Le nouveau président de la République sait-il que le Q.I. des Français est menacé ?

 

Bonjour

Nous republions aujourd’hui le texte paru sur ce blog le 31 août 2016. A peine neuf mois. Tout, ou presque, a-t-il vraiment changé ? Sommes-nous entré dans l’ère de la post-vérité ?

« Rentrée. Un jeune ancien ministre est sur tous les écrans. Statique, souriant, il nous dit qu’il marche. Blond, ancien philosophe, ancien banquier, il nous semble surtout planer. Un soupçon d’Urbain Grandier. Pour un peu il léviterait. Il rentre d’Orléans (Jeanne d’Arc) et du Puy-du-Fou (Philippe de Villiers et Jeanne d’Arc). « Mr Hyde et Dr Jekyll » dira Alain Juppé. Où va-t-il ?

A la messe de 20 heures, sucré lisse, il ne répond pas aux questions, simples, de Gilles Bouleau. Il nous montre, entend nous montrer, qu’il est animé d’une flamme intérieure. Corollaire : il se garde comme la peste, nous dit-il, du narcissisme. TF1 nous le montre parler aisément anglais, la langue de l’occupant. Puis, lustrant ses mots, il bute très malencontreusement sur une liaison française. C’est un bon élève qui est déjà à la place du maître.

Ile de Ré

Rentrée. Le Monde se remplume. Les chroniqueurs  reviennent de la plage. Bronzés comme jamais.  En tête : Laurent Alexandre qui avait causé quelques petites frayeurs éthiques l’an passé. Il est toujours là. Aujourd’hui nous traitons du cerveau humain, de tout ce qui y entre – et de l’intelligence qui peut en sortir.  Au tableau : l’effet Flynn, du nom du chercheur (James R. Flynn) qui l’isola : le QI a eu tendance à s’élever depuis un siècle, un peu partout dans le monde. Pourquoi diable une telle élévation ? Ecoutons :

« Cela semble dû au fait que les individus ont bénéficié d’un environnement intellectuellement plus stimulant qu’autrefois avec l’allongement de la durée des études, l’égalité homme-femme et une plus grande attention parentale. La société propose à l’enfant plus d’informations et de défis intellectuels. Le gain moyen de points de QI est compris entre trois et sept points par décennie, selon les études. Les Pays-Bas, qui disposent des tests effectués sur les appelés au service militaire, enregistrent une progression du QI de 21 points entre 1952 et 1982. »

Effondrement

Cela ne pouvait durer : depuis quinze ans, l’effet Flynn semble s’être inversé dans les pays développés. La moyenne du QI français a, par exemple, chuté de quatre points entre 1999 et 2009… Considérable…! Tous les pays sont touchés et la vitesse de cette chute exclut une évolution génétique. Qu’en pense le Pr Alexandre ?

« Certains accusent Internet et les réseaux sociaux, sans apporter de preuves convaincantes. Plus sérieusement, de nombreux chercheurs incriminent divers polluants et notamment les perturbateurs endocriniens, qui exposent le cerveau dès la vie fœtale à une pollution chimique diffuse. Les perturbateurs endocriniens interfèrent notamment avec les hormones thyroïdiennes qui modulent l’expression des gènes ­pilotant la formation de structures cérébrales majeures comme l’hippocampe. »

Esprits connectés

Un ouvrage récent apparaît ici essentiel pour saisir l’ampleur de la menace 1.  « Peut-on rester passif face au déclin de nos capacités intellectuelles, au moment où l’intelligence artificielle (IA) fait des pas de géants » nous demande le Pr Alexandre. On jurerait qu’il connaît la réponse. Il nous parle d’un industriel plus ou moins philanthrope  (Elon Musk ) qui propose depuis peu « une interface entre le cerveau humain et le cerveau numérique » : un « système branché à la veine jugulaire qui distillerait des nanocomposants dans le cerveau, ce qui nous transformerait en êtres symbiotiques où le numérique communique avec notre esprit ».

Esprits connectés êtes-vous bien là ? L’avenir est à la jugulaire. « En Marche ! ». C’est (nous avions compris) le slogan d’Emmanuel Macron »

A demain

1 « Le cerveau endommagé. Comment la pollution altère notre intelligence et notre santé mentale » de Barbara Demeneix (Odile Jacob, 2016)

Révélations: les promesses d’Emmanuel Macron et de François Fillon aux vendeurs de tabac

 

Bonjour

Lendemain du « grand ‘’débat’’ télévisé sans précédent sous la Vème République ». Exposés et catalogues, postures et quelques invectives. Une « pudeur de gazelle »… Les commentateurs décryptent, soupèsent les scores des acteurs. De quoi se souviendra-t-on ?

En marge de ce spectacle de masse existent, en coulisse, des échanges éclairants. Le site des buralistes révèle pour sa part les deux courriers adressés à Pascal Montredon, président de leur Confédération. Le premier est signé de François Fillon. Il faut lire, dans le détail, ce courrier. Extraits donnés par le site :

 « Le réseau des débitants a un rôle économique et social crucial à jouer (…) je suis très attaché au maintien de son monopole dans la distribution du tabac ainsi qu’au développement et à la diversification de vos activités (…)

 « Je souscris à votre proposition de grand plan de lutte contre le marché parallèle du tabac. Avec notamment une meilleure coordination entre les services douaniers et les autres forces de l’ordre sur le terrain ainsi qu’une vraie sensibilisation de l’opinion publique. Je souhaite engager la France, comme le préconise l’OMS, et conformément à la Directive européenne qui devra s’appliquer dans les meilleurs délais, dans une logique de traçabilité de l’origine des paquets de cigarettes jusqu’au buraliste (…)

 « Il faudra aussi évaluer la mise en place du paquet neutre pour en mesurer l’efficacité réelle. En fonction de cette évaluation, aucune option n’est à écarter. L’essentiel étant que nous soyons au même niveau de normes que nos voisins européens ».

Gazelles et cigarette électronique

 Le second courrier est signé d’Emmanuel Macron. Extraits :

 « Les buralistes sont au cœur des mutations professionnelles et sociales qui caractérisent notre époque. Ces mutations sont porteuses de risques pour vos diverses activités, mais elles sont également porteuses d’opportunités : c’est la raison pour laquelle, si je suis élu président de la Républiqueje souhaite vous accompagner dans cette transition (…)

 « Il existe aujourd’hui une part non négligeable du tabac, consommé dans notre pays, près de 30 % selon les études que vous m’avez adressées, qui provient du marché parallèle (…) En plein accord avec le traité de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que l’Union européenne a ratifié cet été, j’entends faire de la lutte contre ces pratiques illégales une priorité (…)

« Je sais également votre préoccupation concernant la pérennité du monopole de distribution du tabac. Il est à mes yeux indispensable que cette exclusivité ne soit pas remise en cause (…) Les objectifs que j’ai fixés dans mon projet présidentiel en matière de lutte contre le tabagisme seront donc nécessairement atteints avec vous et grâce à vous (…)

 « De même, je suis sensible à votre volonté de diversifier vos activités. L’État a pris des engagements concernant cette diversification et je veux que nous puissions maintenant les mettre véritablement en œuvre (…) À ce titre, le succès du Compte Nickel démontre à quel point vos confrères peuvent être les acteurs d’innovations technologiques et sociales ».

Pudeurs de gazelles. Positions communes quant à la priorité donnée à la lutte contre le marché parallèle de tabac. Maintien du monopole. Rien sur la cigarette électronique ni sur une politique de réduction des risques contre la « première cause de mortalité prématurée évitable ». Pour qui voteront les 24 860 buralistes de France ?

A demain

Premier mea culpa de François Fillon, candidat chrétien à la présidentielle (Sécurité Sociale)

Bonjour

Mieux vaut tôt que trop tard. Il était accusé, depuis sa victoire napoléonienne à la primaire de la Droite, de vouloir « privatiser » la Sécurité Sociale. On se souviendra qu’à l’aube du 11 janvier François Fillon est passé à confesse. C’était sur RMC-BFMTV  (21 minutes) face à Jean-Jacques Bourdin, journaliste auto-déclaré athée.

On l’avait agressé sur le rhume plus ou moins bénin 1. Bourdin le cherche sur la grippe. François Fillon en profite pour lancer quelques piques à Marisol Touraine. Répondra-t-elle ?

Rembourser

« On n’a pas été bons, on n’a pas été clairs dans nos propositions » sur la Sécurité sociale, a reconnu l’ancien Premier ministre. Ce que nous avions écrit a été mal compris, je l’ai retiré, j’ai lancé un débat avec l’ensemble des responsables de la santé, les médecins ». Et encore :

« Les auditions se déroulent en ce moment, je referai des propositions (…) avant la fin du mois de janvier ou début février. Ce que je veux c’est qu’il y ait une meilleure répartition entre les mutuelles et la Sécurité sociale et que les mutuelles soient plus contrôlées car la réforme qui a consisté à rendre obligatoire les mutuelles s’est traduite par des baisses de remboursement. »

Le candidat à la présidentielle proposera « une agence de régulation sur les mutuelles ». Et uniquement sur les mutuelles. C’est immanquable puisque le postulat est qu’« il va bien falloir réorganiser notre système de protection sociale et de santé ».

« On voit que [la Sécu] marche pas. Ce matin toutes les radios nous expliquent que le système est en train de sauter, parce qu’il n’y a plus assez de place dans les services d’urgence, de médecins sur le terrain… Une simple épidémie de grippe est en train de paralyser le système. Ce qui montre que quand Mme Touraine explique que tout va bien, que tout est formidable, que c’est le programme de François Fillon qui menace la Sécurité sociale, ça n’a juste aucun sens. »

Malaise vagal

Bourdin lui demande s’il a changé de position, notamment sur la question des mutuelles, François Fillon répond : « Il y a parfois des porte-parole qui sont un peu rapides, puis comme on est en train de fusionner des équipes qui faisaient campagne pour des candidats différents, il y a encore un peu de réglages à faire, je le reconnais. » Ainsi donc les torts sont partagés.

L’athée Bourdin l’interroge sur son usage politique (TF1) de la chrétienté. C’était « spontané ». Le catholique répond que certains se revendiquent marxistes. Il ne s’agit pas de « foi » mais de « valeurs ». Il « recommencera ». Une question connectée sur le malaise vagal de Nicolas Sarkozy 2.  Puis cette révélation : Emmanuel Macron aurait pu être le « directeur adjoint de cabinet » de François Fillon. A ce moment-là, dans le studio de RMC-BFMTV, certains jureraient avoir vu un ange passer.

A demain

1 « Une définition du ‘’petit rhume’’ pour François Fillon ». Slate.fr 14 décembre 2016

2 « Nicolas Sarkozy hospitalisé : malaise vagal ? ». Slate.fr 26 juillet 2009

Délices politiques : après le «chipoter» de Touraine, le «chochottes» de Juppé

Bonjour

Lacan Jacques n’a pas précisé si, chez les politiques aussi, l’inconscient était comme un langage structuré. Reste que certains de leurs mots en disent long sur leur volonté, leur âge, leur CSP. Il y avait eu, début septembre, le désormais célèbre « chipoter », verbe assez familier (premier degré) de Marisol Touraine.

« Chipoter » que la ministre de la Santé, ennemie du tabac,  avait préférer à « mégoter ». Elle s’exprimait alors au micro du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Et parlait de la future indemnisation des quelques milliers de victimes de la Dépakine®. Un dossier de quelques milliards d’euros. L’Etat ne saurait chipoter, ne chipotera pas.

La gomme est mise

Aujourd’hui c’est au tour d’Alain Juppé, 71 ans, énarque, agrégé de lettres classiques et candidat pour un seul quinquennat à la Présidence de la République. Les tours de pistes imposés par la « Primaire de la Droite et du Centre » l’avaient conduit à user de termes rarement usités par les plus jeunes des futurs électeurs. Il y eut ainsi le délicieux Prisunic®, enseigne disparue au tournant du millénaire. Une boulette dont il s’était expliqué le lendemain sur RTL. Il avait alors « battu sa coulpe » et juré vivre dans notre monde, le vrai monde, le monde réel :

« Je voudrais vous rassurer tout à fait. Je fais mes courses moi-même à Bordeaux. Je ne vais pas à Prisunic, je vais à Monoprix, je vais à Auchan®, je vais à Simply® et Carrefour Market®. (…) Je vis dans le monde réel et je fais la queue à la caisse de ces magasins (…) de ces superettes de proximité. »

Puis, rebondissement. Après le choc Fillon une rumeur circula : Juppé avait envisagé de « jeter l’éponge ». Rumeur tuée dans l’œuf : « Je n’ai jamais hésité une seconde à continuer le combat assura l’intéressé au 20 Heures de France 2. Je vais mettre toute la gomme. »

« Mettre la gomme » ? Ce fut jadis, au temps des moteurs à explosions,  une expression assez populaire  signifiant que l’on allait « accélérer l’allure », « se dépenser dans une activité ». Cette formule était déjà datée au milieux du siècle passé comme en témoigne le roman Tournez jolies gosses de Paul Vialar paru en 1956 : « [dans l’auto(…). Le garçon mettait, comme on disait, ‘’toute la gomme’’ ».

 Flaubert revisité

Sommes-nous passés de gomme à « gommeux » ? Mystère et boule de. Hier 23 novembre, à la veille d’un face à face tragique Alain Juppé à osé un « chochotte » de derrière les fagots. C’était à la messe du 20 heures de TF1. :

« Je n’ai jamais attaqué en dessous de la ceinture, j’ai posé des questions pour demander des clarifications. J’en ai d’autres. Sur la santé, par exemple. François Fillon veut-il vraiment que les infirmières dans les hôpitaux travaillent demain 39 heures payées 37 ? (…) Disons des choses crédibles, sérieuses, qui sont réalistes, plutôt que d’annoncer des choses qu’on ne fera pas. (…) Il ne faut pas avoir l’épiderme trop sensible… Il ne faut pas jouer les chochottes ».

Dans la même séquence le candidat Juppé a argué avoir subi des attaques d’une rare bassesse  évoquant notamment des « scuds » et une « campagne dégueulasse ».

« Sous la ceinture » ? « Chochotte » ? En anglais se dit  sissywusspansy voire pansy. En français,  évoque un garçon chouchouté, douillet, maniéré. On parle aussi de tendance bêcheuse, snob, mijaurée voire chichiteuse.

Alain Juppé ou Flaubert revisité : « Prisunic® : supérette de quartier, existait au siècle passé ». « Gomme : jadis, on en mettait ». « Chochotte : sutout, ne pas les jouer ».

A demain

Rires, tabac et salle de shoot : MM. Nicolas Sarkozy et Canteloup sont dans un bateau

 

Bonjour

Comment faire rire avec la création de la première salle de shoot française ? Comment faire s’esclaffer les foules avec une entreprise qui vise à sauver des personnes droguées voguant vers une mort prématurée ? Il faut, ici, compter avec les vrais professionnels. Lemondedutabac.com site des buralistes français, ratisse large et peut nous y aider.

Il se souvient des propos tenus par Nicolas Sarkozy au lendemain de l’ouverture officielle de la salle dans les locaux, libres d’accès, de l’hôpital Lariboisière (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris). Première salle, trente ans après la Suisse. L’ancien président de la République qui veut le redevenir tenait meeting en Haute-Savoie. Et de tacler petitement  cette salle de shoot« aimablement rebaptisée salle de consommation à moindre risque ».  Et d’ajouter :

 « Rassurons-nous, car l’arrêté ministériel (…) a bien précisé qu’il est interdit d’y consommer … du tabac, car c’est dangereux pour la santé ».

Lettres d’amour

Il y a trente ans la droite parlait et agissait autrement.  En France François Mitterrand était président et Michèle Barzach ministre de la Santé du gouvernement Chirac. Elle inaugurait, d’un trait de plume et en dépit de l’idéologie de son camp, la politique de réduction des risques en toxicomanie. Puis trente ans ont passé. Michèle Barzach a disparu des écrans et dans les gares on vend les lettres d’amour de François Mitterrand. Des lettres que la destinatrice commente en riant sur France Culture.

 Comment faire rire avec la création de la première salle de shoot française ? Nicolas Canteloup, célèbre et omniprésent imitateur s’y emploie. Il y a quelques jours, après le 20 heures de TF1 il tentait de singer Anne Hidalgo, maire de Paris jouant la rabatteuse devant Lariboisière. On peut le voir ici . C’est Canteloup : c’est rien et c’est tout.  MM Nicolas Sarkozy et Nicolas Canteloup étaient il y a peu face à face sur Europe 1. Impayable, redoutable, suicidaire.

Coluche est mort il y a trente ans. Lui aussi avait osé la toxicomanie. Avec son chef d’œuvre « Gérard ». Le haschisch, les beatniks, le patriotisme, le chômage. On peut le retrouver ici.

A demain

 

Nouveau en France : une carte du harcèlement et de la maltraitance dans les hôpitaux

Bonjour

Ne plus subir. Ou, du moins, ne plus subir dans l’ombre. « La peur doit changer de camp ». Au lendemain des nouvelles et accablantes révélations sur les circonstances de la mort d’Adama Traoré 1 c’est un communiqué de presse qui n’a pas fini de faire parler. Il fait suite à la première assemblée générale de l’Association Jean-Louis Mégnien 2 – « association de lutte contre la maltraitance et le harcèlement au sein de l’hôpital public ».  Cette assemblée s’est tenue à Paris le 10 septembre dernier, date qui coïncidait symboliquement avec la « XIVème Journée Mondiale de Prévention du Suicide ». Une centaine d’adhérents présents.

Depuis la réunion fondatrice de mars 2016 (trois mois après le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien) les différentes actions ont sans aucun doute permis de mettre en lumière le problème du harcèlement moral à l’hôpital public. « La cascade récente et sans précédent de suicides touchant toutes les catégories de personnel, en lien avec des conditions de travail dégradées, est un signe très inquiétant, observent les responsables.  Le grand nombre de dossiers, souvent très documentés, qui nous sont parvenus témoigne de l’ampleur et de la gravité des phénomènes de maltraitance dont sont victimes les médecins hospitaliers et les autres personnels – et ce alors même que leur valeur professionnelle n’est nullement en cause. »

Contre-pouvoir aux directeurs

D’où cette initiative sans précédent : une carte des hôpitaux signalant des situations présumées de harcèlement sera bientôt éditée sur le site de l’Association et régulièrement mise à jour. « Nous ne sommes pas dans une logique de diffamation, nous voulons alerter le plus possible le public et les autorités, assure le Pr Philippe Halimi chef du service de radiologie de Georges-Pompidou (AP-HP) et président de l’association. Il faut introduire des modifications réglementaires et législatives pour opposer un contre-pouvoir aux directeurs ». L’autre risque, évidemment, est celui des possibles conséquences des phénomènes de délation.

Ce n’est pas tout :

« L’association dénonce les abus de pouvoir répétés émanant des directions hospitalières, relayés par les ARS (Agences Régionales de Santé) et le CNG (Centre National de Gestion) qui se traduisent par :

– des suspensions d’activité arbitraires, sans contrôle ni limite de temps ;

– des rapports uniquement à charge pour discréditer et isoler la personne harcelée ; 

– des « propositions » dégradantes et humiliantes pour le médecin mis en recherche d’affectation ;

– des procédures d’insuffisance professionnelle totalement injustifiées ;

– le non-respect de l’Etat de droit quand une décision de justice demandant la mise en œuvre de la protection fonctionnelle est ignorée des directions ou quand la demande de réintégration d’un médecin suspendu à tort est contournée au travers de mutations, de fermetures d’unité, de signalements au parquet sans le moindre début de preuve. »

 Sanctionner les harceleurs

L’association s’étonne que le rapport d’étape de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) sur le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien et sur « la situation de l’Hôpital Européen Georges-Pompidou » n’ait pas encore été rendu public – et ce en dépit des engagements de Marisol Touraine, ministre de la Santé et de l’expression affichée de sa volonté de transparence. Le chemin qui reste à accomplir est long :

« L’Association fera des propositions d’ajustements réglementaires pour modifier le fonctionnement des organismes de tutelle (ARS, CNG). Elle exigera l’application de sanctions administratives exemplaires contre les harceleurs, quels qu’ils soient.

« Elle œuvrera pour des modifications de la loi HPST et des lois de santé qui ont suivies, dans le sens d’un rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’hôpital. En effet, ces lois ont exagérément renforcé le pouvoir des directeurs et affaibli les contre-pouvoirs, avec les dégâts humains qui en résultent dans tous les corps de métier de l’hôpital. »

« Dégâts humains »…

A demain

1 Après le récit du premier secouriste, récit  publié par la nouvelle émission « Quotidien «  (TF1-TMC) et que Libération a consulté, c’est Le Monde (Julia Pascual) qui complète les données quant à l’inaction aux conséquences potentiellement mortelles des gendarmes – données courageusement détaillées par un membre des pompiers appelé sur les lieux :  « Mort d’Adama Traoré : un pompier contredit la version des gendarmes ». On attend toujours la version définitive du procureur de la République de Pontoise.

2 Il y a neuf mois, le 17 décembre dernier, le Pr Jean-Louis Mégnien, père de cinq enfants, se donnait la mort en se jetant par la fenêtre de son bureau du 7e étage de l’Hôpital européen Georges-Pompidou, vitrine et navire-amiral de l’Assistance publique (AP-HP).

 

Adama Traoré : pensant qu’il «simulait» les gendarmes n’ont jamais cherché à le réanimer

 

Bonjour

Il est des journalistes qui ne lâchent pas certaines affaires. Où l’on reparle, ainsi, de la mort d’Adama Traoré survenue le 19 juillet – Adama Traoré, 24 ans, menotté par terre dans la cour de la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise), peu de temps après son arrestation mouvementée, musclée.

Deux mois plus tard : du nouveau avec les auditions effectuées par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Et du nouveau, surtout, avec récit du premier secouriste, récit  publié par la nouvelle émission « Quotidien «  (TF1-TMC) et que Libération a consulté. Il révèle la « quasi-absence » de réaction des gendarmes. «Un gendarme m’a indiqué que la victime simulait et que c’était quelqu’un de violent», raconte le sergent-chef des pompiers. Un second gendarme (identifié par le secouriste comme un des responsables de l’unité) tient le même propos : Adama Traoré «simule» un malaise.

En pratique les pompiers arrivent sur place un peu avant 18 heures (soit environ une demi-heure après l’interpellation réalisée avec plaquage ventral – une méthode policière dénoncée par des associations de défense des droits de l’homme pour le risque d’asphyxie mortelle auquel elle expose).

Hyperthermie manifeste

Quand les pompiers arrivent, aucun gendarme n’aurait débuté de massage cardiaque. L’un d’entre eux explique dans son audition : «Nous ne détectons aucune anomalie qui nécessitait des gestes de premiers secours. Ce que je constate, c’est qu’il ouvre les yeux à plusieurs reprises.» «Quand j’arrive sur la victime, il y a du monde autour mais personne ne s’en occupe. La victime se trouvait sur le ventre, face contre terre», relève pour sa part  le pompier. Ce dernier s’inquiète d’emblée de l’état du jeune homme : «pas de ventilation et pas de pouls». Or les gendarmes assurent de leur côté procéder à une surveillance «constante» des paramètres vitaux.

Toujours aussi troublant : les forces de l’ordre disent aussi placé Adama Traoré en position latérale de sécurité (PLS). Or le pompier interrogé est catégorique : «Moi, quand j’arrive, il n’est pas en PLS mais il est face contre terre ». On aimerait désormais entendre Yves Jannier, procureur de la République de Pontoise (ancien doyen des juges d’instruction anti-terroristes au Tribunal de Grande instance de Paris) . D’emblée il avait expliqué aux journalistes dit alors que la cause de la mort semblait «  « être médicale chez un sujet manifestement en hyperthermie au moment où il a été examiné par les services de secours ». C’était le 29 juillet. Il était, déjà, accusé de ne pas dire la vérité.

A demain