Ebola : le virus est présent dans le sperme d’hommes a priori guéris. Que faut-il en conclure?

Bonjour

Le chaud et le froid. Deux séries de nouvelles interrogations alors que l’épidémie ouest-africaine marque le pas de manière spectaculaire. Une infirmière britannique réinfectée alors qu’on la tenait pour guérie. Une présence démontrée dans le sperme longtemps après l’obtention de la guérison. Soit, en d’autres termes, une physiopathologie à compléter et de nouvelles questions de santé publique à travailler.

L’infirmière, Pauline Cafferkey, est hospitalisée depuis le 9 octobre dans une unité spéciale du Royal Free Hospital de Londres. Dix mois après avoir été déclarée guérie elle présente une pour une complication tardive et inhabituelle de l’infection par le virus Ebola – une méningo-encéphalite, dit-on. Les spécialistes sont comme incrédules.  « Ebola nurse Pauline Cafferkey critically ill in deterioration that shocks experts”(The Guardian); “Ebola nurse Pauline Cafferkey’s rapid decline after being ‘cured’ leaves experts staggered” (The Independent) L’infirmière Pauline Cafferkey entre la vie et la mort” (Paris Match)

Démonstration de la transmission

Ce cas coïncide avec la publication dans le  New England Journal of Medicine » de deux publications elles aussi a priori inquiétantes. L’une démontre la persistance au-delà de 9 mois du virus dans le sperme d’hommes apparemment guéris :  ’Ebola RNA Persistence in Semen of Ebola Virus Disease Survivors — Preliminary Report’ ; l’autre sur l’existence moléculairement démontrée d’un risque de transmission : ‘Molecular Evidence of Sexual Transmission of Ebola Virus’’. Des informations reprises par la BBC : « Ebola lingers in semen for nine months ». On observera que les spécialistes et les institutions françaises sont totalement absents de ces deux publications réunissant pour l’essentiel des auteurs américains et ouest-africains.

Ces publications ont aussitôt été relayées par une mise au point de l’OMS sous la forme d’un communiqué de presse :  « Preliminary study finds that Ebola virus fragments can persist in the semen of some survivors for at least nine months ». L’organisation onusienne souligne que ces données, établies en Sierra Leone, surviennent alors que l’épidémie est sur le point d’être maîtrisée. Elle évoque aussi les nouveaux problèmes de santé publique que soulève la démonstration de cette nouvelle possibilité de contamination, via des relations sexuelles, chez des hommes tenus pour guéris et donc non contagieux.

26% à neuf mois

« Cette étude fournit une preuve supplémentaire que les survivants ont besoin d’un soutien continu substantiel pour les douze prochains mois afin de répondre à ce défi et d’assurer leurs partenaires qu’ils ne sont pas potentiellement exposés au virus », a déclaré Bruce Aylward, représentant spécial pour la réponse Ebola du directeur général de l’OMS. Concrètement quatre-vingt trois hommes de plus de 18 ans de Freetown ont fourni un échantillon de sperme qui a été testé pour détecter la présence de matériel génétique du virus Ebola. Ces volontaires avaient été contaminés entre deux et dix mois avant l’étude.  Tous les hommes testés dans les trois premiers mois étaient positifs (9/9; 100%). Plus de la moitié des hommes (26/40; 65%) qui ont été testés entre quatre à six mois étaient positifs. Et un quart (11/43; 26%) de ceux testés entre sept à neuf mois l’étaient aussi. Tous les volontaires ont été informés des résultats. On leur a prodigué des conseils et fourni des préservatifs.

Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains poursuivent ce travail et reconnaissent ne pas pouvoir founir d’explications claires sur les différences observées. « Les survivants d’Ebola sont confrontés à un nombre croissant de problèmes de santé, a déclaré Tom Frieden, directeur des CDC. Cette étude fournit de nouvelles informations importantes au sujet de la persistance du virus Ebola dans le sperme et nous aide à faire des recommandations aux survivants et à leurs proches pour les aider à rester en bonne santé. »

Masturbation comprise

Et maintenant ? Tous les survivants de sexe masculin à l’épidémie d’Ebola dans les trois pays africains touchés vont-ils être testés et recevoir les informations nécessaires pour prévenir les risques de contamination sexuelle ? Depuis mai dernier l’OMS donne des « recommandation intérimaires sur la transmission sexuelle de la maladie à virus Ebola ». L’OMS recommande que tous les survivants testent leur sperme à partir de 3 mois après le début de la maladie. Pour ceux qui sont positifs, un test par mois est ensuite conseillé jusqu’à ce que le sperme soit négatif par 2 fois à au moins une semaine d’intervalle. Jusqu’à ces deux tests négatifs, l’OMS recommande l’abstinence sexuelle ou le port de préservatifs, une bonne hygiène des mains, après masturbation comprise. :

« Si un homme ayant survécu à Ebola n’a pas eu d’analyse du sperme, il doit poursuivre les pratiques sexuelles à moindre risque pendant au moins six mois après l’apparition des symptômes ; cette durée pourra être revue en fonction des nouvelles informations disponibles sur la présence du virus Ebola dans le sperme en fonction du temps écoulé.

Jusqu’à ce que leur sperme ait été donné par deux fois avec  un test négatif à la recherche du virus Ebola, les hommes qui ont survécu à la maladie doivent respecter les règles d’hygiène personnelle et celles pour les mains en se lavant soigneusement à l’eau et au savon après tout contact physique avec du sperme, y compris après la masturbation. Au cours de cette période, les préservatifs usagés doivent être manipulés et jetés avec précaution, de façon à éviter tout contact avec le liquide séminal.

Tous les survivants, leurs partenaires et leur famille doivent être considérés avec respect, dignité et compassion »

Dix mille survivants

« Il y a plus de 10 000 survivants à l’épidémie d’Ebola. On est en train de découvrir la maladie à distance de la phase aiguë. La possibilité d’une persistance et d’une réactivation virales pose beaucoup de questions, explique le Pr Éric Delaporte, de l’Institut de Recherche pour le Développement et en charge du suivi de la cohorte en Guinée cité par Le Quotidien du Médecin (Irène Drogou). Il semble bien exister une clairance du virus au fil du temps. Même si la transmission sexuelle par des survivants avec du virus persistant est une possibilité, cela semble rare ».

A demain

Immigration: la dictature hypnotisante de l’émotion ; une confession de Libération

Bonjour

3 septembre 2015. Tant et tant de mots sur une photo. Ainsi, donc, le cliché insoutenable d’un enfant mort sur le sable de l’ancienne Halicarnasse grecque – devenue Bodrum turque – à un vol d’oiseau de l’Union européenne. Une photographie devenue historique en  quelques heures.

Pourquoi ? Comment ? Quel alignement des comètes médiatiques a présidé à cette déferlante ? Un cliché iconique, à la fois insoutenable et soutenu. Une photographie hypnotique quand  l’argentique a disparu. Un vertige auto-amplifié. Une repentance cristallographiée.

Les mots peuvent-ils aider à comprendre ? Il faut l’espérer. Dans Libération daté du 4 septembre Didier Péron tente un décryptage. Il explique que cette photographie a été prise par la reporter Nilüfer Demir de l’agence turque Dogan News. Il ajoute qu’une vidéo de la situation avait aussi été mise en ligne par la même agence : « On  y voit des flics s’activant sur le lieu d’un drame et non, comme ici, ce bloc silencieux que la perspective profonde des vagues et le trait du rivage au fond enserre dans une plénitude douloureuse ».

Contagion des larmes

Didier Péron : « Chacun veut croire, soudain, qu’une image, une seule, possède le pouvoir magique de faire basculer les opinions occidentales tétanisées par la hantise d’invasion de migrants. Et qu’elle peut, par la contagion des larmes et de la honte, prêter aux différents gouvernements européens ce génie du bon accueil qui leur a jusqu’ici cruellement manqué.

Les réseaux sociaux ont amplifié ces phénomènes de olas virtuelles où chaque individu est comme traversé par une même onde électrisante d’émotion synchrone. Plus de 1 000 noyés en une semaine en avril dans les eaux méditerranéennes, 71 cadavres de migrants en décomposition dans un camion abandonné en Autriche : personne, aucun parti, aucun organe de presse, aucun citoyen, ne peut ignorer les situations atroces qui se multiplient depuis des mois.

Cependant, de même qu’il faut de longues séances de psychanalyse au névrosé non pas pour «connaître» mais bien «prendre conscience» de la gravité des maux qui le rongent, il faut à l’inconscient collectif le choc d’une identification pour que cesse une forme d’insensibilité statistique ou de fatalisme courroucé. »

Ondes électrisantes

Peut-on être également traversé de ces ondes électrisantes et tenter de résister à l’insupportable car asphyxiante dictature de l’émotion ? La question s’impose en France plus qu’ailleurs : les médias traditionnels n’ont pas, ce matin (et à la différence de nombreux médias européens), relayé ce cliché ; les politiques l’ont aussitôt fait à leur place et, depuis, ces médias battent leur coulpe. Qui a tort ? Qui a raison ? En cette fin de journée le cliché semble avoir gagné : le gouvernement français s’est réuni en urgence et on entend parler de nouvelles mesures franco-allemandes en faveur de ceux qui cherchent refuge dans l’Union européenne. Et demain ?

Autant qu’à l’émotion l’heure est une nouvelle fois au désarroi. Les médias français citent en exemple-modèle leurs homologues anglais qui, eux, ont tous ou presque publié le fameux cliché. Louanges un peu rapides. Pour sa part Slate.fr (Vincent Manilève) souligne fort justement « l’obscène hypocrisie des tabloïds conservateurs anglais ».

«Si ces images extraordinairement puissantes d’un enfant syrien mort échoué sur une plage ne changent pas l’attitude de l’Europe face aux réfugiés, qu’est-ce qui le fera ?» clame The Independent. « Peut-être faudra-t-il cette photo pour que l’Europe ouvre les yeux » éditorialise majestueusement Le Monde. Peut-être. Peut-être pas.

Napalm

« Cette image peut réveiller les consciences, comme toutes celles qui ont marqué l’histoire. La petite fille brûlée au napalm prise par le photojournaliste Nick Ut en 1972 avait, par exemple, eu un impact terrible à l’époque » rappelle Alain Mingam, photojournaliste  interrogé par Libération. Certes. En 1972 la petite fille était brûlée mais vivante. Elle fuyait l’horreur d’une guerre. En 2015 le petit garçon est mort.

Les mots peuvent-ils aider à comprendre – à dépasser l’émotion hypnotique ? Il faut l’espérer. Et lire Libé :

« Mais, il faut, hélas !, aussi pouvoir interrompre la ferveur que suscite l’icône pour en interroger les implicites. Car si ce garçonnet mort marque une limite, comme si ce spectacle obligeait à un sursaut moral tant l’intolérable était désormais atteint, on peut se demander si les clichés, largement diffusés, de grappes de migrants juchés sur des bateaux, agrippés à des grilles, d’individus coursés par des flics mais aussi de cadavres de victimes adultes éparpillés sur d’autres grèves, étaient, de fait, de mauvais objets, des mauvais passeurs d’émotion. » (Didier Péron)

Flottement

Il faudra aussi, dans Libération, lire le billet de Johan Hufnagel, directeur en charge des éditions : « Pourquoi nous n’avons pas publié la photo d’Aylan ». C’est une peu banale « explication faite aux lecteurs».

En cas de flottement c’est un exercice bien difficile que de raconter les coulisses aux spectateurs. La plupart des responsables fuient devant l’épreuve. Tel n’est pas le cas ici.  Libé brise la glace et en sort comme grandi.

A demain

Maladie d’Alzheimer : le surprenant retour sur la scène du solanezumab d’Eli Lilly. A quel prix ?

Bonjour

L’affaire fait les gros titres de la presse britannique et américaine. C’est notamment le cas du New York Times (Andrew Pollack) , de la BBC (James Gallagher) ou de The Independant (Charlie Cooper). Rien de tel en France où les médias généralistes ne semblent guère intéressés. Le reflet d’une allergie sévère à l’industrie pharmaceutique et aux conflits d’intérêts ? Les effets d’un discours récurrent aux limites du mensonge quant à l’efficacité et à l’innocuité des médicaments proposés contre la maladie d’Alzheimer ?

Petit espoir

Résumons. L’affaire concerne le solanezumab , un anticorps monoclonal de la firme américaine Eli Lilly. Il aurait « ralenti la progression des symptômes de la maladie d’Alzheimer chez des personnes souffrant d’une forme modérément avancée de la maladie ». Ces observations « pourraient marquer la première avancée contre cette dégénérescence incurable ». Ce serait là un « petit espoir ». Ces personnes « auraient préservé la plupart de leurs capacités cognitives par rapport à des groupes ayant pris un placebo ».

L’information a été donnée par le groupe pharmaceutique Eli Lilly à partir de ses propres résultats à l’Alzheimer’s Association International Conference (AAIC) qui vient de se tenir à Washington. C’est là une information qui vient contredire les résultats négatifs présentés en 2012 au terme de deux larges essais cliniques .

Fin du placebo

Une sous-analyse des résultats observés chez les personnes qui étaient à un stade précoce de la maladie montraient que le solanezumab  lassait toutefois quelques espérances quant au maintien des capacités cognitives. Ces éléments avaient poussé Eli Lilly a poursuivre les essais cliniques pendant deux ans dans ce groupe. Eli-Lilly a proposé aux patients sous placebo de débuter un traitement par solanézumab et à ceux déjà sous traitement de le poursuivre. Dans cette extension de l’étude, les participants ont été suivis deux années supplémentaires. Plus de 650 personnes dans chaque bras.

« Ces données suscitent une lueur d’espoir « dans un domaine où il y a eu tant de déceptions » a déclaré au Quotidien du Médecin  le Dr Catherine Thomas-Antérion (Clémentine Wallace) responsable de l’unité de neuropsychiatrie au CHU de Saint-Étienne (qui n’a pas participé à l’étude). Le médicament agit sur une des causes directe de la maladie – la protéine amyloïde. C’est le premier médicament à modifier l’évolution de la maladie. Les patients qui ont commencé le traitement en différé ont également montré un effet positif, mais ils ne rattrapaient pas le niveau de performance de ceux qui ont commencé le traitement avant eux. Ça veut dire que plus on commence tôt, plus on est efficace. »

Enormité économique

Cette spécialiste ajoute : «  Certes ce n’est pas un traitement qui va guérir, mais on n’attendait pas ça. C’est un traitement qui peut possiblement infléchir l’évolution du déclin cognitif, si les patients le prennent tôt. Ils gagneront peut-être en qualité de vie ou en délais d’institutionnalisation. Si vous gagnez même six mois en qualité de survie, c’est énorme au niveau médico-économique. Dans ce cadre, ça vaut le coup de rembourser une molécule chère parce que ça a un impact important. »

Le discours est connu, les dés sont jetés. On attend la suite. Et le prix à payer.

A demain

«E-cig au chanvre»: l’affrontement prend une tournure nettement plus politique

Bonjour

La cigarette électronique au cannabis qui n’en contient pas. Une version remastérisée du couteau sans lame. C’était une anecdote, cela devient une affaire. Une affaire politique et de santé publique. L’empressement de Marisol Touraine à annoncer une interdiction de l’objet a bouleversé la donne. Une petite initiative commerciale a pris soudain une ampleur politique inattendue. Une question circonscrite à la problématique des risques inhérents à la consommation de cannabis a soudain intéressé toutes celles et ceux qui, directement ou non, sont concernés par la cigarette électronique. Un phénomène boule de neige dans le champ du tabagisme et des addictions.

Ivresses cannabiques

Sous réserve d’inventaire on est bien ici dans l’erreur politique. Certains spécialistes en stratégie vont jusqu’à parler de faute. En toute hypothèse il faut lire l’analyse éclairée que vient de faire sur ce sujet le Dr William Lowenstein, président de SoS addictions : « La ministre, le chanvre électronique et l’ivresse cannabique »

Ce sont là des commentaires que Marisol Touraine, ministre de la Santé, trouvera sans doute injustes – elle qui n’a voulu, en s’exprimant le 16 décembre sur RTL, que réaffirmer l’opposition du gouvernement Valls à toute forme de relâchement dans l’interdiction officielle de la consommation de cannabis. Elle vient de récidiver, ce 17 décembre, sur France 2. « Depuis deux ans et demi j’ai fait preuve d’une grande fermeté pour faire reculer les addictions, pour aider ceux qui sont addictifs à un produit à décrocher, a-t-elle dit. Ce n’est pas, aujourd’hui, pour regarder une offensive sur une cigarette électronique avec du cannabis se commercialiser tranquillement. »

Grande fermeté

S’ils ne le sont pas déjà, ces propos vont être analysés et commentés chez les soignants spécialisés dans les différentes formes d’addictions – des spécialités par définition éminemment politiques sinon politisés. Il est possible que la « grande fermeté pour faire reculer les addictions » évoquée par la ministre de la Santé ne se soit guère traduite dans les faits et dans les chiffres.

Et pourquoi, une nouvelle fois, parler de « cigarette électronique avec du cannabis » ? Pourquoi tant de passion ? Pourquoi déformer à ce point la réalité ? On en viendrait presque, au fil du temps, à imaginer que l’objet cigarette électronique cristallise une forme inexpliquée, irrationnelle, d’opposition chez la ministre de la Santé.

KanaVape nous parle

Dans le même temps les créateurs de KanaVape –les auteurs de l’offensive que Mme Touraine entend contrer juridiquement – déplacent le combat sur le terrain politique.  Ces judokas viennent ainsi de dénoncer « l’inaction » du gouvernement quant à la réduction des risques liés au cannabis. « Quand Marisol Touraine déclare qu’il y a là un problème de santé publique, elle a raison mais le problème n’est pas KanaVape. Le problème est l’inaction du gouvernement sur la politique de réduction des risques liés au cannabis, ainsi que le manque de recherches médicales sur l’utilisation des cannabinoïdes en France » déclarent-ils dans un communiqué.

Effet placebo

Rappelons que Mme Touraine voit ici « une incitation à la consommation de cannabis » quand les fabricants  soulignent que la seule variété de chanvre utilisée « est autorisée à la culture et à l’utilisation industrielle et commerciale, notamment parce qu’elle contient moins de 0,2% de THC » (tétrahydrocannabinol), le principal principe actif du cannabis.»

En pratique le e-liquide utilisé contient une autre substance « cannabinoïde » : le cannabidiol ou CBD qui est, selon les promoteurs, un produit  « non-euphorisant » et « relaxant ». Ce qui, au-delà de l’effet placebo, reste à démontrer.

 Homologue britannique

« Dans ces conditions, le reproche qui nous est fait de ‘’provoquer  l’usage illicite de stupéfiants’’  procède d’un amalgame qui vise à dénaturer notre produit » menace la société KanaVape. Une société  qui affirme s’inscrire « dans le développement du marché des cigarettes électroniques permettant une réduction des risques ».

Où sont, ici, les défenseurs de la santé publique ?  On apprend (The Independant) que la cigarette objet du litige débarquera demain sur le marché du Royaume Uni. Il sera intéressant d’observer ce que fera, ou pas, l’homologue britannique de Marisol Touraine.

A demain

Sida : comment avons-nous pu être aveugle pendant plus d’un demi-siècle ?

Bonjour

Octobre 2014 : Ebola nous crève les yeux. Et nous apprenons dans le même temps (dans Science) que le VIH existe (dans l’espèce humaine) depuis 1920. Près d’un siècle. Et plus d’un demi-siècle d’aveuglement médical et scientifique.

Comment ? Comment ce virus est-il parvenu à déjouer la clinique et tous les instruments de vigilance biologique ? La lecture de la dernière publication de Science (1) sur le VIH-1 est troublante à bien des égards. Certains veulent y voir la démonstration que les révisionnistes ont tort quand ils continuent à affirmer que ce virus n’est pas la cause du sida. C’est faire fausse route : les révisionnistes sont, par définition, imperméables aux arguments de la raison. La vérité est que cette publication est d’une toute autre portée, virologique, médicale, culturelle et écologique. C’est une publication éminemment politique.

Fringantes mémoires

Nous gardons tous approximativement en mémoire la date de l’émergence officielle d’une maladie qui ne portait pas encore le nom de syndrome d’immunodéficience acquise. Nous entrions alors, fringants, dans les années 1980. C’était un phénomène étrange, empruntant à l’homosexualité masculine, au sang, à la toxicomanie et à l’hémophilie. Avec, dans le paysage, Haïti.

Il fallut quelque temps pour que l’on réfute l’hypothèse toxique et que s’impose la causalité virologique. Puis quelque temps encore avant que la paternité de la découverte de l’agent causal soit tranchée. Trente ans plus tard, tout cela apparaît comme d’un autre âge. Une histoire en noir et blanc marquée, à la fin du millénaire, par la découverte de molécules antivirales dont l’association a fait reculer le mal sans en éradiquer les causes premières. Le sida n’est pas le fléau définitif qui fut parfois annoncé. C’est une nouvelle pathologie devenue endémique, notamment en Afrique, désormais classée aux côtés du paludisme et de la tuberculose. C’est un fléau qui se normalise.

Génération spontanée

On se doutait bien que le VIH existait avant l’été 1981, qu’il n’était pas apparu ex nihilo dans la communauté homosexuelle des grandes cités américaines. Des enquêtes avaient été menées. Beaucoup visaient l’Afrique et une origine animale, simiesque. Un franchissement de la barrière d’espèce dans des conditions mal éclairées. Aujourd’hui, octobre 2014, nous changeons radicalement de focale avec le travail international, dirigé par Nuno R. Faria et Philippe Lemay (Université de Louvain) – travail formidable publié dans Science.

Ce travail élargit la problématique dans le temps et dans l’espace. Il établit des liens jusqu’ici ignorés (ou jamais démontrés) entre les continents. Il montre comment ce virus (et sans doute bien d’autres) ne progresse que dans le sillage des activités et des inventions humaines. Il décrit la lente diffusion internationale du VIH à partir du Congo belge (devenu Zaïre puis, aujourd’hui, République démocratique du Congo). Avec comme plate-forme la capitale, Kinshasa, dès les années 1920. Bientôt un siècle, dont les trois-quarts dans la plus grande discrétion.

Lumières moléculaires

Seule la génétique moléculaire parvient à brosser un tableau à ce point éclairant. Les auteurs (belges, français, américains, britanniques, portugais et espagnols) de la publication de Science ont séquencé et analysé les plusieurs centaines d’échantillons de VIH-1 prélevés au siècle dernier, au Zaïre et dans différents pays. Ces échantillons étaient conservés au Laboratoire national américain de Los Alamos (Nouveau-Mexique). Ils ont ainsi pu remonter le temps et compléter ce qui apparaît comme un formidable arbre généalogique se déplaçant dans l’espace.

«Nous avons rassemblé les différentes pièces de ce puzzle afin de pouvoir établir où et quand ce virus était passé de son réservoir animal à l’homme, résume Martine Peeters (Laboratoire rétrovirus, Institut de recherche pour le développement, Université de Montpellier), cosignataire de l’article. Ce passage du singe à l’homme s’était sans doute produit à plusieurs reprises sans qu’une épidémie se déclenche, le virus restant cantonné à la forêt, mais il s’est trouvé au bon endroit au bon moment, et l’épidémie a démarré.»

Chimpanzés camerounais

Il semble désormais génétiquement établi que la souche à l’origine de la pandémie était présente sur des chimpanzés vivant dans le sud-est du Cameroun. Bien établi aussi que, dans les années 1920, une ou plusieurs personnes devenues porteuses du virus (on évoque toujours ici l’hypothèse d’une blessure de chasseur) ont voyagé jusqu’à Kinshasa, une agglomération de grande taille qui allait devenir le premier foyer de l’épidémie.

C’est en 1937 que le précurseur de l’actuel VIH-1 pandémique commence à être présent à Brazzaville, la capitale de l’ancienne colonie française du Congo, située de l’autre côté du fleuve du même nom. A la même époque, le virus se dissémine à d’autres grandes villes de l’actuelle République démocratique du Congo, et ce au sud-est de Kinshasa. Ce sera Lubumbashi, puis Mbuji-Mayi en suivant la voie ferroviaire qui traverse le pays. Puis ce sera via la voie fluviale que le virus gagnera Bwamanda et Kisangani, dans le nord-est du pays.

Midi à sa porte

Il faudra ensuite compter, dans les années 1960, avec la présence d’Haïtiens venus travailler au Congo-Kinshasa, pays qui venait d’accéder à l’indépendance. Le virus se retrouvera en Haïti. Puis aux Etats-Unis, tandis qu’il diffusait dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne. La suite est (plus ou moins) connue.

Le site Slate.fr (Jean-Marie Pottier) s’est pour sa part intéressé à ce qu’ont retenu les médias anglo-saxons de cette publication :

  • Les pratiques alimentaires de l’époque :si le virus a pu passer du chimpanzé à l’homme, c’est parce que l’animal était chassé pour sa chair par des hommes, qui ont ensuite «probablement ramené le VIH» avec eux à Kinshasa, écrit The Independent.
  • Le développement des transports dans l’Afrique coloniale :«Quand le virus est arrivé, Kinshasa était en plein boom. C’était la plus grande ville de la région et celle qui connaissait la croissance la plus rapide», écrit le Guardian. «Le chemin de fer développé par la Belgique voyait un million de personnes passer par la ville chaque année et disséminer le virus dans les régions alentour», comme Brazzaville ou les mines du Katanga, pointe la BBC. A l’époque, Kinshasa s’appelait Léopoldville et était la capitale du Congo belge.
  • Une industrie du sexe en pleine expansion :«Un grand nombre de travailleurs mâles arrivaient en ville, déséquilibrant le rapport entre les sexes dans une proportion de deux hommes pour une femme et conduisant à une explosion du sexe tarifé», écrit la BBC. A ce facteur s’ajoute un phénomène médical : dans les cliniques qui traitaient les MST à l’époque, les injections se faisaient souvent à l’aide de seringues non stérilisées.
  • Les migrations internationales :de nombreux travailleurs haïtiens étaient présents au Congo belge, noteThe Independent. Leur retour au pays y a amené le virus, qui a ensuite pu diffuser aux Etats-Unis.

Depuis sa découverte, le virus VIH a infecté environ 75 millions de personnes au total dans le monde, dont environ la moitié sont mortes de cette infection.

Ebola entre en scène

Comment, en octobre 2014, ne pas être tenté de faire un parallèle avec Ebola, virus identifié pour la première fois au Zaïre en 1976 ? «Il existe un parallèle entre les deux épidémies, souligne Martine Peeters, mais personne ne s’attendait à ce que le virus Ebola sorte et se transmette aussi vite, beaucoup plus vite que le VIH. Il faut dire que les voies de transmission ne sont pas les mêmes, celles-ci étant plus faciles pour Ebola, et que l’incubation est nettement plus courte que pour le VIH.»

Pas de conclusions. Il est une autre urgence: l’aveuglement collectif qui commence face à Ebola. Le refus de voir la réalité africaine. Le refus de comprendre la nécessité vitale qu’il y a à aider le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée dans leur combat contre ce virus. La culpabilité qui sera la nôtre si nous nous bornons à contrôler, dans l’aube de Roissy, la température des passagers  en provenance de Conakry.

A demain


[1] Faria NR, et al. The early spread and epidemic ignition of HIV-1 in human populations. Science 2014;346:56-61.

Une version de ce texte a initialement été publiée dans la Revue Médicale Suisse  Rev Med Suisse 2014;10:1938-1939

Ebola : devant les Nations-Unies, Barack Obama dénonce l’absence de réaction internationale

Bonjour

25 septembre 2014. Le président Barack Obama vient, devant les Nations_Unies, de prononcer un discours vibrant appelant à la mobilisation internationale contre l’épidémie ouest-africaine d’Ebola.  Le fait vient d’être rapporté par The New York Times et par The Washington Post.

The Independant a jugé utile de publier aussitôt  le texte de ce discours qui constitue d’ores et déjà une initiative sans précédent dans la lutte contre les épidémies.  Nous le reproduisons ci-dessous. En espérant qu’il sera bientôt traduit.

A demain

“Mr. Secretary General, thank you for bringing us together today to address an urgent threat to the people of West Africa, and a potential threat to the world. Dr. Chan; heads of state and government, especially our partners from Africa; ladies and gentlemen: as we gather here today, the people of Liberia, Guinea and Sierra Leone are in crisis. As Secretary-General Ban and Dr. Chan indicated, the Ebola virus is spreading at an alarming speed. Thousands of men, women and children have died. Thousands more are infected. If unchecked, this epidemic could kill hundreds of thousands of people in the coming months.

Ebola is a horrific disease. It’s wiping out whole families. And it has turned simple acts of love and comfort – like holding a sick friend’s hand, or embracing a dying child – into potentially fatal acts. If ever there were a public health emergency deserving of an urgent, strong and coordinated international response, this is it.

But this is more than a health crisis. This is a growing threat to regional and global security. In Liberia, Guinea and Sierra Leone, public health systems are near collapse. Economic growth is slowing dramatically. If this epidemic is not stopped, this disease could cause a humanitarian catastrophe across the region. In an era when regional crises can quickly become global threats, stopping Ebola is in the interests of the entire world.

The courageous men and women fighting on the front lines of this disease have told us what they need: more beds, more supplies, and more health workers, as fast as possible. Right now, patients are being left to die in the streets because there’s nowhere to put them and no one to help them. One health worker in Sierra Leone compared fighting this outbreak to “fighting a forest fire with spray bottles.” With our help, they can put out the blaze.

Last week, I visited the Centers for Disease Control and Prevention, which is mounting the largest international response in its history. I said that the world could count on America to lead – that we will provide the capabilities that only America has, and mobilize the world the way only America can. And I announced that, in addition to our civilian response, the United States would establish a military command in Liberia to support civilian efforts across the region

Today, that command is up and running. Our Commander is on the ground in Monrovia, and our teams are working as fast as they can to move in personnel, equipment and supplies. We’re working with Senegal to stand up an air bridge to get health workers and medical supplies into West Africa faster. We’re setting up a field hospital, which will be staffed by personnel from the U.S. Public Health Service, and a training facility, where we’re getting ready to train thousands of health workers from around the world. We’re distributing supplies and information kits to hundreds of thousands of families, so they can better protect themselves. And together with our partners, we’ll quickly build new treatment units across Liberia, Guinea and Sierra Leone, where thousands will be able to receive care.

Meanwhile, in just the past week, more countries and organizations have stepped up their efforts. So has the United Nations. Mr. Secretary General, the new U.N. Mission for Ebola Emergency Response that you announced last week will bring all the U.N.’s resources to bear in fighting the epidemic, and we thank you for your leadership.

This is progress, and it is encouraging. But we need to be honest with ourselves. It’s not enough. There’s still a significant gap between where we are and where we need to be. We know from experience that the response to an outbreak of this magnitude needs to be both fast and sustained – like a marathon, but run at the pace of a sprint. That’s only possible if every nation and every organization does its part. And everyone has to do more.

International organizations have to move even faster, and mobilize partners on the ground as only they can. More nations need to contribute critical assets and capabilities – whether it’s air transport, medical evacuation, health care workers, equipment, or treatment. More foundations can tap into their networks of support, to raise funding and awareness. More businesses, especially those with a presence in the region, can quickly provide their own expertise and resources, from access to critical supply chains to telecommunications. And more citizens – of all nations – can educate themselves on this crisis, contribute to relief efforts and call on their leaders to act. Everyone can do something. That’s why we’re here today.

And even as we meet the urgent threat of Ebola, it’s clear that our nations must do more to prevent, detect and respond tofuture biological threats – before they erupt into full-blown crises. Tomorrow in Washington, I will host 44 nations to advance our global health security. And we will work with any country that shares that commitment.

Stopping Ebola is a priority for the United States. We will continue to lead, and do our part. But this must also be a priority for the world. To my fellow leaders from Liberia, Sierra Leone and Guinea, to the people of West Africa, and to the heroic health workers racing to save lives – today, I want you to know that you are not alone. We are working urgently to get you the help you need. And we will not stop, we will not cease, we will not relent until we halt this epidemic, once and for all.

Thank you very much. »