Zika : l’OMS se refuse encore à établir un lien de causalité avec le syndrome de Guillain et Barré

Bonjour

Le chaud et le froid. Après avoir décrété, toutes affaires cessantes,  qu’il s’agissait d’une urgence sanitaire de dimension mondiale, l’OMS met en garde contre une trop grande précipitation. Elle dit et redit que le lien de causalité avec les microcéphalies n’est pas encore scientifiquement établi. Et elle assure aujourd’hui qu’il en va de même pour le syndrome de Guillain-Barré : “WHO warns against rush to link Zika virus to Guillain-Barré syndrome” (The Guardian).

Cette précision vient d’être faite par un porte-parole de l’institution onusienne peu après l’annonce, par les autorités sanitaires colombiennes,  de trois morts attribuées à ce syndrome chez des personnes infectées par le virus Zika. L’OMS ne dit pas, comme pour les microcéphalies, ce qu’il faudra pour que le lien de causalité soit un jour prochain établi – ou réfuté.

Globes révulsés

La Colombie est, aujourd’hui le deuxième pays après le Brésil à être touché par cette épidémie. Pour autant les chiffres les plus fantaisistes circulent : le caractère le plus souvent asymptomatique de l’infection, et l’absence de diagnostic sérologique pouvant être utilisé en routine, interdisent toute approche épidémiologique sérieuse.

Que faire dans un tel contexte ? La BBC vient de publier un reportage illustré de manière spectaculaire (voir la vidéo, on songe aux Diaboliques) : “Colombia: A nation in panic over Zika” (BBC). Un reportage dont l’auteur tente de faire ressentir ce que vit une personne souffrant de ce syndrome… les fourmis dans les pieds… la perte progressive de la sensibilité… l’installation d’une paralysie généralisée… la révulsion des globes oculaires… l’enfer à domicile… la course au service de réanimation intensive…

Course à travers le monde

Le reporter, John Sweeney, parle des angoisses locales, évoque vingt-sept cas de paralysie et mille fois plus de cas de Zika… Il se met en scène, se décrit en Tintin anti-moustiques. On ne rit pas. Il cite le Dr Marco Fonseca, neuro-chirurgien dans la ville de Cúcuta. Le Dr Fonseca dit ses craintes : il lui semble que le virus Zica a, génétiquement, muté. Il attend toutefois les résultats des biologistes et des épidémiologistes.

Le Dr Fonseca pense aussi que l’épidémie qui touche aujourd’hui son pays a pour origine le Mondial 2014 de football.  Il n’est pas le seul.  Aujourd’hui il postule que les Jeux Olympiques de Rio, en août prochain,  ne feront qu’accélérer la course de Zica et des moustiques à travers le monde. Nous verrons ce qu’il en sera.

A demain

Zika : virus dans la salive, transmission par les couverts. Le risque du tout et du n’importe quoi

Bonjour

A ce stade de l’épidémie,  et faute de certitudes scientifiques, le moment est venu où tout est possible. Peurs et émotions l’emportent sur la raison.  Zika a été détecté dans l’urine et la salive par un institut de recherche scientifique brésilien. Mais le même institut  précise, aussi vite, qu’il est trop tôt pour savoir s’il s’agit là d’un nouveau mode de contagion. « La présence du virus Zika, sous une forme active, a été détectée dans la salive et l’urine, a déclaré à la presse Paulo Gadelha, directeur de l’institut Fiocruz de Rio de Janeiro. Mais cela ne signifie pas qu’il existe une capacité de transmission par la salive et l’urine ».

Mais encore ? « Il va falloir faire beaucoup d’études. Toutefois la salive et l’urine ne devraient pas être une voie de transmission importante » ajoute Paulo Gadelha. Il recommande pourtant, surtout aux femmes enceintes, de se protéger. « Sachant que la possibilité de cette forme de transmission existe, les femmes enceintes doivent prendre des mesures de précaution, comme éviter d’embrasser, de partager les couverts d’une personne qui présente des signes laissant penser qu’elle a contracté le Zika » souligne M. Gadelha.  Or ces signes, huit fois sur dix, n’existent pas…

Abstention ou préservatifs

A Bogota les autorités sanitaires ont annoncé la mort de trois personnes ayant contracté le virus Zika et souffrant du syndrome de Guillain-Barré. Le ministère colombien de la santé a évoqué un « lien de causalité »entre ce virus et ce syndrome. Les même autorités sanitaires assurent aussitôt que la mortalité associée au Zika n’est pas très élevée – mais qu’elle existe. Ce type de syndrome nécessite, quand c’est possible,  une prise en charge dans un service de réanimation.

Dans le même temps les autorités sanitaires américaines viennent de recommander aux personnes de retour de pays où sévit le virus Zika d’utiliser des préservatifs – ou de s’abstenir d’avoir des relations sexuelles. Les nouvelles recommandations des CDC visent tout particulièrement les femmes enceintes et leurs partenaires, ainsi que les femmes en âge de procréer. Au Brésil l’épidémie de Zika relance le débat sur une extension des conditions autorisant l’interruption de grossesse. On estime à 1,5 million le nombre de personnes ayant été infectées par le virus – une infection presque toujours bénigne. On estime d’autre part à 400 le nombre de cas de microcéphalie associés à cette infection, tandis que 3 670 cas seraient « suspects ». Les épidémiologistes demandent ici d’observer la plus grande prudence.

Masser le crâne tous les jours

Ces épidémiologistes ne sont pas toujours entendus. Celles et ceux qui, samedi 6 février, écoutaient Europe1 n’auront pas manqué d’être surpris sinon choqués des propos tenus par le journaliste Hervé Chabalier : « L’œil de Chabalier »

En direct du Brésil il parla du fatalisme et du goût des Brésiliens pour la fête… des 4180 bébés atteints de microcéphalies…  des 100 000 cas attendus d’ici 2020 si rien n’était fait …. des traitements très coûteux qui permettaient de faire vivre ces enfants, quand les autres sont condamnés à ne pas vivre plus de quatre mois… de la nécessité « pour donner une chance à ces bébés » de leur masser le crâne dès la première semaine et tous les jours…. des délais d’attente hospitaliers  d’un mois … des kinés brésiliens qui n’interviennent qu’une fois par semaine …

« Je n’ai pas de certitude mais j’ai une opinion, conclut Hervé Chabalier. Le Brésil sortira grandi de cette épreuve ; car la population qui aime tant s’éclater a cette qualité majeure : elle croit en l’avenir. »

A demain

 

 

Cigarette électronique : nouvelle étude sur sa toxicité présumée ; conclusions frôlant l’absurdité

Bonjour

Epoque formidable. A échéance régulière des scientifiques publient sur la cigarette électronique. Publier ou mourir. Il y a un an c’était une lettre adressée au New England Journal of Medicine : « La cigarette électronique à nouveau accusée d’être (possiblement) cancérigène » (22 janvier 2015). L’affaire fit grand bruit, puis long feu.

Aujourd’hui c’est une publication de la revue Oral Oncology. On peut la lire (intégralement)  ici : ‘’Electronic cigarettes induce DNA strand breaks and cell death independently of nicotine in cell lines’’. Un travail signé d’un groupe dirigé par Weg M. Ongkeko (Department of Otolaryngology-Head and Neck Surgery, University of California, San Diego, La Jolla, California). En France ce travail vient d’être repris et décrypté sur le site de Sciences et Avenir « E-cigarette : l’ADN des cellules endommagé, vraiment ? » (Hugo Jalinière).

 Marlboro rouge

De quoi parle-t-on ? Les auteurs affirment en substance avoir constaté une toxicité importante de la vapeur de cigarette électronique sur des cellules cultivées in vitro. Science et Avenir :

« Concrètement, l’équipe américaine a observé la cytotoxicité de la vapeur produite par deux types de e-liquide – l’un avec nicotine, l’autre sans – sur des cellules épithéliales qui tapissent notamment la bouche ou les poumons. Placées dans des boîtes de Pétri, ces cellules ont été exposées à des doses très importantes de vapeur. Des doses qui, de l’aveu même des auteurs, ne correspondent pas à une utilisation normale« Dans cette étude, les tests correspondaient à une personne fumant de façon continue pendant des heures et des heures, donc une quantité supérieure à celle qui serait normalement délivrée », reconnaît le Dr Wang-Rodriguez. Un biais méthodologique d’importance. (…)

« Surtout, un détail spécifié dans l’étude semble contredire frontalement le Dr Wang-Rodriguez : les chercheurs ont en effet mené l’expérience en soumettant également des cellules à la fumée de cigarette de marque Marlboro rouge. Un test arrêté au bout de 24 heures en raison de l’extrême toxicité de cette fumée. À titre de comparaison, les cellules soumises à la vapeur d’e-cigarette l’ont été pendant 8 semaines. Difficile dans ces conditions de mettre sur un pied d’égalité le tabac et le vapotage. »

Répliques cinglantes

Résumé du Dr Jessica Wang-Rodriguez (Department of Pathology, VA San Diego Healthcare System, La Jolla, California) avant-dernière auteure de la publication de Oral Oncology : « Sur la base de nos résultats, je ne crois pas que la cigarette électronique soit moins nocive que le tabac.»

Réplique cinglante, dans The Guardian, de Linda Bauld, spécialiste de santé publique à l’Université de Stirling : “No, there’s still no evidence e-cigarettes are as harmful as smoking”.

Nous avons pour notre part demandé un commentaire au Pr Jean-François Etter (Université de Genève), expert de réputation internationale de ces questions. Sa réponse : « Le poison est dans la dose. Ecrire « Sur la base de nos résultats, je ne crois pas que la cigarette électronique soit moins nocive que le tabac » est absurde. »

Publier pour ne pas mourir. L’absurdité avant l’éternité.

A demain

COP 21: l’inquiétante frilosité du Comité national d’éthique vis-à-vis du «climatoscepticisme»

Bonjour

On avait (presque) oublié que le Comité consultatif national d’éthique  existait. Il vient de publier, sur son site internet, un document  étonnant intitulé : « Repenser la place de l’humanité dans la nature ». C’est, tout simplement, sa « contribution du à la réflexion dans le contexte de la 21ème conférence sur les changements climatiques (COP21) ». On observera que les « sages » du ‘’CCNE’’ ont jugé utile de ne pas mettre de majuscule à la Nature. Une volonté consubstantielle de désacraliser ? Une erreur de relecture ?

Que peut nous dire ici l’éthique, cette morale en marche, sur les changements climatiques ? Tout est exprimé entre les lignes de l’introduction :

« La multiplication des évènements météorologiques et climatiques extrêmes fait prendre conscience des changements de l’environnement à l’échelle planétaire et de leurs liens avec les activités humaines.  Mais cette prise de conscience demeure le plus souvent focalisée sur le seul changement climatique, sans prendre en compte l’ensemble des conséquences négatives des dégradations de l’environnement sur les conditions de vie, les inégalités sociales et la santé humaine. »

Bien-être humain

C’est un texte étonnant par sa brièveté, ses généralités hors-sol, son absence de propositions concrètes. Conclusion :

« Il y a urgence à intensifier les efforts de l’humanité pour réduire les inégalités entre les pays et entre les personnes au sein d’un même pays, en adoptant des mesures qui préservent le bien-être humain et protègent  l’environnement au-delà de sa seule composante climatique.

Pour le CCNE l’acuité des problèmes écologiques nécessite de repenser nos relations au sein de l’humanité, et celles de l’humanité au sein de la nature, en élaborant de nouveaux concepts de solidarité, de responsabilité et d’équité, dans une démarche d’anticipation et de prévention privilégiant la préservation des ressources naturelles au bénéfice de l’ensemble de l’humanité. »

Avides de comprendre

Cette initiative apparaît d’autant plus désincarnée que le CCNE avait, avec les controverses sur le réchauffement climatique (le « climatoscepticisme ») un vaste champ de réflexions dont il pouvait s’autosaisir pour éclairer les responsables politiques et les citoyens soucieux, parfois avides, de comprendre.

Il aurait pu, notamment, répondre à la question provocatrice soulevée dans Le Monde du4 novembre : « Le climatoscepticisme  relève-t-il de la science ? ». Une question soulevée par  Philippe Huneman (directeur de recherche, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et techniques CNRS/université Paris-I-Panthéon-Sorbonne). Un texte repris et complété sur Slate.fr. Poser le débat en ces termes c’est, déjà, répondre. De fait M. Huneman ne surprend pas. Il apporte sa voix à celles qui, dans ce même quotidien, ont clairement pris position dans cette nouvelle guerre.

Architecture argumentaire

Il faut bien évidemment lire la totalité de la tribune de M. Huneman. La conclusion permet toutefois de se faire une bonne opinion sur l’architecture argumentaire qui se met en place dans cette dispute : Voici la fin de cette contribution :

« (…) Pour conclure, les positions climatosceptiques sur le fait du changement climatique relèvent souvent de la non-science. Peu ou prou, elles ressemblent à l’avis de l’homme ordinaire soutenant qu’il n’y a aucun ­réchauffement car il a fait singulièrement froid en novembre 2014 à Paris (aucune prédiction climatique – par nature probabiliste et à grande échelle – n’est ­infirmée ni même concernée par un tel fait ­local instantané).

Le discours climatosceptique sur la cause de ce fait, lui, relève souvent davantage de la science fausse, comme dans mon exemple des perturbations solaires. Il est donc réfutable, à condition de l’isoler des éléments non scientifiques qui, comme tels, restent irréfutables.

Le mouvement climatosceptique est difficile à saisir car, par certains côtés, il est effectivement non scientifique, tandis que par d’autres il défend des thèses scientifiques fausses. Il est à la fois dans la science et en dehors d’elle. Ce statut ambigu lui ­confère une singulière aptitude à fuir les critiques  : là où on vient réfuter une thèse fausse, le climato­sceptique peut se replier vers une position où il ­rejette en bloc la science et ses procédures usuelles, auxquelles souscrivent la majorité des climatologues, et là où on lui reproche d’être antiscientifique, il peut facilement se défendre en montrant qu’il use des mêmes méthodes que les scientifiques du ­climat, donc que le consensus scientifique que politiques et journalistes présentent comme un fait n’en est pas un… »

Journalisme idéal

On relit cette dernière phrase et ses points de suspension. Et on ne peut manquer d’être troublé par l’idée que  « politiques et journalistes présentent comme un fait » un « consensus scientifique » – consensus par ailleurs contesté. On pourrait imaginer, dans un monde idéal, une plus grande liberté d’action pour le journaliste. Songer à une époque où le sceptique, interrogeant sans cesse le niveau de véracité, demandent plus de preuves, stimulant ainsi le scientifique dans sa quête perpétuelle de déchiffrage du réel. On pourrait même, dans ce monde parfait, imaginer que le journaliste joue le rôle du sceptique.

« L’agence de presse Associated Press a récemment décidé de remplacer le terme de «sceptique», jugé péjoratif, par celui de personne qui doute («doubter»), nous apprend Slate.fr. Réhabiliter les sceptiques comme des interlocuteurs dignes d’être écoutés ou estimer que leur présence apporte au débat scientifique plus qu’elle ne lui nuit est cependant valable dans un monde où chaque participant est de bonne foi, et recherche vraiment la vérité, fait remarquer dans The Guardian, le spécialiste de l’environnement Dana Nuccitelli. En un mot, quand les règles de l’éthique de la discussion  résumées par le philosophe Jürgen Habermas sont respectées. »

Est-ce, ici, le cas ? Chacun peut en débattre, mais, malheureusement,  sans les lumières du Comité national d’éthique français. Un CCNE qui a préféré, ici, la stratosphère à la dispute, cette « discussion sur un point de théologie, de philosophie ou de science ». Ou d’éthique.

A demain

Ebola : le virus est présent dans le sperme d’hommes a priori guéris. Que faut-il en conclure?

Bonjour

Le chaud et le froid. Deux séries de nouvelles interrogations alors que l’épidémie ouest-africaine marque le pas de manière spectaculaire. Une infirmière britannique réinfectée alors qu’on la tenait pour guérie. Une présence démontrée dans le sperme longtemps après l’obtention de la guérison. Soit, en d’autres termes, une physiopathologie à compléter et de nouvelles questions de santé publique à travailler.

L’infirmière, Pauline Cafferkey, est hospitalisée depuis le 9 octobre dans une unité spéciale du Royal Free Hospital de Londres. Dix mois après avoir été déclarée guérie elle présente une pour une complication tardive et inhabituelle de l’infection par le virus Ebola – une méningo-encéphalite, dit-on. Les spécialistes sont comme incrédules.  « Ebola nurse Pauline Cafferkey critically ill in deterioration that shocks experts”(The Guardian); “Ebola nurse Pauline Cafferkey’s rapid decline after being ‘cured’ leaves experts staggered” (The Independent) L’infirmière Pauline Cafferkey entre la vie et la mort” (Paris Match)

Démonstration de la transmission

Ce cas coïncide avec la publication dans le  New England Journal of Medicine » de deux publications elles aussi a priori inquiétantes. L’une démontre la persistance au-delà de 9 mois du virus dans le sperme d’hommes apparemment guéris :  ’Ebola RNA Persistence in Semen of Ebola Virus Disease Survivors — Preliminary Report’ ; l’autre sur l’existence moléculairement démontrée d’un risque de transmission : ‘Molecular Evidence of Sexual Transmission of Ebola Virus’’. Des informations reprises par la BBC : « Ebola lingers in semen for nine months ». On observera que les spécialistes et les institutions françaises sont totalement absents de ces deux publications réunissant pour l’essentiel des auteurs américains et ouest-africains.

Ces publications ont aussitôt été relayées par une mise au point de l’OMS sous la forme d’un communiqué de presse :  « Preliminary study finds that Ebola virus fragments can persist in the semen of some survivors for at least nine months ». L’organisation onusienne souligne que ces données, établies en Sierra Leone, surviennent alors que l’épidémie est sur le point d’être maîtrisée. Elle évoque aussi les nouveaux problèmes de santé publique que soulève la démonstration de cette nouvelle possibilité de contamination, via des relations sexuelles, chez des hommes tenus pour guéris et donc non contagieux.

26% à neuf mois

« Cette étude fournit une preuve supplémentaire que les survivants ont besoin d’un soutien continu substantiel pour les douze prochains mois afin de répondre à ce défi et d’assurer leurs partenaires qu’ils ne sont pas potentiellement exposés au virus », a déclaré Bruce Aylward, représentant spécial pour la réponse Ebola du directeur général de l’OMS. Concrètement quatre-vingt trois hommes de plus de 18 ans de Freetown ont fourni un échantillon de sperme qui a été testé pour détecter la présence de matériel génétique du virus Ebola. Ces volontaires avaient été contaminés entre deux et dix mois avant l’étude.  Tous les hommes testés dans les trois premiers mois étaient positifs (9/9; 100%). Plus de la moitié des hommes (26/40; 65%) qui ont été testés entre quatre à six mois étaient positifs. Et un quart (11/43; 26%) de ceux testés entre sept à neuf mois l’étaient aussi. Tous les volontaires ont été informés des résultats. On leur a prodigué des conseils et fourni des préservatifs.

Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains poursuivent ce travail et reconnaissent ne pas pouvoir founir d’explications claires sur les différences observées. « Les survivants d’Ebola sont confrontés à un nombre croissant de problèmes de santé, a déclaré Tom Frieden, directeur des CDC. Cette étude fournit de nouvelles informations importantes au sujet de la persistance du virus Ebola dans le sperme et nous aide à faire des recommandations aux survivants et à leurs proches pour les aider à rester en bonne santé. »

Masturbation comprise

Et maintenant ? Tous les survivants de sexe masculin à l’épidémie d’Ebola dans les trois pays africains touchés vont-ils être testés et recevoir les informations nécessaires pour prévenir les risques de contamination sexuelle ? Depuis mai dernier l’OMS donne des « recommandation intérimaires sur la transmission sexuelle de la maladie à virus Ebola ». L’OMS recommande que tous les survivants testent leur sperme à partir de 3 mois après le début de la maladie. Pour ceux qui sont positifs, un test par mois est ensuite conseillé jusqu’à ce que le sperme soit négatif par 2 fois à au moins une semaine d’intervalle. Jusqu’à ces deux tests négatifs, l’OMS recommande l’abstinence sexuelle ou le port de préservatifs, une bonne hygiène des mains, après masturbation comprise. :

« Si un homme ayant survécu à Ebola n’a pas eu d’analyse du sperme, il doit poursuivre les pratiques sexuelles à moindre risque pendant au moins six mois après l’apparition des symptômes ; cette durée pourra être revue en fonction des nouvelles informations disponibles sur la présence du virus Ebola dans le sperme en fonction du temps écoulé.

Jusqu’à ce que leur sperme ait été donné par deux fois avec  un test négatif à la recherche du virus Ebola, les hommes qui ont survécu à la maladie doivent respecter les règles d’hygiène personnelle et celles pour les mains en se lavant soigneusement à l’eau et au savon après tout contact physique avec du sperme, y compris après la masturbation. Au cours de cette période, les préservatifs usagés doivent être manipulés et jetés avec précaution, de façon à éviter tout contact avec le liquide séminal.

Tous les survivants, leurs partenaires et leur famille doivent être considérés avec respect, dignité et compassion »

Dix mille survivants

« Il y a plus de 10 000 survivants à l’épidémie d’Ebola. On est en train de découvrir la maladie à distance de la phase aiguë. La possibilité d’une persistance et d’une réactivation virales pose beaucoup de questions, explique le Pr Éric Delaporte, de l’Institut de Recherche pour le Développement et en charge du suivi de la cohorte en Guinée cité par Le Quotidien du Médecin (Irène Drogou). Il semble bien exister une clairance du virus au fil du temps. Même si la transmission sexuelle par des survivants avec du virus persistant est une possibilité, cela semble rare ».

A demain

Pourquoi le gouvernement français n’interdit-il pas de fumer dans les prisons et autres maisons d’arrêt ?

Bonjour

C’est une information que les journaux classent généralement dans la catégorie « Insolite ». C’est aussi une solide question de santé publique. L’affaire s’est passée à Coutances, jolie bourgade du département de la Manche. Superbe cathédrale, festival Jazz sous les pommiers et sordide maison d’arrêt construite en 1821 – voir ici la vidéo INA- FR3 concernant la « réalité carcérale » en présence du député UDF Hervé Morin. 

Dortoirs

Cette maison d’arrêt est, comme celle de Tours (Indre-et-Loire), un abcès chronique sur la  carte pénitentiaire . Elle peut accueillir 71 détenus dans neuf grandes cellules de six à douze lits. « L’hébergement en dortoirs reste la particularité de cet établissement »souligne sobrement le site internet du ministère de la Justice.

« La maison d’arrêt de Coutances a été édifiée sur un domaine de 4426 m2 avec une emprise intra muros de 2777 m2, entre 1821 et 1828, par ordonnance royale du 9 avril 1819 pour l’amélioration des prisons. Les premiers détenus sont transférés des vieilles prisons de Coutances vers la nouvelle maison d’arrêt, de correction et de Justice le 11 août 1828. Bombardée en juin 1944, l’aile nord de la prison de Coutances a été totalement détruite, réduisant d’un tiers sa capacité d’hébergement.

L’hébergement des détenus en dortoirs reste la particularité de la maison d’arrêt de Coutances. »

L’affaire, rapportée par plusieurs médias régionaux et nationaux (dont Le Parisien) :  Du 9 décembre 2013 au 8 avril 2014, un Normand de 36 ans a été placé en détention au sein de cette prison. Durant 120 jours, il a successivement occupé les cellules EQHSG et EQHCU, d’une surface respective de 21 m2  et de 20,75 m2. La plus grande des cellules comprenait une douche, une armoire, une grande table et des chaises. Avec le détenu, entre quatre et six compagnons, tous fumeurs, alors que lui ne fume pas. Et la fenêtre ne dépasse pas les 80 centimètres.

Couvertures tous les six mois

Après sa libération, le détenu a, début 2015, saisi la justice en mettant en avant des conditions de détention « inhumaines, dégradantes et insalubres ». Le tribunal administratif de Caen, qui a examiné ce dossier, vient de rendre son jugement. Il a écarté la notion de surpeuplement, noté que les gants de toilette, serviettes et taies d’oreiller sont changés tous les huit jours, les draps tous les quinze jours et les couvertures tous les six mois. En revanche, ont-ils jugé, « le détenu peut soutenir qu’il a subi une promiscuité certaine. Lui-même étant non-fumeur, son incarcération ne s’est pas déroulée dans les conditions de salubrité requises par la Convention européenne des droits de l’homme ». En réparation du préjudice subi, le détenu recevra 1 200 euros de dommages et intérêts.

Soit 10 euros par jour pour avoir été exposé à un tabagisme passif  massif. Le prix de la promiscuité.

Reste la question du fumer en prison. Non loin de Coutances, de l’autre côté de la Manche la question ne se pose plus. Le Royaume-Uni a ainsi décidé, mardi 29 septembre ,d’interdire aux détenus de fumer dans les prisons. Huit centres sont concernés : quatre au Pays de Galles, qui devront respecter l’interdiction dès le mois de janvier, et quatre prisons en Angleterre à partir de mars 2016. L’AFP précise que cette annonce fait suite à la décision prise en mars dernier par  la Haute Cour de justice, qui a tranché en faveur de l’application de la législation antitabac britannique, en vigueur depuis 2007, à la suite de la requête d’un détenu qui se plaignait des conséquences pour sa santé.

Passer le temps

Le ministre britannique des prisons Andrew Selous a expliqué, dans un courrier adressé au président de la Commission parlementaire de la justice, que l’interdiction serait introduite par phases progressives, en raison notamment de la forte proportion de fumeurs parmi les détenus et de « la particularité des lieux ».

Au Royaume-Uni, 80 % des détenus fument, selon des chiffres officiels Aussi peut-on redouter le pire, comme le souligne Vice, publiant le témoignage d’un ancien prisonnier :

« En prison, les cigarettes sont un moyen de passer le temps. Elles ont un rôle social, servent en quelque sorte à clore chaque chapitre sans histoire de la journée. C’est également une monnaie de choix dans un monde sans argent – tout le monde sait que t’es plein aux as quand tu as une boîte à chaussures remplie de tabac sous ton lit. Tu peux échanger quelques clopes avec un des cuisiniers contre un peu de poivre, une pochette d’Amber Leaf[marque britannique de tabac à rouler] contre un bout de hasch, de l’héroïne ou ce qui te fait kiffer. »

Violences

Pour Mark Leech, éditeur du Manuel sur les prisons interrogé par  The Telegraph« des temps difficiles s’annoncent ». « Les prisons sont remplies de personnes présentant des troubles mentaux, ayant un comportement impulsif et qui peuvent se montrer violentes. »

Des premières mesures d’accompagnement ont été mises en place, comme la distribution de cigarettes électroniques. Les détenus désireux d’arrêter de fumer ont également reçu un soutien. La directrice de l’association caritative Frances Crook, interviewée par la BBC, souligne la relation émotionnelle des prisonniers au tabac, et demande qu’ils bénéficient d’une aide plus soutenue, avec des patchs nicotiniques  gratuits par exemple ou un accès facilité à des activités ou de l’exercice physique. Une aide au sevrage en somme.

L’association de défense des prisonniers Prison Reform Trust regrette quant à elle qu’il ne soit pas permis aux détenus de fumer dans les espaces extérieurs. « Si on leur refuse ça, il faut leur apporter un soutien plus approprié » et « surveiller davantage les signes de détresse » de leur part, plaide Peter Dawson, directeur adjoint de l’association.

Cigarette électronique

L’AFP observe que la décision du gouvernement coïncide avec la publication des résultats d’une étude sur la qualité de l’air dans six prisons britanniques. Elle révèle que les gardiens des centres de détention passent environ le sixième de leur temps de travail à respirer de manière passive des volumes de fumée supérieurs aux limites conseillées par l’Organisation mondiale de la santé – The Guardian. Fumer dans les prisons est déjà interdit au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Australie, où cette décision a provoqué une émeute à Melbourne en juillet.

Et en France ? La question n’est tout simplement pas posée. La prison, de même que la maison de retraite est considérée par les pouvoirs publics comme un « domicile contraint ». Pour l’heure le programme national de réduction du tabagisme, en chantier depuis bientôt deux ans, ne s’intéresse ni à la cigarette électronique ni aux prisons. Les ministres de la Justice et de la Santé diront-elles un jour pourquoi ?

A demain

Transparence et dépression : la vérité enfin révélée sur les vertus du Deroxat®

Bonjour

Il aura donc fallu quatorze ans pour lever le voile sur une publication scientifique qui vantait sans nuances les vertus de cet antidépresseur. Une affaire exemplaire qui devrait faire école pour imposer une réelle transparence aux firmes pharmaceutiques sur leurs essais cliniques.

La paroxétine est un antidépresseur bien connu des médecins et très fréquemment prescrit. Pourtant, un article du British Medical Journal remet aujourd’hui sérieusement en cause son efficacité. Commercialisé en France sous le nom de Deroxat®  (4,24 € les 14 comprimés) depuis le 19 février 1995, on le trouve actuellement vendu sous vingt-et-une présentations différentes. Son succès commercial durable tient notamment à l’étendue des indications que son fabricant a pu (sur la foi d’essais cliniques qu’il a lui-même mené) officiellement obtenir des autorités en charge des médicaments:

« Troubles obsessionnels compulsifs (pensées répétitives, obsessionnelles avec comportement incontrôlable); trouble panique (attaques de panique, y compris celles causées par la peur des lieux publics, l’agoraphobie); trouble anxiété sociale (peur ou rejet de situations où vous devez être en société); état de stress post- traumatique (anxiété causée par un événement traumatique); anxiété généralisée.»

Les médicaments contenant de la paroxétine appartiennent à la classe des «inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine» (ISRS).

« Les personnes souffrant de dépression ou d’anxiété présentent un taux de sérotonine (substance présente dans le cerveau) diminué, explique le site du gouvernement sur les médicaments. Le mécanisme d’action de Deroxat® et des autres ISRS n’est pas complètement connu, mais ils augmenteraient le taux de sérotonine dans le cerveau. Bien traiter votre dépression ou votre trouble anxieux est important pour vous aider à vous sentir mieux.»

Déboires

Lancée sur le marché en 1992 par le groupe pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline la paroxétine a très vite rencontré un vif succès chez les prescripteurs. Aux États-Unis, comme au Royaume-Uni, cette spécialité a connu plusieurs déboires retentissants à la suite d’actions en justice menées notamment après la découverte d’effets secondaires parfois graves (tendances suicidaires et passage à l’acte) –en particulier lors de prescriptions chez des enfants et des adolescents.

Plusieurs travaux ont ensuite démontré que chez les mineurs la paroxétine n’était pas plus efficace pour traiter la dépression qu’un placebo et que le rapport risque-bénéfice n’était pas en faveur de cette molécule. Ces polémiques n’ont guère eu d’écho en France où cette molécule est largement connue des prescripteurs (l’Agence nationale du médicament n’est étrangement pas en mesure de préciser la part des volumes consommés qui correspond à des prescriptions pédiatriques).

Aujourd’hui l’«affaire paroxétine» rebondit dans le monde anglo-saxon (comme en témoignent la couverture du New York Times , du Guardian ou du Scientific American) après les accusations du British Medical Journal.

Brutes

Ces accusations résultent d’un travail original mené par un groupe international dirigé par Joanna Le Noury (université de Bangor, pays de Galles). Tout se passe comme s’il avait fallu attendre quatorze ans pour découvrir les coulisses d’une entreprise déguisée de promotion de ce médicament. Cette histoire est racontée dans le détail par Hervé Maisonneuve sur son blog «Rédaction médicale et scientifique».

L’affaire commence en 2001 avec une publication dans la revue spécialisée Journal of The American Academy of  Child and Adolescent Psychiatry. Il s’agit d’un essai comparant la paroxétine et l’imipramine (un antidépresseur d’une autre famille) chez 275 adolescents souffrant d’une dépression sévère, et suivis pendant huit semaines (study 329). Conclusion: «La paroxétine est généralement bien tolérée et efficace dans la dépression sévère de l’adolescent.»

«Les contestations sont nombreuses et récurrentes quant aux conclusions de cet essai, et ce, pendant de nombreuses années, rappelle Hervé Maisonneuve. Puis vient le démarrage du projet RIAT (Restoring Invisible and Abandoned Trials, ndlr) pour analyser des essais abandonnés et/ou posant problèmes. Après de nombreuses difficultés pour avoir accès aux données une nouvelle analyse de 77.000 pages des ‘’case report forms’’ transmis par GlaxoSmithKline. Suit alors le travail majeur d’une équipe internationale et publication dans le BMJ le 16 septembre 2015.»

Mises en garde

Or, la conclusion est radicalement différente de celle de 2001: «Ni la paroxétine, ni les hautes doses d’imipramine n’ont montré une efficacité pour la dépression sévère des adolescents, et une augmentation des risques a été observée avec les deux médicaments.»

 Pour Hervé Maisonneuve comme pour les observateurs indépendants des publications médicales et scientifiques concernant les médicaments, il s’agit là d’un travail remarquable. Tout est accessible à partir d’un site dédié mis en ligne par le BMJ; «Restoring study 329». La revue médicale britannique est cinglante vis-à-vis de GlaxoSmithKline comme vis-à-vis de l’ensemble du système:

 «Pas de correction, pas de rétractation, pas d’excuses, pas de commentaires : cette ré-analyse pose des questions sur les responsabilités institutionnelles.»

Juge et partie

De fait, cette affaire exemplaire dépasse le seul cas de la paroxétine.

«L’accès aux données brutes des essais cliniques doit devenir obligatoire, nous a déclaré le Pr Bernard Granger (service de psychiatrie, hôpital Tarnier-Cochin, Paris). Il est anormal que l’analyse statistique soit effectuée par le laboratoire pharmaceutique (juge et partie) et il est indispensable que des chercheurs indépendants (ou hostiles, comme c’est le cas ici) puissent la mener de leur côté. Pour ce qui est de cette étude il faut préciser qu’il ne s’agissait pas d’une population représentative d’adolescents déprimés: ils n’avaient pas été tirés au sort mais choisis selon des procédures et avec des critères d’exclusion particuliers.

Comme dans les autres essais cliniques d’antidépresseurs, l’existence d’idées suicidaires est un critère d’exclusion pour des raisons éthiques. Ceci montre bien que la communauté scientifique n’admet pas que l’on traite des adolescents suicidaires par un placebo! Nous touchons là les limites des études en double aveugle contre placebo dans la dépression et les généralisations abusives et scientifiquement non fondées auxquelles elles donnent lieu.»

Impossible transparence

En France, depuis 2007 de nouvelles mises en garde ont été ajoutées dans les notices des spécialités pharmaceutiques à base de paroxétine. Elles concernent l’augmentation du risque de malformations congénitales majeures (et aussi d’hypertension artérielle pulmonaire) chez les enfants de mère traitée par la paroxétine pendant le premier trimestre de grossesse. Une rubrique «mises en garde spéciales et précautions d’emploi» a également été ajoutée. Elle alerte sur «l’augmentation du risque suicidaire chez les adultes jeunes traités par paroxétine et notamment ceux atteints de troubles dépressifs majeurs».

Il reste maintenant à connaître les chiffres de vente de la paroxétine en France, leur évolution et la part des prescriptions concernant les mineurs. Cette transparence semble, fort malheureusement, pratiquement impossible à atteindre.

A demain

Ce texte a initialement été publié sur Slate.fr

Cigarette électronique : la Grande Bretagne engage une lutte anti-tabagique historique

Bonjour

 C’est un événement de santé publique doublé d’un document britannique officiel: « E-cigarettes: an evidence update A report commissioned by Public Health England » (1). On en trouve également une synthèse au titre éloquent « E-cigarettes: a new foundation for evidence-based policy and practice ».

Une version journalistique est fournie d’autre part via The Guardian (James Meikle)comme on peut en prendre connaissance ici. Et l’Agence France Presse y consacre une dépêche. Quelque soit le traitement médiatique qui est en est fait, il s’agit bien d’un nouveau et important tournant dans l’histoire de la lutte contre le tabagisme, dans la révolution des volutes. Aucun hasard s’il apparaît au royaume du pragmatisme. Un pays où l’on ne choisit pas le paquet neutre contre la cigarette électronique. Un pays où tout ne passe pas par la loi et son marbre.

Réalité en face

 Des experts reconnus dans le champ de la lutte contre le tabagisme de santé publique recommandent ainsi, dans ce rapport  publié le mercredi 19 août, d’avoir recours autant que nécessaire, au levier que constitue la cigarette électronique – et donner aux médecins généralistes la possibilité de la prescrire pour lutter contre l’addiction au tabac. Ne plus la conseiller du bout des lèvres mais regarder la réalité en face et tout faire pour ne plus consommer-inhaler fumées et goudrons.

 Les cigarettes électroniques peuvent «changer la donne pour la santé publique», assure le Pr Ann McNeill, du King’s College de Londres, coauteure de cette étude qui a été commandée par les autorités sanitaires anglaises (Public Health England ou PHE). Elle fait officiellement valoir que  les cigarettes électroniques sont à 95% moins dangereuses que les cigarettes traditionnelles. Pr Kevin Fenton, un responsable de PHE : « Pour certaines personnes qui trouvent difficile d’arrêter de fumer en utilisant les méthodes traditionnelles, les cigarettes électroniques peuvent représenter une nouvelle solution ». Nous sommes aux antipodes, ici, des atermoiements des autorités sanitaires françaises et de la ministre de la Santé.

La menace et l’outil

Les médecins britanniques ne sont actuellement pas autorisés à prescrire de cigarette électronique, mais les experts à l’origine de cette étude espèrent que l’Agence britannique de contrôle sanitaire – la Medicines & Healthcare products Regulatory Agency (MHRA) leur en donnera bientôt la possibilité. La MHRAet d’ailleurs devenue compétente pour la e-cigarette (« the competent authority for regulating e-cigarettes ») et l’on peut découvrir sur son site des informations claires sur le sujet qui tranchent avec la confusion qui prévaut souvent en France.

Le gouvernement britannique commence à publier les projets de décret d’applications visant à transposer, pour mai 2016, la nouvelle Directive tabac européenne. La Grande Bretagne a décidé, elle aussi, de passer au paquet neutre ce qui ne lui interdit nullement de faire de la cigarette électronique un outil et non une menace.

Besoins médicaux

« Pour le moment, il n’y a pas de produits sous licence pouvant être utilisés pour des besoins médicaux et c’est une des raisons pour laquelle nous soutenons la MHRA pour qu’elle s’assure que des cigarettes électroniques sûres et encadrées puissent être proposées pour des besoins médicaux » précise le Pr Fenton.

Il ajoute: «Une fois que cela aura été agréé, et que nous aurons les produits dans les tuyaux, ils pourront être intégrés à l’arsenal des outils disponibles pour aider les patients à arrêter de fumer. Les cigarettes électroniques ne sont pas complètement dénuées de risque, mais en comparaison avec le tabac, les preuves dont nous disposons montrent qu’elles ne comportent qu’une fraction de sa dangerosité. »

C’est là une évidence qu’il faudra sans doute encore longtemps répéter.

Atermoiements français

On estime, en Grande Bretagne, à environ 2,6 millions le nombre de personnes qui vapotent et à environ 80.000 le nombre de celles qui meurent prématurément de leur addiction au tabac. En dépit de quelques approches parcellaires (comme une étude que vient de publier le Journal of the American Medical Association ), les experts soulignent également qu’il n’y pas de preuve démontrant que les e-cigarettes incitent les vapoteurs non fumeurs à se tourner vers le tabagisme classique.

Que font en France, sur un tel sujet, la ministre de la Santé et l’ensemble des responsables de la santé publique ? Pourquoi tout miser sur le paquet neutre? L’avenir, pragmatique, de la lutte anti-tabagique se joue aujourd’hui de l’autre côté de la Manche.

A demain

(1) Les auteurs sont McNeill A, Brose LS, Calder R, Hitchman SC (Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience, National Addiction Centre, King’s College London UK Centre for Tobacco & Alcohol Studies) et  de Hajek P, McRobbie H (Wolfson Institute of Preventive Medicine, Barts and The London School of Medicine and Dentistry Queen Mary, University of London UK Centre for Tobacco & Alcohol Studies).

Euthanasie : le traitement médiatique de la mort d’un citoyen britannique chez Dignitas (Suisse)

Bonjour

Une bouteille d’eau d’Evian. C’est ce que l’on peut voir sur la table de ce banquet post-mortem – un cliché diffusé par la BBC, comme on peut le voir ici. C’est l’un des papiers illustrés qui, ce matin, disent tout. Non pas de l’euthanasie (qui le pourrait?), mais bien de la mise en scène médiatique de cette dernière. C’est là une forme a minima de militantisme auquel, de part et d’autre de la Manche, les médias se prêtent volontiers. Pour les meilleures raisons du monde, sans omettre l’émotion sous-jacente à ce type de sujet. Cette dimension médiatique est aussi, pour la famille et pour les proches, une forme assez particulière de mise en abyme du faire son deuil.

Maladie neurologique

Soit donc  Jeffrey Spector, 54 ans, de St Annes, Lancashire. Il est mort le 23 mai au terme d’une maladie qui évoluait depuis six ans. La BBC n’en parle qu’aujourd’hui. Il en va de même du Daily Mail (nombreuses photographies), mais aussi du Guardian (un seul cliché), du Mirror, sans oublier The Telegraph, qui montre, dans la prairie suisse la petite maison de Dignitas (cliché AFP) au terme d’une longue maladie neurologique (diagnostic non précisé). On ajoutera les innombrables canaux des réseaux sociaux.

Il y a encore, pour finir, The Independant, qui estime que cette mise en scène relance le débat britannique sur la pratique du suicide (médicalement ou pas) assisté. De fait les mises en scène de déplacements à l’étranger concernant des pratiques interdites dans son pays est depuis quelques décennies une forme de classique. C’est aujourd’hui vrai pour l’euthanasie comme pour les militants de la dépénalisation de la pratique de la grossesse pour autrui.

Exclusivité

Pour sa part Jeffrey Spector  était entouré, en Suisse, par sa femme, ses trois filles et ses amis. Tous ont dit qu’ils respectaient sa décision et un communiqué en ce sens a été publié. Le montant des sommes versées à Dignitas ne semble pas avoir été précisé. M. Spector lui-même s’était exprimé via un entretien accordé « en exclusivité » à la Blackpool Gazette (Gareth Vickers) (avec le même triste cliché, non signé, du centre Dignitas helvète).

Il y a encore le journaliste David Graham. Il a déclaré à BBC Radio Lancashire qu’il avait parlé avec M. Spector alors qu’il était encore à son hôtel près de la « clinique », à Zurich. M. Graham a déclaré que M. Spector, directeur d’une agence de publicité, lui avait dit avoir préalablement consulté plusieurs chirurgiens du Royaume-Uni.  En Angleterre et au Pays de Galles une loi de 1961 dispose que le fait d’encourager ou d’aider une personne à (tenter de) se suicider constitue un délit.

Ne pas tuer

Plusieurs hommes politiques britanniques viennent de faire savoir, via les médias, qu’ils allaient tenter de modifier cet état de fait. Cette situation doit être mise en parallèle avec le fait que le Royaume Uni a toujours été présenté, de ce côté-ci de la Manche, comme un modèle à suivre pour ce qui est de la lutte contre la douleur et le développement des soins palliatifs. Au point que des responsables de la médecine palliative redoute que l’on modifie l’équilibre qui, aujourd’hui prévaut dans ce domaine. Ils rappellent, au risque de ne pas être compris, que leur mission est d’accompagner vers la mort. Non de tuer.

A demain

Cancer de l’ovaire : l’espoir britannique d’un dépistage précoce à partir d’un test sanguin

Bonjour

C’est une nouvelle médicale d’importance que traitent, ce matin les principaux médias britanniques : les résultats d’une étude, à paraître dans le Journal of Clinical Oncology, laisse espérer la possibilité d’un dépistage précoce du cancer de l’ovaire à partir d’un simple test sanguin – et ce via la recherche du marqueur tumoral « CA 125 » . Une fois n’est pas coutume: la plupart des médias d’outre Manche font preuve, à l’image de la BBC (James Gallagher) ou du Guardian, d’une réserve remarquable.

Avec le pragmatisme qui, souvent, caractérise les Britanniques  ils rappellent que seule l’obtention d’une réduction des taux de mortalité permettra de justifier la mise en œuvre de campagnes proposant de manière systématique un dépistage dans la population féminine.

Sensibilité et spécificité

La cadre général est connu. Le cancer de l’ovaire est, en incidence, la septième cause de cancer chez la femme avec (en France) 4 430 nouveaux cas estimés en 2008 (chiffres Inca – derrière le cancer du sein, du côlon, du poumon, de la thyroïde, de l’endomètre et les lymphomes non hodgkiniens). L’âge médian lors du diagnostic est de 65 ans. En raison d’un diagnostic souvent tardif, son pronostic reste sombre, trois quarts de ces cancers étant diagnostiqués à un stade avancé (stades IIIB à IV). La survie à 5 ans, tous stades confondus, est d’environ 45 %.

La protéine « CA 125 » est actuellement le marqueur le plus utilisé pour le bilan et le suivi du cancer de l’ovaire. La question centrale est de savoir s’il peut être utilisé à des fins de dépistage. Une question qui renvoie pour l’essentiel aux (toujours délicates) questions de sensibilité et de spécificité. L’étude nationale britannique dont les résultats sont en cours de publication  est la plus large au monde : elle a été menée pendant quatorze ans auprès de plus de 46 000 femmes par une équipe du University College de Londres. Elle a été dirigée par le Pr Usha Menon.

Bons résultats

Des prélèvements sanguins étaient pratiqués chaque année avec analyse dans le temps des évolutions des taux de CA 125 avec, en parallèle, des examens complémentaires (échographies spécialisées) si nécessaire.  Les résultats de l’essai établissent que « 86% des cancers » ont ainsi pu être identifiés. Les responsables de ce travail expliquent aux médias généralistes britanniques que ce sont là de bons résultats mais qu’il est trop tôt pour certifier que ce dépistage permettra de réduire les taux de mortalité dus à ce cancer. En toute hypothèse il reviendra aux responsables du National Health Service de décider si une proposition de dépistage systématique est justifiée – et si oui quelles en seront les modalités. Les données concernant la mortalité ne seront pas connues avant l’automne.

« Les premiers éléments de ce travail semblent prometteurs, analyse James Gallagher de la BBC. Cette approche personnalisée pourrait se révéler utile dans le dépistage d’autres cancers, tels que celui de la prostate. Mais la grande question est de savoir si un tel le dépistage du cancer de l’ovaire permettra de sauver des vies? Nous aurons la réponse dans quelques mois.  Le Pr  Menon est optimiste quant au fait qu’un tel dépistage permettrait, par rapport à aujourd’hui, de diagnostiquer des tumeurs à un stade plus précoce de leur développement  –  ce qui augmente les chances de réussite du traitement. »

Pédagogie démocratique

La BBC donne également la parole à d’autres spécialistes qui font des commentaires mesurés et convergents. Elle rappelle, souci de pédagogie démocratique,  le cadre dans lequel s’inscrit ce programme expérimental national de dépistage. Un tel traitement médiatique tranche avec les controverses passionnées que suscitent de manière récurrente, en France, les entreprises (on ne peut plus mal coordonnées il est vrai) de dépistage des cancers du sein ou de la prostate. Une affaire, sans doute, de sensibilité.

A demain