Cigarette électronique : le « livre-vérité » que se doit de lire le ministre du Budget

Signé du Suisse Jean-François Etter un petit ouvrage (11,90 euros TTC chez Fayard) tente d’ouvrir les yeux de tous sur la réalité de la Révolution des Volutes. Parviendra-t-il à dessiller ceux des  responsables politiques ? Ceux de l’exécutif ?  Il fait une proposition sanitaire et financière  du tonnerre. Premiers Français visés: Bernard Cazeneuve ministre du Budget et Marisol Touraine, ministre de la Santé. Sans oublier, peut-être, le ministre de la Recherche. 

S’il fallait ne retenir que deux choses de cet opuscule on les trouverait page 151, à deux doigt de la fin. Tout d’abord quand l’auteur, simplement, explique que le grand ennemi de la santé publique n’est pas la nicotine mais bien le tabac. Et que la cigarette électronique a permis, au moins, de faire surgir cette évidence. Corollaire, pour Jean-François Etter se pose désormais la question de la place de la nicotine dans  notre société occidentale et dans nos lois nationales. Politologue et professeur de santé publique (pléonasme ?) l’auteur confortera ses lecteurs dans l’idée que les pouvoirs publics et les autorités sanitaires ne sont pas, ici,   à la hauteur de la mission qui est la leur. Les optimistes diront qu’il n’est pas encore trop tard. A voir.

 Dénicotinisons-nous !

Moins de 170 pages, petit format, une préface du Dr Gérard Mathern, membre de la société française de  tabacologie, voici donc le premier ouvrage francophone pédagogique sur la cigarette électronique. D’autres suivront. Moins pédagogiques. Plus  politiques. Georges Mathern cite le Pr Gilbert Lagrue l’un des grands historiques de la recherche sur (et de la lutte contre) le tabac (1). Le Pr Lagrue  pour qui le tabagisme  « est un comportement appris et entretenu par une dépendance dont la nicotine est le principal responsable ». Tout n’est certes pas dit mais cela aide à comprendre la racine nicotinique de cet esclavage devenu volontaire et fiscalisé.

On ajoutera  toutefois cet élément trop troublant pour être d’emblée saisi : la cigarette électronique ne se réduit pas à la vapeur d’eau aromatisées et nicotinisée. Le vapoteur a, ici, la liberté de se décotiniser (ou pas) tout en gardon sa gestuelle. Sa gestuelle et son réflexe archaïque de succion. C’est tout simplement considérable. On ne retrouve pas cette  marge de manœuvre dans les autres addictions et c’est bien pourquoi il s’agit d’une forme de révolution.

La solution de la taxe affectée

L’ouvrage de Jean-François Etter est avant tout un ouvrage pour consommateur, présent ou futur. Il est traversé par la question de santé publique désormais bien connue : celle de l’innocuité de ce procédé. Une question qui peut sembler presque déplacée quand on se souvient des chiffres de l’hécatombe du tabac (deux cents morts prématurées par jour en France). Mais une question néanmoins essentielle à laquelle Jean-François Etter apporte une contribution originale.

Retour à la page 151 : « Pour rassurer la population et les décideurs, pour permettre la commercialisation des cigarettes sûres pour la santé et l’émergence d’un débat bien documenté sur la place de la nicotine dans nos sociétés et dans la loi, il est urgent de financer la recherche, ainsi que l’éducation des professionnels de la santé et du public. Pour ce faire, une taxe affectée devrait être prélevée sur le e-cigarettes et les e-liquides. »  On entend déjà (et on comprend) les objections. Reste le pragmatisme.

Délice schizophrénique

 Les cigarettes électroniques seront bientôt taxées – c’est une évidence comptable. Dans l’intérêt de qui ?  Mardi 25 septembre, Bernard Cazeneuve, ministre du Budget recevait à Bercy des lecteurs du quotidien Le Parisien / Aujourd’hui en France. Ces derniers l’ont interpellé sur différents sujets – dont le tabac. C’est, comme toujours, un délice schizophrénique :

« Le prix des cigarettes augmente régulièrement pour que le nombre de consommateurs diminue, a déclaré M. Cazeneuve. Il n’y aura pas de taxe cette année sur les cigarettes électroniques. Vous dire qu’il n’y aura pas, dans le débat parlementaire, un amendement qui viendra sur ce sujet-là, je ne peux pas le présager … ». Bernard Cazeneuve ne manquera pas de lire la proposition de Jean-François Etter. Lui ou l’ensemble des fonctionnaires de Bercy affecté aux recettes des produits du tabac.

Moins 14,4 % en août (Ofdt)

Des fonctionnaires que l’on se plait à imaginer zélés et qui connaissaient avant nous les chiffres que vient de nous communiquer l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Ofdt) : en août 2013, les ventes de cigarettes mais aussi de tabac à rouler reculent (respectivement -14,4 % et – 6 %) par rapport au mois d’août 2012 « probablement en conséquence de la  hausse de prix intervenue en juillet dernier, dans une période propice aux déplacements (et aux achats de tabac) à l’étranger » souligne l’Ofdt. Il ajoute malheureusement : « on ne dispose pas pour l’instant de données de vente ni de prévalence d’usage pour les cigarettes électroniques. Il est donc difficile de mettre en lien la diffusion de ce produit avec le constat dressé concernant le tabac. » On peut se demander pourquoi un phénomène à ce point massif, à ce point lié à une toxicomanie n’est pas pris en compte par un Observatoire dont c’est la mission.

Automne voluteux

Ce bréviaire helvète arrive dans le ciel médiatique électronique  chargé comme jamais. L’automne sera voluteux.

L’hebdomadaire britannique The Economist (édition datée du 38 septembre) y consacre une large place à la veille du débat  tumultueux sur la Directive européenne tabac prévue pour le 8 octobre au Parlement européen. Débat essentiel qui conduira ou pas vers les pharmacie d’officine, rayon traitement substitutifs nicotiniques. Ce qui serait un comble. « Le tabagisme est en baisse dans la plupart des pays riches, mais le  » vaping  » y est en hausse » : sept millions de vapoteurs désormais en Europe » rappelle The Economist qui, fait notable, s’intéresse de près à Aiduce comme à. l’’industrie du tabac -elle qui se dit qu’elle est peut-être en train de laisser passer le « moment Kodak », référence à la période où un industriel majeur ne sent pas le vent tourner (le numérique ou la vapeur d’eau).

Bientôt Philips Morris ne brûlera plus

« Les fabricants de tabac commencent à s’approprier ce que la banque d’investissement Goldman Sachs, a appelé l’un des huit technologies les plus perturbatrices du monde., précise l’hebdomadaire. La plupart ont pris des participations dans des sociétés d’e-cigarette ou ont développé leurs propres produits. Ils travaillent sur d’autres sortes d’ offres également moins toxiques. Philip Morris International prévoit de commercialiser un dispositif pour chauffer le tabac plutôt que de brûler en 2017. Parmi les produits de la prochaine génération British American Tobacco possède un inhalateur de nicotine, pour lequel il espère obtenir l’approbation réglementaire au Royaume-Uni.

Londres bouge, Paris dort

Le monde bouge, la France stagne – à la différence de la Grande Bretagne ; un pays où l’on compte plus d’1,3 millions de vapoteurs (sur les sept millions recensés en Europe). Londres va accueillir en moins de trois semaines deux importantes réunions internationales consacrées à la e-cigarette : « E-Cig Europe », la première conférence internationale les 4 et 5 décembre. Et, le 12 novembre, « Summit E-cigarette : science, regulation & public Health».  Organisé par EC Forum Ltd, « Summit E-cigarette » fait appel à une brochette  de scientifiques et de professionnels de la santé pour débattre de l’efficacité et  la nocivité de l’e-cigarette.

 Les espions espérés de Bercy

A l’affiche, on retrouve les personnalités montantes du débat sur la cigarette électronique dans sa dimension santé publique – notamment  Clive Bates, ancien fonctionnaire  de l’agence britannique anti-tabac le chercheur grec Constantinos Farsalinos, Antoine Flahault, spécialiste de la santé publique (Université Paris-Descartes),  Jacques Le Houezec, consultant en santé publique et dépendance au tabac. Sans oublier Jean-François Etter.

On espère que des espions du ministère français du Budget seront présents dans la salle.

(1) Dans son dernier et fort stimulant opus (« Bien vieillir c’est possible : je l’ai fait ! » Editions Odile Jacob) Gilbert Lagrue, 91 ans fasse l’impasse sur  la cigarette électronique. On le retrouve fort heureusement sur RTL où il se fait l’ambassadeur libérateur de la cigarette électronique . Livre et vidéo à lire, à voir et à diffuser.

 

 

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Tabac : « 60 Millions de Consommateurs » ou les astuces du balayeur

On le redoutait. Le magazine de l’INC a jeté l’opprobre sur la cigarette électronique. Buzz médiatique : elle est « potentiellement cancérigène ». Le mal est fait. En toute impunité.

L’astuce du balayeur ? Elle réside dans l’aisance avec laquelle on parvient à cacher sous le tapis ce que l’on est rémunéré pour éliminer. Un peu de métier est ici demandé. C’est précisément le cas de l’Institut National de la Consommation (INC). Abandonnant pour un temps l’analyse comparative des aspirateurs, 60 Millions de Consommateurs » nous a démontré qu’il ne manquait pas d’air. Hier la revue de l’INC a pris les habits du contre-révolutionnaire, ce même INC qui a pour objet, sur deniers publics, de suivre l’évolution de la législation française et d’aider les consommateurs dans leur vie quotidienne en les informant. 

 Le pire est parfois toujours sûr

Les dépendants tabagiques entendent se libérer de leur chaînes ? Une  « Révolution des volutes »® serait en marche ? Rétablissons sur le champ l’ordre souverain. Démontrons que le pire est toujours le plus sûr et que l’outil libérateur n’est certainement pas le miracle annoncé. Mais sans prendre de risque inconsidéré : expliquer qu’il ne faut pas interdire, simplement se méfier. Allumer la mèche de la rumeur. Laisser planer le doute.

L’astuce du balayeur ? On plaisante bien sûr. On force plutôt un peu le trait. Pour tenter de se faire mieux entendre. Reste que ce que nous redoutions, ici-même, s’est bien réalisé. Hier objet encore étrange, outil au statut indéterminé la cigarette électronique, cette sans-culotte sanitaire, est devenue sinon une menace du moins un objet suspect. Un objet dont doivent désormais se méfier celles et ceux qui seraient tentés de sortir, grâce à elle, de leur servitude pulmonaire et neurologique quotidienne. Pas aussi dangereuse que le tabac, certes. Mais comme lui potentiellement cancérogène. Et tous ceux qui ont connu les affres indicibles de la dépendance savent qu’il en faut bien peu pour y demeurer quand la conscience et la raison vous pousseraient potentiellement à en sortir.

Le mauvais exemple

Les religions et leurs guerres réclament le binaire. Sur BFM TV M. Joseph Osman (directeur général de l’Office français de prévention du tabagisme) vient de plaider pour que la cigarette électronique soit vendue exclusivement en pharmacie. Ce qui n’est pas possible en l’état. Dans le journal de mi-journée de France 2  deux tabacologues : « pour » la cigarette électronique, Michel Reynaud (Institut Gustave Roussy-Villejuif) et « contre » : Michel Henry Delcroix (centre anti-tabac de Lille). Le premier : « C’est moins dangereux et cela peut aider des fumeurs à freiner ou à arrêter ». Le second : « Cela donne le mauvais exemple de fumer quand même … ». Tout est dit : le pragmatisme versus l’apparence. Et si les volutes de la cigarette électronique étaient, précisément le bon exemple, l’exemple libérateur pour les asservis aux multinationales du tabac et aux taxations étatiques ?

Une nouvelle lecture erronée du principe de précaution

L’astuce du balayeur ? Avec elle nul ne voit plus l’erreur. Plus grave : sur RMC, Yves Bur (UMP, ancien député du Bas-Rhin et président d’Alliance contre le tabac) : « On dit depuis longtemps qu’il faut être prudent … La cigarette électronique est effectivement moins dangereuse, mais cependant,  elle n’est pas inoffensive. Et c’est pourquoi nous avons demandé, au ministère, d’appliquer le principe de précaution : pas de publicité, pas de vente aux mineurs et interdiction d’usage dans les lieux où est interdite la cigarette. Il faut des études complémentaires ». Militant tenace, mais saisissant encore mal la révolution en marche, Yves Bur a été entendu par Marisol Touraine, ministre de la Santé. Mme Touraine avait demandé une expertise sur le sujet à Bertrand Dautzenberg qui préside l’Office français de prévention du tabagisme.

 « Les cigarettes électroniques sont loin d’être des gadgets inoffensifs qu’on nous présente. Ce n’est pas une raison pour les interdire. C’est une raison pour mieux les contrôler » avait expliqué Thomas Laurenceau, rédacteur en chef du magazine de l’Institut national de la Consommation (INC). La belle affaire quand on ajoute que l’on a décelé grâce à une méthode inédite, des « molécules cancérigènes en quantité significative » dans les volutes d’e-cigarettes. Des molécules qui n’auraient jamais été mises en évidence : « dans trois cas sur dix, pour des produits avec ou sans nicotine, les teneurs en formaldéhyde (couramment dénommé formol) relevées flirtent avec celles observées dans certaines cigarettes conventionnelles ». (1)

UFC-Que Choisir battue à l’irrégulière

 L’astuce du balayeur ? Elle permet d’aller nettement plus vite que les aspirateurs. Le concurrent UFC- Que choisir (accès payant) est à la traîne. Après sa « Caméra cachée » sur les méthodes de vente dans les boutiques de cigarettes électroniques il publie dans son édition de septembre son premier dossier complet sur cette « nouvelle tendance de consommation ». C’est le pointilleux site lemondedutabac.com qui nous le dit et qui fait ici la leçon (2)

Et puis il y a toujours un invité qui (pourquoi ?) soulève le tapis. Dominique Dupagne, sur son site atoute.org :

« Avant toute chose, il y a un problème de liens d’intérêts. L’INC qui édite la revue 60 Millions, est subventionné majoritairement par le Ministère des finances qui nomme également ses administrateurs. Le Ministère des finances perçoit les taxes sur les ventes de tabac, en baisse en 2013 pour la première fois. Je n’accuse pas les journalistes d’avoir orienté leur travail, je constate simplement un conflit d’intérêt majeur et inacceptable, surtout pour un dossier qui a engagé des dépenses de recherche conséquentes

Qu’apporte l’INC pour inquiéter ainsi des centaines de milliers d’utilisateurs français et pour contredire la publication scientifique ci-dessus ? Rien. Aucun détail du protocole n’est accessible, pas plus que les résultats bruts de leurs mesures. Tout au plus apprend-on dans l’article que le laboratoire a utilisé un « protocole original ».

Nous sommes donc confrontés à bricolo et bricolette qui jettent le doute sur un progrès de santé publique majeur et qui oublient de signaler que les principaux cancérigènes sont les goudrons et les oxydes de carbone, absents de la cigarette électronique. C’est un peu comme si l’INC tirait à boulets rouges sur la bière sans alcool en expliquant que le sucre peut être « potentiellement » mauvais pour les futurs diabétiques (…)  Cette charge de l’INC contre la e-cigarette est idiote dans sa forme, infondée jusqu’à preuve du contraire et dangereuse pour la santé publique. L’Institut ne rend pas service aux consommateurs et aurait mieux fait de concentrer son travail sur le contrôle des teneurs alléguées dans le liquide des cartouches ou recharges. »

Bières sans alcool

L’astuce du balayeur impose de se méfier de tout. Et peut-être surtout de la bière sans alcool qui est relancée depuis peu sous nos latitudes par Kronenbourg et qui connaît un succès croissant dans les pays musulmans comme le révélait  The Economist (daté du 3 août). (Brewers in the Middle East, Sin-free ale. Non-alcoholic beer is taking off among Muslims consumers). En dépit de Louis Pasteur le diable se cache toujours dans les fermentations. Et les spécialistes religieux débattent encore de savoir s’il n’y aurait pas, ici ou là des traces de la molécule alcool.

(A suivre)

(1) Pourquoi s’asseoir sur cette étude remarquablement documentée et (que nous a fort obligeamment transmise notre confrère Jean-Daniel Flaysakier) ? Une étude publiée en mars dernier dans Tobacco Control et qui aboutit à des conclusions radicalement opposées.

(2) Présentation faite par lemondedutabac.com : « Un horizon encore vaporeux » ne court pas, malgré son titre, après la polémique. Mais le dossier cherche à montrer que les adeptes de ce produit de consommation « atypique » qu’est la cigarette électronique ont besoin d’un « encadrement ». Suivant la méthode d’analyse du magazine et de l’Union Fédérale des Consommateurs (UFC), le phénomène  de la cigarette électronique est « scanné » en quatre parties.

• Le contexte : le boom du phénomène ; « la frilosité des autorités sanitaires à travers le monde » ; la prise en compte du développement d’une communauté (avec une citation de l’Aiduce, l’Association indépendante des Utilisateurs ) ; la prise de conscience de la nécessité d’ un certain encadrement, confirmée par Mickaël Hammoudi, président du CACE (Collectif des Acteurs de la Cigarette électronique).

• Pourquoi réglementer ? Parce que le « Test labo », réalisé par l’association, démontre un certain décalage entre étiquetage, analyse et résultats. Pas forcément trompeur, ni dangereux. Mais pas toujours fiable.
Par exemple , sur 14 e-liquides testés (Alphaliquid, Cigarettec, Cigway, Conceptarôme, D’Ilice, FUU, Tag Replay pour nommer ces exemples )   neuf sont appréciés comme « bon », deux comme « médiocre » et trois comme « très mauvais », concernant le comparatif « taux déclaré/taux mesuré » sur la nicotine.

• Autre source de décryptage : « le faux du vrai » à l’usage du consommateur. Qu’il s’agisse des effets sur la santé des ingrédients, de la présence de substances toxiques, de l’efficacité en terme de sevrage tabagique ou encore de « vapotage passif » … les réponses des experts de la consommation se montrent plutôt ,« réservés » en défendant autant le pour que le contre.

• Enfin, l’avis des experts. Contradictoire, bien sûr. Entre Luc Dussart, consultant en tabagisme, qui défend la liberté de vapoter « parce que plus la cigarette électronique sera visible, plus le tabagisme reculera ». Et le pneumologue Michel Underner (qui a participé au groupe de travail sur le rapport remis à Marisol Touraine le 28 mai dernier) qui craint « le danger de l’imitation auprès des jeunes ».

 NB : Nous traversons des temps qui réclament la transparence absolue. Aussi précisons-nous ne pas être intéressé (autrement que du point de vue des idées et de la santé) par le marché des cigarettes électroniques, celui des produits dérivés du tabac et/ou des substituts nicotiniques.

 

 

 

 

 

Pour le tabac : dès demain, des caméras, des rondes et des chiens

Médiatisation-émotion nationale après la mort d’un sexagénaire : il avait tenté de neutraliser deux hommes qui venaient d’attaquer un bar-tabac. Réflexe : sécurisation maximale du débit du tabac. Va-t-on, sérieusement, en rester là ?

Depuis quelques heures nul n’ignore les faits : jeudi 22 août, en fin d’après midi un sexagénaire a été mortellement blessé après avoir tenté de neutraliser deux hommes qui venaient d’attaquer un bar-tabac de Marignane (Bouches-du-Rhône). Témoin de leur sortie précipitée du débit de boissons et de tabac la victime a choisi de les poursuivre à bord de son véhicule alors qu’ils  s’enfuyaient sur un scooter. Le véhicule du poursuivant a heurté le scooter  et les malfaiteurs ont tiré sur lui au niveau de l’abdomen. Avant de s’enfuir en abandonnant leur butin. La victime, sexagénaire est décédée quelque temps après son admission dans un hôpital marseillais. L’un des agresseurs a été retrouvé, dans la soirée, à Vitrolles. Il venait d’avoir 18 ans et était déjà connu des services de polices

 Tristes cités

Où l’on reparle de la fameuse « chronique noire » marseillaise. Une chronique alimentée par la violence des tristement célèbres « cités » (hautement médiatisées mais jamais explorées). Pour les professionnels de la distribution du tabac c’est aussi la chronique des agressions de buralistes qui s’allonge.

Début août, Vincent Umile, président de la chambre syndicale départementale des buralistes des Bouches-du-Rhône formulait les termes de l’équation : le prix des cigarettes augmente, les braquages aussi ; quand le tabac augmente, « on vient nous piller notre marchandise … ». Ou chercher une caisse que l’on imagine plus remplie qu’avant l’augmentation.

« J’ai demandé au Préfet de police qu’il y ait une présence policière à l’ouverture et à la fermeture des débits, là où il y avait déjà le plus d’agressions, expliquait M. Umile. Au départ, on nous a dit qu’il n’y avait pas assez de voitures, mais là je pense qu’il est urgent d’agir sur le terrain, et en particulier dans certains quartiers sensibles, avec des rondes à l’ouverture et à la fermeture pour que les délinquants se sentent traqués.

 Vidéosurveillance externalisée

Trois semaines plus tard, reprise des hostilités avec la mort de Marignane. Dans un communiqué de presse, repris par l’AFP le 23 août Pascal Montredon, patron des buralistes français dénonce une nouvelle fois le climat d’insécurité permanente que subissent ses collègues. « Combien de drames devrons-nous vivre encore, avant qu’un plan d’action ne soit lancé pour lutter contre ces braquages et ces vols ? » demande le président de la Confédération des buralistes. Il estime entre 10 et 15% la hausse des cambriolages et braquages  subis par la profession entre juillet 2012 et juillet 2013.

M. Montredon préconise lui aussi des rondes, à l’ouverture et à la fermeture des points de vente, mais également l’installation de caméras de vidéosurveillance à l’extérieur des établissements de façon à prévenir les attaques. « Nous sommes la cible privilégiée des braqueurs car nous n’avons pas de protection comme en bénéficient les banques par exemple » a-t-il ajouté, se disant « ému » par le décès d’un témoin sexagénaire.

Le courage et l’héroïsme

Dans une autre dépêche de l’AFP, le ministre de l’Intérieur a estimé que la mort à Marignane du retraité qui tentait d’intercepter des braqueurs devait « provoquer le réveil des esprits et des consciences face à cette violence, face à des jeunes, très jeunes, qui n’hésitent pas à tuer, pas uniquement pour se disputer les territoires » du trafic de drogue «mais qui tuent aussi un homme courageux, un héros».Ici la vidéo du Parisien. Manuel Valls a évoqué, par ailleurs, le fait qu’il travaillait avec Sylvia Pinel (ministre du Commerce et de l’Artisanat) et la Confédération sur la sécurité du réseau des buralistes. Une réunion est déjà programmée au Ministère de l’Intérieur.

On mesure bien qu’un ministre de l’Intérieur estime nécessaire de s’exprimer publiquement dans de telles circonstances. Mais qu’a-t-il voulu dire en l’espèce ? En quoi cette mort doit-elle « réveiller les esprits et les consciences » ? Quel « réveil » ? Et à « quelles fins » ? On peine à comprendre le sens du message adressé à l’AFP de même que la portée (sinon les possibles conséquences) de cette référence au courage et à l’héroïsme.

Deux cents morts par jour

Pour l’heure on peut aussi, à la lecture des déclarations ministérielles,  revenir à la grille de l’addiction au tabac, aux drogues et à ses multiples conséquences. On connaît, face aux drogues illicites et aux violences massives qu’elles génèrent, l’un des arguments les plus forts développés (notamment dans The Economist) par les partisans de la dépénalisation : dépénaliser (et fiscaliser toutes les substances psychotropes) aurait pour effet d’épuiser le réservoir de violence inhérent à cette économie souterraine et mafieuse dont Marseille est l’exemple français emblématique.

Le courage collectif du sevrage

Mais que proposer quand c’est le tabac lui-même qui génère cette violence, faisant –toute proportions gardées- du buraliste un dealer ? Aujourd’hui on  sait ce que certains proposent : des caméras de surveillance et des rondes policières. On sait aussi qu’un Français adulte sur trois fument du tabac, que deux cents en meurent chaque jour. Ne peut-on pas, collectivement, imaginer mieux ? Et faire, par exemple, la promotion collective, soutenue et éclairée du sevrage tabagique. En se fixant des objectifs. Ou faudrait-il à tout jamais considérer que mourir du tabac est, en France, une fatalité ? On peut ne pas s’y résigner.

 

   

 

 

 

« Santé mentale en prison » : de quoi peut-elle encore être le nom ?

Une page atypique dans Le Monde de ce 13 avril 2013. Comme venue de l’ancien temps. Quand les intellectuels (de gauche) traitaient volontiers de prison et de folie, de pouvoir et de psychiatrie, d’enfermement et d’antipsychiatrie.

Une page atypique qui nous fait prendre le pouls du temps qui passe.  Depuis Londres The Economist regarde  la France. Il cite Jean-Marie Rouart qui écrit dans Paris Match. Il évoque Le Monde, Libération et Mediapart. Il  parle de Jérôme Cahuzac. Il dit que rien ne va plus dans notre pays et que moins d’un an après l’élection présidentielle règne  une troublante sensation de fin de règne de fin de règne (en français dans le texte).

S’intéresser, pourtant, à la « santé mentale en prison ». Toujours. Hasard ou fatalité la sortie dans quelques jours aux éditions Max Milo d’un ouvrage « anti-DSM » (1). Réveillera-t-il les passions ou les passions sont-elles mortes ?     

Le Dr Anne Dulioust « n’en peut plus ». A 56 ans elle est, depuis  2011, chef de pôle de l’Etablissement public de santé national de Fresnes (EPSNF, Val-de-Marne), l’un des huit hôpitaux sécurisés qui prennent en charge les détenus malades. Et Le Monde rapporte qu’elle  a dit être scandalisée (le 27 mars, dans un courrier « aux autorités compétentes ») de « la réalité de l’état de santé des personnes âgées détenues ». Elle se confie au dernier quotidien du soir dans un long entretien recueilli par Franck Johannès.  Elle raconte qu’avant d’occuper ses fonctions elle avait  « la conviction que les détenus devaient bénéficier des mêmes soins qu’à l’extérieur ». Puis elle est tombée de haut.

Difficultés pour trouver des places d’hébergement pour personnes dépendantes. L’EPSNF dispose de 80 lits et huit patients (68 ans en moyenne) sont atteints de démence. « Tous ont un état incompatible avec la détention. Deux autres patients, de 67 ans et 71 ans, présentent des insuffisances respiratoires extrêmement sévères, ils sont sous oxygène, précise-t-elle. L’un est là depuis maintenant quatorze mois, l’autre depuis trois mois. Une première expertise a conclu à une incompatibilité de son état avec la détention, mais à une  » compatibilité avec la détention à l’hôpital de Fresnes «  ! Or, l’EPSNF n’est pas un lieu de détention où les gens vont passer quinze ou vingt ans, mais un lieu de soins. »

Selon elle 15% des patients de l’EPSNF n’ont rien à faire en détention, et ce n’est pas admissible. « On estime que, dans la population générale, de 2 % à 8 % des plus de 60 ans sont atteints de démence. Or, 3,5 % des détenus ont plus de 60 ans. Et on retrouve en détention la plupart des facteurs de risques qui favorisent la démence : le diabète, les maladies cardiovasculaires, le tabac, les carences nutritionnelles, l’anxiété, l’inactivité… Il y aurait ainsi en prison 200 détenus atteints de démence, qui devraient être pris en charge dans des structures spécialisées. »

800 euros par jour par patient et parfois pendant des années

La loi du 4 mars 2002 (loi Kouchner) dispose que les détenus dont le pronostic vital est engagé ou dont l’état de santé est incompatible avec la détention de voir leur peine suspendue, mais elle est insuffisamment appliquée. Des efforts ont été faits pour les handicapés physiques. Mais rien n’a été prévu pour les handicaps mentaux ou cognitifs. Chaque patient coûte environ 800 euros par jour – c’est à peu près le tarif de l’hôpital public. A Fresnes, on a des patients hospitalisés depuis des années. L’un d’eux a reçu une balle dans la tête, il est dément, il ne peut pas faire plus de trois pas sans aide, mais une expertise psychiatrique n’a pas exclu un risque de récidive. On le garde donc à l’hôpital, il paraît qu’il est dangereux. Encore faudrait-il qu’il ait la capacité physique de récidiver.

Question du Monde : y a t-il encore des gens qui s’indignent ? « Quand je parle de ces cas autour de moi, les gens trouvent ça indigne. Quand je dis qu’il y a des gens de 87 ans en détention, ils n’en reviennent pas. Mais ce n’est pas un sujet porteur. Même chez les médecins. Mais qu’est-ce donc qu’un sujet porteur ? Et qui le sait ? Qui donne le signal du départ aux lanceurs d’alerte ? Qui fait que les prothèses mammaires PIP tiennent le haut du pavé avant de devoir céder la place à un AVC et aux pilules « 3G  » ? Qui soutiendra que les capacités d’indignation n’étant pas infiniment extensibles les perturbateurs endocriniens (le bisphénol A au tout premier chef) prennent peut-être la place du scandale multiforme des addictions fiscalisées ou de l’usage sociétal qui est aujourd’hui fait des médicaments psychotropes ? Qui sera demain accusé, devant le tribunal de l’opinion, d’avoir fait diversion en agitant des scandales sanitaires potentiels au détriment d’autres, bien réels

Démence (perte d’autonomie) et démence-folie. La santé mentale en prison ? Le Monde rappelle que la dernière enquête d’ampleur remonte à 2006 et que ses résultats étaient plus qu’inquiétants : de 35 % à 42 % des détenus sont considérés comme « manifestement ou gravement malades ». Huit hommes détenus sur 10 et plus de 7 femmes sur 10 « présentent au moins un trouble psychiatrique, la grande majorité cumulant plusieurs troubles ». On lira sur ce thème «  Etude épidémiologique sur la santé mentale des personnes détenues en prison « , pour le groupe Cemka-Eval. »

Les troubles anxieux sont les plus fréquents (56 % des hommes), suivis des troubles thymiques – de l’humeur, notamment la dépression – pour 47 % d’entre eux ; 38 % des détenus incarcérés depuis moins de six mois présentent une addiction à la drogue, 30 % aux boissons alcooliques. Et un quart des détenus souffrent d’un trouble psychotique (dont 9,9 % de schizophrènes, 11,4 % de psychotiques, 0,1 % de bouffées délirantes aiguës).

« Force est de reconnaître que la prison est un lieu de maladies, le constat est sans appel, indiquait le député Etienne Blanc dans un rapport de 2009, ajoute Le Monde. Sur le plan somatique, la population carcérale française reste une population surexposée au VIH, aux hépatites et à la tuberculose, une population fortement touchée par différentes formes d’addiction et à la santé bucco-dentaire profondément dégradée. Sur le plan psychiatrique, le taux de pathologie est vingt fois supérieur en détention à celui observé en population générale et le recours aux soins de santé mentale y est dix fois supérieur. »

La Borde, Félix Guattari, Jean Oury

Etait-ce « mieux avant » ? Sans doute pas. Du moins la psychiatrie, les fous, la folie étaient-ils présents dans les débats et l’imaginaire collectifs. On évoquait leur « sortie ». On parlait d’eux. On parlait avec déraison des raisons qui pouvaient faire qu’ils étaient ce qu’ils étaient devenus. Puis la génétique arriva. Puis le classement à l’américaine des désordres mentaux sous la vague grossissante des psychotropes (1). Puis les idéologies, dit-on, s’estompèrent. Où sont-elles passées. Le reverrons-nous un jour ?

Nulle relation de cause à effet sans doute.  Mais la folie s’effaça, rentra dans le rang. On la retrouve aujourd’hui en prison. S’étonner ? S’indigner ?  Nous nous souvenons d’un reportage pour Le Monde en compagnie de Félix Guattari (1930 -1992). Nous partîmes de la rue des Italiens, direction la célèbre (alors)  clinique de la Borde dans le Loir-et-Cher. C’était il y a précisément vingt-six ans, fin mars 1987. Puis nouveau voyage, pour la Revue médicale suisse.  Il y a quinze ans. Le docteur Jean Oury confiait être surpris de constater le nombre croissant de fous dans le métro de Paris comme les rues des grandes villes. Que dirait-il aujourd’hui ? Qui le lui demandera ?

La folie réapparaît, de temps à autre, dans les médias sous le visage  de l’horreur. On s’indigne. Hier encore, au temps de Nicolas Sarkozy, cela donnait lieu à des lois de circonstance. Sans effet.

Et aujourd’hui ? Christiane Taubira, ministre de la Justice, et Marisol Touraine, ministre de la Santé, ont annoncé après une visite le 1er décembre 2012 à l’hôpital de Fresnes la création d’un groupe de travail  « santé-justice ». Il devrait rendre ses conclusions en juin. Attendons juin. Juin 2013.

(1) Il s’agit de la sortie prochaine (le 25 avril et aux éditions Max Milo) de « Tristesse business, le scandale du DSM » du Dr Partrick Landman (psychiatre libéral, psychanalyste et juriste, pédopsychiatre). Il a été président de la Convention psychanalytique.  L’auteur entend, dans cet ouvrage « dénoncer les effets pervers et les absurdités du DSM. Vaste tâche. Nous y reviendrons avant sa sortie et sur ce blog.  Dans l’attente, le « mot de l’éditeur » :

« « La nouvelle édition de cette bible médicale, en plus des 421 troubles mentaux déjà répertoriés, intègre 200 nouvelles maladies psychiques et modifie leur appréhension médicale. En 10 chapitres, cet ouvrage dénonce les effets pervers et les absurdités du DSM : Collusion entre la communauté scientifique et l’industrie pharmaceutique. Pression des laboratoires pharmaceutiques à visées financières. Risques de précarisation des malades. Médicamentation à outrance et dangerosité pour le patient. Exclusion des fondements de la psychologie. – Sur les 175 rédacteurs du DSM 95 ont des liens financiers avec l’industrie pharmaceutique. – Depuis Le DSM IV, 15 jours de symptômes de l’état dépressif suffisent pour une prescription de psychotrope. Auparavant les délais étaient de 2 mois. – Avec le DSM V, 45 millions d’Américains seront atteints de troubles mentaux, le nombre d’enfants bipolaires sera multiplié par 40, les cas d’autisme par 20. – En France, la sécurité sociale, les caisses d’allocations se basent sur le DSM pour établir les droits des malades. L’évolution des catégories entraînera la perte de ressources pour certains. – Sous couvert d’hyperactivité, de nombreux enfants ont été médicalisé aux amphétamines. – La plupart des étudiants en médecine n’auront pas d’autre approche de la psychologie que ce manuel. » »

 

 

Les rhumatologues demandent de lever le pied sur le diclofénac (Voltarène)

Cette  fois ce n’est pas un média qui lance une alerte médicamenteuse. C’est une société savante. Plus de Voltarène au long cours en cas d’antécédents cardiovasculaire. Faut-il s’inquiéter des progrès de l’épidémie « anti-médicaments » ? Se féliciter au contraire de voir la prudente raison gagner du terrain ?

Autre question : une évaluation de cette nouvelle recommandation est-elle prévue ? Si tel n’est pas le cas pourquoi ? Et où se trouve, s’il existe, le dossier chiffré du célèbre Voltarène ? 

L’information courait depuis peu dans le cercle étroit  de certains « milieux autorisés ». Elle est aujourd’hui officielle.  Elle vient de nous être communiquée par le site Medscape France qui relaie ici ce qui est depuis peu disponible sur le site de la Société Française de Rhumatologie (SFR) comme on peut  le voir ici avec cette  « Mise en garde concernant l’utilisation du diclofénac au long cours chez les patients ayant un antécédent cardiovasculaire ».

Diclofénac mieux connu sous le nom de Voltarène. Molécule largement utilisé chez l’homme mais aussi chez l’animal et qui, dit-on, a fait bien du mal aux vautours. C’est du moins ce que narrait l’hebdomadaire libéral The Economist (13 au 19 janvier 2007, page 48) révélant que la population de trois espèces  de vautours avait diminué jusqu’à 99% en Inde en raison d’une large utilisation de diclofénac chez le bétail ; en se nourrissant de carcasses d’animaux ainsi traités, les vautours  développeraient une insuffisance rénale mortelle en absorbant de très fortes doses d’anti-inflammatoires non stéroïdiens.

De quoi s’agit-il aujourd’hui ?

La SFR « souhaite attirer l’attention sur des études internationales récentes mettant en évidence une augmentation (modérée) du risque d’accident cardiovasculaire avec un anti-inflammatoire non stéroidien (AINS), le diclofénac ». En pratique ce qu’il faut savoir :

Les AINS doivent être prescrits à la plus petite dose efficace pour la durée la plus courte possible.

Compte-tenu de leurs effets, la prescription des AINS, et en particulier du diclofénac, doit faire l’objet d’une évaluation particulière chez les patients à risque cardiovasculaire (angor, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral y compris l’accident ischémique transitoire, artériopathie des membres inférieurs)

En fonction des données actuelles, le naproxène est l’AINS de choix pour un traitement au long cours chez un patient à risque cardiovasculaire (angor, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral y compris l’accident ischémique transitoire, artériopathie des membres inférieurs).

Vis-à-vis du diclofénac, il est conseillé aux patients actuellement traités par ce médicament de ne pas interrompre par eux-mêmes leur traitement et de se rapprocher de leur médecin pour évaluer l’intérêt de le poursuivre.

Medscape  rappelle que les AINS en général (et le diclofénac) en particulier font actuellement l’objet d’une procédure de réexamen, et ce à l’initiative de l’Agence européenne du médicament (EMA). Une procédure lancée en octobre 2011. Ce qui ne manque pas de laisser songeur quant aux délais nécessaire  pour « rééxaminer » les molécules présentes sur le marché dès lors que la chose est tenue pour nécessaire. Contactée  -toujours par Medscape– l’EMA indique que le « Pharmacovigilance Risk Assessment Committee » (PRAC) devrait en principe rendre ses conclusions en mai prochain. Le PRAC se réunit tous les mois. Selon  son agenda, publié sur le site de l’EMA, indique que la réunion se tiendra du 13 au 16 mai.  On peut penser que l’Agence européenne aura donc, au final,  été devancée par les rhumatologues français.

Risques: infarctus du myocarde et accident vasculaire cérébral

En novembre 2012, signalant l’intérêt du PRAC pour le diclofénac l’Ansm précisait :

« Le PRAC a initié une réévaluation des médicaments contenant du diclofénac, afin de préciser leur sécurité d’emploi sur le plan cardiovasculaire.

Le diclofénac est un médicament largement prescrit (deuxième rang des prescriptions en France parmi tous les AINS), appartenant à la classe des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) de type non sélectifs, utilisés dans le traitement de la douleur et de l’inflammation. Une analyse de données les plus récentes de la littérature scientifique sur les effets indésirables cardiovasculaires des AINS non sélectifs (notamment infarctus du myocarde et accident vasculaire cérébral) a été effectuée et met en évidence un risque cardiovasculaire plus élevé avec le diclofénac qu’avec les aux autres AINS non sélectifs. Ce risque est similaire à celui des coxibs (inhibiteurs des Cox-2, autre classe de médicaments utilisés dans le traitement de la douleur et de l’inflammation)[3] .

La réévaluation va prendre en compte l’ensemble des spécialités contenant du diclofénac à usage systémique (c’est-à-dire les formes orales ou injectables). Le PRAC va évaluer ainsi l’impact de ces dernières données sur le rapport bénéfice-risque des spécialités à base de diclofénac. L’autorité sanitaire danoise en charge du médicament est responsable de cette évaluation.»

 « Le diclofénac est un médicament largement prescrit ».

Mais encore ? Quels sont les chiffres de ventes ? Quelles ont été les évolutions de ces chiffres ? Qui prescrit et à qui ? Parmi les consommateurs combien présentent des tableaux cardiovasculaires (angor, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral y compris l’accident ischémique transitoire, artériopathie des membres inférieurs) les mettant en situation de risque potentiel ?  Que peut nous dire ici le système national de pharmacovigilance ? Qui informera les patients concernés ? Pourquoi ne pas avoir déjà mis en place un tableau de bord pour évaluer l’efficacité des recommandations de la Société française de rhumatologie ? Autant de questions sans réponses qui témoignent une nouvelle fois du réel et inquiétant dénuement dans lequel sont les autorités sanitaires en charge du médicament.

De ce point de vue le diclofénac a valeur de nouveau symptôme. Reste à trouver un nom pour le syndrome. Puis un traitement. Efficace.