Overdoses :  deux ans après le spray Nalscue® va enfin être mis sur le marché français

 

Novembre 2015 : l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé octroie une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) pour la spécialité Nalscue®  (naloxone  0,9 mg/0,1 ml en spray nasal). Puis, rien.  On avait cru à une embellie dans la lutte contre les accidents majeurs dus aux grands opiacés. L’accès à ce spray était une demande formulée de très longue date par les praticiens des addictions sévères.

On allait pouvoir sauver, assez simplement, des vies avec Nalscue® (de la firme pharmaceutique spécialisée Indivior). Un médicament d’exception destiné « au traitement d’urgence des overdoses aux opioïdes, dans l’attente d’une prise en charge médicale, chez l’adulte et l’enfant ». Puis rien. Nouvel espoir en juillet 2016 1. Puis rien, ou presque.

Disponibilité

Nouvel espoir en décembre 2016. Puis le temps passa. Nous sommes le 31 juillet 2017. Et voici que l’ANSM octroie une autorisation de mise sur le marché (AMM). Une étape majeure. Enfin, presque : la mise en vigueur de l’AMM ne sera effective que dans (environ) trois mois environ. Pendant cette période de transition entre l’octroi de l’AMM et la mise en conformité de Nalscue® à son AMM, les conditions d’accès à Nalscue resteront celles de l’ATU de cohorte : les modalités d’inclusion des patients dans l’ATU, de prescription, de dispensation, d’approvisionnement et de prise en charge du traitement restent inchangées.

Dès que l’AMM sera effective, Nalscue® sera disponible sur prescription médicale non obligatoire. Et les CAARUD devraient alors enfin pouvoir dispenser ce médicament de la survie. C’était là une histoire à ajouter à toutes celles qui racontent ce que peut (ou ne pas) être une politique de réduction des risques et de santé publique.

A demain

1 « Ne pas mourir d’une overdose à domicile, c’est désormais possible » Slate.fr 29 juillet 2016

Homéopathie: le gouvernement français oserait-t-il décider de ne plus la rembourser ?

Bonjour

Lit-on Slate.fr, sous les ors du Palais de l’Elysée ? Ou le Quotidien du Médecin (Fabienne Rigal) ? Dans les deux cas un même constat : le National Health Service (NHS) britannique entend mettre fin au remboursement de l’homéopathie. Il y a quelques jours, le NHS présentait un rapport en ce sens soulignant que les bénéfices de l’homéopathie n’étaient pas prouvés et recommandant aux médecins de ne plus en prescrire.

Cette pratique est « au mieux un placebo et un gâchis des fonds limités du NHS », justifie son directeur, Simon Stevens. Il ajoute : « le public s’attend à ce que le NHS utilise chaque livre à bon escient et nous mettons aujourd’hui en place des mesures pour dégager des fonds pour des médicaments et des traitements modernes».

En pratique une consultation de trois mois a été annoncée sur différents arrêts de remboursement de traitements jugés peu efficaces – décision finale sera prise en octobre. « Sur une enveloppe globale de 190 millions de livres par an (212 millions d’euros) d’économies visées, les prescriptions d’homéopathie n’ont concerné que 92.400 livres (103 000 euros) l’an dernier » précise Le Figaro.

Pragmatisme démocratique

L’homéopathie est ici rangée au rang de la phytothérapie, des compléments alimentaires à base de vitamines, des baumes décontractants, des antalgiques inefficaces ou de certains vaccins pour voyageurs en partance vers des pays lointains. « La Royal Pharmaceutical Society, qui représente les pharmaciens, dénonce ces mesures d’économies, ajoute Le Figaro. En revanche, elle salue le retrait de l’homéopathie ‘’qui n’a pas de fondement scientifique ou pharmaceutique’’ et aurait dû être supprimée des prescriptions ‘’depuis longtemps’’ (…) Des associations de consommateurs et de contribuables ont menacé de lancer une action en justice pour obtenir son retrait des financements publics. La British Medical Association s’est aussi prononcée dans ce sens. »

Regrettant l’annonce du NHS, la vieille British Homeopathic Association (fondée en 1902) estime quant à elle que « les patients vont se voir prescrire des traitements conventionnels plus chers à la place de l’homéopathie, ce qui sera contre-productif ». Où l’on redécouvre tout le charme de cette île tourbée où la démocratie s’allie au pragmatisme.

La France ? L’homéopathie y reste remboursée à 30% et, nous dit le Quotidien du Médecin, environ un tiers des Français y aurait régulièrement recours. Une somme.  On sait que nécessité fait (parfois) loi ; et qu’un pouvoir exécutif en quête d’urgentes économies de bouts de chandelles-APL pourrait bien un jour, regardant au-delà du Touquet et du Havre, prendre exemple sur Londres.

A demain

 

Vélo, dopage et placebo : pourquoi ne pas dépénaliser les injections cyclistes d’EPO ? 

Bonjour

Froome, étrange étranger, a encore gagné. Bardet, vrai Français, n’a pas démérité ; aurait pu le supplanter. Poulidor n’est pas mort et nous avons traversé le Grand Palais. 2017. Pendant le dopage le spectacle peut continuer.

« Avouons-le: comment, ces derniers jours ne pas songer au dopage en admirant les inhumaines performances alpines des héros du Tour 2017? Un Tour au choix hallucinant ou désastreux, caparaçonné dans ses non-dits, filmé comme jamais mais désormais comme protégé contre toute forme d’investigation biologique.

On pourrait certes ne voir là qu’une forme de retour aux sources. Longtemps, la Grande Boucle ne se préoccupa pas du dopage. Le mot n’existait pas. La chose était omniprésente, mais on n’en parlait pas. Plus exactement elle était acceptée, consubstantielle à cette épreuve, indissociable du spectacle des souffrances des célèbres forçats décrits par Albert Londres. Au lendemain de la première guerre mondiale, Henri et Francis Pélissier marchaient à la dynamite. Alcool sous toutes ses formes, chloroforme, cocaïne et autres pilules, pommades ou cataplasmes: il s’agissait autant de calmer les souffrances que d’améliorer les performances. Mais comment faire la différence ? (…) «

Lire la suite sur Slate.fr : « Tour de France : pourquoi interdire l’EPO s’il ne s’agit que d’un placebo ? »

A demain

Agnès Buzyn aurait-elle trouvé comment sortir du guêpier du Tiers Payant Généralisé ?

 

Bonjour

Nous sommes ici entre De l’esprit des lois et l’astuce du balayeur. Auditionnée sur sa « feuille de route » mardi 18 juillet par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale la ministre des Solidarités et de la Santé est (une nouvelle fois) revenue sur la réforme du tiers payant généralisé – une réforme qu’Agnès Buzyn a héritée de Marisol Touraine. Une réforme qui l’a vue publiquement hésiter ce qui lui a valu d’être sèchement rappelée à l’ordre par le (parfois) méchant porte-parole du gouvernement.

Interrogée par le député Gilles Lurton (LR, Ille-et-Vilaine) sur un éventuel report ou même un abandon du tiers payant généralisé pris « contre l’avis des médecins », la ministre a réaffirmé qu’elle s’en remettait aux conclusions en septembre de la mission IGAS sur sa faisabilité technique, annoncée il y a deux semaines dans les colonnes du Quotidien du Médecin. Après avoir été recadrée où en est la ministre de la Santé ?

 « Mon idée est d’aider à sa simplification, sachant aussi qu’un rapport de l’assurance-maladie va être fait sur le tiers payant qui est aujourd’hui appliqué pour les personnes en ALD, CMU-C et ACS. Il semblerait que le recours au tiers payant pour ces personnes déjà identifiées comme devant y avoir accès augmente très progressivement et serait de l’ordre de 80 % ». 

Montesquieu

Pourquoi faudrait-il dès lors susciter les oppositions ? Pourquoi braquer les syndicats médicaux ? Pourquoi parler de généralisation imposée quand on peut, doucement, jouer le violon de l’appropriation du TPG par les médecins eux-mêmes ? « Il est clair, dit la ministre, que si nous obtenons naturellement une courbe d’adhésion des médecins vis-à-vis du tiers payant qui rejoint 90 ou 95 %, nous n’aurons pas besoin d’en passer par une loi, donc j’attends le rapport de la CNAM et de l’IGAS pour l’année 2016 avant de prendre une décision sur ce tiers payant. »

Et si le message n’était pas encore assez limpide la ministre de rappeler « l‘impératif d’accès aux soins pour tous nos concitoyens » et, en même temps, de dire qu’elle veut absolument entendre les arguments des médecins libéraux qui jugent la réforme inapplicable en l’état. Et le Quotidien du Médecin de résumer : « Pas besoin d’en passer par une loi » si les médecins adhèrent naturellement, selon Agnès Buzyn.

Où l’on voit que Montesquieu n’est, finalement, jamais très loin.

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L’exécutif a tranché : voici la nouvelle géographie française des médicaments codéinés

 

Bonjour

Quatre-vingt-quatre (84) spécialités médicales hier encore en vente libre ne sont plus désormais disponibles que sur ordonnance. Ainsi l’a voulu et décidé Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé via un arrêté en date du 12 juillet. Un bouleversement conséquence des appétences adolescentes pour des associations plus ou moins planantes à base de codéine. L’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM) publie aujourd’hui la liste des médicaments contenant de la codéine, du dextrométhorphane, de l’éthylmorphine ou de la noscapine désormais disponibles uniquement sur ordonnance.

Etrange inventaire allant de l’ATUXANE, sirop et du BIOCADEXTRO 1 mg/ml enfants sans sucre, sirop édulcoré à la saccharine sodique et au maltitol au  VICKS TOUX SECHE DEXTROMETHORPHANE 7,33 mg adultes miel, pastille et au VEGETOSERUM adultes, sirop.

Souffrants désemparés

En jargon cela se dit ainsi : « Par arrêté en date du 12 juillet, les conditions d’exonération à la réglementation des substances vénéneuses relatives aux médicaments contenant de la codéine, de l’éthylmorphine, du dextrométhorphane ou de la noscapine, sont supprimées. » Et La vente de ces médicaments sur les sites internet des pharmacies n’est plus possible.

Quels impacts pratiques et économiques auront cette mesure sur l’exercice médical quotidienne ? Sur les flux de médicaments en officine ? Vers quelles spécialités les pharmaciens guideront-ils les souffrants soudain désemparés ? Quelle sera la nouvelle géographie française des substances codéinées ? Quel avenir pour le célèbre NEO-CODION, comprimé enrobé, pour  NEO-CODION adultes, sirop et pour NEO-CODION enfants, sirop aux arômes de fraises et de framboises ?

L’affaire est de taille. En 2015, plus de 36 millions de boîtes de médicaments à base de codéine ont été vendues sur ordonnance. Et plus de 22 millions sans prescription. Des morts avaient dernièrement été recensées 1. La ministre des Solidarités et de la Santé a effectué un premier geste préventif volontariste. Il lui reste à agir sur les véritables raisons du mal-être qui peut conduire des adolescents à planer puis à s’endormir avec des sodas additionnés de codéine. Est-ce là du ressort d’un ministre ? Sont-ce des mesures qui se prennent par voie d’arrêté ?

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1 « Comment la codéine est devenue une drogue en France » Slate.fr 12 juillet 2017

Ivresses codéinées : dorénavant, en France, le célèbre «Purple drank» sera sur ordonnance

Bonjour

C’est fait : Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a signé un arrêté, mercredi 12 juillet, inscrivant la codéine et d’autres dérivés (mineurs) de l’opium sur la liste des médicaments délivrés uniquement sur ordonnance médicale. Ainsi donc Chrystelle Cebo a été entendue en haut lieu.

Chrystelle Cebo ? « On nous a dit que le cerveau de Pauline avait été irrémédiablement détruit » témoignait il y a peu auprès du Parisien après la mère d’une fille de 16 ans, « pour que les parents soient au courant de ces addictions ». Cette femme ne savait pas que sa fille prenait des médicaments codéinés et, après son décès, avait lancé sur internet une pétition demandant l’interdiction de la vente de codéine sans ordonnance.

Relayée par différents médias (dont Slate.fr) cette problématique sanitaire a in fine été entendue par la nouvelle ministre de la Santé qui a décidé d’en finir avec une forme d’aberration : la vente libre de codéine.

Efficace contre la douleur et (parfois) contre la toux, ce morphinique a été isolé pour la première fois en 1832 par le chimiste français Pierre Jean Robiquet. Morphinique mineur (60 mg de codéine équivalent à 10 mg de morphine), cette substance est utilisée seule ou en association avec du paracétamol ou de l’ibuprofène afin de potentialiser son effet antalgique. C’est aussi un très grand succès de pharmacie: «En 2015, plus de 36 millions de boîtes de médicaments à base de codéine ont été vendues sur ordonnance. Et sans prescription obligatoire, nous en recensons plus de 22 millions», précisait il y a quelques jours au Quotidien du Médecin Nathalie Richard, directrice adjointe de la Direction en charge des médicaments des addictions à l’ANSM. (…)

Lire la suite sur Slate.fr : « Comment la codéine est devenue une drogue en France »

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Les « onze vaccins » seront vraiment obligatoires : il n’y aura aucun droit à l’exemption

 

Bonjour

C’est fait : le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé hier 4 juillet dans son discours de politique générale que son gouvernement rendrait obligatoire les vaccinations pédiatriques jusqu’ici recommandées. Soit onze valences vaccinales qui devront être injectées. Si le véhicule législatif n’est pas encore arrêté (proposition ou projet de loi, ordonnance…) la mesure sera en vigueur dès 2018.

Les opposants ont beau donner de la voix (à commencer par Michèle Rivasi forte du soutien de Philippe Even et Jacques Testart) l’exécutif a tranché. Ce sera la contrainte de préférence à l’explication-persuasion. On prévoit d’ores et déjà la virulence des réactions anti-vaccinales.

Cette mesure s’inscrit dans la logique des conclusions (controversées) de la concertation citoyenne sur la vaccination engagée par Marisol Touraine, alors ministre de la Santé 1. Au terme de leur travail les responsables de cette concertation concluaient à la nécessité sanitaire d’imposer onze vaccinations dans la petite enfance

Vaccinés avant l’entrée en collectivité

Selon ce scénario, tout enfant entrant en collectivité (crèches, gardes collectives, écoles, …) devra avoir été vacciné selon le calendrier vaccinal alors en vigueur, le contrôle étant assuré lors de l’inscription. « L’exigence de la vaccination préalable à la vie en collectivité a l’avantage d’être un principe simple, aisément compréhensible et conforme à une politique de prévention d’un risque collectif » faisaient valoir ces responsables. Ces derniers recommandaient toutefois la possibilité, pour les parents, « d’invoquer une clause d’exemption ». En ces termes :

« Les parents ne souhaitant pas faire vacciner leur enfant pourront invoquer une clause d’exemption pour un ou plusieurs de ces vaccins (à ne pas confondre avec la clause de contre-indication médicale exceptionnelle), motivée par leurs convictions. Après entretien avec le professionnel de santé exposant les conséquences d’une telle décision, les parents s’engageront par écrit selon une procédure formalisée à assumer les responsabilités civiles de leur refus incluant un risque de non-admission de l’enfant en collectivité. Le refus sera porté sur le carnet de vaccination.

« A tout moment, les parents pourront revenir sur cette décision. Cette option devra faire l’objet d’une évaluation régulière qui pourrait conduire à la remise en cause de la clause d’exemption, en cas de couverture vaccinale insuffisante ou de résurgence d’infection évitable. Cette option a vraisemblablement pour avantage une meilleure acceptabilité par une partie de la population. »

Or il semble acquis, aujourd’hui, que cette clause d’exemption ne sera finalement pas retenue par l’exécutif. « Il apparaît en effet qu’elle aurait compliqué à l’extrême le travail des médecins pédiatres et généralistes, nous indique-t-on de bonne source. De fait elle constituerait une faille dans le dispositif comme dans le message sanitaire que nous voulons porter. »

A l’évidence des réactions sont à attendre.

A demain

1 Sur ce thème, on peut utilement se reporter à « Défiance à l’égard de la vaccination : retour sur l’expérience participative de 2016 » de Avner Bar-Hen et Patrick Zylberman, Slate.fr 4 juillet 2017.