Politique et religion : Agnès Thill, première sainte et martyre de La République en marche

Bonjour

Emmanuel Macron réclamait ici un « débat apaisé ». Nous nous en éloignons. La députée de l’Oise Agnès Thill, 55 ans, ancienne socialiste mais toujours chrétienne,  a été exclue mercredi 26 juin de La République en marche (LRM). Pourquoi ?  « Pour avoir tenu des propos polémiques sur les réseaux sociaux et également par voie de presse à propos du projet du gouvernement d’ouvrir la PMA (procréation médicalement assistée) à toutes les femmes ».

« Ces propos sont préjudiciables à la cohésion du mouvement et nuisent à son image, alors que l’ouverture de la PMA va faire l’objet dans les semaines qui viennent de débats à l’Assemblée nationaleLa commission [des conflits] relève également que la fréquence et le caractère pernicieux des propos de Mme Agnès Thill génèrent et nourrissent une agressivité qui portent atteinte à la sérénité du débat. »

En février dernier la députée Thill avait été sermonnée et mise en garde par la même commission des conflits après des propos évoquant un hypothétique « lobby LGBT à l’Assemblée nationale ». Elle avait également comparé à des « droguées » les « femmes seules » qui souffrent de ne pas avoir d’enfants et entendent pouvoir bénéficier d’une PMA par IAD. Communiqué de février:

« Cette décision fait suite aux propos blessants et maladroits tenus par la députée au sujet des personnes pouvant avoir recours à la procréation médicalement assistée (PMA). Il a été notifié à Mme Thill que ces provocations n’étaient en rien conformes à l’attitude que les adhérents de LaREM et les Français dans leur ensemble sont en droit d’attendre de leurs élus.

Agnès Thill a fait part de son soutien inaltérable envers le mouvement ainsi que de sa volonté de rester engagée auprès du Président de la République. Consciente de son utilisation excessive des réseaux sociaux, de ses maladresses et des propos blessants qu’elle a tenus, elle s’est engagée à veiller avec la plus grande prudence à la forme de ses propos ainsi qu’à son usage des réseaux sociaux à l’avenir.

Toutefois, la Commission des conflits, qui statuait pour la première fois sur le cas de Mme Thill, a indiqué à l’intéressée qu’elle se verrait contrainte de prendre une sanction plus lourde pouvant aller jusqu’à l’exclusion si elle venait à renouveler un tel comportement. »

Sylviane Agacinski et Emmanuel Macron

Mêmes causes, effets redoublés. En avril, reprenant un article du journal Têtu qui faisait part du « coming out médiatique » du secrétaire d’Etat Gabriel Attal sur son homosexualité et son désir de paternité, Mme Thill avait osé, sur Twitter : « Au moins la couleur est annoncée. #bioéthique en juin. » Puis le 5 juin, dans une interview publiée dans le magazine L’Incorrect (fondé par des personnalités naviguant entre la droite et l’extrême droite)  cette fille d’ouvrier divorcée et ex-directrice d’école affirmé que la future révision de la loi de bioéthique, qui prévoit l’ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules, « restera dans l’histoire comme celle qui aura évincé les pères de la naissance et de l’éducation des enfants ».

A la sortie de son audition qui avait duré près de deux heures, Mme Thill avait estimé subir un « procès d’intention » et  indiqué qu’elle porterait le dossier en justice si elle était exclue de son parti. « Il n’y a rien dans le dossier qui justifie une exclusion.  Cela s’appelle un délit d’opinion. C’est scandaleux. (…) Le parti sectaire c’est nous, nous en avons la démonstration (…), c’est uniquement mes pensées différentes sur la “PMA pour toutes” qui valent mon exclusion. »

Agnès Thill n’est pas la seule voix à dénoncer cet aspect du projet de loi bioéthique. Il faut désormais compter avec la philosophe « conservatrice » Sylviane Agacinski et son remarquable prochain opus : « L’Homme désincarné : du corps charnel au corps fabriqué ». Gallimard. 48 pages qui régaleront Emmanuel Macron. Nous y reviendrons.

A demain @jynau

La France est condamnée à entrouvrir ses frontières aux mères porteuses étrangères

Bonjour

Les juges français ont des raisons d’être inquiets. En trois jours la Cour européenne des droits de l’homme – celle de la « grande Europe » – a tancé la France à trois reprises. Dans l’affaire Lambert pour commencer. Dans deux affaires d’état-civil après GPA  pratiquées à l’étranger pour continuer.  Nous avons déjà évoqué ces deux dernières affaires (« Mères porteuses : la CEDH va-t-elle les imposer à la France ? »). Les deux soulèvent l’épineuse question des « intérêts supérieurs de l’enfant ». Des intérêts privés qui l’emportent sur les risques éthiques collectifs qui expliquent la prohibition de la GPA sur le sol français.

La réponse est, aujourd’hui 26 juin, connue : « Interdire totalement l’établissement du lien de filiation entre un père et ses enfants biologiques nés d’une gestation pour autrui à l’étranger est contraire à la Convention européenne des droits de l’homme ». La France est condamnée à verser 5 000 euros à chacun des trois enfants concernés. (1)

A l’unanimité

Ces deux affaires concernaient le refus de reconnaître en droit français une filiation légalement établie aux  États-Unis entre des enfants nées d’une gestation pour autrui (GPA) et le couple ayant eu recours à cette méthode.

Dans les deux affaires, la Cour dit, à l’unanimité, qu’il y a eu :

1 Non-violation de l’article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale) de la Convention européenne des droits de l’homme s’agissant du droit des requérants au respect de leur vie familiale.

2 Violation de l’article 8 s’agissant du droit des enfants au respect de leur vie privée.

GPA régulière

La Cour constate que, sans ignorer que les enfants (Mennesson et Labassee) ont été identifiés aux États-Unis comme étant ceux des époux Mennesson ou Labassee, la France leur nie néanmoins cette qualité dans son ordre juridique. Elle estime que cette contradiction porte atteinte à l’identité des enfants au sein de la société française.

Elle note ensuite que la jurisprudence empêche totalement l’établissement du lien de filiation entre les enfants nés d’une gestation pour autrui – régulièrement – réalisée à l’étranger et leur père biologique, ce qui va au-delà de ce que permet l’ample marge d’appréciation qu’elle reconnaît aux États dans leurs décisions relatives à la GPA.

Droit à la vie (familiale)

La Cour rappelle encore que le droit à l’identité« fait partie intégrale de la notion de vie privée et qu’il y a une relation directe entre la vie privée des enfants nés d’une gestation pour autrui et la détermination juridique de leur filiation ». La décision de la Cour européenne n’est pas définitive, et la France peut la contester. Imposera-t-elle néanmoins, à terme, au gouvernement français de garantir aux enfants nés de mère porteuse à l’étranger le droit de devenir français et de se voir reconnaître une filiation, « au nom du droit à la vie familiale et privée » ? C’est fort possible.

Pourra-t-il le faire sans aussitôt voir surgir les oppositions à la GPA –nettement plus larges dans la société françaises que celles à la PMA qui avaient alimenté la contestation massive  contre le « mariage pour tous » ? C’est peu vraisemblable.

Un nouvel esclavage

« Si j’ouvrais cette question-là, avait indiqué le candidat François Hollande au magazine Têtu en avril 2012, ça pourrait être une facilité donnée à la gestation pour autrui. Ce débat devra avoir lieu, mais il ne doit en aucun cas être considéré comme une façon d’accepter la marchandisation des corps. »

On retrouve là les ambiguïtés du président de la République. Comment ouvrir le débat sur la dépénalisation de la GPA sans être aussitôt accusé de céder à cette pente régressive qu’est la marchandisation du corps humain ? De ce point de vue il serait intéressant  de connaître la position de l’institution européenne qui défend les droits de l’homme sur la GPA. Une pratique que ses (nombreux) opposants perçoivent comme une forme d’esclavage. Une forme nouvelle d’esclavage. A la fois moins violente en apparence, nettement plus perverse en profondeur.

A demain

(1) Dans la soirée du 26 juin Christiane Taubira, ministre de la Justice, a affirmé que la France ne reviendra pas sur l’interdiction de la gestation pour autrui  mais qu’elle sera plus « attentive » à la situation des enfants nés à l’étranger de mère porteuse.

En ces termes:  « Nous n’allons pas toucher à ce principe d’ordre public, (…) on ne remet pas en cause le principe d’interdiction absolue sur la gestation pour autrui, donc on ne touche pas à notre code civil, mais par contre nous sommes attentifs à la situation des enfants. »

On entend déjà les militants dire qu’il est inacceptable (et inégalitaire) de devoir aller à l’étranger pour avoir « droit à la GPA ». Que dira, alors, Mme Taubira ?

PMA-GPA : plus personne ne sait où le pouvoir va

Bonjour,

Où est donc passé le centre de gravité français sur les questions de société ? Il y a quelques heures le ministre de l’Intérieur annonçait  que le gouvernement s’opposerait à tous les amendements en faveur de la PMA et de la GPA lors de la prochaine discussion parlementaire du projet de loi sur la famille. Avant midi les services du Premier ministre confirmaient à l’AFP ce que Manuel Valls avait affirmé sur RTL (mémoire blog) : « Nous confirmons que le gouvernement s’opposera à d’éventuels amendements visant à légaliser en France la PMA et la GPA », indiquait-on  dans l’entourage du Premier ministre, précisant que le calendrier du projet de loi sur la famille n’était « pas arrêté ». Comme un recul en ligne annoncée. Avant l’épilogue de la soirée (1).

Règle du jeu

Pourquoi l’Hôtel Matignon prend-il soin de confirmer à la mi-journée ce qui était affirmé le matin par l’un des poids lourds socialistes du gouvernement ? Pour bien des raisons qui nous échappent. Et pour d’autres, qui n’échapperont à personne. Dans la matinée Bruno Le Roux, chef de file des députés PS, a une nouvelle fois manifesté sa liberté. Il a déclaré  haut et fort (sur LCI et Radio Classique)  ne renoncer à « aucune ouverture de nouveaux droits pour les enfants » (sic) et a demandé à Manuel Valls de respecter « la règle du jeu » (resic) concernant la future loi sur la famille. En clair : attendre l’avis du Comité national d’éthique.

Introuvable au sein du parti majoritaire la majorité ne sera pas trouvée ailleurs. Ainsi Europe Ecologie Les Verts (EELV) réaffirme sur France 2 être favorable à la PMA et révèle « ne pas avoir encore de position arrêtée encore pour la GPA ». Le journal de France Culture analyse la fragilité de la situation présente en faisant l’historique des atermoiements de François Hollande sur la question de la PMA. A commencer par un entretien au magazine Têtuet les exégèses qui en avaient été faites.

Sur la table

On retrouvera sans mal ici la trace d’un meeting organisé par les associations LGBT le 31 mars 2012 au cours duquel Najat Vallaud-Belkacem, représentait le candidat Hollande (mémoire blog). Celle qui est aujourd’hui porte-parole du gouvernement  s’était engagée bien au-delà du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe. Elle avait alors déclaré  que « reconnaître l’homoparentalité allait supposer plusieurs réformes », parmi lesquelles  « ouvrir l’assistance médicale à la procréation avec donneur anonyme à tous les couples, sans discrimination ». Elle ajoutait : « François Hollande a pris l’engagement que l’ensemble de ces réformes aboutissent d’ici le printemps 2013 (…), le projet de loi est déjà prêt, il est sur la table. »

Nous sommes bientôt au printemps 2014 et la table de marbre est comme introuvable. Le chef du gouvernement dont Mme Vallaud-Belkacem porte la parole annonce que l’on en restera à la situation présente. Plus de projet de loi PMA-GPA. Certains députés socialistes soutiennent le contraire, avec l’aval de leurs collègues  verts. Le président de la République se tait. Nous attendons les lumières du Comité national d’éthique. Ce dernier a toujours dit qu’il était contre cette manière de donner la vie. Changera-t-il bientôt, lui aussi, d’avis ?

A demain

(1) Ce billet a été rédigé en milieu de journée, au moment même nous dit-on, où François Hollande et Jean-Marc Ayrault décidaient conjointement de botter en touche. Ce soir c’est le projet de loi sur la famille qui n’existe plus. Une action politique d’envergure pour prévenir les amendements socialistes et verts. Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille est publiquement  désavouée. Najat Vallaud-Belkacem aussi, qui ne s’est pas encore exprimée. Les manifestants d’hier pourront avoir le sentiment de la victoire.

La Croix

L’avis du Comité d’éthique perd brutalement de son intérêt politique. Ce qui ne signifie nullement que tout est aplani. Ainsi cet extrait de l’éditorial de La Croix (à paraître demain 4 février) signé Dominique Quinio:

 » (…) Le gouvernement n’a pas souhaité ouvrir un nouveau front avec une partie des Français profondément opposés à de telles évolutions. Mais, au nom de l’intérêt de l’enfant, des réflexions sont actuellement menées pour permettre l’inscription sur l’état civil français d’enfants nés par GPA à l’étranger. Ce qui reviendrait à contourner l’interdit français. Par ailleurs, des sociétés étrangères démarchent des couples français, selon des méthodes qui ne laissent aucun doute sur le caractère marchand de leur projet. Le débat n’est donc pas clos. (…) »

Libération

A l’autre extrémité du spectre on lira aussi ce billet (François Sergent) de Libération (4 février) qui ne résiste pas à user de la traditionnelle et problématique référence à la nausée :

« La rue a gagné. La Manif pour tous, qui réunissait dimanche 100 000 personnes à Lyon et Paris selon la police (540 000 selon les organisateurs) a eu raison de la loi sur la famille promise par le gouvernement. Matignon a acté hier son recul, désavouant totalement la pauvre ministre de la Famille, Dominique Bertinotti. Le gouvernement reporte notamment sine die la PMA, en contradiction avec des engagements explicites de plusieurs de ses membres, dont le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls lui-même. Des déclarations que l’UMP s’est fait hier un plaisir de retrouver. Une défaite en rase campagne qui donne raison aux manifestants des deux derniers dimanche, à ce peuple de droite et d’extrême droite qui répète ad nauseam qu’une famille c’est papa et maman, une fille en rose et un garçon en bleu. Une défaite qui sonne aussi comme une déception pour les hommes et les femmes qui peuvent avoir une conception différente et plus ouverte de la famille et de la sexualité, de la paternité et de la maternité. Cette palinodie est aussi une faute politique. Les plus habiles ou les plus cyniques des caciques socialistes avaient proposé de reculer avant même les manifestations de rue. Ce recul est aussi synonyme d’un manque de courage politique. Impopulaire, ce gouvernement cède à la première bourrasque, que ce soit sur les impôts des «poussins» ou aujourd’hui sur les questions fondamentales de famille et de société, qui sont autant de marqueurs politiques de gauche. »

19 décembre 2012 : la guerre utérine est déclarée

L’abcès est enfin collecté. Nous entrons dans un épisode qui sera douloureux. Après le noble combat des idées on en vient au corps à corps. Et à la seule question qui vaille : la femme a-t-elle ou pas l’usufruit de son utérus ? C’est là une question très clivante, pour ne pas dire assez déchirante.

Acte I. Aube.

Ancré rive droite le bien vieux et bien noble journal Le Figaro a des références mythologiques simples et solides. Dans son édition datée du 19 décembre l’éditorialiste sociétal Yves Thréard évoque en une « Les boîtes de Pandore de François Hollande ». En clair deux boîtes: la PMA (pour les couples mariés de deux individus du même genre) et l’euthanasie (pour les personnes seules qui le souhaiteraient). Tout laisse penser que personne, dans l’équipe de campagne de François Hollande, n’avait prévu que ces deux réformes programmées de la société française risquaient de se télescoper. Il s’agissait là, jugeait-on, de deux revendications légitimes réclamées pour l’essentiel par la gauche en général et l’électorat socialiste traditionnel en particulier. C’était peut-être un peu plus compliqué. Et certains conseillers haut placés commencent à redouter la synergie potentialisatrice qui se prépare. Janvier 2013 : projet de loi autorisant le mariage pour tous et PMA pour certaines. Printemps 2013 : projet de loi sur le suicide plus ou moins médicalement assisté après feu vert de rigueur donné par le Comité consultatif national d’éthique et le Pr Jean-Claude Ameisen, son nouveau président.

Acte II. Matinée.

Les députés du Parti Socialiste déposeront un amendement sur la procréation médicalement assistée (PMA) lors de la discussion du projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. Ils se sont prononcés en ce sens par 126 voix contre 61 et 9 abstentions, lors d’un vote à main levée lors d’une réunion du groupe, qui compte 277 membres et 18 apparentés. L’amendement socialiste proposera donc d’offrir la possibilité d’une PMA aux couples d’homosexuelles. Jusqu’ici, la PMA est réservé à des raisons médicales. L’affaire est brûlante. Aussi le président du groupe socialiste, Bruno Le Roux, a-t-il tenu à expliquer que les députés PS vont « continuer le dialogue » avec le gouvernement pour déterminer dans quel texte législatif la PMA doit être incluse. 1

« Nous pensons que c’est dans ce texte qu’il sera le mieux mis en œuvre mais si le gouvernement nous propose un autre texte avec un échéancier, nous sommes prêts à continuer la discussion », a dit M. Le Roux. En clair il s’agit de ne pas se heurter de plein front avec le président de la République et ses proches conseillers de l’Elysée qui partagent la même allergie politique et philosophique sur cette question du droit à procréer médicalement quand on ne le peut naturellement pas. M, Le Roux avait fait beaucoup plus pédagogique  il y a quelques jours quand il déclarait, propos rapporté par Le Monde qu’il ne s’agissait pas la de bioéthique. La PMA existant légalement depuis 1998 il ne s’agissait que d’étendre son champ d’application. Question politique ? Oui. Question bioéthique ? Non.

« La réunion du groupe PS n’a guère duré qu’une heure, le président du groupe, Bruno Le Roux, ayant souhaité passer rapidement au vote, précise utilement l’Agence France Presse. La veille déjà, le groupe PS avait consacré une réunion sur le sujet qui avait duré plus de deux heures et demie, donnant lieu à des « débats passionnés » en présence des deux ministres Christiane Taubira (Justice) et Dominique Bertinotti (Famille). » On appréciera à quel point les guillemets demeurent utiles pour user de l’euphémisme voire de l’understatement.

Acte III. Après-midi.

Rive gauche. Le Monde annonce dans son oreille droite et en couleurs un point de vue en page 22. « La gestation pour autrui. Maintenant ! ». Web ou print ne changent rien à l’affaire : le point d’exclamation est aussi précieux que les guillemets peuvent l’être.

Ce point de vue est signé par Elisabeth Badinter (philosophe) et Irène Théry (sociologue). Seule la première avait les honneurs de la une. Pour la liste complète des signataires on ira sur  Lemonde.fr.

Voici ce texte

Mariage pour tous: légalisons la gestation pour autrui

Pourquoi tant d’amalgames alors que nul ne demande que la légalisation de la GPA en France soit inscrite dans le projet de loi ? La GPA est une pratique reconnue comme partie intégrante de la PMA par l’Organisation mondiale de la santé. Elle mérite à l’avenir un débat informé et serein. Ce débat devra dénoncer avec force tous les cas où des femmes sans droits, poussées par le besoin dans les griffes d’intermédiaires sans scrupules, sont privées de leur pouvoir de décision et interdites de toute relation avec les couples pour lesquels elles portent un enfant.Dans une tribune (Le Monde du 12 décembre), un groupe de personnes se réclamant du féminisme a pris le parti de diviser les couples homosexuels et de désigner des boucs émissaires en opposant gestation pour autrui (GPA) et procréation médicalement assistée (PMA). Selon elles, la GPA n’aurait rien à voir avec l’infertilité et serait au centre de la domination des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, et son évocation serait responsable de la frilosité supposée du gouvernement à légaliser l’accès des couples de femmes à la PMA.

Mais ce débat devra aussi permettre une analyse approfondie des pratiques dans les pays où le cadre légal de la GPA repose sur le respect des valeurs et des droits fondamentaux. Il devra faire connaître à nos concitoyens la réalité de ces GPA éthiques qui sont aussi contraires à la marchandisation des femmes que l’adoption est contraire aux enlèvements d’enfants, et le don d’organes au trafic d’organes.

Ce débat fera découvrir à ceux qui les ignorent tous ces cas où les gestatrices, leur mari et leurs enfants partagent avec le couple des futurs parents une aventure humaine non seulement respectueuse des droits, mais créatrice de relations intenses. Il fera comprendre pourquoi l’une de ces gestatrices, interrogée récemment à Paris, a pu dire : « A part ma propre famille, rien ne m’a autant valorisée dans ma vie. »

Petits fantômes

Mais la question pour laquelle nous nous mobilisons, c’est l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe et celle de la PMA aux couples de femmes. Cette avancée législative devrait permettre à toutes les unions et familles d’accéder à une reconnaissance et à une sécurisation que les institutions refusent aux couples de même sexe. Dans ce cadre, les enfants pourront avoir leur second parent enfin légalement reconnu.

Là aussi, nous n’accepterons pas que la GPA soit le bouc émissaire pour continuer à discriminer des enfants. C’est pourquoi nous demandons que la filiation des enfants nés par GPA à l’étranger soit légalement reconnue. Aujourd’hui, ces enfants sont les petits fantômes de notre République alors que leurs parents sont français. Combien de temps va-t-on continuer à refuser l’état civil à certains enfants à cause de leur origine procréative ? La France ne saurait accorder plus ou moins de droits à un enfant en fonction de son mode de conception. »

Acte IV. Retour vers le passé.

Les spécialistes auront apprécié l’attaque : « Dans une tribune (Le Monde du 12 décembre), un groupe de personnes se réclamant du féminisme ». Nous avions pour notre part conservé ce texte en mémoire. des personnes « se réclamant du féminisme » ? Il s’agissait de Thalia Breton, porte-parole d’Osez le féminisme !, de  Carine Favier, présidente du Planning familial et de  Yvette Roudy, ex-ministre des droits de la femme et fondatrice de l’Assemblée des femmes. La liste complète des signataires est toujours disponibles sur lemonde.fr

Voici leur texte

« Le « mariage pour tous » ne doit pas ouvrir la voie aux « mères porteuses »

François Hollande s’était engagé, lors de la campagne présidentielle, à mettre en oeuvre une grande réforme d’ici au printemps 2013, visant à assurer l’égalité des droits entre toutes et tous, quelle que soit l’orientation sexuelle. Se déroule en ce moment même la phase des auditions sur le projet de loi, qui sera présenté le 29 janvier 2013 à l’Assemblée nationale.

En la matière, différentes déclarations du gouvernement arguant que l’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes ne faisait pas partie du projet de loi sont consternantes.

Lors du meeting organisé par les associations LGBT le 31 mars, Najat Vallaud-Belkacem, alors représentante du candidat Hollande, s’était engagée bien au-delà du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe, en déclarant alors que « reconnaître l’homoparentalité va supposer plusieurs réformes », parmi lesquelles : « Ouvrir l’assistance médicale à la procréation avec donneur anonyme à tous les couples, sans discrimination ». Elle ajoutait : « François Hollande a pris l’engagement que l’ensemble de ces réformes aboutissent d’ici le printemps 2013 (…), le projet de loi est déjà prêt, il est sur la table. »

Or la PMA a été retirée du projet de loi présenté en conseil des ministres, le 7 novembre. Aujourd’hui, seuls les couples hétérosexuels y ont accès, alors qu’elle est pourtant déjà le mode d’accès le plus fréquent à la parentalité pour les couples de femmes. Ne pas leur étendre ce droit constitue une discrimination et contraint les femmes à pratiquer la PMA à l’étranger.

« Location des ventres »

Féministes et lesbiennes féministes engagées pour l’égalité des droits, nous pouvons témoigner que la société est prête pour la reconnaissance des familles homoparentales. Aucun argument valable, ni éthique ni politique, ne se dresse contre la reconnaissance de la PMA pour les couples de lesbiennes. Nous ne pouvons accepter, comme nous le constatons aujourd’hui, que pour écarter la PMA soient utilisés les fallacieux amalgames entre PMA et GPA (gestation pour autrui ou « mères porteuses »).

PMA et GPA ne sont pas le pendant l’une de l’autre, ou, comme certains se plaisent à le dire, la GPA n’est pas une « PMA pour gays ». La GPA n’est pas une forme de procréation médicalement assistée : les lobbies pro-GPA entretiennent cette confusion à dessein. Si l’insémination artificielle et la fécondation in vitro relèvent de la PMA, ce n’est pas le cas de la GPA qui correspond à une industrie de « location des ventres » et de commerce d’ovocytes. La GPA donne la possibilité aux hommes de disposer du corps des femmes pour satisfaire un « droit à l’enfant » que nous récusons.

Parce que la demande fait l’offre, la GPA est aussi une question économique, au centre de toutes les inégalités : domination des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, des pays du Nord sur les pays du Sud. Comment un gouvernement progressiste pourrait-il cautionner la création d’un marché des ventres au nom d’un « droit à l’enfant » qui n’existe pas et qui ne doit pas exister ?

PMA et GPA ne relèvent donc pas de la même logique. Il est tout à fait possible d’autoriser l’une sans accorder l’autre. La liberté ne peut être synonyme de progrès que si elle garantit l’égalité avec la même force : ce que permet la PMA, ce qu’empêche la GPA. La première relève de l’égalité des droits entre les couples ; la seconde implique la marchandisation du corps des femmes et ne saurait constituer une réponse à un désir d’enfant.

Le rôle du gouvernement n’est pas d’éviter ces débats, mais de les porter pour bâtir une société faite de liberté et d’égalité pour toutes et tous. Le gouvernement doit maintenant faire preuve de courage en élargissant la PMA aux couples de femmes et en confirmant l’interdiction de la GPA. »

Acte V. Méditation d’avant Noël, sous la lune croissante

Point n’est besoin d’en dire beaucoup plus. Ce qui naïvement avait été perçu depuis près d’un demi-siècle comme un mouvement homogène –le féminisme- a depuis longtemps volé en éclat. Affaire d’égos et de pouvoir sans doute, nombre d’hommes ressemblant assez  à nombre de femmes sur ce point. Affaire de techniques médicales aussi qui n’ont cessé de dissocier sexualité et reproduction et qui conduisent aujourd’hui à reformuler en vrai grandeur la question de l’usufruit de son utérus et de ses ovaires. Comme avec la toute récente question de l’autoconservation pour convenance personnelle que nous avons traitée il y a peu sans ce blog puis sur Slate.fr après la spectaculaire prise de position du Collège national des gynécologues obstétriciens français.

Nous avions eu les échos des oppositions radicales, frontales et d’une violence assez peu imaginables en auscultant le think tank Terra Nova, très proche du Parti Socialiste. La guerre est désormais ouvertement déclarée. Sans doute faut-il  ajouter à ce plan de bataille un coup de semonce lancé il y a quelques jours et que nous rapporte l’Agence France Presse :

« Des députés et sénateurs d’opposition opposés au mariage homosexuel et rassemblés dans l’Entente parlementaire pour la famille, se sont déclarés lundi « scandalisés » par des propos tenus par l’homme d’affaires de gauche Pierre Bergé sur la gestation pour autrui. Pierre Bergé, fondateur du magazine Têtu, cité par Le Figaro, aurait en effet déclaré dimanche, lors de la manifestation en faveur du mariage homo: « Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence? »
L’Entente parlementaire a affirmé lundi 17 décembre dans un communiqué que ces propos –ndlr: parmi les plus discutés sur Twitter lundi– sont « inadmissibles et montrent bien l’état d’esprit des promoteurs de ce texte ainsi que la considération qu’ils ont de l’enfant et de la femme ». Il n’est pas question de GPA (gestation pour autrui, soit les mères porteuses) dans le projet de loi instaurant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, mais les adversaires du texte craignent qu’il n’entraîne cette pratique. »

1 On en apprendra plus sur les coulisses socialistes dans Libérationdaté du 20 décembre ( récit intitulé « Procréation assistée pour les lesbiennes : le PS fécond » signé Charlotte Rotman). On notera également, sur lemonde.fr,  les explications des députés qui ont refusé de signé l’amendement défendu par Bruno Leroux. C’est là un document  éloquent qui, lui aussi, témoigne de l’exacerbation des passions.