Révoltes citoyennes contre la disparition des généralistes : l’éclairant abcès de Fumel

 

Bonjour

A Fumel (Nouvelle-Aquitaine), on sait ce que violence veut dire. La guerre de Cent Ans, celles de Religion, la Libération de 1944 ont laissé des traces. Nous sommes ici à proximité de la Bouriane sur une colline surplombant les vallées du Lot, de la Thèze et de la Lémance. C’est le paradis sur Terre dans sa version Lot-et-Garonne. Compter environ 12 000 habitants. Et puis, soudain, une pétition angoissée. La population souffre par anticipation  du départ de plusieurs généralistes. Et si rien n’est fait, ils ne seront pas remplacés.

Voici l’appel :

« L’accès aux soins est un droit absolu ! Nous, habitants du Fumelois, des coteaux de la Lémance au bord du Lot, nous sommes menacés dans ce qui devrait pourtant être une priorité, l’accès à des soins efficaces dans un délai raisonnable.

« Nous sommes de plus en plus nombreux à rencontrer les pires difficultés pour nous soigner ! Le départ des médecins du territoire ou leur mise à la retraite ne permet plus à ceux qui restent de prendre de nouveaux patients. Face à cette situation, nous vous écrivons pour vous alerter sur la situation, et surtout pour que vous agissiez afin de : disposer d’un réseau de maisons de santé pour desservir tout le territoire ; renforcer la coopération médecine de ville/médecine hospitalière ; mettre en oeuvre un projet de santé innovant

« Comment, sans cela, attirer de nouveaux médecins, indispensables à l’attractivité du territoire? Merci de votre participation à cette pétition qui se veut citoyenne et sans parti pris ! »

Croiser les doigts

On pourrait imaginer ici une forme d’outrance. On aurait tort. « La situation est vraiment dramatique, confirme au Quotidien du Médecin le Dr Nathalie Pauliac, généraliste à Fumel. Nous étions quinze médecins il y a dix ans, nous ne sommes plus que six. En un an, nous avons perdu quatre généralistes : retraite, maladie, départs dans d’autres communes… Énormément de gens n’ont plus de médecins. Il faut quinze jours pour obtenir un rendez-vous, nous consultons jusqu’à 21h30, nos secrétaires sont épuisées. Nous ne pouvons prendre de nouveaux patients ; j’accepte les conjoints ou les enfants, mais pas au-delà. »

L’épouse du Dr Éric Guffond : « A 63 ans, mon mari s’épuise au travail, mais il n’a pas le cœur de refuser des patients sans médecin. On ne s’engage pas à les suivre d’une façon pérenne, mais on leur propose de venir à notre consultation libre ». Et puis ces doléances, en écho de la pétition :

  « Depuis le départ de notre médecin traitant, nous avons beaucoup de difficultés à faire soigner nos enfants en bas âge. » « Mon mari est diabétique insulino-dépendant et nous n’avons plus de médecin traitant. » « Notre médecin a pris sa retraite, nous sommes obligés d’aller à 20 km pour trouver un médecin de référence. Pour le moment, on peut encore conduire, mais après… » « Maman d’un petit garçon, sans permis de conduire, je n’ai plus de médecin à proximité. Reste à croiser les doigts pour qu’il n’arrive rien ! »

Chasseurs de tête

Le quotidien Sud-Ouest vient de donner de la voix . La « communauté de communes » recevra la pétition quand le quota sera atteint. Quant à La Dépêche, elle se souvient. C’était en septembre 2015, à Villeneuve, non loin de Fumel. A 66 ans le Dr Francis Cazeils partait à la retraite, sans successeur. Il tirait la sonnette d’alarme. La sonnette s’est tue.

« On a tout essayé, disait-il. Des petites annonces dans les revues spécialisées, prendre des stagiaires au cabinet. J’ai eu des contacts, notamment de confrères qui veulent changer de région mais ça n’a jamais abouti. Peut-être que mon chiffre d’affaires n’est pas assez attractif. Moi, il me suffit. Mais celui qui veut le développer, il lui suffit de laisser la porte ouverte, les patients vont s’y engouffrer. »

Pour l’heure, faute de s’engouffrer, les patients s’énervent. Sur place les élus estiment que c’est désormais à l’État de favoriser l’installation de médecins dans les zones rurales. Or l’Etat n’est, précisément, plus là. Dans l’ombre les agences de placement de généralistes étrangers affûtent leurs contrats plus ou moins léonins. Voici le temps venu des chasseurs de tête.

A demain

 

Une ancienne ministre socialiste tape sur les doigts des journalistes et des buralistes

Bonjour

Les années passent, les fléaux demeurent. Celui du tabagisme comme celui de l’incapacité politique à trouver une thérapie à cette addiction de masse organisée par un Etat dissocié. Dernière pièce en date :

Acte I. Un entretien accordé au quotidien  Sud-Ouest par Jean-Luc Renaud secrétaire général de la Confédération des buralistes.

Acte II. Les commentaires faits, à la lecture de Sud Ouest, par Michèle Delaunay, ancienne ministre socialiste des  Personnes âgées, aujourd’hui députée (PS, Gironde) et présidente de l’Alliance contre le Tabac.

Acte III. Les commentaires de ces commentaires que l’on peut lire sur Le Monde du Tabac, site des buralistes.

Que dit le patron des buralistes ? Ceci :

 « Nous vendons le paquet neutre depuis le 20 novembre dernier et toutes nos inquiétudes se vérifient. Nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes. En revanche, pour nous, les buralistes, c’est un surcroît énorme de travail pour identifier les paquets, qui sont tous identiques, et les ranger. Sans compter le risque d’erreur pour nos clients.

« Si on veut protéger la santé, ce qui est légitime, menons alors une vraie politique de prévention comme en Allemagne, où le tabagisme diminue chez les jeunes alors qu’il n’y a pas de paquet neutre et que la publicité pour le tabac y est autorisée. Ce que nous demandons, surtout, c’est que les fumeurs achètent leur tabac chez nous et que l’État s’attaque vraiment au marché parallèle ».

Que répond Michèle Delaunay ? Cela :

 « Cet article rapporte l’ ‘’opinion’’ d’un buraliste sur le paquet neutre, alors que celui-ci n’est que très partiellement entré dans les linéaires de vente (première apparition le 20 novembre), les débitants ayant le droit d’écouler leurs stocks jusqu’au 31 décembre. On comprend à l’évidence que, utile ou non, il n’a aujourd’hui aucune chance d’avoir pesé le moins du monde sur le volume des ventes.

« Or notre buraliste affirme le contraire. Il a le droit, mais le journaliste a deux devoirs : 1-de l’interroger sur la brièveté du délai et son manque de signification 2- de ne pas mettre son affirmation en encadré au coeur de l’article « nous ne constatons pas de diminution de la vente de cigarettes depuis le paquet neutre ».

« Le contenu de l’interview est,  ‘’as usual’’, un résumé des éléments de langage fournis par les cigarettiers : approximations (« des milliards.. »), vérités falsifiées (1000 fermetures de bureaux de tabac par an alors que beaucoup sont des regroupements ou des relocalisations et que les bureaux de tabac sont les 3èmes commerces de sécurité les plus florissants), déformations de faits (l’efficacité de la prévention en Allemagne), contradictions (sur les ventes illicites)…

« Tout cela, sans avis contraire mis en face à face, comme on le trouve de plus en plus souvent dans les médias écrits, sans droit de réponse, sans question demandant des précisions ou opposant des faits. Le paquet neutre n’est pas LA solution contre le tabac, mais il ne sert certainement pas à rien.

Responsabilité électronique

 « Pourquoi je râle ? Parce que le sujet est trop sérieux pour qu’on accorde une demi-page à un buraliste sans aucun rétablissement des vérités démontrées, ni sans aucune mise en perspective. Parce que, tout simplement, le tabac tue en deux jours autant que l’insécurité routière en un an. Tous les médias aujourd’hui -à raison- insistent sur les risques encourus dans la nuit du 31 décembre et alertent les conducteurs. Devons-nous laisser « l’opinion » d’un seul peser sur l’Opinion en toute impunité ? Les médias ont aujourd’hui une considérable responsabilité concernant les grands enjeux de santé publique qui détruisent nos sociétés de l’intérieur (addictions en tête). Responsabilité qu’ils partagent avec les politiques et dont, les uns et les autres, ils devront répondre.  ‘’Vous saviez et vous n’avez rien fait’’.

Sud Ouest répondra-t-il à l’ancienne ministre ? Le Monde du Tabac s’y emploie « D’ici que Michèle Delaunay émette une proposition de loi imposant la publication d’un avertissement sanitaire chaque fois qu’un buraliste s’exprime dans la presse, il n’y a qu’un pas ». Qui le fera ? Pourquoi Mme Delaunay ne dit-elle rien, elle qui sait, sur sa propre responsabilité quant à son absence d’intérêt pour la cigarette électronique ?

A demain

 

Tuberculose : dépistages tardifs face à une bouffée résistante dans un lycée du Pays Basque

 

Bonjour

Comment parler de tuberculose sans faire peur ? Comment évoquer publiquement une « information délicate » ?  « À information délicate, communication de crise », résume Sud Ouest. Depuis juin, cinq élèves étaient soignés, mais deux nouveaux cas de la maladie infectieuse viennent d’être dépistés. L’information a été confirmée le 18 octobre par la Ville d’Anglet.

Tous les cas concernent le lycée du bâtiment  Cantau. « Des cas avérés. Les étudiants sont soignés à l’hôpital de Bayonne », indique le maire Claude Olive. Sud Ouest précise que la maladie « aurait été contractée par un élève du lycée ayant séjourné à l’étranger ». Pays non précisé.

« À information délicate, communication de crise » ? Le rectorat fait savoir que l’expression n’était  pas du proviseur, Gérard Monpays mais de Dominique Gratianette, secrétaire général de l’Inspection académique, s’exprimant en compagnie de Marie-Pierre Bellegarde, médecin conseiller technique de l’Inspection académique.

Premier cas fin juin

Selon ces deux responsables, un premier cas de tuberculose avait été détecté fin juin – puis trois cas au cours de l’été, alors que l’établissement des métiers du bâtiment était fermé. Ils concernaient des élèves scolarisés lors de l’année 2015-2016.

À la rentrée de septembre, il s’est avéré qu’un quatrième élève était infecté par le bacille tuberculeux. Ces cinq élèves ont été soignés, et sont revenus au lycée, précise Dominique Gratianette. C’est une maladie qui se soigne très bien. Il n’y a pas lieu d’affoler les populations, mais d’appliquer un protocole pour circonscrire la propagation. » Sud Ouest poursuit :

« De fait, chaque élève présentant les symptômes de la tuberculose a fait l’objet d’un traitement adapté au Centre hospitalier de la Côte basque (CHCB) à Bayonne. Et l’entourage (famille, relations de loisirs, camarades de classe, partenaires de club de sport) de chaque malade a bénéficié d’un dépistage. ‘’Pour chaque cas, une centaine de personnes dans des cercles plus ou moins proches ont été testées’’, avance la Dr Marie-Pierre Bellegarde. »

Dépistage à étendre

Ce sont les derniers dépistages, effectués les 7 et 11 octobre, qui ont révélé l’existence de deux autres malades. « La période d’incubation de la tuberculose peut être de plusieurs mois, voire de plusieurs années », précise la Dr Bellegarde. Sud Ouest rappelle que, selon l’Organisation mondiale de la santé, « les personnes atteintes de tuberculose évolutive peuvent infecter entre dix à quinze autres personnes avec lesquelles elles sont en contact étroit en l’espace d’une année ».

Jusqu’à présent, seuls les parents concernés par le dépistage ont été destinataires d’une information. Selon Dominique Gratianette, tous les parents vont désormais faire l’objet d’une communication. Le lycée des métiers du bâtiment Cantau compte 1 420 élèves répartis dans quatre-vingt classes pour des formations relevant des séries générales professionnelles et post-bac.

Le protocole est piloté par l’Agence régionale de santé (ARS). C’est-elle qui doit préciser désormais « à qui étendre ce dépistage ». Vaste sujet. Pourquoi si tard ?

A demain

Que risque vraiment un pharmacien catholique français refusant la vente de contraceptifs ?

Bonjour

La grande fatalité a ses petits secrets. L’histoire pharmaceutique survient alors que ne cesse de grossir l’affaire Barbarin, du nom du Primat des Gaules aux prises avec d’anciennes affaires de pédophilies ayant son diocèse pour cadre. Pour notre part  nous sommes à Salleboeuf, petite commune de l’Entre-deux-Mers. Un peu plus de deux mille habitants et une seule pharmacie. Et un pharmacien qui nourrit de solides croyances religieuses catholiques.

Bruno Pichon  vient de se voir notifier par ses pairs une interdiction provisoire (une semaine) d’exercer pour avoir refusé de vendre des contraceptifs ; l’affaire vient d’être révélée par le Planning familial de Gironde et amplifiée par le quotidien régional Sud Ouest.  « C’est gravissime, on ne peut pas laisser les choses en l’état et la loi doit s’appliquer partout, a déclaré à l’AFP Annie Carrareto, administratrice du Planning familial de la Gironde. Elle  confirme « la suspension pour une semaine » de Bruno Pichon par le conseil de discipline de l’Ordre des pharmaciens. Contacté par l’AFP, Bruno Pichon, pharmacien à Salleboeuf, une petite commune de 2.200 habitants située dans l’Entre-deux-Mers, a effectivement confirmé sa suspension mais s’est refusé à tout autre commentaire.

Stérilet et pilule du lendemain

« Nous avons été contactés en janvier par deux clientes de l’officine de M. Pichon à qui on avait refusé la distribution de contraceptifs prescrits par des médecins, raconte Annie Carrareto. Envoyées sur place le 12 janvier, deux de nos militantes ont essuyé le même refus après avoir demandé un stérilet et une pilule du lendemain prescrits par un médecin du Planning familial. »

On imagine sans mal la suite : le Planning en a informé l’Ordre des pharmaciens. Il venait de suspendre pour une semaine à partir du 2 mai 2016, le même pharmacien après une plainte similaire. Ce même pharmacien girondin avait été condamné pour refus de distribution de contraceptifs en novembre 1995 et en première instance. Il avait alors épuisé, sans succès, toutes les procédures auprès de la Cour d’appel, de la Cour de cassation et de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Toutes l’ont débouté, assure Sud Ouest. Saisie en dernier recours, la CEDH avait statué qu’il « ne pouvait faire prévaloir ses convictions religieuses pour justifier ce refus de vente ».

Quinze ans plus tard, le même pharmacien officie toujours dans la  seule pharmacie d’officine de Salleboeuf è et il ne vend toujours pas de contraceptifs. Le Planning familial girondin a alerté les élus, la préfecture de Gironde et l’Agence régionale de santé (ARS). A ce jour seule l’ARS a répondu, en acceptant de recevoir les représentants du Planning a indiqué son administratrice.

Faites confiance à votre pharmacien

 Le refus de vente du pharmacien ? Il faut ici lire Le Moniteur des Pharmacies :

« Votre pharmacien possède le droit de refus de vente qui s’exerce dans le seul intérêt de la santé publique.   Il a le droit de l’appliquer quand une demande de médicament contenant des substances vénéneuses n’est pas motivée par une ordonnance médicale ou si cette dernière comporte des associations de médicaments dangereuses ou des contre-indications pour le malade.   

« Pour les mêmes raisons ou pour empêcher une utilisation détournée, il pourra aussi refuser la délivrance d’un médicament dit « en vente libre ». Tout acte pharmaceutique non conforme au code de la santé publique engage la responsabilité du pharmacien. Cette responsabilité est aussi entière quand il délivre des médicaments à partir d’une prescription médicale.    

 « La pharmacie est un lieu de vente particulier, car le médicament destiné à soigner n’est pas inoffensif ; faites confiance à votre pharmacien, écoutez ses conseils et acceptez ses refus c’est votre santé qui est en jeu. »

 Maîtrise féminine de la fécondité

 Le site Génèthique avait, en 2011, évoqué le témoignage de Bruno Pichon qui s’était confié dans l’ouvrage « Pharmaciens hors-la-loi » (éditions de l’Homme nouveau) ouvrage qui abordait  les différents aspects de l’ « objection de conscience » des pharmaciens :

« Bruno Pichon, pharmacien, livre ainsi son témoignage d’objecteur : en 1994, en accord avec sa femme et sa belle-sœur avec lesquelles il travaille, il décide d’arrêter de délivrer tout produit contraceptif. Cette décision est le fruit d’une prise de conscience progressive du lien étroit qui unit contraception et avortement. Traduits en justice pour leur objection de conscience, ils seront condamnés par la Cour d’appel de Bordeaux le 13 janvier 1998 pour avoir fait « obstacle aux dispositions légales qui viennent protéger la liberté fondamentale des femmes à maîtriser leur fécondité« . Le jugement sera confirmé par la Cour de cassation et la Cour européenne des droits de l’homme.

« Bruno Pichon témoigne de la difficulté pour les pharmaciens catholiques de continuer à exercer leur profession dans un tel contexte : certains changent de métier, d’autres s’adaptent au mieux à ce que la loi leur impose. La condamnation qui guette les pharmaciens objecteurs est pourtant légalement ambiguë : en effet, le Code de la santé publique, s’il ne reconnaît pas la clause de conscience aux pharmaciens, ne les soumet à aucune obligation de vente de produits abortifs. C’est un détournement du Code de la consommation qui a motivé les juges au prétexte que les pharmaciens ont le monopole de la vente de ces produits. Un tel jugement relève du déni de la qualité soignante du pharmacien et n’entraîne aucune obligation : les médecins qui ont le monopole de la pratique des avortements ont, eux, une clause de conscience. »

C’est, de fait, l’une des très grandes différences entre ces deux professions.

A demain

 

 

Vaccins : que diriez-vous d’un grand référendum pour ou contre l’usage de l’aluminium ?

Bonjour

C’est le sujet écologique du jour : l’abcès de Notre-Dame-des-Landes. Une vieille question aéroportuaire travaillée sous toutes les coutures, des oppositions radicales et infranchissables, une guerre moderne et médiatique. Nous en étions là, aux antipodes du consensus quand soudain, le chef de l’Etat sortit, en direct et à la télévision, une nouvelle carte : un référendum.

Aussitôt c’est un nouveau casse-tête pour le gouvernement. Depuis quarante-huit heures tous les médias tentent de comprendre, avant de conclure à l’impasse. « Le locataire de Matignon veut aller vite et en finir avec ce dossier ultrasensible vieux de plus de cinquante ans, et qui empoisonne le gouvernement depuis 2012, quand une évacuation de la zone à défendre, la ZAD, par les forces de l’ordre avait échoué, rappelle Le Monde. Jean-Marc Ayrault, nouveau ministre des Affaires étrangères, était alors premier ministre et Manuel Valls, ministre de l’intérieur. Manuel Valls réclame depuis de longs mois le démarrage des travaux et donc l’expulsion des quelque deux cents à trois cents occupants de la zone sur laquelle doit être construit l’aéroport. »

Comment comprendre ? Le chef de l’Etat aurait-il voulu donner des gages aux anciens écologistes invités au sein du nouveau gouvernement ? A-t-il voulu satisfaire à la demande de Jean-Marc Ayrault, ancien président de la région ligérienne et ardent défenseur du projet de Notre-Dame-des-Landes, qui demandait une « relégitimation » du projet ? Pourquoi, soudain, ce petit espace référendaire dans un pays à ce point jacobin ? Et comment ne pas imaginer que ce qui peut être vrai pour une affaire aéroportuaire régionale pourrait aussi le devenir pour une affaire sanitaire d’importance nationale ?

Politique vaccinale à rénover

Où l’on en vient à la grande rénovation de la politique nationale vaccinale annoncée il y a un mois par Marisol Touraine. Une consultation qui, la ministre étant restée en place, sera menée sous son autorité. En tête d’affiche : remettre ou non en question le caractère « obligatoire » ou « recommandé » des vaccinations.  Mais, sous-jacent, on trouve très vite l’abcès des adjuvants et, plus précisément, celui de l’aluminium.  Dans les camps des anti-vaccins on ne fait guère l’économie des outrances comme en témoigne le sujet traité sur le site Egora : « La vaccination est un homicide involontaire » : la nuisance des anti-vaccins ». Extraits :

« Adeptes de la naturopathie, complotistes ou simplement inquiets, les anti-vaccins se font entendre de plus en plus. Grâce à Internet, leur discours trouve un écho sans précédent. Inquiets, les pouvoirs publics peinent pourtant à se faire entendre face à ces lobbys qui profitent d’un terreau fertile (…)

Personnes en danger

Le 14 janvier dernier, l’ex-médecin homéopathe Marc Vercoutère a été condamné pour exercice illégal de la médecine. Pour la quatrième fois. Marc Vercoutère n’est plus inscrit à l’Ordre depuis 1992, mais continue de délivrer des certificats de contre-indication à la vaccination. « Cette nouvelle condamnation ne va rien changer à ma pratique. Je n’ai pas le droit de refuser de porter assistance à une personne en danger », assure l’ancien médecin installé à Pau (…). Moi, j’apporte cette information puisque la France est le royaume de la pensée unique. La vaccination doit être assimilée à la mise en danger de la santé d’autrui par l’administration de substances toxiques. C’est une forme d’homicide involontaire », assure celui qui est aussi président de l’Association liberté information santé (Alis) (…).

Et parmi les sujets chers aux anti-vaccins, celui des effets secondaires et des adjuvants est particulièrement sensible. Pour répondre à la question de l’aluminium, une nouvelle étude de l’Inserm dirigée par le Pr Romain Gherardi et financée par l’Ansm est en cours. Les conclusions devraient être connues en juillet 2017. « Aujourd’hui, les études menées au niveau international concluent à un rapport bénéfices-risques favorable. Mais il s’agit de lever tout doute potentiel. Pour le moment, on n’est pas capable de répondre en étant sûr à 100 %. Il est d’ailleurs demandé aux laboratoires de trouver d’autres méthodes pour doper l’immunité sans aluminium », glisse Sandrine Hurel, dont le travail a servi de base au plan de rénovation de la politique vaccinale. 1

Discours ambivalent

Un discours pour le moins ambivalent qui ne passe pas auprès de certains pontes de la vaccination. D’autant que le Pr Gherardi, qui dirige cette nouvelle étude, a justement décrit dans The Lancet, en 1998, un lien entre la présence d’aluminium dans les vaccins et la déclaration d’une myofasciite à macrophages chez certaines personnes. 

« Il n’y a qu’en France qu’on se pose autant de questions par rapport aux adjuvants ! Tout ça parce que des chercheurs ont lancé des idées qui ont fait polémique et qui n’ont été reprises nulle part ailleurs, s’agace le Pr Daniel Floret. Le silence des pouvoirs publics face aux polémiques a été un problème majeur ces vingt dernières années, poursuit le Pr Floret. À tel point qu’aujourd’hui la parole publique est difficilement audible (….). ». »

Des incohérences à tous les étages… une parole publique difficilement audible… des responsables ambivalents… des oppositions radicales… Un besoin de « relégitimation »…  Les similitudes ne manquent pas avec Notre-Dame-des-Landes. Et le temps pourrait ne plus être très loin où, pour crever l’abcès, on envisagera, en haut lieu, le recours à un référendum sur les adjuvants.

A demain

1 Le rapport sur la politique vaccinale de Sandrine Hurel est disponible à cette adresse :  http://socialsante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_sur_la_politique_vaccinale_janvier_2016_.pdf

 

 

 

Manuel Valls : « Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ». Comment faut-il entendre le Premier ministre ?

 

Bonjour

Peu de monde mais une pluie de symboles, hier 10 janvier, sur la place de la République, à Paris. La veille Manuel Valls, Premier ministre, avait pris la parole dans le cadre de l’une des cérémonies, en mémoire des victimes de l’attaque de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, le 9 janvier 2015. Extraits :

« Pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser.

 « Rien ne peut expliquer que l’on tue à des terrasses de cafés! Rien ne peut expliquer que l’on tue dans une salle de concert ! Rien ne peut expliquer que l’on tue des journalistes et des policiers ! Et rien ne peut expliquer que l’on tue des juifs ! Rien ne pourra jamais expliquer ! ».

Aucune excuse

Après les attentats terroristes du 13 novembre, Manuel Valls avait déjà expliqué qu’ « aucune excuse sociale, sociologique et culturelle » ne devait être cherchée. Extraits :

« Ne donnons pas le sentiment (…) que parce qu’il y aurait des difficultés dans nos quartiers populaires, parce que la jeunesse n’aurait pas d’avenir, qu’on pourrait trouver la moindre excuse et la moindre justification à ce qui s’est passé.

 « Non! Parce que, sinon, ça voudrait dire qu’un jeune qui est en difficulté, qui a connu l’échec scolaire, qui est par ailleurs d’origine étrangère ou de confession ou de culture musulmanes, ou qui a été converti parce qu’il y a le poids (…) de l’islamisme ou du salafisme dans les quartiers, ce jeune, automatiquement, parce qu’il connaîtrait ces difficultés, irait directement vers la radicalisation.»

Explications des causes du cancer

Peu d’échos, alors, dans les universités, les amphithéâtres, les laboratoires. Quelques débats pour initiés sur France Culture. Un mois plus tard, le 14 décembre, trois sociologues 1 publiaient une tribune dans Le Monde : « La sociologie, ce n’est pas la culture de l’excuse ! ». Leur texte, essentiel, dépasse de beaucoup la sociologie et les sciences humaines :

« Le Premier ministre, Monsieur Manuel Valls, ne devrait pas parler dans la précipitation : il confond deux verbes simples, « excuser » et « expliquer ». C’est en tout cas ce que laissent penser ses mots, répétés la semaine dernière au Sénat et dans les médias : « J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications culturelles ou sociologiques à ce qui s’est passé [i.e. les attentats du 13 novembre] » (réponse à une question du sénateur Christian Favier, au Sénat, le jeudi 26 novembre).

« Si chercher à expliquer tel ou tel phénomène permet généralement de le comprendre, le processus d’explication ne présage en rien de ce qui relève d’un autre enjeu : juger, et donc condamner ou excuser. Surtout, la recherche d’explications est indispensable à l’action, qu’elle soit politique, économique ou encore militaire. Et nous ne saurions croire que le premier ministre et son gouvernement engagent l’action de la République française, en cette période extrêmement grave, sous le coup des seules émotions.

«  Qu’aurait-on pensé si Manuel Valls avait dit« J’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des explications géologiques aux tremblements de terre » ou encore « j’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des explications médicales au cancer » ?

S’expliquer et s’excuser

«  Mais aujourd’hui, c’est à nouveau la sociologie qui est attaquée, comme le sont de plus en plus souvent les sciences humaines et sociales, qui ont pourtant fait et font aussi la renommée intellectuelle de notre pays.

Les deux principales associations professionnelles françaises de la discipline, l’AFS (Association française de sociologie) et l’ASES (Association des sociologues enseignants du supérieur) demandent donc au Premier ministre de s’expliquer sur ses propos et de s’en excuser. Leurs responsables se tiennent à sa disposition pour lui décrire plus précisément en quoi consistent exactement notre discipline et nos recherches et la façon dont nous pouvons nous aussi contribuer, avec nos propres ressources, à lutter efficacement contre toutes les formes de terrorisme. »

Parler dans la précipitation ? S’expliquer ? Manuel Valls vient de le faire Place de la République. Aujourd’hui la question s’élargit. La gauche est-elle l’héritière des Lumières ? Les sciences humaines sont-elles de gauche ? Manuel Valls, Premier ministre d’un gouvernement socialiste, l’est-il encore ? Qu’est-ce que le socialisme ? Qu’est-ce que la gauche ?

A demain

1 Il s’agit de Frédéric Lebaron,  président de l’Association française de sociologie ainsi que de Fanny Jedlicki et Laurent Willemez  co-présidents de L’Association des sociologues enseignants du supérieur.

 

 

 

Sud Ouest : Nicolas Bonnemaison parle de sa tentative de suicide, accuse l’Ordre et l’institution judiciaire

 

Bonjour

C’est une exclusivité Sud Ouest d’ores et déjà relayée par l’Agence France Presse. Le 24 octobre dernier l’ex-urgentiste bayonnais Nicolas Bonnemaison était condamné (en appel)  à deux ans de prison (avec sursis). Il avait été reconnu coupable d’avoir délibérément donné la mort à une patiente en 201. Puis il avait tenté de se suicider une semaine plus tard.

Nicolas Bonnemaison s’exprime pour la première fois publiquement depuis sa tentative de suicide du 31 octobre, dans les Landes. Il dénonce aujourd’hui un « verdict sans queue ni tête » prononcé  à l’issue d’un « procès à charge » dans un entretien à paraître demain 17 décembre. Il dit notamment avoir été « troublé » par le verdict en appel de la cour d’assises du Maine-et-Loire qui l’a reconnu coupable dans un cas et acquitté pour six autres cas de patients dont il avait la charge.

L’Ordre des médecins visé

« Dans tous les cas j’ai agi de la même façon. Pour soulager des souffrances psychiques ou physiques » plaide l’ancien médecin âgé 54 ans. Il explique sa volonté d’en finir après le procès : « psychiquement, j’étais épuisé. Je n’avais plus aucune ressource ». « J’ai été condamné pour assassinat. Suis-je un petit assassin, un moyen assassin, un grand assassin ? Je ne peux pas supporter ce mot. Je ne suis pas un assassin », déclare-t-il. Il dit aussi « avoir « récupéré toutes ses facultés intellectuelles ». Mais ressent encore « une intense fatigue psychique ».

Il répète n’avoir « jamais eu l’intention de donner la mort » à la patiente pour laquelle il a été condamné. « Je n’ai rien inventé. Ce que j’ai pratiqué, je l’ai vu faire dans tous les services où je suis passé pendant ma carrière. Y compris dans celui où exerçait l’un des membres du conseil de l’Ordre des médecins qui a prononcé ma radiation », accuse-t-il.

Curare et Hypnovel

Il dénonce un « verdict sans queue ni tête qui ne peut que contribuer à déstabiliser et à fragiliser le corps médical ». « Je suis acquitté pour le cas où j’ai injecté du curare, un produit qui n’est pas expressément autorisé, même s’il est utilisé, observe-t-il. Mais condamné pour une injection d’Hypnovel, une substance agréée par les protocoles de sédation. »

Le condamné accuse aussi l’institution judiciaire.  Selon lui le procès en première instance (Pau, juin 2014) qui avait conduit à son acquittement, « avait été à charge et à décharge avec un président impartial ». « A Angers, c’était uniquement à charge, avec une présidente qui a constamment cherché à me mettre en difficulté, accuse-t-il. Pourquoi le Parquet général de Pau a fait appel du premier verdict d’acquittement ? Y a-t-il eu des consignes et, si oui, qui les a données ? J’ignore d’où cela vient. Tout ce que je sais, c’est que pendant quatre ans, ils m’ont fait vivre un enfer. »

Voilà qui est dit. « Ils » répondront-ils ?

A demain