Ecstasy : combien de temps avant qu’on l’utilise pour lutter contre la dépendance à l’alcool ?

Bonjour

Rien de tel qu’un bon verre pour aguicher les médias. Ainsi Le Monde (Raphaëlle Bacqué), depuis Biarritz et Espelette : C’est « à la demande de l’équipe de communication de la Maison Blanche », assure l’Elysée, que la First Lady américaine a goûté, chez un caviste basque, un verre d’irouléguy, alors même que son mari menace de surtaxer les vins français. Irouléguy : un goûteux timbre poste sur le chemin des pèlerins de Saint-Jacques ; deux cents hectares sur quinze commune ; classé AOC depuis 1970 ; rouge et rosés à base des cépages  tannatcabernet franc et cabernet sauvignon ; vins blancs issus de courbu blanc, du petit courbu B, de petit manseng et gros manseng.

Dans le même temps ou presque, à l’autre bout de la chaîne, The Guardian (Helena Blackstone) : « MDMA treatment for alcoholism could reduce relapse, study suggests. Researchers say drug is safe and appears more effective than conventional treatments ». Des informations glanées lors de l’International Conference on Psychedelic Consciousness (Londres, 16-18 août) – reprises et développées par Medscape France (Stéphanie Lavaud) : « Résultats prometteurs pour la 1re étude à tester la MDMA (ecstasy) dans l’alcoolisme ».

« MDMA » cette reine de la nuit 1 ? « Un ‘’revival’’ thérapeutique, rappelle Medscape. Ce produit qui a été largement utilisé de façon thérapeutique entre les années 70 et 1985. La molécule synthétique provoque des effets euphorisants et créé une vision positive et empathique des choses et des gens, ce qui lui a valu le surnom de ‘’pilule de l’amour’’. Si on ne sait pas exactement par quels mécanismes elle agit dans le cerveau, elle doit son action à un dérivé d’un produit actif tiré de la mescaline (la methylenedioxy-amphetamine or MDA). Moins hallucinogène et moins toxique que la MDA, la MDMA a connu son heure de gloire au sein du « Boston group ». A partir de 1976, ce cercle influant comprenant un chimiste, des personnes intéressées par la spiritualité et des chercheurs en intelligence artificiel du MIT (Boston), a répandu l’usage du MDMA à visée thérapeutique auprès de psychiatres et  de thérapeutes. Comme avec le LSD, l’usage a par la suite débordé le champ de la psychiatrie. Devenue très en vogue dans les clubs newyorkais en 1983, la MDMA a fini par être classée sur la liste des molécules « Schedule 1 » et interdite en 1985 par le gouvernement américain, même à titre médical. »

Aujourd’hui, donc, focus sur la maladie alcoolique. L’étude présentée à Londres portait sur huit semaines et comprenait deux sessions avec de la MDMA. Les auteurs rapportent une bonne tolérance du traitement, sans conséquences néfastes physiques ou psychiques chez les premiers participants à avoir terminé l’étude. Et The Guardian rapporte les résultats, non encore publiés, onze patients avec un suivi de neuf mois.

Zéro black Monday/blue Tuesday

« Nous avons une personne qui a totalement rechuté, revenant à sa consommation d’alcool d’origine, 5 personnes qui ne boivent plus une goutte d’alcool, et 4 ou 5 personnes qui boivent encore 1 ou 2 verres mais pour lesquelles ne s’applique plus le diagnostic de trouble alcoolique » a rapporté le Dr Ben Sessa, psychiatre, chercheur en neuropsychopharmacologie (Imperial College London) et premier auteur de l’étude. En utilisant ce que la médecine propose de mieux, 80% des gens boivent dans les trois ans qui suivent leur cure de sevrage. Et pas de black Monday ou de blue Tuesday, peu importe comment les ravers l ’appellent. De mon point de vue, [la descente que décrivent les ravers au lendemain et sur-lendemain de la prise] est un artefact du raving, mais ce n’est pas dû à la MDMA. »

Pour le Dr Ben Sessa, la MDMA n’a rien de dangereux, qui a été prescrite aux Etats-Unis (entre 1970 et 1985) et en Suisse (jusqu’en 1993) pour augmenter l’efficacité de certaines psychothérapies et qui est parfois utilisées dans le traitement du syndrome de stress post-traumatique. «Il reste désormais à étudier la possibilité de mener un essai clinique randomisé versus placebo, pour véritablement s’assurer de l’efficacité du traitement » souligne, sagement, Medscape. Peut-on raisonnablement espérer, manseng ou pas, que ces travaux puissent, aussi, être menés en France ?

A demain @jynau

1 Merlo S, Jamme S, Gatner B et al Drogues festives : quand « récréation » rime avec « consultation » Rev Med Suisse 2019; volume 15.1394-1396

Vraie fausse nouvelle et maladie d’Alzheimer : mais pourquoi certains médias font-ils ça ?

Bonjour

Lire le journal ?. Il aura donc suffit, début août 2019, d’un article du Guardian (Kevin Rawlinson), pour relancer, en France, le moteur médiatique alternatif rêves/cauchemars. Un papier assurant que des chercheurs avaient mis au point un « test sanguin » permettant de détecter Alzheimer « 20 ans » avant les premiers symptômes, a été repris par plusieurs médias français.

« Avec toutes les confusions et imprécisions de l’original » accuse Arrêt sur Images (Juliette Gramaglia) . « Un pas de géant », « une avancée majeure », « une petite révolution »… Depuis quelques jours, plusieurs médias généralistes sont à la fête. La raison : on aurait trouvé « un test sanguin pour détecter la maladie [d’Alzheimer] 20 ans avant qu’elle ne se déclare » (20 Minutes) BFMTV, LCI, France Bleu, Franceinfo, Midi Libre, La Provence, La Nouvelle République plusieurs sites d’information ont ainsi relayé, avec des formulations semblables ».

Tout, ici, remonte ici à une publication dans Neurology, « High-precision plasma β-amyloid 42/40 predicts current and future brain amyloidosis ».Un travail américain ;158 personnes en bonne santé volontaires ; la recherche sanguine de deux types de protéines bêta amyloïdes ; un PET-Scan pour de visualiser les dépôts pathologiques cérébraux ; Un autre PET-Scan quelques mois plus tard ; des corrélations ultérieures entre les résultats sanguins et l’évolution des images.

Boules de cristaux

Le Figaro (Cécile Thibert) a voulu en savoir plus – et a interrogé le Pr Bruno Dubois directeur de l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP). «C’est un travail de qualité, ils montrent que la présence de protéines bêta amyloïdes dans le sang est corrélée à la présence de plaques amyloïdes, dit-il. Mais le fait d’avoir des plaques ne veut absolument pas dire que l’on va développer la maladie. Certaines personnes en ont et ne seront jamais malades. En revanche, tous les malades d’Alzheimer ont des plaques. C’est une condition nécessaire mais pas suffisante».

Nous sommes en 2019 etil n’existe aucun moyen de prédire la maladie d’Alzheimer. « Et quand bien même cette boule de cristal existerait, elle ne serait pas d’une grande aide: il n’existe aucun traitement permettant de ralentir ou de guérir la maladie » assène Le Figaro. «En clinique, chez les personnes qui n’ont aucun symptôme, nous ne faisons pas de dépistage. Même si nous détections des lésions, que pourrait-on faire à part leur dire ’’je n’ai rien à vous proposer’’?», confirme le neurologue parisien.

Ce qui ne signifie pas qu’il faut baisser les bras : il est possible de limiter le risque de développer la maladie en agissant sur les principaux leviers: faire de l’exercice, éviter le tabac et l’alcool, surveiller l’état de ses artères (cholestérol, glycémie, tension artérielle, poids) et avoir une alimentation équilibrée

Sans oublier de stimuler sans cesse son cerveau. Notamment en lisant les journaux.

A demain @jynau

Message au président de la République : non, les vapoteurs ne sont pas des enfants de chœurs !

Bonjour

Certains le savaient 1 mais c’est désormais définitivement amplement confirmé outre-Manche. La ministre française des Solidarités et de la Santé continuera-t-elle à ne rien vouloir entendre ? Une étude, publiée mardi 2 avril, dans la revue spécialisée Thorax (l’une des revues spécialisées du British Medical Journal) vient confirmer les enseignements d’autres études parues ces dernières années et concluant que la cigarette électronique chez les adolescents n’est pas une « porte d’entrée » vers le tabac.

Agnès Buzyn pourra la découvrir ici : « Have e-cigarettes renormalised or displaced youth smoking? Results of a segmented regression analysis of repeated cross sectional survey data in England, Scotland and Wales ». Un travail dirigé par la Dre Britt Hallingberg, School of Social Sciences, Cardiff University. Un travail repris par The Guardian (Steven Morris). Un travail jamais mené en France où le déni constant du pouvoir exécutif prime sur le pragmatisme de la réduction des risques tabagiques.

Dénormalisation du tabac

Le sujet a néanmoins intéressé le site de buralistes français. Résumons :  un travail mené auprès de 250 000 jeunes britanniques entre 1998 et 2015  établit que le pourcentage de 13-15 ans ayant déjà fumé au moins une fois a chuté de 60  à 19 %  – la part de fumeurs réguliers passant de 19 % à 5 %. En d’autres termes l’émergence de l’intérêt pour la cigarette électronique ne s’est en rien opposée à la poursuite du déclin de l’usage du tabac chez les jeunes de cette tranche d’âge. Dans le même temps la « dénormalisation » du tabac : en 2015 seuls 27 % des jeunes adolescents britanniques jugeaient acceptable d’essayer la cigarette, contre 70 % 17 ans plus tôt. Et le développement massif du recours à la e-cigarette n’a en rien freiné la dégradation de l’image du tabac. Le « vapoteur » est aux antipodes du « fumeur ».

La ministre française des Solidarités et de la Santé apprendra peut-être sous peu que gouvernement britannique vient quant à lui de publier une mise à jour de ses données et recommandations en matière de vapotage. Il souligne à cette occasion  que les vapoteurs sont toujours quasi-exclusivement des adultes fumeurs et anciens fumeurs (l’abandon du tabac est la principale motivation des vapoteurs adultes) ; que  la cigarette électronique demeure l’outil le plus utilisé pour arrêter de fumer (notamment en raison de ses atouts psycho-comportementaux) ; que le vapotage régulier chez les jeunes demeure très faible (seuls 1,7% des moins de 18 ans sont concernés, dont la grande majorité est par ailleurs consommatrice de tabac). Seuls 0,2% des adolescents n’ayant jamais fumé auparavant utilisent un produit de la vape.

Brexit et cigarette électronique

« Ainsi, et contrairement à ce qui peut parfois être perçu dans un contexte où la cigarette électronique est trop souvent stigmatisée, la large promotion du vapotage par les pouvoirs publics britanniques ne conduit ni à une hausse de son usage chez les jeunes, ni à une augmentation du tabagisme, bien au contraire, résume France Vapotage qui représente des professionnels du secteur proches de Big Tobacco. Les pouvoirs publics britanniques confirment ainsi leur position, fondée sur :  la prise en compte de la cigarette électronique comme outil efficace dans une stratégie globale de réduction des risques et de diminution de la prévalence tabagique,  des études régulières et une veille attentive des modes de consommation pour s’assurer que ce produit s’adresse bien essentiellement aux fumeurs adultes désirant réduire ou arrêter leur consommation de tabac. »

Usant des outils médiatiques et de diplomatie, France Vapotage dit espérer que ces nouvelles données « viendront nourrir utilement la réflexion des pouvoirs publics français pour que notre pays, qui enregistre l’une des plus fortes prévalences tabagiques en Europe (plus de 30%), adopte une attitude pragmatique et saisisse enfin à son tour le vapotage comme une opportunité de santé publique ». On peut aussi espérer, Brexit ou pas, que cette approche britannique (également défendue avec force et constance par #sovape) soit victorieusement soutenue, auprès de la ministre et du président de la République, par le prochain directeur général de Santé publique France.

A demain

@jynau

1 Lire notamment : « Le vapotage n’est pas une porte d’entrée dans le tabagisme pour les jeunes » du Dr Philippe Arvers, The Conversation, 28 novembre 2017

«Hidjab de running» : une forme d’hystérie tricolore sous les yeux de la presse anglo-saxonne

Bonjour

Ainsi donc, dans le sillage du burkini, la tornade du « hidjab de running ». Le 26 février 2019, après une journée de controverses, de débats radiophoniques et de pressions politiques la firme Decathlon a renoncé, a dit renoncer (pour l’instant) à commercialiser (en France) son « hidjab de running ». Déjà vendu au Maroc, ce fichu devait prendre place dans les rayons des Decathlon de France dans les prochaines semaines. Mercredi 27 février la ministre de la justice a regretté « qu’on a[it]beaucoup hystérisé le sujet ». Elle a rappelé que le choix commercial initialement fait par Decathlon était légal. Une tornade et un contradiction qui, comme l’observe judicieusement Le Monde, n’a pas échappé à la presse anglosaxonne qui y a vu l’éternel retour de l’obsession française pour « l’habillement des musulmanes ».

Le quotidien britannique The Guardian souligne ainsi qu’il ne s’agit pas de la première « tempête politique sur les vêtements des femmes musulmanes en France », habituée à ce genre de débats depuis 2010, quand « le gouvernement de Nicolas Sarkozy a interdit le port de la burqa en France et a été accusé de stigmatiser les femmes musulmanes ».

 « La question de l’habillement des femmes musulmanes en public a souvent suscité la controverse en France », note aussi la BBC, qui relève que, paradoxalement, le fabricant d’équipements sportifs Nike commercialise un hidjab de sport en France depuis 2017, disponible en noir, gris et blanc. Sans que cela ne pose de problème. Qui, en France, osera lancer un mouvement de boycott contre Nike ?

Pour la chaîne australienne ABC, cette controverse entourant le « hidjab de course » n’a rien d’étonnant. « En fait, l’entreprise elle-même a admis qu’elle avait soupçonné que le déploiement du produit allait faire “réagir” », note la chaîne, qui rappelle que « la France a été le premier pays européen à interdire ouvertement la burqa et le niqab dans les lieux publics ». D’autres observent que le buzz décathlonien survient alors que la célèbre firme française traverse quelques difficultés stratégiques et financières.

Hystérie française de conversion

A l’instar du Guardian, la BBC revient sur les règles françaises en matière de signes religieux – des standards bien éloignés de la culture anglo-saxonne. Le Guardian rappelle que le port du voile est interdit dans les écoles publiques depuis 2004. Et les agents de la fonction publique ne peuvent pas porter de voile ou de symboles religieux extérieurs au travail, car ils doivent être considérés comme neutres. L’occasion aussi de se remémorer la polémique qui avait agité la France en 2016, lorsque des dizaines de maires de villes côtières françaises avaient cru pouvoir interdire aux femmes musulmanes de porter des « burkinis » sur leurs plages.

Pour le Washington Post, la France sombre dans le registre « mélodramatique de ce que peuvent, ou ne peuvent pas porter les femmes de confession musulmane ». Le quotidien revient sur ce qui a commencé comme « la tempête habituelle sur Twitter avant de devenir une affaire d’Etat, avec des responsables politiques se sentant obligés de prendre position sur ce vêtement prétendument offensant ».

Et, ajoute Le Monde, pour souligner cette « hystérisation » du débat français, le quotidien américain le met en regard avec la diffusion par Nike, dimanche pendant la cérémonie américaine des Oscars, d’une nouvelle campagne de publicité intitulée « Dream Crazier » (« Rêvez avec plus de folie ») – campagne qui met en vedette plusieurs athlètes féminines qui ont brisé des barrières et qui ont été traitées de « folles » pour avoir osé le faire.

Parmi elles  l’escrimeuse Ibtihaj Muhammad, médaille de bronze par équipes aux championnats du monde en 2011, 2012 et 2013 et médaille de bronze par équipes lors des Jeux olympiques 2016 de Rio de Janeiro, au Brésil. Elle a été la première athlète américaine à participer aux Jeux olympiques avec un hidjab. Et plutôt que de susciter la polémique, ce spot publicitaire a été bien reçu par le public américain.

Où l’on en vient à s’interroger : qui nous éclairera sur les raisons profondes qui, en France, pourraient expliquer ces phénomènes d’hystérie nationale de conversion.

A demain

@jynau

 

Duplicité sucrée : le géant Coca-Cola met pour la première fois de l’alcool dans ses sodas

Bonjour

C’était en juin 2012. On apprenait que plusieurs colas présents sur le marché français – dont ceux de Coca-Cola – contenaient de faibles traces d’alcool. Cette réalité jusqu’alors ignorée avait été établie par l’Institut national de la consommation (INC) après des tests menés pour la revue 60 millions de consommateurs.

« Pour clore une rumeur persistante sur la présence d’alcool dans les colas, les ingénieurs de 60 Millions ont réalisé leurs propres dosages. Résultat ? Près de la moitié des colas testés contiennent de l’alcool – à des doses cependant très faibles (moins de 10 mg d’éthanol par litre, soit près de 0,001 %). »

 La présence de traces d’alcool dans les colas, et en particulier dans le Coca-Cola, faisait alors l’objet de discussions sur Internet, notamment sur des forums consacrés à la religion musulmane où l’on se demandait si cette boisson était conforme aux règles de l’alimentation hallal. « Il est possible qu’il y ait des traces d’alcool qui viennent du process » de fabrication du Coca-Cola (dont la recette est tenue secrète) concèdait alors Michel Pépin, directeur des affaires scientifiques et réglementaires de Coca-Cola France. « Certains fruits par exemple contiennent des traces d’alcool » ajoutait-il.

En France, le Code de la santé publique prévoit que les boissons dites sans alcool puissent en contenir des traces, à un dosage inférieur à 1,2%. Coca-Cola certifiait quant à lui que ses boissons sont « non alcoolisées » et reconnues comme telles « par les autorités gouvernementales de chaque pays ». « Par ailleurs la Mosquée de Paris nous a fourni un certificat attestant que nos produits étaient tout à fait consommables par la communauté musulmane suivant l’avis de la commission religieuse de la Mosquée de Paris », ajoutait-il.

Prémix

Six ans plus tard on apprend que  Coca-Cola s’apprête à lancer, officiellement, une boisson alcoolisée – une première dans les 125 ans d’histoire du géant américain des sodas. Ce sera au Japon. Dans un « questions/réponses » mis en ligne sur le site du groupe, Jorge Garduno, président des activités nipponnes, annonce que le géant va expérimenter une boisson en canette comprenant de l’alcool. Une information donnée par la BBC et l’AFP ou The Guardian.

Cette boisson sera produite sous le modèle des boissons japonaises Chu-Hi, un cocktail, vendu en canette, fait à partir d’un spiritueux local (« shochu » 45°) et d’eau gazeuse aromatisée au citron. Il y a différentes saveurs (prune, fraise, lychee, kiwi…) et le shochu peut être remplacé par la vodka. La plupart des brasseurs locaux – Asahi, Kirin, Takara, Suntory – vendent ces boissons, avec une teneur d’alcool comprise entre 3 et 9°, particulièrement prisées par les jeunes et la clientèle féminine.

« Nous n’avons jamais fait d’expérience dans des boissons à faible teneur en alcool avant mais ceci est un exemple de comment nous explorons des opportunités en dehors de nos secteurs clés, a expliqué Jorge Garduno à la presse. Ceci est unique dans notre histoire. Coca-Cola s’est toujours concentré entièrement sur des boissons non alcoolisées. »

Fin des révélations : le géant sucré ne dit ni quand cette boisson alcoolisée sera commercialisée ni quel sera son prix. Il explique que l’expérience devrait être limitée au Japon. Ce qui reste à démontrer : les journalistes spécialisée en économie observent que l’arrivée de Coca-Cola dans le champ des boissons alcoolisées s’inscrit dans la stratégie de diversification du géant d’Atlanta face à la désaffection des consommateurs américains pour les sodas et la baisse de ses ventes. L’histoire montre à quel point l’alcool peut doper les ventes. Et à quel point le sucre associé à l’alcool (« prémix ») peut faciliter l’entrée des plus jeunes dans l’univers alcoolique.

A demain

Pharmacie, éthique et politique : méchantes recettes pour faire de gros bénéfices

 

Bonjour

On peut voir là, au choix, des informations édifiantes ou révoltantes. Elles sont disponibles sur le site Medscape (Aude Lecrubier). On y découvre les révélations de plusieurs médias britanniques quant aux méthodes de la multinationale pharmaceutique sud-africaine Aspen Pharmacare. « S’il n’obtient pas les hausses de prix demandées auprès des gouvernements, Aspen va jusqu’à stopper les ventes, quitte à envisager de détruire ses propres stocks, résume Medscape. Or, Aspen est en situation de quasi-monopole sur ces génériques… »

Après The Guardian, ces pratiques sont mises en lumière par The Times (Billy Kenber) : « Drug giant’s secret plan to destroy cancer medicine » et par  The Independant (Katie Forster): « Pharmaceutical giant ‘plotted to destroy cancer drugs to drive prices up 4,000%’ ». On y apprend le bras de fer engagé avec le gouvernement espagnol pour obtenir une forte hausse des prix de cinq génériques d’anticancéreux acquis auprès de GlaxoSmithKline.  Une bataille qu’ont déjà perdu (ou que n’ont pas mené) certains pays européens.

Parmi les cinq médicaments concernés, le busulfan (Myleran®, Aspen) indiqué dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique a vu son prix passer de 5,20 £ à 65,22 £ le flacon de comprimés en 2013 – soit une augmentation de plus de 1100% après l’acquisition par Aspen.

Faire céder les gouvernements

« Notons qu’en France, le prix du médicament vendu par Aspen est désormais de 68 euros par flacon de 25 comprimés alors qu’il était de 14,93 euros en 2006, souligne Medscape. Une autre molécule, le chlorambucil (Leukeran®, Aspen), également utilisée en hémato-oncologie coute désormais 40,51 £ par boite versus 8,36 £ avant le rachat en 2013. En France, le produit est aujourd’hui commercialisé par le laboratoire Techni Pharma pour 20,96 euros la boite de 30 cps. Dans l’Hexagone, le Purinethol® coute désormais 64,63 euros par flacon de 25 cps au lieu de 4,35 euros lorsqu’il était commercialisé par GSK. »

Face à refus du gouvernement espagnol d’accepter une augmentation de prix allant jusqu’à 4000%, le laboratoire est passé des menaces à l’action destructrice. Selon The Independent, cette méthode de pression a déjà été utilisée par le laboratoire en Italie où les pénuries de médicaments et les menaces d’arrêter les ventes ont fini par faire céder le gouvernement.

Interrogé par The Times, Aspen n’a pas fait de commentaire sur la question de la destruction des stocks espagnols, précise Medscape. En revanche, Dennis Dencher, DG d’Aspen Pharma Europe a indiqué que les hausses de prix avaient pour but « de promouvoir un accès durable aux patients », que les prix initiaux étaient « très bas et insoutenables » et que les « pénuries d’anticancéreux d’Aspen n’étaient pas délibérées ».

Existe-t-il une éthique minimale dans la jungle des multinationales pharmaceutiques ? Que pourrait révéler, sur le sujet, le Comité économique français des produits de santé ?

A demain

 

Première mondiale: un enfant a été créé à partir de «trois parents». Impossible en France

 

Bonjour

C’est une belle exclu du New Scientist. « Exclusive: World’s first baby born with new “3 parent” technique ». Une première mondiale aussitôt reprise par la BBC : “First ‘three person baby’ born using new method”. Par The IndependentWorld’s first baby born using new ‘three-parent’ technique”. Ou par The Guardian:“World’s first baby born using three-parent IVF technique”. Pour l’heure les médias généralistes français ignorent, boudent ou minimisent cette information.

Résumons: un garçon est né le 6 avril dernier à Mexico après, pour la première fois au monde, été conçu à partir d’une technique inédite ; une technique destinée à prévenir la naissance d’enfants atteints de maladies mitochondriales. Les mitochondries sont des organites intracellulaires qui fonctionnent comme les usines à énergie et qui contiennent des fragments d’information génétique sous forme  d’ADN. Des altérations – transmissibles de manière héréditaire –  de cet ADN sont à l’origine de très nombreuses (mais très rares) affections touchant différents organes et fonctions. On estime que ces maladies mitochondriales transmises par la mère (via les mitochondries anormales présentes dans ses ovocytes)  affectent environ un enfant sur 6500 naissances.

Pour éviter cette transmission le spermatozoïde du futur père féconde in vitro un ovocyte « sain » d’une donneuse dont le noyau a été remplacé par le noyau d’un ovocyte de la future mère. L’embryon ainsi conçu a toutes les caractéristiques génétiques du couple parental à l’exception de l’ADN mitochondrial de la femme. D’où l’expression d’ « enfant à trois parents ». L’enfant a un ADN nucléaire (99,9% de tout l’ADN) venant du père et de la mère et l’ADN mitochondrial (0,1%) venant d’une femme donneuse. Pour autant l’ADN de l’enfant vient bien de trois personnes différentes.

Survie qui ne dépasse pas quelques années

Le Royaume-Uni avait, pour la première fois, donné son accord en décembre 2014 pour que de telles procréations puissent être effectuées dans le pays. Mais la première naissance a été enregistrée outre-Atlantique. Cette procréation expérimentale visait, dans une famille jordanienne à prévenir le risque de transmission d’un  syndrome de Leigh :

« Le syndrome de Leigh ou encéphalomyopathie nécrosante subaiguë est une maladie neurologique progressive caractérisée par des lésions neuropathologiques associant en particulier une atteinte du tronc cérébral et des ganglions de la base. Sa prévalence est estimée à 1/36 000 naissances. La maladie débute typiquement chez le nourrisson de moins d’un an mais il existe de rares cas de début tardif, jusqu’à l’âge adulte.

«  Parmi les premiers signes de la maladie on note souvent une hypotonie avec mauvaise tenue de la tête, une régression des acquisitions motrices, et des vomissements. Une atteinte pyramidale et/ou extrapyramidale, un nystagmus, des troubles de la commande ventilatoire, une ophtalmoplégie et une neuropathie périphérique sont ensuite fréquents. Le pronostic du syndrome de Leigh est très sévère avec une survie qui dépasse rarement quelques années après le début des symptômes. »

 L’équipe américaine qui a réalisé cette première est celle du  Dr John Zhang, directeur médical du Centre de fertilité New Hope à New York  spécialiste libéral bien connu dans le marché de la PMA et connecté dans de nombreux pays. Cette première, pour des raisons éthiques et législatives a été effectuée à Mexico, où tout ou presque est permis. D’ores et déjà au cœur d’une polémique le Dr Zhang et son équipe annoncent qu’ils répondront à toutes les interrogations  lors d’une réunion de l’American Society for Reproductive Medicine qui se tiendra en octobre. Spectacle garanti.

Impossible en France

Plusieurs données expérimentales incitent pourtant à la plus grande prudence, le risque principal résidant dans des altérations progressives des fonctions mitochondriales et une apparition retardée des symptômes de la maladie. Selon le New Scientist cinq embryons ont ainsi été créés mais un seul se serait  développé normalement aurait été  implanté in utero.

En France une telle approche ne serait pas autorisée: les couples concernés peuvent en revanche bénéficier de la procédure du diagnostic préimplantatoire – voir d’un don d’ovocytes; le tout intégralement pris en charge par la collectivité. Dans la première américano-mexico-jordanienne aucune précision n’a été donnée  sur le coût et les modalités de prise en charge. Aucune précision non plus sur les raisons qui ont permis au New Scientist de bénéficier de cette exclusivité.

A demain