2013 : le coronavirus « moyen-oriental » et le Sras de 2003

C’est aujourd’hui une équation majeure de santé publique. C’est aussi l’une des plus délicates à aborder d’un point de vue politique et médiatique. L’OMS se tait. Publications allemande et française dans The Lancet. Etat actualisé du dossier à la veille du « petit pèlerinage » vers l’Arabie saoudite

On ne plaisante plus. Le nouveau coronavirus qui circule depuis plusieurs mois dans la Péninsule arabique est désormais connu sous le nom de MERS-CoV(Middle East respiratory syndrome coronavirus). Une précision géographique que n’avait pas connue, il y a précisément dix ans, le Sras asiatique. Pourquoi ?  L’OMS fait état d’une soixantaine de cas recensés dont plus de la moitié ont connu une issue fatale. Il a été formellement identifié en Arabie saoudite, au Qatar, aux Emirats Arabes Unis et en Jordanie. Il l’a également été chez des personnes de retour de ces pays en Tunisie, au Maroc, en France, en Italie, au Royaume-Uni et Allemagne. L’OMS souligne que des transmissions locales ont été observées dans plusieurs pays, dont la France. La transmission interhumaine n’est donc plus une simple hypothèse.

Anatomie et physiopathologie du cas de Munich

En dépit de recherches intenses, de nombreuses incertitudes demeurent quant aux mécanismes grâce auxquels ce nouveau virus parvient à tuer une proportion élevée des personnes qu’il infecte. Un groupe de chercheurs allemands publient dans The Lancet Infectious Diseases la première description complète d’un cas mortel. Le Pr Christian Drosten (Institut de virologie du Centre médical universitaire  de Bonn) et ses collègues se sont attachés à comprendre ce qui s’est passé chez un homme âgé de 73 ans hospitalisé  pour une détresse respiratoire compliquée d’un insuffisance rénale puis d’un choc septique terminal. En voyage à Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis), ce malade est mort dix jours après son hospitalisation à la  Klinikum Schwabing de Munich.

Le MERS-CoV a été détecté dans les échantillons de fluide bronchique, les concentrations virales les plus élevés étant retrouvées dans les échantillons provenant des voies respiratoires inférieures. Ce virus était également présent dans les échantillons urinaires et dans les selles. Il n’a pas été retrouvé dans le sang. L’analyse comparée des génomes a permis d’établir l’existence de liens de parentés avec les MERS-CoV circulant actuellement au Qatar et aux Emirats Arabes Unis.

Cibles rénales ?

La grande question de santé publique internationale concerne les similitudes virologiques pouvant exister ou non entre le MERS-CoV et leSRAS-CoV. Ce dernier avait, entre mars et juillet 2003 provoqué à partir de Hong Kong une épidémie mondiale de syndrome respiratoire aigu sévère; soit au total plus de 8.000 cas probables ou confirmés et 774 décès dans 25 pays à travers cinq continents. Seule une coopération internationale exemplaire avait permis de contenir l’extension de ce phénomène, en l’absence de thérapeutique efficace.

Benoît Guery (CHU de Lille) et Sylvie van der Werf (Institut Pasteur de Paris) commentent l’hypothèse allemande selon laquelle les reins des personnes infectées pourraient être la cible principale de ce virus. Sa présence dans les urines est-elle ou non un facteur de mauvais pronostic comme en témoigne le cas allemand avec apparition rapide d’un choc septique et d’une défaillance multi-viscérale fatale ?

Généalogies virales

Les virologues allemands ont également comparé les résultats des analyses effectuées du génome viral avec ceux des quatre autres génomes déjà connus de ce virus et établi l’existence de liens de parentés avec les MERS-CoV circulant actuellement au Qatar et aux Emirats Arabes Unis. Ils datent l’émergence de cette nouvelle souche virale à la mi-2011, soit un avant son premier isolement en Jordanie.

Pour les spécialistes français, ce que l’on sait de la chronologie de l’épidémie de Sras peut laisser penser que l’on est aujourd’hui dans la phase initiale de l’épidémie de MERS-CoV. Le moment est venu selon eux d’élaborer des essais thérapeutiques pour tenter de garder une longueur d’avance sur le génie pathologique de ce nouveau virus. Pour l’heure, l’interféron-alpha (associé ou non à la ribavirine) semble être un candidat prometteur comme en témoignent deux publications récentes. D’autres options sont à l’étude comme des inhibiteurs de la protéase principale ou des anticorps monoclonaux. « Une recherche collective devrait tirer ici les leçons du SRAS et user des données disponibles pour garder une  longueur d’avance sur l’épidémie, soulignent les Prs Guéry et van der Werf. Un protocole thérapeutique unique, fondé sur celui décrit dans le cadre ISARIC/WHO, est nécessaire pour identifier quelles sont les meilleures stratégies d’intervention. »

Extension imminente ?

Les autorités saoudiennes craignent désormais officiellement une extension imminente de l’épidémie: des milliers de pèlerins sont attendus à partir du 9 juillet à La Mecque pour le «petit pèlerinage», en attendant le «grand», en octobre. Aucune restriction aux voyages internationaux n’a été annoncée. Pour l’heure, l’OMS demande aux autorités sanitaires nationales «de rester vigilantes».  Mais encore ? Un dépistage du MERS-CoV est recommandé chez tous les voyageurs récemment revenus du Moyen-Orient et chez lesquels on observe les signes d’une infection respiratoire et intestinale.

Ce billet reprend en partie une chronique publiée sur Slate.fr