Première mondiale: un enfant a été créé à partir de «trois parents». Impossible en France

 

Bonjour

C’est une belle exclu du New Scientist. « Exclusive: World’s first baby born with new “3 parent” technique ». Une première mondiale aussitôt reprise par la BBC : “First ‘three person baby’ born using new method”. Par The IndependentWorld’s first baby born using new ‘three-parent’ technique”. Ou par The Guardian:“World’s first baby born using three-parent IVF technique”. Pour l’heure les médias généralistes français ignorent, boudent ou minimisent cette information.

Résumons: un garçon est né le 6 avril dernier à Mexico après, pour la première fois au monde, été conçu à partir d’une technique inédite ; une technique destinée à prévenir la naissance d’enfants atteints de maladies mitochondriales. Les mitochondries sont des organites intracellulaires qui fonctionnent comme les usines à énergie et qui contiennent des fragments d’information génétique sous forme  d’ADN. Des altérations – transmissibles de manière héréditaire –  de cet ADN sont à l’origine de très nombreuses (mais très rares) affections touchant différents organes et fonctions. On estime que ces maladies mitochondriales transmises par la mère (via les mitochondries anormales présentes dans ses ovocytes)  affectent environ un enfant sur 6500 naissances.

Pour éviter cette transmission le spermatozoïde du futur père féconde in vitro un ovocyte « sain » d’une donneuse dont le noyau a été remplacé par le noyau d’un ovocyte de la future mère. L’embryon ainsi conçu a toutes les caractéristiques génétiques du couple parental à l’exception de l’ADN mitochondrial de la femme. D’où l’expression d’ « enfant à trois parents ». L’enfant a un ADN nucléaire (99,9% de tout l’ADN) venant du père et de la mère et l’ADN mitochondrial (0,1%) venant d’une femme donneuse. Pour autant l’ADN de l’enfant vient bien de trois personnes différentes.

Survie qui ne dépasse pas quelques années

Le Royaume-Uni avait, pour la première fois, donné son accord en décembre 2014 pour que de telles procréations puissent être effectuées dans le pays. Mais la première naissance a été enregistrée outre-Atlantique. Cette procréation expérimentale visait, dans une famille jordanienne à prévenir le risque de transmission d’un  syndrome de Leigh :

« Le syndrome de Leigh ou encéphalomyopathie nécrosante subaiguë est une maladie neurologique progressive caractérisée par des lésions neuropathologiques associant en particulier une atteinte du tronc cérébral et des ganglions de la base. Sa prévalence est estimée à 1/36 000 naissances. La maladie débute typiquement chez le nourrisson de moins d’un an mais il existe de rares cas de début tardif, jusqu’à l’âge adulte.

«  Parmi les premiers signes de la maladie on note souvent une hypotonie avec mauvaise tenue de la tête, une régression des acquisitions motrices, et des vomissements. Une atteinte pyramidale et/ou extrapyramidale, un nystagmus, des troubles de la commande ventilatoire, une ophtalmoplégie et une neuropathie périphérique sont ensuite fréquents. Le pronostic du syndrome de Leigh est très sévère avec une survie qui dépasse rarement quelques années après le début des symptômes. »

 L’équipe américaine qui a réalisé cette première est celle du  Dr John Zhang, directeur médical du Centre de fertilité New Hope à New York  spécialiste libéral bien connu dans le marché de la PMA et connecté dans de nombreux pays. Cette première, pour des raisons éthiques et législatives a été effectuée à Mexico, où tout ou presque est permis. D’ores et déjà au cœur d’une polémique le Dr Zhang et son équipe annoncent qu’ils répondront à toutes les interrogations  lors d’une réunion de l’American Society for Reproductive Medicine qui se tiendra en octobre. Spectacle garanti.

Impossible en France

Plusieurs données expérimentales incitent pourtant à la plus grande prudence, le risque principal résidant dans des altérations progressives des fonctions mitochondriales et une apparition retardée des symptômes de la maladie. Selon le New Scientist cinq embryons ont ainsi été créés mais un seul se serait  développé normalement aurait été  implanté in utero.

En France une telle approche ne serait pas autorisée: les couples concernés peuvent en revanche bénéficier de la procédure du diagnostic préimplantatoire – voir d’un don d’ovocytes; le tout intégralement pris en charge par la collectivité. Dans la première américano-mexico-jordanienne aucune précision n’a été donnée  sur le coût et les modalités de prise en charge. Aucune précision non plus sur les raisons qui ont permis au New Scientist de bénéficier de cette exclusivité.

A demain

Les actes pédophiles d’un prêtre catholique : nouvelle affaire judiciaire et de santé publique

Bonjour

Du Boston Globe à Lyon (Rhône), comme une très lointaine résonance hexagonale du film Spotlight 1. Au départ c’est un témoignage  que l’on peut trouver sur BFMTV . L’une des victimes d’agressions sexuelles d’un prêtre dans les années 1990 a décidé de porter plainte contre l’archevêque de Lyon, Mgr  Philippe Barbarin, primat des Gaules. Avec son association « La Parole libérée », il dénonce le fait que le cardinal Barbarin ait maintenu le prêtre pédophile dans ses fonctions en dépit de son passé. BFMTV:

« François Devaux a été victime d’agression sexuelle en 1990 par le père Bernard Preynat alors qu’il était jeune scout, âgé de 10 ou 11ans ; A l’époque, ses parents avertissent l’Eglise, le curé est alors affecté à d’autres fonctions. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais il y a quelques mois, le jeune père de famille découvre ce qu’est devenu son agresseur.

« Pour la première fois de ma vie, j’ai tapé sur Google le père Bernard Preynat et j’ai vu qu’il était doyen jusqu’en août 2015 et qu’il donnait des cours de catéchisme à des petits enfants », rapporte-t-il. Le lendemain, il contacte l’archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin qui a nommé le prêtre pédophile à ce ministère: « Je lui ai dit qu’il fallait qu’on fasse une communication main dans la main pour dénoncer ces erreurs qui ont été faites sur le diocèse de Lyon ». »

Secret bien conservé

Le cardinal lui répond alors avoir eu connaissance de faits d’agressions seulement en 2014 et avoir démis Bernard Preynat de ses fonctions l’année suivante. Mais dans une interview accordée au quotidien La Croix le primat des Gaules reconnaît qu’il avait été informé bien avant :

« Une personne qui avait grandi à Sainte-Foy-lès-Lyon m’a parlé des comportements du P. Preynat (antérieurs à 1991, NDLR) vers 2007-2008. J’ai alors pris rendez-vous avec lui pour lui demander si, depuis 1991, il s’était passé la moindre chose. Lui m’a alors assuré : ’Absolument rien, j’ai été complètement ébouillanté par cette affaire’’. Certains me reprochent de l’avoir cru… Oui, je l’ai cru : il n’était pas dans le déni, au contraire, il avait reconnu tout et tout de suite, dès 1991. J’ai consulté un spécialiste qui m’a expliqué que, dans ce genre de cas, les auteurs de tels faits restent dans le déni. J’avais vérifié que, depuis, on n’avait reçu ni plainte ni soupçon. J’observe d’ailleurs que plusieurs mois d’enquête de police n’ont conclu à aucun acte délictueux récent, ni même depuis 1991.

« Quand je suis arrivé à Lyon, je ne savais rien. Quand j’ai appris les faits, nous ne disposions alors d’aucune plainte. J’attends désormais la fin de la procédure civile. Si le procès se clôt en raison de la prescription, j’ouvrirai alors un procès canonique, car un jugement doit être rendu : pour cela, je demanderai à Rome que soit levée la prescription prévue par le droit canon. »

Des faits canoniquement prescrits

A la question de savoir pourquoi il n’avait pas lancé d’enquête canonique dès le début le cardinal Barbarin répond :

« Parce que les faits étaient canoniquement prescrits et qu’avant 2014, il n’y a pas eu de plaintes. Le cardinal Decourtray avait redonné sa confiance et un ministère au P. Preynat après l’avoir suspendu pendant six mois. Rien ne s’est passé par la suite, le cardinal Billé [archevêque de Lyon de 1998 à 2002, NDLR]  qui souhaitait le changer de paroisse en 1999, a pris avis auprès d’un avocat, m’a raconté le P. Preynat, et, en l’absence de nouvelles plaintes, il l’a nommé à Cours-la-Ville. Je n’ai pas remis en cause ce choix, consultant plusieurs personnes avant de le nommer curé en 2011.

C’est en 2014 que j’ai reçu, pour la première fois, une victime venue me raconter des faits aujourd’hui prescrits : j’ai écrit à Rome qui m’a conseillé de le suspendre de ses fonctions malgré les vingt-quatre années écoulées depuis les faits. Ce que j’ai fait.

«  J’ai interrogé le cardinal O’Malley [Président de la commission pontificale pour la protection des mineurs créée en 2013]  sur le sort des prêtres ayant commis des actes pédophiles anciens… Pour lui, ils doivent quitter le ministère, car à cause d’eux les gens ont perdu confiance dans l’Église (…) Mais je peux dire aussi que, depuis que je suis évêque, chaque fois qu’on m’a signalé un abus, j’ai réagi dans la seconde, suspendu le prêtre et alerté la justice : c’est arrivé à Lyon en 2007 et en 2014. Avec le P. Preynat, la situation est bien différente, car il s’agissait de faits anciens pour lesquels il n’y avait jamais eu de plainte, ni aucun indice de récidive. Ma seule préoccupation est qu’aucun mal ne soit plus jamais commis. »

Une défense « périlleuse et problématique »

François Devaux préside aujourd’hui l’association « La Parole libérée ». Fondée en décembre dernier, elle regroupe les personnes qui auraient été victimes du père Bernard Preynat, mis en examen le 27 janvier pour «agressions sexuelles sur mineurs de moins de quinze ans par personne ayant autorité». « Les faits (reconnus par l’accusé) se seraient produits entre 1986 et 1991 dans le cadre d’un groupe de scouts d’une paroisse de Sainte-Foy-lès-Lyon » résume Libération. Ce quotidien juge la ligne de défense du cardinal Barbarin « périlleuse et très problématique ».  Après son interview à la Croix, l’archevêque de Lyon s’est retranché dans un silence total. «Il ne parlera pas avant le procès», a expliqué à Libération son directeur de cabinet.

Revient ainsi en mémoire l’affaire Pierre Pican, évêque de Bayeux, qui avait été condamné, en septembre 2001, à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation des agissements pédophiles d’un prêtre de son diocèse, René Bissey. A l’époque, le curé avait été condamné à dix-huit ans de réclusion. « La condamnation d’un évêque pour non dénonciation était une première mondiale dans l’histoire de l’Eglise catholique, croit se souvenir Libération. Au moment de ce scandale, l’épiscopat français avait tenté de corriger le tir dans la gestion très hasardeuse des affaires de pédophilie. Selon des spécialistes de ce dossier, la vigilance se serait, ces dernières années, relâchée. »

Double fatalité

L’affaire de Lyon coïncide, fatalité, avec la sortie en France du film »Spotlight » qui met en scène la volonté journalistique qui pu révéler, à Boston puis aux Etats-Unis, l’ampleur des actes de pédophilie commis par des prêtres catholiques – actes volontairement cachés par la hiérarchie.

Mais l’affaire de Lyon coïncide aussi, autre fatalité, avec la révélation par la presse anglo-saxonne  d’un document signé par un prêtre français hautement controversé, Tony Anatrella, prêtre catholique et psychothérapeute, conseiller de l’un des services du Vatican ; un document affirmant qu’il n’y avait aucune obligation pour la hiérarchie catholique d’informer les autorités judiciaires des affaires d’agression sexuelles sur mineurs dont ils auraient pu avoir connaissance. Slate.fr : « Pour le Vatican, en cas d’abus de prêtres sur mineurs, les évêques ne sont pas tenus de contacter la police ».

Cette résurgence de la position traditionnelle de la hiérarchie catholique a suscité une tempête dans la presse anglo-saxonne (The Independant, The Guardian). On n’observe étrangement pas, pour l’heure, le vent se lever en France.

A demain

1 A lire, dans La Croix : « Le diocèse de Lyon face au passé d’un prêtre pédophile ». A lire dans Lyon Capitale : « Lyon : un site met en lumière l’affaire du prêtre accusé de pédophilie »

 

 

Ebola : le virus est présent dans le sperme d’hommes a priori guéris. Que faut-il en conclure?

Bonjour

Le chaud et le froid. Deux séries de nouvelles interrogations alors que l’épidémie ouest-africaine marque le pas de manière spectaculaire. Une infirmière britannique réinfectée alors qu’on la tenait pour guérie. Une présence démontrée dans le sperme longtemps après l’obtention de la guérison. Soit, en d’autres termes, une physiopathologie à compléter et de nouvelles questions de santé publique à travailler.

L’infirmière, Pauline Cafferkey, est hospitalisée depuis le 9 octobre dans une unité spéciale du Royal Free Hospital de Londres. Dix mois après avoir été déclarée guérie elle présente une pour une complication tardive et inhabituelle de l’infection par le virus Ebola – une méningo-encéphalite, dit-on. Les spécialistes sont comme incrédules.  « Ebola nurse Pauline Cafferkey critically ill in deterioration that shocks experts”(The Guardian); “Ebola nurse Pauline Cafferkey’s rapid decline after being ‘cured’ leaves experts staggered” (The Independent) L’infirmière Pauline Cafferkey entre la vie et la mort” (Paris Match)

Démonstration de la transmission

Ce cas coïncide avec la publication dans le  New England Journal of Medicine » de deux publications elles aussi a priori inquiétantes. L’une démontre la persistance au-delà de 9 mois du virus dans le sperme d’hommes apparemment guéris :  ’Ebola RNA Persistence in Semen of Ebola Virus Disease Survivors — Preliminary Report’ ; l’autre sur l’existence moléculairement démontrée d’un risque de transmission : ‘Molecular Evidence of Sexual Transmission of Ebola Virus’’. Des informations reprises par la BBC : « Ebola lingers in semen for nine months ». On observera que les spécialistes et les institutions françaises sont totalement absents de ces deux publications réunissant pour l’essentiel des auteurs américains et ouest-africains.

Ces publications ont aussitôt été relayées par une mise au point de l’OMS sous la forme d’un communiqué de presse :  « Preliminary study finds that Ebola virus fragments can persist in the semen of some survivors for at least nine months ». L’organisation onusienne souligne que ces données, établies en Sierra Leone, surviennent alors que l’épidémie est sur le point d’être maîtrisée. Elle évoque aussi les nouveaux problèmes de santé publique que soulève la démonstration de cette nouvelle possibilité de contamination, via des relations sexuelles, chez des hommes tenus pour guéris et donc non contagieux.

26% à neuf mois

« Cette étude fournit une preuve supplémentaire que les survivants ont besoin d’un soutien continu substantiel pour les douze prochains mois afin de répondre à ce défi et d’assurer leurs partenaires qu’ils ne sont pas potentiellement exposés au virus », a déclaré Bruce Aylward, représentant spécial pour la réponse Ebola du directeur général de l’OMS. Concrètement quatre-vingt trois hommes de plus de 18 ans de Freetown ont fourni un échantillon de sperme qui a été testé pour détecter la présence de matériel génétique du virus Ebola. Ces volontaires avaient été contaminés entre deux et dix mois avant l’étude.  Tous les hommes testés dans les trois premiers mois étaient positifs (9/9; 100%). Plus de la moitié des hommes (26/40; 65%) qui ont été testés entre quatre à six mois étaient positifs. Et un quart (11/43; 26%) de ceux testés entre sept à neuf mois l’étaient aussi. Tous les volontaires ont été informés des résultats. On leur a prodigué des conseils et fourni des préservatifs.

Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) américains poursuivent ce travail et reconnaissent ne pas pouvoir founir d’explications claires sur les différences observées. « Les survivants d’Ebola sont confrontés à un nombre croissant de problèmes de santé, a déclaré Tom Frieden, directeur des CDC. Cette étude fournit de nouvelles informations importantes au sujet de la persistance du virus Ebola dans le sperme et nous aide à faire des recommandations aux survivants et à leurs proches pour les aider à rester en bonne santé. »

Masturbation comprise

Et maintenant ? Tous les survivants de sexe masculin à l’épidémie d’Ebola dans les trois pays africains touchés vont-ils être testés et recevoir les informations nécessaires pour prévenir les risques de contamination sexuelle ? Depuis mai dernier l’OMS donne des « recommandation intérimaires sur la transmission sexuelle de la maladie à virus Ebola ». L’OMS recommande que tous les survivants testent leur sperme à partir de 3 mois après le début de la maladie. Pour ceux qui sont positifs, un test par mois est ensuite conseillé jusqu’à ce que le sperme soit négatif par 2 fois à au moins une semaine d’intervalle. Jusqu’à ces deux tests négatifs, l’OMS recommande l’abstinence sexuelle ou le port de préservatifs, une bonne hygiène des mains, après masturbation comprise. :

« Si un homme ayant survécu à Ebola n’a pas eu d’analyse du sperme, il doit poursuivre les pratiques sexuelles à moindre risque pendant au moins six mois après l’apparition des symptômes ; cette durée pourra être revue en fonction des nouvelles informations disponibles sur la présence du virus Ebola dans le sperme en fonction du temps écoulé.

Jusqu’à ce que leur sperme ait été donné par deux fois avec  un test négatif à la recherche du virus Ebola, les hommes qui ont survécu à la maladie doivent respecter les règles d’hygiène personnelle et celles pour les mains en se lavant soigneusement à l’eau et au savon après tout contact physique avec du sperme, y compris après la masturbation. Au cours de cette période, les préservatifs usagés doivent être manipulés et jetés avec précaution, de façon à éviter tout contact avec le liquide séminal.

Tous les survivants, leurs partenaires et leur famille doivent être considérés avec respect, dignité et compassion »

Dix mille survivants

« Il y a plus de 10 000 survivants à l’épidémie d’Ebola. On est en train de découvrir la maladie à distance de la phase aiguë. La possibilité d’une persistance et d’une réactivation virales pose beaucoup de questions, explique le Pr Éric Delaporte, de l’Institut de Recherche pour le Développement et en charge du suivi de la cohorte en Guinée cité par Le Quotidien du Médecin (Irène Drogou). Il semble bien exister une clairance du virus au fil du temps. Même si la transmission sexuelle par des survivants avec du virus persistant est une possibilité, cela semble rare ».

A demain

Immigration: la dictature hypnotisante de l’émotion ; une confession de Libération

Bonjour

3 septembre 2015. Tant et tant de mots sur une photo. Ainsi, donc, le cliché insoutenable d’un enfant mort sur le sable de l’ancienne Halicarnasse grecque – devenue Bodrum turque – à un vol d’oiseau de l’Union européenne. Une photographie devenue historique en  quelques heures.

Pourquoi ? Comment ? Quel alignement des comètes médiatiques a présidé à cette déferlante ? Un cliché iconique, à la fois insoutenable et soutenu. Une photographie hypnotique quand  l’argentique a disparu. Un vertige auto-amplifié. Une repentance cristallographiée.

Les mots peuvent-ils aider à comprendre ? Il faut l’espérer. Dans Libération daté du 4 septembre Didier Péron tente un décryptage. Il explique que cette photographie a été prise par la reporter Nilüfer Demir de l’agence turque Dogan News. Il ajoute qu’une vidéo de la situation avait aussi été mise en ligne par la même agence : « On  y voit des flics s’activant sur le lieu d’un drame et non, comme ici, ce bloc silencieux que la perspective profonde des vagues et le trait du rivage au fond enserre dans une plénitude douloureuse ».

Contagion des larmes

Didier Péron : « Chacun veut croire, soudain, qu’une image, une seule, possède le pouvoir magique de faire basculer les opinions occidentales tétanisées par la hantise d’invasion de migrants. Et qu’elle peut, par la contagion des larmes et de la honte, prêter aux différents gouvernements européens ce génie du bon accueil qui leur a jusqu’ici cruellement manqué.

Les réseaux sociaux ont amplifié ces phénomènes de olas virtuelles où chaque individu est comme traversé par une même onde électrisante d’émotion synchrone. Plus de 1 000 noyés en une semaine en avril dans les eaux méditerranéennes, 71 cadavres de migrants en décomposition dans un camion abandonné en Autriche : personne, aucun parti, aucun organe de presse, aucun citoyen, ne peut ignorer les situations atroces qui se multiplient depuis des mois.

Cependant, de même qu’il faut de longues séances de psychanalyse au névrosé non pas pour «connaître» mais bien «prendre conscience» de la gravité des maux qui le rongent, il faut à l’inconscient collectif le choc d’une identification pour que cesse une forme d’insensibilité statistique ou de fatalisme courroucé. »

Ondes électrisantes

Peut-on être également traversé de ces ondes électrisantes et tenter de résister à l’insupportable car asphyxiante dictature de l’émotion ? La question s’impose en France plus qu’ailleurs : les médias traditionnels n’ont pas, ce matin (et à la différence de nombreux médias européens), relayé ce cliché ; les politiques l’ont aussitôt fait à leur place et, depuis, ces médias battent leur coulpe. Qui a tort ? Qui a raison ? En cette fin de journée le cliché semble avoir gagné : le gouvernement français s’est réuni en urgence et on entend parler de nouvelles mesures franco-allemandes en faveur de ceux qui cherchent refuge dans l’Union européenne. Et demain ?

Autant qu’à l’émotion l’heure est une nouvelle fois au désarroi. Les médias français citent en exemple-modèle leurs homologues anglais qui, eux, ont tous ou presque publié le fameux cliché. Louanges un peu rapides. Pour sa part Slate.fr (Vincent Manilève) souligne fort justement « l’obscène hypocrisie des tabloïds conservateurs anglais ».

«Si ces images extraordinairement puissantes d’un enfant syrien mort échoué sur une plage ne changent pas l’attitude de l’Europe face aux réfugiés, qu’est-ce qui le fera ?» clame The Independent. « Peut-être faudra-t-il cette photo pour que l’Europe ouvre les yeux » éditorialise majestueusement Le Monde. Peut-être. Peut-être pas.

Napalm

« Cette image peut réveiller les consciences, comme toutes celles qui ont marqué l’histoire. La petite fille brûlée au napalm prise par le photojournaliste Nick Ut en 1972 avait, par exemple, eu un impact terrible à l’époque » rappelle Alain Mingam, photojournaliste  interrogé par Libération. Certes. En 1972 la petite fille était brûlée mais vivante. Elle fuyait l’horreur d’une guerre. En 2015 le petit garçon est mort.

Les mots peuvent-ils aider à comprendre – à dépasser l’émotion hypnotique ? Il faut l’espérer. Et lire Libé :

« Mais, il faut, hélas !, aussi pouvoir interrompre la ferveur que suscite l’icône pour en interroger les implicites. Car si ce garçonnet mort marque une limite, comme si ce spectacle obligeait à un sursaut moral tant l’intolérable était désormais atteint, on peut se demander si les clichés, largement diffusés, de grappes de migrants juchés sur des bateaux, agrippés à des grilles, d’individus coursés par des flics mais aussi de cadavres de victimes adultes éparpillés sur d’autres grèves, étaient, de fait, de mauvais objets, des mauvais passeurs d’émotion. » (Didier Péron)

Flottement

Il faudra aussi, dans Libération, lire le billet de Johan Hufnagel, directeur en charge des éditions : « Pourquoi nous n’avons pas publié la photo d’Aylan ». C’est une peu banale « explication faite aux lecteurs».

En cas de flottement c’est un exercice bien difficile que de raconter les coulisses aux spectateurs. La plupart des responsables fuient devant l’épreuve. Tel n’est pas le cas ici.  Libé brise la glace et en sort comme grandi.

A demain

Maladie d’Alzheimer : le surprenant retour sur la scène du solanezumab d’Eli Lilly. A quel prix ?

Bonjour

L’affaire fait les gros titres de la presse britannique et américaine. C’est notamment le cas du New York Times (Andrew Pollack) , de la BBC (James Gallagher) ou de The Independant (Charlie Cooper). Rien de tel en France où les médias généralistes ne semblent guère intéressés. Le reflet d’une allergie sévère à l’industrie pharmaceutique et aux conflits d’intérêts ? Les effets d’un discours récurrent aux limites du mensonge quant à l’efficacité et à l’innocuité des médicaments proposés contre la maladie d’Alzheimer ?

Petit espoir

Résumons. L’affaire concerne le solanezumab , un anticorps monoclonal de la firme américaine Eli Lilly. Il aurait « ralenti la progression des symptômes de la maladie d’Alzheimer chez des personnes souffrant d’une forme modérément avancée de la maladie ». Ces observations « pourraient marquer la première avancée contre cette dégénérescence incurable ». Ce serait là un « petit espoir ». Ces personnes « auraient préservé la plupart de leurs capacités cognitives par rapport à des groupes ayant pris un placebo ».

L’information a été donnée par le groupe pharmaceutique Eli Lilly à partir de ses propres résultats à l’Alzheimer’s Association International Conference (AAIC) qui vient de se tenir à Washington. C’est là une information qui vient contredire les résultats négatifs présentés en 2012 au terme de deux larges essais cliniques .

Fin du placebo

Une sous-analyse des résultats observés chez les personnes qui étaient à un stade précoce de la maladie montraient que le solanezumab  lassait toutefois quelques espérances quant au maintien des capacités cognitives. Ces éléments avaient poussé Eli Lilly a poursuivre les essais cliniques pendant deux ans dans ce groupe. Eli-Lilly a proposé aux patients sous placebo de débuter un traitement par solanézumab et à ceux déjà sous traitement de le poursuivre. Dans cette extension de l’étude, les participants ont été suivis deux années supplémentaires. Plus de 650 personnes dans chaque bras.

« Ces données suscitent une lueur d’espoir « dans un domaine où il y a eu tant de déceptions » a déclaré au Quotidien du Médecin  le Dr Catherine Thomas-Antérion (Clémentine Wallace) responsable de l’unité de neuropsychiatrie au CHU de Saint-Étienne (qui n’a pas participé à l’étude). Le médicament agit sur une des causes directe de la maladie – la protéine amyloïde. C’est le premier médicament à modifier l’évolution de la maladie. Les patients qui ont commencé le traitement en différé ont également montré un effet positif, mais ils ne rattrapaient pas le niveau de performance de ceux qui ont commencé le traitement avant eux. Ça veut dire que plus on commence tôt, plus on est efficace. »

Enormité économique

Cette spécialiste ajoute : «  Certes ce n’est pas un traitement qui va guérir, mais on n’attendait pas ça. C’est un traitement qui peut possiblement infléchir l’évolution du déclin cognitif, si les patients le prennent tôt. Ils gagneront peut-être en qualité de vie ou en délais d’institutionnalisation. Si vous gagnez même six mois en qualité de survie, c’est énorme au niveau médico-économique. Dans ce cadre, ça vaut le coup de rembourser une molécule chère parce que ça a un impact important. »

Le discours est connu, les dés sont jetés. On attend la suite. Et le prix à payer.

A demain

«E-cig au chanvre»: l’affrontement prend une tournure nettement plus politique

Bonjour

La cigarette électronique au cannabis qui n’en contient pas. Une version remastérisée du couteau sans lame. C’était une anecdote, cela devient une affaire. Une affaire politique et de santé publique. L’empressement de Marisol Touraine à annoncer une interdiction de l’objet a bouleversé la donne. Une petite initiative commerciale a pris soudain une ampleur politique inattendue. Une question circonscrite à la problématique des risques inhérents à la consommation de cannabis a soudain intéressé toutes celles et ceux qui, directement ou non, sont concernés par la cigarette électronique. Un phénomène boule de neige dans le champ du tabagisme et des addictions.

Ivresses cannabiques

Sous réserve d’inventaire on est bien ici dans l’erreur politique. Certains spécialistes en stratégie vont jusqu’à parler de faute. En toute hypothèse il faut lire l’analyse éclairée que vient de faire sur ce sujet le Dr William Lowenstein, président de SoS addictions : « La ministre, le chanvre électronique et l’ivresse cannabique »

Ce sont là des commentaires que Marisol Touraine, ministre de la Santé, trouvera sans doute injustes – elle qui n’a voulu, en s’exprimant le 16 décembre sur RTL, que réaffirmer l’opposition du gouvernement Valls à toute forme de relâchement dans l’interdiction officielle de la consommation de cannabis. Elle vient de récidiver, ce 17 décembre, sur France 2. « Depuis deux ans et demi j’ai fait preuve d’une grande fermeté pour faire reculer les addictions, pour aider ceux qui sont addictifs à un produit à décrocher, a-t-elle dit. Ce n’est pas, aujourd’hui, pour regarder une offensive sur une cigarette électronique avec du cannabis se commercialiser tranquillement. »

Grande fermeté

S’ils ne le sont pas déjà, ces propos vont être analysés et commentés chez les soignants spécialisés dans les différentes formes d’addictions – des spécialités par définition éminemment politiques sinon politisés. Il est possible que la « grande fermeté pour faire reculer les addictions » évoquée par la ministre de la Santé ne se soit guère traduite dans les faits et dans les chiffres.

Et pourquoi, une nouvelle fois, parler de « cigarette électronique avec du cannabis » ? Pourquoi tant de passion ? Pourquoi déformer à ce point la réalité ? On en viendrait presque, au fil du temps, à imaginer que l’objet cigarette électronique cristallise une forme inexpliquée, irrationnelle, d’opposition chez la ministre de la Santé.

KanaVape nous parle

Dans le même temps les créateurs de KanaVape –les auteurs de l’offensive que Mme Touraine entend contrer juridiquement – déplacent le combat sur le terrain politique.  Ces judokas viennent ainsi de dénoncer « l’inaction » du gouvernement quant à la réduction des risques liés au cannabis. « Quand Marisol Touraine déclare qu’il y a là un problème de santé publique, elle a raison mais le problème n’est pas KanaVape. Le problème est l’inaction du gouvernement sur la politique de réduction des risques liés au cannabis, ainsi que le manque de recherches médicales sur l’utilisation des cannabinoïdes en France » déclarent-ils dans un communiqué.

Effet placebo

Rappelons que Mme Touraine voit ici « une incitation à la consommation de cannabis » quand les fabricants  soulignent que la seule variété de chanvre utilisée « est autorisée à la culture et à l’utilisation industrielle et commerciale, notamment parce qu’elle contient moins de 0,2% de THC » (tétrahydrocannabinol), le principal principe actif du cannabis.»

En pratique le e-liquide utilisé contient une autre substance « cannabinoïde » : le cannabidiol ou CBD qui est, selon les promoteurs, un produit  « non-euphorisant » et « relaxant ». Ce qui, au-delà de l’effet placebo, reste à démontrer.

 Homologue britannique

« Dans ces conditions, le reproche qui nous est fait de ‘’provoquer  l’usage illicite de stupéfiants’’  procède d’un amalgame qui vise à dénaturer notre produit » menace la société KanaVape. Une société  qui affirme s’inscrire « dans le développement du marché des cigarettes électroniques permettant une réduction des risques ».

Où sont, ici, les défenseurs de la santé publique ?  On apprend (The Independant) que la cigarette objet du litige débarquera demain sur le marché du Royaume Uni. Il sera intéressant d’observer ce que fera, ou pas, l’homologue britannique de Marisol Touraine.

A demain

Sida : comment avons-nous pu être aveugle pendant plus d’un demi-siècle ?

Bonjour

Octobre 2014 : Ebola nous crève les yeux. Et nous apprenons dans le même temps (dans Science) que le VIH existe (dans l’espèce humaine) depuis 1920. Près d’un siècle. Et plus d’un demi-siècle d’aveuglement médical et scientifique.

Comment ? Comment ce virus est-il parvenu à déjouer la clinique et tous les instruments de vigilance biologique ? La lecture de la dernière publication de Science (1) sur le VIH-1 est troublante à bien des égards. Certains veulent y voir la démonstration que les révisionnistes ont tort quand ils continuent à affirmer que ce virus n’est pas la cause du sida. C’est faire fausse route : les révisionnistes sont, par définition, imperméables aux arguments de la raison. La vérité est que cette publication est d’une toute autre portée, virologique, médicale, culturelle et écologique. C’est une publication éminemment politique.

Fringantes mémoires

Nous gardons tous approximativement en mémoire la date de l’émergence officielle d’une maladie qui ne portait pas encore le nom de syndrome d’immunodéficience acquise. Nous entrions alors, fringants, dans les années 1980. C’était un phénomène étrange, empruntant à l’homosexualité masculine, au sang, à la toxicomanie et à l’hémophilie. Avec, dans le paysage, Haïti.

Il fallut quelque temps pour que l’on réfute l’hypothèse toxique et que s’impose la causalité virologique. Puis quelque temps encore avant que la paternité de la découverte de l’agent causal soit tranchée. Trente ans plus tard, tout cela apparaît comme d’un autre âge. Une histoire en noir et blanc marquée, à la fin du millénaire, par la découverte de molécules antivirales dont l’association a fait reculer le mal sans en éradiquer les causes premières. Le sida n’est pas le fléau définitif qui fut parfois annoncé. C’est une nouvelle pathologie devenue endémique, notamment en Afrique, désormais classée aux côtés du paludisme et de la tuberculose. C’est un fléau qui se normalise.

Génération spontanée

On se doutait bien que le VIH existait avant l’été 1981, qu’il n’était pas apparu ex nihilo dans la communauté homosexuelle des grandes cités américaines. Des enquêtes avaient été menées. Beaucoup visaient l’Afrique et une origine animale, simiesque. Un franchissement de la barrière d’espèce dans des conditions mal éclairées. Aujourd’hui, octobre 2014, nous changeons radicalement de focale avec le travail international, dirigé par Nuno R. Faria et Philippe Lemay (Université de Louvain) – travail formidable publié dans Science.

Ce travail élargit la problématique dans le temps et dans l’espace. Il établit des liens jusqu’ici ignorés (ou jamais démontrés) entre les continents. Il montre comment ce virus (et sans doute bien d’autres) ne progresse que dans le sillage des activités et des inventions humaines. Il décrit la lente diffusion internationale du VIH à partir du Congo belge (devenu Zaïre puis, aujourd’hui, République démocratique du Congo). Avec comme plate-forme la capitale, Kinshasa, dès les années 1920. Bientôt un siècle, dont les trois-quarts dans la plus grande discrétion.

Lumières moléculaires

Seule la génétique moléculaire parvient à brosser un tableau à ce point éclairant. Les auteurs (belges, français, américains, britanniques, portugais et espagnols) de la publication de Science ont séquencé et analysé les plusieurs centaines d’échantillons de VIH-1 prélevés au siècle dernier, au Zaïre et dans différents pays. Ces échantillons étaient conservés au Laboratoire national américain de Los Alamos (Nouveau-Mexique). Ils ont ainsi pu remonter le temps et compléter ce qui apparaît comme un formidable arbre généalogique se déplaçant dans l’espace.

«Nous avons rassemblé les différentes pièces de ce puzzle afin de pouvoir établir où et quand ce virus était passé de son réservoir animal à l’homme, résume Martine Peeters (Laboratoire rétrovirus, Institut de recherche pour le développement, Université de Montpellier), cosignataire de l’article. Ce passage du singe à l’homme s’était sans doute produit à plusieurs reprises sans qu’une épidémie se déclenche, le virus restant cantonné à la forêt, mais il s’est trouvé au bon endroit au bon moment, et l’épidémie a démarré.»

Chimpanzés camerounais

Il semble désormais génétiquement établi que la souche à l’origine de la pandémie était présente sur des chimpanzés vivant dans le sud-est du Cameroun. Bien établi aussi que, dans les années 1920, une ou plusieurs personnes devenues porteuses du virus (on évoque toujours ici l’hypothèse d’une blessure de chasseur) ont voyagé jusqu’à Kinshasa, une agglomération de grande taille qui allait devenir le premier foyer de l’épidémie.

C’est en 1937 que le précurseur de l’actuel VIH-1 pandémique commence à être présent à Brazzaville, la capitale de l’ancienne colonie française du Congo, située de l’autre côté du fleuve du même nom. A la même époque, le virus se dissémine à d’autres grandes villes de l’actuelle République démocratique du Congo, et ce au sud-est de Kinshasa. Ce sera Lubumbashi, puis Mbuji-Mayi en suivant la voie ferroviaire qui traverse le pays. Puis ce sera via la voie fluviale que le virus gagnera Bwamanda et Kisangani, dans le nord-est du pays.

Midi à sa porte

Il faudra ensuite compter, dans les années 1960, avec la présence d’Haïtiens venus travailler au Congo-Kinshasa, pays qui venait d’accéder à l’indépendance. Le virus se retrouvera en Haïti. Puis aux Etats-Unis, tandis qu’il diffusait dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne. La suite est (plus ou moins) connue.

Le site Slate.fr (Jean-Marie Pottier) s’est pour sa part intéressé à ce qu’ont retenu les médias anglo-saxons de cette publication :

  • Les pratiques alimentaires de l’époque :si le virus a pu passer du chimpanzé à l’homme, c’est parce que l’animal était chassé pour sa chair par des hommes, qui ont ensuite «probablement ramené le VIH» avec eux à Kinshasa, écrit The Independent.
  • Le développement des transports dans l’Afrique coloniale :«Quand le virus est arrivé, Kinshasa était en plein boom. C’était la plus grande ville de la région et celle qui connaissait la croissance la plus rapide», écrit le Guardian. «Le chemin de fer développé par la Belgique voyait un million de personnes passer par la ville chaque année et disséminer le virus dans les régions alentour», comme Brazzaville ou les mines du Katanga, pointe la BBC. A l’époque, Kinshasa s’appelait Léopoldville et était la capitale du Congo belge.
  • Une industrie du sexe en pleine expansion :«Un grand nombre de travailleurs mâles arrivaient en ville, déséquilibrant le rapport entre les sexes dans une proportion de deux hommes pour une femme et conduisant à une explosion du sexe tarifé», écrit la BBC. A ce facteur s’ajoute un phénomène médical : dans les cliniques qui traitaient les MST à l’époque, les injections se faisaient souvent à l’aide de seringues non stérilisées.
  • Les migrations internationales :de nombreux travailleurs haïtiens étaient présents au Congo belge, noteThe Independent. Leur retour au pays y a amené le virus, qui a ensuite pu diffuser aux Etats-Unis.

Depuis sa découverte, le virus VIH a infecté environ 75 millions de personnes au total dans le monde, dont environ la moitié sont mortes de cette infection.

Ebola entre en scène

Comment, en octobre 2014, ne pas être tenté de faire un parallèle avec Ebola, virus identifié pour la première fois au Zaïre en 1976 ? «Il existe un parallèle entre les deux épidémies, souligne Martine Peeters, mais personne ne s’attendait à ce que le virus Ebola sorte et se transmette aussi vite, beaucoup plus vite que le VIH. Il faut dire que les voies de transmission ne sont pas les mêmes, celles-ci étant plus faciles pour Ebola, et que l’incubation est nettement plus courte que pour le VIH.»

Pas de conclusions. Il est une autre urgence: l’aveuglement collectif qui commence face à Ebola. Le refus de voir la réalité africaine. Le refus de comprendre la nécessité vitale qu’il y a à aider le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée dans leur combat contre ce virus. La culpabilité qui sera la nôtre si nous nous bornons à contrôler, dans l’aube de Roissy, la température des passagers  en provenance de Conakry.

A demain


[1] Faria NR, et al. The early spread and epidemic ignition of HIV-1 in human populations. Science 2014;346:56-61.

Une version de ce texte a initialement été publiée dans la Revue Médicale Suisse  Rev Med Suisse 2014;10:1938-1939