Alcoolisme: Philippe Manœuvre, depuis vingt ans, n’a pas «touché une goutte». Et après ?

Bonjour

Philippe Manoeuvre aura bientôt 65 ans. C’est un journaliste, animateur radiophonique, spécialiste de bandes dessinées critique musical dont l’un des titres de gloire est d’avoir été durant vingt-quatre ans (de 1993 à 2017) le rédacteur en chef du magazine Rock & Folk. Il a également collaboré aux Nouvelles littéraires, à Playboy et à Libération.C’est, dans ce domaine, une bibliothèque vivante doublée d’une forme de caricature auto-proclamée qui fait le bonheur des humoristes-imitateurs.

Tintin du rock’n’roll

Aujourd’hui à la retraite, l’homme a trouvé un siège aux « Grosses Têtes » – comme Roselyne Bachelot (qui fut ministre). Et il fait la tournée des grands-ducs médiatiques pour assurer la promotion de son dernier opus, Rock, ma vie est un roman (HarperCollins) :

« L’autobiographie de Philippe Manœuvre est une plongée dans la vie de celui qui est devenu une légende du Rock à lui tout seul, un personnage vibrionnant, un Tintin du rock’n’roll immanquablement chaussé de ses Ray-Ban, le plus célèbre critique rock français de ces quarante dernières années. Proche d’Iggy Pop, de Polnareff, de Gainsbourg et de tant d’autres, intervieweur des Stones plus de vingt fois, il a fréquenté les plus grandes stars et parle aux baby-boomers comme au public de la « Nouvelle Star ». Ce livre foisonnant d’anecdotes, qui raconte comment cet homme et tous ces musiciens ont voulu changer le monde à travers le Rock, est à l’image de Manœuvre : il rocke. »

Passage obligé dans les colonnes du Monde (Laurent Carpentier) : « Un apéro avec Philippe Manœuvre : ‘’J’ai vu que Keith Richards non plus ne boit plus’’  Chaque semaine, ‘’L’Epoque’’ paie son coup. Cette semaine, Philippe Manœuvre, l’enfant du rock aux lunettes noires, parle abstinence, nuits blanches et lendemains qui se déhanchent ».

« Proposer un apéro à un ex-alcoolo, c’est comme inviter un évêque au bordel. Cela fera vingt ans cette année que Philippe Manœuvre n’a pas touché une goutte d’alcool, pas même un verre de vin blanc quand des copains apportent des huîtres. ‘’Pas toujours facile, mais je sais que si j’y touche, même un verre, le lendemain c’est trois verres, et je reviens illico au niveau où je m’étais arrêté.’’ Tournée générale de thé Earl Grey ! »

Sevrage réussi

Où l’on découvre, en s’intéressant au sujet, qu’il n’en est pas à sa première confidence médiatique sur son alcoolisme et son sevrage jusqu’ici réussi :

Juin 2008 : « Philippe Manœuvren’a pas toujours été le dynamique et avisé juré de la Nouvelle Star que l’on connait. Il fut un temps où le rédac’ chef de Rock & Folk avait de sérieux problèmes de drogue et d’alcool. Dans deux interviews accordées à GQ et Voici, il revient sur son passé d’alcoolique et de toxicomane.

« L’alcool tout d’abord. « À un moment, tu constates que tu es à une bouteille de Jack Daniel’s par jour et tu te dis : ‘Hum, ça serait bien qu’on ne dépasse pas’. […] Et puis tu t’aperçois que tu prends ton petit déj’ à la Heineken. À midi, tu vas boire trois bouteilles de vin avec une attachée presse et puis après tu recommences au Jack Daniel’s. Et parfois, la nuit, vers deux heures du matin, tu te dis : ‘Tiens, on se boirait pas des vodkas ?' ». En 1999, le complice de Lio, Sinclair et André Manoukian a tourné le dos à la boisson quand il s’est aperçu qu’il avait perdu toute inspiration et qu’il ne parvenait même plus à écouter de la musique. La drogue ensuite. « Je n’ai jamais été attiré par l’héroïne et j’ai arrêté la coke il y a un siècle. À un moment, j’ai été loin dans l’alcool… Je pesais vingt kilos de plus, j’étais sordide. » »

Décembre 2010 :  À l’occasion de la sortie de son livre – Le Rock français -, Philippe Manœuvre a rencontré nos confrères de Grazia. L’ancien juré de Nouvelle Staraujourd’hui sur Canal+, et toujours rédacteur en chef de Rock&Folk, prend un malin plaisir à tordre les clichés du rock. Certes, il ne quitte jamais ses lunettes noires et considère qu’une « veste Levi’s reste d’un chic incroyable« , mais pour ce qui est de l’expression sex, drugs & rock’n’roll, Manoeuvre en est bien revenu.

Dérive et sobriété

« Il raconte par exemple qu’il est aujourd’hui sobre après quelques années de dérive : « Je n’ai pas bu une goutte d’alcool depuis 1999. J’ai été obligé de m’arrêter : je buvais toute la nuit, toute la journée. Je faisais 20 kilos de plus, vous n’auriez pas aimé me voir et je n’aurais pas aimé que vous me rencontriez non plus. Quand je passais devant une glace, je me disais : C’est qui ce lourd ? Je me suis arrêté tout seul et j’ai évité la case rehab en écoutant John Coltrane. » Sa nouvelle drogue ? Le thé ! »

Où l’on en vient a regretter de ne pas disposer (à des fins de réduction des risques sinon d’exemple édifiant à proposer) d’un long témoignage, circonstancié, sur les modalités et les ressentis de cette sortie réussie d’un enfer où tant d’autres sont restés. Une reportage au plus profond de soi, en somme, comme il en existe quelques-uns dans la littérature – à commencer par « L’Opium » 1 de Jean Cocteau. Cocteau, l’auteur de « La Difficulté d’être » 2. Cocteau poète, graphiste, dessinateur, dramaturge et cinéaste français. Mort à Milly-la-Forêt en 1963. Philippe Manœuvre n’avait pas encore dix ans.

A demain

@jynau

1 Cocteau J. Opium (Stock). « En 1928, cinq ans après la mort de Raymond Radiguet, lors d’une cure de désintoxication dans une clinique, Jean Cocteau, opiomane, écrit et dessine. Ainsi, tout au long des jours, des instants, un livre naît sous nos yeux, fait de notations, de jeux avec les mots, de jugements de poète. Aux commentaires sur la littérature et les écrivains (Proust, Raymond Roussel) viennent s’ajouter des remarques sur le cinéma (Buster Keaton, Chaplin, Eisenstein, Buñuel), sur la poésie, sur la création, sur l’art. Le thème lancinant, qui revient au détour de chaque page, c’est celui de l’opium.  » Tout ce qu’on fait dans la vie, même l’amour, on le fait dans le train express qui roule vers la mort. Fumer l’opium, c’est quitter le train en marche ; c’est s’occuper d’autre chose que de la vie, de la mort.  » »

2 Comme OpiumLa Difficulté d’être est un livre de cure, cure de repos après le calvaire enduré pendant le tournage de La Belle et la Bête, durant lequel Cocteau souffre notamment de plusieurs maladies de peau. Le livre est commencé à Morzine (Haute-Savoie) en février 1946, continué à Paris, achevé début juillet à Verrières-le-Buisson, chez les Vilmorin. La convalescence se poursuivra dans le Poitou à La Roche-Posay du 25 juillet au 24 août. Le livre, auquel Cocteau ajoute une belle préface écrite en mars 1947 dans la maison qu’il vient d’acheter à Milly-la-Forêt, paraît en juillet de cette année.

 

« Réparer les vivants » : à lire dès maintenant

Bonjour,

L’émotion, voilà le piège. A la première lecture, on peut être trop ému pour en parler. Pas question, alors, d’en faire la recension. Il y a urgence à poser ce livre.[1] On le reprendra plus tard en cherchant au mieux d’où ce trouble vient. Un trouble et une émotion largement partagés : ce livre rencontre un beau succès dans les librairies francophones. Un succès qui surprendrait presque les critiques professionnels. C’est au fond assez simple. Il y a la qualité de l’écriture, il y a le thème et puis, bien sûr, le rythme. Les règles de la tragédie sont respectées et réinventées comme elles le sont dans les séries américaines. Avec ici quelques belles trouvailles, des plongées panoramiques dans l’histoire des rois et la symbolique du cœur.

L’émotion, on le sait, est le grand piège dans lequel aucun chirurgien ne saurait tomber. Ne jamais trembler quand on ouvre. Faire du corps anesthésié un objet à réparer. Une personne à qui on a parlé. Une personne à qui, si tout va bien, on reparlera. Mais, pour l’heure, une personne-objet ; un cas à travailler, un dysfonctionnement organique à résoudre. Voilà pour le pain quotidien du chirurgien. Et puis il y a aussi les exceptions. C’est le cas du chirurgien-préleveur. Il n’a jamais parlé avec ce corps qui n’est pas son patient, qui ne le sera jamais. Il se doit de le respecter mais se doit aussi de ne voir là qu’une mine. Des joyaux à extraire pour prolonger d’autres vies : celles d’hommes, de femmes, à qui il ne parlera jamais.

Berge du Styx

Aucune émotion, non plus, chez le chirurgien-greffeur. Du moins aucune émotion palpable. Il est ailleurs, mécanicien céleste sous le scialytique, ce mandarin en tunique, entouré de ses servants et servantes. Est-ce donner la vie que la prolonger ? Ne serait-ce pas plutôt la transmettre ? Transmettre la vie via un organe recueilli aux frontières du néant. Transmettre à une personne qui, sans cette infinie succession de gestes, de dons, allait basculer dans le vide. Chirurgien travaillant sur une berge, et une berge seulement du Styx. Avec ou sans Dieu.

On voit bien, ici, que l’émotion est à fleur de peau. Etrangement pourtant, la transplantation d’organe n’a jamais véritablement fécondé l’imagination des écrivains. Nous n’avons pas tout lu (et la chair n’est pas triste) mais il ne semble pas, depuis les célébrations faites à Christiaan Barnard (1922-2001), que la greffe ait donné matière à de grands livres. Dans les médias, elle s’est progressivement banalisée. Pour le journaliste, l’exploit n’est plus l’exploit quand il s’accomplit au quotidien. Cette activité chirurgicale retrouve, ici ou là, une existence médiatique quand il s’agit de lutter contre la pénurie de greffons, cette rançon de la banalisation de l’exploit. Mais on a beau faire, l’émotion n’y est pas. Il en fut de même il y a quelques semaines, en France, avec la première pose d’un nouveau modèle de cœur artificiel. De l’écriture à la bêche dans Paris-Matc . Une légende qui ne prend pas.

Harfang Emmanuel

Et voici, aujourd’hui, l’émotion contagieuse née de Réparer les vivants, une émotion qui n’est pas sans faire songer à un récent ouvrage, celui né du coma dans lequel fut plongé le journaliste Boris Razon.[2] Avec quelques nuances. Dans Palladium, la maladie était rarissime, le diagnostic impossible. Ici tout est d’une grande banalité, à commencer par l’accident de la circulation à l’origine du prélèvement chez un adolescent. Mais cette banalité est comme sublimée. Cela commence avec ce plaisir indicible qu’est celui de surfer sous la lune. Ils se prénomment Simon, Chris et Johan. L’un des trois mourra. Dans le département de la Seine-Maritime. Cela se terminera à Paris (La Pitié-Salpêtrière) sous les outils d’un mandarin archétypé portant le nom d’Harfang et le prénom d’Emmanuel. La receveuse sera Claire. Elle a trois fils et des cheveux blonds.

Cela pourrait être un roman-photo, une série télévisée. C’est, sinon un chef-d’œuvre, du moins un grand roman. Grand en ce qu’il constitue une prouesse d’écriture, de sensibilité à la fois exacerbée et maîtrisée. Avec, mais sans doute est-ce immanquable, le recours à quelques procédés. Simon a pour nom Limbres. Les prélèvements se feront dans l’hôpital de la ville du Havre et le miracle aura besoin, pour s’accomplir, de la participation du Dr Virgilio Breva, originaire du Frioul. Passons sur le mandarin, trop beau pour n’être pas vrai.

Fraternité

Qu’importe. On peut espérer que le succès de cet ouvrage fera plus pour la promotion du don d’organes que toutes les insipides campagnes institutionnelles menées sur ce thème. Et ce sera le cas. Tout simplement parce que l’auteure, Maylis de Kerangal, ne joue pas sur le clavier de la raison raisonnante mais sur celui, toujours payant, de cette émotion sublimée que peut faire naître la beauté. Et aussi parce qu’elle replace la fragmentation des corps dans un registre historique et religieux.

Mme de Kerangal nous donne à comprendre ce qu’est, aussi, la fraternité biologique et la solidarité économique qui sous-tendent la chirurgie de la transplantation : la version contemporaine d’un autre partage des corps. Non pas ceux du cannibalisme ou de l’eucharistie mais celui de la fragmentation des corps des rois. C’est là une pratique généralement oubliée que vient réveiller un bel ouvrage collectif.[3]

Membrum principalissimum

«Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps.» Ou encore : «Le cœur de Simon migre maintenant, il est en fuite sur les orbes, sur les rails, sur les routes, déplacé dans ce caisson dont la paroi plastique, légèrement grumeleuse, brille dans les faisceaux de lumière électrique, convoyé avec une attention inouïe, comme on convoyait autrefois les cœurs des princes, comme on convoyait leurs entrailles et leur squelette, la dépouille divisée pour être répartie, inhumée en basilique, en cathédrale, en abbaye, afin de garantir un droit à son lignage, des prières à son salut, un avenir à sa mémoire – on percevait le bruit des sabots depuis le creux des chemins, sur la terre battue des villages et le pavé des cités, leur frappe lente et souveraine, puis on distinguait les flammes des torches (…) mais l’obscurité ne permettait jamais de voir cet homme, ni le reliquaire posé sur un coussin de taffetas noir, et encore moins le cœur à l’intérieur, le membrum principalissimum, le roi du corps, puisque placé au centre de la poitrine comme le souverain en son royaume, comme le soleil dans le cosmos, ce cœur niché dans une gaze brochée d’or, ce cœur que l’on pleurait.»

Les rois ne sont plus. On décompte aujourd’hui des soleils comme s’il en pleuvait. Le caisson a pris la place du reliquaire et le taffetas noir n’est plus que plastique grumeleux. Et ce sont les fragments des corps de citoyens morts avant l’heure, qui voyagent dans ce qui fut un royaume pour aider d’autres citoyens à survivre. Le tout avec des deniers publics et dans l’anonymat le plus complet.

Brutalités charnelles

Réparer les vivants n’est pas que le roman d’une transplantation cardiaque laissant dans l’ombre, bien vivante, celles du foie et des reins. C’est bien l’une des rares chansons de gestes réinventées, une chanson sous tension extrême, une chanson faite de brutalités charnelles et de précautions chirurgicales infinies. Une aventure métaphysique ? Sans doute, mais collective et citoyenne. Inventée dans un nouvel espace fait d’anonymat, de bénévolat et de gratuité. Pour un peu on prierait. Une chandelle pour que, contrairement à ce qui se passe ici et là dans le monde, cette activité puissamment humaine puisse résister aux lois inhumaines du marché.

A demain

[1] de Kerangal M. Réparer les vivants. Paris : Collection Verticales. Editions  Gallimard, 2014.

[2] Razon B. Palladium. Paris : Editions Stock, 2013.

[3] Gueniffey P. (sous la direction de). Les derniers jours des rois. Paris : Editions Perrin, 2014.

Ce texte est  initialement paru dans la Revue médicale suisse  (Rev Med Suisse 2014;10:988-989)

Qui écrira l’histoire de l’infortunée Valérie T. ?

Bonjour

Les journalistes ne résistent pas à certaines tentations. Les philosophes non plus. Ainsi Alain Finkielkraut, dans la dernière (et assez remarquable) livraison de ses Répliques radiophoniques consacrée à Madame Bovary – que l’on peut écouter ici. L’auteur écartelé de L’identité malheureuse (Stock) ne put se retenir de faire un parallèle entre le petit roman normand de Flaubert et le vaudeville de la présidence de la République. Parallèle rapide certes, mais parallèle signifiant de notre temps. Des scènes de la vie de province en résonance avec ce qu’est devenue la scène médiatique  et politique nationale. On dira, nouvelle antienne, que Finkielkraut « aime jouer avec le feu ». Comme si ce supposé plaisir faisait de lui un coupable. Ou un malade.

Dix-huit mots

Palais de l’Elysée ? Peu après l’émission de France Culture qui aidait à percer les mystères de Flaubert le président de la République téléphonait à l’AFP. Et François Hollande, envoyé spécial sur des terres douloureusement personnelles, dictait à la sténo  les dix-huit mots que la France attendait. Une page républicaine se tournait. Ce fut le samedi 25 janvier 2014 peu avant les écrans-plats du 20 heures.

François Hollande a annoncé,  à titre personnel, la «fin de sa vie commune» avec Valérie Trierweiler, 48 ans. C’était précisément deux semaines après le scoop imagé du magazine « people » Closer et la révélation de sa liaison présumée avec l’actrice Julie Gayet, 41 ans. Deux semaines après le « gros coup de blues » plus ou moins légitime qui s’en suivit (mémoire-blog), les cachets et l’hospitalisation de la Première Dame en neurologie et à La Pitié. Puis l’annonce de son séjour en la résidence élyséenne de La Lanterne.

La vie aujourd’hui

Closer et son « scoop de caniveau » (Le Parisien/Aujourd’hui en France) ? La mémoire des people est là : François Hollande avait confié à Gala (concurrent de Closer) : «Valérie est la femme de ma vie ». Puis les people nous disent qu’il se mordit les doigts, plus tard, de ne pas avoir ajouté «aujourd’hui» par égard à Ségolène Royal, 60 ans, son ex-compagne, et ex-candidate à la présidentielle, avec qui il a quatre enfants. Mais quelle est la valeur de « la femme de sa vie » si on l’ajoute « aujourd’hui » ?

Les gazettes de la Toile : « Peu avant 15 heure, signe de l’impatience des médias, les télévisions en continu ont diffusé les images de deux voitures quittant La Lanterne, sans que les occupants puissent être identifiés. L’une d’elle est arrivée quelques heures plus tard au domicile du couple Hollande-Trierweiler, dans le 15e arrondissement ».

Gala et Taj Mahal Palace

La Première Dame ne l’est plus mais le conte continue. Celle qui n’est plus fée a remercié le personnel du Château de l’Elysée avant de s’envoler pour Bombay. Elle y retrouvera la meute de ses confrères et consœurs journalistes qui la suivront dans son déplacement humanitaire pour soutenir l’ONG Action contre la Faim (ACF). Aucun conflit d’intérêt : prévu de longue date ce voyage est financé par des entreprises, partenaires privés de l’association. On enquête pour savoir lesquelles. Et si la classe sera encore la première ou, déjà, celle des affaires.

La Toile : « Mme Trierweiler doit visiter l’hôpital de cette ville, puis assister à une session de formation du personnel médical, puis à un déjeuner de levée de fonds avec des femmes de chefs d’entreprises locaux. Un dîner de charité est prévu à l’hôtel Taj Mahal ». Charité au Taj Mahal Palace ?  Dans les contes de fées aussi, on retrouve le diable dans  quelques détails. Une conférence de presse était inscrite de longue date au programme indien. « Valérie Trierweiler  pourrait n’y faire qu’une brève apparition et ne prendra pas forcément la parole » selon ACF à Paris. Nous verrons.

Paris Match et D8

L’avion n’est pas parti que le tarmac et les salons frétillent d’interrogations. On les retrouve à la sorte de la messe dominicale dans Le Parisien et dans Le Journal du Dimanche. Il y est notamment question d’argent et d’infortune. Celle qui fut un instant Première Dame a subi ici un « préjudice moral indéniable ». Il faudra une « compensation financière ». A quel titre ? Les juges et les avocats préfèrent encore se taire. A l’exception de Me Bernard Fau, spécialiste de droit civil. Et « un membre du Conseil d’Etat ». Ira-t-on devant un tribunal ?

Et à nouveau la mise en abyme : l’ex-Première Dame avait abandonné, du fait de l’Elysée, son émission sur la chaîne D8. Mais avait conservé, sur Paris-Match, sa chronique littéraire hebdomadaire et son salaire. Les journalistes s’interrogent : que va faire cette « concubine délaissée », « sans patrimoine personnel » et »mère de famille de trois enfants ». Beau casse-tête de droit  – à l’heure de la parité légalisée et de la fin du « bon père de famille » (mémoire-blog).

Marigot

Une journaliste peut-elle raconter sa propre tragédie quand celle-ci se tient sous les ors et dans les palais de la République ? Valérie T. osera-t-elle l’autofiction ? Sinon qui écrira pour elle ? Le hasard (ou la sérendipité) veut que tout ceci coïncide avec la dernière affaire qui agite le monde parisien de l’édition – affaire traitée dans Libération par Philippe Lançon que l’on peut lire ici. Où il est notamment question de la plongée de l’auteur Régis Jauffret dans « le marigot de l’affaire DSK ». Et où il est surtout question de l’appropriation par des auteurs de drames personnels portés sur la place publique via le journalisme ou via la justice (ou les deux). Corollaire : DSK et ses avocats vont-il poursuivre le Seuil en justice et tout ce qu’il en adviendra ?

Blanche Baleine

« Qu’ont-ils tous, avec Strauss-Kahn ? Depuis le 14 mai 2011, après avoir été celle de la presse, il est devenu la baleine blanche du roman, l’infernal et spermatique cétacé que des écrivains cherchent à harponner – comme si sa présence était un défi à leur métier, écrit Philippe Lançon qui sait ce qu’écrire peut dire. Moby Dick, mais aussi Everest : c’est à qui fera l’ascension imaginaire du Sofitel jusqu’à la suite 2806,  sans oxygène et le plus vite possible. Ce n’est pas simple : la voie est fréquentée. Chacun de nous, sur cette petite planète, a voyagé dans la chambre du Sofitel et imaginé la psychologie, voire l’âme des personnages. Même Dostoïevski aurait du mal à créer derrière ce tapis de fantasmes en indivision. C’est naturellement ça qui attire des romanciers. Ils se mesurent moins à la bête qu’à la légende nourrie par les images, les articles et les gens. »

Baleine ou Eldorado ? Déjà quatre fictions inspirées par les aventures-déboires de ce social-démocrate  que tout le monde donnait pour président de la République : Chaos brûlant (Seuil), de Stéphane Zagdanski ; Une matière inflammable (Stock), de Marc Weitzmann ; l’Enculé (auto-édité), de Marc-Edouard Nabe ; et Belle et bête (Stock), de Marcela Iacub – Mme Iacub : juriste et collaboratrice de Libération.

Virginité

Et puis, bon cinquième : La Ballade de Rikers Island, de Régis Jauffret (Seuil). « Rapide, nerveux, purement narratif, plaisant à lire et sans lendemain, il  conte l’histoire comme si elle n’avait jamais été contée ou fantasmée avant lui, écrit Lançon. Comme s’il pouvait et devait, par son état romanesque d’enfance, conduire le lecteur, sur l’affaire la plus saturée du monde, à la virginité. » Qui, sinon elle, écrira les souffrances de Valérie T. ? Y aura-t-il ici des suites judiciaires ? Du style  Emma et Flaubert ?

(A demain)

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Qui a dit: « La Vieillesse est un naufrage » ?

Lampedusa, Concordia, La Méduse : les naufrages font toujours recette. C’est moins vrai de la vieillesse.  Les trop vieux naufragés savent-ils qu’ils font naufrage ?

Eléments de réponse et propositions de lecture.

Jeudi 3 octobre 2013 : les gazettes rapportent que des touristes auraient vu le président Chirac consommer une piña colada à la terrasse de Sénéquier, café réputé du port de la ville varoise où il a ses habitudes. Des clichés téléphoniques circulent. Les touiteurs touitent (1).

Arthur, auditeur du Var, parle sur RTL

« L’ancien président « très heureux, souriant » est resté « une petite heure » a précisé à RTL Arthur, un responsable de l’établissement. « Il a toujours l’œil vif, je pense que c’est une personne encore très vive d’esprit qui sait très bien ce qu’il fait et où il est. » D’où Arthur nous parle-t-il ainsi ? Où est la frontière qui permet de parler d’un vieillard comme s’il n’était plus véritablement une personne ? Quelles sont les raisons qui font qu’Arthur peut s’autoriser à dire qu’il pense que l’ancien président de la République sait qu’il est à la terrasse de Sénéquier.

Il y a un an Bernadette Chirac s’exprimait sur le même thème. Notamment dans Paris Match. Extraits :

« Sa voix s’est teintée d’émotion quand elle a évoqué l’état de santé de son mari Jacques Chirac sur Europe 1. Gaulliste convaincue, Bernadette Chirac a repris les mots du général sur l’âge et les années qui passent : «La vieillesse, le général de Gaulle l’avait dit, c’est un naufrage. Et je continue à la penser». Silence. Puis elle reprend sur le ton énergique qu’on lui connaît. . « Il n’est ni muet, ni aveugle. Il est capable d’aller se promener. Simplement, il faut veiller sur sa santé, ne pas l’inciter à faire de choses. Il ne peut plus faire de grandes promenades. D’ailleurs, il n’a jamais fait de sport. Il dit toujours, je suis comme Churchill, ‘No sports’. Je ne crois pas du tout que ce soit une recommandation à donner».

De Gaulle, Pétain, De Beauvoir

Même les gaullistes peuvent se tromper. Ou plus précisément ne pas dire l’exacte vérité. Il est possible que le Général ait dit ce que Bernadette Chirac, née Chodron de Courcel, dit qu’il a dit. Mais, contrairement à ce que l’on peut penser qu’elle pense, de Gaulle n’est pas le premier à l’avoir dit. Et tout laisse penser que Charles de Gaulle le savait. D’autant qu’il ne parlait pas de sa personne mais bien de Pétain et du naufrage de la France. On se déchire encore et les recherches en paternité se poursuivent pour identifier le géniteur de cette image. Pour l’heure le grand Chateaubriand tient la corde. Grâce notamment à Simone de Beauvoir née Simone-Lucie-Ernestine-Marie Bertrand de Beauvoir (1908-1986) qui écrivit, en 1970,  dans son  essai sur la vieillesse (Gallimard) :

« La vieillesse est un naufrage » écrivit Chateaubriand avant d’être plagié par le général de Gaulle, qui en avait après Pétain. »

Old age being a shipwreck   

On peut aussi, grâce à  la chirurgie de l’ostéoporose et avec l’aide  des Anglais, filer la métaphore maritime :

« Nous disons simplement qu’arrivé à un stade   la vieillesse étant un naufrage  il semble que tout soit dit, il reste quand même un capitaine à bord – pour combien de temps ? 

We shall simply say that one reaches a stage where– old age being a shipwreck – it seems that everything has been said but there is still a captain on board – for how long? »

Reste, pour l’heure, l’essentiel : « Le vieillissement psychique » de Benoît Verdon. Editions des Presses Universitaires de France (collection Que sais-je ?). Vous découvrirez  comment, sur le pont au fumoir et dans les soutes, on gamberge. Et comment les capitaines et les soignants de la croisière pourraient améliorer cette gamberge (2). Il vous en coûtera neuf euros. Moins que pour un mojito chez Sénéquier (Saint-Tropez).

 

 (1) A l’heure des célébrations (avant, pendant ou après avoir fini la Recherche les allergologues, les gériatres (les sexologues ?) ne seront pas insensibles au délicieux « Dictionnaire amoureux de Proust » des Enthoven, chez Plon).

Pour briller en société,  demander : « Marcel aurait-il tweeté ? ». Pour briller un peu plus encore, on aura pris la précaution de lire le dernier ouvrage du plus que prolixe  François Bon   (éditions du Seuil) : « Proust est-il une fiction ? ».

(2) Outre « Palladium » de Boris Razon (Stock) (dont nous avons déjà vanté ici les vertus), la littérature de la douleur vient de s’enrichir d’un nouveau titre : le redoutablement drôle « Vivre en mourant » (Flammarion) de Christopher Hitchens –traduction de Bernard Lortholary. Brillant journaliste américain (Slate.com, Vanity Fair, Atlantic) d’origine anglaise l’auteur tient la chronique d’une maladie du foie qui eut assez vite raison de lui : il aura à peine de dépasser le cap de la soixantaine.

    

« Palladium »: le roman choc d’un comateux ressuscité

C’est l’un des événements de la rentrée littéraire 2013. Picaresque. Hallucinant. Asphyxiant. Un prix quasi-assuré. C’est aussi un parfait exemple de ce que peut-être aujourdhui la  » littérature de la douleur ». Cette douleur qui est à coup sûr, elle aussi,  un langage.

Une douleur exquise. A mettre entre toutes les mains. A commencer par celles des anesthésistes-réanimateurs. Et de toutes celles et ceux qui travaillent avec eux. L’auteur en est sorti à la fois vivant et, assure-t-il, radicalement différent. C’est ce qui attend, également, le lecteur.  

C’est un roman pré-encensé. Un roman déjà comme embaumé par les anatomopathologistes de la critique. Palladium est le premier ouvrage de Boris Razon. Boris Razon est journaliste, directeur «des nouvelles écritures et du transmédia» (sic) à France Télévisions. Il a fait ses humanités à l’Ecole normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud avant d’entrer au Monde.fr dont il est devenu rédacteur en chef en 2002. Sa fiche biographique dit encore qu’il «se passionne pour les langages numériques».

Journaliste, normalien et néanmoins romancier

Roman pré-encensé ? Etre journaliste peut-il aider à obtenir de bonnes critiques dès lors que vous publiez votre premier roman ? Pas nécessairement. C’est sans doute différent quand vous exercez dans les échelons hiérarchiques de cette étrange profession. Reste que ces 472 pages (imprimées à Mayenne sur papier recyclable) pourraient bien faire date.[1]

Nous sommes dans le service de réanimation neurologique de la Pitié-Salpêtrière ; à un jet de plume d’ange des chambres froides de l’Institut médico-légal (2, place Mazas). Juste un fleuve à traverser. Puis bientôt ce sera Raymond-Poincaré (Garches). Le fleuve laissera alors la place à l’autoroute : l’hôpital accueille celles et ceux qui y brisent leur colonne, leur crâne et qui perdent la conscience.

La réa de La Pitié

Palladium ? Le normalien Boris Razon aime le latin. Dérivé du grec, le terme est une allusion à la statue de Pallas, tenue pour gage de la conservation de Troie. On sait ce qu’il advint – et ce qu’il en est de la Grèce.Palladium désigne néanmoins toujours ce qu’un peuple considère comme sa durée. Au figuré on retiendra qu’il exprime tout ce qui est «le garant de la conservation d’une chose». Le propos vaut-il pour une personne ? Sans doute quand cette personne se rapproche dangereusement de sa mort. Palladium ne doit pas être un terme très usité dans le service de réa de la Pitié. A quoi songeront les réanimateurs et tous les membres des équipes de réanimation quand ils découvriront ce roman ?

Les réanimateurs sont-ils très éloignés du bourreau de l’Alice souterraine de Carroll ; ce Carrol que cite l’auteur. «Le bourreau déclarait qu’il était impossible de couper une tête s’il n’y avait pas un corps dont on pût la séparer (…). Ce bourreau n’avait jamais rien fait de semblable jusqu’à présent et il n’allait sûrement pas commencer à son âge.» Lewis ne nous donne pas la date de la mort du bourreau d’Alice. Ce bourreau aurait-il tenu de tels propos s’il avait connu l’anesthésie puis la réanimation ? Les réanimateurs sont-ils des bourreaux hospitaliers ?

Où est la vérité ? 

Dans Palladium tout semble sacrément vrai, aussi vrai que les multiples extraits du rôle infirmier. C’est ici une frise poétique qui parcourt la prose du noyé. Les faits, les faits certifiés ? Tout semble s’être passé il y a sept ans. L’auteur n’est pas avare de termes médicaux – comment ferait-il sans ? A-t-il appris à traduire tout cela ? Et qui traduira en langues étrangères si ce livre a le succès que l’on pressent, succès qu’il mériterait amplement ? Pour l’heure, un lexique est fourni après l’épilogue.

Joyce et Homère à la Salpêtrière

Le jargon médical est là mais on reste sec sur le diagnostic (Guillain-Barré ?). Et c’est cette sécheresse qui est ici richesse : la plongée dans les limbes et les enfers du coma vaut pour tous les comas. Palladium est un contraire inversé du Dr Gregory House, cette vieille écriture américaine qui faisait encore, il y a peu, les délices de la première chaîne de la télévision française. Chez House, on ne comprend certes pas tout mais House nous guide. Ici, Razon nous perd au fur et à mesure qu’il se recherche et se trouve. C’est Joyce et Homère à la Pitié-Salpêtrière. L’alcool hospitalier titre bien trop fort pour être charitable. Les ivresses sont spontanées. Et Boris Razon en a conservé la mémoire : elles sont le cœur de son livre, son essence. Ce sont ces ivresses qui nourrissent les hallucinations. Des ivresses de douleur dans lesquelles l’homme est muré. Il en sortira. Pour les écrire faute de pouvoir les dire.

Les infirmiers-coryphée

Ce n’est que plus tard qu’il prendra le clavier. Et son dossier médical sera notre coryphée tandis que le patient divague au bord du précipice. Ces minutes professionnelles éclairent ce roman-polar. Elles lui confèrent sa perspective. Même astuce pour le temps, ce temps qui passe si différemment quand nous sommes alités. Ici, le malade allongé pèche sur l’une des rives du Styx. Nous commençons à J-64. Puis le temps se dilate sur quatre cents bonnes pages.

Dire un mot de la fin ? On le peut : l’auteur a pu revenir des abîmes dès lors qu’il nous offre le journal de bord de sa remontée. Il ne nous demande pas de croire aux forces de l’esprit mais c’est tout comme. On ferme ces pages et l’on est conforté dans l’idée que l’on peut, entre les cils, entrevoir l’avenir. «Je te propose de sentir l’animal qui est en nous. J’ai été le théâtre d’un combat sans merci. Sous mes yeux la vie et la mort n’ont cessé d’en découdre et je les ai vues. Chacune des deux étaient en moi. Je suis le fruit de ce combat et je voulais en garder une trace. Ce livre est notre palladium.»

Vivre= une oxygénation forcée

Les distanciés objectiveront : c’est là un nouveau témoignage de décorporation. Mais un témoignage laïc, un témoignage paradoxal qui ne fait ni l’économie de quelques démons intérieurs ni celle de quelques âmes en réanimation. Les littérateurs verront-ils là un nouveau roman dans le genre, aujourd’hui florissant, de la «littérature de maladie» ? A coup sûr ; avec ce possible effet secondaire de la ventilation contrôlée : le passage de l’organique à la folie et au dérèglement de l’espace-temps. Normale ou pathologique, la vie n’est presque rien d’autre qu’une oxygénation forcée.

Dans la recension qu’il fait de Palladium pour le Monde des Livres (daté du 30 août), le philosophe Pierre Zaoui ose une référence. «Il faudrait peut-être renverser terme à terme la célèbre définition que donnait le physiologiste René Leriche (1879-1955) de la santé pour essayer, sinon de comprendre, du moins d’entrevoir l’expérience effroyable qui nous est ici décrite, écrit-il. Si la santé est la vie dans le silence des organes, alors la maladie devient la hantise de la mort dans le délire des organes.» Ainsi donc le chirurgien René Leriche[2] n’aurait pas disparu. On tiendra pour symptôme le fait qu’un responsable de la revueVacarme[3] cite, dans Le Monde, cet ennemi farouche de la souffrance qui fut longtemps voué à de tardives gémonies : il avait traversé cahin-caha des temps inhumains sans perdre sa foi en l’homme.

Vivre dans le silence des organes

Leriche avait appris à connaître les multiples mutilés de la première boucherie mondiale. Chirurgien vasculaire hors pair, il s’était penché sur le tronc sympathique pour mieux comprendre la douleur : comment opérer sans faire souffrir ? Il était mort dix ans après la seconde boucherie, soit avant les vrais triomphes de l’anesthésie-réanimation. Il avait eu le temps de cette définition : «La santé, c’est la vie dans le silence des organes».

Faut-il en changer ? Et que faire quand on ne sait plus faire taire ces mêmes organes ? Quand on approche de la fin et que cette fin n’est plus écrite ? Ici, le parcours romancé de Boris Razon trouve d’autres échos. Ce sont ceux des batailles contemporaines sur les champs de l’euthanasie et d’un droit qu’il y aurait au suicide médicalement assisté. Ces échos expliqueront également le succès de ce roman.

Soliloquer sa douleur

Ne pas perdre sa foi en l’homme ? A l’Institut médico-légal comme à la Pitié-Salpêtrière et à Raymond-Poincaré, beaucoup s’y emploient. Certains poursuivent aussi l’œuvre de René Leriche. Ils cherchent à descendre dans les profondeurs comateuses pour chercher les traces de la conscience humaine. Comme le Coma Science Group[4] que dirige à l’Hôpital universitaire de Liège le Pr Steven Laureys. Le philosophe Pierre Zaoui observe que palladium rime avec opium et laudanum. Et le Palladium de Boris Razon «énonce une vérité tragique de l’expérience aux limites de la maladie : elle ne grandit jamais, n’enrichit jamais ; ce qui ne nous tue pas nous rend plus triste». «On pourra toujours alors reprocher à ce premier roman certains défauts du genre, il n’empêche ; c’est un livre dont on ressort les yeux rouges, ému, déplacé» conclut-il.

Comment ne pas être ému devant une renaissance ? On peut aussi sortir de ce livre autrement. Bien vivant. Debout. Comme un peu plus grand. «La douleur est un langage» écrit Razon. Ou un soliloque.
[1] Razon B. Palladium. Paris : Editions Stock, 2013.

[2] Leriche R. Souvenirs de ma vie morte. Paris : Editions du Seuil, 1956.

[3] www.vacarme.org/.

[4] www.coma.ulg.ac.be/fr/.

Ce billet a initialement été publié  dans la Revue médicale suisse.