Inventaire. 4 février 2014, François Hollande et Mme Touraine déclarent la guerre au tabac.

 

Bonjour

A compter du 9 février Marisol Touraine effectue un déplacement officiel au Liban. Objet : « la coopération franco-libanaise en matière de santé ». Sans doute est-ce une priorité. Il y a quelques jours la ministre française de la Santé rentrait du Chili. Et ensuite ? D’autres voyages à l’étranger ? C’est possible mais peu probable. Le torchon politique hexagonal brûle comme jamais. Sans doute retrouvera-t-elle plus tôt que prévu le rude combat qui l’attend pour conserver son « fief électoral » du Jardin de la France.

Ainsi Marisol Touraine n’aura pas eu le temps de se rendre en Australie. Elle aurait pu y prendre la mesure de tout ce qu’elle n’a pas fait durant les cinq années qu’elle vient de passer sous les ors de son ministère. L’affaire était rapportée il y a peu par la BBC – « How Australia is stubbing out smoking » et reprise par Slate.fr : « Comment l’Australie pourrait réussir à éradiquer le tabagisme » (Hanna Bernard).

Interdits et amendes

 Au départ la donne était la même. En Australie comme en France (grâce à la loi Evin) la publicité pour les produits du tabac était interdite. Puis vint l’interdiction de fumer dans les lieux publics.  Slate.fr :

« Au début, il n’était interdit de fumer qu’en intérieur, dans les bars, les restaurants ou les bureaux. Puis la liste s’est étendue jusqu’à marginaliser les fumeurs. Car pour fumer en Australie, il faut maintenant être à plus de 10 mètres d’une aire de jeux, à plus de 4 mètres de l’entrée d’un lieu public ou encore ne pas se trouver sur une plage ainsi que devant une station de taxi. Il est même interdit, dans la plupart des villes d’Australie, de fumer en prison. Imaginez que l’on impose un jour ce genre de règles en France.

 Si vous fumez au mauvais endroit, vous pouvez recevoir une amende allant jusqu’à 2.000 dollars australiens, soit plus de 1.400 euros. Et par ailleurs, explique la BBC, même si vous fumez au bon endroit, vous payerez de plus en plus cher vos paquets de cigarettes car les taxes sur ces derniers vont augmenter de 12,5% par an pendant quatre ans. Un paquet de cigarettes coûte actuellement environ 26 dollars australiens, soit presque 17 euros. »

Allergie électronique

On n’oubliera pas le paquet neutre et l’affichage des pathologies. Mais il y a eu, aussi des manières plus douces comme My Quit Buddy (messages d’encouragement quotidiens, distractions pour faire passer l’envie de fumer, et félicitations à chaque nouveau cap atteint). Soit une version qui n’est pas sans faire songer à « Tabac Info Service » (par ailleurs toujours aussi incompréhensiblement allergique à la cigarette électronique).

« Ces méthodes semblent assez efficaces car, en raison du prix prohibitif, de moins en moins de ‘’jeunes’’ achètent des cigarettes, résume Slate.fr. De plus, le taux de fumeurs adultes a diminué de moitié depuis les années 1980. Le gouvernement australien vise encore plus haut puisqu’il s’est engagé à réduire le nombre d’adultes fumant quotidiennement à 10% en 2018. »

Incurie

En France, cette proportion se situe allègrement au-dessus des 30%. Pourquoi ? L’absence de véritable volonté politique, le refus opposé par le gouvernement et le Parlement d’augmenter massivement et durablement les prix. Il y a aujourd’hui précisément trois ans, le 4 février 2014, François Hollande annonçait solennellement (à la Maison de la Chimie et lors de la Journée du Cancer) son ambition dans ce domaine. Il confiait à Marisol Touraine la responsabilité d’élaborer un Programme national de réduction du tabagisme. 1

Objectif : en 2019 le nombre de fumeurs devait avoir baissé de 10% par rapport à celui de 2014. Il n’a pas bougé s’il n’a pas, depuis, augmenté. C’est une assez bonne définition de l’incurie. On peut applaudir l’Australie.

A demain

1 Maison de la Chimie, 4 février 2014. François Hollande lance solennellement le troisième volet (2014-2019) du Plan Cancer, soutenu en cela par le Pr Olivier Lyon-Caen, son «conseiller santé».  Extrait du discours du président de la République :

« Le tabac est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer [mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, ndlr] avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%. Il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a cinq ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés pour agir sur la consommation, qui devient une addiction .»

 

Contre l’avortement : Trump commence à faire ce qu’il avait dit. Que dira François Fillon ?

 

Bonjour

Post-vérité ou pas, le nouveau président des Etats-Unis agit. Le 22 janvier 1973 la Cour suprême des États-Unis reconnaissait l’ avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois le prohibant ou le restreignant. Au lendemain du 44ème anniversaire de cet arrêt (Roe v. Wade) Donald Trump a signé un décret interdisant le financement, par les Etats-Unis, d’ONG internationales qui soutiennent l’avortement.

Cette mesure concerne notamment la Fédération internationale du planning familial, et toute ONG qui informe ou promeut l’IVG. En 2016 ce financement représentait un budget de 607 millions de dollars. On peut voir ici ce qu’en dit la BBC : « Trump executive order reverses foreign abortion policy ». Et Slate.fr (Claire Levenson) : « Donald Trump bloque les financements pour les ONG internationales pro-avortement »

Américains à naître

L’expression de cette volonté politique avait vu le jour en 1984 et avait été voulue par Ronald Reagan. On parle ici de « politique de Mexico » : elle avait été annoncée lors de la conférence de l’ONU sur la population organisée à Mexico. Annulée par le président Bill Clinton, puis remise en place par le président Georges W. Bush, elle avait de nouveau été levée par le président Obama.

« Il s’agit d’une étape cruciale sur la voie pour rendre sa grandeur à l’Amérique », a déclaré Tony Perkins, président de l’organisation pro-life Family Research Council. A l’opposé de nombreuses ONG et personnalités  se lamentent et dénoncentcette décision. Le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a expliqué : « Le président a très clairement énoncé qu’il était un président pro-life. Il veut agir pour tous les Américains, y compris ceux qui ne sont pas encore nés ». Ce qui a le mérite de la clarté et présage des mesures similaires sur le sol des Etats-Unis

Foi personnelle

 Beaucoup a été dit, sur le Vieux Continent, quant aux conséquences désastreuses d’une telle politique : « Incidences de la « politique de Mexico » sur le libre choix d’une contraception en Europe ». La décision de Donald Trump ne pourra pas ne pas avoir d’impact sur l’actuelle campagne présidentielle française après les ambiguïtés alimentées par François Fillon (candidat républicain affiché de confession chrétienne) sur ce sujet.

Après avoir écrit dans son livre-programme que l’IVG était un «droit fondamental», l’ancien élu de la Sarthe était revenu sur ses propos lors d’un meeting en juin 2016. « Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement », avait-il-il expliqué.

Un argumentaire repris le 27 octobre, sur le plateau de « L’Émission politique » de France 2. « Jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l’avortement. Je n’ai pas à m’expliquer sur mes convictions religieuses. Je suis capable de faire une différence entre ces convictions et l’intérêt général. Je considère que l’intérêt général, ce n’est pas de rouvrir ce débat ».

Il est fort possible que ce ne soit pas le cas.

A demain

 

Grippe : pourquoi Xavier Bertrand a-t-il permis aux médecins de ne pas se faire vacciner ?

Bonjour

Comment justifier que la vaccination contre la grippe ne soit pas imposée aux médecins ? Et plus généralement comme à l’ensemble des professionnels de santé, vecteurs privilégiés et sujets directement exposés ?  Le Conseil national de l’Ordre des médecins a tranché : il est favorable à une vaccination obligatoire.  « Dans le cadre de la grippe, les professionnels de santé doivent être obligatoirement vaccinés » vient de déclarer le Dr Patrick Bouet. Or, seuls 50 % des professionnels de santé sont vaccinés. « Nous demandons à l’État d’assumer ces responsabilités en la matière » menace-t-il. Que fera l’Etat ? Et quelles seront les responsabilités lorsque les choses tourneront mal ?

Comment justifier que l’Etat n’impose pas cette vaccination aux professionnels – vaccination qu’il ne cesse par ailleurs de recommander à celles et ceux que ces mêmes professionnels sont amenés à soigner ? Nous évoquions il y a peu sur ce blog et sur Slate.fr 1 la responsabilité, sur ce point, de Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé.

Explications

« L’obligation de la vaccination antigrippale des professionnels de santé figure à  l’article L. 3111-4 du code de la santé. Or cette disposition a été «suspendue» par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure, depuis, « fortement recommandée» sans jamais être imposée. Le décret du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités du gouvernement alors dirigé par Dominique de Villepin. Sans doute serait-il utile que M. Bertrand, aujourd’hui président du conseil régional des Hauts-de-France, s’explique sur les raisons de cette suspension; une suspension à laquelle le directeur général de la Santé entend, fort opportunément mettre un terme. »

Depuis les Hauts-de-Seine le président Xavier Bertrand nous a fait savoir pourquoi il avait agi ainsi. Ce décret n’a pas été signé « sur un coin de table ». Cette décision de suspension a été prise sur la base d’un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (section maladies transmissibles) : avis « relatif à la mise en œuvre de la protection individuelle contre la grippe des professionnels visés à l’article L 3111-4 du code de la santé publique par une obligation vaccinale (séance du 19 mai 2006) ». C’est un avis sur lequel il vaut de ses pencher.

Se vacciner pour soi-même

1 Il rappelle que l’obligation vaccinale contre la grippe saisonnière des professionnels (visés par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) avait été adoptée depuis le 1er janvier 2006, « dans un contexte de menace pandémique ».

2 Il souligne – point remarquable – que les obligations vaccinales (prescrites par l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique) « visent exclusivement à protéger les professionnels du risque d’être eux-mêmes contaminés ». En d’autres termes ces obligations  « ne visent pas à protéger les personnes dont ils prennent soin et pour lesquelles la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

3 Il considère que l’obligation vaccinale, dans l’objectif de protection des professionnels visés contre la grippe, « doit être abordée de façon différente en période de grippe saisonnière inter-pandémique et en période de pandémie grippale confirmée ». Suivent différentes considérations épidémiologiques et éthiques (il n’y a pas de sur risque pour les professionnels de santé en période de grippe saisonnière inter-pandémique ; il n’existe pas de données permettant de comparer l’incidence de la grippe saisonnière chez les professionnels de santé, les professionnels d’établissements de soins et les professionnels d’hébergement pour personnes âgées avec celle des autres professionnels en contact avec le public ou avec la population générale ; quelques rares études sont en faveur d’une hétérogénéité du risque de contracter la grippe pour les professionnels de santé en fonction de leur pratique professionnelle et sont en faveur d’un risque plus élevé chez des professionnels de santé exerçant au contact d’enfants ou de patients présentant des syndromes grippaux etc.)

Vaccination « altruiste »

Au final le CSHP (section des maladies transmissibles, recommande « que l’obligation vaccinale contre la grippe des professionnels visés à l’article L3111-4 du Code de la Santé Publique soit suspendue ». Mais dans le même temps, sans craindre d’être taxé de jésuite, il recommande aussi « que les campagnes d’information auprès des professionnels de santé et des professionnels en contact régulier avec les personnes à risque soient renforcées afin de poursuivre l’augmentation de la couverture vaccinale annuelle avec le vaccin contre la grippe saisonnière ».  Mieux encore, il « tient à rappeler qu’il recommande depuis 1999 la vaccination contre la grippe saisonnière aux personnels soignants de manière à réduire la transmission de l’infection aux personnes atteintes de certaines pathologies chroniques et pour celles âgées de 65 ans et plus, a fortiori hospitalisées ou en institution, pour lesquels la grippe présente un risque de complication ou de décès ».

Et de conclure que cette « vaccination altruiste » des professionnels de santé fait régulièrement l’objet de campagnes d’information pour obtenir l’adhésion des professionnels de santé. On sait ce qu’il en est dix ans plus tard.

C’est donc sur la base de cet avis plus que paradoxal que Xavier Bertrand a pris la décision de suspendre le texte de loi qui aurait dû s’appliquer à compter du 1er janvier 2006. M. Bertrand nous fait aussi observer que personne n’est revenu sur son décret depuis dix ans ». Ce qui est vrai. Ni lui-même, ni Roselyne Bachelot, ni Marisol Touraine. Nul ne sait non plus combien de grippes auraient, sinon, pu être prévenues. Sans parler des décès.

A demain

1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

Epidémies de grippe : tous les soignants français bientôt obligés de se faire vacciner ?

 

Bonjour

Il a osé ! En marge des opérations récurrentes de communication de sa ministre le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé, a soulevé une question essentielle de santé publique : celle de l’obligation de la vaccination annuelle des soignants contre la grippe saisonnière. Le DGS s’est exprimé le 11 janvier au décours d’une conférence de presse consacrée à la gestion par les autorités sanitaires de l’actuelle épidémie.

Les termes de l’équation sont s’une simplicité pasteurienne : moins d’un tiers des soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes) se font vacciner contre la grippe et ils sont, du fait de leur profession, les premiers agents contaminateurs de l’infection. Une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus grippaux aux sein des populations les plus fragiles. Or l’Etat peut contraindre les soignants à se faire vacciner, au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt. Cette obligation existe déjà aujourd’hui pour un certain nombre de vaccinations parmi lesquelles la très efficace (et toujours plus ou moins controversée) immunisation contre l’hépatite virale de type B.

Cabinet court-circuité

« L’annonce de M. Vallet a visiblement pris de court le cabinet de la ministre de la santé, Marisol Touraine, où l’on s’est contenté de rappeler que cette dernière doit prochainement présenter ‘’ les mesures qu’elle entend prendre pour renforcer la confiance dans la vaccination’’ » révèle Le Monde (François Béguin). Comment le cabinet d’un ministre de la Santé pourrait-il, sérieusement, être pris de court sur un sujet sanitaire aussi important et en pleine épidémie grippale ? Faudrait-il voir ici un discret symptôme de tensions intra-ministérielles à l’approche d’échéances importantes ? Marisol Touraine évoquera-t-elle la question lors de sa prise de parole dans la cour de l’Elysée ?

Nous sommes-là, très précisément, à l’articulation du politique et du sanitaire 1. Voici le cadre officiel :

« Bien que prévue par l’article L. 3111-4 comme une obligation vaccinale pour les professionnels de santé, l’obligation vaccinale contre la grippe a été suspendue par le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006. Elle demeure toutefois fortement recommandée pour les professionnels concernés, en particulier pour les protéger des grippes saisonnières. »

Xavier Bertrand et Marisol Touraine

Le décret suspensif du 14 octobre 2006 avait été signé par Xavier Bertrand, ministre de la Santé et des Solidarités d’un gouvernement dirigé par Dominique de Villepin. « Santé et solidarités » qui, dix ans plus tard, demandera à Xavier Bertrand pourquoi il avait jugé utile de prendre une telle décision ?  Et, depuis cinq ans, pourquoi Marisol Touraine n’a-t-elle pas abrogé ce décret ?

Le Monde cite le Pr Bruno Lina, spécialiste de virologie et l’un des meilleurs spécialistes français de la lutte contre la grippe. Il rappelle qu’aux Etats-Unis, la vaccination contre la grippe est obligatoire et figure dans le contrat de travail des personnes qui travaillent dans les structures de soins. C’était trop simple : le nouveau président des Etats-Unis vient de faire un premier cadeau de poids aux militants anti-vaccinaux. Donald Trump vient de nommer Robert F. Kennedy Jr , un anti-vaccinal, à la tête de la commission officielle en charge de la sécurité vaccinale. Où l’on voit que certains responsables politiques tiennent certaines de leurs promesses.

Une question : que pensent des vaccins et de la vaccination MM Fillon, Macron et Mélenchon ?

A demain

1 Sur ce thème: « Grippe : il faut désormais obliger les soignants à se faire vacciner » Slate.fr, 12 janvier 2017

 

 

Premier mea culpa de François Fillon, candidat chrétien à la présidentielle (Sécurité Sociale)

Bonjour

Mieux vaut tôt que trop tard. Il était accusé, depuis sa victoire napoléonienne à la primaire de la Droite, de vouloir « privatiser » la Sécurité Sociale. On se souviendra qu’à l’aube du 11 janvier François Fillon est passé à confesse. C’était sur RMC-BFMTV  (21 minutes) face à Jean-Jacques Bourdin, journaliste auto-déclaré athée.

On l’avait agressé sur le rhume plus ou moins bénin 1. Bourdin le cherche sur la grippe. François Fillon en profite pour lancer quelques piques à Marisol Touraine. Répondra-t-elle ?

Rembourser

« On n’a pas été bons, on n’a pas été clairs dans nos propositions » sur la Sécurité sociale, a reconnu l’ancien Premier ministre. Ce que nous avions écrit a été mal compris, je l’ai retiré, j’ai lancé un débat avec l’ensemble des responsables de la santé, les médecins ». Et encore :

« Les auditions se déroulent en ce moment, je referai des propositions (…) avant la fin du mois de janvier ou début février. Ce que je veux c’est qu’il y ait une meilleure répartition entre les mutuelles et la Sécurité sociale et que les mutuelles soient plus contrôlées car la réforme qui a consisté à rendre obligatoire les mutuelles s’est traduite par des baisses de remboursement. »

Le candidat à la présidentielle proposera « une agence de régulation sur les mutuelles ». Et uniquement sur les mutuelles. C’est immanquable puisque le postulat est qu’« il va bien falloir réorganiser notre système de protection sociale et de santé ».

« On voit que [la Sécu] marche pas. Ce matin toutes les radios nous expliquent que le système est en train de sauter, parce qu’il n’y a plus assez de place dans les services d’urgence, de médecins sur le terrain… Une simple épidémie de grippe est en train de paralyser le système. Ce qui montre que quand Mme Touraine explique que tout va bien, que tout est formidable, que c’est le programme de François Fillon qui menace la Sécurité sociale, ça n’a juste aucun sens. »

Malaise vagal

Bourdin lui demande s’il a changé de position, notamment sur la question des mutuelles, François Fillon répond : « Il y a parfois des porte-parole qui sont un peu rapides, puis comme on est en train de fusionner des équipes qui faisaient campagne pour des candidats différents, il y a encore un peu de réglages à faire, je le reconnais. » Ainsi donc les torts sont partagés.

L’athée Bourdin l’interroge sur son usage politique (TF1) de la chrétienté. C’était « spontané ». Le catholique répond que certains se revendiquent marxistes. Il ne s’agit pas de « foi » mais de « valeurs ». Il « recommencera ». Une question connectée sur le malaise vagal de Nicolas Sarkozy 2.  Puis cette révélation : Emmanuel Macron aurait pu être le « directeur adjoint de cabinet » de François Fillon. A ce moment-là, dans le studio de RMC-BFMTV, certains jureraient avoir vu un ange passer.

A demain

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon ». Slate.fr 14 décembre 2016

2 « Nicolas Sarkozy hospitalisé : malaise vagal ? ». Slate.fr 26 juillet 2009

Vitamine D et nouveau-né décédé : le mystère de l’autopsie, un coup de fil déplacé au Figaro

Bonjour

Il est des affaires qui n’en finissent pas. Et est des pratiques antiques que l’on pensait définitivement abandonnées. On peut, aujourd’hui 7 janvier, lire quelques lignes peu banales dans Le Figaro – quotidien qui a révélé la mort du nouveau-né à qui on venait d’administrer quelques gouttes d’Uvestérol D.

Le journal raconte ainsi avoir reçu, jeudi 5 janvier un coup de téléphone de Claude Pigement, vice-président du Conseil d’administration de l’Agence du médicament (ANSM).

Le Dr Claude Pigement est une personnalité bien connue dans les milieux médicaux comme des journalistes spécialisés. Il a, très longtemps, été le « monsieur santé » du Parti socialiste (successivement délégué puis responsable national à la santé entre 1985 et 2008). Ce médecin gastro-entérologue, a été élu en 2013 à la vice-présidence de l’ANSM.

« Go-between » 

Le Quotidien du Médecin expliquait alors qu’à ce poste non exécutif, il seconderait la présidente et devrait jouer un rôle de « go-between » entre le Pr Dominique Maraninchi, alors directeur général de l’Agence et la ministre de la Santé Marisol Touraine. « L’ANSM est une  jeune agence en construction, qui devra trouver ses marques entre le « travail de fond et la gestion des urgences » déclarait-il. « À son poste de vice-président, le Dr Pigement entend prendre sa part à ces nouveaux défis » ajoutait Le Quotidien du Médecin.

Trois ans plus tard le « go-between » entre en action : il appelle Le Figaro. Et Le Figaro entend une sonnerie politique : « il s’agit de défendre l’ANSM et la ministre Marisol Touraine dans la gestion calamiteuse de l’affaire Uvestérol D ». Que dit le Dr Pigement ?

« Les choses ont été faites en temps et en heure. L’ANSM a été transparente (…) Je ne réponds pas aux si. Avec des si, on mettrait l’Agence en bouteille (…) On n’est pas là pour refaire le match ou pour rejouer la partie. »

 « Go-between » ou pas, il est des métaphores que l’on se devrait d’éviter après la mort d’un nouveau-né.

Retrouvée morte aux urgences de Cochin

Nous évoquions, hier, à propos de cette mort, l’incompréhensible attitude du pédiatre présent qui n’avait pas proposé pas d’autopsie « devant la cause évidente du décès et anticipant un probable refus des parents »

 « On peut penser que c’est là une erreur, ce pédiatre oubliant que le refus des parents n’est en rien un élément pouvant, in fine, interdire la pratique d’une autopsie médico-légale, écrivions-nous alors. Cette autopsie a-t-elle, depuis, été pratiquée à la demande du procureur de la République ? ».

On nous indique aujourd’hui que le procureur d’Evry n’a pas demandé d’autopsie médico-légale. Il y a donc eu permis d’inhumer et le bébé a été enterré au Mali. Le même cas de figure, totalement incompréhensible, s’était déjà produit dans l’affaire de la femme retrouvée morte, il y aura bientôt trois ans, dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin. Nous avions traité ce sujet sur le site Slate.fr « Urgences de Cochin: faute d’autopsie, on ne saura jamais la vérité ».

Article 74 du code pénal :

« En cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse ou non d’une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte, l’officier de police judiciaire qui en est avisé informe immédiatement le procureur de la République, se transporte sans délai sur les lieux et procède aux premières constatations.

Le procureur de la République se rend sur place s’il le juge nécessaire et se fait assister de personnes capables d’apprécier la nature des circonstances du décès. Il peut, toutefois, déléguer aux mêmes fins, un officier de police judiciaire de son choix.

Sur instructions du procureur de la République, une enquête aux fins de recherche des causes de la mort est ouverte. Dans ce cadre et à ces fins, il peut être procédé aux actes prévus par les articles 56 à 62, dans les conditions prévues par ces dispositions. A l’issue d’un délai de huit jours à compter des instructions de ce magistrat, ces investigations peuvent se poursuivre dans les formes de l’enquête préliminaire. »

Posologie

Les investigations sur les causes de la mort d’un nourrisson ont été confiées au pôle santé publique du parquet de Paris. Ce dernier poursuit l’enquête pour « recherches des causes de la mort » après le dessaisissement du parquet d’Évry, initialement compétent car le nouveau-né est mort dans l’Essonne.

« Selon nos informations, les parents de la victime de Grigny ne parlent, ni le lisent le français, ce qui a nui à la compréhension de la posologie, indique L’Express. A ce jour, ils n’ont pas déposé de plainte. »

Il est des affaires qui n’en finissent pas.

A demain

Vivre à proximité des grosses artères routières pourrait conduire à la démence. Pourquoi ?

 

Bonjour

« La pollution accroît le risque de démence » titre Le Monde de ce 6 janvier. C’est un raccourci que l’on accusera d’être excessif. Ainsi, souvent, en va-t-il avec les titres-choc. Le Figaro est plus prudent qui parle de lien fragile. La BBC est plus près de la vérité scientifique : « Dementia rates ‘higher near busy roads’ ». Pour notre part nous avons développé le sujet, sur Slate.fr :   « Vivre à proximité d’une route surchargée augmente les risques de démence ».

Il faut ici bien s’entendre sur la définition de la démence. Non pas la « folie » (l’«aliénation mentale ») mais bien la réduction progressive et handicapante des capacités intellectuelles. C’est elle qui est au cœur d’une vaste étude menée auprès de 6,6 millions de personnes vivant dans l’état canadien de l’Ontario.  Dirigés par le Pr Hong Chen (Institute for Clinical Evaluative Sciences, Toronto) les auteurs publient leur travail dans The Lancet.

Stress ou pollution

Plusieurs travaux épidémiologiques précédents avaient déjà mis en lumière une possible corrélation entre le fait de vivre à proximité immédiate d’un fort trafic routier et la survenue de pathologies neurologiques dégénératives comme la démence mais aussi la maladie de Parkinson ou la sclérose en plaques. On évoqua alors les possibles effets chroniques de la pollution atmosphériques et /ou le stress induit par le bruit incessant du trafic. Financés par des fonds publics canadiens les chercheurs de Toronto ont voulu aller plus loin dans l’analyse de ce phénomène.

On lira, dans The Lancet ou sur Slate.fr les détails de ce travail mené de 2001 à 2012 auprès d’une population d’environ 6,6 millions de personnes âgées de 20 à 85 ans vivant en Ontario. L’analyse des données ainsi recueillies permet d’affirmer que le risque de démence diminue avec l’éloignement du trafic : il est de 7% plus élevé chez les personnes vivant à moins de 50 mètres, pour passer à une élévation de 4% entre 50 et 100 mètres puis à 2% entre 101 et 200 mètres. Aucune augmentation statistique du risque de démence n’est plus observée au-delà de cette distance.

 « La croissance démographique et l’urbanisation font que beaucoup de personnes vivent désormais à proximité de routes à fort trafic et l’augmentation, même réduite, du risque de démence pourrait constituer un lourd fardeau de santé publique, prévient le Pr Hong Chen. Nous devons travailler pour comprendre la nature précise des liens pouvant expliquer ce phénomène. » D’autres spécialistes estiment que le constat ici établi suffit, d’ores et déjà, pour prendre des mesures.

Faiblesses

« Les élévations du risque mises en lumière par les auteurs (entre 2 et 7%) sont faibles, explique à Slate.fr le Pr Antoine Flahault, spécialiste d’épidémiologie (Université de Genève). Il faut rappeler qu’un « risque relatif » de 2 représente une élévation du risque de 200%, et que pour la relation entre tabac et cancer du poumon le risque relatif de 20 représente une augmentation de risque de 2000% ! Pour ma part je ne suis pas sûr qu’une seule étude épidémiologique comme celle-ci, détectant un risque faible, permette de conclure comme le font les commentateurs du Lancet. Le risque serait alors d’ouvrir la porte à des actions intempestives. »

Le Pr Flahault rappelle que les principaux facteurs de risque connus de démence sont les mêmes que ceux des maladies cardio-vasculaires. « Cette étude est-elle suffisante pour tenir compte des facteurs de confusion qui seraient eux-mêmes des facteurs de risque cardio-vasculaires ? On peut par exemple imaginer que les personnes  qui habitent dans les endroits plus reculés du Canada (les plus éloignés des grandes voies de communication) font davantage d’exercice physique, sont plus loin des fast-food…. Comme toujours, en présence de risques faibles, la première réaction qui s’impose me semble être la prudence dans l’interprétation, et la demande que ce type d’études soit reproduites ailleurs. »

Ce type de travail sera-t-il, un jour, conduit en France où l’application (politique) d’un principe de précaution (généralement mal interprété) précède le plus souvent l’évaluation (scientifique) du risque sanitaire. Ce serait, là aussi, un bon sujet d’étude. A mener dans le calme, loin des grosses artères.

A demain