PMA : le Comité national d’éthique répondra-il ou non aux vœux d’Emmanuel Macron ?

 

Bonjour

Le Pr Jean-François Delfraissy, nouveau président du Comité national d’éthique (CCNE) vient de donner un entretien à Famille Chrétienne (Antoine Pasquier). Un entretien éclairant quant aux relations toujours étranges et complexes qu’entretiennent cette institution et le pouvoir politique qui lui permet d’exister 1. Un entretien qui permet, aussi, d’en savoir un peu plus sur un avis que l’on pensait perdu dans les sables : celui à haute valeur sociétale qui devait traiter de l’ouverture de la PMA aux femmes homosexuelles et aux femmes célibataires. On sait qu’à la différence de Marine Le Pen, Emmanuel Macron y est favorable – mais qu’il attend l’avis du CCNE. Jean-François Delfraissy :

« Cet avis sera rendu public après l’élection présidentielle. Le CCNE, qui est une instance autonome et indépendante, préfère ne pas entrer dans le débat présidentiel, en raison du risque possible de manipulation. C’est plus raisonnable. L’agenda du CCNE et du politique n’est pas le même. Cette élection mettra au pouvoir une nouvelle équipe qui aura peut-être déjà des positions claires ou non sur le sujet de la PMA. C’est un assez bon moment, je crois, pour venir l’éclairer avec notre avis et lui envoyer un message. »

Le président du CCNE a bien conscience du fait qu’autoriser la PMA aux couples de femmes homosexuelles et aux femmes seules constituerait un bouleversement majeur. « Sur des sujets aussi difficiles que celui de la PMA, nous n’arriverons pas à contenter tout le monde » se borne-t-il à dire. On lui rappelle qu’en janvier dernier, sur France Inter, il a déclaré qu’existait, en France « une demande sociétale pour recourir à la gestation pour autrui ».

Revoir la copie

« La GPA est un sujet complexe et difficile, répond-il aujourd’hui Ce que j’ai voulu exprimer sur France Inter, c’est la nécessité d’aborder les deux aspects du sujet : constater d’un côté qu’il existe une demande sociétale qui est indiscutable et, de l’autre, tenir compte du risque de marchandisation du corps de la femme. Encore une fois, je vous renvoie à l’avis que publiera le CCNE, avec un débat autour de ces questions. Cet avis adoptera une vision assez large. »

Mais encore ? « L’avis du CCNE qui sortira au printemps 2017 sera différent de celui qui serait sorti il y a deux ans ; j’en suis persuadé. Nos réflexions sont valables pour un temps donné, dans un contexte sociétal et international qui est lui-même mouvant et changeant. Nous devons tenir compte des aspects positifs et négatifs du moment. S’il faut revoir la copie lors de la révision de la loi de bioéthique de 2018, ça sera l’occasion de le faire. »

Revoir la copie ? Le CCNE s’était exprimé sur la GPA dans un avis du 1er avril 2010 « Problèmes éthiques souleves par la gestation pour autrui ». Pour s’y opposer :

« Finalement, à l’issue d’une réflexion riche et collégiale, pour les six ordres de raisons qui viennent d’être exposées et pour la grande majorité des membres du CCNE, l’ensemble des arguments favorables au maintien de la législation en vigueur l’emportent sur ceux qui sont favorables à la légalisation de ce procédé de PMA, même de manière strictement limitée et contrôlée. »

Le marbre et l’hérésie

Revoir la copie ? En novembre 2005, le même CCNE avait rendu une copie radicalement négative quant à l’ouverture de la PMA aux homosexuelles ou aux femmes seules. Il s’agissait de l’avis n° 90 (adopté à l’unanimité des membres du CCNE moins une abstention).

« La loi française est formelle, exigeant la présence d’un homme et d’une femme, à l’origine du projet parental. Si l’AMP était ouverte aux personnes seules et/ou aux homosexuels, cela impliquerait une indifférence des donneurs de spermatozoïdes ou d’ovocytes, au destin de leurs gamètes qui pourraient être donnés à un couple hétérosexuel ou homosexuel ou à une personne seule sans choix préalable de leur part. La levée de l’anonymat qui serait éventuellement réclamée par des receveurs ou des donneurs volontaires dans une telle situation, introduirait paradoxalement une discrimination.

 « L’ouverture de l’AMP à l’homoparentalité ou aux personnes seules ouvrirait de fait ce recours à toute personne qui en exprimerait le désir et constituerait peut-être alors un excès de l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif. La médecine serait simplement convoquée pour satisfaire un droit individuel à l’enfant. »

Jean-François Delfraissy confie être « de ceux qui pensent que l’éthique évolue ». « C’est pour cela que je suis favorable au mécanisme français de révision de la loi de bioéthique, ajoute-t-il. Si on considère que certaines grandes questions d’éthique sont très liées à l’évolution de la société, il est logique que les réponses qui sont apportées puissent ne pas être inscrites dans le marbre. Certains vous diront que c’est une hérésie ce que je suis en train de vous raconter, et qu’il existe des choses intangibles auxquelles il ne faut pas toucher. Je ne le crois pas. » Une hérésie ?

A demain

1 « La bioéthique, c’est éminemment politique » Slate.fr 26 avril 2017

 

Psychologie et post-vérité : Emmanuel Macron restera-t-il le « maître des horloges » ?

Bonjour

Futur président de la République ou pas, nous chérissons tous quelques formules. A échéance régulière Emmanuel Macron parle ainsi, depuis des mois, du « maître des horloges ». C’est pour dire qu’il l’est, le sera, le restera. Maître des horloges pour ne pas dire maître définitif d’un temps qui ne fait que passer ? La formule ne manque pas d’intriguer chez un homme de pouvoir, par ailleurs désireux d’embrasser et la carte et le territoire.

Or voici que tout, depuis quelques jours, nous laisse penser que, précisément, Emmanuel Macron ne maîtrise plus pleinement les aiguilles. Un effet amplifié par les médias qui brûlent chaque heure un peu plus vite ce qu’ils trouvaient utile d’adorer. Jusqu’à cette « folle séquence Whirlpool » d’Amiens où l’homme politique piégé est venu, bien tard, à la rencontre des ouvriers et de son passé.

Le « maître des horloges » ? Ce fut un livre pour enfants paru en 2003 aux Editions Milan, signé de Anne Jonas et illustré par Arnaud Hug.

« Las de toutes ses richesses et de son pouvoir sans limites, un roi prend soudain conscience de la vanité des choses et de la course du temps lorsqu’il aperçoit une ride en se regardant dans un miroir. Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête: trouver le secret de l’immortalité. Il croit arriver à ses fins lorsqu’il rencontre le Maître des horloges, celui qui détient la clé du mystère du temps, mais en voulant provoquer le destin, c’est sa propre mort qu’il va trouver. Ce conte classique fait écho à « La Mort marraine » des frères Grimm et nous livre une petite leçon de sagesse. »

Calendrier grégorien

En 2001 Libération avait découvert non pas un mais bien deux « maîtres des horloges ». UTC (Coordinated Universal Time, temps universel coordonné). Le quotidien de Sartre et de July rappelait alors que le temps universel est basé sur la rotation de la Terre autour de son axe et sur le calendrier grégorien, fondé sur le temps que met la Terre pour tourner autour du Soleil. Quant à UTC, c’est, depuis 1978, la version « moderne » de l’heure GMT (Greenwich Mean Time), tirant profit des horloges atomiques. Elle est essentielle dans la synchronisation des systèmes de navigation radio ou satellite, ou des réseaux informatiques. Tous les dix-huit mois environ, l’UTC doit être corrigé d’une seconde par rapport au temps atomique.

Mais il faut aussi compter avec NTP (Network Time Protocol). Ce protocole informatique est utilisé pour synchroniser un PC connecté au Web avec celui d’un serveur relié à une source de référence (un satellite par exemple). Sa précision par rapport à l’UTC est de l’ordre de la milliseconde. Le NTP prend en compte les délais de transmission et corrige les dérives des horloges locales.

Le « maître des horloges » ? C’était, en 1991, un ouvrage de Philippe Delmas publié aux éditions Odile Jacob. Il y était question de la modernité de l’action publique. Emmanuel Macron avait, alors, quatorze ans.

A demain

 

Psychiatrie post-vérité : Donald Trump le charismatique est-il un narcisse pathologique ?

 

Bonjour

Vous vous intéressez au pouvoir, à la psychiatrie et à l’équilibre du monde ? Vous prendrez plaisir à la lecture, sur le site Slate.fr, d’ « Alors Trump, fou ? » de Moisés Naím » (traduction de Bérengère Viennot). Un texte qui, de ce côté-ci de l’Atlantique, prend une saveur toute particulière à l’heure de la dernière ligne droite chaque jour plus extravertie de notre campagne présidentielle – une dernière ligne droite où les caractéristiques de la psychologie d’Emmanuel Macron commencent à faire l’objet d’un intérêt critique de plus en plus marqué par certains médias.

« Les dirigeants charismatiques inspirent de grandes manifestations de dévouement et, inévitablement, leur orgueil ne manque pas de se laisser dilater par les applaudissements, flatteries et autres louanges dont ils sont l’objet, écrit Moisés Naím. Cette vanité poussée à l’extrême peut très facilement se transformer en narcissisme éventuellement pathologique. En fait, je suis convaincu que l’un des risques professionnels les plus courants chez les politiciens, artistes, athlètes et chefs d’entreprises qui réussissent est le narcissisme, c’est-à-dire une fascination exagérée suscitée par leur propre personne. »

Νάρκισσος. Narcisse. Narcissisme. Tout ou presque a été écrit avant même l’invention du miroir, sur les dangers de la contemplation de soi-même dans l’exercice du pouvoir. Puis vint la psychiatrie et ses frontières entre normal et pathologique. L’American Psychiatric Association a élaboré une série de critères 1 pour diagnostiquer le narcissisme pathologique (« trouble de la personnalité narcissique »). « Selon les recherches sur le sujet, les personnes qui en souffrent montrent une mégalomanie persistante, un besoin excessif d’être admiré et une absence d’empathie, résume Moisés Naím. Elles manifestent une grande arrogance, des sentiments de supériorité et des comportements ciblant la prise de pouvoir. Elles ont aussi des egos très fragiles, elles ne tolèrent pas la critique et ont tendance à rabaisser les autres pour se réaffirmer elles-mêmes. »

Déontologie bafouée

Et Donald Trump ? Point n’est besoin d’être psychiatre pour comprendre que le président américain présente (et se plait à présenter) plusieurs des symptômes caractéristiques du narcissisme. Mais cela le rend-il inapte à occuper l’un des postes les plus importants de la planète ? Certains spécialistes le pensent et l’ont écrit dans une lettre envoyée au New York Times. Un texte qui ne respecte pas la règle déontologique minimale qui veut que les psychiatres s’imposent de ne jamais porter de diagnostic – même concernant une personnalité publique– à distance.

Bien évidemment d’autres psychiatres ne sont pas du même avis et le disent également dans les colonnes du New York Times. Comme le Dr Allen Frances, qui fut le directeur du groupe de travail ayant préparé la quatrième édition du D.S.M. IV.

« Beaucoup de diagnosticiens amateurs attribuent à tort au président Trump un trouble de la personnalité narcissique. C’est moi qui ai rédigé les critères qui définissent ce trouble, et M. Trump n’y correspond pas. C’est peut-être un narcissiste de catégorie mondiale, mais cela n’en fait pas un malade mental pour autant, parce qu’il n’éprouve ni les souffrances ni les handicaps dont la manifestation est nécessaire pour poser un diagnostic de maladie mentale. M. Trump inflige de graves souffrances plutôt qu’il ne les éprouve, et sa folie des grandeurs, son égocentrisme et son absence d’empathie ont été grandement récompensés plutôt que sanctionnés.»

Moyen Âge trumpien dystopique

Et le psychiatre (qui, lui non plus n’a pas examiné le président) de laisser la place au citoyen ;

« Le recours aux insultes psychiatriques est une manière malavisée de contrer les attaques de M. Trump contre la démocratie. Son ignorance, son incompétence, son impulsivité et son désir de s’octroyer des pouvoirs dictatoriaux peuvent et doivent être dénoncés de façon appropriée. Ses motivations psychologiques sont trop évidentes pour être intéressantes, et les analyser ne mettra pas un terme à sa conquête irréfléchie du pouvoir. L’antidote à un Moyen Âge trumpien dystopique sera politique, pas psychologique.»

 Infliger des souffrances plutôt que les éprouver… Pour un peu cela serait une assez bonne définition de l’exercice du pouvoir. Reste le pouvoir exercer par Narcisse. « Le pouvoir isole, et les narcissistes en position de pouvoir ont tendance à être encore plus vulnérable à l’isolement qui accompagne les fonctions les plus puissantes, écrit Moisés Naím. (…) Au bout de trois mois de mandat, il est déjà évident que le président Trump sera obligé de renoncer à honorer de nombreuses promesses de campagne. Les frustrations se multiplient. On peut supposer sans grand risque que ses déceptions seront de plus en plus fréquentes et ses frustrations de plus en plus douloureuses. Cela ne peut pas être une bonne chose pour sa santé mentale. » Ni pour la planète.

A demain

1 Des sentiments mégalomaniaques et la conviction que leur supériorité doit être reconnue. 2) Une obsession autour de fantasmes de pouvoir, de succès, d’intelligence et de séduction physique. 3) L’impression d’être unique, supérieur et par conséquent la recherche de groupes et d’institutions prestigieux. 4) Un besoin constant d’être admiré. 5) Le sentiment d’avoir le droit d’être traité de façon spéciale, et que les autres doivent obéir. 6) Une tendance à exploiter autrui et à en tirer profit pour obtenir des bénéfices personnels. 7) L’incapacité à ressentir de l’empathie pour les sentiments, les désirs et les besoins des autres. 8) Une jalousie intense et la conviction que l’entourage éprouve forcément le même type de jalousie. 9) Une tendance à agir de façon pompeuse et arrogante.

Sur ce thème on lira aussi avec intérêt le récent  « Tous narcissiques » de Jean Cottraux (Editions Odile Jacob)

 

 

Un utérus artificiel pour mouton mis au point aux Etats-Unis. Demain chez l’humain ?

Bonjour

C’est une publication scientifique qui renvoie immanquablement au chef d’œuvre d’Aldous Huxley. On trouve la publication dans Nature Communications du 25 avril 2017 : « An extra-uterine system to physiologically support the extreme premature lamb ». Le chef d’œuvre date de 1931 : «Le Meilleur des mondes »

La BBC (Michelle Roberts) développe le sujet de même que Le Monde (Hervé Morin). Soit un incubateur/couveuse qui reproduit au plus près la physiologie d’un utérus – et ce pour y placer les très grands prématurés. Un travail mené par l’équipe d’Alan Flake (Center for Fetal Research, Department of Surgery, The Children’s Hospital of Philadelphia).

C’est là une étape majeure qui laisse présager la mise au point d’un « utérus artificiel » qui pourrait être utilisé dans l’espèce humaine. Testé sur le mouton, le dispositif a permis de faire se développer des fœtus d’agneaux durant quatre semaines et apparemment sans séquelles. « Le but est de répondre au défi de l’extrême prématurité », explique sans détour Alan Flake. Soit en amont de vingt-trois semaines de gestation placer les embryons dans un espace entre l’utérus maternel et le monde extérieur.

« Nous avons été surpris par la qualité de la réponse physiologique des animaux, fait valoir Emily Partridge, premier auteur de l’article de Nature Communications. Les fœtus régulent eux-mêmes ces échanges. » Pour autant les animaux, après avoir été extraits et après avoir montré qu’ils pouvaient respirer spontanément ont été « humainement euthanasiés » – et leurs organes analysés. Epargné, l’un d’entre eux est aujourd’hui la preuve vivante du succès de l’opération. Des recherches pré-cliniques plus poussées seront menées et, un jour prochain, aux Etats-Unis et ailleurs, on passera à l’essai sur l’homme.

Frontière éthique

Des réactions de ce côté-ci de l’Atlantique ? Le Monde cite René Frydman qui salue « un pas supplémentaire, une étude incontestablement sérieuse » et soulève quelques objections techniques quant au passage à l’espèce humaine – sans oublier les impacts psychologiques.  Pour sa part Alan Flake estime que mission de son utérus artificiel ne visera rien d’autre que la maturation des poumons des très grands prématurés. Aucune envie « de tenter de remonter plus tôt dans la grossesse. Et aucune possibilité, assure-t-il, d’établir un pont entre l’embryon l’extrême prématurité – clef de voûte de la dystopie d’Huxley. C’est aussi le point de vue du philosophe et médecin auteur d’un remarquable ouvrage sur le sujet (L’Utérus artificiel, Seuil, 2005). 

 On rappellera toutefois qu’il y a un an une équipe dirigée par Anna Hupalowska et Magdalena Zernicka-Goetz, de l’Université de Cambridge, une équipe de biologistes annonçait être parvenue à cultiver in vitro des embryons humains jusqu’à un stade jamais atteint : treize jours 1. Ces biologistes auraient pu poursuivre leur culture. Mais ils avaient alors choisi de ne pas franchir le seuil des quatorze jours, frontière éthique mise en place il y a une quarantaine d’années et, depuis, jamais officiellement dépassée. Jusqu’à quand ?

 A demain

1 « Les premiers pas de l’utérus artificiel » Slate.fr, 12 mai 2016

 

 

Pilule contraceptive : le pharmacien devra-t-il, demain, remplacer le médecin ?

Bonjour

Nouvelle polémique confraternelle en vue avec « #LiberezMaPilule ». C’est un appel lancé par un collectif de pharmaciens, associé au Planning familial et à des militantes féministes et différentes personnalités. Tous réclament la mise sur le marché d’une pilule contraceptive qui pourrait être délivrée sans ordonnance médicale. Leurs arguments sont développés dans une lettre ouverte et une pétition a été lancée sur la plateforme Change.org.

Il s’agit ici de « faire pression » sur les laboratoires pharmaceutiques et les agences française et européenne du médicament. L’initiative a aussitôt été saluée par Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes.

Sans doute faut-il ici élargir la focale hexagonale. BuzzFeed (Sandrine Chesnel) rappelle que la possibilité pour les femmes d’acheter leur pilule contraceptive directement en pharmacie, sans passer par un médecin, est déjà une réalité dans la plupart des pays d’Amérique du Sud, mais aussi dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, ou encore en Turquie, en Roumanie et au Portugal.

Simple questionnaire

On sait qu’en France la délivrance d’une contraception hormonale par un pharmacien d’officine est soumise à la prescription d’un médecin ou d’une sage-femme délivre une ordonnance. Ce qui, pour Clara de Bort, directrice d’hôpital, féministe et auteure du blog Enjupe.com, citée par Libération (Aurore Coulaud) ne correspond à aucune justification scientifique.

Les auteurs de cette initiative expliquent notamment qu’en 2012 le Collège américain des gynécologues obstétriciens recommandait d’autoriser la vente des pilules contraceptives sans ordonnance. Selon lui un certain nombre d’arguments laissent penser que les femmes sont capables d’évaluer si l’utilisation de la pilule contraceptive est possible en répondant à un questionnaire avec l’aide d’un pharmacien.

Selon ce Collège la prescription d’une pilule contraceptive ne nécessite ni le dépistage d’une infection sexuellement transmissible ni celui d’un cancer du col de l’utérus ou du sein. Cette société savante estimait en outre que les femmes auraient une approche plus prudente que les prescripteurs eux-mêmes quant aux contre-indications. Quatre ans après l’affaire dite « des pilules de troisième génération » 2, il sera intéressant de connaître, ici, l’opinion du Collège national des gynécologues obstétriciens français.

A demain

 1 Parmi les premiers signataires figurent notamment Caroline de Haas, Martin Winckler, Titiou Lecoq  Dominique Dupagne et Jaddo

2 « Pilule de troisième génération: une gestion de crise à ne pas suivre » Slate.fr 3 janvier 2013.

L’arrivée du paquet neutre n’a pas réduit les ventes de cigarettes. Bien au contraire.

 

Bonjour

« A ce stade, il n’y a aucun indicateur qui montre l’effet du paquet neutre » sur la consommation de cigarettes en France, explique Eric Sensi-Minautier, directeur de la communication à British American Tobacco (BAT), propriétaire de marques comme Lucky Strike et Dunhill. En clair depuis l’arrivée du paquet neutre en France, les ventes de cigarettes ont rebondi au premier trimestre, après une année 2016 en recul. Marisol Touraine (et les thuriféraires du paquet neutre) n’ont pas encore commenté le phénomène – un phénomène qui déjoue tous ses pronostics et vient, après d’autres, confirmer ce que les responsables politiques se refusent obstinément à entendre.

Au total, 10,82 milliards de cigarettes ont été livrées aux buralistes dans l’Hexagone entre le 1er janvier et le 31 mars, contre 10,67 milliards à la même période en 2016, soit une hausse de 1,4 % en volume. Ce sont là les chiffres de Logista France (groupe Imperial Tobacco), société qui dispose du quasi-monopole de l’approvisionnement des vingt-cinq mille bureaux de tabac français.

Mur de paquets

Un flop le paquet neutre ? Il faut ici écouter le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue militant : « Nous n’attendions pas que le paquet neutre fasse baisser les ventes de cigarettes. Nous attendons plutôt un ralentissement de l’initiation des jeunes se retrouvant perdus face au mur de paquets identiques chez leur buraliste. »

Chaque addictologue sait que pour la personne devenue esclave du tabac l’essentiel n’est pas dans l’image mais bien dans l’argent 1. « Il est avant tout nécessaire de jouer sur les taxes, de manière à faire augmenter le prix du paquet de cigarettes. C’est ce que devra entreprendre le prochain président de la République » rappelle le Pr Dautzenberg. C’est très précisément ce que François Hollande n’a pas fait durant son quinquennat – un quinquennat marqué par le lancement d’un « Programme national de réduction du tabagisme ». Paquet neutre ou pas, ce dernier se révèle être un échec total faute d’avoir eu le courage politique d’augmenter de manière soutenue et continue les prix du tabac.

Le prochain président de la République ?  MM. Macron et Mélenchon, se sont (discrètement) déclarés favorables à un paquet de cigarettes à 10 euros dès 2017. M. Fillon et Mme Le Pen s’y opposent. Aucun ne dénonce cette absurdité sanitaire qui veut qu’en France l’Etat ne peut pas, de sa propre autorité, fixer librement les prix de vente du tabac (un tabac qu’il taxe à 80%). Pourquoi ?

A demain

1 Lire, sur Slate.fr et The Conversation, « Ces pays ont réussi à dissuader les gens de fumer » de Philippe Arvers, Médecin addictologue et tabacologue, Université Grenoble Alpes.

La France en train de perdre pied dans la course aux patrimoines génétiques modifiés ?

Bonjour

Quelles nouvelles, depuis les frontières de l’éthique et de la biologie ? Un éclair, il y a quelques jours, avec une tribune ciblant la Fondation Jérôme-Lejeune – tribune témoignant de la violence croissante sur le thème de la recherche sur les embryons humains. Aujourd’hui un document essentiel. C’est un rapport officiel qui, à sa manière, entend dire la grande misère de la France; misère dans la recherche sur les modifications génétiques des organismes humains, animaux et végétaux.

Ce document émane de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) – un organisme trop mal connu qui a pour mission « d’informer le Parlement des conséquences des choix à caractère scientifique et technologique afin d’éclairer ses décisions ». C’est aussi un document de taille, le fruit, disent les rapporteurs, de quinze mois d’étude, de deux auditions publiques contradictoires et ouvertes à la presse, de plusieurs missions en France et à l’étranger (Royaume-Uni, Allemagne, Suisse, États-Unis, Argentine, Brésil) et auprès d’organisations européennes et internationales (Commission européenne, EFSA, OEB, FAO, OMS). Soit l’audition de plus de deux cent-vingt personnes : scientifiques, médecins, universitaires, ministres, parlementaires, responsables administratifs, industriels, représentants de la société civile, comités d’éthiques, ONG de patients…

Bref, une somme. Qu’en retenir ? Que le monde des biotechnologies vit aujourd’hui un bouleversement considérable avec les nouvelles techniques de réédition des génomes. Nous sommes bien loin, en 2017, de la découverte de la double hélice d’ADN par Cricks et Watson (c’était en 1953). Depuis le début de ce siècle les techniques de « modification ciblée du génome » (genome editing) ne cessent de bouleverser les biotechnologies. Après les « méganucléases », les « doigts de zinc » et les « TALEN », la dernière génération des « CRISPR » constituent une véritable rupture technologique – une rupture considérable comme on en connaît peu dans une vie de chercheurs. Ici le nombre de publications scientifiques a augmenté exponentiellement, les laboratoires du monde entier s’en sont emparés. Fruit de la recherche fondamentale, la technique associe un « ciseau moléculaire » à un guide ARN qui permet des modifications précises au gène près. Du travail d’orfèvre, mais à bas coût.

Infini champ des possible

La version CRISPR- Cas9 a été mise au point par Emmanuelle Charpentier (une chercheuse française aujourd’hui directrice de l’Institut Max Planck d’infectiologie à Berlin) et Jennifer Doubna (chercheur à l’université de Californie à Berkeley). Cette technique constitue une véritable rupture car plus simple, plus rapide, moins coûteuse et opérant sur l’ensemble des organismes vivants. Le champ des possibles semble s’ouvrir à l’infini.

Revers de la médaille : les craintes sont à la hauteur de ces possibles. Ce sont d’innombrables questions éthiques sur la modification du patrimoine héréditaire l’espèce humaine, sur l’évaluation environnementale et sanitaire des nouvelles techniques de sélection végétale, sur les règles de propriété intellectuelle et de biosécurité…  Et qui de position de la France, « qui possède une longue tradition d’excellence en matière de recherche en biotechnologies » ? Elle n’est plus vraiment dans la course :

« Le rejet des OGM végétales depuis deux décennies a démobilisé les équipes et les laboratoires, la recherche française pointe maintenant en sixième position derrière les États-Unis, la Chine, l’Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni en nombre de publications avec un très fort impact, notre pays semble décrocher du peloton de tête. Le CNRS, l’INSERM et l’Institut Pasteur sont de loin les organismes français qui publient le plus sur CRISPR-Cas9.  Si plusieurs chercheurs ayant contribué à l’invention de CRISPR-Cas9 proviennent de l’Institut Pasteur, une nouvelle fois la recherche appliquée nous échappe et se concentre aux États-Unis sur les côtes est (Boston) et ouest (Californie). »

 Morale en marche

La situation ainsi créée est d’autant plus paradoxale que la baisse significative du coût des recherches avec CRISPR a permis la multiplication des projets à travers le monde et que les premiers essais cliniques commencent à être programmés. Reste la question de la morale en marche.

« Ces technologies posent cependant des questions éthiques et doivent conduire les États à s’interroger sur les règles. Il faut distinguer les interventions sur les cellules somatiques, qui ne concernent que le patient que l’on traite, de celles sur les cellules germinales, qui sont transmissibles à la descendance. »

 Officiellement, toutes les institutions occidentales qui ont eu à traiter du sujet convergent : il faut continuer les travaux de recherche, mais ne pas toucher à la lignée germinale humaine. Le rapport français observe toutefois qu’ici ou là, de rares oppositions se manifestent, comme l’association Alliance Vita qui, en France, demande un moratoire, y compris sur les recherches fondamentales. On ajoutera que dans les coulisses scientifiques les démangeaisons sont grandes de passer à la recherche sur la lignée germinale humaine et les premiers stades de l’embryon comme en témoignent un nombre croissant de publications scientifiques – le plus souvent d’origine chinoise.

« Les législations nationales de bioéthique sont très diverses, plutôt restrictives en Europe, notamment en Allemagne – à l’exception notable du Royaume-Uni –, plutôt permissives aux États-Unis et surtout en Chine, où l’application effective du droit en vigueur pose problème. Les États-Unis se prononcent pour une autorégulation dans le cadre d’une recherche responsable. »

Moratoire impossible

Pour leur part les auteurs du rapport de l’OPECST estiment « qu’il faut continuer les recherches » et « qu’un moratoire n’est ni souhaitable, ni possible » 1. Mais ils ajoutent :

« Il n’est cependant pas acceptable de modifier la lignée germinale humaine pour l’améliorer ou l’« augmenter », selon les thèses transhumanistes.  Beaucoup de chercheurs pensent que, lorsque ces technologies seront sûres, il sera difficile d’interdire des modifications héréditaires du génome humain, au cas par cas, afin de soigner une maladie grave ou incurable. Cette décision devra être prise après une nécessaire concertation élargie avec la société civile. »

Une suggestion ? L’OMS et l’UNESCO devraient s’entourer d’un comité permanent d’experts sur le modèle du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Sa mission, loin du réchauffement de la Terre serait « d’évaluer le degré de maturité des nouvelles thérapies géniques, d’en apprécier les enjeux sanitaires et éthiques et de proposer des lignes directrices ». Où l’on perçoit, à cette occasion, que la mesure de la température est, tout bien pesé,  une affaire relativement simple.

Et la France, qui geint et semble perdre pied ? « Les règles de sécurité et d’éthique sont suffisantes, il n’est pas nécessaire de créer des règles spécifiques pour évaluer ces techniques de modification ciblée du génome humain » assure le rapport. Ainsi donc notre pays dispose du cadre qui lui permettrait de mener des recherches qu’il ne mène pas. Il reste encore à expliquer précisément pourquoi.

A demain

1 Sur ce thème: « Maintenant que les Chinois peuvent modifier génétiquement les humains, si on appuyait sur «pause» pour réfléchir un peu ? » Slate.fr, 17 mai 2015