Les étudiants français en médecine sont-ils gangrenés par les marchands de médicaments ?

 

Bonjour

Joli tir groupé. A la fois sur le site The Conversation : « Les facs de médecine les plus indépendantes vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique » et sur celui de la revue PLOS ONE : « Conflict of Interest Policies at French Medical Schools: Starting from the Bottom ». Le sujet est aussi repris dans Le Monde : « Prévention des conflits d’intérêts : les facs de médecine épinglées ». Où l’on apprend que l’association Formindep publie le premier classement des facultés « en fonction de leur degré d’indépendance vis-à-vis des laboratoires pharmaceutiques ».

Aider à progresser

C’est là une initiative originale qui devrait faire parler d’elle dans les amphithéâtres de médecine sinon chez Big Pharma. Elle s’inspire d’une opération similaire menée aux Etats-Unis en 2007. Ses auteurs ont adressé aux doyens de trente-sept facultés de médecine françaises un questionnaire (treize critères) visant à évaluer le degré de perméabilité sinon de compromission avec l’industrie des médicaments.  Le résultat est sévère pour ne pas dire lamentable. Toutes peuvent nettement mieux faire. Seules Angers et Lyon Est (Lyon 1) sortent-elle le nez de l’eau. Pour les auteurs « c’est un outil dont les étudiants doivent s’emparer au niveau local ».

 Ce travail lui-même n’est pas parfait mais il a pour but premier d’aider à progresser. Jusqu’où ? « Nous avons tout intérêt à avoir des liens avec l’industrie, à condition de mettre en place des garde-fous et d’être transparents, ce qui est le cas, aussi bien pour les contrats de recherche que pour les opérations de mécénat », explique au Monde le Pr  Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes. « Au niveau des facs, l’interaction avec les industries est très faible », assure pour sa part le Pr Jean-Luc Dubois-Randé, président de la conférence des doyens en médecine, qui se dit toutefois favorable à plus de transparence.

Court-circuiter

Une solution serait le court-circuit, la déconnexion : enseigner la thérapeutique non plus avec les noms commerciaux des médicaments mais en ne faisant référence qu’aux DCI (dénomination commune internationale). En France, il existe plus de 8.000 noms commerciaux de médicaments pour seulement 1.700 DCI.  On pouvait, en 2007, lire ceci sur le site de la Mutualité Française :

« Depuis septembre 2005, la Mutualité Française, la revue Prescrire et l’association de consommateurs UFC-Que choisir mènent une campagne d’information pour promouvoir « La DCI : le vrai nom du médicament ». Cette action s’est traduite par la publication de fiches pratiques expliquant les bonnes raisons de l’utilisation de la DCI. »

 Sept ans plus tard, où en est-on ? Que pourraient dire, sur le sujet, les enseignants, les doyens, les fabricants, les étudiants ? Sans oublier les pharmaciens.

A demain

Maladie de Lyme : la «goutte épaisse» n’aidera pas à sortir des brouillards du grand bazar

 

Bonjour

Pasteur a vécu. « Un germe, une maladie », c’est fini. Plus précisément c’est à la fois vrai et nettement plus compliqué. En ce début du troisième millénaire (et en France) la maladie de Lyme incarne à merveille la complexité de la biologie moderne –et  les impasses auxquelles elle conduit quand elle est impuissante à décrypter la pathologie à laquelle elle est confrontée.

Lyme alimente et cristallise bien des passions, bien des déraisons. On lit ici ou là des propos insensés et le politique peine à rapprocher ce continent de la réalité objectivable. Nous en sommes à de telles extrémités que l’on en vient à demander  à la justice, au droit, à des magistrats, ce qu’il en est de la fiabilité des tests de dépistage de cette entité pathologique aux contours contestés. 1

« Une situation inédite et assez déroutante pour les scientifiques qui, comme moi, travaillent sur le sujet dans leur laboratoire de recherche, résume Muriel Vayssier-Taussat sur le site The Conversation 2. Entre les tests homologués peu fiables, les tests non officiels peut-être plus fiables mais non évalués et les tests complètement fantaisistes défendus par des malades dans le désarroi, c’est… le grand bazar. »

Souffrances et charlatans

Le grand bazar et bien plus que cela. A commencer par nombreuses personnes diagnostiquées négatives par les « tests officiels », mais qui sont persuadées souffrir de la maladie de Lyme. Des personnes souvent en quête parfois désespérées de méthodes alternatives qui pourraient confirmer (ou pas) l’existence leur maladie et les aider à moins souffrir. Des personnes susceptibles d’être la proie de ce qu’il faut bien nommer des charlatans : « vendeurs ambulants de drogues qu’ils débitent à grand fracas de trompe et de boniments sur les places publiques, montés sur des tréteaux ou sur une voiture. »

Mme Vayssier-Taussat nous autorisera à dire qu’elle est tout sauf une novice 3. « Le défi, avec cette maladie encore en grande partie mystérieuse, est de trouver où, dans l’organisme, se loge la bactérie incriminée, explique-t-elle. Ou alors de repérer les traces qu’elle laisse durant sa migration depuis le point de piqûre vers d’autres parties du corps. Dans ce jeu de pistes, la bactérie semble être plus forte que les chercheurs. Pour le moment du moins. »

Elisa et Western Blot

Il faut lire son texte pour comprendre le cheminement de ce qu’il faut bien appeler la science. La recherche des anticorps dans le sang, la mise au point des tests Elisa et Western Blot – tests validés par une conférence de consensus qui s’est tenu il y a dix ans – conférence de consensus dont les conclusions sont désormais très discutées.  Mme Vayssier-Taussat :

« En France et ailleurs en Europe, la maladie de Lyme n’est pas due à une seule bactérie mais à plusieurs appartenant à cinq espèces différentes au moins, toutes du genre Borrelia. Pour mettre en évidence les anticorps produits par l’organisme au contact de ces bactéries, il faut donc utiliser des antigènes (les protéines de la bactérie reconnues par ces anticorps) qui puissent être reconnus quelles que soient les espèces bactériennes à l’origine de la maladie. Soit des antigènes communs à toutes ces bactéries, soit une combinaison d’antigènes qui couvre toutes les espèces de bactéries. Sauf que les fabricants de la vingtaine de tests sérologiques autorisés en France n’indiquent pas toujours les réactifs utilisés… Parfois leurs tests ne permettent de reconnaître que certaines bactéries, et on le sait. D’autres fois, on n’a pas cette information. »

Il y a encore le génie infectieux de Borrelia qui avance masquée et piège les tests Elisa et Western Blot. Dans cette jungle, une vingtaine de tests sont autorisés en France ? Si la fiabilité de certains a été établie, elle reste discutable pour d’autres, pour lesquels peu de données sont disponibles. Le Haut conseil de la santé publique a d’ailleurs recommandé dès 2014 que la sensibilité et la spécificité de l’ensemble de ces tests puissent être vérifiées.

Microscope à fond noir

Il existe aussi une autre voie diagnostique, non officielle : tenter de repérer Borrelia à l’œil nu, sous un microscope, à partir d’un peu de sang. En France et en Allemagne), des laboratoires d’analyses proposent cette vieille technique simplissime : le test « de la « goutte épaisse ». Elle consiste à observer une goutte de sang déposée sur une lame à l’aide d’un microscope à fond noir. Ce test est déjà utilisé pour repérer l’agent pathogène du paludisme.

Lisons Mme Vayssier-Taussat  sur The Conversation :

« Avertie par une association de patients que certains utilisaient cette technique à la maison, notre équipe a souhaité l’évaluer. En effet, si cette technique extrêmement simple à mettre en œuvre pouvait faire ses preuves, cela révolutionnerait, ni plus ni moins, le diagnostic de la maladie de Lyme. Nous avons ainsi réalisé un essai, avec nos collègues médecins de l’équipe du Pr Christian Perronne à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), sur deux groupes de sujets : des malades qui avaient obtenu un résultat positif en utilisant cette technique chez eux (témoins positifs de notre étude), et des personnes en bonne santé (témoins négatifs de notre étude).

Résultat : toutes ces personnes, malades ou non, se sont révélées positives au test de la goutte épaisse ! On voyait bien des bâtonnets en forme de petits serpents, ressemblant à s’y méprendre à la forme typique de Borrelia, sortir des cellules de malades… mais aussi de celles des personnes en bonne santé. Nous avons conclu que cette technique ne pouvait pas être utilisée comme moyen de diagnostic, puisqu’elle déclarait positifs des individus malades, mais aussi des individus en bonne santé. »

Utiliser des pincettes

Cette spécialiste expose les autres pistes actuellement suivies, comme traquer l’ADN de Borrelia dans tous les fluides du corps et les tissus biologiques où elle pourrait se loger ou transiter : le sang, les urines ou le liquide céphalo-rachidien. On peut aussi tenter de mettre en évidence des cellules du système immunitaire du patient qui auraient été en contact avec Borrelia. C’est le test de l’Elispot, est proposé par certains laboratoires d’analyse médicales qui l’utilisent, habituellement, pour le diagnostic de la tuberculose.

« En dépit de mes recherches dans la littérature scientifique, je n’ai trouvé aucune donnée permettant d’affirmer que ce test a une spécificité et une sensibilité acceptable pour être employé dans le diagnostic de la maladie de Lyme, écrit Mme Vayssier-Taussat. Les résultats de l’Elispot sont donc à prendre avec une grande précaution. D’autant qu’ils coûtent très cher (environ 300 euros) et que dans leur désarroi, certains malades se retrouvent à débourser des sommes importantes pour un résultat non probant. » Charlatans ?

Peut-on espérer disposer un jour d’un test efficace contre la maladie de Lyme ? « Oui » répond la directrice de recherche à l’Inra Mais elle ne nous dit pas combien de temps nous devrons encore errer dans les allées et les brouillards du grand bazar.

A demain

1 La Cour d’appel de Colmar devait rendre le 14 décembre, son arrêt dans le procès des « rebelles » de Lyme. L’un des prévenus, pharmacienne, pratiquait dans son laboratoire d’analyses à Strasbourg une « méthode alternative » de dépistage. Elle a été condamnée en première instance à neuf mois de prison avec sursis pour « escroquerie ». Au mois d’octobre, 130 patients regroupés dans un collectif baptisé Lymaction ont déposé plainte contre les laboratoires fabriquant les tests officiels auxquels ils reprochent leur manque de fiabilité.

2 « Lyme : le grand bazar des tests de dépistage » The Conversation, 14 décembre 2016

3 Muriel Vayssier-Taussat est directrice de recherche à l’Inra, responsable de l’équipe Vectotiq, sur le thème écologie des agents pathogènes transmis par les tiques, à l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort. De formation universitaire, elle est docteur en microbiologie et travaille sur la thématique des tiques depuis 2001. Elle a écrit une soixantaine d’articles sur les infections transmises par les tiques. Son équipe fait partie de l’unité Inra-Anses-Enva « Biologie moléculaire et immunologie parasitaires ».

Elle développe des approches basées sur les nouvelles méthodes de séquençage à haut débit pour la découverte de nouveaux agents pathogènes transmis par les tiques.  Ses projets prennent en compte les agents pathogènes dans leur environnement microbien, un concept qui prend le nom de « pathobiome ». Elle a notamment dirigé une thèse sur les « Mécanismes de persistance de la bactérie Bartonella » dans son hôte réservoir.

Elle a été membre du groupe de travail sur l’état des connaissances sur la Borréliose de Lyme, qui a remis son avis au Haut conseil de la santé publique. Elle est aussi membre du conseil scientifique de la Fédération française contre les maladies vectorielles à tique.

 

Boissons sucrées : interdisez-les aux plus pauvres nous dit l’Organisation Mondiale de la Santé

 

Bonjour

Interdire. Interdire faute de savoir expliquer pour convaincre. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient d’appeler tous les gouvernements de la planète à « taxer les boissons sucrées ». Ce serait, selon elle la seule méthode permettant de  combattre les épidémies croissantes d’obésité, de diabète de type 2, et de caries dentaires. Où l’on retrouve les délices de la fiscalité comportementale qui fait le miel de quelques sénateurs français. Il s’agit ici, pour faire court, de « recourir à la fiscalité pour influencer les comportements jugés à risque en matière de santé publique ». On sait ce qu’il en est de l’alcool et du tabac. La menace se rapproche aujourd’hui du sucre, cette autre source d’ addiction, bien présente dans nos gène 1.

Vies sans douceurs

Encore absent des médias généralistes français le sujet est traité par la BBC : “Tax on sugary foods and drinks backed by World Health Organisation”.  Tout résulte ici d’un nouveau rapport de l’organisation onusienne : « L’OMS préconise l’application de mesures au niveau mondial pour réduire la consommation de boissons sucrées ».

Selon ce rapport, intitulé Fiscal policies for Diet and Prevention of Noncommunicable Diseases, les politiques fiscales nationales conduisant à une augmentation minimale de 20%  du prix de vente au détail des boissons sucrées conduiraient à une baisse proportionnelle de la consommation de ces produits. Et une baisse de la consommation de boissons sucrées a effet une réduction de l’apport en «sucres libres» et de l’apport calorique global – soit  un recul du nombre des cas de surpoids, d’obésité, de diabète et de carie dentaire.

«Si les pouvoirs publics taxent les boissons sucrées, ils peuvent éviter des souffrances et sauver des vies. Ils peuvent aussi faire baisser les dépenses de santé et faire augmenter les recettes pour investir dans les services de santé» explique, depuis la Suisse, le Dr Douglas Bettcher, Directeur du Département Prévention des maladies non transmissibles de l’OMS.

Précarité et sucreries

Le Dr Bettcher n’est pas le seul à monter au créneau. Il y a aussi le Dr Francesco Branca, Directeur du Département Nutrition pour la santé et le développement de l’OMS. Ecoutons-le :

«Le sucre n’est pas nécessaire du point de vue nutritionnel. Nous recommandons de maintenir l’apport éventuel en sucres libres à moins de 10% des besoins énergétiques totaux et de le ramener à moins de 5% si l’on veut obtenir des bienfaits supplémentaires sur le plan de la santé. C’est l’équivalent d’un seul verre de 250 ml de boisson sucrée par jour.»

Dans sa sagesse le rapport de l’OMS signale aussi que les plus pauvres sont les plus sensibles à l’évolution des prix des boissons et des denrées alimentaires et sont donc celles pour qui les bienfaits sur la santé seront les plus grands. Rien n’est dit sur les plaisirs que le sucre peut fournir aux plus démunis. Rien n’est dit, non plus, sur les inégalités inhérentes à une telle mesure: pourquoi laisser les riches exposés aux risques sucrés? On attend, sur ce sujet aussi, les propositions des candidats à la direction de l’OMS – parmi lesquels, on le sait, Philippe Douste-Blazy.

A demain

1 A lire, sur le site The Conversation : « Une histoire du sucre, ce produit inutile que nous chérissons ». Ce texte est signé Mark Horton (professor in Archaeology, University of Bristol), Alexander Bentley (professor and Chair of Comparative Cultural Studies, University of Houston) et Philip Langton (Senior Teaching Fellow in Physiology, University of Bristol).

Si les «anti-transpirants» sont plus à risque que les «déodorants» pourquoi ne pas le dire ?

 

Bonjour

L’affaire « anti-transpirants-cancer du sein » enfle. Il y a désormais les médias qui « en parlent » et ceux qui s’y refusent, faute le plus souvent de pouvoir véritablement exposer les tenants et les aboutissants, les nuances et les contre-nuances, les embarras des spécialistes et le mutisme des institutions sanitaires spécialisées. Où est l’Institut national du cancer ? Où sont l’Inserm, le CNRS, l’Anses, l’ANSM ? La ministre de la Santé et celle de l’Ecologie ?

Les médias qui en parlent, au risque de panurger. Et les autres qui font une croix sur le sujet. Et puis il y à ceux qui en avaient déjà parlé. C’est le cas du site (inégal mais souvent intéressant) The Conversation. C’était, en l’occurrence le 29 octobre 2015 : « Déodorant, oui, anti-transpirant, non ». Une leçon de pédagogie sous la signature de deux universitaires de Nantes : Céline Couteau (maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie) et Laurence Coiffard (professeure en galénique et cosmétologie).Une leçon reprise par Slate.fr: « Faut-il arrêter de mettre du déodorant? »

Zazie et les sudations

Déodorant ou anti-transpirant ? Nous évoquions pour notre part le temps venir le temps des déodorants assassins. Mmes Couteau et Coiffard préfèrent Raymond Queneau à Julien Duvivier. Le temps des assassins fête ses soixante ans, Zazie et son métro en ont trois de moins. Superbe roman qui commence avec « Doukipudonktan ». Les fragrances des foules parisiennes sont-elles toujours ce qu’elles furent ? Peut-être pas. Si oui pourquoi ?

 « Pour lutter contre les odeurs corporelles, plusieurs catégories de cosmétiques sont disponibles. Produits d’hygiène (savons, gels douche, laits nettoyants…) d’une part, déodorants et anti-transpirants (sticks, roll-on, spray, émulsions) de l’autre. Alors déodorant ou anti-transpirant ? La question relative à ces cosmétiques se pose puisque l’on doit être en mesure de choisir l’un ou l’autre des modes d’action.

« Mais ce n’est pas ce qui se produit : depuis bien longtemps déjà on mélange allègrement les deux notions. On voit ainsi sur le marché nombre de déodorants contenant des sels d’aluminium à propriétés anti-transpirantes. La confusion la plus grande règne dans les esprits et sur le marché. On assiste également à une surenchère des allégations avec des produits présentés comme efficaces pendant 24, 48 ou même 96 heures. Sans commentaires ! »

Bombes olfactives

Qui veut  comprendre la différence entre ces deux catégories de cosmétiques doit se pencher sur les listes de leurs ingrédients. Un déodorant peut être composé d’antiseptiques qui limitent la prolifération des micro-organismes cutanés, d’actifs désodorisants ou « séquestrants » qui se lient chimiquement avec les molécules malodorantes afin de les neutraliser, d’antioxydants qui ont pour but d’éviter le rancissement des corps gras ou bien encore de parfums qui masquent tant bien que mal les odeurs corporelles…

Les deux universitaires ligériennes expliquent qu’un  anti-transpirant, quant à lui, est généralement formulé à base de sels d’aluminium, le chlorhydrate d’aluminium étant l’ingrédient phare des préparations du commerce. Or tous les sels d’aluminium agissent selon le même mécanisme. Molécules irritantes, elles créent une inflammation au niveau de la zone d’application. Celle-ci engendre immanquablement un épaississement cutané. Le pore des glandes sudoripares est progressivement obturé du fait de la multiplication des cellules cornées. On utilise, pour désigner ce phénomène, une expression parlante : c’est la « théorie du bouchon ».

Soit on agit en amont de la production des odeurs (en s’opposant à l’évacuation de la sueur au niveau de la surface cutanée) Soit on prévient la formation des odeurs en utilisant des ingrédients qui réagissent chimiquement avec les petites bombes olfactives (acides gras, ammoniacs…) contenues dans la sueur.

Incontournable

Les deux universitaires focalisaient déjà sur « l’incontournable sel d’aluminium » :

« En ce qui concerne les anti-transpirants, ils contiennent quasi systématiquement un sel d’aluminium. Ces sels d’aluminium sont très nombreux et ne sont pas réglementés (on peut donc en incorporer à volonté dans les cosmétiques…). Le sel le plus efficace, mais également le plus irritant, est le chlorure d’aluminium (AlCl). Boudé par l’industrie cosmétique qui n’y a plus recours, c’est l’actif phare des laboratoires Etiaxil qui ont créé à son intention une catégorie de produits dénommés « détranspirants ». Cette catégorie n’a aucune légitimité réglementaire. Notons que le sel double d’aluminium et de zirconium est, contrairement aux autres sels, réglementé. Du fait de sa toxicité pulmonaire, il est interdit pour une présentation sous forme d’aérosols.

Le chlorhydrate d’aluminium est certainement le sel le mieux représenté dans les cosmétiques anti-transpirants. On le retrouve également fréquemment dans des cosmétiques affichant la mention « déodorant », ce que l’on ne peut que déplorer. Ces sels d’aluminium sont également présents dans les « déodorants  stress protect (innovation Nivea) » permettant de lutter contre la « sueur de stress » particulièrement odorante. Ceux-ci contrairement à ce que l’on pourrait croire possèdent des formules copier-coller des anti-transpirants classiques…

Quant à la pierre d’alun, proposée dans le cadre des cosmétiques biologiques, c’est un sel d’aluminium comme les autres. D’un point de vue chimique, il s’agit d’un sel double d’aluminium et de potassium (KAl(SO)). D’un point de vue toxicologique, tous ces sels, c’est bonnet blanc et blanc bonnet !!! »

Faire la transparence

Pour ce qui est des risques toxicologiques les déodorants sont innocentés.  Il n’en va pas de même  des anti-transpirants.

« Des inquiétudes (de la part du consommateur) existent, ce qui explique pourquoi un grand nombre de formules contenant des sels d’aluminium sont baptisées pudiquement du nom d’« anti-transpirants ». L’utilisation d’anti-transpirants est-elle à mettre en lien avec le risque accru de cancer du sein (le quadrant supéro-externe est la zone la plus touchée et également la plus proche de l’aisselle, zone d’application des cosmétiques permettant d’atténuer les odeurs corporelles).

« Les éléments en faveur de ces allégations sont les suivantes : l’aluminium est considéré comme un perturbateur endocrinien par certains chercheurs (ce n’est pas le seul, à en croire certains auteurs, TOUT revêt un caractère de « perturbateur endocrinien »), la sueur est la voie majeure d’excrétion de l’aluminium systémique (en diminuant le volume de sueur émise, on perturbe le processus naturel de détoxification de l’organisme d’où des conséquences pour la santé), la sueur est une voie d’excrétion de phéromones à noyau androstène (en bloquant la sécrétion, on évite la libération de ces molécules très odorantes qui restent dans l’organisme augmentant ainsi le taux d’« hormones » circulantes). Les éléments en défaveur de ces allégations sont un passage transcutané de l’aluminium extrêmement faible dans le cas d’une peau non lésée, l’implication de nombreux facteurs dans le développement des cancers et celui des maladies dégénératives. Rappelons enfin que l’aluminium n’est pas exclusivement présent dans les cosmétiques, mais qu’on en retrouve également dans l’eau de boisson, dans l’environnement, dans la fumée de cigarette…

En conclusion (et faute de pouvoir trancher définitivement la question du cancer du sein) on peut estimer que du fait même de son mode même d’action (blocage d’une fonction physiologique) l’anti-transpirant n’est pas le cosmétique idéal. Pourquoi, dès lors, ne pas en informer en toute transparence les utilisateurs ?

A demain

 

La justice va enquêter dans la longue affaire de la Dépakine®. Qui, au final, sera inquiété ?

 

Bonjour

Cela couvait, c’est acté : des juges d’instruction vont enquêter dans l’affaire de la Dépakine®. C’est ce qu’a indiqué à l’AFP une « source judiciaire ». Le parquet de Paris a ouvert jeudi 22 septembre une information judiciaire. Celle-ci fait suite à l’enquête préliminaire menée sous son autorité depuis septembre 2015. La « source » a précisé que l’instruction était ouverte pour « tromperie sur les risques inhérents à l’utilisation du produit et les précautions à prendre ayant eu pour conséquence de rendre son utilisation dangereuse pour la santé de l’être humain ». Les investigations porteront sur la période de 1990 à avril 2015.Et l’on saura, in fine, ce qu’il peut parfois en coûter de manquer de réactivité.

C’set un rebondissement de taille dans une affaire désormais sous l’œil des médias. C’est aussi une nouvelle équation qui verra la justice travailler sur un dossier radicalement différent des « affaires » et autre « scandales » observés ces dernières décennies dans le champ du médicament. Les juges d’instruction auront la tâche facilitée par le récent rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) rendu public le 23 février par le Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé. On trouvera ce rapport ici : « Enquête relative aux spécialités pharmaceutiques contenant du valproate de sodium ». Ce rapport avait été demandé en juin 2015 par Marisol Touraine, ministre de la Santé (qui demandait alors une remise des conclusions pour le 15 septembre de la même année).

« Manque de réactivité »

On peut lire ceci, dans la synthèse du rapport de l’IGAS :

« Le constat de la mission est celui d’un manque de réactivité des autorités sanitaires et de celui du principal titulaire de l’autorisation de mise sur le marché [le groupe Sanofi-Aventis]. Les alertes ont, au plan français et européen, motivées d’avantage par des signaux exogènes, notamment médiatiques, que par une prise en compte des données de pharmacovigilance et des publications scientifiques ».

« Terrible langue de bois, écrivions-nous alors. Pourquoi ne pas dire, plus précisément, quels sont les responsables de cette faute ? Et pourquoi ne pas détailler le travail de certains médias qui, en alertant comme ils l’ont fait, ont réussi in fine à pallier une forme d’incurie des autorités publiques. »

On a vu, depuis les développements politiques de ce dossier. Le ministère de la Santé accepte l’idée que plus de 14 000 femmes enceintes ont été « exposées » entre 2007 et 2014 à ce médicament et a annoncé la mise en place d’un dispositif d’indemnisation des victimes. Pour l’heure le groupe Sanofi-Aventis refuse de reconnaître de possibles insuffisances et, donc, de participer aux futures indemnisations qui pourraient être d’un montant global considérable (Le Figaro avançait récemment le chiffre de six milliards d’euros)

« Dès 1968 on lisait… »

Les juges d’instruction pourront aussi se pencher sur les écrits de François Chast, professeur de pharmacie à l’université Paris Descartes auteur de l’ouvrage : Les Médicaments en 100 questions, éditions Tallandier. Et plus particulièrement sur un extrait repris il y a peu sur le site The Conversation : « Après le Mediator, la Dépakine ? » :

« Dès 1968, on lisait dans le prestigieux journal Lancet : « Avant de créer l’anxiété à propos de médicaments utiles, il serait pertinent de savoir si d’autres personnes ont rencontré cette association [entre la Dépakine et une malformation] avant d’inclure les antiépileptiques dans la liste des causes de becs-de-lièvre et de fente palatine ». Il y avait déjà un doute. Les anomalies de fermeture du tube neural (spina bifida) ont été décrites en 1982, toujours dans la revue Lancet. Cette malformation, très sévère, nécessite de nombreuses interventions chirurgicales pendant l’enfance. Et pendant plus de quarante ans les alertes se sont succédé… de plus en plus démonstratives, de plus en plus évidentes !

 « En 1974 la mention de « tics » apparaît dans la rubrique des effets indésirables. En 1984, on définit un syndrome de retard mental ou d’autisme chez des enfants exposes in utero. En 1985, il est signalé : « En cas de grossesse, réévaluer la balance bénéfice/risque. » Dix ans plus tard, on note un renforcement des mises en garde dans la « notice patient » avec la mention de cas de polymalformations et de dysmorphies faciales. Enfin, en 2004, l’accumulation des signaux justifie des mesures d’information à l’attention des prescripteurs et des patients.

Rétropédalages

« Alors qu’en 2005 les risques malformatifs sont spécifiquement attribués au médicament, en revanche, les retards de développement et l’autisme font dire à l’industriel que les résultats des études sont « contradictoires ». C’est en 2006, seulement, que le Résumé des caractéristiques du produit (RCP, véritable carte d’identité du médicament, précisant ses caractéristiques en termes d’indications, de contre-indications, d’interactions médicamenteuses et de précautions d’emploi) mentionne ces retards : « Pas de diminution du QI global mais légères diminutions des capacités verbales et de hausse du recours à l’orthophoniste. » Le médicament est « déconseillé » aux femmes enceintes.

« Pourtant, la Haute Autorité de Santé indiquait en 2010 « qu’aucun effet indésirable nouveau et grave n’était signalé depuis 2004 ». C’était évidemment inexact et le rétropédalage s’est révélé délicat. Ainsi, en 2011, le RCP indiquait que ce médicament ne devait pas être utilisé pendant la grossesse et chez les femmes en âge de procréer, « sauf en cas de réelle nécessité».

L’ouvrage du Pr Chast est en vente depuis le 16 septembre. Les juges d’instruction peuvent se le procurer pour la somme de 14,90 euros (prix public TTC).

A demain

Tabagisme et cigarette électronique : Big Tobacco est indifférent à la mort précoce de ses clients

Bonjour

« Depuis quarante ans, j’en suis venu à reconnaître de nombreux mythes au sujet du tabagisme, confortés par des assertions qui ont vraiment la vie dure. Si j’avais demandé un dollar chaque fois que j’ai eu à réfuter ces déclarations, je serais à la tête d’une petite fortune. » Ainsi nous écrit, depuis son université de Sydney, le Pr Simon Chapman, spécialiste émérite de santé publique. La version française du site The Conversation vient de publier gracieusement, sous sa signature, un texte décapant : « Dix idées reçues sur le tabagisme qui ont la vie dure ».

En Australie, le tabagisme a baissé presque continuellement depuis le début des années 1960. Et la politique suivie (avec augmentation constante des prix) est une démonstration parfaite de l’incurie française dans ce domaine. En dépit des discours officiels (de François Hollande et de Marisol Touraine) la consommation de tabac augmente, notamment chez les femmes et chez les jeunes (à qui la loi interdit d’acheter du tabac…).

Non inversion de la courbe des fumeurs

Les primaires, puis les joutes de la campagne présidentielle seront (peut-être) l’occasion d’analyser l’incurie chronique dans un domaine responsable de plus de 80 000 morts prématurées chaque année. On s’intéressera alors à le non inversion de la courbe du tabac et au bilan du « Programme national de réduction du tabagisme » lancé le 4 février 2014 par le président de la République. L’occasion, aussi, de revenir sur le dossier grossissant du refus, par les responsables politiques sanitaires actuels, de faire de la cigarette électronique le pivot d’une politique de réduction des risques tabagiques.

Bien sûr rien n’est totalement simple avec la cigarette électronique. Prenons la « dixième » des idées reçues du Pr Chapman, celle selon laquelle « les fabricants de tabac se soucient vraiment de la mort précoce de leurs meilleurs clients ». Elle pourrait, qui sait, déranger quelques vapoteurs. Extraits :

« Naturellement, toutes les entreprises préfèrent voir leurs clients vivre le plus vieux possible, pour que longtemps les caisses enregistreuses résonnent haut et fort. Les industriels du tabac ne souhaitent pas que leurs produits tuent tant de gens, mais ils rendent grâce au dieu Nicotine pour garder tout son monde dans sa poigne de fer.

« Visitez n’importe quel site web de n’importe quelle compagnie transnationale et vous trouverez de nombreux discours empreints de gravité et d’empathie sur la bonne volonté affichée par les groupes industriels en vue de réduire les terribles nuisances provoquées par leurs produits.

Lourdauds experts

« Toutes les grandes sociétés ont investi massivement dans la cigarette électronique, alors n’est-ce pas le signe qu’elles prennent très au sérieux la diminution des maux qu’entraîne le tabac ? Cela pourrait être le cas si ces mêmes compagnies montraient la moindre velléité d’ôter le pied de l’accélérateur dans leur façon de s’opposer à des contrôles effectifs sur le tabac. Mais elles ne font rien de la sorte. Toutes poursuivent leurs attaques agressives et s’emploient à retarder des mesures comme les hausses fiscales, les avertissements sanitaires graphiques, un packaging simple et des interdictions de publicité chaque fois que cela risque d’être mis en place dans un quelconque endroit du globe.

« Tout en se tordant les mains avec onction en parlant de leur mission pour réduire les dégâts, elles sont complètement déterminées à ce que le plus grand nombre possible de gens continuent à fumer. Le business plan de Big Tobacco, ce n’est pas le tabagisme ou les cigarettes électroniques. Ce sont le tabagisme ET les cigarettes électroniques. Fumez quand vous pouvez le faire, vapotez quand vous ne pouvez pas. Cela s’appelle jouer sur les deux tableaux et quelque 70 % de vapoteurs font exactement cela.

La tragédie en cours dans certains pays, c’est que trop de lourdauds experts, contrôleurs des problèmes tabagiques, sont frappés de cécité face à ce grand dessein. »

La France fait pleinement partie des pays qui connaissent cette tragédie. Le tant vanté « paquet neutre » (sans augmentation des prix) en fait partie. L’esclave, le vrai, ne s’intéresse pas à la marque de ses chaînes.

A demain

La politique c’est, aussi, le sucre et le tabac. Comment avons-nous pu en arriver là ?

Bonjour

Cop 21 : au Bourget on a tout démonté, les tréteaux sont pliés, les politiques repartis sous d’autres cieux. L’accord est « historique ». Le sera-t-il encore demain ? Pour notre part nous retenons cette interrogation d’une jeune chercheuse. C’était lors de la session co-organisée par Antoine Flahault (Université de Genève, Centre Virchow-Villermé) et qui traitait notamment de la couverture médiatique du réchauffement climatique. On avait convié de « jeunes chercheurs ». Brillants, méritants. Parmi eux Soledad Cuevas, doctorante à la London School of Hygiene and Tropical Medecine après des études d’économie à la Barcelonea Graduate School of Economics.

A la fin de sa présentation elle fit, publiquement, une confidence. Qu’allait-elle faire de sa vie, elle qui s’intéresse aux déterminants économiques et politiques de l’évolution de l’environnement, de notre alimentation, de notre santé ? Continuer à chercher ou basculer dans le militantisme ? La question vaut, selon nous, pour le journalisme – et il n’est pas certain que notre point de vue soit partagé par des confrères qui, ne traitant plus que de l’environnement, sont devenus d’étranges militants. On lira, sur ce thème, la troublante confession publique de Frédéric Martel sur Slate.fr : « La COP21 m’a définitivement converti à l’écologie ». Qu’est-ce qu’un journaliste converti ?

Le bruit des scies et des tambours

Fin des élections régionales 2015. Soirée télévisée surréaliste. Le Front national est bredouille mais le bouillonnement est bel et bien là (Front national toujours en tête à La Chapelle-sur-Loire). « Nous avons entendu le désarroi des Français » disent en boucle des politiques désemparés. « Il faut réinventer la politique » assurent les mêmes. « Nous devons nous rajeunir » disent les moins âgés d’entre eux. On entend déjà, sous le bouillonement,  les tambours du renouvellement et la scie des chaises musicales gouvernementales.

Faire de la politique autrement ? « Réparer les vivants » (François Hollande) ? Ce serait, notamment, élargir le champ de l’action politique, faire le lien avec l’environnement bien au-delà du seul discours des tenants actuels, déjà âgés, de l’écologie représentée dans la sphère politique.  Et commencer par la lecture du point de vue étonnant que vient de publier le site The Conversation : « Une histoire du sucre, ce produit inutile que nous chérissons ». Ce texte est signé Mark Horton (professor in Archaeology, University of Bristol), Alexander Bentley (professor and Chair of Comparative Cultural Studies, University of Houston) et Philip Langton (Senior Teaching Fellow in Physiology, University of Bristol).

Extraits:

« Il n’y a, semble-t-il, aucun autre produit qui mobilise autant de terres à la surface du globe avec si peu d’avantages pour l’humanité : il s’agit du sucre. Selon les derniers chiffres connus, le sucre de canne constitue la troisième récolte mondiale la plus rentable après les céréales et le riz, elle occupe 26 942 686 hectares de terrain de notre planète. Son principal bilan, compte non tenu des profits commerciaux : une crise mondiale de santé publique qui a mis des siècles à se constituer.

L’épidémie d’obésité – avec le cortège de maladies qui l’accompagnent, dont le cancer, les démences, les maladies cardiaques, le diabète – a envahi chaque pays où les hydrates de carbone à base de sucre ont fini par dominer toute l’économie de l’alimentation. Ainsi, à l’heure d’aujourd’hui, il est utile de se projeter en arrière et de se pencher sur l’histoire ancienne du sucre pour comprendre comment il s’est développé au point de représenter une menace imminente pour nos paysages, nos sociétés et notre santé. »

Un à deux millions de morts

« Cet aliment dont personne n’avait besoin mais que tous convoitaient a été un élément de la modernité émergente. Il y avait une énorme demande de main-d’œuvre pour exploiter les plantations massives de canne à sucre au Brésil et dans les Caraïbes. Le trafic d’esclaves transatlantique a répondu à ce besoin. Il en résulta l’envoi de 12 570 000 êtres humains d’Afrique vers les Amériques entre 1501 et 1867. Les taux de mortalité pouvaient atteindre jusqu’à 25 % à chaque voyage. D’un à deux millions d’êtres humains morts lors des voyages ont pu être jetés par-dessus bord.

Bien entendu, il fallait des marchandises comme le cuivre, le laiton, le rhum, le textile, le tabac et les armes pour acheter des esclaves aux chefferies africaines. Ces produits d’échange, on se les procurait grâce au développement de la production industrielle, sensible surtout dans les Midlands et le sud-ouest de l’Angleterre. Les origines de la banque et de l’assurance moderne remontent ainsi au XVIIIe siècle avec ce système économique atlantique. »

Sucre, tabac et énergies fossiles

« L’histoire du sucre et celle du tabac se ressemblent de bien des façons. L’un et l’autre ont été produits par le travail d’esclaves ; ils ont, à l’origine, été décrétés bons pour la santé. Et même si le sucre et le tabac ont des origines anciennes, ce fut leur soudaine consommation de masse depuis le milieu du XVIIe siècle qui a engendré les risques sanitaires auxquels nous les associons aujourd’hui.

L’idée d’« épidémie industrielle » de maladies non contagieuses, due à la course au profit des grandes compagnies, se vérifie à la fois pour le tabac et pour le sucre. Tandis que le tabac est largement reconnu comme une substance addictive, le sucre peut également entraîner des réponses comportementales, indissociable de l’addiction.

Emprises

« Mais au XXIe siècle, son emprise est plus forte que d’autres fléaux comme le tabac ou même l’alcool. Le sucre n’est pas seulement répandu partout – il est potentiellement responsable d’à peu près 20 % du contenu calorique de l’alimentation moderne – mais il occupe aussi une place centrale dans l’économie universelle et dans notre héritage culturel.

 «  Peut-être ferait-on une meilleure comparaison avec notre dépendance aux énergies fossiles. Celle-ci n’est pas seulement un vice ou une mauvaise habitude : elle se situe au cœur même de notre mode de vie et du contexte géographique et politique des territoires d’où elle provient. De la même façon, l’avènement du sucre a constitué une clef pour le commerce mondial et le développement socio-économique, pour l’esclavage et la diaspora africaine, pour les normes culturelles modernes. »

SOS Addictions

Sucre et tabac : deux substances réunies sous l’œil de bien des médecins et, tout particulièrement sous celui, éminemment politique, de l’addictologue. Deux substances omniprésentes dans les immenses calorifères de nos systèmes économiques, les gondoles sans fin de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Deux poisons (l’un sans discussion, l’autre relatif)  aux origines de l’assuétude. C’est là une lecture globale que le politique ne veut pas faire. Du moins pour l’heure.

On espère que Soledad Cuevas lira The Conversation. Et qu’elle continuera à chercher.

A demain