Cigarette électronique : l’étrange hémianopsie de l’Observatoire français des toxicomanies

Bonjour

Ne pas s’habituer : la France demeure le pays de l’Union européenne qui compte le plus grand nombre de fumeurs de tabac 1. L’Observatoire français des toxicomanies (OFDT) cherche à nous expliquer les raisons de ce triste phénomène : « Consommations, ventes et prix du tabac : une perspective européenne ». Un travail signé Aurélie Lermenier-Jeannet.

En 2018 environ un quart des Européens de 15 ans et plus déclarent être des fumeurs quotidiens de tabac. Et ce avec des écarts allant de 5% seulement en Suède (le snus y est pour beaucoup)  jusqu’à plus du tiers en Bulgarie. Juste derrière elle, la France (33%) loin devant le Royaume-Uni (16%), la Belgique (17%), l’Allemagne (23%), l’Italie (24%) ou l’Espagne (26%).

La comparaison devient implacable quand on l’élargit aux autres pays occidentaux, et notamment aux pays anglo-saxons.

« En 2015, 11 % des habitants des États-Unis âgés de 15 ans et plus déclaraient fumer quotidiennement, comme en Islande ; c’était le cas de 15 % des Néo-Zélandais. Selon des données plus anciennes, 13  % des Australiens et 15 % des Canadiens consommaient du tabac chaque jour en 2013. Toutes ces prévalences tabagiques sont nettement moindres que celles enregistrées en France.

« Par ailleurs, en termes d’évolution, le tabagisme a été en France relativement stable ou en très léger recul sur la période 2000-2015, alors que les autres pays semblent être parvenus à nettement le réduire, avec des baisses allant d’un quart à près de 50 % en Islande (- 49 % entre 2000 et 2013), en Australie (-  35  %), aux États-Unis et au Canada (- 28 % et – 34 %), en Nouvelle-Zélande (- 38 %), en Irlande et au Royaume-Uni (- 42 % et – 26 %). »

Politique de déni

On lira avec intérêt le travail et les conclusions de l’auteure quant aux causes de ce tragique « paradoxe français », aux antipodes de celui, célèbre, alimentaire et cardiovasculaire décrit en 1981.

« Au vu de l’analyse menée, il semble donc subsister une sorte de paradoxe français en matière de tabagisme. Malgré une législation de plus en plus contraignante, conforme quasiment en tous points aux exigences de la Convention-cadre de lutte contre le tabac (CCLAT) que le pays a ratifiée en 2004, avec de nombreuses restrictions d’usage, de publicité et d’accès (aux mineurs) ainsi que des prix élevés, la France n’est jusqu’en 2016 pas parvenue à infléchir durablement sa consommation de tabac. »

On pourra, entre les lignes, saisir les responsabilités politiques récurentes expliquant la situation actuelle – et trouver, peut-être, quelques raisons d’espérer. Mais on regrettera, surtout, l’absence de la cigarette électronique dans cette analyse. De ce point de vue l’hémianopsie de l’OFDT apparaît malheureusement celle du pouvoir exécutif et des ministres en charge de la Santé.

Pourquoi la France ne prend-elle pas modèle sur les exemples britanniques et islandais et leur politique de réduction des risques ? Les « militants de la vape » (tous ou presque anciens fumeurs de tabac) dénoncent notamment les interdictions de propagande et de publicité. « On assimile ici la cigarette électronique  au tabac, et ca alors que la vape est son meilleur ennemi » expliquent-ils.

Et l’on voit mal, aujourd’hui, comment le tragique « paradoxe français » du tabagisme pourrait progressivement s’effacer tant que le pouvoir exécutif continuera à mener cette étrange, persistante et finalement coupable politique de déni.

A demain

1 Lire, sur Slate.fr : « Tabagisme: les véritables raisons politiques du paradoxe français »

 

 

Troll et « fausses nouvelles » : comment contrer le militantisme anti-vaccinal de Facebook ?

Bonjour

C’est un euphémisme glané sur Slate.fr : « Facebook ne fait rien pour limiter la diffusion de la propagande anti-vaccin » (repéré par Claire Levenson).

« Si vous faites une recherche pour le mot «vaccin» ou «vaccination» sur Facebook aux États-Unis, la plupart des groupes en première position dans les résultats sont anti-vaccins. On trouve sur ces pages des informations erronées sur la dangerosité des vaccins, y compris l’idée qu’il ne faut pas faire confiance aux médecins sur cette question car ils n’en savent pas assez. »

 Où l’on apprend que des pages comme The Truth About Vaccines (La Vérité sur les Vaccins) ou Stop Mandatory Vaccination (Stop à la Vaccination Obligatoire) ont plus de 100.000 followers et expliquent que les enfants non vaccinés sont en meilleure santé que ceux qui ont été vaccinés.

« Un journaliste du Daily Beast a demandé à Facebook pourquoi il était si facile de tomber sur des groupes anti-vaccins dans les recherches et pourquoi rien n’était fait pour limiter la diffusion de ces idées, mais la direction du réseau social a refusé de commenter cette question » rapporte Slate.fr.

Le temps des cliques

 « En 2017, deux chercheurs australiens ont montré à quel point Facebook était essentiel à la diffusion du message anti-vaccin. Le réseau social permet en effet de connecter très rapidement des gens qui ont les mêmes préjugés sur la vaccination, alors qu’il serait beaucoup plus difficile pour eux de se retrouver sans Facebook.

Les utilisateurs se regroupent en cliques, autour de thématiques comme la défiance des médias et des autorités publiques, et leurs membres partagent leurs connexions avec les autres, ce qui accélère la propagation des idées. »

 Et Slate.fr de rappeler que diffusion d’informations erronées sur la dangerosité des vaccins a des conséquences bien réelles: il existe désormais aux États-Unis des zones de résistance croissante à la vaccination, notamment à Portland, Detroit et Houston.

Où l’on en vient, au-delà de Facebook et des Etats-Unis, à soulever la question de la riposte. Le pouvoir exécutif, les autorités sanitaires, doivent-ils user des multiples canaux des « réseaux sociaux » pour contrer la diffusion d’informations « erronées » quand il ne s’agit pas de véritables opérations mensongères ?

User des mêmes armes que la partie adverse ? Relire L’Art de la Guerre ? Qui, aujourd’hui, s’intéresse à ce grand sujet de santé publique ? Qui calcule le rapport entre les éventuels risques et les possibles bénéfices ?

A demain

Lyme : nouvelle, étrange et violente polémique dans la forêt de la maladie des tiques

Bonjour

Canicule sur la France – et redécouverte que la Mère Nature n’est décidément pas toujours bonne pour l’homme. A dire vrai elle l’est encore moins lorsque nous ne la comprenons pas. C’est tout particulièrement vrai en médecine, quand une physiopathologie incomplète laisse grandes ouvertes les portes aux errances diagnostiques et thérapeutiques. Et alimente soudain d’étranges et violentes polémiques.

La maladie de  Lyme, les tiques et leurs bactéries pathogènes constituent, de ce point de vue, un parfait cas d’école. C’est aussi, pour l’été, une affaire à méditer, armé d’un pied-de-biche portatif, au retour d’une balade en forêt.

Lire  sur Slate.fr : « Maladie de Lyme: la HAS remet une pièce dans la machine à controverses »

A demain

 

Troll : après le Royaume Uni, quand Philip Morris proposera-t-il d’aider notre Assurance maladie ?

Bonjour

Paradoxe : les industriels du tabagisme ne manquent vraiment pas d’air. On a peine à y croire et pourtant. C’est une information de The Independant reprise par Slate.fr : « Philip Morris trolle la sécurité sociale britannique ». Le géant mondial du tabac vient de s’adresser au secrétaire d’État à la SantéMatthew Hancock et aux responsables du National Health Service (NHS) : il propose son aide dans la lutte contre le tabagisme en faisant la promotion de son IQOS, un système de tabac « chauffé »  présenté comme étant à « moindre nocivité » par rapport au tabac « brûlé ». Une affirmation contestée au Royaume-Uni mais qui laisse les responsables sanitaires français sans voix.

Mark MacGregor, directeur des affaires générales de Philip Morris au Royaume-Uni et en Irlande s’adresse ainsi à ses correspondants :

«Pour fêter le soixante-dixième anniversaire du NHS, nous sommes ravis de vous proposer nos services afin d’aider les 73.000 fumeurs de votre institution à arrêter. Ce serait une campagne collaborative: vous fourniriez les conseils nécessaires pour arrêter d’être dépendant à la nicotine et pour ceux qui n’arriveraient pas à arrêter nous les aiderions à passer à un produit alternatif sans-fumée.»

Philip Morris (dont le siège opérationnel est à Lausanne) affirme que cette initiative est « totalement en accord » avec les règles de l’OMS. « Nous sommes convaincus que nous pouvons jouer un rôle essentiel afin de prodiguer des conseils et de permettre aux fumeurs de se tourner vers des alternatives comme les cigarettes électroniques ou le tabac chauffé». Pour sa part la sous-secrétaire d’État à la Santé, Steve Brine, a notamment affirmé, lors d’un débat à la Chambre des communes que l’action de Philip Morris était « totalement inappropriée et contre le protocole de l’OMS ». Pour certains activistes ces propos ne sont pas assez forts.

Communication honteuse

Des militants anti-tabac voient là un « coup de com’ honteux » et rappellent que les  règles de l’OMS disposent que « l’industrie du tabac n’a le droit d’être le partenaire d’aucune initiative allant dans le sens des politiques de santé publique étant donné que ces intérêts sont en conflit direct avec les objectifs de ces politiques.»

Il faut voir ici  la suite d’une stratégie méthodique. En janvier dernier Philip Morris avait acheté des espaces publicitaires dans un certain nombre de quotidiens britanniques. Il y vantait sa bonne résolution pour la nouvelle année : « nous essayons d’abandonner la cigarette ».  L’affaire avait alors intéressé au plus haut point le site des buralistes français – site qui s’est fendu d’une traduction de la publicité britannique :

« Philip Morris est connu pour ses cigarettes. Chaque année, beaucoup de fumeurs s’en débarrassent. C’est à notre tour, maintenant. Notre ambition consiste à arrêter de vendre des cigarettes au Royaume-Uni. Cela ne va pas être facile. Mais nous sommes déterminés à faire de notre ambition une réalité. Il y a 7,6 millions de fumeurs adultes au Royaume-Uni. La meilleure décision qu’ils peuvent prendre est d’arrêter de fumer. Beaucoup vont y arriver. »

« Mais beaucoup vont continuer de fumer. C’est pourquoi nous voulons remplacer la cigarette par d’autres produits, la cigarette électronique ou le tabac chauffé, qui représentent un meilleur choix pour les millions d’hommes et de femmes, au Royaume-Uni, qui néanmoins ne voudraient pas arrêter de fumer. »

Et le vieux géant toxique d’expliquer avoir investi 2,5 milliards de livres sterling en R & D pour son tabac « chauffé ». Et d’afficher, sur le sol britannique, ses engagements pour 2018 : lancer et promouvoir un site web – smokefreefuture –  visant à informer les fumeurs souhaitant arrêter ou se tourner vers des alternatives à la cigarette ; proposer notre aide aux autorités locales dans les zones où les taux de prévalence tabagique sont les plus élevés ; obtenir une autorisation gouvernementale pour insérer, directement dans nos paquets de cigarettes, des informations pour arrêter de fumer où se convertir à des produits alternatifs ; développer la disponibilité de nouveaux produits alternatifs au Royaume-Uni.

Vieux Continent

Peter Nixon (Managing Director de Philip Morris Limited) avait alors adressé un courrier à Theresa May, Premier ministre britannique, pour confirmer l’implication de son entreprise dans son nouveau message : « Nous sommes persuadés que nous avons un rôle important à jouer pour contribuer à rendre le Royaume-Uni un pays sans tabac (…) Les engagements que nous annonçons représentent des étapes pratiques qui peuvent contribuer à parvenir plus vite à cet objectif ».

On attend des initiatives similaires sur le Vieux Continent. Pour quand ? Philip Morris s’adressant aux dirigeants de notre Assurance maladie, à Agnès Buzyn, à Emmanuel Macron au nom de la prévention ?

Sans doute peut-on attendre. A la différence du Royaume Uni (où le nombre de fumeurs a été drastiquement réduit grâce notamment à une politique active de promotion de la cigarette électronique) la France demeure l’un des premiers consommateurs de tabac en Europe. Ne s’y sentant pas directement menacé Philip Morris peut se satisfaire de l’état actuel du marché.

Où l’on en viendrait presque, paradoxe, à souhaiter que ce cigarettier à la triste figure en vienne, après le Royaume-Uni, à chercher à démarcher nos responsables sanitaires et notre Assurance maladie.

A demain

 

 

« Comportements sexuels compulsifs » : l’OMS au secours du malade Harvey Weinstein ?

Bonjour

A la lisière de l’addictif : l’impulsif, le craving, la raison qui se dissout conduisant au passage à l’acte. C’est un phénomène au cœur de bien des dossiers de santé publique. On le retrouve aujourd’hui traité par plusieurs médias américains (The InquirerUSA Today) repris par Slate.fr : « Les «comportements sexuels compulsifs» sont désormais reconnus comme des maladies mentales par l’OMS ».

De quoi parle-t-on ici ? :

« Les comportements sexuels évoluent et on observe actuellement certaines tendances : acceptation générale du sexe avant le mariage, augmentation de nombre de femmes qui prennent l’initiative en ce qui concerne la séduction, la sexualité et les pratiques sexuelles, augmentation du nombre des adeptes de pratiques sexuelles réputées minoritaires dans le passé (sexe oral, masturbation), augmentation notable du nombre de partenaires sexuels, large diffusion et forte consommation de la pornographie…

« Certains comportements sexuels peuvent toutefois relever de la pathologie. C’est le cas des ‘’comportements sexuels compulsifs’’. Le ‘’comportement sexuel’’ peut être considéré comme ‘’compulsif’’ quand il est répété dans le temps et quand il perturbe la vie quotidienne et les rapports avec les autres. Il concerne des patients qui entrent progressivement dans un état émotionnel et anxieux tellement grand que le passage à l’acte compulsif devient inévitable. Chez ces personnes, il y a un déséquilibre entre le rêve et la réalité, c’est à dire qu’ils subliment l’objet de leur désir sexuel, ce qui augmente la charge émotionnelle. Il s’en suit un effondrement émotionnel et une grande déception après le passage à l’acte quand vient le retour à la réalité.

En pratique il peut s’agir de la multiplication des partenaires sexuels, d’une insatiabilité sexuelle, d’un recours compulsif à la pornographie, à la masturbation incontrôlable, à l’exhibitionnisme, au voyeurisme ou la pédophilie…

 #MeToo versus addiction

Est-on là dans le champ de l’addiction gravement pathologique ? En juin dernier l’OMS a donc finalement inclus cette entité dans sa dernière révision de la Classification internationale des maladies  – rangeant ainsi les « comportements sexuels compulsifs » dans la catégorie des « désordres mentaux ».  Pour l’OMS, ces troubles sont «caractérisés par une perte de contrôle intense à résister à des impulsions ou à des besoins sexuels répétitifs, générant du stress et des déficiences» chez les personnes concernées.

 USA Today précise à ses (très nombreux) lecteurs que dans de tels cas, le sexe devient une «obsession, au point que la personne néglige sa santé et tout autre centre d’intérêt, activité, responsabilité». Quant à  The Inquirer il précise que nombre de personnes atteintes par ce désordre mental reste difficile à évaluer. « Si elle marque un pas dans la reconnaissance de tels troubles, cette classification ne va toutefois pas jusqu’à reconnaître le sexe comme une potentielle addiction  souligne Slate.fr 1.  « Peut-être qu’un jour, on dira, oui, c’est une addiction, mais nous n’en sommes pas encore à ce point », a expliqué l’un des experts de l’OMS, Geoffrey Reed, à l’AFP.

Ce même expert, dans The Inquirer, Reed rappelle toutefois que ces comportements «n’excusent pas les abus sexuels ou le viol, pas plus qu’être alcoolique n’excuse le fait de conduire une voiture en étant ivre. On est toujours maître de ses actes. » Telle est bien la question. Commettre un délit ou un crime sous l’emprise d’une « force incontrôlable » constitue-t-il une circonstance atténuante ou aggravante ?

 The Inquirer observe que les allégations de «dépendance au sexe» font de plus en plus la une des médias – et ce parallèlement au développement du phénomène et du mouvement #MeToo. C’est dire l’importance que l’on pourra accorder au verdict de la médecine et de la justice dans le cas emblématique « Harvey Weinstein ».

A demain

1 Sur ce thème : « Qu’est-ce que l’addiction au sexe ? » Slate.fr 15 mai 2011. « (…) S’intéresser à la bibliographie sur ce sujet, c’est découvrir que le domaine de la dépendance sexuelle est à la fois vaste et mouvant, objet de querelles de chapelles. Selon les spécialistes il englobe ou non, l’«hypersexualité», les «comportements sexuels compulsifs» ou les «troubles du contrôle des impulsions sexuelles». «Pour ma part, j’aurais plutôt tendance à situer l’hypersexualité à la lisière du monde des addictions, associant une forme de dépendance comportementale, de troubles de l’humeur et de dépendance affective», explique le Dr Willian Lowenstein, président de SOS Addictions (…) ».

 

Argent : le gouvernement taxera-il demain les parents refusant de faire vacciner leurs enfants ?

Bonjour

C’est une affaire des antipodes. Elle est rapportée par Slate.fr. Dans le cadre de sa politique vaccinale (dite «pas de piqûres, pas d’argent») le gouvernement australien va accentuer  les sanctions financières pénalisant les parents qui refusent de faire vacciner leurs enfants : il se verront privés de l’équivalent de 18€ (A$28) d’avantages fiscaux par enfant non-vacciné – et ce tous les quinze jours.

Jusqu’ici les parents australiens opposés à la vaccination de leur progéniture perdaient 468€ d’avantages fiscaux par enfant à chaque fin d’année. Avec le nouveau système la somme globale ne varie guère mais les autorités parient sur les vertus d’un « rappel constant » de la sanction. D’autre part celles et ceux qui gagnent plus de 50€ par jour pourraient être exposés des sanctions financières supplémentaires.

La politique du gouvernement australien vise à contrecarrer l’audience grandissante des discours d’opposition vaccinale : la proportion d’enfants non-vaccinés de manière délibérée est passé de 0,23% en décembre 1999 à 1,77% en décembre 2014. Le ministre australien des Services sociaux, Dan Tehan explique sans nuance que la répression financière est  nécessaire à la protection de la santé publique : « l’immunisation est la manière la plus sûre de protéger les enfants de maladies évitables. Les parents qui ne vaccinent pas leur enfants les mettent en danger ainsi que les enfants des autres».

Pénétration forcée

En 2015 The Sunday Morning Herald (repris par Slate.fr-Nadia Daam) avait rapporté de quelle manière les actions anti-vaccinales pouvaient être menées en Australie :

« L’Australian Vaccination-skeptics Network (AVN), un groupe anti-vaccins, a publié sur sa page Facebook  une image stupéfiante: la photo d’une femme ceinturée et bâillonnée par un homme, accompagnée du texte suivant: «PENETRATION FORCEE: Pas vraiment un scandale quand c’est une injection de vaccin et un médecin.»

« Pas de doute possible, le groupe assimile bien la vaccination aux violences sexuelles et les médecins à des violeurs. Sans grande surprise, la comparaison a fait bondir les associations de défense de victimes de violences. Le quotidien australien rapporte les propos de Fiona McCormack, présidente d’une association de lutte contre les violences domestiques, qui a estimé que cette campagne était «irresponsable et inappropriée».

La porte-parole du ministre de la santé a, elle, appelé le groupe à retirer la photo de leur page Facebook et à présenter des excuses publiques. Dont acte (…)  Si la photo a été supprimée, le groupe n’a cependant pas estimé que sa première initiative méritait des excuses. Selon le Sydney Morning Herald, ils ont répondu que ’’le post n’était pas de mauvais goût mais simplement honnête. Ce qui est de mauvais goût, c’est que le gouvernement élu nous force à vacciner nos enfants alors que nous ne croyons pas que c’est bon pour leur santé.’’»

Aux antipodes des antipodes l’épidémie de rougeole a déjà, cette année, touché 643 personnes au Royaume-Uni (contre 217 cas pour l’année 2017).  Et ce alors même que le pays a atteint le taux recommandé de 95% de vaccination des moins de 5 ans contre la rougeole, les oreillons et la rubéole.

Vérité et mensonges

« Les cas anglais sont très probablement importés d’autres pays car les taux de vaccination pour la rougeole n’ont jamais été aussi bas en Europe (France, Roumanie, Grèce et Italie) provoquant la mort de quarante-huit personnes à travers l’Union européenne en 2016 rapporte encore Slate.fr. Si des personnes se sont détournées du triple vaccin dans les années 1990, c’est notamment à cause d’un médecin, Andrew Wakefield, qui avait publié une étude affichant la possibilité d’un lien entre le vaccin et l’autisme. » On sait, depuis, ce qu’il en était de la vérité. Et ce qui demeure des mensonges.

 En France, où le gouvernement a décidé de rendre obligatoire onze vaccins pédiatriques, la méfiance demeure vis-à-vis de l’immusiation à des fins de prévention. Pour n’être pas aussi radical qu’en Australie le discours néo-antivaccinal n’en est pas moins d’une particulière efficacité. Et aucune sanction financière directe des parents n’est envisagée par le gouvernement. Ces sanctions sont d’un autre ordre , concernant notamment l’entrée en crèche et à l’école :

« Les parents des enfants nés après le 1er janvier 2018 devront présenter à partir du 1er juin 2018, leur carnet de santé – pages vaccination – dûment tamponné ou un document signé par le professionnel de santé attestant de la réalisation des vaccinations pour être admis en crèche, ou dans toutes les collectivités d’enfants : écoles, centre de loisirs, colonies. Les personnes ou structures responsables d’accueillir l’enfant vont donc vérifier au regard de ces documents que les vaccinations obligatoires correspondant à l’âge de l’enfant ont bien été réalisées. Si l’enfant n’est pas à jour de ses vaccinations, ils ne pourront donc pas entrer en collectivité. En crèche ou à l’école, seule une admission provisoire est possible, les parents ayant alors 3 mois pour procéder aux vaccinations. En cas de refus persistant, le responsable de la structure est fondé à exclure l’enfant. »

Il est encore trop tôt pour dire ce qu’il en sera de l’adhésion réelle aux nouvelles obligations vaccinales. Trop pour savoir si, un jour, la France en viendra, ici, à imiter l’Australie. Mais pas trop tard pour commencer à y songer.

A demain

 

 

Etudes de médecine : sommes-nous vraiment à la veille de la fin d’un «gâchis humain» ?

 

Bonjour

Officiellement c’est terminé : une croix sur les Epreuves Classantes Nationales informatisées (ECNi), cet infernal bachotage-couperet à bac + 6. La voie ouverte à une sélection un peu plus éclairée des futures et futurs médecins ?  Les ECNi avaient, en 2016, succédé aux «épreuves classantes nationales» (ECN) qui, en 2004, avaient pris la place du célèbre «concours de l’internat de médecine» –institution qui, depuis deux siècles, avait gentiment évolué au rythme des avancées de la profession comme de celles de la société.

Ainsi donc, il y a quatorze ans (et pour des raisons qui restent encore à expliquer), apparut une croix faite sur l’internat; un second cycle s’achevant sur cette épreuve obligatoire et bachotante, classante et nationale. Avec, en prime, la promotion de la «médecine générale» élevée au rang de «spécialité médicale». Une entreprise jacobine et touristique en diable: selon son classement, le futur médecin choisissait son centre hospitalier universitaire d’affectation, ainsi que l’une des onze «filières» et les services où il effectuerait des stages de six mois.

La suite sur Slate.fr : « Les études de médecine vont enfin devenir efficaces »

A demain