« Boucherie indigne » au bloc opératoire : invraisemblable mort à l’hôpital de Bourges

Bonjour

Tout ,dans cette affaire, est proprement invraisemblable. A commencer par le délai qu’il a fallu pour qu’elle prenne corps et« sorte dans la presse ». Nous sommes au Centre hospitalier Jacques Cœur de Bourges, préfecture du Cher. Les faits remontent au 14 janvier. On apprend trois mois plus tard qu’une  enquête préliminaire pour « homicide involontaire » a été ouverte par le parquet de la ville. Décision prise in fine à la suite de la mort d’un retraité lors d’une intervention bénigne à la prostate. Selon la famille du défunt cette intervention aurait été pratiquée « par un chirurgien-urologue aux méthodes brutales » (sources concordantes précise l’AFP). a-t-on appris lundi de sources concordantes.

Aucune autopsie

Le patient, Henry Latour, était âgé de 60 ans. . Il était en pleine forme dit sa fille. Entré le 14 janvier au matin dans le bloc opératoire pour une intervention à la prostate (résection transurétrale  sous anesthésie régionale) il devait mourir quelques heures plus tard d’un arrêt cardiaque (après une importante hémorragie). Aucune autopsie médico-légale n’a été demandée (pourquoi ?) aussi aucune n’a-t-elle été pratiquée. Le corps a ensuite été incinéré.

On en serait resté là si la famille n’avait appris, par le plus grand des hasards, que le chirurgien avait été suspendu de toute activité au bloc opératoire (Par qui ? Pourquoi ? On ne le sait pas). Elle avait alors déposé plainte le 3 mars contre le chirurgien. C’est ici qu’apparaît Me Philippe Courtois, bien connu des médias et qui ne craint pas de se mettre en scène 1.

Etat mental second

« Le chirurgien était dans un état mental second », vient d’accuser publiquement lors d’une conférence de presse organisée à Paris Me Courtois, conseil de la fille du malade décédé. « Il ne s’agit pas d’un aléa thérapeutique mais d’une erreur médicale provoquée par des gestes brutaux répétés » de l’urologue plaide, déjà, l’avocat. Pour lui l’affaire est bouclée ; et la direction du centre hospitalier de Bourges  a commis une « faute » pour « ne pas avoir signalé ce décès sans explication » à la justice.

Invraisemblable, encore, le contenu du rapport de l’anesthésiste. À son entrée au bloc, le chirurgien urologue présente un « caractère agressif vis-à-vis du personnel », selon ce rapport de l’anesthésiste. « Il est agité, en colère, il parle fort et exprime son mécontentement vis-à-vis du matériel mis à sa disposition : « c’est à nouveau du matériel de merde » », lit-on dans le document. Sous rachianesthésie, le patient entend tout. L’équipe décide de l’endormir « en raison de l’ambiance tendue ». Toujours selon le rapport de l’anesthésiste, le praticien « excessif, agressif » pratique alors l’intervention en « enfonçant le résecteur à plusieurs reprises par les voies naturelles de façon brutale, réséquant l’intérieur de la prostate avec des mouvements d’aller et retour violents sans en faire l’hémostase ».

Pertes de sang effroyables

À 15 h 25, l’équipe prévient le chirurgien « à plusieurs reprises » : « le patient n’est pas bien, […] il faut soit arrêter l’intervention soit passer par voie haute ». À 15 h 41, le patient est en asystolie. Il décède à 16 h 09. Pendant l’intervention, l’anesthésiste constate des « pertes de sang effroyables ». « Cette intervention était une véritable « boucherie » indigne de n’importe quel bloc opératoire », écrit-il. Dans son compte rendu opératoire, le chirurgien constate aussi que « la résection a été très hémorragique ». Mais, contrairement à l’anesthésiste, il évoque un « effort considérable d’hémostase ».

Dès le 22 janvier plusieurs anesthésistes annoncent, par écrit, à la direction ne plus vouloir prendre en charge les patients du chirurgien « pour des raisons de compétences et d’aptitude mentale », en soulignant les « dérives professionnelles » de leur confrère pouvant « parfois exposer les patients à des risques graves ». « Nous avons collectivement décidé de ne plus prendre en charge, au bloc opératoire, les patients du Dr X pour des raisons de compétences et d’aptitude mentale », écrivent les sept anesthésistes.

Pas d’hystérie chirurgicale

Le Quotidien du Médecin ajoute que ces médecins  regrettent « l’inexactitude des intitulés d’interventions avec rajout d’actes en cours de procédure en inadéquation avec le choix anesthésique, des durées opératoires en dehors des standards avec parfois poursuite des actes une fois l’anesthésie locorégionale levée […], des hémorragies peropératoires anormalement importantes. »

Que dit-on en face ? « En 30 ans de carrière, le professionnalisme de mon client n’a jamais été remis en cause. Il conteste formellement avoir fait preuve d’une quelconque hystérie, en revanche, ce jour-là, il y a eu un problème de matériel, il a demandé à avoir le bon », plaide  Me Amélie Chiffert, avocate de l’urologue. Elle dénonce aussi des « accusations opportunistes » et « très rapides », qui semblent révéler des « difficultés relationnelles » vis-à-vis du chirurgien. Hystérie ?

Enquête interne

Que fait la justice dans un tel dossier ? Le procureur de la République de Bourges, Vincent Bonnefoy, a indiqué à l’AFP avoir été alerté « début mars » par l’hôpital « qu’une opération s’était passée de manière difficile ». Précisément, qu’a fait l’administration hospitalière ?  Elle affirme avoir ouvert « une enquête interne » dès qu’elle a été informée de la mort.  « Les éléments « ont été transmis au procureur de la République de Bourges, à l’Agence régionale de santé et au Centre national de gestion [qui gère les praticiens hospitaliers] explique Agnès Cornillault, directrice depuis près de trois ans.

« Le comportement agressif du médecin est jugé incompréhensible. Mais nulle part, dans la lettre des anesthésistes, il n’est fait mention d’une quelconque addiction » observe encore Le Quotidien du Médecin. Au-delà de l’hypothèse de l’hystérie, c’est une vraie question. L’Agence régionale de santé et l’Ordre des médecins ont été interpellés. « Ce médecin a assassiné mon père. Je veux qu’il arrête d’exercer et qu’il aille en prison », réclame la fille de la victime.  Rappelons que l’enquête préliminaire a été ouverte pour « homicide involontaire ».

A demain

1 On peut notamment lire, sur son site professionnel : « Ses compétences dans la défense des victimes de dommage corporel et ses qualités humaines sont reconnues et Philippe Courtois intervient très souvent dans différents médias afin de témoigner ou de donner des conseils aux victimes ou à leurs familles – en particulier sur TF1 et sur RTL de façon récurrente (sic).

« Sollicité par plusieurs grands noms de l’édition, Philippe Courtois écrit un livre qui sera publié début 2016 aux éditions Albin Michel et qui sera un « véritable livre de référence » pour permettre à toutes les victimes d’accidents corporels de pouvoir faire reconnaître leur statut de victime, se défendre et obtenir la meilleure indemnisation de leurs différents préjudices. » Cet ouvrage, couverture blanche, vient d’être publié : « Le livre noir de la médecine. Patient aujourd’hui, victime demain »

 

 

 

Alcools -people: Renaud dénoncera-t-il la sortie de Stéphane Bern sur «Recettes Pompettes» ?

 

Bonjour

Sevrage  à tous les étages. Bientôt sept mois sans alcool ni paranoïa. Renaud tiendra-t-il le double choc de l’arrêt de l’alcool et du retour au soleil, terrible, du zénith médiatique ? Et si tel ne devrait pas être le cas, comment les médias traiteront-ils son cas ? Sur l’alcool, à tous les micros, le malade tient les mêmes propos :

 « En arrivant à Bruxelles, en septembre, pour enregistrer l’album, je n’ai pas réussi à chanter. J’étais encore à un litre de pastis par jour. J’étais très mal, je titubais, je vomissais, j’avais des vertiges. Je suis allé voir un addictologue. Cela a duré cinq minutes, il m’a dit que mon taux de potassium était dans le rouge : ‘’Vous risquez un arrêt cardiaque aujourd’hui, demain ou dans huit jours.’’ J’ai eu très peur. J’ai arrêté de boire aussi sec.

« Je devais rester trois jours, ils m’ont gardé quinze jours, sous perfusion de potassium. J’en ai profité pour faire la totale, IRM, scanners, je suis en pleine forme. Je n’ai jamais passé une période aussi longue de ma vie sans une goutte d’alcool. Il y a encore six mois, je me réveillais à midi, crevé, tracassé, titubant. Je n’arrivais plus à rire, à parler, à pleurer. (…) Maintenant, après cinq heures de sommeil, je me réveille à 7 heures et j’ai la pêche. (…) ».

Ricard à la Closerie

Parfois il va plus loin. Le Figaro (Anthony Palou) de ce 8 avril nous apprend ce que le chanteur ressuscité a dit, hier, à RTL (Yves Calvi) :

« Ce n’est pas le vin qui prend l’homme, c’est le Coca light qui prend l’homme ; ça nous fait tout drôle, tout bizarre, ça nous fait plaisir. Il ne titube plus, n’est plus à l’ombre de lui-même, sa tête ne sombre plus dans un verre de Ricard à la Closerie des Lilas. Va même, dit-il, intervenir aux ‘’alcooliques anonymes’’. »

Sur Europe 1, «il fait le serment devant Dieu, devant les hommes, que plus jamais » il ne replongerait. Le même Figaro annonce la diffusion télévisée d’un long documentaire : « Renaud sous le signe de l’Hexagone » ; documentaire intitulé « Morgane de lui » qui exposera, lui aussi, les prolégomènes de la maladie alcoolique.  Le Point annonce, en exclusivité, comment on peut avoir accès (sur Deezer.) aux treize nouvelles chansons de ce chanteur dont la voix reste abîmée ; chansons dont certaines ne passeront pas à la postérité.

Renaud chez les « alcooliques anonymes » ?

« Je me porte très bien. Je n’ai aucun manque. Mes copains peuvent boire ce qu’ils veulent autour de moi. Je dévore des livres alors que je n’ai pas lu pendant dix ans. Je me réveille à 5-6 heures du matin et j’écris, j’écris, j’écris (…) J’espère bientôt faire des conférences dans des réunions d’alcooliques anonymes pour expliquer comment je m’en suis sorti du jour au lendemain, en l’espace d’une demi-heure. »

François Fillon et Marisol Touraine

Il n’est pas rare que le malade alcoolique, dans l’évolution de son processus de sevrage, soit poussé à de tels gestes. Aider ceux qui souffrent quand on a, avant et comme eux, souffert. Tendre la main à ceux qui sont au fond de la cuve. Renaud pourrait aussi, aujourd’hui, entrer de plain-pied dans l’actualité alcoolique, médiatique et politique ; nous dire ce qu’il pense de la prestation hautement controversée de Stéphane Bern dans la prochaine série « Recettes Pompettes ».

On sait que Renaud, ancien gauchiste et faux casseur (moqué à la perfection par Thierry le Luron)  s’est dernièrement rangé dans les troupes républicaines de François Fillon dont il observe la tête de parfait honnête homme.  Pour autant acceptera-t-il, pour un instant, de soutenir Marisol Touraine dans son combat contre Stéphane Bern – et, au-delà, contre les alcooliers industriels et la publicité sur la Toile ?

A demain

« Accident lors d’un essai clinique de phase I » Un mort, cinq volontaires hospitalisés. Le test concernait un antalgique cannabinoïde

Bonjour

15 janvier. C’est un urgent du service de presse de Marisol Touraine qui confirme une information de TF1:

« Le ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes a été informé hier soir de la survenue d’un accident grave dans le cadre d’un essai clinique de Phase 1, mené sur un médicament pris par voie orale, en cours de développement par un laboratoire européen. [Selon Ouest France il s’agirait d’une molécule antalgique « à base de cannabis »]

« Cet essai a été réalisé dans un établissement privé autorisé, spécialisé dans la réalisation d’essais cliniques, dans le but d’évaluer la sécurité d’emploi, la tolérance, les profils  pharmacologiques de cette molécule, chez des volontaires sains. Cet accident a causé l’hospitalisation de six de ces volontaires au CHU de Rennes. L’un d’entre eux, en réanimation, est en état de mort cérébrale. »

L’IGAS saisie en urgence

Selon Ouest France  le laboratoire impliqué est l’entreprise Biotrial.  Créé il y a 25 ans, Biotrial a réalisé 35 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2014 dont 90% à l’export. Il est aussi présent aux États-Unis depuis 2012, date à laquelle Biotrial a racheté le canadien Warnex. Biotrial emploie 300 salariés dans le monde dont 200 en France.

Une enquête  a été ouverte et confiée à la police judiciaire de Rennes. Mais le parquet de Paris a décidé d’une cosaisine, ainsi l’Office central de lutte contre l’atteinte à l’environnement et à la santé publique sera chargé de l’enquête à Rennes et notamment de la légalité du protocole.

Biotrial a informé l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de l’interruption de l’essai. Il procède actuellement au rappel de tous les volontaires y ayant participé (leur nombre n’est pas connu). L’ANSM a aussitôt décidé de procéder à une inspection technique sur le site de réalisation de ces essais cliniques.

Dès qu’elle a été informée, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, a saisi l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) afin de mener une inspection sur l’organisation, les moyens, et les conditions d’intervention de cet établissement dans la réalisation de l’essai clinique. Mme Touraine est profondément déterminée « à faire toute la lumière et à établir toutes les responsabilités sur cet accident dramatique ». Elle se rend aujourd’hui même, en urgence, à Rennes où elle tiendra un « point presse »

A demain

Feu la vaccination obligatoire : Marisol Touraine avait-elle eu connaissance d’un avis prophétique daté de mars 2014 ?

Bonjour

Quelques heures plus tard il faut imaginer les anti-vaccinaux heureux. Le traitement médiatique, télévisuel et radiophonique, de l’initiative vaccinale de Marisol Touraine a, dans une large mesure, péché là où on pouvait le redouter. Absence de hiérarchisation, prime à l’émotion, amplification des rumeurs infondées. Avec, au 20 heures de TF1, une invraisemblable promotion univoque offerte au Pr Henri Joyeux ; le 20 heures de France 2 privilégiant les recherches sans fin sur l’aluminium des adjuvants. Aucune mise en perspective, aucun commentaire en plateau. Pourquoi ?

Injustice

On sait que les mesures annoncées par Marisol Touraine lors de la conférence de presse (les trois directeurs généraux de la DGS, de l’InVS et de l’ANSM sont restés silencieux) sont fondés sur le rapport demandé par le Premier ministre Manuel Valls à l’ancienne députée socialiste Sandrine Hurel 1. Il y aurait toutefois quelque injustice à faire une croix  sur le travail à bien des égards remarquable fait, en amont, par le Haut Conseil de la Santé Publique.

Ce travail avait été rendu public en mars 2014. Il s’agissait d’un « avis relatif à la politique vaccinale et à l’obligation vaccinale en population générale et à la levée des obstacles financiers à la vaccination » 2. En voici le résumé :

« La vaccination est l’action de santé publique la plus efficace. Outre son effet de protection individuelle, elle présente un intérêt collectif car, pour nombre de vaccins, elle permet de protéger les personnes qui ne peuvent être vaccinées.

Parmi les pays industrialisés, seules la France et l’Italie ont encore des obligations vaccinales.

Afin d’apprécier l’opportunité de faire évoluer la législation, le Haut Conseil de la santé publique a analysé la situation française. Il a pris en considération : les obligations vaccinales actuelles en population générale qui sont, à ce jour, limitées à l’enfant ; les paradoxes et les problèmes soulevés par leur application ainsi que les craintes de voir chuter le taux de couverture vaccinale des vaccins obligatoires et des vaccins recommandés combinés aux vaccins obligatoires.

 Le HCSP considérait  alors que :

« Le maintien ou non de l’obligation vaccinale en population générale relève d’un choix sociétal méritant un débat que les autorités doivent d’organiser ; si ce principe est maintenu, la liste des vaccins obligatoires doit être révisée et faire l’objet d’un avis du HCSP ; les autorités compétentes devraient définir un statut juridique pour toutes les vaccinations inscrites au calendrier vaccinal ; toute modification du régime des obligations devra s’accompagner d’une forte communication des autorités de santé mettant en exergue l’intérêt à vacciner et les risques de la non‑vaccination. »

Il ajoutait :

«  Le dispositif public de vaccination actuel est complexe, illisible et inégalitaire. Il recommande de réorganiser l’offre publique de vaccination sur la base notamment de la gratuité et de la maîtrise des coûts, et de promouvoir les centres publics de vaccination.

Le Haut Conseil de la santé publique appelle à promouvoir une nouvelle organisation rendant la vaccination plus accessible et estime nécessaire que le Programme national d’amélioration de la politique vaccinale de la Direction générale de la santé soit effectivement mis en œuvre. »

Obstacles financiers

Où l’on voit que précédemment à cet avis prophétique existait, dans les cartons, un « Programme national d’amélioration de la politique vaccinale ». La ministre de la Santé avait-elle, en mars 2014, eu connaissance de l’avis du HCSP ? Si oui pourquoi ne pas le citer ? Pourquoi avoir sollicité un nouveau rapport recyclant le précédent ? Pourquoi avoir perdu deux ans ? La seconde partie de l’avis du HCSP concerne « la levée des obstacles financiers à la vaccination ». Sa lecture est fortement recommandée à tous ceux qui s’intéressent à la problématique, complexe et éminemment politique, soulevée par Marisol Touraine le 12 janvier 2016.

A demain

1 Ce rapport est disponible à dette adresse : http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_sur_la_politique_vaccinale_janvier_2016_.pdf

2 Cet avis est disponible à cette adresse:  http://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=455

Nous l’avions pour notre part analysé fin 2014 dans les colonnes de la  Revue Médicale Suisse « La France pourrait bientôt en finir avec ses vaccinations ‘’obligatoires’’ » Rev Med Suisse 2014;1796-1797

 

 

 

Comment la sublimation de la fonction intestinale se transforme en un succès mondial de librairie

Bonjour

« Cul par-dessus tête ». L’expression exprime assez bien ce qu’est en train de vivre le monde de l’édition  avec « Darm mit Charm ».Un ouvrage écrit par un futur médecin a-t-il jamais connu un tel succès international ? On joue ici dans la cour des grands Même le Dr Frédéric Saldman (« Prenez votre santé en main !» après « Le meilleur médicament c’est vous ») semble définitivement distancé.

 Tête de veau

Nous avions évoqué cet ouvrage avant l’été : « Intestins humains, passion allemande ». Soit un livre inattendu, déroutant, qui nous venait d’Allemagne. Son éditeur français, Actes Sud assurait qu’il s’était déjà vendu, outre-Rhin, «à plus d’un million d’exemplaires». Une auteure (Giulia Enders) qui était le charme même, vive, jeune, blonde, enjouée, bientôt docteure en médecine. Elle était la nouvelle star de la médecine et des médias allemands. Giulia Enders, 24 ans, nourrissait depuis longtemps un solide appétit pour les profondeurs intestinales humaines. Les siennes comme celles de ses prochains. Entendons-nous : un appétit sublimé, un appétit nourri de pédagogie, d’envie de faire comprendre pour mieux aider. L’inverse de l’horreur du Dr Knock et de ses gammes sur la chatouillis, le gratouillis et la tête de veau.

Journalisme et obésité

En Allemagne : Darm mit Charm. Dans l’espace francophone, cela a donné Le charme discret de l’intestin– clin d’œil au troublant chef-d’œuvre de Luis Buñuel millésimé 1972, Stéphane Audran et un repas sans cesse différé ? Il semble que non : plus simplement les hasards du journalisme et du savoir-faire de l’édition.

L’obésité, on le sait, menace le globe, et avec elle une épidémie d’anorexie-boulimie. Voilà qui peut justifier la passion contemporaine pour tout ce qui touche à la digestion et, au-delà, à l’ensemble des tissus et organes qui assurent cette fonction. Darm mit Charm s’emploie à nourrir cette passion. Il le fait en dépassant de beaucoup le seul organe qui en fait à la fois le titre et son charme. Que seraient les intestins sans ce qui les précède et les prolongent? Au-delà du titre, c’est du tout-digestif qu’il s’agit. Et, dans une démarche holistique, du contenant comme du contenu.

Tripes et boyaux

La future docteure Enders embrasse large, englobe le tube et sa fonction dans un grand voyage de la nourriture qui englobe les yeux, le nez, la bouche et le pharynx. Elle n’évite pas les sous-chapitres des vomissements (rendre tripes et boyaux) et des laxatifs. Et encore ne s’agit-il là que de la forme. Le cœur de ce propos digestif porte sur la «planète microbienne», la flore intestinale, les gènes de nos bactéries, les antibiotiques, les probiotiques et les prébiotiques.

Nous sommes sans doute encore bien loin d’avoir pris la mesure de ce qui se joue actuellement dans la découverte moléculaire de ces continents intestinaux, ce microbiote en cours de déchiffrement avec lequel nous vivons, le plus souvent, en symbiose. C’est là une forme de révolution copernicienne corporelle, le passage d’un univers clos (le cérébral) à une infinité de mondes possibles. La découverte, aussi, de nouveaux chemins qui conduisent de la tête au ventre et réciproquement. L’auteure en vient à anthropomorphiser ce sous-continent interne. Elle nous parle du sien et nous nous surprenons à penser au nôtre; et on le fait d’autant plus volontiers que le pli est vite pris de le considérer comme un second cerveau, en prise directe avec le cortex central, l’ordinateur neuronal intracrânien.

Transit (troubles du)

On en viendrait presque, au fil des pages, à redistribuer les places attribuées, depuis Vienne, au ça et au surmoi. Une longue analyse cérébro-digestive en somme, que rebattraient les cartes et les stades de l’oralité. La suite des mouvements tectoniques qui déplacèrent les centres de gravité depuis les humeurs jusqu’au au foie, puis du foie au cœur, et du cœur au cerveau. Giulia Enders témoigne dans le même temps de la puissance des apports de la génétique et de la microbiologie revisitée: nous ne vivons qu’en symbiose avec une gigantesque flore bactérienne qui se repaît de nous et que nous domestiquons (ou pas) tout au long de notre vie.

C’est une flore interne qui dit tout de nos embarras gastriques et de nos mille et un troubles du transit. Le parti pris de l’auteure est qu’il vaut mieux le savoir que faire semblant de l’ignorer. Cela se tient et c’est ainsi que tout fait ventre. Y compris la France et François Rabelasi. Au-delà du digestif, un véritable message géopolitique:

«Les humeurs moroses, la joie, le doute, le bien-être ou l’inquiétude ne sont pas le produit de notre seul crâneNous sommes des êtres de chair, avec des bras, des jambes, des organes sexuels, un cœur, des poumons et un intestin. L’intellectualisation de la science nous a longtemps empêchés de voir que notre « moi » était plus que notre seul cerveau. Pourquoi ne pas ajouter notre grain de sel aux paroles de Descartes et déclarer: « Je ressens, de sorte que je pense, donc je suis ».»

« Top ten » des Etats-Unis

Depuis l’été le succès n’a cessé d’enfler.  Les chiffres de vente en France de puis sa sortie en avril dernier : 300 000 exemplaires … en Allemagne : 1,5 million….  Un livre publié dans trente-quatre pays où il se situe entre la 1ère et la 10ème place des meilleures ventes…. Il vient d’entrer dans le « top 10 » des meilleures ventes aux Etats-Unis.

Comment les choses se sont-elles passées en France ? « D’emblée une grande curiosité pour le livre (la personnalité de l’auteure… le ton… l’objet … les dessins….) confie-t-on chez Actes Sud. Une vidéo et Slate.fr (1) puis  c’est la presse généraliste (L’Obs, L’Express, Libération, Le Figaro, Le Canard enchaîné, Version Femina, Psychologie Magazine, Glamour…) qui s’est emparé de ce livre ; puis un phénomène d’emballement…  Grande couverture dans tous types de médias : presse écrite (surtout nationale  – peu dans la presse régionale), radio, TV –  un sujet aux journaux de 20h de TF1 en plein été, idem sur France 2… ».

Grosses Têtes

Il faudra bien, un jour, reprendre tout cela et disséquer ce phénomène de contagion intestine. Il faudra aussi comprendre pourquoi la presse médicale a le plus souvent fait une allergie marquée. Pourquoi les médecins, auteurs de livres, ont boudé le livre quand les magazines grand public spécialisés (Santé magazine, Top santé…) s’y sont intéressés. Jusque, dit-on aux Grosses Têtes de RTL qui en parle régulièrement depuis quelques semaines sous forme de questions posées aux invités – ce qui alimente le buzz et ravit l’auteure et l’éditeur français.

Et ainsi, au final, cette morale qui veut que cette sublimation allemande de la fonction digestive soit portée par un immense bouche-à-oreille.

A demain

(1) Slate.froù l’on peut aussi découvrir une rencontre vidéo avec Giulia Enders réalisée par Michel Alberganti et Rachel Huet.

«Vu à la télé» : France 2, TF1 et RMC-BFMTV accusées d’avoir mis la vie d’un homme en danger (l’imprimerie et les frères Kouachi)

Bonjour

« L’info-prime tout ! » disaient jadis  aux jeunes les vieux journalistes. C’était au temps de la presse écrite imprimée sur du papier journal. Le hasard veut que dans cette affaire médiatique l’homme soit un imprimeur. Il s’appelle Lilian Lepère et il est employé de l’imprimerie investie par les frères Kouachi. Il estime, tout bien pesé,  que sa vie a été mise en danger par plusieurs médias. Et il a décidé, sept mois après, de se tourner vers la justice comme le rapporte aujourd’hui 18 août, Le Parisien (I. G.- sur abonnement)  Des plaintes contre RMC, France 2 et TF1.

Scoop à très haut risque

On peut voir là une nouvelle mise en abyme médiatique. Le Parisien rappelle ainsi que ces trois médias « avaient évoqué sur leurs antennes respectives la possible présence de l’employé dans l’usine, ce que les terroristes ignoraient ». A l’évidence ce scoop  aurait pu avoir des conséquences pour la sécurité, voire pour la vie même du jeune homme. Toujours selon Le Parisien, sa plainte a entraîné, jeudi 13 août, l’ouverture d’une enquête par le parquet de Paris – enquête portant sur « différentes interventions diffusées en direct ».

Vie d’autrui

« La divulgation de ces informations en temps réel, alors même que les frères Kouachi armés et déterminés, étaient susceptibles de suivre le déroulé des opérations, a fait courir un risque certain à Lilian », estime l’avocat de Lilian Lepère. Ce n’est pas tout : fin mars, six personnes qui s’étaient cachées dans le supermarché Hyper Cacher (où Amédy Coulibaly a tué quatre personnes le 9 janvier)  avaient déjà déposé une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui –une plainte visant les médias, et tout particulièrement BFMTV. L’info prime-t-elle tout ?

A demain

Pour maigrir, réclamez à votre médecin de vous prescrire des «consultations diététiques» (remboursées par votre mutuelle)

Bonjour

Cette fois c’est bien l’été. L’heure va sonner du dénudé,  de l’ouverture des corsets, de la dictature du profil. Corollaire : les publicités pour maigrir. Elles prennent de nouvelles formes, vampirisent l’existant, font feu de tout bois. Ce sont de vrais flèches.

Parmi elles on reçoit, ce matin, la brochure de celle qui vante la « Méthode Minceur 100% remboursée par les Mutuelles ». Avec des témoignages vantant les vertus d’AXA®, de la GMF® ou de la Maaf®. Du donnant – donnant. Renvoi d’ascenseur, également avec sur les dépliants imprimés sur écran la vieille recette du « Vu à la télé ! ». Aujourd’hui : TF1, France 2, BFM-TV … sans oublier Au féminin.com et Doctissimo.

On ne s’embarrasse pas de style :

« Vous en avez marre de dépenser des centaines d’euros dans des méthodes minceur qui se disent miraculeuses mais qui ne vous font pas perdre un seul gramme ? 
Vous voulez vous débarrasser définitivement de ces kilos superflus sans jamais les voir revenir ! La « Méthode Minceur » de …….®est faite pour vous!

1 Un Coach Diététicien diplômé d’Etat vous suit tout au long de votre programme pour vous mener à la réussite en toute sécurité !  

2 Notre professionnalisme vous permet d’être remboursée en partie ou en totalité par votre Mutuelle de Santé ! Et oui ! Les Mutuelles remboursent en moyenne 100€ par an, ce qui vous donne l’Offre EXPRESS -3 kg, un mois de Coaching Minceur, 100% remboursée ! De quoi mincir avec le sourire, tout en faisant des économies !

Consultations diététiques

Pour savoir si votre mutuelle rembourse ? Rien de plus simple. Par téléphone appelez directement votre conseiller mutuelle et demandez lui simplement le montant du forfait de remboursement des consultations diététiques. Par mail ou par courrier : téléchargez votre devis gratuit et sans engagement et envoyez le à votre mutuelle pour vous faire rembourser

Au cours de votre coaching vous pourrez télécharger votre facture, il vous suffira de la transmettre à votre mutuelle pour vous faire rembourser.»

Et puis, il y a celles qui n’ont pas de mutuelle « prenant en charge les consultations diététiques ». Voire pas de mutuelle du tout. Pas de panique ! « Vous pouvez également demander à votre médecin traitant de vous prescrire sur ordonnance, des consultations diététiques ».

Demain on pourra vous donnera (gratuitement) la liste des médecins qui (à proximité de votre domicile) répondent favorablement à de telles demandes. Il vous suffira de nous la demander. Vous êtes géolocalisées.

A demain

Vincent Lambert : ce regard que le CSA aurait aimé censurer sur huit chaînes de télévisison

Bonjour

A quoi sert au juste le CSA, ce « gendarme de l’audiovisuel » ? C’est une question qu’habituellement on ne se pose guère. Qui, d’ailleurs, sait en France ce qu’est le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ? Et, d’ailleurs, qu’est-ce que l’audiovisuel au temps du numérique ? Le CSA fait songer à l’ORTF. On l’imagine en noir et blanc, faisant la part du grain et de l’ivraie. Les antiques ciseaux, jamais rouillés, de la censure. Mieux, ceux de l’autocensure, de la peur du gendarme. C’est le carré blanc pour les petits enfants à l’époque de l’i-phone.

Mimiques

On se souvient de la vidéo du visage de Vincent Lambert – et des émois qu’elle suscita. Ce qu’on voulut lui faire dire et qu’elle ne disait pas. Pour beaucoup ce fut la découverte d’une réalité : les personnes en état végétatif chronique ne sont pas des corps rivés à des machines. Cela ne change rien à leur degré de conscience mais cela n’en fait nullement des morts-vivants. Ils ont des yeux ouverts, des cycles veille-sommeil et comme des mimiques qui n’en sont pas mais que l’on se plait à interpréter. Dans un sens ou dans un autre. Ce sont d’ailleurs ces mimiques, ces comportements réflexes qui furent interprétés comme « des refus de soins » – interprétation qui conduisit à la décision d’un processus de fin de vie – le début de la tragédie que l’on suit.

La diffusion de cette courte vidéo, sur les réseaux sociaux souleva la question de son exploitation par les chaînes de télévision. Conférences de rédaction…  interrogations sur la concurrence…  appels des directions… consultations des services juridiques…  l’impasse… le floutage… l’intégral … Chaque chaîne fit comme elle put, comme elle crut devoir faire, se contredisant parfois à quelques heures de distance.

Intimité

Aujourd’hui 18 juin le CSA agit. Huit jours plus tard. Il vient de faire savoir qu’il a « mis en garde » BFM TV, LCI, M6 et TF1. « La diffusion de ces images de M. Vincent Lambert sans consentement préalable et sans floutage constitu(e) une atteinte à l’intimité de sa vie privée et à son image » fait valoir, dans sa sagesse désuète  le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ce n’est pas tout : le CSA a également adressé un « courrier » à Canal+, France 2, France 3 et i-Télé – qui ont, eux, flouté le visage de Vincent Lambert. Le gendarme leur rappelle « que la diffusion de telles images sans consentement préalable était de nature à porter atteinte à l’intimité de la vie privée ».

Le gendarme de l’audiovisuel avait été saisi le 10 juin. Par qui ? On rappellera, ici, que ce sont des proches du malade, réunis en « comité de soutien » qui sont à l’origine de cette initiative.  On y voit le malade sur son lit d’hôpital, les yeux mi-clos ; une main plaque à son oreille un téléphone portable qui diffuse la voix de sa mère venant d’apprendre la décision de la CEDH le concernant. Un autre plan serré montre son demi-frère David en train de lui parler, penché à quelques centimètres de son visage alors que le patient cligne des yeux et semble du regard. « Cette vidéo piétine sa dignité et son droit à l’image, c’est de la manipulation intellectuelle en jouant sur l’émotion », avait alors réagi le Dr Éric Kariger, l’ancien médecin de Vincent Lambert.

Excuses

Et maintenant ? La « mise en garde » est le premier niveau d’avertissement du CSA avant la « mise en demeure ». En cas de récidive, après une « mise en demeure », le CSA peut décider (dans de très rares cas) de « sanctions », comme la suppression d’une tranche de publicité, la lecture d’un « communiqué d’excuses » lors d’un journal télévisé. Voire une amende. Les plus âgés songent immanquablement, ici, à un sketch de Coluche concernant les sanctions pouvant frapper les policiers et la maréchaussée.

Qui contrôle le CSA ?

A demain

La vidéo montrant le visage de Vincent Lambert : les télévisions placées sous haute surveillance

Bonjour

La polémique enfle : les images de vidéo de Vincent Lambert  sont très largement insupportables.  On peut voir cette vidéo ici. Diffusée sur la plateforme Youtube, elle a été mise en ligne sur le site de l’hebdomadaire catholique Famille Chrétienne. Nous avons donné ici les premières réactions, les premières condamnations. L’affaire est bien loin d’être finie.

Démocratie

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) vient d’être saisi. Chargé de la régulation de la télévision, il « a décidé d’instruire avec une particulière vigilance les séquences de ce jour diffusées à la télévision concernant M. Vincent Lambert », notamment au regard du « respect de la dignité humaine ». Ce même CSA n’a pas précisé par qui il avait été saisi. Pourquoi ? Ne sommes-nous pas en démocratie ?

Quoique rapide le CSA a ici encore péché par absence de réaction adaptée. La vidéo (mise en ligne mercredi 9 juin) par un comité de soutien au patient tétraplégique a été diffusée sur le site de l’hebdomadaire Famille Chrétienne et elle est également passée sur plusieurs chaînes, floutée ou en clair. La chaîne d’info en continu BFM TV a d’abord diffusé à de nombreuses reprises dans la matinée des extraits en clair, puis elle a flouté la zone des yeux, à la demande de la famille, a-t-elle expliqué.

Intégralité

Le groupe Canal+ l’a diffusée intégralement dans la matinée, mais en floutant tout le visage « pour respecter la dignité de Vincent Lambert ». « Nous avons eu un débat en conférence de rédaction ce matin à 9 heures pour savoir s’il fallait la flouter ou pas. Nous avons décidé ensemble de la diffuser intégralement mais floutée, pour le respect de la dignité humaine, a précisé une porte-parole de la chaîne d’info. La directrice de la rédaction Céline Pigalle a souligné qu’elle ne voulait pas imposer aux téléspectateurs des images qui n’avaient pas été choisies par cette personne et qui ne sont pas anodines. »

TF1 a diffusé des extraits en clair dans son JT de 13 heures. France 2 a diffusé dans son JT quelques extraits de la vidéo avec le visage flouté, « car Vincent Lambert n’est pas en capacité de donner son accord et nous avons toujours flouté son visage » a expliqué la chaîne.

Regards

Dans cette vidéo, Vincent Lambert apparaît sur son lit d’hôpital, les yeux mi-clos, quand une main plaque à son oreille un téléphone portable qui diffuse la voix de sa mère, Viviane Lambert. Un autre plan serré montre son demi-frère David en train de lui parler, penché à quelques centimètres de son visage alors que le patient cligne des yeux et semble le suivre du regard.

L’épouse de Vincent Lambert s’est indignée de cette vidéo qui « n’apporte aucun élément nouveau » car « l’état de santé de Vincent n’a pas évolué depuis des années ». « Cette vidéo piétine sa dignité et son droit à l’image, c’est de la manipulation intellectuelle en jouant sur l’émotion », a réagi Éric Kariger, l’ancien médecin de Vincent Lambert. D’autres réactions sont attendues.

Pour l’heure on observera que les réseaux sociaux (les blogs…) peuvent diffuser à l’infini et en toute liberté une vidéo que les chaînes de télévision devraient, sous l’œil noir du CSA, flouter.  On peut s’en désoler. Mais le temps fuit et ce sont là des barrières qui ne tiendront guère.

A demain

Affaire « Pascale Clark » : l’avenir du journalisme est-il dans l’intermittence du spectacle ?

Bonjour

Une tempête dans un verre d’encre ? Fritures sur les ondes autour de la « carte de presse ». Des journalistes qui l’ont parlent de ceux qui ne l’ont plus. Et qui entendent le faire savoir. Vont-ils bientôt déchirer la leur en public ? Un exercice délicat : cette carte est en plastique.

« Plusieurs journalistes stars privés de carte de presse, écrit Le Figaro (sur abonnement). Le précieux sésame, distribué à 36.317 professionnels des médias cette année, est sous le feu des critiques depuis plusieurs jours. Lundi 9 mars. Pascale Clark, à la tête de l’émission «A’live» sur France Inter, protestait contre le refus du renouvellement de sa carte de presse, qui lui a été notifiée par la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP).

Motifs: «A’live» n’est pas une émission journalistique, Pascale Clark y exerce une mission de présentatrice et la journaliste n’est pas salariée de Radio France mais intermittente du spectacle. En soutien, Patrick Cohen décidait de découper en direct sa propre carte, provoquant les ricanements des réseaux sociaux. (…) »

Jean-Marc Morandini

« Pascale Clark n’est pas isolée. Christophe Hondelatte et Jean-Marc Morandini dénoncent le système d’attribution » ajoute Chloé Woitier, à l’attention des abonnés du Figaro. Pascale Clark, donc, une personnalité controversée. Mais aussi Patrick Cohen. Et Christophe Hondelatte. Sans oublier Jean- Marc Morandini ou Laurence Ferrari : autant d’anciens titulaires de la fameuse carte de presse  renouvelée ou pas par la CCIJP . Autant de journalistes aux carrières multiples que d’autres journalistes (titulaires de la carte) traitent de stars.

Les affaires Clark et Cohen sont parfaitement résumées sur le site de L’Obs  (Nebia Bendjebbour) :

« Pascale Clark présente « A’Live » tous les soirs de 21 heures à 23 heures sur France Inter, une émission où elle mêle interviews et musique en live. Mais hier soir, lundi  9 mars,  la journaliste était en colère et l’a fait savoir en direct en diffusant des disques au lieu de présenter son émission habituelle.

La Commission de la Carte d’identité des journalistes professionnels (C.C.I.J.P), qui en 2014 a délivré 36.317 cartes, a estimé que son émission n’avait pas de « caractère d’émission d’information ». Pascale Clark était titulaire d’une carte de presse depuis 30 ans. 

Christophe Hondelatte

A l’antenne, elle explique : « ‘Ce soir, je vais vous parler de ma vie de journaliste professionnelle. 30 ans de carte de presse. Numéro 53.216. Partout je l’ai obtenue. CVS, 95.2, Europe 2, France Info, Europe 1, Oui FM, Canal+, RTL, France Inter. Mais ça c’était avant. »

Elle a reçu, par lettre recommandée samedi dernier, la décision de la commission de la carte de presse et elle la conteste : « L’info est la matière première que nous malaxons, soir après soir. Après les tueries de Charlie et de l’Hyper Cacher, nous n’avons traité que de ça deux semaines durant. C’est énervant ces réflexes de journaliste… Plus fort que vous. C’est vrai. Depuis toujours sur Inter. C’est vrai, mais c’est pas choisi. Ce statut à mon corps défendant devient double peine ».

Laurence Ferrari

L’émission, qui aurait dû être consacrée au Secours Populaire, a été remplacée par des disques. La journaliste est devenue pendant deux heures DJ Clark : « Alors comme je ne suis pas journaliste, je m’en voudrais d’usurper tel titre ou telle carte. Ce soir, et peut-être d’autres suivront, voici DJ Clark. DJ, il paraît qu’on peut exercer sans carte professionnelle ».

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur son compte Twitter, Bernard Pivot réagit : « Les journalistes qui ont retiré sa carte de journaliste à Pascale Clark sont souffrants. On devrait leur retirer leur carte Vitale« . Bruno Jeudy de  Paris Match enchaîne : « Je confirme que ‘A’Live‘ est une émission de musique et d’INFO. N’en déplaise à la Com de la carte qui la lui refuse !« .  Augustin Trapenard de Canal + et d’Inter enfonce le clou : « Il faut ne jamais avoir écouté ‘A’Live‘ pour ne pas y déceler l’information, l’actualité et le beau journalisme ».

Patrick Cohen

Par solidarité, ce matin, Patrick Cohen a découpé en direct sa carte de presse : « Pascale est rémunérée en qualité de productrice sous le statut d’intermittente du spectacle – c’est vrai mais ce n’est pas nouveau – et puis surtout ‘A’Live’ ne présente pas le caractère d’une émission d’information ».

Il poursuit : « Des interviews, des chroniques, des reportages d’actualité avec des invités d’actualité, avec parfois des extraits repris dans cette matinale. Vous appelez ça comment mesdames et messieurs de la commission de la carte ? Des variétés ? Voilà 30 ans qu’on fait le même métier avec Pascale Clark, journaliste. Ce qui n’est pas un statut. C’est un métier ». « Une carte de presse coupée en deux, et qui part à la poubelle, c’est une bonne chose de faite ». »

 Nicolas Canteloup

 Où l’on voit que dans le champ du journalisme comme dans celui de la médecine, la confraternité ne se réduit pas, comme on voudrait parfois nous le faire croire, à une haine vigilante. Mais où l’on voit, aussi, que les frontières s’effacent qui séparaient, hier, le journalisme de la communication, l’information du divertissement, la presse de la foire. Au point que l’on en viendrait parfois, cauchemar, à se demander si l’imitateur Nicolas Canteloup (TF1, Europe1) est titulaire de la carte.

La mise en abyme se poursuit aujourd’hui avec la tribune publiée dans Libération (18 mars) signée de Didier Tourancheau, ancien secrétaire général de la Commission de la carte de presse et ancien DRH de … Libération.

Extraits :

« [Pascale Clark] D’abord, sur une journaliste, viscéralement journaliste. Pour autant, elle a pactisé avec un système, qui lui a demandé de ne plus l’être administrativement pour devenir une intermittente du spectacle qu’elle n’a jamais été. Et ensuite, sur son défenseur qui parle de lui-même en feignant de parler d’elle : comme il l’a expliqué ensuite sur LCI, Patrick Cohen semble lui aussi interrogé par la Commission de la carte.

Serge Gainsbourg

« Ainsi donc, on prend une posture à la Gainsbourg, non pas pour brûler un billet de 500 francs, mais pour jeter à la poubelle une carte dont on a que faire. Le résultat est tout aussi désagréable : il faut avoir les moyens de brûler 500 balles devant la caméra comme il faut avoir les moyens de déchirer sa carte de journaliste devant tous ceux qui tentent de grappiller un feuillet ou une minute pour espérer l’obtenir.

Patrick Cohen sait-il, qu’aucun des correspondants à l’étranger de telle ou telle chaîne d’information en continu n’est journaliste salarié ? Qu’ils sont, quand ils perdent la moitié d’une jambe ou tout leur matériel de tournage, comme des imbéciles heureux dépendant uniquement de la bonne volonté et de la conscience professionnelle – et aucunement contractuelle – de la chaîne qui les a envoyés dans cet enfer ? (…) »

Les nantis

« Mais qui est cette Commission de la carte qui «s’arroge tous les droits» ? Et bien, elle est peut-être, chers Pascale Clark et Patrick Cohen, le joyau de la profession de journalistes. Les journalistes sont la seule profession qui, tous les trois ans, mesure par mode de scrutin universel direct, l’influence exacte des syndicats dans le métier. Elle est paritaire et les patrons des médias, dont j’ai eu l’honneur de faire partie, en constituent 50%. On y bosse, beaucoup. On y est bien loin des états d’âme des nantis, de ceux qui ont réussi dans le métier. (…)

Face à la paupérisation du métier, la Commission est conduite, depuis des années, à décider avec consternation la baisse permanente du salaire minimum annuel qui permet à un journaliste d’être considéré comme un professionnel. La Commission de la carte aura 80 ans cette année. Elle a été fondée pour affirmer que les journalistes professionnels sont l’un des piliers de la République. Avec leurs droits, avec leurs devoirs, ainsi qu’avec leur exposition naturelle à la critique. Prétendre aujourd’hui que «je fais œuvre de journalisme quel que soit mon statut ou mon employeur» est une attaque directe contre la profession de journaliste, et son rôle dans la démocratie.

Conseil de l’Ordre

Ainsi, nos amis Pascale Clark et Patrick Cohen nous obligent à écrire que leur défense individuelle les conduit à une double trahison dont ils n’avaient sûrement pas conscience. Accepter qu’ils soient considérés comme intermittents du spectacle, c’est précisément affaiblir la cause des authentiques intermittents qui se bagarrent pour la survie de leur statut. (…) »

Une tempête dans un verre d’encre ? Certes mais une tempête identitaire et qui n’est pas, quoiqu’on pense du spectacle offert, sans lien avec la démocratie. Il n’existait pas, jusqu’à présent, de Conseil de l’Ordre des journalistes. Nous pouvions tous nous en réjouir. Au vu de cette micro-tempête certains ne manqueront pas de songer à un fonder un.

A demain