Cannabis : une possible «mise à disposition» durant le second quinquennat Macron ?

Bonjour

Sans doute existe-t-il, au sein de notre vaste Agence nationale du médicament, un bureau spécialisé chargé du trébuchet des mots et des phrases. C’est un bureau à féliciter. Ainsi ce petit chef d’œuvre que vient de diffuser l’ANSM annonçant la création d’un Comité Scientifique Spécialisé Temporaire (CSST). Ce dernier a été dénommé « Évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Une lecture attentive s’impose :

« Ce CSST, créé pour un an, aura pour missions d’évaluer la pertinence de développer en France l’utilisation thérapeutique du cannabis pour certaines indications et de proposer le cas échéant, les modalités de sa mise à disposition.

« Les propositions qui émaneront des travaux de ce Comité seront basées notamment sur l’analyse de l’ensemble des données scientifiques disponibles et l’expérience d’autres pays l’ayant déjà mis en place, en prenant en compte le point de vue des patients. Ainsi, des représentants associatifs, des professionnels en santé et en sciences humaines seront étroitement associés aux travaux de ce Comité, soit en qualité de membres, soit en étant auditionnés. »

Antiques polémiques

On lira, pour en savoir plus et mieux, le texte publié aujourd’hui même sur The Conversation par le Dr Nicolas Authier,  psychiatre, professeur de pharmacologie médicale, directeur de l’Observatoire Français des Médicaments Antalgiques et président de la Commission des stupéfiants et psychotropes de l’ANSM : « Usage thérapeutique du cannabis : la France engage officiellement la réflexion ».

Ainsi donc la France va, enfin, « s’interroger sur l’usage médical du cannabis dans des pathologies chroniques mal soulagées par les traitements conventionnels ». Cette même France qui avait, il y a quelques années, donné une autorisation pour le marché à un médicament à base de cannabis (le Sativex®) mais qui a, depuis, toujours refusé le prix à payer.

Pour l’heure rien ne semble presser. Les membres de ce nouveau comité seront nommés « dans les prochaines semaines ». Une première réunion « se tiendra courant octobre » et le CSST remettra ses premières conclusions « d’ici la fin de l’année ».

Puis des conclusions à attendre dans un an. Puis des arbitrages par un pouvoir exécutif français comme toujours tétanisé par le sujet et qui botte ici une nouvelle fois en touche 1. Puis, sans doute des modifications législatives pour autoriser la dispensation de préparations magistrales de cannabis à usage médical, sans statut de médicament. Et l’on pressent, déjà, la résurgence d’antiques polémiques.

Et si tout va bien, dans le meilleur des mondes politiques possible, une décision pratique pourrait être prise avant la fin du quinquennat. Ou durant le suivant. Ou plus tard encore.

A demain

1 « Cannabis et thérapeutique : pourquoi Agnès Buzyn fuit-elle ses responsabilités politiques ? » 11 juin 2018

Ehpad et Alzheimer : une infirmière en plus, quatre médicaments en moins (Agnès Buzyn)

 

Bonjour

Deux informations à venir. La première est, dit France Info, une exclusivité de France Inter (Yaël Goosz). Elle concerne le quotidien des Ehpad (Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), un secteur à haut risque d’orage sociaux et de scandales potentiels (600 000 personnes, 7 200 Ehpad).

À l’issue d’une journée de travail avec l’Association des départements de France, au siège de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie des personnes âges, Agnès Buzun ministre des Solidarités et de la santé, dévoilera son plan d’action demain 30 mai. France Inter :

« Il y aura désormais une infirmière de nuit dans chaque Ehpad – c’est la mesure la plus concrète – grâce à plus d’effectifs et à plus de mutualisation, pour ne plus engorger les urgences, à la moindre alerte nocturne sur un patient (…) Coup d’accélérateur aussi sur le budget dédié aux soins. Davantage de moyens chaque année et plus vite. Montée en charge sur trois ans au lieu de sept. 430 millions d’euros doivent être injectés, soit 20 000 postes supplémentaires en équivalent temps plein. » 

Mais, ajoute la radio publique, de là à affirmer qu’il y aura bientôt, en France, un soignant pour un résident, ce qui est le cas dans les pays scandinaves, « il y a un pas que le gouvernement refuse de franchir ». « Le ministère préfère parler d’un rééquilibrage du ratio soignants-gestionnaires, ajoute-t-elle. En clair : moins et mieux d’administration, et davantage de personnels auprès des patients. » Avec ces annonces, le pouvoir exécutif espère endiguer l’un des premiers conflits sociaux auquel il a dû faire face. Pour les questions politique de fond, soulevées dans le dernier avis du Comité national d’éthique (un avis politique sans précédent sur les « enjeux éthiques du vieillissement »). Agnès Buzyn se donne un an pour répondre.

Vingt ans après, combien d’argent gâché ?

L’information, donnée le 25 mai par Libération, a été confirmée au Monde. Un arrêté signé par Agnès Buzyn, devrait acter dans les prochains jours le déremboursement des quatre médicaments (donépézil, rivastigmine, galantamine, mémantine) pouvant être prescrits chez les personnes présentant les symptômes de la maladie d’Alzheimer ou de pathologies voisines. On sait que  Haute autorité de santé (HAS) avait jugé en octobre 2016 que ces traitements (environ 90 millions d’euros de dépense annuelle pour l’Assurance-maladie, ne devaient plus être pris en charge. Marisol Touraine, alors ministre de la Santé avait toutefois refusé d’engager leur déremboursement immédiat. Elle avait alors conditionné un éventuel déremboursement à la mise en place d’un « protocole de soins élaboré par les scientifiques en lien avec les associations de patients ». C’est chose faite depuis vendredi 25 mai, avec publication par la HAS d’un guide pratique visant à « mettre en place un parcours de soins et d’accompagnement adapté » pour les patients souffrant d’Alzheimer et de maladies apparentées.

Rien dès lors, ne s’oppose plus au déremboursement de quatre spécialités pharmaceutiques inefficaces et potentiellement dangereuse (comme le rappelle aujourd’hui The Conversation en reprenant un texte du Pr François Chast) : l’Aricept (donepezil) de la firme Eisai (commercialisé depuis septembre 1997) l’Exelon (rivastigmine) de Novartis (mai 1998), le Reminyl (galantamine) de Jansen-Cilag (octobre 2000) et l’Exiba (mémantine) de Lundbek (mai 2002).

Il serait intéressant de connaître le montant total des sommes versées par la collectivité, depuis vingt ans, aux firmes pharmaceutiques. Intéressant, également, de savoir de quelle manière ces sommes auraient pu, en pratique, être utilisées au bénéfice de celles et ceux qui souffraient de troubles cognitifs progressifs.

A demain

 

 

Cannabis thérapeutique : à quel titre Mme Buzyn a-t-elle mis le Sativex® sous le tapis ?

Bonjour

Pécher par omission. La ministre de la Santé Agnès Buzyn a, jeudi 24 mai, annoncé sur France Inter, que le cannabis à des fins médicales « pourrait » être prochainement autorisé en France.

« Je pense que nous avons du retard. Je ne peux pas vous dire à quelle vitesse nous allons le développer mais en tous les cas, j’ouvre le débat avec les institutions responsables de ce développement. Il n’y a aucune raison d’exclure, sous prétexte que c’est du cannabis, une molécule qui peut être intéressante pour le traitement de certaines douleurs très invalidantes.  J’ai demandé aux différentes institutions qui évaluent les médicaments de me faire remonter l’état des connaissances sur le sujet. »

Demander aux différentes institutions qui évaluent les médicaments de lui faire remonter l’état des connaissances sur le sujet ? Ces institutions se feront un plaisir de rappeler à la ministre des Solidarités et de la Santé que le « cannabis thérapeutique » peut, depuis longtemps, être utilisé en France. Et ce sous le nom de Sativex®. Cette spécialité pharmaceutique associe delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et cannabidiol (CBD). Elle dispose d’une autorisation de marché, en France, depuis 2014.

Comme Marisol Touraine

Le Sativex® est indiqué dans les raideurs et contractures musculaires (spasticité) de la sclérose en plaques (SEP), en dernière intention. Si, depuis quatre ans ce médicament n’est pas commercialisé en France c’est faute d’accord sur le prix avec le laboratoire pharmaceutique concerné 1. Comment imaginer que le gouvernement n’a pas les moyens de sortir d’une telle impasse ?

L’affaire est depuis peu instruite devant le  Comité éthique et cancer après la saisine récente d’une patiente sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique. Ce blocage pour des raisons financières constitue une forme de scandale, souvent ignoré des médias généralistes et mis sous le tapis depuis quatre ans par le pouvoir exécutif.

Agnès Buzyn ne fait, ici, in fine, qu’imiter Marisol Touraine. En oubliant les malades concernés. Comme celui qui, le 24 mai, téléphonait à France Inter pour l’interroger sur le sujet. Pécher par omission : ne pas faire le bien qu’on pourrait ou devrait faire,

 A demain

1 Tous les article de ce blog consacrés au  Sativex® sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=sativex

 

Cannabis thérapeutique et éthique : de quel droit l’Etat français peut-il l’interdire ?

 

Bonjour

« Cannabis à usage thérapeutique » : celles et ceux qui aimeraient y voir clair peuvent dès maintenant se reporter à la remarquable synthèse que vient de publier le Pr Nicolas Authier, psychiatre, pharmacologue et addictologue (Université Clermont Auvergne) sur le site The Conversation : « Pourquoi nous devrions expérimenter le cannabis thérapeutique en France ». Une mine.

Résumons, ici, son propos. On sait que le cannabis (ou des extraits de cannabis) est de nature à soulager les personnes souffrant de certaines affections chroniques. On sait aussi que ces effets antalgiques restent à démontrer de manière codifiée et que, sur ce sujet, de nombreuses études cliniques sont en cours. Elles portent notamment sur l’usage qui pourrait être fait dans la douleur, la sclérose en plaque, l’épilepsie, les nausées induites par certaines chimiothérapies anticancéreuses, les troubles du sommeil, la cachexie, le glaucome et certains troubles psychiques comme l’anxiété chronique.

« La France réfléchit actuellement aux modalités d’une expérimentation nationale de l’utilisation à visée thérapeutique du cannabis, voire de certains cannabinoïdes – les substances extraites du cannabis précise le Pr Authier. Des auditions d’experts cliniciens, patients et autorités sanitaires se sont tenues à ce sujet le 12 avril à l’Assemblée nationale, à l’initiative du député et médecin Olivier Véran. »

Divrses pesanteurs françaises font que, sur ce thème, le principe même d’une expérimentation nationale fait débat. Pourquoi ? Il faut ici compter avec diverses oppositions, plus idéologiques que scientifiques, au sein d’Académies que l’on pourrait imaginer plus éclairées : académies de médecine et de pharmacie. « Cette expérimentation pourrait pourtant permettre de mieux accompagner des patients qui utilisent actuellement le cannabis sans contrôle médical, et d’évaluer les bénéfices et les risques de cet usage » estime Nicolas Authier.

Il faut ici savoir que des médicaments cannabinoïdes sont – en théorie- disponibles en France. Un seul possède une autorisation de mise sur le marché (AMM) : le Sativex®, autorisé depuis 2014 associant le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et de cannabidiol (CBD). Il est indiqué dans les raideurs et contractures musculaires, appelées spasticité, de la sclérose en plaques (SEP), en dernière intention. Néanmoins, ce médicament n’est toujours pas commercialisé en France faute d’accord sur le prix avec le laboratoire pharmaceutique. C’est là une forme de scandale, souvent ignoré des médias généralistes 1 et mis sous le tapis depuis quatre ans par le pouvoir exécutif – Marisol Touraine, puis Agnès Buzyn.

Le cas exemplaire de Madame A.

Mais on peut aussi, sur le fond, aborder le sujet par une autre face : l’interdiction de principe, par l’Etat français, du recours au cannabis à des fins thérapeutiques  est-elle contraire à l’éthique ? Et ici, une éclaircie : le  Comité ethique et cancer, dispositif consultatif collégial qui émet des avis publics, examinera aussi cette question après la saisine récente d’une patiente sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique. Les sujet est parfaitement résumé sur le site de ce Comité :

« Madame A a saisi le Comité éthique et cancer au sujet de l’usage thérapeutique du cannabis pour soulager la douleur dans un contexte de soins. Madame A a été diagnostiquée d’un cancer lorsqu’elle avait 27 ans. A la suite de nombreuses interventions (tumorectomie, radiothérapie, double mastectomie prophylactique) ou traitements (chimiothérapie, hormonothérapie), elle a été confrontée à des douleurs intenses et chroniques que l’équipe soignante n’a pu endiguer dans de bonnes conditions, proposant anxiolytiques et antalgiques opiacés que Madame A supporte mal.  

Pour soulager ses douleurs, un proche, par ailleurs soignant, lui a suggéré l’utilisation de cannabis sous diverses formes. Cette dernière a constaté un apaisement des douleurs, des nausées, a retrouvé de l’appétit ; et sa qualité de vie a, de ses propres dires, été largement améliorée. Depuis, Madame A évoque ouvertement cette consommation dans le cadre de ses soins, le personnel médical ne s’y opposant pas, au contraire parfois.

Cependant, Madame A s’interroge sur les barrières à l’usage thérapeutique du cannabis. D’abord, le produit en lui-même, porteur de représentations sociales fortes, peut rendre difficile la capacité des personnes à en parler sans craindre diverses formes de jugements. Par ailleurs, le caractère illicite de cette consommation expose les personnes malades souhaitant s’en procurer à divers risques, y compris juridiques, pour un usage permettant pourtant d’améliorer leur qualité de vie. Enfin, si un produit à base de THC, le Sativex® a une autorisation de mise sur le marché, les difficultés sur la négociation du prix et la restriction importante des pathologies concernées par ce traitement rendent, à ce jour, l’accès impossible en France.

Dès lors, Madame A interroge le Comité éthique et cancer sur le caractère « inéthique » de l’interdiction du cannabis dans un contexte thérapeutique, notamment au regard du principe de non-malfaisance, comparant cette interdiction à « un refus de soins » de la part des autorités. C’est ce que le Comité éthique et cancer se propose d’examiner, en restreignant son analyse à un cadre médical : intérêt de l’utilisation du cannabis pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie, et risques afférents à ce type de consommation dans le contexte actuel. »

On attend, avec le plus vif intérêt, la réponse de ce Comité.

A demain

1 Tous les article de ce blog consacrés au  Sativex® sont disponibles à cette adresse : https://jeanyvesnau.com/?s=sativex

 

Les «Paradis pharmaceutiques» ou l’inquiétante délocalisation des expérimentations cliniques 

 

Bonjour

Dans l’ombre de la mondialisation, les délocalisations. Nous avons appris il y a peu la première implantation, chez un patient du Kazakhstan du cœur artificiel mis au point par Carmat. Soit la poursuite dans la capitale de l’ancienne république soviétique, d’un essai commencé en France où il avait généré quelques polémiques. Carmat a, depuis, annoncé, avoir obtenu le feu vert pour implanter son dispositif à l’Institut de la Médecine Clinique et Expérimentale (IKEM) de Prague, en République tchèque. Elle a aussi annoncé avoir fait des demandes similaires « dans quatre autres pays », sans toutefois préciser lesquels.

Si quelques indiscrétions sont parfois ici ou là glissées, la direction générale de Carmat se refuse à préciser les raisons précises pour lesquelles elle préfère désormais l’étranger à la France. Interrogée par le quotidien économique La Tribune, la société cotée en bourse reconnaît que les essais cliniques pourraient ainsi être « potentiellement » terminés plus vite en étant moins coûteux, tout en assurant que « ce n’est pas le but ».

« Si les modalités d’expérimentation du cœur artificiel interrogent, c’est que, à l’échelle mondiale, une dynamique de délocalisation des essais cliniques vers des pays dits à moindre coût est actuellement à l’œuvre. Initié depuis plusieurs années maintenant, ce mouvement concerne particulièrement la Chine, l’Inde, la Russie et les pays de l’ex-Union soviétique, explique Mathieu Noury, sociologue, conseiller à la recherche, (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue) dans un papier original et documenté disponible sur le site The Conversation.

John Le Carré et la souplesse chinoise

M. Noury traite de ce phénomène (généralement encore ignoré des médias généralistes) dans un chapitre de son livre (« La nanosanté, la médecine à l’heure des nanotechnologies») 1 qui vient d’être publié aux Éditions Liber. « Désormais, un même essai clinique se déroule bien souvent dans plusieurs zones géographiques, explique-t-il. Le cas du Crlx101, une nouvelle approche pour combattre le cancer mise au point par la compagnie américaine de nanopharmaceutique Cerulean, en témoigne. L’étude de phase 1 a été réalisée aux États-Unis, et l’étude de phase 2, en Russie et en Ukraine, comme indiqué sur le site du gouvernement américain consacré aux essais cliniques. Il n’est plus rare de voir une phase d’essai réalisée dans plus de cinq pays à la fois, sur différents continents. »

Dans ce domaine la Chine et la Russie seraient, selon lui, les pays qui les pays qui connaîtraient le plus fort taux de développement, suivis de l’Argentine, de la République tchèque, de la Hongrie et du Mexique. « En raison de la souplesse de sa législation sur les cellules souches, la Chine est particulièrement engagée dans des essais en médecine régénératrice, ajoute l’auteur. C’est également le cas de plusieurs autres pays comme l’Inde, Taïwan ou la Pologne.

Rien n’est simple dans ce domaine et les arguments ne manquent pas pour déjouer les indignations réflexes – comme au temps de »The Constant Gardener » (« La constance du jardinier ») de John Le Carré. Les promoteurs peuvent ainsi faire valoir la diversité ethnique – permettant une généralisation plus grande des résultats cliniques. « Dans ces pays, les essais cliniques sont souvent le seul moyen d’avoir accès à des soins de santé pour les couches sociales les plus pauvres, ajoute M. Noury. Les essais sont considérés comme faisant partie intégrante des soins de santé depuis que, dans les années 1990, les États ont massivement adopté des politiques réformatrices d’inspiration néolibérale et privatisé le système de santé, en réduisant considérablement l’accès. »

Le rêve des Lumières

C’est ici oublier que si le traitement expérimenté a un quelconque effet positif sur l’état du patient, ce dernier n’aura plus accès au produit qu’il a contribué à développer une fois les tests cliniques terminés. Ce n’est pas là la seule perversité. « Un autre facteur expliquant l’attractivité de ces pays est la sous-médicalisation des patients qui y sont recrutés, ajoute M. Noury. N’ayant pas eu ou ayant peu d’accès à d’autres formes de traitements, ces sujets ne présentent pas de risques d’interférences entre médicaments lors des essais. Cela augmente les chances d’obtenir des résultats démontrant une efficacité positive du produit et de voir les autorités sanitaires américaines, canadiennes ou françaises en valider la mise sur le marché. »

Tout cela sans compter les économies réalisées via ces délocalisations, qu’il s’agisse des investissement dans les tests cliniques ou des délais plus courts pour parvenir à des résultats probants. Emergent ainsi de véritables « paradis pharmaceutiques » comme il existe toujours, envers et contre tout, d’éternels paradis fiscaux. :

Jusqu’où ira cette dynamique de délocalisation des essais cliniques ? « Ce phénomène pose, a minima, la question du respect des normes scientifiques, juridiques et éthiques des essais cliniques et des règles encadrant la recherche biomédicale » estime M. Noury. On peut aussi aller plus loin : combien de temps nous faudra-t-il avant de comprendre que les dispositions bioéthiques que l’on imaginait universelles n’étaient qu’occidentales ? Et combien de temps avant que l’on saisisse qu’elles sont désormais battues en brèche au sein même de cet occident des Lumières qui les avait rêvées ?

A demain

1 A noter aussi l’ouvrage de l’anthropologue américaine Adriana Petryna  «  When Experiments Travel « ( « Quand les expérimentations voyagent » encore non traduit en français – que font les éditeurs ?)

 

Homosexualité : combien d’euros à payer pour un cycle complet de fécondation in vitro ?

Bonjour

C’est un papier nettement plus concret que son titre ne pourrait le laisser supposer. Il vient d’être publié sur le site français  The Conversation : « « Procréation médicalement assistée pour toutes : une étape anthropologique qui reste à consacrer dans le droit ». Un papier signé Serge Rabier, chercheur associé en socio-démographie (Université Paris Descartes). Il développe quelques-unes des conséquences de l’avis que le Comité consultatif national d’éthique vient de rendre : une majorité des « sages » qui le compose ont jugé qu’il ne saurait plus y avoir, aujourd’hui en France, d’obstacle à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes – et non plus uniquement pour les femmes vivant en couple hétérosexuel.

M. Rabier nous rappelle que cet avis est produit deux ans après celui du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes qui recommandait au Gouvernement et au Parlement d’étendre l’accès à la PMA aux couples de femmes et aux femmes célibataires. « Ainsi en quelques années, deux instances consultatives ont matérialisé une évolution sociétale majeure concernant les paradigmes nouveaux de la reproduction sexuée d’une part et, d’autre part, les conditions d’exercice et de reconnaissance de parentalités « nouvelles » : la monoparentalité et l’homoparentalité. »

Analyse du coût moyen

Avant d’évoquer les « enjeux anthropologiques de fond » qui sous-tendent ce débat l’auteur évoque la dimension socio-économique et financière. « Compte tenu des coûts de mise en œuvre de ces diverses techniques, beaucoup ont pensé questionner cette évolution sociétale au nom d’une approche purement gestionnaire » écrit-il.

Le coût moyen, pour l’Assurance maladie, d’un cycle de FIV complet est d’environ 4 100 euros et se décompose de la façon suivante : 1 300 euros en moyenne pour le traitement de stimulation, comprenant l’achat des médicaments et l’intervention des infirmières à domicile ; environ 500 euros pour la surveillance hormonale et échographique ; 600 euros en moyenne pour la partie biologique avec 430 euros pour la FIV classique et 750 euros pour l’injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde (ICSI) ; environ 1 700 euros d’hospitalisation pour la ponction et le transfert.

En 2015, les 24 000 naissances obtenues après PMA représentent 2,9 % des naissances en France. Et certaines estimations prévoient que l’accès de la PMA aux femmes seules ou en couples conduirait à 4 000 naissances par PMA de plus sur une moyenne de 780 000 à 800 000 naissances par an. « Ainsi, cette nouvelle demande sociale, pour forte qu’elle soit du point de vue des désirs et des valeurs, reste assez faible numériquement » observe M. Rabier. Elle n’en soulève pas moins la question de leur prise en charge par l’assurance-maladie.

Deux solutions radicalement opposées

Voici, sur ce point, ce qu’écrit le Comité consultatif national d’éthique :

« La charge pécuniaire de l’utilisation des techniques d’AMP hors des indications médicales ne saurait porter sur les moyens financiers de l’assurance-maladie. La question se pose dès lors : les femmes en couples ou les femmes seules devraient-elles supporter seules les frais inhérents à leurs demandes d’aide à la procréation s’ils ne relèvent pas d’indications médicales, ou une certaine forme de solidarité pourrait-elle être envisagée ?

« Celle-ci pourrait prendre la forme d’une contribution partielle au coût du service public selon des modèles déjà en vigueur. Les prestations des centres agréés pour l’AMP pourraient être facturées au réel prix coutant par les établissements participant au service public hospitalier et encaissées comme des ‘’ressources propres’’.»

Et voici ce qu’écrit le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes :

« Afin de garantir une égalité sociale d’accès à la technique, le HCEfh recommande d’aligner le mode de remboursement par la sécurité sociale des frais engendrés par les PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires, de la même manière que le sont ceux pour les PMA pratiquées par les couples hétérosexuels.

 « Aujourd’hui, dans le cas d’une PMA réalisée par un couple hétérosexuel, sont pris en charge : les actes de PMA jusqu’au 43e anniversaire de la femme ; une seule insémination artificielle par cycle, dans la limite de six inséminations artificielles ; quatre tentatives de fécondation in vitro. »

Dissociation

Où l’on voit à partir d’une position commune s’affronter deux conceptions radicalement opposées. On peut imaginer que ce sera sur ce point que se cristallisera la polémique. La question n’est plus, depuis longtemps, celle de la dissociation entre sexualité et procréation. Elle est dans une nouvelle symbolique qui prend la forme des limites économiques de la solidarité thérapeutique, limites qui restent à fixer.

On attend désormais du gouvernement, ou plus exactement du président de la République, l’annonce de la solution retenue par le pouvoir exécutif.

A demain

L’arrivée du paquet neutre n’a pas réduit les ventes de cigarettes. Bien au contraire.

 

Bonjour

« A ce stade, il n’y a aucun indicateur qui montre l’effet du paquet neutre » sur la consommation de cigarettes en France, explique Eric Sensi-Minautier, directeur de la communication à British American Tobacco (BAT), propriétaire de marques comme Lucky Strike et Dunhill. En clair depuis l’arrivée du paquet neutre en France, les ventes de cigarettes ont rebondi au premier trimestre, après une année 2016 en recul. Marisol Touraine (et les thuriféraires du paquet neutre) n’ont pas encore commenté le phénomène – un phénomène qui déjoue tous ses pronostics et vient, après d’autres, confirmer ce que les responsables politiques se refusent obstinément à entendre.

Au total, 10,82 milliards de cigarettes ont été livrées aux buralistes dans l’Hexagone entre le 1er janvier et le 31 mars, contre 10,67 milliards à la même période en 2016, soit une hausse de 1,4 % en volume. Ce sont là les chiffres de Logista France (groupe Imperial Tobacco), société qui dispose du quasi-monopole de l’approvisionnement des vingt-cinq mille bureaux de tabac français.

Mur de paquets

Un flop le paquet neutre ? Il faut ici écouter le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue militant : « Nous n’attendions pas que le paquet neutre fasse baisser les ventes de cigarettes. Nous attendons plutôt un ralentissement de l’initiation des jeunes se retrouvant perdus face au mur de paquets identiques chez leur buraliste. »

Chaque addictologue sait que pour la personne devenue esclave du tabac l’essentiel n’est pas dans l’image mais bien dans l’argent 1. « Il est avant tout nécessaire de jouer sur les taxes, de manière à faire augmenter le prix du paquet de cigarettes. C’est ce que devra entreprendre le prochain président de la République » rappelle le Pr Dautzenberg. C’est très précisément ce que François Hollande n’a pas fait durant son quinquennat – un quinquennat marqué par le lancement d’un « Programme national de réduction du tabagisme ». Paquet neutre ou pas, ce dernier se révèle être un échec total faute d’avoir eu le courage politique d’augmenter de manière soutenue et continue les prix du tabac.

Le prochain président de la République ?  MM. Macron et Mélenchon, se sont (discrètement) déclarés favorables à un paquet de cigarettes à 10 euros dès 2017. M. Fillon et Mme Le Pen s’y opposent. Aucun ne dénonce cette absurdité sanitaire qui veut qu’en France l’Etat ne peut pas, de sa propre autorité, fixer librement les prix de vente du tabac (un tabac qu’il taxe à 80%). Pourquoi ?

A demain

1 Lire, sur Slate.fr et The Conversation, « Ces pays ont réussi à dissuader les gens de fumer » de Philippe Arvers, Médecin addictologue et tabacologue, Université Grenoble Alpes.