Ombres et lumières du 31ème Téléthon, les thérapies géniques, Big Pharma, Johnny Hallyday 

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Quel est l’avenir du Téléthon? Pour sa 31e édition cette manifestation caritative n’a pas atteint les promesses attendues: 75,6 millions d’euros de promesses de dons contre 80,31 millions il y a an à la même heure. Les organisateurs veulent voir ici la conséquence d’«un contexte difficile» du fait de l’hommage national rendu, le même jour à Johnny Hallyday. Une explication discutable puisque ce même Téléthon avait été placée sous l’égide du chanteur et que les organisateurs expliquent que «la France qui a pleuré Johnny Hallyday est en grande partie celle qui donne aussi pour le Téléthon».

On peut aussi percevoir ici le symptôme d’une forme d’essoufflement, les appels récurrents à la charité publique n’étant pas suivis de réalisation thérapeutiques substantielles. Plus d’un quart de siècle de surplace médical. Ou presque. Un quart de siècle de Téléthon pré-hivernaux, de mises en scène télévisées parfois outrancières, de spectacles associatifs, d’appels parfois poignants au don, de promesses chaque année reportées à des lendemains qui, eux, chanteraient.

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Johnny Hallyday – Champs-Elysées : comment faire le deuil d’une idole devenue icône ?

 

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Suite de la série. Où l’on ne joue pas médiatiquement sans risque, dans des espaces démocratiques désacralisés, avec des concepts comme ceux d’idole ou d’icône. Suite avec un papier original de Slate.fr : « Pour les fans de Johnny, le deuil commence. Et il sera douloureux ». Il est signé de Clément Guillet, médecin psychiatre et journaliste.

« Des affiches collées aux murs d’une chambre d’adolescent jusqu’aux derniers concerts des Vieilles Canailles, en passant par les disques et photos collectionnées au fil des années: pour certains, la passion durait depuis plus d’un demi-siècle, écrit-il  Comment vit-on le deuil de la star lorsqu’on est fan ? Mais s’il est un repère temporel, ce n’est pas seulement pour les fans. Sa longévité et son succès ont fait que beaucoup –jeunes et moins jeunes– lui associaient une partie de leur propre histoire. »

L’affaire est d’autant plus vaste qu’elle s’incarne désormais dans l’histoire nationale. De ce point de vue le tweet nocturne, déjà historique, du président de la République (« On a tous en nous quelque chose de Johnny ») fait sens et fera date. Sans parler, en écho fidèle, des applaudissements de l’Assemblée nationale. Ainsi que la suite, voulue par le président. Le Palais de l’Elysée a ainsi annoncé, jeudi 7 décembre, qu’un « hommage populaire » à Johnny Hallyday serait organisé samedi à Paris :

« Le Président de la République et son épouse, Mme Brigitte Macron, participeront à l’hommage populaire organisé en mémoire de Johnny Hallyday, le samedi 9 décembre 2017. Il a été convenu entre la famille, les proches de Johnny Hallyday et la Présidence de la République, que dans le cadre de cet hommage populaire, le convoi funéraire partira de l’Arc de Triomphe, puis descendra les Champs Elysées jusqu’à la place de la Concorde avant de se rendre à l’église de la Madeleine pour un office religieux. Les musiciens de Johnny Hallyday l’accompagneront musicalement. Le Président de la République prendra brièvement la parole pendant la cérémonie. »

Tour Eiffel, football et livres d’or

Pour l’heure la dépouille du chanteur a été transférée au funérarium du Mont-Valérien à Nanterre, non loin de sa demeure de Marnes-la-Coquette. Les fans du rockeur sont conviés jeudi soir à une veillée de prières en l’église Saint-Roch, la paroisse parisienne des artistes.  La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé sur Twitter que la ville rendrait hommage à « l’Idole des jeunes » en projetant le message « Merci Johnny » sur la tour Eiffel de vendredi soir à dimanche soir –  ainsi que sur la façade du Palais omnisports de Paris-Bercy, où des livres d’or seront mis à la disposition du public.

Par ailleurs, une chanson de Johnny Hallyday sera diffusée avant chaque match de foot de Ligue 1 et de Ligue 2 ce week-end. Depuis l’annonce de la mort de la rock star, l’écoute et les téléchargements des chansons et des albums de Johnny Hallyday se sont envolés sur les plates-formes musicales.

« Les hommages suite à sa mort tiennent en partie de la nostalgie: c’est un peu de la jeunesse de millions de Français qui part avec lui, peut-on lire sur Slate.fr. Pour certains fans, Johnny était parfois considéré comme un proche. Son décès revêt alors l’aspect de véritable deuil. ‘Nous nouons avec la célébrité médiatique des relations socio-affectives parfois très intenses’’expliquent Didier Courbet et Marie-Pierre Fourquet-Courbet. Ces professeurs en sciences de la communication se sont intéressés aux réactions des fans à la mort de Michael Jackson. ‘De nombreux individus établissent avec les célébrités des relations identiques à celles qu’ils établissent dans leur vie “réelle”: la célébrité peut être un simple copain, un véritable ami, ou quelqu’un que l’on déteste.’’ »

Les interactions répétées –via les médias, puis aujourd’hui les réseaux sociaux– entraînent une proximité du fan avec la star et suscitent parfois les sentiments les plus forts. Des liens d’amitié voire d’amour peuvent se mêler à la passion du fan. Ce qui, raisonnablement, peut ne pas rassurer. Et ce d’autant que Slate.fr nous incite à relire  L’«effet Werther», ou quand les médias poussent au suicide.

Star malade et sociologues

« La mort de Johnny, était attendue –on savait la star malade–; le deuil a ainsi pu être préparé en amont. Qu’on se rassure donc: on ne devrait pas assister à des suicides de fans. En revanche, le deuil sera sincère pour des milliers d’entre eux qui auront perdu un repère, une référence dans leur vie, rassure le psychiatre-journaliste. Comment alors faire le deuil d’une idole? Comme l’expliquent Marie-Pierre Fourquet-Courbet et Didier Courbet, ‘’dans les premières phases de deuil, les personnes surinvestissent l’objet perdu, s’identifient à lui et ont des comportements d’imitation’’. À l’image de ces fans qui se sont réunis spontanément pour chanter devant la maison du chanteur.»

Attention néanmoins, nous dit-il,  à ce que le travail de deuil se fasse convenablement. Lors du décès d’une célébrité, les réseaux sociaux, qui sont d’abord un refuge pour les fans, peuvent ensuite entretenir le deuil: «Les fans utilisant le plus fréquemment et le plus longuement les médias sociaux sont ceux qui ont le processus de deuil le plus complexe et le plus long», estiment les sociologues. On n’écoute jamais assez les sociologues.

Comment la France réinvente-t-elle les antiques rituels des deuils nationaux ? Johnny Hallyday, « idole des jeunes » a-t-il atteint le stade de l’icône ? Le spectacle et sa société sont-ils compatibles avec la mort ? Longtemps après Victor Hugo suite de la série, (devenue apolitique),  sur les Champs-Elysées.

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«Idole française» le chanteur Johnny Hallyday aura-t-il des obsèques nationales ? 

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Comment raison garder ? Le Monde après le Palais de l’Elysée. Nuit du 5 au 6 décembre 2017 : mort du chanteur Johnny Hallyday,  74 ans. Avant l’aube la France était en deuil et les médias sont à l’unisson. Le Palais de l’Elysée a été le premier à réagir. « On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday, a déclaré Emmanuel Macron, dans un long communiqué publié toutes affaires cessantes. De Johnny Hallyday, nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d’Amérique dans notre Panthéon national. » Suite de l’hommage présidentiel :

 « A travers les générations, il s’est gravé dans la vie des Français. Il les a conquis par une générosité dont témoignaient ses concerts : tantôt gigantesques tantôt intimes, tantôt dans des lieux démesurés, tantôt dans des salles modestes (…) Il n’a jamais vieilli parce qu’il n’a jamais triché. Parce qu’il est resté simple et amoureux de la vie. Et parce qu’il savait que le secret pour ne pas vieillir est d’avoir plusieurs vies. »

« Jusqu’au bout, libre dans sa tête, il aura été cette présence familière, cette voix tant de fois imitée, cette personnalité osant vivre pour le meilleur, et communiquant une énergie fraternelle à ce public qui en retour lui criait : Que je t’aime. Ce public aujourd’hui est en larmes, et tout le pays est en deuil. »

Dans la matinée on ne comptait plus, dans la foulée présidentielle, le nombre des réactions et des hommages. Oubliée, déjà, la mort (la veille) de Jean d’Ormesson. On attendait Le Monde. Le voici : c’est une pleine Une, pleine majesté « Johnny Hallyday une idole française » (photographie de 1965) associée à un Plantu tricolore. Plus fort encore : un cahier spécial de huit pages. Remarquable. Symptôme éclairant. On peut aussi, pour comprendre qui fut celui qui vient de disparaître, lire, sur Slate.fr, « Johnny Hallyday, le demi-dieu d’une ‘’autre France’’» signé de notre ami et confrère ex-Monde  Philippe Boggio.

Edith Piaf

Hier, le même Monde, une Une plus modeste : « Jean d’Ormesson, un familier du passé devenu idole du temps présent ».  Que d’idoles… Nous évoquions ce matin l’étrange phénomène qui n’est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler la mort de Jean Cocteau, comme effacée par celle d’Edith Piaf. C’était en octobre 1963. Parlait-on, alors d’idole ? Voici ce que publia, sans supplément, Le Monde du 12 octobre,  sous la signature de Claude Sarraute :

« Édith Piaf est morte vendredi matin à 7 heures à son domicile parisien, des suites d’une hémorragie interne. Se trouvant jeudi à Placassier, près de Grasse, où elle séjournait avec son mari, Théo Sarapo, elle fut prise de convulsions un peu avant minuit. Sur les conseils de son médecin personnel, elle a été transportée immédiatement par la voie aérienne à Paris et conduite à son hôtel particulier.Consciente jusqu’à 2 heures du matin, elle a ensuite sombré dans le coma, dont elle n’est pas sortie jusqu’à sa mort. Seuls étaient à ses côtés son médecin, une infirmière et son mari. Édith Piaf aurait eu quarante-huit ans le 29 décembre.

« Un visage, deux longues mains diaphanes, le reste n’était qu’ombre. Et voix. Une voix à casser tous les micros, rauque, immense, déchirant à pleines dents des textes dune navrante banalité qu’un simple geste du doigt savait rendre poignants. Il y avait tant de sûreté dans sa démarche de condamnée, tant de science dans ses attitudes de somnambule, que personne n’aurait osé mettre en doute son infaillibilité.

 « C’était le type même du monstre sacré. À la ville comme à la scène. Sa légende, Édith Piaf l’entretenait sans peine. Elle n’avait qu’à être elle-même : une  » môme  » de Paris, solide sur ses petites jambes maigres, infatigable malgré se pauvre petite mine éternellement chiffonnée, rieuse malgré la détresse qui se lisait dans son regard noyé de brumes. Ceux qui l’ont connue se rappelleront les étranges soirées passées avec quelques fidèles – toujours les mêmes – dans son hôtel particulier du boulevard Lannes.

Elle s’y réveillait vers 5 heures de l’après-midi, la bouche encore pleine de cauchemars, les cheveux en bataille, et entraînait ses proches dans une ronde délirante, inspirée, tyrannique, épuisante, qui se poursuivait autour d’un piano jamais fermé jusqu’aux petites heures du matin.

 « Généreuse avec cela, donnant d’une main l’argent qu’elle prenait de l’autre. Sans compter. De toutes les vedettes françaises la mieux payée, elle menait naguère une existence faussement dorée. Malgré son cuisinier chinois, ses femmes de chambre, ses chauffeurs, ses voitures, ses secrétaires, ses robes dessinées par les plus grands couturiers, ses mirobolants contrats, on ne s’y trompa jamais. Et ce qui, en définitive, restera dans les esprits c’est cette détresse physique et morale qui fut siennes au cours de ces toutes dernières années.

Épuisée par la maladie, presque ruinée, elle revenait toujours, dans un nouvel élan, vers ce public auquel elle devait tant, s’accrochant encore une fois à la vie, à l’amour, au mariage même. Elle avait beau faire, cependant : la misère de son enfance lui collait à la peau.

 De Damia à Johnny

 « C’est dans la rue qu’elle est née, à Belleville, le 19 décembre 1915. (…) Comprise, aidée par Raymond Asso et Marguerite Monnod, elle cherche et trouve ce répertoire  » vériste  » qui fit son succès : Mon légionnaire, Padam, l’Hymne à l’amour, la Vie en rose, le Clown, la Foule, Non, je ne regrette rien ; autant d’étapes dans cette marche triomphale. Marche qui s’était un peu ralentie au cours des dernières années. Elle tournait au calvaire. De rechute en guérison, de repos forcé en retour prématuré, Édith Piaf, obstinément, courageusement, se sera battue jusqu’au bout pour rester fidèle au rendez-vous que lui fixait chaque soir cette  » foule  » à qui elle aura tout donné.

 « Après Damia nous avons eu Piaf. Je ne vois aujourd’hui personne pour prendre la lourde relève de ce nom-là. Elle restera, dans notre souvenir, unique, irremplaçable, tragique petite figure de proue de la chanson française. »

Non pas une idole mais un simple monstre sacré. Comme Johnny Hallyday. Le Palais de l’Elysée, alors, resta muet.

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Quand Johnny Hallyday (1943-2017) parlait de ses alcools forts, de la coke et de la drogue dure

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Nuit du 5 au 6 décembre 2017 : mort du chanteur Johnny Hallyday,  74 ans. Avant l’aube la France est en deuil et les médias sont à l’unisson. Le Palais de l’Elysée a été le premier à réagir. Un hommage national est évoqué. « On a tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday, a déclaré Emmanuel Macron, dans un long communiqué publié toutes affaires cessantes. De Johnny Hallyday, nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations, qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française. Il a fait entrer une part d’Amérique dans notre Panthéon national. » Suite de l’hommage présidentiel :

 « A travers les générations, il s’est gravé dans la vie des Français. Il les a conquis par une générosité dont témoignaient ses concerts : tantôt gigantesques tantôt intimes, tantôt dans des lieux démesurés, tantôt dans des salles modestes (…) Il n’a jamais vieilli parce qu’il n’a jamais triché. Parce qu’il est resté simple et amoureux de la vie. Et parce qu’il savait que le secret pour ne pas vieillir est d’avoir plusieurs vies. »

« Jusqu’au bout, libre dans sa tête, il aura été cette présence familière, cette voix tant de fois imitée, cette personnalité osant vivre pour le meilleur, et communiquant une énergie fraternelle à ce public qui en retour lui criait : Que je t’aime. Ce public aujourd’hui est en larmes, et tout le pays est en deuil. »

On ne compte plus, dans la foulée présidentielle, le nombre des réactions et des hommages. On oublie déjà la mort (annoncée hier) de Jean d’Ormesson. Un étrange phénomène qui n’est pas, toutes proportions gardées, sans rappeler la mort de Jean Cocteau comme effacée par celle d’Edith Piaf.

Comprendre qui fut celui qui vient de disparaître ? On lira, sur Slate.fr, « Johnny Hallyday, le demi-dieu d’une ‘’autre France’’» signé de notre ami et confrère Philippe Boggio :

« Ce n’est pas faire injure, mais à bien des égards, il a tardé. Il a abusé, Johnny. De lui, déjà, évidemment, par sa fréquentation assidue des urgences hospitalières; de lui, en inquiétant déjà son monde, il y a plusieurs décennies, silhouette, visage rafistolés de partout, après avoir épuisé la liste connue des opérations chirurgicales, des comas, des dépressions, des tentatives de suicide… mais qui insistait toujours, l’âge de la retraite et des paralysies physiques pourtant dépassé, pour remonter mourir en scène de la mort tragique des héros post-ados du rock, qui, on le sait, vous terrasse, au final, à bout de bagarres et de chagrins amoureux, sous la lumière multicolore des projecteurs de l’enfer (…) ».

On se souvient, ici, de l’exposition publique de ses souffrances, en décembre 2009 (« Johnny Hallyday, grand corps malade livré en pâture », Slate.fr). Paradoxalement l’homme était resté pudique sur ses abus. Avec une exception, récente. C’était en avril 2014 à l’occasion de la pénultième nouvelle version de Luivieux magazine pour homme. Nous avions alors donné quelques extraits de l’entretien qu’il avait  accordé à Fréderic Beigbeder. Cinq pages en ouverture du numéro d’avril 2014, numéro vendu 2, 90 euros, échange enregistré au bistrot-restaurant L’Ami LouisJohnny « engloutit des escargots et des poulets ».  Frédéric se souvient qu’il y a « une corrélation assez étroite entre la réussite d’une interview et le pourcentage d’alcool dans le sang ».

Calon Ségur 1988 associé à des escargots  

FB : « Je constate que tu bois du vin, alors qu’à une époque tu ne buvais plus de vin du tout. »

JH : « Là, je bois un peu de vin rouge mais je ne bois plus d’alcool fort . »

FP : « Tu fumes toujours tes trois paquets de Gitanes par jour ? »

JH : « Non, seulement dix cigarettes quand je suis en France et rien du tout quand je suis en Californie. Parce que là-bas, les Gitanes, y en a pas ! Et moi, j’aime pas les blondes (…)  Je vais te dire un truc. Sur le tournage de Salaud, je ne buvais rien du tout. Mais Eddy Mitchell avait dit à la maquilleuse de toujours garder au frais ses bouteilles de grappa. »

FB : « C’est vrai que tu hébergeais Jimmy Hendrix chez toi à Neuilly ? »

JH : « Hendrix était adorable. Il dormait avec sa guitare. A l’époque, il fumait quelques joints mais rien d’autre. »

FB : « Jim Morrison aussi tu l’as bien connu ? »

JH : « Lui, il était destroy. Morrison à sept du mat, devant le Rock’n’roll Circus c’était deux Mandrax et un verre de whisky. C’est un somnifère assez puissant que tu prends avec de l’alcool. »

FB : « Toi, tu n’es jamais vraiment tombé dans la drogue dure. »

JH : « Non, à part la coke que j’ai aimée. J’ai jamais succombé à l’héro, parce que je suis hyperactif. A l’époque, John Lennon voulait me faire essayer les buvards (LSD). Mais je n’ai jamais accepté. Par  contre, j’ai mangé des champignons avec M. »

On pourrait se moquer bien sûr. Et l’on se moquait un peu, alors, de tout cela. De cette mise en scène vieillissante pour enfants d’un autre âge. De ces souvenirs d’ivresses qui sonnaient un peu faux. Des mânes  de Hendrix et de Morrison réveillées par un Calon Ségur 1988 associé à des escargots.

Reste et restera l’insondable mystère Hallyday, un puits sans fin, une glace nationale avec et sans tain comme le montrait, déjà  Philippe Boggio dans son  Johnny (Flammarion, 2009). Hallyday, demi-dieu d’une « autre France », qui a fasciné bien des intellectuels. Johnny Hallyday dont Emmanuel Macron, président de la République, nous dit aujourd’hui que s’il n’avait jamais vieilli, c’est qu’il n’avait jamais triché. Ou qu’il avait su avoir « plusieurs vies ».

A demain

 

 

 

Censurer ou pas : quelle est, au fond, la signification du tabac sur les écrans de cinéma ?

 

Bonjour

Où l’on revient sur la polémique « Agnès Buzyn-censure tabac au cinéma ». Et ce avec un papier original, disruptif et dérangeant de notre confrère Jean-Michel Frodon, sur Slate.fr 1.

Le Dr William Lowenstein avait dit, croyait-on, l’essentiel sur le sujet -également sur Slate.fr : « Censurer le tabac au cinéma? Surtout pas! ». Mais il fallait, outre celui redoutable de l’addictologue, l’œil affûté du critique cinématographique. Extraits essentiels du papier de Frodon :

« Peut-être qu’au degré de déréliction de la politique où on est, une cause aussi bidon est de nature à capter une énergie protestataire qui ne sait plus où et comment s’employer. Pourtant, le mouvement autrement important et profond déclenché par l’affaire Weinstein aurait pu et dû absorber ces énergies. Mais justement, aussi fondé soit-il, il garde le défaut d’être politiquement correct. Tandis qu’avec la cigarette, on allait pouvoir être transgressif, s’éclater vraiment. Professionnels du cinéma, médias et réseaux sociaux tous unis derrière cette bannière frémissante s’en sont donnés à cœur joie. »

Dire tout et surtout n’importe quoi

Pour Frodon l’honneur du cinéma est d’être à la fois « un art, un loisir populaire et un observatoire du réel. » En l’occurrence, cela aura démultiplié les opportunités de dire tout et surtout n’importe quoi. On allait à la fois massacrer des chefs-d’œuvre et nous priver de nos doudous audiovisuels. On allait cacher le monde tel qu’il est.

« Aux barricades citoyens! L’État veut nous empêcher de montrer le monde tel qu’il est, s’exclamait ainsi une grande figure libertaire, et ardent combattant du réalisme en prise sur le monde tel qu’il est véritablement, Frédéric Goldsmith, délégué général de l’Union des producteurs de cinéma, dont les propos à l’AFP, relayés par tous les médias de l’Hexagone, fleuraient bon l’insurrection: ‘’Un film n’est pas là pour refléter la société telle que l’État voudrait qu’elle soit’’.»

Mais encore, au-delà des polémiques de l’entre-soi ? Frodon :

« Qui regarde les films se rendrait aisément compte que le problème existe pourtant. Pas parce qu’on y monte des gens en train de fumer. Parce que, outre les incitations plus ou moins amicales de l’industrie, le fait de fumer est devenu un poncif, une paresse de scénariste pour manifester un geste de liberté (…) Ce phénomène n’est pas propre à la France et au cinéma français d’ailleurs. Il se retrouve dans les films de tous les pays –États-Unis, Grande Bretagne, Japon, Scandinavie, etc.– où une politique de santé publique travaille à réduire les méfaits du tabac. »

« Alors que c’est dans tout le cinéma français que la clope est devenue un signe fort de liberté, d’affirmation de soi, de sens de valeurs plus importantes que la norme sociale.

Exemple du jour: dans le beau film de Robert Guédiguian, La Villa, qui sort cette semaine et dont on ne manquera pas de dire tout le bien qu’on en pense, lorsqu’enfin Ariane Ascaride se réconcilie avec elle-même et avec ses frères, qu’est-ce qu’elle fait? Elle allume une cigarette. Dans quinze jours sort un beau film indé américain, Logan, ultime apparition à l’écran de Harry Dean Stanton. Lorsque le vieil homme doit manifester son esprit resté libre malgré les atteintes physiques de l’âge, comment s’y prend-il (c’est-à-dire comment s’y prend le réalisateur pour exprimer ça)? Il impose le droit de tirer sur sa clope en plein bistrot.

Pour Jean-Michel Frodon la virulence de la levée de boucliers suite aux déclarations d’Agnès Buzyn aura simplement empêché qu’on se pose la moindre question sur le fait de continuer à faire de la cigarette, cette dépendance, un marqueur de liberté d’esprit. Liberté-esclavage ? Où l’on voit que les addictologues ne débattent malheureusement jamais avec les critiques de cinéma.

A demain

1 « La cigarette au cinéma, une paresse pour symboliser la liberté » Slate.fr, 1er décembre 2017

Médicaments : après la «liste noire», voici la «liste en or» et son lot d’absurdités

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Hier 60 millions de consommateurs et sa « liste noire » 1, aujourd’hui Le Monde et sa liste en or véritable: « Les dix médicaments qui coûtent le plus cher à la Sécurité sociale »  (Maxime Ferrer et Chloé Hecketsweiler). Rien de sorcier, il suffisait d’y penser : le dernier des quotidiens vespéraux a analysé la base de données Open Medic qui recense toutes les informations sur les médicaments remboursables. Résultat, en euros :

1 Humira® (Abbvie) – 463 375 837

2 Lucentis® (Novartis) – 322 977 911

3 Eylea®  (Bayer) – 259 004 529

4 Crestor® (Astrazeneca) – 240 101 532

5 Enbrel® (Pfizer) – 235 640 805

6 Lantus®  (Sanofi Aventis)- 224 183 613

7 Xarelto® (Bayer) – 216 294 157

8 Doliprane®  (Sanofi Aventis)- 202 550 181

9 Glivec®  (Novartis)- 190 177 220

10 Araneps® (Amgen) – 175 508 061

Lesquels doivent trembler ? En France, en 2016, les médicaments délivrés en officine ont coûté 18,5 milliards d’euros en remboursements à l’Assurance-maladie. Or le ministère de la santé veut, l’an prochain réduire la facture de 1,5 milliard d’euros l’an prochain. « Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018 – qui revient en seconde lecture à l’Assemblée les 28 et 29 novembre – prévoit diverses mesures pour y parvenir, dont des baisses de prix (480 millions), le développement de « copies » moins onéreuses que les médicaments « de marque » (380 millions) ou encore un contrôle plus strict des prescriptions (320 millions) » résume Le Monde.

Incurie récurrente

L’analyse des données d’Open Medic démontre l’allergie récurrente des prescripteurs pour les médicaments « biosimilaires » – le Benepali® de Biogen versus Enbrel® de Pfizer par exemple. De la même façon, le Lantus®de Sanofi que l’Abasaglar® de Lilly ne parvient pas à détrôner.

Où l’on retrouve, cinq ans après 2 l’absurdité ophtalmologique récurrente du Lucentis® (322 millions d’euros remboursés) et de l’Eylea® (259 millions)  contre la DMLA. Sans oublier le Crestor® (240 millions d’euros remboursés) : 25 euros la boîte de trente comprimés – soit près de quatre fois plus qu’une boîte équivalente de simvastatine. « Pour limiter la prescription du Crestor®, l’Assurance-maladie a mis en place il y a trois ans un dispositif exceptionnel : avant d’initier un traitement, les médecins doivent solliciter une autorisation préalable, précise Le Monde. Et, pourtant, un tiers des 6 millions de personnes traitées avec des statines sont toujours sous Crestor®, un médicament qui n’est quasiment pas prescrit ailleurs en Europe. »

Et faudrait-il rappeler ce qu’il en est de l’incurie du Doliprane®, privilège hexagonal de Sanofi et des pharmaciens d’officine ? Où l’on perçpoit, in fine, l’absence étrangement récurrente de volonté du pouvoir exécutif de peser sur Big Pharma pour rationaliser un marché considérable, marché financé par la collectivité.

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1 « Médicaments: faut-il craindre les ‘’listes noires ‘’» ? » Slate.fr 25 novembre 2017

2  « Traitement contre la cécité ou traitement contre l’absurdité ? » Slate.fr 7 août 2012

 

Médicaments : petit voyage dans les sombres couloirs de nos étranges « listes noires » 

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Longtemps les «listes noires» des médicaments n’eurent pas droit de cité en France. Big Pharma et le gros dictionnaire Vidal régnaient. On l’a oublié: il était interdit aux journaux de citer les noms de marque des spécialités. Puis les temps changèrent. La découverte, fort tardive, des premiers grands scandales (celui de la thalidomide, suivi de celui du distilbène) changea lentement la donne. Nouvelle liberté: le médicament officiel commençait à être désacralisé –possiblement attaqué.

Un premier contre-pouvoir émergea au début des années 1980. Ce fut la naissance du mensuel Prescrire, revue indépendante de l’industrie pharmaceutique. Une véritable révolution. Dix ans plus tard les affaires du sang contaminé précipitèrent la nécessaire scission entre le ministère de la Santé et la gestion de la sécurité sanitaire des médicaments. Ce processus eut notamment pour effet de libérer la parole, amplifiant soudain le discours prémonitoire, l’entreprise pionnière du Dr Henri Pradal. Tous les freins allaient bientôt être levés.

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