La France fait partie des dix pays qui facilitent la diffusion de la rougeole dans le monde

Bonjour

1er mars 2019. Nouveau cri d’alarme de l’ONU : « Alarming global surge of measles cases a growing threat to children – UNICEF ». Où l’on apprend que dix pays ont été responsables de trois-quarts environ de l’augmentation totale des cas de rougeole entre 2017 et 2018 : l’Ukraine (30 338 cas), les Philippines (13.192), le Brésil (10.262), le Yémen (6.641), le Venezuela (4916), la Serbie (4355), Madagascar (4307), le Soudan (3496), la Thaïlande (2758) et la France (2269).

A l’échelle mondiale, quatre-vingt-dix-huit pays ont signalé une augmentation du nombre des de cas de rougeole en 2018 par rapport à 2017 – une régression majeure par rapport aux progrès accomplis dans la lutte contre cette maladie pouvant être aisément prévenue mais potentiellement mortelle. « C’est un appel au réveil. Nous disposons d’un vaccin sûr, efficace et peu coûteux contre une maladie très contagieuse – un vaccin qui a sauvé près d’un million de vies chaque année au cours des deux dernières décennies », a déclaré Henrietta Fore, directrice générale de l’Unicef.

Un appel au réveil ? Comment se réveiller face à la médiocrité des infrastructures de santé, aux troubles civils et aux guerres, à la faible sensibilisation de  communautés entière, à la complaisance et aux hésitations/répulsions/fantasmes face à la vaccination antirougeoleuse ?

Le ministère de de la santé costaricain a annoncé la semaine dernière qu’une famille française venait de réintroduire la rougeole dans le pays – un pays où  la maladie avait disparu depuis cinq ans. Arrivés via un vol Air France un enfant de 5 ans et ses deux parents, arrivés au Costa Rica le 18 février, ont du être prise en charge à l’hôpital de Puntaneras, où ils ont été placés en quarantaine.

Vols long-courriers, tempête et amnésie

Le petit garçon et sa mère n’étaient pas vaccinés et le père n’était pas à jour dans ses immunisations. Les parents ont expliqué aux autorités que des camarades d’école de leur fils avaient contracté la rougeole. Les autorités sanitaires costaricaines recherchent les personnes avec qui la famille a pu être en contact depuis son arrivée sur le sol costaricain. Selon le site du journal La Nacion, vingt-six adultes ont été vaccinés dans l’hôtel de la capitale San José où les trois voyageurs ont séjourné à leur arrivée. La rougeole n’était pas réapparue au Costa Rica depuis 2014 – il s’agissait également d’un cas « importé ». Le dernier cas autochtone remonte à 2006.

« Les conditions d’une véritable tempête sont réunies, prévient Paul Duprex, Professor of Microbiology and Molecular Genetics (University of Pittsburgh) sur le site The Conversation Les vols long-courriers ont raccourci les distances entre l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est, et le virus de la rougeole est si infectieux… Un cas qui se déclare quelque part peut déclencher une infection en n’importe quel endroit du globe. S’avérer incapable de vacciner de larges pans de population favorise la réemergence du virus. De la Californie à New York, de l’État de Washington au Minnesota et à la Géorgie, la rougeole fait un retour en force. Désormais, nous ne pouvons qu’espérer que le dernier décès causé par cette maladie mortelle sur le sol des États-Unis demeurera celui de 2015. Mais rien n’est moins sûr. »

Le Pr Duprex parle ici d’ « amnésie collective ». La France en est désormais atteinte. On attend la thérapeutique.

A demain

@jynau

Captorix® et sérotonine : acheter le dernier Houellebecq ne suffira pas à votre bonheur

Bonjour

Nous sommes le 4 janvier 2019. Si tout se passe comme annoncé petites librairies, FNAC et autres grandes surfaces seront envahies. Gilets Jaunes ou pas, des files d’attente infinies de citoyens devenus dépendants au génie de Houellebecq Michel, romancier à succès et bientôt chevalier décoré par le président Emmanuel Macron dans l’ordre de la Légion d’honneur 1. Premier tirage de 320 000 et – à l’exception notable du Canard Enchaîné – des critiques littéraires tombés en pâmoison.

« Sérotonine », donc, nouvelle manne laïque pour les Editions Flammarion. Nous sommes le 4 janvier et, déjà, une lecture indispensable en complément du roman : un texte à haute valeur pédagogique sur le site de The Conversation. : « Non, la sérotonine ne fait pas le bonheur (mais elle fait bien plus !) ». Il est signé du Pr Antoine Pelisollo, docteur en Médecine et en Sciences Humaines, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor/Albert-Chenevier, professeur de psychiatrie à l’Université Paris Est Créteil (UPEC Paris 12) et chercheur à l’INSERM.  On observera que le Pr Pelissolo est aussi, comme Houellebecq, un auteur de la maison Flammarion :« Vous êtes votre meilleur psy ! » (2017).

Ecrit à la première personne du singulier ce texte répond clairement à bien des questions que soulèvera la lecture du dernier opus houellebecquien. Un rappel de données moléculaires simples au carrefour de la dépression carabinée et de l’anxiété généralisée.

Surmoi psychiatrique

« Je ne sais jamais très bien quoi répondre à ces patients qui se disent en manque de sérotonine, confie le psychiatre. Une partie de notre travail de psychiatre consiste à expliquer comment fonctionnent les médicaments que nous prescrivons, afin que les patients puissent se les approprier, et surtout accepter de les prendre quand nous le pensons utile. Ce n’est jamais aisé, car les psychotropes font toujours un peu peur. Les idées reçues sont tellement nombreuses dans ce domaine qu’il est indispensable de dédramatiser voire de déculpabiliser (« si je prends un antidépresseur, c’est que je suis fou »). Alors, nous multiplions les arguments scientifiques, à grand renfort de jolis dessins de cerveau et de synapses multicolores, très simplifiées évidemment. ».

Et voici que ce psychiatre nous parle de son surmoi professionnel, « biberonné à la transparence et à la vérité-due-au-patient (formalisée par la fameuse loi Kouchner, le serment d’Hippocrate, les comités d’éthique, etc.) ». Et le voici sortant le carton jaune anti- #FakeMed ; et menacer d’expulser du terrain le bon petit soldat de l’éducation thérapeutique _ un soldat à qui on a ppris qu’il fallait simplifier l’information pour qu’elle soit compréhensible, « quitte à flirter avec la ligne rouge de la pseudoscience ». Un « conflit de valeur » qui peut déboucher sur un conflit névrotique quand on a quelques prédispositions à la culpabilité hippocratique (sic).

Pratiques frauduleuses

Reste, au-delà de l’ego, le mystère de la sérotonine et de l’effet placebo. Que nous apprend, sur The Conversation, le Pr Pelissolo ? Qu’il est impossible de doser la sérotonine pour en déduire un risque de dépression ou refléter un état psychologique (prendre garde ici aux pratiques frauduleuses). Que l’action de la sérotonine ne dépend pas uniquement de sa quantité brute dans le cerveau. Que la sérotonine ne régule pas uniquement les émotions mais qu’elle intervient dans la dépression et de nombreux autres troubles psychiques.

On apprend aussi que rien n’est jamais perdu.

« Qu’on les nomme résilience, coping (adaptation) ou force de caractère, nous avons tous des capacités de gestion de l’adversité. Nous les mettons en œuvre le plus souvent sans même nous en apercevoir. Pour traiter une dépression, il faut activer ces aptitudes. Cela peut se faire grâce à une aide psychologique ou à une psychothérapie, toujours essentielle pour donner du sens aux épisodes traversés et faciliter la cicatrisation et la prévention, mais aussi par la prise d’un antidépresseur qui va agir sur la sérotonine.

Ce traitement est indispensable quand le désespoir est à son comble, pouvant conduire à des idées ou à des actes suicidaires, et quand la dépression empêche tout simplement de penser, en raison de la fatigue physique et morale, rendant de ce fait illusoire tout travail de psychothérapie. Mais il est également très utile pour réduire la douleur morale propre à toute dépression sévère. »

Une précision toutefois : le Captorix® n’existe pas.

A demain

@jynau

1 « Houellebecq est constant dans ses répulsions, Macron ne l’en décore pas moins » Claude Askolovitch, Slate.fr,  2 janvier 2019

 

Alerte éthique : la Chine aurait fabriqué des nouveau-nés humains génétiquement modifiés 

Bonjour

Un moment historique ?

Ce sont des informations du MIT Technology Review (Antonio Regalado) et d’AP/Washington Post : « AP Exclusive: First gene-edited babies claimed in China ». « Une équipe chinoise serait sur le point de révéler avoir réimplanté des embryons humains modifiés par la technique CRISPR, reprend le site The Conversation (Guillaume Levrier). L’annonce pourrait en être faite demain, au Deuxième Sommet International sur l’Edition du Génome Humain, à Hong Kong. De quoi s’agit-il ? D’un essai clinique visant à modifier le gène CCR5, dans le but d’immuniser une personne contre le VIH. » Associated Press :

« Un chercheur chinois affirme avoir contribué à la création du premier bébé au monde génétiquement modifié – des jumelles nées ce mois-ci dont il a modifié son ADN avec un nouvel outil puissant, capable de réécrire le modèle même de la vie. Si cela est vrai, ce serait un pas de géant en science et en éthique.

« Un scientifique américain a déclaré qu’il avait pris part aux travaux en Chine, mais ce type de modification génétique est interdit aux États-Unis car les modifications de l’ADN peuvent être transmises aux générations futures et risquent de nuire à d’autres gènes. Une majorité de scientifiques pensent qu’il est trop dangereux d’essayer, et certains ont qualifié l’essai chinois d’ »expérimentation humaine ».

« Le chercheur, He Jiankui de Shenzhen, a déclaré avoir modifié des embryons pour sept couples au cours de traitements de fertilité, avec une grossesse obtenue jusqu’à présent. Il a déclaré que son objectif n’était pas de guérir ou de prévenir une maladie héréditaire, mais bien d’essayer de conférer un trait caractéristique de peu de gens naturellement – une capacité à résister à une éventuelle infection par le VIH.

« Il a ajouté que les parents concernés ne souhaitaient ni être identifiés ni interrogés – qu’il ne dirait pas où ils habitent ni où cette expérience a été menée. ll n’y a pas de confirmation indépendante de ses dires, et ce travail n’a pas été publié dans une revue qui, via des pairs, aurait pu attester de son authenticité. »

Pour l’heure seuls quelques médias internationaux semblent avoir pris la mesure de cette annonce. Il ne s’agit pourtant pas ici, comme il y a un an, d’une réédition du génome d’embryons humains surnuméraires destinés à être détruits – mais bien d’un modification délibérée du génome d’embryons conçus in vitro puis implantés in utero dans le but de les faire naître porteurs d’une mutation transmissible à leur descendance.

« Cette nouvelle fracassante est une brusque accélération dans une controverse à la fois économique et éthique qui oppose la Chine à l’Occident au sujet d’une technologie qui va sans aucun doute révolutionner l’agriculture, la médecine, et peut-être l’espèce humaine » prévient The Conversation. Nous y reviendrons.

A demain

@jynau

Cannabis : une possible «mise à disposition» durant le second quinquennat Macron ?

Bonjour

Sans doute existe-t-il, au sein de notre vaste Agence nationale du médicament, un bureau spécialisé chargé du trébuchet des mots et des phrases. C’est un bureau à féliciter. Ainsi ce petit chef d’œuvre que vient de diffuser l’ANSM annonçant la création d’un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST). Ce dernier a été dénommé « Évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Une lecture attentive s’impose :

« Ce CSST, créé pour un an, aura pour missions d’évaluer la pertinence de développer en France l’utilisation thérapeutique du cannabis pour certaines indications et de proposer le cas échéant, les modalités de sa mise à disposition.

« Les propositions qui émaneront des travaux de ce Comité seront basées notamment sur l’analyse de l’ensemble des données scientifiques disponibles et l’expérience d’autres pays l’ayant déjà mis en place, en prenant en compte le point de vue des patients. Ainsi, des représentants associatifs, des professionnels en santé et en sciences humaines seront étroitement associés aux travaux de ce Comité, soit en qualité de membres, soit en étant auditionnés. »

Antiques polémiques

On lira, pour en savoir plus et mieux, le texte publié aujourd’hui même sur The Conversation par le Dr Nicolas Authier,  psychiatre, professeur de pharmacologie médicale, directeur de l’Observatoire Français des Médicaments Antalgiques et président de la Commission des stupéfiants et psychotropes de l’ANSM : « Usage thérapeutique du cannabis : la France engage officiellement la réflexion ».

Ainsi donc la France va, enfin, « s’interroger sur l’usage médical du cannabis dans des pathologies chroniques mal soulagées par les traitements conventionnels ». Cette même France qui avait, il y a quelques années, donné une autorisation pour le marché à un médicament à base de cannabis (le Sativex®) mais qui a, depuis, toujours refusé le prix à payer.

Pour l’heure rien ne semble presser. Les membres de ce nouveau comité seront nommés « dans les prochaines semaines ». Une première réunion « se tiendra courant octobre » et le CSST remettra ses premières conclusions « d’ici la fin de l’année ».

Puis des conclusions à attendre dans un an. Puis des arbitrages par un pouvoir exécutif français comme toujours tétanisé par le sujet et qui botte ici une nouvelle fois en touche 1. Puis, sans doute des modifications législatives pour autoriser la dispensation de préparations magistrales de cannabis à usage médical, sans statut de médicament. Et l’on pressent, déjà, la résurgence d’antiques polémiques.

Et si tout va bien, dans le meilleur des mondes politiques possible, une décision pratique pourrait être prise avant la fin du quinquennat. Ou durant le suivant. Ou plus tard encore.

A demain

1 « Cannabis et thérapeutique : pourquoi Agnès Buzyn fuit-elle ses responsabilités politiques ? » 11 juin 2018

Ehpad et Alzheimer : une infirmière en plus, quatre médicaments en moins (Agnès Buzyn)

 

Bonjour

Deux informations à venir. La première est, dit France Info, une exclusivité de France Inter (Yaël Goosz). Elle concerne le quotidien des Ehpad (Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), un secteur à haut risque d’orage sociaux et de scandales potentiels (600 000 personnes, 7 200 Ehpad).

À l’issue d’une journée de travail avec l’Association des départements de France, au siège de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie des personnes âges, Agnès Buzun ministre des Solidarités et de la santé, dévoilera son plan d’action demain 30 mai. France Inter :

« Il y aura désormais une infirmière de nuit dans chaque Ehpad – c’est la mesure la plus concrète – grâce à plus d’effectifs et à plus de mutualisation, pour ne plus engorger les urgences, à la moindre alerte nocturne sur un patient (…) Coup d’accélérateur aussi sur le budget dédié aux soins. Davantage de moyens chaque année et plus vite. Montée en charge sur trois ans au lieu de sept. 430 millions d’euros doivent être injectés, soit 20 000 postes supplémentaires en équivalent temps plein. » 

Mais, ajoute la radio publique, de là à affirmer qu’il y aura bientôt, en France, un soignant pour un résident, ce qui est le cas dans les pays scandinaves, « il y a un pas que le gouvernement refuse de franchir ». « Le ministère préfère parler d’un rééquilibrage du ratio soignants-gestionnaires, ajoute-t-elle. En clair : moins et mieux d’administration, et davantage de personnels auprès des patients. » Avec ces annonces, le pouvoir exécutif espère endiguer l’un des premiers conflits sociaux auquel il a dû faire face. Pour les questions politique de fond, soulevées dans le dernier avis du Comité national d’éthique (un avis politique sans précédent sur les « enjeux éthiques du vieillissement »). Agnès Buzyn se donne un an pour répondre.

Vingt ans après, combien d’argent gâché ?

L’information, donnée le 25 mai par Libération, a été confirmée au Monde. Un arrêté signé par Agnès Buzyn, devrait acter dans les prochains jours le déremboursement des quatre médicaments (donépézil, rivastigmine, galantamine, mémantine) pouvant être prescrits chez les personnes présentant les symptômes de la maladie d’Alzheimer ou de pathologies voisines. On sait que  Haute autorité de santé (HAS) avait jugé en octobre 2016 que ces traitements (environ 90 millions d’euros de dépense annuelle pour l’Assurance-maladie, ne devaient plus être pris en charge. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé avait toutefois refusé d’engager leur déremboursement immédiat. Elle avait alors conditionné un éventuel déremboursement à la mise en place d’un « protocole de soins élaboré par les scientifiques en lien avec les associations de patients ». C’est chose faite depuis vendredi 25 mai, avec publication par la HAS d’un guide pratique visant à « mettre en place un parcours de soins et d’accompagnement adapté » pour les patients souffrant d’Alzheimer et de maladies apparentées.

Rien dès lors, ne s’oppose plus au déremboursement de quatre spécialités pharmaceutiques inefficaces et potentiellement dangereuse (comme le rappelle aujourd’hui The Conversation en reprenant un texte du Pr François Chast) : l’Aricept (donepezil) de la firme Eisai (commercialisé depuis septembre 1997) l’Exelon (rivastigmine) de Novartis (mai 1998), le Reminyl (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et l’Exiba (mémantine) de Lundbek (mai 2002).

Il serait intéressant de connaître le montant total des sommes versées par la collectivité, depuis vingt ans, aux firmes pharmaceutiques. Intéressant, également, de savoir de quelle manière ces sommes auraient pu, en pratique, être utilisées au bénéfice de celles et ceux qui souffraient de troubles cognitifs progressifs.

A demain

 

 

Cannabis thérapeutique : à quel titre Mme Buzyn a-t-elle mis le Sativex® sous le tapis ?

Bonjour

Pécher par omission. La ministre de la Santé Agnès Buzyn a, jeudi 24 mai, annoncé sur France Inter, que le cannabis à des fins médicales « pourrait » être prochainement autorisé en France.

« Je pense que nous avons du retard. Je ne peux pas vous dire à quelle vitesse nous allons le développer mais en tous les cas, j’ouvre le débat avec les institutions responsables de ce développement. Il n’y a aucune raison d’exclure, sous prétexte que c’est du cannabis, une molécule qui peut être intéressante pour le traitement de certaines douleurs très invalidantes.  J’ai demandé aux différentes institutions qui évaluent les médicaments de me faire remonter l’état des connaissances sur le sujet. »

Demander aux différentes institutions qui évaluent les médicaments de lui faire remonter l’état des connaissances sur le sujet ? Ces institutions se feront un plaisir de rappeler à la ministre des Solidarités et de la Santé que le « cannabis thérapeutique » peut, depuis longtemps, être utilisé en France. Et ce sous le nom de Sativex®. Cette spécialité pharmaceutique associe delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et cannabidiol (CBD). Elle dispose d’une autorisation de marché, en France, depuis 2014.

Comme Marisol Touraine

Le Sativex® est indiqué dans les raideurs et contractures musculaires (spasticité) de la sclérose en plaques (SEP), en dernière intention. Si, depuis quatre ans ce médicament n’est pas commercialisé en France c’est faute d’accord sur le prix avec le laboratoire pharmaceutique concerné 1. Comment imaginer que le gouvernement n’a pas les moyens de sortir d’une telle impasse ?

L’affaire est depuis peu instruite devant le  Comité éthique et cancer après la saisine récente d’une patiente sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique. Ce blocage pour des raisons financières constitue une forme de scandale, souvent ignoré des médias généralistes et mis sous le tapis depuis quatre ans par le pouvoir exécutif.

Agnès Buzyn ne fait, ici, in fine, qu’imiter Marisol Touraine. En oubliant les malades concernés. Comme celui qui, le 24 mai, téléphonait à France Inter pour l’interroger sur le sujet. Pécher par omission : ne pas faire le bien qu’on pourrait ou devrait faire,

 A demain

1 Tous les article de ce blog consacrés au  Sativex® sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=sativex

 

Cannabis thérapeutique et éthique : de quel droit l’Etat français peut-il l’interdire ?

 

Bonjour

« Cannabis à usage thérapeutique » : celles et ceux qui aimeraient y voir clair peuvent dès maintenant se reporter à la remarquable synthèse que vient de publier le Pr Nicolas Authier, psychiatre, pharmacologue et addictologue (Université Clermont Auvergne) sur le site The Conversation : « Pourquoi nous devrions expérimenter le cannabis thérapeutique en France ». Une mine.

Résumons, ici, son propos. On sait que le cannabis (ou des extraits de cannabis) est de nature à soulager les personnes souffrant de certaines affections chroniques. On sait aussi que ces effets antalgiques restent à démontrer de manière codifiée et que, sur ce sujet, de nombreuses études cliniques sont en cours. Elles portent notamment sur l’usage qui pourrait être fait dans la douleur, la sclérose en plaque, l’épilepsie, les nausées induites par certaines chimiothérapies anticancéreuses, les troubles du sommeil, la cachexie, le glaucome et certains troubles psychiques comme l’anxiété chronique.

« La France réfléchit actuellement aux modalités d’une expérimentation nationale de l’utilisation à visée thérapeutique du cannabis, voire de certains cannabinoïdes – les substances extraites du cannabis précise le Pr Authier. Des auditions d’experts cliniciens, patients et autorités sanitaires se sont tenues à ce sujet le 12 avril à l’Assemblée nationale, à l’initiative du député et médecin Olivier Véran. »

Divrses pesanteurs françaises font que, sur ce thème, le principe même d’une expérimentation nationale fait débat. Pourquoi ? Il faut ici compter avec diverses oppositions, plus idéologiques que scientifiques, au sein d’Académies que l’on pourrait imaginer plus éclairées : académies de médecine et de pharmacie. « Cette expérimentation pourrait pourtant permettre de mieux accompagner des patients qui utilisent actuellement le cannabis sans contrôle médical, et d’évaluer les bénéfices et les risques de cet usage » estime Nicolas Authier.

Il faut ici savoir que des médicaments cannabinoïdes sont – en théorie- disponibles en France. Un seul possède une autorisation de mise sur le marché (AMM) : le Sativex®, autorisé depuis 2014 associant le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol (CBD). Il est indiqué dans les raideurs et contractures musculaires, appelées spasticité, de la sclérose en plaques (SEP), en dernière intention. Néanmoins, ce médicament n’est toujours pas commercialisé en France faute d’accord sur le prix avec le laboratoire pharmaceutique. C’est là une forme de scandale, souvent ignoré des médias généralistes 1 et mis sous le tapis depuis quatre ans par le pouvoir exécutif – Marisol Touraine, puis Agnès Buzyn.

Le cas exemplaire de Madame A.

Mais on peut aussi, sur le fond, aborder le sujet par une autre face : l’interdiction de principe, par l’Etat français, du recours au cannabis à des fins thérapeutiques  est-elle contraire à l’éthique ? Et ici, une éclaircie : le  Comité ethique et cancer, dispositif consultatif collégial qui émet des avis publics, examinera aussi cette question après la saisine récente d’une patiente sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique. Les sujet est parfaitement résumé sur le site de ce Comité :

« Madame A a saisi le Comité éthique et cancer au sujet de l’usage thérapeutique du cannabis pour soulager la douleur dans un contexte de soins. Madame A a été diagnostiquée d’un cancer lorsqu’elle avait 27 ans. A la suite de nombreuses interventions (tumorectomie, radiothérapie, double mastectomie prophylactique) ou traitements (chimiothérapie, hormonothérapie), elle a été confrontée à des douleurs intenses et chroniques que l’équipe soignante n’a pu endiguer dans de bonnes conditions, proposant anxiolytiques et antalgiques opiacés que Madame A supporte mal.  

Pour soulager ses douleurs, un proche, par ailleurs soignant, lui a suggéré l’utilisation de cannabis sous diverses formes. Cette dernière a constaté un apaisement des douleurs, des nausées, a retrouvé de l’appétit ; et sa qualité de vie a, de ses propres dires, été largement améliorée. Depuis, Madame A évoque ouvertement cette consommation dans le cadre de ses soins, le personnel médical ne s’y opposant pas, au contraire parfois.

Cependant, Madame A s’interroge sur les barrières à l’usage thérapeutique du cannabis. D’abord, le produit en lui-même, porteur de représentations sociales fortes, peut rendre difficile la capacité des personnes à en parler sans craindre diverses formes de jugements. Par ailleurs, le caractère illicite de cette consommation expose les personnes malades souhaitant s’en procurer à divers risques, y compris juridiques, pour un usage permettant pourtant d’améliorer leur qualité de vie. Enfin, si un produit à base de THC, le Sativex® a une autorisation de mise sur le marché, les difficultés sur la négociation du prix et la restriction importante des pathologies concernées par ce traitement rendent, à ce jour, l’accès impossible en France.

Dès lors, Madame A interroge le Comité éthique et cancer sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique, notamment au regard du principe de non-malfaisance, comparant cette interdiction à « un refus de soins » de la part des autorités. C’est ce que le Comité éthique et cancer se propose d’examiner, en restreignant son analyse à un cadre médical : intérêt de l’utilisation du cannabis pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie, et risques afférents à ce type de consommation dans le contexte actuel. »

On attend, avec le plus vif intérêt, la réponse de ce Comité.

A demain

1 Tous les article de ce blog consacrés au  Sativex® sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=sativex