Face à l’épidémie de punaises de lit : les bras croisés de la Direction générale de la Santé

Bonjour

C’est un superbe dossier de notre temps, à la frontière de l’exécutif et du sanitaire, de l’entomologie et de l’écologie. C’est aussi une affaire qui, étrangement, voit les services d’Agnès Buzyn rester comme étrangers à un sujet on ne peut plus politique. Comment la ministre des Solidarités et de la Santé ne perçoit-elle pas l’importance qu’elle se doit d’accorder à ce sujet ?  

A lire sur Slate.fr : « Les punaises de lit nous envahissent et le gouvernement ne fait rien »

A demain @jynau

Friandises au cannabis, vodka radioactive: comment maximiser au mieux les risques

Bonjour

Est-ce une version moderne de l’entrée perverse et précoce dans la dépendance ? Un objet pour spécialistes de collapsologie ? Après les antiques « cigarettes au chocolat » (interdites depuis moins longtemps qu’on le croit) voici les « bonbons au cannabis ». L’émergence de ce nouveau risque est signalée non par l’exécutif mais, via une lettre au Lancet, par le centre antipoison et de toxicovigilance de Paris. « Marketing of legalised cannabis: a concern about poisoning ».

Exposant le cas d’une jeune femme récemment intoxiquée en région parisienne après une consommation de bonbons au cannabis fortement dosés en tétrahydrocannabinol (THC), le centre antipoison de Paris met publiquement en garde contre les dangers de ces produits, en particulier pour les enfants. Interviewé par Medscape édition française (Vincent Richeux) le Dr Jerôme Langrand, premier auteur, précise les risques pour les plus jeunes de ces produits, « y compris les liquides pour cigarettes électroniques contenant du THC ».

Gâteaux, mais aussi boissons, barres chocolatées, miel, bonbons de toute sorte ou encore liquides de cigarette électronique peuvent être enrichis en THC rappelle Medscape.  Aux Etats-Unis on assite (là où le cannabis à usage récréatif est autorisé) à une multiplication des produits à base de cannabis. Et en dépit des mesures de prévention (contraignant les fabricants à fabriquer des sachets difficiles à ouvrir pour des enfants) les cas d’intoxication pédiatriques au cannabis se multiplient outre-Atlantique.

En France, on le sait,  ces produits sont totalement interdits. Mais on sait aussi à quel point il est aisé de s’en procurer – à commencer par les « bonbons au cannabis », régulièrement en cause dans des intoxications de jeunes américains.

« Ce type de produit étant très attrayant pour les enfants, il est extrêmement dangereux d’en avoir chez soi. Il convient d’être vigilant, d’autant plus qu’on se retrouve face à une industrie qui se comporte comme celle du tabac dans les années 1950, en entretenant une image positive pour un produit toxique », commente pour Medscape édition française, le Dr Jerôme Langrand, du centre antipoison et de toxicovigilance de Paris.

Le cas rapporté dans The Lancet est celui d’une jeune adulte ayant goûté des bonbons-pastilles contenant 3,5 mg de THC. La jeune femme avait également consommé de l’huile de cannabis très concentrée (85% de THC). Elle a été prise en charge pour un malaise avec tachycardie sévère.  « Tout produit toxique potentiellement attractif pour l’enfant représente un danger. On avait déjà alerté sur le risque que représentent les mini-doses de lessive liquide, après des cas d’ingestion. Dans le cas du cannabis, il y a des décès chez l’enfant après consommation de boulettes de shit. On peut aisément imaginer le risque avec des bonbons au THC », souligne le Dr Langrand. Et ce dernier de faire le rapprochement avec … le danger potentiel des liquides pour cigarette électronique contenant du THC.

Entre 2010 et 2018, la moitié des cas d’intoxication par liquide de e-cigarette enregistrés par le centre antipoison parisien concernaient de jeunes enfants. « En général, les enfants se mettent à sucer les cartouches contenant le liquide. Souvent la quantité ingérée est faible, mais suffisante pour provoquer une intoxication à la nicotine », précise le Dr Langrand. Si les cartouches avaient contenu en plus du THC, « on aurait eu des intoxications sévères chez ces enfants », avertissent les auteurs. « Le risque de graves intoxications associé aux produits contenant du THC doit être envisagé et des mesures plus restrictives concernant ces nouveaux produits devraient être recommandées dans les pays qui prévoient de légaliser le cannabis, estime-t-il.Si on en vient à légaliser un jour le cannabis en France, il faudra être très vigilant sur l’accès à ces produits. »

Humour britannique et slavitude ukrainienne

Il faudra aussi faire preuve de la plus grande vigilance avec « Atomic », la première vodka élaborée sur le site de Tchernobyl ; trente-trois ans (sic) après la catastrophe que l’on sait.  L’affaire vient d’être rapportée par la BBC : (Victoria Gill) « Chernobyl vodka: First consumer product made in exclusion zone » et reprise par Le Monde (Maureen Songne) : « Atomik, la première vodka made in Tchernobyl ». On retrouvera là un parfum de slavitude, cette exacerbation de la sensibilité qui pousse à boire et à chanter – parfois à écrire pour se sauver 1.

Le breuvage alcoolique, apprend-on, est proposé par une équipe de scientifiques (re-sic), la « Chernobyl Spirit Company », constituée de « chercheurs britanniques et ukrainiens ». Fabriqué à partir de grains de seigle et d’eau provenant de la zone d’exclusion autour de la centrale nucléaire V.I. Lénine, cet alcool est le premier produit de consommation provenant des environs immédiats du réacteur de célèbre mémoire.

« L’équipe de chercheurs a travaillé plusieurs années dans la zone d’exclusion pour étudier comment l’environnement avait évolué depuis la plus grave catastrophe nucléaire du XXe siècle. C’est ainsi que le projet Atomik a débuté, avec le lancement d’une plantation dans une ferme située dans la zone, rapporte Le Monde. Après avoir distillé des grains de seigle légèrement radioactifs et de l’eau provenant de l’aquifère de Tchernobyl, des tests ont été conduits sur le résultat par l’Institut hydro-météorologique d’Ukraine, les laboratoires géologie des universités de Southampton et de Portsmouth, ainsi qu’un laboratoire indépendant de tests de vin et d’alcool, précise l’université de Portsmouth sur son site Internet. »

Résultat ? « Il n’y a pas plus de radioactivité que dans n’importe quelle autre vodka » (re-re-sic), se félicite le Pr Jim Smith, de l’université de Portsmouth et membre de la Chernobyl Spirit Company. Toujours selon le Pr Smith, le projet de la Chernobyl Spirit Company ne vise pas uniquement à faire du profit en vendant la vodka « Atomik ». L’essentiel des profits sera redistribué aux habitants vivant autour de la zone d’exclusion, qui souffrent d’une situation économique toujours difficile.

On ne sait pas, vu de France, s’il faut entendre les propos du  Pr Smith comme une forme moderne du traditionnel humour britannique.

A demain @jynau

1 Sur ce thème le remarquable « J’aurais pu finir fou, j’ai préféré écrire des livres » de l’étonnant Laurent SagalovitschSlate.fr, 7 août 2019 — 

Polémique éthique : les «mères lesbiennes» seront-elles, en France, «montrées du doigt» ?

Bonjour

Non, le débat ne « s’apaise pas ». En marge de la polémique sur la destruction des stocks de gamètes et d’embryons, un collectif de responsables associatifs, dans une tribune militante publiée par Le Monde 1, juge injustifiable que la « déclaration anticipée de volonté », prévue par le projet de loi bioéthique, ne soit pas étendue « à tous les enfants conçus par don » de cellules sexuelles ou d’embryon. A quel titre ? De quel droit ?

A priori l’apaisement était là : le projet de loi ouvre la pratique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur « à toutes les femmes » et  il propose un dispositif permettant aux couples de femmes d’établir la filiation à l’égard des enfants conçus par don de gamètes – et ce via une « déclaration anticipée de volonté » signée par le couple dès le consentement au don de sperme. Objectif :  sécuriser la double filiation avant même la naissance de l’enfant, ne pas établir de hiérarchie entre la mère qui accouche et la femme qui n’accouche pas.

Refaire l’histoire

« Appelée de nos vœux, cette déclaration commune de volonté permettra de reconnaître l’engagement parental comme fondement commun de la filiation des deux mères, écrivent les signataires. En portant la mention sur l’acte intégral de naissance de l’enfant, l’Etat signifie à celui-ci qu’aux yeux de notre droit ses deux mères sont parfaitement à égalité de statut et de droits. »

Dès lors pourquoi cette tribune ? Tout simplement parce que le gouvernement n’a pas « étendu ce dispositif aux couples de sexe différent » ? Pour ne pas « toucher au dispositif actuel pour les parents hétérosexuels ». Et les signataires de refaire l’histoire de leur grief :

« On se souvient que, en cas de recours au don, la filiation a été instaurée en 1994 selon les modalités de la filiation dite « charnelle », dans le but avoué de permettre aux parents de se faire passer pour les géniteurs de l’enfant. Le recours au don de gamètes était alors marqué du sceau du secret médical, considéré comme relevant de la vie privée des parents. Mais, aujourd’hui, la société a évolué et chacun reconnaît que l’enfant a droit à la vérité de son histoire et de son identité personnelle. »

Ils ajoutent que « certains poussent des cris d’orfraie » en affirmant que les enfants conçus par don seraient « stigmatisés » si la mention de cette déclaration était portée sur l’acte intégral de naissance. Ces militants visent notamment, sans les nommer, les médecins, pharmacien·es, psychologues et spécialistes des métiers de la santé des Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos) 1.

Ces soignants ont d’ores et déjà exprimé avec force  leur «opposition à toute proposition de loi» qui les «rendrait complices d’une discrimination et d’une stigmatisation des enfants conçus par don au travers de l’inscription sur l’acte de naissance intégral du mode de conception».Estimant qu’une telle disposition les rendrait «complices de discrimination» et de «stigmatisation» des enfants conçu·es à partir d’un don de cellules sexuelles, ces spécialistes ont saisi le Conseil national de l’Ordre des médecins.

Au départ le gouvernement hésitait entre deux scénarios. Le premier prévoyait une mention à l’état civil de la manière dont la filiation de l’enfant a été établie pour tous les couples ayant recours à une procréation médicalement assistée avec tiers donneur de cellules sexuelles. Il s’agissait d’établir une «déclaration commune anticipée de filiation» devant un notaire. Le document était ensuite transmis à l’officier d’état civil et mentionné sur la copie intégrale de l’acte de naissance –  et ce qu’il s’agisse d’enfants né·es au sein de couples homosexuels ou hétérosexuels.

Secret, mensonge, sentiment factice de honte

Le second scénario prévoyait que ce dispositif ne concernerait que les couples de femmes, afin de laisser la possibilité ultérieure aux couples hétérosexuels de dévoiler (ou non) son mode de conception à l’enfant. Après passage de l’avant-projet de loi devant le Conseil d’Etat c’est cette dernière option qui a été retenue et qui sera proposée au vote du Parlement. Et c’est ce qui a déclenché l’ire des signataires de la tribune:

« La réalité est que le stigmate a été entièrement construit, artificiellement, par la logique toujours en place du secret et du mensonge. Voilà comment créer un sentiment factice de honte. Il est temps de sortir de cet héritage d’allégeance au modèle ‘’biologique ‘’ qui n’a fait que du mal [sic], et de revendiquer que les familles issues de don sont des familles tout aussi dignes que les autres.

« Aujourd’hui, les personnes conçues par don sortent de l’ombre où elles étaient maintenues. Lorsqu’une centaine d’entre elles témoignent nominativement dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 5 juin, soutenues par leurs proches et par 150 personnalités, elles disent haut et fort qu’elles ne portent aucun stigmate et qu’elles veulent connaître leurs origines. Un point c’est tout. »

Il est injustifiable que le dispositif de « déclaration anticipée de volonté » ne soit pas étendu à tous : pour le même geste médical, le dispositif de filiation variera en fonction de l’orientation sexuelle des parents ! Seuls les enfants des familles composées de deux mères auront une garantie d’accès à leur histoire et à leurs origines. Le maintien du dispositif d’établissement de la filiation à l’égard des parents hétérosexuels a pour but, de l’aveu même du Conseil d’Etat, de permettre de ne pas révéler le recours au don à l’enfant, pourtant premier concerné.

C’est là faire bien peu de cas des arguments des professionnels des Cecos – arguments développés auprès de Slate.fr 2 par la Pr Nathalie Rives, présidente de leur Fédération. Por elle il s’agit d’une opposition essentielle, fondamentale, de nature éthique et démocratique:

«Comment peut-on imaginer faire figurer, sans grands dangers, un mode spécifique de conception d’une personne sur les registres d’état civil, demande-t-elle. Si le recours à un donneur de sperme est implicite pour les couples de femmes, il en va différemment pour les PMA réalisées pour les couples hétérosexuels –des PMA qui sont pratiquées pour des raisons médicales ayant à voir avec la stérilité, l’hypofertilité ou la transmission d’une pathologie génétique.»

 Le Conseil d’Etat use quant à lui d’autres mots : « La solution, qui fait coexister deux modes d’établissement de la filiation distincts, traduit deux philosophies différentes selon que le couple ayant recours au don est de même sexe ou non, la première reposant sur le rôle accru de la volonté, la seconde sur le mimétisme avec la procréation charnelle.»

Les signataires militants de la tribune ne veulent rien entendre : « Quand on défend un projet de loi qui maintient une filiation pseudo-charnelle pour les parents hétérosexuels qui recourent au don, on commet une double faute : on traite à part les mères lesbiennes et leur famille au risque de les montrer du doigt, on discrimine les enfants de parents hétérosexuels en leur refusant une garantie d’accès à leurs origines ». Il faut donc, selon eux, impérativement amender ce projet de loi et étendre la « déclaration anticipée de volonté » à tous les enfants conçus par don.

On pourrait aussi abandonner toute forme de déclaration anticipée... Non, et contrairement aux souhaits réitérés d’Emmanuel Macron, le débat n’est pas « apaisé ».

A demain @jynau

1 « Bioéthique et filiation : ‘’Ne montrons pas du doigt les mères lesbiennes’’ » Signataires : Anne Abrard, présidente de Les Cigognes de l’espoir ; Vincent Brès, président de PMAnonyme ; Jean-Bernard Geoffroy, président du Ravad ; Frédérick Getton, président de Centr’égaux ; Valérie Leux, présidente de Stop homophobie ; Larissa Meyer, présidente du Réseau Fertilité France ; Sandrine Ngatchou, présidente de l’Utasa ; Lennie Nicollet, président d’Homosexualités et socialisme ; Laëtitia Poisson-Deleglise, présidente de l’association MAIA ; Denis Quinqueton, codirecteur de l’Observatoire LGBT+, de la Fondation Jean-Jaurès ; Alexandre Urwicz, président de l’Association des familles homoparentales.

2 Lire : «  Loi ‘’PMA pour toutes’’, les mesures à l’origine de la colère du corps médical ». Le volet «De la filiation par déclaration anticipée de volonté» est vivement remis en cause par les membres des centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos). Slate.fr 25 juillet 2019

Détruire les stocks congelés de spermatozoïdes, d’ovocytes et d’embryons français. Vraiment?

Bonjour

C’est l’un des sous-chapitres les moins apaisants de la révision de la loi de bioéthique. Une forme de corollaire de la volonté de l’exécutif d’étendre à « toutes » la pratique de l’insémination artificielle avec sperme de donneur et de faire une semi transparence sur les « origines » des personnes ainsi conçues. Aujourd’hui, deux textes à lire. Sur Slate.fr : « Un don de gamètes avant 2020 sera-t-il vraiment utile ? » (Daphnée Leportois) et une tribune publiée par Le Monde, un texte signé de la juriste Marie-Xavière Catto,maîtresse de conférences en droit à l’université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne – et auteure de la thèse : « Le principe d’indisponibilité du corps humain, limite de l’usage économique du corps ».

Rappel : le projet de loi de bioéthique reconnaît le droit aux personnes nées à la suite d’un don de gamètes, à leur majorité, d’« accéder à des données non identifiantes relatives à ce tiers donneur, et [si elle] le souhaite, [d’] accéder à l’identité de ce tiers donneur ». Dont acte. Mais le passage de l’ « ancien régime » à celui permettant la « levée de l’anonymat des donneurs » soulève une difficulté de taille : la gestion des stocks de gamètes existant et leur renouvellement selon le « nouveau régime ».

Le même projet de loi prévoit que, dans le cadre d’un « régime transitoire », les dons de gamètes et d’embryons permettant la levée de l’anonymat débuteront « un an après l’entrée en vigueur de la loi ». En attendant, les gamètes et embryons « anonymes » pourront continuer à être utilisés jusqu’à une date fixée par un simple décret.

Cette date (pour laquelle le législateur n’a prévu aucun délai minimal ou maximal) marquera immanquablement celle de la destruction du reste des « stocks anonymes » et du début d’une « allocation exclusive de gamètes et d’embryons pour lesquels les données relatives au donneur auront été recueillies ». « Présenté ainsi, le projet paraît simple et clair, écrit Mme Catto. Pourtant, il organise un régime transitoire comprenant des dispositions surprenantes et des incertitudes manifestes. » C’est là un euphémisme de juriste.

Transmettre néanmoins la vie

Maintenir des dons anonymes pendant un an ? Le texte du gouvernement prévoit que les gamètes ou embryons « nouveau régime » ne pourront être prélevés, recueillis ou donnés qu’un an après la promulgation de la loi. Ainsi donc il sera possible de continuer à donner des gamètes ou des embryons pour lesquels l’anonymat demeurera la règle pendant un an. Qui a pu rédiger et cautionner un tel dispositif ? Pourquoi le recueil selon le « nouveau régime » n’intervient-il pas dès l’entrée en vigueur de la loi ? Pourquoi le décret prévoyant « la nature des données non identifiantes », n’est-il pas pris immédiatement plutôt que de continuer à recueillir des dons « ancien régime » pendant un an ?

« La lecture rapide du texte pourrait laisser entendre qu’à l’utilisation d’un stock se substitue l’autre, écrit Mme Catto. Néanmoins, le projet n’en dispose pas ainsi. Il prévoit simplement que, à compter d’une date fixée par décret, ne peuvent plus être utilisés que des embryons et gamètes ‘’nouveau régime’’. Cela permet l’utilisation concomitante de gamètes et embryons ‘’anciens’’ et ‘’nouveau régime’’, entre la fin de la première année suivant la promulgation de la loi et la date fixée par le décret. Certains enfants nés durant cette période pourront avoir accès aux données relatives à leur géniteur ou génitrice et d’autres pas. Mais qui opérera ce choix ? Les parents ou les médecins, et selon quels critères ? »

Plus généralement la destruction des stocks soulève, selon elle, des « problèmes majeurs ». A commencer par celui de  la pénurie liée à la transition des régimes serait dramatique. « Tous les couples comme les femmes seules risquent de partir à l’étranger, et on voit difficilement comment l’Agence de la biomédecine pourrait faire campagne en faveur du don alors que l’on vient de détruire les stocks ».  De fait, on voit assez mal. De même que l’on voit mal détruire ces cellules sexuelles et ces embryons offerts gratuitement, bénévolement et (corollaire) anonymement. Et ce à des femmes et des hommes souffrant d’infertilité mais souhaitant néanmoins elles.eux.aussi transmettre la vie.

A demain @jynau

Sexualité pratique et réduction des risques: mais que fait la police sanitaire des préservatifs ?

Bonjour

C’est l’été 2019 mais rien ne change : lire le (déjà vieux) Prescrire et, en même temps, s’intéresser au (toujours jeune) Slate.fr. Le mensuel-indépendant-de-Big-Pharma) se penche, dans son numéro aoûtien, sur les préservatifs masculins. Et tire un signal d’alarme : un contrôle effectué avant l’été par la police de Bercy révèle les dangers de certains de ces outils : « Qualité et sécurité des préservatifs ». Extrait :

« (…) Onze prélèvements ont été effectués. Ils ont concerné aussi bien les préservatifs traditionnels que les préservatifs lubrifiés. Ces derniers incluent les préservatifs enduits de spermicides, incorporant un anesthésique local, ainsi que les préservatifs dits « de fantaisie » qui présentent des traitements de surface ou des coloris particuliers. Le taux de non-conformité des échantillons analysés est de 82 %. (…) »

Non-conformité ? Présence de perforations sur un prélèvement. Ce dispositif, déclaré non conforme et dangereux, a fait l’objet d’un retrait-rappel volontaire du lot incriminé par le distributeur. Ce distributeur aurait informé l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament ainsi que le mandataire (« basé hors du territoire français »), de cette non-conformité. Il s’est engagé à mettre en place un retrait-rappel sur un second lot dans le cas où les analyses futures conclueraient au résultat « non conforme et dangereux ». Les professionnels ayant stocké le lot de cette référence de préservatifs ont été invités à le retirer de la vente et à apposer dans leur commerce une affiche à destination de leur clientèle afin que le produit soit ramené dans le lieu de vente (sic).

Non-conformité ? Un défaut de dimension (la largeur mesurée étant inférieure à la largeur indiquée sur l’étiquetage) ; largeur non indiquée ; absence d’indication de lubrification ou non ; nom du fabricant ou du mandataire non indiqué ;  absence de description du préservatif (présence de réservoir notamment) ; absence d’indications au niveau de la notice d’utilisation (effets secondaires, précautions de manipulation, mode d’emploi et mentions concernant le retrait du préservatif, instructions concernant l’élimination du préservatif usagé, mention relative à la nécessité de consulter un médecin ou un pharmacien pour ce qui concerne la compatibilité des préservatifs avec différents traitements et prescriptions).

«SORTEZ COUVERTS!®» et #niquesanspanique

Où l’on en vient à se demander ce que fait, en aval de Bercy, la police sanitaire. Et ce d’autant que Slate.fr (Elsa Gambin) pointe une autre difficulté de taille : la pénurie de « préservatifs gratuits ».

On se souvient peut-être de l’arrêté-gratuité de février dernier signé d’Agnès Buzyn,  ministre des Solidarités et de la Santé ; un arrêté qui aurait réjoui les surréalistes comme les gauchistes de 68 : « Arrêté du 14 février 2019 portant inscription du préservatif masculin lubrifié SORTEZ COUVERTS ! du laboratoire POLIDIS au titre I de la liste des produits et prestations remboursables prévue à l’article L. 165-1 du code de la sécurité sociale ».

Nous étions alors dans la suite d’EDEN® fabriqué en Thaïlande et commercialisé par « Majorelle 1erlaboratoire citoyen ». C’était «SORTEZ COUVERTS!®» du laboratoire Polidis. « Sortez couverts » ? Une locution verbale popularisée par le slogan « Sortez couverts ! » de l’animateur de télévision français Christophe Dechavanne dans le cadre de la lutte contre le sida 1.  Littéralement elle signifie « sortir avec des vêtements protégeant de la pluie ». Mais elle fut conçue  pour s’adresser surtout aux « jeunes », le verbe sortir étant ici à prendre dans ses connotations amoureuses et festives : sortir avec une fille ou un garçon, sortir en boîte, etc.

« Cet été, le Planning familial soulève une inquiétude, nous apprend Slate.fr. Il commence à s’alarmer d’un début de pénurie de préservatifs gratuits dans certains départements. Une préoccupation que l’association souhaite partager, notamment à travers une plateforme d’appels à témoignages, afin d’évaluer l’ampleur de la problématique sur les territoires.

Nommée Capotes on est à sec! et accompagnée du hashtag #niquesanspanique, la plateforme souhaite recueillir des paroles d’associations, mais également du secteur professionnel (infirmerie scolaire, travail social) et de bénéficiaires, qui ne trouveraient plus cet outil de prévention gratuitement. »

«L’idée est de rassembler un maximum de témoignages et de les faire remonter aux politiques. On ne lâchera pas là-dessus», assène Sarah Durocher, membre du bureau national du Planning familial. « Ne rien lâcher ! » et « Faire remonter aux politiques …» : seront-ce (de préférence à l’absence de panique) les slogans de cet été ?

A demain @jynau

1 Appel à la mémoire et au savoir des lecteurs de ce blog : à partir de quelle date l’OMS a-t-elle commencé à recommander le préservatif masculin comme méthode de prévention de l’infection par le VIH ? Question annexe : qu’en est-il aujourd’hui (et depuis quand) de la position du Vatican ?

Maladie de Lyme : mais pourquoi la justice ne condamne-t-elle pas les médecins charlatans ?

Bonjour

« Lyme ». C’est, en France, un conflit sans issue, un abcès récurrent, une impasse plus sociétale que médicale. C’est aussi une nouvelle démonstration des nouvelles missions, thérapeutiques, réclamées à une justice qui n’en peut mais 1.

Dernier épisode en date : le dépôt d’une plainte par France Lyme « association de lutte contre les maladies vectorielles à tiques » ; plainte visant la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Explications :

« Le jeudi 1er aout 2019, l’association France Lyme a adressé à Mr le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Paris une plainte contre la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française, pour mise en danger délibérée de la personne d’autrui, atteinte involontaire à l’intégrité d’autrui et non-assistance à personne en danger.

« L’Association, représentée par Me Thomas Bénagès, a pour objet d’échanger et de diffuser des informations sur les maladies transmises par les tiques, et d’en assurer la prévention. Elle alerte les pouvoirs publics et les structures de recherche publique ou privée, pour une meilleure reconnaissance et prise en charge des malades, au travers d’actions militantes. L’Association a également pour but de lutter contre les idées fausses et la propagande de désinformation diffusées par les partisans du déni de cette maladie.

L’association France Lyme, ainsi que nombreux acteurs associatifs et institutionnels sont confrontés au refus systématique de la SPILF, dans ses recommandations à destination des médecins, de reconnaître la version chronique de la maladie de Lyme et ses co-infections. De plus, les recommandations de la SPILF sont fondées sur l’utilisation de tests non fiables afin d’écarter d’emblée la maladie au stade chronique. Dès lors, les médecins qui suivent la position de la SPILF ne peuvent aider les patients atteints de la forme chronique de Lyme et des co-infections. »

Agonies des patients

Pour France Lyme les « malades chroniques » de sont « dans une réelle situation de péril ». « Certains sont dans une situation de handicap incontestable et d’autres risquent de se retrouver dans cette situation si rien n’est fait en leur faveur. Sans reconnaissance de la forme chronique de la maladie, aucune amélioration de l’état de santé des malades n’est envisageable, assure-t-elle. Dès lors, la position de la SPILF, relayée par de très nombreux médecins, entraîne pour les malades des souffrances inutiles au lieu de les soulager et prolonge de ce fait les agonies des patients. »

Ce n’est pas tout. L’association rappelle que la SPILF « a refusé de se rendre à une réunion à la Haute Autorité de Santé le 10 juillet 2019 dernier ». « En cela, elle refuse d’apporter son concours à l’action entreprise par les autorités compétentes en vue de la protection de la santé et de l’éducation sanitaire alors que le Plan national de lutte contre la maladie de Lyme et les maladies transmissibles par les tiques a été lancé par le ministère de la santé depuis 2016 » estime-t-elle/

La plainte de l’association France Lyme vise également à dénoncer le fait que la SPILF « a publié un document allant à l’encontre des recommandations de la HAS niant toute forme chronique et persistante de la maladie de Lyme et co-infections éventuelles ». Corollaires : la SPILF « met délibérément en danger les malades de Lyme », « porte atteinte à l’intégrité de milliers de patients en France » ; « refuser de porter assistance à une personne en danger ».

« Des médecins qui nous prennent au sérieux »

Interrogée par France Inter (Louis-Valentin LopezVéronique Julia) Agnès Gaubert, présidente de l’association Lyme France déclare : « Ça fait 15 ans qu’on milite et c’est tous les jours qu’on reçoit des cas dramatiques d’enfances brisées, d’enfants qui ne peuvent plus aller à l’école, qui sont en fauteuil et à qui on a dit que c’était une paralysie psychologique. On a entendu des choses complètement ahurissantes : qu’ils étaient dépressifs, hypocondriaques, ou que c’était une autre maladie qu’on ne connaissait pas encore. Evidemment il y a d’autres médecins qui nous prennent au sérieux et qui soignent une partie des adhérents de notre association. Mais là ça fait des années que les infectiologues refusent le débat et sont responsables d’une obstruction à la discussion médicale et scientifique. On n’a trouvé que le levier judiciaire pour pousser un vrai coup de gueule, pour faire parler de nous parce que la situation est devenue vraiment trop grave. »

Président de la SPLIF, le  Pr Pierre Tattevin (CHU de Rennes)  a répondu aux questions de l’AFP :  « Notre mobilisation c’est justement pour essayer de protéger les patients de pratiques dangereuses, donc on ne peut pas nous accuser de non-assistance à personne en danger ». Pour la majorité des infectiologues français nombre de patients sont aujourd’hui diagnostiqués à tort comme souffrant d’un « Lyme » ce qui retarde d’autant la mise en œuvre d’un traitement adapté à leur état.  

On peut le dire autrement. En mai 2019, un éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) rédigé par le Dr Jean-Claude Desenclos, directeur scientifique de Santé publique France, résumait la complexité du sujet et la polémique qu’elle nourrit: 

«Depuis une dizaine d’années, des associations de patients, rejoints par quelques médecins et chercheurs et des activistes remettent en cause les connaissances acquises sur la borréliose de Lyme (BL), son diagnostic et sa prise en charge. Ils affirment, en particulier, l’existence d’une maladie chronique, distincte de la forme disséminée tardive de la maladie: le syndrome persistant polymorphe après une possible morsure de tique (SPPT).»

Si elles rencontrent bien une audience médiatique et associative croissante, «ces théories alternatives au modèle biomédical actuel ne sont pas acceptées par une grande partie de la communauté scientifique et médicale en France, en Europe ou Amérique du Nord». Conséquences, pour le Dr Desenclos: les errances diagnostiques et thérapeutiques de nombreuses personnes présentant une symptomatologie compatible avec le SPPT, des traitements multiples et prolongés dont l’efficacité n’est pas démontrée et le «développement d’une offre de diagnostic et de prise en charge alternative sans base scientifique» – soit, pour le dire autrement, l’émergence d’une nouvelle forme de pratiques charlatanesques.

Où l’on en vient à cette question : pourquoi la justice française ne condamne-t-elle pas ces charlatans ?

 A demain @jynau

1 Sur ce thème (et en toute immodestie) : « La maladie de Lyme, cas d’école de la rupture entre médecins et malades » Slate.fr, 6 juin 2019

Greta Thunberg et le syndrome d’Asperger, ou les politiques aux frontières du pathologique

Bonjour

C’est fait. Mardi 23 juillet, dans un Paris ici climatisé mais frôlant généralement les 40°C, la militante écologiste suédoise atypique Greta Thunberg, 16 ans, a exhorté les députés français à agir. C’était lors d’un débat organisé dans une belle salle de l’Assemblée nationale, par le « collectif transpartisan » pour le climat « Accélérons » :

 « Elle a choisi l’ironie pour répondre aux attaques : ‘’Vous n’êtes pas obligés de nous écouter, nous ne sommes que des enfants après tout… ‘’ », rapporte l’AFP. Mais était-ce bien de l’ironie ? On eut le dire autrement : manie-t-on l’ironie quand on a seize ans, que l’on parle en anglais devant des députés français et que l’on est présenté comme « un Asperger » (variante : « adolescente souffrant/présentant un syndrome d’Asperger ») 1. 2.

Greta Thunberg, Asperger et/ou « gourou apocalyptique » : « Mais vous devez écouter la science. C’est tout ce que nous demandons : unissez-vous derrière la science. » Et de renvoyer à la lecture du dernier rapport alarmant du groupe d’experts de l’ONU sur le climat (GIEC). « C’est presque comme si vous ne saviez pas que ces chiffres existent, comme si vous n’aviez pas lu le dernier rapport du GIEC dont dépend l’avenir de notre civilisation ». Et, dit l’AFP, de tacler :

« Ou peut-être simplement que vous n’êtes pas assez matures pour dire les choses telles qu’elles sont. Même cette charge, vous nous la laissez à nous, les enfants (…) Nous sommes devenus les méchants qui devons dire aux gens des choses pas faciles, parce que personne ne veut le faire ou n’ose. Et pour cela, nous recevons un déferlement de haine et de menaces. Des députés et journalistes se moquent de nous et mentent à notre sujet ».

Où l’on retrouvera, à quelques siècles de distance, des échos d’une voix de l’au-delà entendue en Lorraine et à Chinon, Orléans et Rouen.

Raison garder ? « Soyons clairs : Greta Thunberg n’est pas une théoricienne, ni une scientifique, ni une héroïne, ni même à la tête d’un mouvement politique, éditorialise Le Monde. Le simplisme de son discours alarmiste a de quoi irriter les adeptes de la subtilité les plus ouverts. Chaperonnée par des parents artistes, elle maîtrise tous les codes de la communication moderne, du message vidéo TedTalk au petit détour par le Forum économique de Davos, où elle a morigéné les PDG venus polluer la montagne magique de leurs hélicoptères, elle qui prend le temps de ne voyager qu’en train. »

Pourquoi désespérer des scientifiques et des journalistes ?

Et Le Monde de faire, comme nous tous, un constat : Greta Thunberg est devenue, depuis bientôt un an, en lançant son opération de grève scolaire « Vendredis pour le futur » : un symbole.

« Par son message ‘’Vous me volez mon avenir’’, elle incarne la mobilisation spontanée d’une génération qui réalise que la planète dont elle hérite est menacée par un mode de vie, de production et de consommation incompatible avec la croissance démographique. »

Désespérer de la science et des médias ? Pourquoi ? « Depuis maintenant de longues années, chercheurs, institutions spécialisées et médias alertent sur les dangers du changement climatique, rappelle encore fort justement Le Monde. Progressivement, le front des climatosceptiques s’est effondré, leurs arguments sont devenus inaudibles face à l’évidence. Les habitants des pays développés ont commencé à modifier leurs comportements, la transition énergétique est devenue un enjeu économique majeur, le climat un domaine de la diplomatie. »

« A cette prise de conscience profonde, mais graduelle, le symbole Greta Thunberg a ajouté l’urgence médiatique et la dimension générationnelle. Il faut être politiquement aveugle – et l’état de notre débat public montre que nombre de nos élus le sont encore – pour ne pas comprendre que la protection de l’environnement est aujourd’hui un ressort fondamental dans l’électorat. Parce que cette préoccupation transcende les clivages traditionnels, son expression politique n’est pas encore aboutie ; mais la mobilisation citoyenne est réelle, comme l’ont prouvé les importantes manifestations de jeunes, au printemps, à travers l’Europe et la montée du vote vert, tout particulièrement au sein de la jeunesse, aux dernières élections au Parlement européen. »

« Pour toutes ces raisons, conclut l’éditorial du dernier quotidien vespéral de la capitale, on aurait tort de mépriser Greta Thunberg ».

Mépriser ? Pour être fort le verbe n’a rien, ici, de vraiment déplacé. C’est ainsi qu’émerge, ici et là, dans la jungle des réseaux sociaux, des propos injustifiables. Un discours condamnable qui, aux confins de la peur et de la haine, se sert de « l’autisme » affiché par Greta Thunberg pour disqualifier ses propos et son engagement politique.

A demain @jynau

1 Sur ce thème : « Les enfants d’Asperger Le dossier noir des origines de l’autisme » Edith Scheffer Préface : Josef Schovanec, traduction (anglais) : Tilman Chazal. (Editions Flammarion)

2 Egalement sur ce thème l’ouvrage dérangeant de Hugo Horiot, comédien, écrivain et autiste consacré à l’intelligence des autistes : « Autisme: j’accuse ! » (Editions de l’Iconoclaste).