la seule responsable ».

« Dès le départ elle pense à une douleur abdominale donc son jugement est faussé » , ajoute Me Grimaldi, qui met en cause « un mécanisme de prise en charge de l’urgence » où le rôle de sa cliente est « de filtrer parce que derrière vous n’avez que deux médecins ». La direction du SAMU comme celle du CHU de Strasbourg apprécieront. Bouleversée, cette opératrice « comprend bien évidemment le chagrin et la colère de la famille » – et songe à changer de métier.

On apprend d’autre part que des agents de ce SAMU ont porté plainte pour « menaces ». La direction des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), qui a communiqué cette information, ne souhaite pas donner plus de détails sur le nombre de plaintes et les motifs. Elle invoque désormais des « impératifs de confidentialité ».

Marche blanche et double lecture

Sur France Bleu Alsace, Sylvain Poirel, délégué CGT, a fait savoir que « quatre agents [avaient] été menacés directement sur les réseaux sociaux et une sur les quatre n’[avait] pas pu rentrer chez elle par crainte de représailles d’individus présents sur le lieu de son domicile ». Dans le même temps  la plate-forme téléphonique du SAMU reçoit des appels menaçants et des « mesures de sécurité particulières » sont maintenues.

Le 16 mai, une marche blanche sera organisée en mémoire de Naomi Musenga à Strasbourg. Un rassemblement à Paris, place de l’Opéra, est aussi prévu à la même heure. « On appelle vraiment à la non-violence », déclare sur BFM-TV Gloire Musenga, un des frères de Naomi. « On ne peut pas leur en vouloir [aux opératrices du SAMU et des pompiers]. Si elles ne l’ont pas aidée, c’est dû à des problèmes qui ont eu lieu dans leur structure. (…) Elles n’avaient rien contre [Naomi] personnellement », a également dit Martial Musenga, un autre frère de la victime. » Dans le même temps la famille Musenga a déposé une plainte pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Quelle lecture à venir du judiciaire ?

Où l’on retrouve la double lecture à laquelle donne lieu cette affaire : faute individuelle et/ou faillite collective 1.

Quatre mois après

Pour le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société française de médecine d’urgence, cette affaire impose « une réflexion profonde et une nécessaire remise en question ». Et, déjà, émerge une proposition dont on se demande pourquoi elle ne survient que maintenant :  « une meilleure formation des auxiliaires de régulation médicale (ARM), à l’écoute empathique et à la gestion des appelants ». Comment comprendre, comment justifier qu’il n’existe pas de formation diplômante pour devenir ARM, profession accessible avec le seul baccalauréat.

 Plus généralement : se borner à « augmenter les effectifs » ou procéder à de solides « évolutions structurelles » ? C’est ainsi qu’Agnès Buzyn est, dès à présent, personnellement confrontée à ce nouveau dossier – un dossier jusqu’ici ignoré de son ministère en dépit d’un récent rapport officiel 2.  On indique, dans l’entourage de la ministre que de nouvelles mesures devraient être annoncées lors de la publication des conclusions de l’enquête flash de l’IGAS commandée par Mme Buzyn au lendemain de la révélation de l’affaire du SAMU de Strasbourg. Enquête « flash » diligentée quatre mois après les faits. La ministre songera-t-elle, alors, à féliciter le travail de l’Heb’di, lanceur d’alerte alsacien ?

A demain

1 « Quelles leçons tirer de la défaillance tragique du Samu de Strasbourg ? » Slate.fr, 11 mai 2018

2 « Rapport d’information sur la situation des urgences hospitalières, en liaison avec l’organisation de la permanence des soins » Commission des affaires sociales du Sénat, juillet 2017

Alcoolisme. Demain le Conseil d’Etat tranchera : en faveur de l’ANSM ou du baclofène ?  

 

Bonjour

Redoutable, formidable et inquiétant Conseil d’Etat ! Ses champs de compétence ne cessent de s’étendre, de la fin de vie (affaire Vincent Lambert) à l’insémination post mortem et au traitement de l’addiction à l’alcool. Que nous disent ces appels désespérés à la « plus haute juridiction administrative du pays » ? Peut-être faut-il ici se reporter à l’entretien que vient de donner au Monde (Jean-Baptiste Jacquin) Jean-Marc Sauvé, son vice-président sosie du Général et atteint par la limite d’âge 1. Jean-Marc Sauvé qui nous confia un jour, pour Slate.fr et sous les ors de son Conseil d’Etat, ne voir le monde « que régi par la loi ».

Retour au quotidien du règlement des litiges, le tristement banal des magistrats du Palais Royal, à deux pas du Nemours et de ses verres de Sancerre hors de prix. Question : l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a-t-elle trop usé du principe de précaution en limitant d’autorité, en juillet 2017, la dose maximale de baclofène qu’un médecin peut prescrire dans le traitement de la maladie alcoolique ?

Atteinte grave

Le contexte : Le 24 janvier dernier, le responsable du collectif Baclohelp, Thomas Maës-Martin, déposait devant le Conseil d’Etat un recours pour annuler l’interdiction de l’usage du baclofène à hautes doses décidée en juillet 2017 par l’Agence. Le collectif, conseillé par le cabinet d’avocats Spinosi & Sureau, plaidait que cette décision constituait une « atteinte grave et immédiate » à la santé de 40.000 personnes alcooliques qui prennent ce médicament pour se sevrer.

De fait, sur la base d’une vaste étude statistique de l’Assurance maladie, les experts de l’ANSM avaient jugé que les risques liés à la prise du baclofène à hautes doses étaient trop élevées. Au-dessus de 180 mg par jour, «la fréquence des hospitalisations est augmentée de 46 % et le risque de décès est multiplié par 2, 27», concluait une étude. Une étude vivement contestée par le camp adverse – ce qui n’avait pas empêché  l’ANSM, durant l’été 2017,  à rabaisser la posologie maximale à 80 mg par jour. Un niveau jugé bien trop faible par nombre de prescripteurs et de patients soulignant que pour lutter contre l’alcoolisme des prises moyennes de 150 mg (voire plus) étaient nécessaires.

C’est ce litige que vient, le 2 mai, d’examiner notre Conseil d’Etat. « Le directeur général de l’ANSM pouvait déduire [de cette étude de l’Assurance maladie] une suspicion de risque pour la santé publique », a fait valoir Charles Touboul, le rapporteur public du Conseil d’Etat [dont-les-avis-sont-généralement-suivis]. M. Touboul a, nous dit Le Monde (François Béguin) estimé que la décision n’était « pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation » et appelé au rejet de la plainte.

Euphémismes protecteurs

Mais, en même temps, M. Touboul a montré qu’il avait entendu les prises de positions de certains professionnels de santé, même s’il les a qualifiées de « surréactions ». Il y a eu, selon lui, une « incompréhension juridique de la portée juridique » de la décision de l’ANSM, liée à une « communication assez maladroite » de la part de l’ANSM, « au moins en début ». Euphémismes.

En théorie les médecins peuvent toujours, s’ils le souhaitent, prescrire le baclofène à de fortes doses – prescription qui les exposent désormais toutefois à risques juridiques en cas d’effets secondaires graves chez leur patient.  « Depuis la décision de l’ASNM, on a beaucoup de mal à trouver des médecins prescripteurs, ils ont peur de prendre des risques », a expliqué, à l’issue de l’audience du Conseil d’Etat, Marion Gaud, de l’association Aubes, une structure qui regroupe des patients et des médecins: « Même chez nos anciens prescripteurs, beaucoup hésitent à aller au-delà de 80 mg ».

A deux pas du Nemours et de la place Colette La décision du Conseil d’Etat est attendue d’ici deux à trois semaines.

A demain

1 Jean-Marc Sauvé : « Nous vivons dans une société plurielle, souvent divisée, voire fracturée » Le Monde du 28 avril 2018

Whisky, alcoolisme et courage politique : la France prendra-t-elle modèle sur l’Ecosse ?

 

Bonjour

Le Nord donne l’exemple. Après l’Islande et la cigarette électronique, la leçon écossaise. La petite Ecosse, vieille et grande amie de la France, est devenue, mardi 1er mai, la première nation au monde à introduire un prix minimal pour les boissons alcooliques. Une affaire majeure rapportée par l’AFP et par Slate.fr (Thomas Messias).

« L’Ecosse est la première nation au monde assez audacieuse et courageuse pour introduire un prix unitaire minimum, a déclaré à l’AFP Nicola Sturgeon, Première ministre écossaise. Je pense que des pays en Europe et ailleurs chercheront à reproduire ce qui a été fait ici, en Ecosse. » L’Irlande et le Pays de Galles souhaitent lancer des projets similaires.

Avec ce prix unitaire minimum (qui prend en compte à la fois la teneur en alcool et le volume du produit) une bouteille de 70 cl de whisky ne pourra pas être vendue en dessous de 15,60 euros et une bouteille de 75 cl de vin à 12,5 % pas moins de 5,2 euros.

Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre de la lutte contre l’alcoolisme a été saluée par le corps médical et le milieu associatif  comme le plus grand progrès en matière de santé publique depuis l’interdiction de fumer en public. « Cette loi sauvera des vies », a ainsi déclaré Alison Douglas, directrice générale de l’organisation caritative Alcohol Focus Scotland.

Haut de gamme

Les commerçants concernés ont déclaré qu’ils s’attendaient à des pertes minimes et qu’ils avaient depuis longtemps anticipé la mise en place de cette mesure. Certains observateurs font valoir que cette mesure empêchera les initiatives de la grande distribution comme les gros rabais sur les spiritueux et les packs de bière .

Tout n’a pas été simple depuis la loi votée en 2012 par le Parlement écossais. « La mesure est entrée en vigueur après des années de querelles judiciaires qui ont retardé son introduction, rappelle l’AFP. L’an dernier la Cour suprême a soutenu l’initiative du gouvernement écossais l’an dernier, rejetant l’appel constitué par la Scotch Whisky Association et d’autres représentants de cette industrie qui s’y opposaient. Sept juges à Londres ont unanimement déclaré que la mise en place d’un prix minimum était « un moyen proportionné d’atteindre un but légitime » et ne violait pas les lois européennes. Cela a mis fin à une bataille juridique qui était allée jusqu’à la Cour européenne de justice en 2015. »

Et maintenant ?  Nicola Sturgeon estime que la mesure ne nuira pas à l’industrie écossaise, hautement lucrative, du whisky. « Les whiskies haut de gamme pour lesquels l’industrie écossaise est si renommée ne figurent pas parmi les produits alcoolisés qui seront les plus touchés par les prix minimums » explique-t-elle. Mme Sturgeon n’a pas précisé si elle comptait la France parmi les pays européens qui pourraient, rapidement, prendre modèle sur l’Ecosse. Une France où les bouteilles de whiskies (vodka, gin, rhum) bas de gamme peuvent être trouvées à des prix désormais nettement inférieurs à ceux en vigueur en Ecosse.

A demain

Alzheimer, médicaments et courage politique : Agnès Buzyn va-t-elle les dérembourser ?

Bonjour

C’est une question essentielle et une polémique à venir : la maladie d’Alzheimer existe-t-elle ? Tous les éléments sont à retrouver dans un ouvrage dérangeant 1. L’un des auteurs vient d’en exposer l’essentiel sur les ondes matinales de France Culture. Il s’agit du Pr Olivier Saint-Jean, patron du service de gériatrie de l’hôpital européen Georges-Pompidou, membre de la Commission de la Transparence de la Haute Autorité de Santé et enseignant à l’université Paris-Descartes.

Selon lui bien plus qu’une réalité médicale (900 000 personnes en France), la maladie d’Alzheimer serait une « construction sociale pour décrire la vieillesse ». La découverte de la vieillesse et la vieillesse transformée en pathologie. On peut l’entendre ici, sept minutes éclairantes. Et ce spécialiste de poursuivre un combat qu’il mène depuis longtemps : dénoncer l’inefficacité (quand ce n’est pas la toxicité) des médicaments présentés comme « anti-Alzheimer ».  Il redit, sur France Culture, que ces médicaments sont inefficaces et fournit les derniers éléments, politiques, du dossier :

« Pr O.S.-J. : Ces médicaments sont totalement inefficaces. La démonstration scientifique en a été apportée [en octobre 2016] par la Haute Autorité de Santé. Et il y a quelques semaines cette même Haute Autorité de Santé a bouclé le dossier médico-administratif de la radiation, ce qui fait qu’aujourd’hui le dossier est prêt à la signature de la ministre.

France Culture (Florian Delorme) : Mais on se souvient qu’alors la ministre de la Santé Marisol Touraine ne s’était pas rangée à l’avis de la Haute Autorité de Santé. Pensez-vous que l’actuel gouvernement pourrait s’y risquer ? Et je parle bien de risque…

Pr O.S.-J. : Dès lors qu’Agnès Buzyn ne cesse de parler de la ‘’pertinence des actions de soins’’ comme axe de politique de santé, elle se doit de dérembourser. Car ce qui est démontré par la Haute Autorité de Santé, c’est la non pertinence de ces médicaments.

France Culture (Florian Delorme) : Mais cela fait longtemps que c’est le cas, cela fait au moins deux ans 2

Pr O.S.-J. : Oui mais il y a des courages politiques qui existent et d’autres qui n’existent pas. »

Le Pr Olivier Saint-Jean dira encore que c’est là un sujet « terriblement sensible ». Qu’il mesure bien le fait que son regard critique dérange, bouscule. Qu’il est beaucoup plus simple, pour tout le monde, familles et médecins, de dire que le déclin cognitif est une  « maladie ». Que réinsérer la personne dans le parcours du vivant normal c’est bousculer beaucoup de choses. Et que c’est soulever, en même temps, une équation compliquée à l’heure où émerge la question du financement de la dépendance.

Courage politique, donc. Que fera, dans un tel contexte Agnès Buzyn ? Ou que ne fera-t-elle pas ?

A demain

1 « Alzheimer, le grand leurre » Olivier Saint-Jean & Eric Favereau (Editions  Michalon). 

2 A dire vrai le début de l’affaire est bien plus ancien : « Alzheimer: l’astuce (française) du balayeur Bertrand » Slate.fr 2 mai 2012

Lire aussi : « Alzheimer: les malades doivent-ils encore prendre leurs médicaments ? » Slate.fr  20 novembre 2016

 

 

 

Hypertension artérielle : quand Emmanuel Macron honorera-t-il sa promesse de campagne ?

Bonjour

Flash d’actualité (24 avril 2018) : en France l’hypertension artérielle (HTA), loin d’être éradiquée, demeure un fléau majeur. Une situation inacceptable au regard des outils disponibles et de notre maillage médical. C’est le principal enseignement des résultats (rendus publics aujourd’hui par Santé publique France) de l’étude « Esteban » – une enquête transversale menée en France entre 2014 et 2016 auprès d’adultes âgés de 18 à 74 ans. Conclusion : la prévalence de l’HTA était de 30,6%, plus élevée chez les hommes que chez les femmes (36,5% vs 25,2%) et augmentait avec l’âge. 1

« Seule une personne sur deux avait connaissance de son hypertension. Parmi les personnes hypertendues, 47,3%  étaient traitées par un médicament à action antihypertensive. Parmi les personnes traitées, seulement 55,0% avaient une pression artérielle contrôlée (44,9% chez les hommes et 66,5% chez les femmes). »

« Depuis 2006, aucune diminution de la prévalence de l’HTA n’a été observée en France, avec toujours un adulte sur trois hypertendu. De plus, aucune amélioration du dépistage et de la prise en charge de l’HTA n’a pu être mise en évidence. Chez les femmes, la prise en charge thérapeutique s’est même dégradée sur la période. »

 Rappels : faut-il redire quelques vérités ? Que l’HTA constitue le principal facteur de risque d’accident vasculaire cérébral et un facteur de risque important de morbi-mortalité cardiovasculaire – avec une relation linéaire entre le niveau de pression artérielle et le risque cardiovasculaire quel que soit l’âge. Que la mortalité cardiovasculaire double pour chaque augmentation de 20/10 mm Hg de la pression artérielle systolique/diastolique. Que l’HTA est aussi la cause de nombreuses autres pathologies, tout aussi invalidantes  : insuffisance rénale, insuffisance cardiaque, anévrysme artériel, dissection aortique, arythmie, démence …

Or c’est aussi une pathologie qui peut formidablement répondre à la prévention et à la prise en charge thérapeutique : mesures hygiéno-diététiques (perte de poids, réduction des  apports nutritionnels en sel, de la sédentarité…) et/ou prescription d’un traitement antihypertenseur.

« Ces  mesures ont démontré leur efficacité sur la morbi-mortalité cardiovasculaire dans de nombreux essais thérapeutiques  avec, notamment, une réduction de 7% et 10% du risque de mortalité par coronaropathie et accident vasculaire cérébral pour une réduction de 2 mmHg de la pression artérielle.

« Et pourtant, une proportion encore trop importante d’hypertendus n’est aujourd’hui pas dépistée ; ceux qui sont dépistés ne sont pas toujours traités et les personnes traitées n’ont pas toujours une pression artérielle normalisée. »

La faute médicale de Xavier Bertrand (juin 2011) : contre le bon sens et en dépit des alertes lancées par les meilleurs spécialistes 2 une forme grave d’HTA (l’hypertension artérielle dite « sévère ») était retirée de la liste des « affections de longue durée » – et ce au motif que l’hypertension sévère était un facteur de risque et non une maladie avérée La décision avait été prise via un décret signé, pour François Fillon, Premier ministre, par Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, François Baroin, ministre du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la réforme de l’Etat, porte-parole du Gouvernement – sans oublier Nora Berra, secrétaire d’Etat chargée de la Santé.

La promesse d’Emmanuel Macron et du Pr Jean-Jacques Mourad : soit une affaire qui date de mars 2017 ; l’affaire dite « Jean-Jacques Mourad », du nom d’un spécialiste de l’hypertension artérielle qui occupait un poste de « conseiller santé » dans le mouvement « En Marche ! » d’Emmanuel Macron  – affaire alors justement résumée par site Medscape (Jean-Bernard Gervais) : « Fin de campagne pour le Pr Jean-Jacques Mourad pour cause de conflits d’intérêt ».

Il n’en reste pas moins vrai que, sur son engagement dans le « pôle santé » d’Emmanuel Macron, le Pr Mourad expliquait s’être borné à s’investir dans quatre thèmes – dont le rétablissement à 100% de la prise en charge de l’HTA sévère. (« Nous rétablirons le remboursement à 100% du traitement des formes sévères d’hypertension artérielle») .

Un an après le président Macron, champion de la prévention, se souvient-il du Pr Mourad ?

A demain

 1« L’hypertension artérielle en France, prévalence, traitement, et contrôle, en 2015 et évolutions depuis 2006 », Anne-Laure Perrine , Camille Lecoffre , Jacques Blacher, Valérie Olié

2 « L’hypertension, nouveau symbole d’une politique de santé court-termiste et choquante » de Nicolas Postel-Vinay Slate.fr 30 juin 2011.

Rugby, commotions et démences : que font Bernard Laporte et le Dr Serge Simon ?

Bonjour

C’est une étude médicale implacable. Elle démontre que les commotions cérébrales augmentent le risque futur d’affections neuro-dégénératives et de maladie d’Alzheimer. Dans le même temps, le jeu de rugby devient de plus en plus violent. Jusqu’à quand ?

Lire la suite sur Slate.fr : « Commotions cérébrales : l’ovalie jusqu’à la folie »

A demain

 

 

Alcool, gastronomie et espérance de vie : nouvelle dimension de l’équation d’Emmanuel Macron

Bonjour

Palais de Chaillot. Un mot sur le tabagisme (silence sur la cigarette électronique) et rien sur la lutte contre l’alcoolisme. Pour le reste, plus qu’évasif sur la crise majeure de l’hôpital public et la désespérance des EHPAD. Sur le front de la « santé » Emmanuel Macron n’a guère été bousculé, hier, par les deux journalistes-hommes-blancs-de-plus-de-60 ans qu’il avait choisis pour l’interroger face à la Tour Eiffel illuminée. Une étrange rencontre qualifiée de « physique » et de « virile » (de « combat de coqs, d’ego et d’ergots »). Une rencontre faire-valoir qui, déjà, semble destinée à se renouveler chaque année.

Rien, donc sur le conflit ouvert qui, sur le vin français, oppose depuis deux mois le président de la République et sa ministre de la Santé – et, par voie de conséquence, cette dernière au ministre de l’Agriculture. Une opposition politique et sanitaire qui fait malheureusement l’économie du rôle et de la responsabilité des grands alcooliers industriels. Et, à ce titre, une équation mal posée à laquelle il faut ajouter de nouvelles données publiées dans The Lancet :  « Risk thresholds for alcohol consumption: combined analysis of individual-participant data for 599 912 current drinkers in 83 prospective studies ». Une étude reprise par la BBC (Alex Therrien) et repérée par Slate.fr. (Léa Polverini).  Sans oublier Le Quotidien du Médecin.

Laxisme

Il s’agit, pour résumer, d’une vaste méta-analyse dirigée par le Dr Angela Wood (service de santé publique et soins primaires à l’Université de Cambridge, Royaume-Uni) et qui porte sur près de 600 000 consommateurs réguliers de boissons alcooliques (quatre-vingt trois études prospectives menées dix-neuf pays à haut revenu). On sait que que le niveau maximal de consommation « sans danger exagéré » est officiellement de 100 grammes d’alcool pur par semaine – soit 10 verres « standard » (25 cl de bière, 10 cl de vin, ou 3 cl d’alcool fort). Et ce alors que plusieurs pays européens ou américains fixent des seuils bien plus laxistes.

Dans ce travail ( 5,4 millions de « personnes-années ») la moitié des participants fait état d’une consommation d’alcool supérieure à 100 g par semaine – et, pour 8,4 %, de plus de 350 g. Les auteurs établissent une association claire entre la consommation d’alcool et la mortalité prématurée. À partir de 100 g d’alcool par semaine, le risque de mourir d’AVC, de maladie coronaire (à l’exception de l’infarctus du myocarde), d’arrêt cardiaque, de cardiopathie hypertensive, et d’anévrisme aortique augmente avec la consommation. Ce qui peut s’expliquer par les effets de l’alcool sur l’élévation de la pression sanguine et sur des facteurs liés aux taux élevés de lipoprotéines de haute densité cholestérol (HDL-C).

« A partir de 40 ans, on diminue son espérance de vie de six mois en consommant de 100 à 200 g d’alcool par semaine, d’un à deux ans avec 200 à 350 g, et de quatre à cinq ans avec plus de 350 g. À l’échelle de la population, il faudrait descendre sous le seuil de 100 g d’alcool par semaine pour voir l’espérance de vie augmenter jusqu’à 2 ans » résume Le Quotidien.

Efforts

Les auteurs estiment que l’Italie, le Portugal et l’Espagne devraient réduire de moitié les seuils fixés dans leurs recommandations et appellent les États-Unis (où la limite pour les hommes est fixée à … 196 g/semaine ), le Canada ou la Suède à faire des efforts. On peut aussi citer la Belgique (21 verres par semaine pour les hommes, 14 pour les femmes) ou la Suisse (10 à 15 verres par semaine pour les hommes).

Et la France ?  Actuellement, les repères définis par la Haute Autorité de Santé, reprise par la Société française d’alcoologie, suite à une préconisation du Programme national nutrition santé (PNNS) sont : jamais plus de 4 verres par occasion pour l’usage ponctuel, pas plus de 21 verres/semaine pour l’usage régulier chez l’homme et pas plus de 14 verres/semaine chez la femme. Mais Santé Publique France a, depuis, diffusé en mai 2017 une nouvelle recommandation préconisant 10 verres par semaine maximum.

Les experts à l’origine de cette recommandation soulignent que ces nouveaux repères de consommation « ne sont pour eux qu’un élément d’un discours public unifié qui se veut prévenir les risques liés à la consommation d’alcool tout en ne niant pas les intérêts économiques associés ». « Pour être cohérent, écrivaient-ils, ce discours doit également être lié à des actions sur la fiscalité, sur la disponibilité des produits et leur promotion, ainsi que des actions d’éducation, de communication et de marketing social. »

C’était il y a un an. On sait, depuis, que le président de la République a décidé que la loi Evin, détricotée par son prédécesseur, ne serait pas retricotée. Et l’on attend du gouvernement la solution qui ne niera pas les intérêts de la viticulture française tout en prévenant, en même temps et autant que faire se peut, les risques de dépendance à l’alcool.

A demain