L’affaire Lubrizol: un formidable cas d’école de la décrédibilisation de la parole du pouvoir exécutif

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Yvon Robert, maire (PS) de Rouen, l’a affirmé le 1er octobre sur RTL: l’eau de sa ville est bel et bien «potable». Dans le même temps, il faut faire avec les odeurs, «difficiles à supporter à certains moments». En déplacement dans la ville normande, le Premier ministre Édouard Philippe a assuré que ces odeurs «ne sont pas nocives». Mais comment peut-on boire de l’eau du robinet quand l’air est insupportable à respirer?

«Je ne suis ni physicien, ni chimiste, nul ne peut tout savoir, dans ces domaines-là»a reconnu Yvon Robert, par ailleurs président de la métropole Rouen Normandie, avant de dire sa confiance «dans les techniciens, les scientifiques, les ingénieurs». (…)

A lire, sur Slate.fr : « Dans l’affaire Lubrizol, le gouvernement fait tout son possible pour ne pas être cru »

A demain @jynau

Homéopathie : jusqu’en 2018 Agnès Buzyn croyait qu’il s’agissait de «principes actifs»

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C’est juré : jusqu’en août dernier, elle ignorait que l’on buvait de l’alcool dans les loges VIP. Il y a quelques jours la ministre des Solidarités et de la Santé faisait une nouvelle confidence, de taille, sur sa connaissance de l’homéopathie. Un éclairage a contrario sur les vertus de faire venir au sein de l’exécutif d’éminents acteurs de la société civile.

Il faut, pour bien comprendre, remonter au 12 avril 2018. Ce jour-là Agnès Buzyn est l’invitée du perfide Jean-Jacques Bourdin dans la matinale de RMC/BFM TV. Deux mois auparavant, dans Le Figaro le 19 mars, des médecins s’en étaient pris avec virulence à l’homéopathie. D’autres praticiens, plus que favorables à cette pratique, ont répliqué en portant plainte devant l’Ordre des médecins contre leurs confrères signataires.

Continuer à rembourser ou pas ? L’homéopathie continuera à être remboursée avait, en souriant, assuré Agnès Buzyn. Et ce même si c’est « probablement un effet placebo » (sic).  « Les Français y sont attachés, si cela peut éviter le recours à des médicaments toxiques (re-sic), je pense nous y gagnons collectivement …. ça ne fait pas de mal ! ». Et Mme Buzyn de précise que parmi les médecines « non conventionnelles » l’homéopathie était « aujourd’hui  la seule à être remboursée ». Tollé immédiat chez les militants de la médecine fondée sur les preuves. Embarras en haut lieu. C’était le début d’une longue et passionnante affaire médicale, pharmaceutique et politique (que nous rapportâmes ici-même et sur Slate.fr) – une affaire qui se conclut finalement, dans la douleur, par la programmation du déremboursement des spécialités homéopathiques.

Foie de canard et piscine olympique

Comment une ministre longtemps médecin hospitalier, puis accumulant les responsabilités à la tête d’institutions sanitaires avait-elle pu s’exprimer ainsi sur l’homéopathie ? Le Point (Thomas Malher et Géraldine Woessler) revient sur cet édifiant épisode dans un portrait élogieux consacré à la ministre : « Agnès Buzyn, la meilleure d’entre eux ?». « Incollable sur les techniques de greffe et les immunosuppresseurs, l’élève brillante d’est fait recaler sur les granules appréciées des Français » écrit Le Point.

« Je viens d’une spécialité traitant de maladies graves, et l’homéopathie n’était pas dans mon champ de vision, se défend Agnès Buzyn. Et, nous dit Le Point, elle jure : « Je croyais qu’on diluait un principe actif ». Vraiment ? Avant de découvrir, « consternée », « qu’on prend un extrait de foie de canard et qu’on le dilue dans une piscine olympique, qui elle-même est diluée à l’échelon de la galaxie ».  On comprendra qu’il s’agit ici d’une liquide métaphore hépatique et interstellaire qui fait l’économie du « mal contre le mal » et de la « dynamisation ». Une métaphore qui n’explique pas que ce dossier éminemment politique n’ait pas en amont été travaillé, comme il se devait, par son cabinet.

Le Point : « Assise toute droite dans le lumineux bureau de son ministère, face à la tour Eiffel, Agnès Buzyn s’anime, écartant les bras sur le mode : que vouliez-vous que je fasse ? ».  Agnès Buzyn : « Une fois que j’ai su, je ne pouvais plus lâcher prise, ou bien je perdais  toute crédibilité dans le champ médical ». On connaît la suite, qui vit la ministre (enfin) informée de son dossier politique ne plus lâcher prise et, ainsi, ne pas perdre de crédibilité dans le champ médical – du moins dans le champ qui ne soigne pas, parfois, grâce à l’homéopathie.

A demain @jynau

Jacques Chirac : fut-il, en mai 1987, le premier Premier ministre de la réduction des risques ?

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Un oubli ? Dans la somme considérable des hommages, biographies et souvenirs générés par l’annonce de la mort de Jaques Chirac, les médias généralistes ne font guère mention de son action, multiforme et parfois ambiguë, au service de la santé publique ; qu’il s’agisse (chez ce passionné d’automobile)  de la lutte contre la mortalité routière ou (chez cet ancien très grand fumeur) de la lutte politique contre le tabagisme. Ou de la restructuration de la lutte contre le cancer.

Il y a aussi un épisode qui reste à éclairer : la part de son action dans la publication du « décret Barzach du 13 mai 1987 ». L’épidémie du VIH fait alors des ravages chez les usagers de drogue par voie intraveineuse et Jean-Marie Le Pen vient de parler des « sidéens » et des « sidatoriums ». C’est alors que Michèle Barzach, ministre de la Santé parvient à obtenir du gouvernement Chirac une mesure majeure autant que mal comprise : la libéralisation de la vente des seringues dans les pharmacies françaises. Beaucoup verront ici la première mesure politique  «de réduction des risques».

En mai 1987 le décret fut signé par Jacques Chirac, Philippe Seguin, Edouard Balladur, Charles Pasqua et Michèle Barzach. Dans quelles conditions ? Existe-t-il vraiment une « légende noire du décret Barzach » ? La vérité est que  trente ans plus tard, cette politique continue à faire la preuve de son efficacité. Et que le concept de réduction des risques peine durablement à trouver sa place dans le champ politique français.

A demain @jynau  

Drogues, sardine et cages d’escalier : la réplique du Dr Lowenstein à Christophe Castaner

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Zéro hasard en Macronie. Le solennel déplacement du gouvernement à Marseille pour distiller médiatiquement les « cinquante-cinq mesures anti-drogues »  1 coïncidait avec le coup de barre « anti-bourgeois » d’Emmanuel Macron tricotant sur l’immigration 2. Nous publions ici le réplique du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions à Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur.

«  Vous venez de présenter cinquante-cinq mesures contre les stupéfiants accompagné de votre secrétaire d’Etat Laurent Nuñez, de Nicole Belloubet, garde des Sceaux, ministre de la Justice et de Gérald Darmanin , ministre de l’Action et des Comptes publics. Comment justifiez-vous l’absence d’Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et celle de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse ?

Au-delà de la pertinence de certaines des mesures annoncées nous comprenons que vous placez la barre plus haut encore que Richard Nixon et sa célèbre ‘’War on Drugs’’ . Votre cible : nettoyer « de l’international à la cage d’escalier », en finir avec le dysfonctionnement ravageur de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). Objectif : construire une super Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) – sans nous dire ce que devient l’actuelle. Sans oublier l’installation d’une antenne en République Dominicaine et, le meilleur étant toujours pour la fin, votre 55ème mesure : demander une plus grande complémentarité avec la Justice….

Dans quelle cage d’escalier, quelle cave, dans quel grenier ?

On peut aisément résumer votre discours : voilà un  « plan de plus » qui se refuse, une nouvelle fois, à intégrer la réalité de l’échec sécuritaire, sociale et sanitaire des stratégies prohibitionnistes coupées des volets médicaux, préventifs et de réduction des risques. 

« De l’international à la cage d’escalier » Voici une formule commerciale et bien attractive. Ce n’est qu’un formule. Elle remplace celle, aujourd’hui surannée, de la « tolérance zéro ». Il fallait bien vous trouver une phrase de nature à impressionner.

Reste la vérité internationale : que peut la France face aux productions et trafics internationaux ? Comment parviendrait-elle à réduire les volumes des productions toujours plus florissantes d’Amérique du Sud (cocaïne), d’Afghanistan (héroïne) et du Maroc (tout le monde connaît) ?

Reste, aussi, la vérité de la cage d’escalier : la meilleure option pour casser le marché serait de légaliser. Or votre secrétaire d’Etat nous affirme que « légaliser un cannabis à 7% de THC ne réglerait en rien le dossier ». Nous dira-t-il un jour dans quelle cage d’escalier, dans quelle cave, dans quel grenier il a puisé ce 7% ? Et quand il compte le régler, ce dossier ?

A dire vrai, monsieur le ministre de l’Intérieur, vous ne pouviez trouver meilleur place que celle de Marseille et de la Canebière pour pouvoir oser affirmer qu’avec ces mesures nous serons armés, de l’international à la cage d’escalier. Une cinquante-sixième mesure s’impose : la confiscation immédiate des bénéfices de cette sardine qui continue à boucher le Vieux Port. »

A demain @jynau

1 Plus précisément « Plan national de lutte contre les stupéfiants »  

2 Sur ce thème, sur Slate.fr : « À son tour, Macron s’abaisse à instrumentaliser l’immigration » de  Claude Askolovitch 

PMA pour toutes, veuves exceptées ? Comment Agnès Buzyn convaincra-t-elle les députés ?

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Voici donc l’histoire –édifiante– d’une profonde incohérence politique révélée par la révision de la loi de bioéthique.On sait que le gouvernement défendra dès le 24 septembre devant le Parlement l’extension aux couples de femmes et aux femmes seules l’accès aux techniques de procréation médicalement assistée, une mesure aussi appelée «PMA pour toutes».

La mesure a été votée le 11 septembre par la commission spéciale de l’Assemblée nationale, mais elle est contestée par celles et ceux estimant qu’une thérapeutique contre la stérilité ne saurait être mise en œuvre à d’autres fins sans danger et prise en charge par la collectivité. Des contestataires qui empruntent parfois les chemins esparpés de la religion catholique et invoquent la « malédiction » (François-Xavier Bellamy).

Dans une belle unité le gouvernement et les députés macroniens répondent, en substance, qu’il ne s’agit ici que de répondre à une nouvelle « demande sociétale », de gommer autant que faire se peut une forme de discrimination entre femmes et de ne pas établir de différence entre la stérilité pathologique d’un couple hétérosexuel et la situation des femmes seules ou homosexuelles. A l’unisson (ou presque) le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) explique que cette ouverture s’inscrit «dans une revendication de liberté et d’égalité dans l’accès aux techniques de PMA pour répondre à un désir d’enfant».

« Désir d’enfant » ? Qui pourrait résister ? Qui devrait ? On peut certes entendre la logique gouvernementale. Il est en revanche nettement plus difficile de comprendre comment le même gouvernement peut, dans le même temps, s’opposer à une demande s’inscrivant dans la même logique: celle de lever l’interdiction de la PMA post mortem….

A lire sur Slate.fr : « PMA pour toutes, sauf pour les veuves. Agnès Buzyn entend maintenir coûte que coûte l’interdiction faite aux femmes d’avoir accès aux spermatozoïdes de leur compagnon décédé conservés par congélation ou à leurs embryons. »

A demain @jynau

Malades mentaux : prédire leur passage à l’acte pour prévenir les fusillades de masse

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Aux portes de la folie politique, en écho de « 1984 » ou de « Minority Reports ». C’est un papier de Slate.fr (Claire Levenson) : « Trump veut faire surveiller les personnes atteintes de troubles mentaux » qui développe un sujet du Washington Post (William Wan) : « White House weighs controversial plan on mental illness and mass shootings ». Slate.fr :

« Après les récentes fusillades d’El Paso et de Dayton (trente-et-un morts au total), Donald Trump a préféré évoquer la question du rôle des troubles psychiatriques plutôt que celle de l’accès aux armes à feu. Le président américain avait déclaré juste après les événements: «C’est la maladie mentale et la haine qui appuient sur la gachette. Pas l’arme à feu.» Depuis, l’un de ses proches, l’ancien président de la chaîne NBC, Bob Wright, a proposé de lancer un programme de recherche sur la façon dont l’intelligence artificielle pourrait prédire le passage à l’acte violent de ce type de personnes.

« Afin de mener ces études à bien, des volontaires autoriseraient l’accès aux données de leurs smartphones. Il ne s’agit à ce stade que d’un projet, qui a été présenté au président Trump, à sa fille Ivanka et au ministre de la Santé, mais l’idée est déjà critiquée par plusieurs spécialistes. Interviewée par The Washington Post, une ancienne psychologue des services secrets américains explique que ce genre de technologie donnerait un nombre très élevé de fausses alertes et qu’il serait impossible de déceler les personnes potentiellement dangereuses. Elle ajoute que les recherches actuelles ne permettent pas d’établir de lien direct entre maladie mentale et fusillades de masse. »

Que dire de plus ? Que des études ont montré qu’un quart seulement des responsables de ces tueries était atteint d’un trouble psychiatrique ? Que d’autres facteurs sont partagés par ce genre d’individus: l’impression d’être victime d’injustice, le désir d’être célèbre, la volonté de copier d’autres massacres, un passé de violence conjugale, le narcissisme et l’accès aux armes à feu ? Qu’une étude sur la tuerie de Fort Hood en 2009, au cours de laquelle un commandant militaire avait tué quatorze personnes sur une base au Texas, avait conclu que les tentatives de prédiction de ce genre d’incidents étaient presque impossibles ?

L’intelligence artificielle pour prédire le « passage à l’acte » des « malades mentaux » et prévenir ainsi les « fusillades de masse » ? Et les enfermer pour plus de sûreté ? On pourra toujours soutenir qu’il ne s’agit ici que d’une opération comme une autre de réduction des risques. Combien de temps nous reste-t-il avant que l’exécutif d’outre-Atlantique puisse, sans frein, passer à l’acte ?

A demain @jynau

Cigarette électronique : la «maladie sans nom» progresse et inquiète outre-Atlantique

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C’est une nouvelle alerte lancée sur The Verge (Ashley Carman) : « More than 100 vapers have contracted a severe lung disease, per CDC » – er reprise en France sur Slate.fr (Thomas Messias) : « Le vapotage semble à l’origine d’une maladie pulmonaire inédite ». Une alerte dont nous nous étions fait il y a peu l’écho :  « Mystérieuse pathologie pulmonaire américaine: le vapotage est-il le coupable ou la victime ? ».

Aux États-Unis, les organismes de santé publique commencent à s’inquiéter. Entre le 28 juin et le 20 août, on leur a signalé 153 cas d’une mystérieuse maladie pulmonaire qui semble ne toucher que des utilisateurs et utilisatrices de cigarettes électronique. Les CDC dirigent actuellement une enquête dans les seize États où les cas ont été signalés. Cette maladie, qui se développe progressivement, se traduit par des difficultés respiratoires, un souffle court, ou encore des douleurs à la poitrine. Chez une partie des malades, on a aussi signalé une fatigue aiguë, ainsi que des problèmes d’ordre gastro-intestinal (vomissements et diarrhées). À l’heure actuelle, aucun décès n’est à signaler.

Le lien de cause à effet n’a toujours pas été démontré, mais d’après The Verge, toutes les personnes concernées seraient des utilisatrices de cigarettes électroniques. Plus précisément, elles auraient consommé des produits à base de THC/cannabis.

Mains de velours et gants de fer

Le CDC a rapidement publié un communiqué demandant aux membres du corps médical américain de reporter scrupuleusement chacun des nouveaux cas qui pourraient apparaître – et notamment de décrire précisément les symptômes et le type d’utilisation de la cigarette électronique. Quant à la Food & Drug Administration, elle enjoint également les utilisateurs et utilisatrices d’e-cigarettes à faire remonter d’éventuels problèmes de ce type via un formulaire à remplir en ligne.

« Encore dépourvue de nom, cette maladie inédite touche principalement des jeunes adultes et des ados, ce qui n’a rien d’une surprise étant donné la forte consommation de cigarettes électroniques chez les jeunes gens, souligne Slate.fr. Au sein de la population lycéenne, le vapotage a augmenté de 78% entre 2017 et 2018, rappelle The Verge, 27% des lycéens et lycéennes affirmant faire une utilisation régulière de la cigarette électronique. »

Il n’en reste pas moins vrai que rien n’est démontrer quant à la causalité. Et qu’en l’état des connaissances, désigner la « cigarette électronique » comme l’agent pathogène équivaut à confondre, volontairement, l’épée et le fourreau, les mains de fer et les gants de velours, le coupable et la victime.  

A demain @jynau