Obstétrique et politique : Agnès Buzyn va-t-elle oser faire fermer la maternité de Bernay ?

Bonjour

Après celui du Blanc (Indre) c’est le dernier abcés recensé sur un tissu hospitalier français : la maternité de la petite cité de Bernay (Eure). Agnès Buzyn y est attendue ce 18 février pour, espère-t-elle, en finir politiquement avec une affaire médiatiquement enkystée – comme celle du Blanc.

« Lors du lancement du grand débat national à Grand Bourgtheroulde (Eure), le Président Emmanuel Macron avait fait la promesse aux élus d’une visite ministérielle pour expliquer le choix gouvernemental de fermeture de cette maternité » rappelle L’Eveil de Pont-Audemer. La décision prises par Agnès Buzyn de fermer la maternité de Bernay (son service accouchement) a évidemment été beaucoup critiquée dans la région, par des élus, des professionnels, des usagers… Des propos qu’elle a tenus au sujet de cette maternité de Bernay lors d’une visite à Rouen, le 13 octobre 2018, lui ont même valu d’être d’assignée en justice. »

Interrogée par France 3 Normandie, Agnès Buzyn déclaré   : « On ne peut pas se permettre d’avoir une maternité ouverte avec une liste des gardes où il y a des trous et des nuits entières où il n’y a pas d’obstétricien. En cas de césarienne, nous n’avons personne pour la faire. C’est un risque majeur. » Où l’on retrouve, sous de nouveaux visages l’équation de la réduction des risques. D’un côté le pouvoir politique soutenant que trop peu d’accouchements expose les femmes à des risques inacceptables. De l’autre des élus locaux soutenus par la population arguant que c’est bien au contraire l’éloignement et les délais de transports qui exposent les femmes à des dangers inacceptables.

Cette question avait été parfaitement illustrée en 2012. « Une femme âgée d’environ trente-cinq ans a, vendredi 19 octobre, perdu son nouveau-né en le mettant au monde dans son véhicule automobile conduit par son compagnon, rapportions-nous alors sur Slate.fr. Le couple circulait sur l’autoroute A20 vers une maternité de Brive (Corrèze). La femme venait de consulter, à Figeac (Lot), son gynécologue-obstétricien qui lui avait conseillé une admission dans une maternité pouvant prendre en charge une grossesse délicate et un accouchement potentiellement à risque. Enceinte de sept moins, elle résidait non loin de Figeac où la maternité a été fermée en 2009. Appelés et arrivés en urgence les pompiers n’ont pu que constater la mort du nouveau né. »

François Hollande et Marisol Touraine

Ces faits avaient alors vite trouvé un large écho et pris une dimension nationale. Les réactions politiques et professionnelles se multiplient de même que les accusations visant les responsables d’une politique sanitaire qui a conduit – paradoxalement pour des raisons sanitaires— à fermer de nombreuses petites maternités.  Clôturant le 20 octobre à Nice le congrès de la Mutualité française, François Hollande s’était emparé de ce fait divers, demandant à Marisol Touraine, ministre de la Santé, de diligenter une enquête. Il avait aussi rappelé l’un de ses engagements de campagne: «aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d’urgence».

Dans le même temps, la coordination nationale pour la défense des hôpitaux et maternités de proximité demandait un moratoire sur la fermeture des maternités. Même tonalité chez le syndicat national des gynécologues obstétriciens (Syngof).  Interrogé sur Europe 1, Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France avait saisi l’opportunité de ce «nouveau drame» pour fustiger violemment la politique sanitaire française. «C’est un drame comme il arrive très souvent depuis des années, accusait-il, sans citer de chiffres sur le nombre de ces drames. Au début des années 2000, il y avait 700 maternités en France, et il n’en reste que 535. 535 pour 65 millions d’habitants et pour un pays qui a la plus forte fécondité en Europe.»

 « Plus des deux tiers des maternités ont fermé en France au cours des quarante dernières années, précisait il y a quelques jours La Croix. On en dénombrait 1 747 en 1972, 1 128 en 1981, 815 en 1996 et 544 en 2012. En dépit de ce mouvement, le temps d’accès médian des parturientes aux services de soins reste stable – 17 minutes – avec des disparités parfois fortes. Ainsi 25 % des femmes de Corse-du-Sud sont à plus de 39 minutes de la maternité. » Et La Croix d’évoquer l’existence de « taux de fuite » (la proportion des femmes qui ne vont pas accoucher à la maternité la plus proche). En 2012, selon la Cour des comptes, ce taux était de 41 % à la maternité d’Altkirch (Haut-Rhin), de 29 % à celle d’Issoire (Puy-de-Dôme) ou de 25 % à celle de Thiers, dans le même département.

 Dépasser les actuelles impasses ? Des solutions sont possibles. On pourrait notamment, comme dans certains pays d’Europe du Nord, encourager les accouchements aidés à domicile pour les grossesses sans complications. Ce qui suppose toutefois une surveillance systématique de qualité de l’ensemble des grossesses (elle existe déjà pour une large part) ainsi que la prise en charge spécialisée des grossesses et des accouchements à risque dans des maternités spécialisées. Ceci est d’autant plus réalisable que la France est dotée d’un système d’aide et de transports médicaux d’urgence (Samu, pompiers, centres 15) parmi les plus denses et les plus performants au monde.

A demain

@jynau

Greffe, argent et football : sept ans après, la sombre affaire du lobe de foie d’Eric Abidal

Bonjour

C’était une bien belle histoire, cela devient une trop sombre affaire. Une affaire qui vient rappeler la gangrène que peut générer l’argent dans le champ des greffes d’organes. L’Equipe du jour (Florent Torchur) rapporte, depuis Madrid, que la justice espagnole vient d’annoncer l’ouverture d’une enquête sur la greffe de foie d’Eric Abidal 1 – une greffe pratiquée le 10 avril 2012 sur ce joueur de football, ancien international français aujourd’hui directeur sportif du FC Barcelone.

Nous avions, en mars 2012, évoqué cette transplantation hors du commun médiatisée avant même qu’elle ne soit pratiquée. « Les stars du football peuvent (elles aussi) servir la cause de la santé publique, écrivions-nous alors. Un exemple nous en est fourni aujourd’hui par Eric Abidal. L’émotion internationale que suscite l’annonce de sa prochaine greffe de foie est une formidable opportunité pour, via la sphère médiatique, (re) dire et (ré) expliquer ce qu’est l’activité de prélèvement et de greffe d’organe. » Et nous citions alors la chronique parue sur Slate.fr rédigée à partir d’un entretien avec Emmanuelle Prada Bordenave, directrice générale de l’Agence de la biomédecine. Extraits :

« Le footballeur Eric Abidal, 32 ans, défenseur international de l’équipe de France  et joueur du FC Barcelone est aujourd’hui  en attente d’une greffe de foie. L’information a été donnée par son club et amplement relayée par L’Equipe et de nombreux médias. Il avait subi une intervention chirurgicale il y a précisément un an –le 17 mars 2011-  pour une « tumeur au foie » (…) Dans le cas d’Eric Abidal cette transplantation hépatique  est d’ores et déjà programmée. Les responsables des activités de prélèvements et de greffes déplorent de manière récurrente la pénurie de dons d’organes et, corollaire, l’allongement des délais d’attente (…) En 2010 on a pratiqué près de 1100 greffes de foie en France alors que le nombre des personnes en attente était d’environ 2400. Dans le même temps on a pratiqué 2900 greffes de rein pour une liste d’attente de 11 600 personnes. »

Miracle

Interrogée sur le fait de savoir si elle était ou non surprise par la rapidité avec laquelle on pu programmer une prochaine greffe de foie chez Eric Abidal la directrice générale de l’Agence de la biomédecine nous répondait : « Je ne connais aucunement ce dossier, je ne sais pas où cette greffe sera pratiquée et me garderai de tout commentaire. En revanche si l’émotion collective grandit sur ce sujet nous nous saisirons peut-être de ce cas pour faire au plus vite une campagne d’information rappelant quelles sont nos règles et nos pratiques, en France concernant l’organisation des listes d’attente et les critères de répartition des greffons. »

Miracle en août 2013 quand on découvre que le greffé du foie d’avril 2012 retrouve l’équipe de France à l’occasion du match amical Belgique-France (0-0) – une sélection qui n’était en rien un « cadeau » du sélectionneur Didier Deschamps, Abidal jouant (pleinement) les 90 minutes. Un solide message d’espoir.

Puis confidence de la star dans un portrait accordé à Libération en octobre 2014 :

« Un an plus tard : la rechute. Le Catalan reçoit du soutien de tous côtés. De Platini à Blatter, le machiavélique président de la Fifa. Il y a des connus, des reconnus et des anonymes. Tout le monde, sauf Raymond Domenech. Mais cette fois, il a besoin de plus pour s’en sortir : un donneur. Son cousin Gérard se propose, et donne une partie de lui : «Je lui suis redevable de beaucoup. Aujourd’hui, c’est le plus compliqué à gérer, ça me ronge de l’intérieur. Un foie, ça n’a pas de prix. Je ne sais pas comment le remercier en sachant que je n’ai pas le droit de le rémunérer, ni de lui acheter des biens.» 

Tabou

 Le remercier ? Le rémunérer ? Lui « acheter des biens » ? Nous sommes en février 2019 et rien ne va plus. Déjà, en juillet dernier, le parquet espagnol avait demandé l’ouverture d’une enquête sur cette greffe de foie après la publication d’informations sur un éventuel trafic d’organes. Ceci faisait suite à la transcription d’écoutes téléphoniques de l’ancien président du Barça Sandro Rosell – par ailleurs impliqué dans différentes affaires judiciaires – qui laissaient entendre que le club avait acheté illégalement un foie pour son ancien joueur. La justice avait enquêté durant un an sur un éventuel délit de trafic d’organes avant de classer l’affaire faute de preuves. L’ancien joueur français, le club et l’Hôpital Clinic de Barcelone, où la greffe avait été pratiquée, avaient alors démenti toute irrégularité lors de cette opération.

L’affaire rebondit aujourd’hui avec l’ouverture de cette enquête décidée par la cour d’appel de Barcelone. L’Equipe rapporte les propos et les silences des différents protagonistes. Le joueur et son cousin germain-donneur ne se parleraient plus, ce dernier supportant mal que l’on puisse imaginer qu’il a touché « un million d’euros » dans la transaction d’organe quand il n’a « pas touché un centime ». Un sujet devenu « tabou dans la famille ».

Quant à savoir si le lobe hépatique greffé a été acheté par le club sur le marché illégal la justice espagnole affirme qu’elle fera toute la lumière. Ce qui, sans préjuger de la suite, ne devrait guère, en théorie, soulever de difficultés biologiques.

 A demain

@jynau

1 Né à Saint-Genis-Laval (Rhône), formé à  l’AS Lyon-Duchère, club de CFA-2, Eric Abidal  rejoint  l’AS Monaco en 2000 puis gagne Lille (2002-2003) avant l’Olympique lyonnais et le maillot de l’équipe nationale en 2004. En 2007 il est transféré (pour environ seize millions d’euros) sur le couloir latéral gauche du FC Barcelone. Il s’ exprimera à merveille :  Ligue des champions,  championnat d’Espagne,  coupe d’Espagne,  supercoupe d’Europesupercoupe d’Espagne et coupe du monde des clubs.

 

Révolution : « J’écris parce que j’ai 15 ans et que je suis le fils d’un parent anti-vaccins »

Bonjour

Ils ne tarderont plus guère à prendre le pouvoir, conduiront une automobile et se feront vacciner avant leur majorité C’est un texte revigorant à découvrir sur Slate.fr (Claire Levenson) : « Des ados rebelles se font vacciner malgré leurs parents ».  Il nous apprend que dans l’État du Queensland en Australie, le taux d’immunisation n’est que de 89 %, en dessous de l’objectif des autorités sanitaires, fixé à 95 %. Toutefois, si l’on en croit la presse locale, de plus en plus d’ados refusent d’écouter leurs parents et vont se faire vacciner sans leur accord.

Mieux encore : dans la plupart des États du pays, de nouvelles lois permettent aux jeunes de prendre leurs propres décisions médicales à partir de 15 ans. En Nouvelle-Galles du Sud, la province de Sydney, les pharmacies sont par exemple autorisées à vacciner à partir de 16 ans pour la grippe, la rougeole, les oreillons, la rubéole, ainsi que pour la diphtérie, le tétanos et la coqueluche.

« En désaccord avec sa mère »

Slate.fr nous apprend encore que sur les réseaux sociaux, il est devenu plus fréquent de voir des appels comme celui-ci, cité dans un article de Yahoo: «J’écris parce que j’ai 15 ans et que je suis le fils d’un parent anti-vaccins. J’ai passé les quatre dernières années à essayer de convaincre ma mère que les vaccins ne sont pas dangereux. Je n’ai pas réussi. Donc au lieu de cela, j’essaye de voir comment je pourrais être vacciné sans son accord.»

Prendre le pouvoir. Aux États-Unis, plusieurs adolescents ont déjà fait des déclarations similaires, notamment sur Reddit – dans la plupart des États américains, il faut néanmoins attendre 18 ans pour être vacciné sans l’autorisation de ses parents. L’un de ces jeunes se nomme Ethan Linderberger. Il vit dans l’Ohio, l’un des dix-sept États dans lesquels les parents peuvent refuser de vacciner leurs enfants pour «raisons philosophiques». Et il demande des conseils en ligne.

« En désaccord avec sa mère, il avait lu plusieurs articles scientifiques et en avait déduit que les vaccins étaient sûrs. Lorsqu’il a atteint l’âge de 18 ans, il a été se faire vacciner contre l’hépatite A, l’hépatite B et la grippe, rapporte Slate.fr. Jusqu’ici, il n’avait été vacciné qu’une fois, à 2 ans, contre le tétanos, après une coupure. Le jeune homme a déclaré au Washington Post qu’il pensait que les lois devraient être modifiées afin que les jeunes puissent décider de se faire vacciner sans l’accord de leurs parents avant 18 ans. En attendant, il s’inquiète pour son frère de 16 ans et sa sœur de 2 ans, que sa mère refuse de faire vacciner. »

Louis Pasteur et Big Pharma

Prendre le pouvoir. Aujourd’hui, sur France Inter (10’-12’), Agnès Buzyn est interrogée sur les vaccins (ce qui commence à la lasser). « Le ministère de la santé et l’industrie pharmaceutique sont de mèche pour cacher la nocivité des vaccins ». 43¨des Français sont d’accord avec cette proposition complotiste. Nicolas Demorand demande à la ministre si elle n’a pas « raté quelque chose dans la pédagogie de la vaccination ». Réponse ministérielle :

« D’abord je pense que le pauvre Pasteur doit se retourner dans sa tombe. Je pense qu’il a sauvé des centaines de millions de vies avec le concept de vaccination. Les bras m’en tombent… Il n’y a pas que le ministère de la santé … Tous les experts internationaux, alors l’Organisation Mondiale de la Santé est aussi  de mèche avec les labos… En fait on veut juste sauver des vies, on veut juste sauver des vies … »

« Les Français voient, là, le mal partout. L’industrie pharmaceutique gagne en fait assez peu d’argent avec les vaccins, elle en gagne beaucoup plus avec les médicaments. Un malade non vacciné va coûter dix ,vingt, cent, mille fois plus cher à la Sécurité sociale que quand il est vacciné.  Une grippe en réanimation lourde, avec des antibiotiques, pendant trois semaines coûte mille fois plus cher que le vaccin anti-grippe.  malade en réanimation Je ne comprend même pas ce raisonnement. Il suffit de réfléchir deux secondes. »

Réfléchissons.

A demain

@jynau

 

Grippe : épidémie générale, doutes sur l’efficacité du vaccin, embarras d’Agnès Buzyn

Bonjour

C’est une équation virologique, sanitaire et politique. Tous les chiffres convergent et Santé publique France résume : épidémie généralisée à l’ensemble des régions – s’intensifie en métropole tandis qu’elle débute aux Antilles. Tous les indicateurs de l’activité grippale sont au rouge. Forte augmentation des passages aux urgences et des hospitalisations. Parmi plus de douze mille patients qui se sont présentés aux urgences « pour grippe » la semaine dernière,  plus de 1 800 ont été hospitalisés (+70% par rapport à la semaine précédente).

Corollaire : un excès de mortalité toutes causes et tous âges confondus est observé sur les quatre premières semaines de janvier. Entre les semaines 01 à 03 cet excès est estimé à 8% soit près de 3 000 décès – et concerne principalement les personnes âgées de 85 ans ou plus, et dans une moindre mesure les 15-64 ans. Parallèlement, les premières estimations sur le nombre de décès attribuables à la grippe depuis le début de la surveillance (octobre 2018) et jusqu’en semaine 03, indiquent qu’environ 1 100 décès seraient liés à la grippe.

Cette épidémie est majoritairement due aux virus A(H3N2) et A(H1N1)pdm09. Or le bulletin épidémiologique hebdomadaire dédié à la grippe précise que les premières estimations de l’efficacité vaccinale indiquent une efficacité modérée contre ces deux virus 1.

« La couverture vaccinale des personnes à risque, sujets de tous âges atteints de certaines pathologies chroniques et personnes âgées de 65 ans et plus, est estimée par Santé publique France à partir des données de remboursement des vaccins contre la grippe, tous régimes d’assurance maladie confondus. Une première estimation au 30/11/2018 montre une légère progression des couvertures vaccinales en comparaison des estimations analogues effectuées au 30/11/2017. La couverture en France métropolitaine est passée de 41,3% à 42,9% (+1,6%) pour l’ensemble des sujets à risque.

« Efficacité vaccinale en médecine ambulatoire. Le Réseau Sentinelles produit une estimation de l’efficacité du vaccin à éviter une infection grippale conduisant à une consultation chez un médecin généraliste. Les résultats préliminaires disponibles en semaine 05 indiquent une efficacité vaccinale chez l’ensemble des personnes à risque de 59% [IC95%: 7—82] contre le virus A(H1N1)pdm09 et de 19% [IC95%: −43 – 54] contre le virus A(H3N2). Ces estimations seront affinées dans les semaines à venir. »

Cette situation a conduit Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé à rappeler sur Europe 1 toute l’importance que chacun doit accorder aux « gestes de protection face aux virus de l’hiver est rappelée (mouchoir à usage unique, port de masque jetable). Rappel de Santé publique France :

« Se laver fréquemment les mains à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique ; éternuer dans son coude (plutôt que dans ses mains) ; utiliser un mouchoir à usage unique ; porter un masque jetable quand on présente un syndrome grippal, en particulier au contact des personnes fragiles (personnes âgées, immunodéprimées, jeunes enfants, femmes enceintes). »

Xavier Bertrand, treize ans après

Interrogée sur la faible efficacité vaccinale Agnès Buzyn a déclaré :  « Le problème est que chaque vaccin est un pari. On est obligé de parier sur les souches qui vont circuler, six mois avant que le virus apparaisse dans le monde. Donc, de temps en temps, le pari est gagné, de temps en temps il est moyennement gagné et parfois pas du tout. » Pour autant la ministre est revenue sur la question, récurrente, de l’obligation vaccinale antigrippale des soignants – une obligation que vient de réclamer la Cour des Comptes à laquelle Agnès Buzyn était jusqu’ici opposée. Or voici désormais la ministre qui menace :

« Aujourd’hui, j’ai demandé un effort particulier notamment aux Ordres des médecins, des infirmiers, des kinésithérapeutes… pour qu’ils fassent une campagne pro-vaccin. Je verrai quel a été cette année le taux de couverture des soignants, j’espère qu’ils comprennent leur responsabilité. Si vraiment ça ne progresse pas, peut-être que nous en reviendrons à l’obligation »

Cette obligation, instaurée par le Code de la santé publique, avait été « suspendue » en 2006 par décret. Un décret signé par le ministre de la Santé et des Solidarités d’alors : Xavier Bertrand.  Aujourd’hui la couverture vaccinale antigrippale des personnels de santé est, officiellement, « de l’ordre de 25 % ». Il faudra songer, un jour prochain, à interroger Xavier Bertrand.

A demain

@jynau

1 Le sujet n’est pas neuf. Il y a quatre ans: « Grippe: faut-il continuer à se faire vacciner quand on n’est pas sûr de l’efficacité du vaccin? » Slate.fr 1er février 2015

Vaccination antigrippe obligatoire des soignants : Agnès Buzyn contre la Cour des Comptes

Bonjour

Rituel annuel : la publication du « Rapport public » de la Cour des Comptes. Avec, cette année, outre un croustillant et original  chapitre sur la fragilité de la « médecine thermale occitane », un long passage sur « La politique de prévention des infections associées aux soins : une nouvelle étape à franchir  (page 125)».

Où l’on revient aux frontières de la médecine, de la virologie et de la politique. Et où l’on comprend que la Cour entend que les professionnels de santé soient tous, d’autorité, vaccinés contre la grippe 1. Et où l’on découvre la position désormais affichée d’Agnès Buzyn sur cette question. Alors même qu’Emamnuel Macron s’était, durant la campagne présidentielle, fait le héraut d’une politique de prévention. Une publication, enfin, qui fait suite à l’étrange « affaire d’Orléans ». Extraits du rapport 2019 de la Cour :

Page 142 : « En complément d’une meilleure application des règles d’hygiène, l’augmentation de la couverture vaccinale des professionnels de santé dans l’ensemble des secteurs de soins et, plus particulièrement, du personnel et des résidents dans les établissements médico-sociaux, reste un objectif majeur. En effet, les taux de vaccination contre la grippe des professionnels de santé des établissements de santé et médico-sociaux restent de façon préoccupante en deçà de 25 %. Dans son rapport public annuel de 2018 , la Cour soulignait les conséquences du défaut de vaccination et recommandait de revenir sur la suspension, décidée par un décret du 14 octobre 2006, de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels de santé. »

Page 151 : « La Cour formule les recommandations suivantes à l’attention des directions du ministère des solidarités et de la santé, de Santé Publique France et de la Caisse nationale d’assurance maladie : (…) revenir sur la suspension de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels de santé (recommandation réitérée). »

Page 154 : RÉPONSE DE LA MINISTRE DES SOLIDARITÉS ET DE LA SANTÉ

« (….) Enfin vous recommandez de revenir sur la suspension de l’obligation de vaccination contre la grippe des professionnels. Ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le préciser, si je suis favorable à l’obligation vaccinale pour les jeunes enfants, je préfère faire confiance au sens de la responsabilité des professionnels de santé. C’est la raison pour laquelle, à l’occasion du lancement de la campagne d’information sur la vaccination contre la grippe j’ai signé, avec les sept ordres représentatifs des professions de santé une charte de promotion de la vaccination des professionnels de santé. Cette charte vise à encourager les professionnels de santé à se faire vacciner et réaffirme notamment ‘’ l’importance de la vaccination contre la grippe des professionnels de santé et de leurs collaborateurs’’.»

Il est peu probable que cette réponse soit de nature à satisfaire les magistrats de la rue Cambon.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème  « Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe » Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

 

Ehpad d’Orléans : on ne saura jamais si les deux soignants sont, ou non, morts de la grippe

Bonjour

Une certitude : ces deux soignants ne s’étaient pas fait vacciner contre la grippe. Une autre certitude : on ne saura jamais s’ils sont ou non morts d’une infection grippale. L’affaire de « l’Ehpad d’Orléans » restera comme une occasion manquée : celle de fournir la démonstration qu’un soignant non vacciné peut mourir de la grippe.

Rappelons les données disponibles. On apprenait il y a quelques jours qu’un patient de l’Ehpad Les Ombrages (La Chapelle-Saint-Mesmin, Loiret) était mort au centre hospitalier régional d’Orléans-La Source. Un décès liée à l’épidémie de grippe qui avait déjà causé la mort de cinq personnes en quelques jours. Parmi ces cinq personnes figuraient deux soignants, salariés d’un centre de soins voisin (CRF des Coteaux) décédés à leur domicile le 24 janvier. Un décès, précisaient les autorités sanitaires, « vraisemblablement » dû à un « syndrome grippal » ; syndrome pour lequel elles étaient en « arrêt maladie ».

Puis, dans un communiqué diffusé dans l’après-midi du 29 janvier, l’ARS Centre-Val de Loire apportait les précisions suivantes :

« Parmi les six décès, le virus de la grippe a été isolé chez un résident. Il s’agit d’un des virus circulants de l’épidémie actuelle de grippe saisonnière, faisant partie des virus inclus dans le vaccin cette année. Il ne s’agit en aucun cas de la grippe aviaire. 

«  La cause du décès ne sera pas formellement établie pour les deux personnes membres du personnel de l’établissement. Leurs décès sont vraisemblablement liés à cette épidémie. Ces personnes, qui n’étaient pas vaccinées, ont présenté des symptômes respiratoires ou pulmonaires, dans le contexte d’un foyer grippal confirmé au sein de l’établissement et de circulation active des virus grippaux dans la région. »

 Mais encore ? Contactée, l’ARS nous précise qu’elle ne donnera pas plus d’éléments concernant ces deux décès. A la fois parce qu’elle ne le peut pas mais aussi parce qu’elle ne dispose pas de plus d’informations quant à la cause de ces deux morts. On peut le dire autrement : aucun prélèvement biologique n’a été fait, en temps et en heure, qui permettrait de rattacher l’issue fatale à une infection grippale.

Etrangeté vs exemplarité

Pourquoi ? On ne le saura sans doute pas. Reste un « faisceau d’indices » et deux points d’interrogation. Et ce commentaire de l’un de nos fidèles lecteur (U. Ucelli) :

« Deux soignants (donc âgés de moins de 65 voire de moins de 60 ans) qui meurent à domicile avec des signes de syndrome grippal, c’est très mystérieux.  On s’attend à ce que les complications de la grippe amènenent à consulter et les malades non abandonnés par la famille ou la société, s’ils meurent meurent à l’hôpital en service réanimation éventuellement sous curculation extracorporelle.

« Habituellement avec la grippe si on en meurt c’est à l’hopital ou dans les 30 jours suivant la sortie, https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5632265/ .. de pneumonie, de staphylococcies, autres surinfections, d’infarctus du myocarde, d’encephalite, myocardite, de défaillance multiviscérale, mais je ne pense pas que ça prenne soudainement les gens dans leur sommeil à la maison. Sauf erreur d’évaluation de la gravité par l’entourage ou le médecin. Mais là deux travailleurs d’un Ehpad quasi simultanément morts chez eux, ce peut être un hasard mais c’est étrange. »

Aujourd’hui, à Orléans,  l’ARS « rappelle que la vaccination des professionnels soignants n’est pas obligatoire mais qu’elle est recommandée, pour protéger leurs patients et se protéger eux-mêmes ». On peut aussi rappeler que  ce sujet avait été abordé lors d’une conférence de presse, en janvier 2017, par le Pr Benoît Vallet, alors Directeur Général de la Santé 1. L’Etat français peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt.

Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations, comme celle contre l’hépatite virale de type B. Mais bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. » Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, alors ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin.  Puis, pendant cinq ans Marisol Touraine n’avait pas jugé bon d’abroger ce décret.

Quant à Agnès Buzyn, qui lui a succédé, elle enjoint régulièrement « les professionnels de santé à adopter une conduite exemplaire ». Sans les y contraindre. Et sans grand succès.

A demain

@jynau

1 Sur ce thème  « Il faut obliger tous les soignants à se faire vacciner contre la grippe » Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

«Radio France bleu Isère incendiée cette nuit». Pourquoi tant de haine envers les médias ?

Bonjour

28 janvier 2019. Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. Et pourtant, coment ne pas y songer ? Une synthèse est offerte par Le Figaro. «Pas de radio ce matin». C’est ainsi que le site de France Bleu Isère a annoncé ce lundi avoir été victime d’un incendie, qui a «ravagé» dans la nuit de dimanche à lundi une partie de ses locaux, situés dans le centre-ville de Grenoble. «Heureusement, il n’y a aucun blessé, mais les dégâts sont conséquents et impossible pour le personnel d’accéder aux locaux», souligne la radio sur son site d’informations. Une dizaine de salariés travaillent habituellement à la radio.

L’incendie se serait déclaré vers 2h30 et aurait détruit le rez-de-chaussée du bâtiment, qui comprenait le studio de diffusion. Selon nos confrères, «l’origine criminelle ne fait guère de doute» car «il y a eu deux départs de feu à l’intérieur des locaux et une porte d’entrée a été fracturée». Interrogé par France Info, le rédacteur en chef, Léopold Strajnic, a indiqué qu’aucune menace particulière n’avait été prononcée ces derniers jours à l’encontre de la radio ou des journalistes. «Les relations qu’on avait sur le terrain, pendant les manifestations, étaient relativement saines. Il est beaucoup trop tôt pour émettre des hypothèses», a-t-il indiqué ce matin.

Aucune revendication n’a été retrouvée sur place. Une enquête a été ouverte. Pour continuer à émettre, la direction de la station envisage de délocaliser une partie de ses équipes à Valence ou Chambéry, et d’utiliser les studios de France Bleu Drome Ardèche ou France Bleu Pays de Savoie afin d’assurer une partie des programmes.

Destruction du langage

Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. Pour autant Le Figaro souligne que cet incendie « s’inscrit dans un climat général de défiance envers les médias ». Il rappelle que ces dernières semaines, plusieurs journalistes ont été victimes de violences alors qu’ils couvraient les manifestations des Gilets Jaunes.

« Souvent traités de «collabos», ils sont soupçonnés de ne rapporter que la parole gouvernementale, de dissimuler les violences policières ou de mentir sur le nombre de participants aux manifestations. Parallèlement, des distributions de journaux ont été perturbées. Cette défiance se retrouve dans un des derniers sondages effectués auprès des Français par l’institut Kantar pour le journal La Croix. Interrogés sur les «critiques et agressivité» touchant les journalistes durant le mouvement des «gilets jaunes», 24 % des sondés les trouvaient justifiées.

Rien ne permet de parler de lien de causalité. Pas même de corrélation. On peut aussi, sur ce thème, conseiller la lecture d’un ouvrage remarquable 1, bientôt indispensable : « La Langue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement » d’Ingrid Riocreux. Editions de l’Artilleur.

A demain

@jynau

1 « Le journaliste l’ignore, mais les mots ont un sens » Jean-Marc Proust, Slate.fr 25 septembre 2016