Surprenant : Zika peut se loger au sein même des spermatozoïdes des hommes infectés

Bonjour

Le trouve-t-on parce qu’on le cherche ? Est-ce là une donnée physiopathologique inquiétante ? Est-ce spécifique à Zika ? Toujours est-il qu’il faut désormais compter avec les résultats problématiques obtenus par une équipe française. Ils sont publiés sous la forme d’une lettre scientifique sur le site de The Lancet Infectious Diseases. 1 Ce travail est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs de l’Inserm, du CNRS, des hospitalo-universitaires de l’université Toulouse III – Paul Sabatier et du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Toulouse. Il vient compléter les différentes observations et publications faisant état de la présence persistance du virus Zika dans le sperme et ce jusqu’à 6 mois après l’infection.

Aujourd’hui les chercheurs français ne font pas que confirmer cette possible longue persistance dans le sperme : au-delà de 130 jours, soit plus de 4 mois. Ils révèlent en outre la présence du virus à l’intérieur même des spermatozoïdes.  Le cas rapporté est celui d’un homme de 32 ans de retour de Guyane française avec des symptômes évocateurs d’une infection par le virus Zika : fièvre modérée, éruption cutanée, douleurs musculaires et articulaires.

Rapports sexuels protégés

Le virus Zika est alors détecté dans le plasma et l’urine de cet homme –et ce deux jours après le début de la symptomatologie. Des échantillons de sperme (11 échantillons au total), de sang (10) et d’urine (5) ont été prélevés et analysés sur une durée totale de 141 jours. Après analyses les chercheurs découvrent que le virus Zika a été retrouvé dans tous les échantillons jusqu’au 37ème jour.

Au-delà de cette période le virus est détecté uniquement dans le sperme où il persiste jusqu’à plus de 130 jours, alors que le patient se porte bien. Ce résultat pu être confirmé chez deux autres patients pour lesquels le virus a persisté de 69 à 115 jours dans le sperme. Les facteurs influençant cette variation de durée d’un individu à l’autre sont inconnus. Et dès le diagnostic porté, ces patients se sont d’ailleurs vus conseiller d’avoir des rapports sexuels protégés.

Mais les chercheurs français sont allés plus loin : ils ont ensuite analysé le sperme du patient et a examiné par différentes techniques de microscopie les spermatozoïdes qu’il renferme. « Nous avons détecté la présence du virus Zika à l’intérieur d’environ 3.5% des spermatozoïdes de ce patient »  explique Guillaume Martin-Blondel, chercheur à l’Inserm au Centre de physiopathologie Toulouse Purpan (Inserm/CNRS/Université Toulouse III – Paul Sabatier) et médecin dans le service des Maladies Infectieuses et Tropicales du CHU de Toulouse.

Liquide séminal

Les chercheurs expliquent que dans le cas d’autres virus sexuellement transmissibles (le VIH notamment) le virus reste “collé” à la surface du spermatozoïde. Dans le cadre d’une fécondation in vitro, il est donc possible de « laver » les spermatozoïdes dans le cas de d’hommes infectés par le VIH souhaitant procréer. Or ceci semble a priori  exclu pour les spermatozoïdes issus de patients positifs pour le virus Zika. Il reste cependant encore à déterminer le caractère « actif » du virus Zika présent dans les spermatozoïdes, ainsi que la capacité de ces spermatozoïdes à transmettre l’infection –étant bien entendu que le virus peut également être présent dans le liquide séminal.

Pour l’Inserm l’analyse de ce cas a (et aura) des répercussions importantes pour la prévention de la transmission sexuelle de ce virus – dont les modalités restent aujourd’hui inconnues. Ces observations soulèvent par ailleurs de nombreuses interrogations quant à la nécessité d’inclure la recherche de virus Zika lors du contrôle des dons de spermatozoïdes dans les centres de fertilité.

A demain

1Zika virus in semen and spermatozoa” Jean Michel Mansuy, Elsa Suberbielle, Sabine Chapuy-Regaud, Catherine Mengelle, LouisBujan, Bruno Marchou, Pierre Delobel, Daniel Gonzalez-Dunia, Cécile E Malnou, Jacques Izopet, Guillaume Martin-Blondel

DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S1473-3099(16)30336-X

 

L’ombre de Zika s’étend sur une partie du globe. Les avions prennent la place des moustiques

 

Bonjour

Zika plane. Soixante-dix ans plus tard le virus va-t-il revenir en force sur le sol qui a vu l’homme le découvrir (Ouganda, 1947) ? Les premières projections modélisées concernant la progression de ce pathogène viennent d’être publiées dans The Lancet Infectious Diseases :  “Potential for Zika virus introduction and transmission in resource-limited countries in Africa and the Asia-Pacific region: a modelling study”. Un travail financé par des fonds publics américains et canadiens. D’où il ressort qu’un tiers de l’humanité vit dans des pays où Zika dispose de considérables réservoirs humains de propagation.

 « Environ 2,6 milliards de personnes vivent dans des régions d’Afrique et d’Asie-Pacifique où les espèces locales de moustiques et des conditions climatiques appropriées rendent la transmission du Zika théoriquement possible », souligne le Dr Kamran Khan (St Michael’s Hospital, Toronto) de Toronto, principal auteur de l’étude.

Les liens de l’Angola et du Brésil

Les pays les plus concernés sont l’Inde (où 1,2 milliard de personnes pourraient être exposées au risque infectieux), la Chine (242 millions), l’Indonésie (197 millions), le Nigéria (178 millions), le Pakistan (168 millions) et le Bangladesh (163 millions). Le Vietnam, les Philippines, la Thaïlande sont également directement concernés – au même titre que la République démocratique du Congo, la Tanzanie ou encore le Soudan. Un des pays les plus menacés serait l’Angola  (où sévit une épidémie de fièvre jaune) en raison de ses liens économiques et culturels  avec le Brésil. Le virus Zika a également été identifié au Cap-Vert ainsi, plus récemment, qu’en Guinée Bissau.

Les chercheurs sont parvenus à ces chiffres spectaculaires en tenant compte du nombre de voyageurs en provenance des pays touchés, des conditions climatiques, des densités de population et de l’efficacité des systèmes de soins. « Les températures plus élevées dans l’hémisphère nord (où les moustiques sont plus actifs) augmentent le risque de nouveaux foyers hors des Amériques » estiment les auteurs.  Ces derniers ont travaillé avant l’apparition d’une transmission autochtone sur le sol des Etats-Unis et à Singapour, à un moment où la transmission était effective dans quarante pays d’Amérique centrale et du Sud ainsi que dans les Caraïbes.

Populations « naïves »

Différentes modélisations ont été réalisées à partir de scénarios des vecteurs Aedes aeqypti et Aedes albopictus. Les vecteurs Aedes africanus ou Aedes Hensilli n’ont pas été retenus. Le nombre de voyageurs arrivant en Afrique et en Asie-Pacifique en provenance de pays touchés a été intégré afin d’identifier les pays les plus à risque d’importation. Où l’on prend conscience, une nouvelle fois, du puissant rôle de disséminateur de pathogènes  joué par les déplacements aériens.

La grande question est ici de savoir si les populations potentiellement concernées par cette nouvelle épidémie sont ou non immunologiquement « naïves » vis-à-vis de cette infection virale. Une autre est de savoir ce qu’il en sera de l’exacte proportion de transmissions par voie sexuelle et sanguine. Et des mesures préventives qui pourront, ou non, être prises.

A demain

 

Zika peut franchir le placenta. L’énigme microcéphalique reste entière. Les rumeurs progressent

Bonjour

La quête se poursuit, la cartographie virale se complète. Dans une publication de The Lancet Infectious Diseases 1 des chercheurs brésiliens expliquent avoir identifié la présence  du virus Zika dans le liquide amniotique de deux femmes enceintes. Ce travail a été mené chez deux femmes enceintes âgées de 27 et 35 ans vivant dans l’Etat de  Paraiba, dans la région Nordeste. Ces deux femmes avaient présenté des symptômes évocateurs d’une infection par le virus Zika au premier trimestre de leur grossesse. Des échographies pratiquées vers la 22e semaine avaient permis d’identifier une microcéphalie fœtale.

Une amniocentèse (28ème semaine) permit ensuite de confirmer la présence de Zika et d’exclure les autres virus potentiellement véhiculés par Aedes Aegypti de même que le VIH, le cytomégalovirus, la rubéole, la syphilis et l’herpès.  Présent dans le liquide amniotique Zika ne fut pas retrouvé dans le sang ou les urines des deux femmes.  Le séquençage du virus a d’autre part permis d’établir qu’il était très proche de la souche qui a circulé en Polynésie Française en 2013 ; une circulation qui, a posteriori, avait pu être associée (sans lien de causalité) à des cas de malformations neurologiques fœtales.

Barrière placentaire

Cette observation est signée d’une équipe dirigée par le Dr Ana M B de Filippis,  spécialiste des flavivirus à l’Institut Oswaldo Cruz (Rio de Janeiro). Elle s’ajoute à celles qui ont préalablement conclu à la présence du virus Zika dans la salive, le lait maternel et l’urine et le sperme. Elle s’ajoute aussi à celles, plus récentes, concluant à la présence du virus  dans des tissus cérébraux fœtaux malformés : « Zika et microcéphalies : dernières nouvelles du front. La causalité encore et toujours en question ». Elle laisse penser, enfin, que le virus peut franchir la barrière placentaire. Mais encore ?

« Cette étude ne peut pas déterminer si le virus Zika identifiés dans ces deux cas, était bien la cause des microcéphalies. Tant que  nous ne comprenons pas le mécanisme biologique reliant le virus Zika à la microcéphalie nous ne pouvons pas être certains que l’un entraîne l’autre, et d’autres recherches sont nécessaires de toute urgence » commente le Dr de Filippis. Une conclusion que partagent les deux auteurs, français et suisse, qui signent un commentaire associé à cette publication 2.

Conspirationnisme

Cette prudence scientifique, et l’impossibilité de conclure quant à la causalité coïncident avec le développement de rumeurs concernant l’origine de l’épidémie de Zika et, corolaire, les moyens à mettre en œuvre pour la combattre. On voit ainsi émerger des théories d’essence conspirationniste concernant l’usage d’insecticides  ou des frayeurs non dénuées de fondements vis-à-vis de l’usage qui pourrait être fait de nuages de moustiques génétiquement modifiés  “ Conspiracy Theories About Zika Spread Through Brazil With the Virus” (The New York Times).

De ce point de vue la lutte contre Zika se double d’un autre combat, tout aussi redoutable, concernant la gestion (présente et à venir) de cette crise épidémique par les autorités sanitaires et politiques.

A demain

1 “Detection and sequencing of Zika virus from amniotic fluid of fetuses with microcephaly in Brazil: a case study” Lancet Infect Dis 2016 Published Online February 17, 2016

2 “Zika virus: time to move from case reports to case control” Lancet Infect Dis 2016  Published Online February 17, 2016

Cet éditorial est signé de Didier Musso (Unit of Emerging Infectious Diseases, Institut Louis Malardé, Papeete, Tahiti, French Polynesia ) et de David Baud (Department Femme-Mère-Enfant, Maternity, University Hospital, Lausanne, and Institute of Microbiology, Faculty of Biology and Medicine, University of Lausanne and University Hospital, Lausanne).

 

Des souches du VIH sont devenues résistantes à l’un des deux composés du Truvada®

Bonjour

Mauvaise nouvelle en provenance des terres africaines. C’est une information scientifique et sociétale. On la trouve dans  The Lancet Infections Disesases : Global epidemiology of drug resistance after failure of WHO recommended first-line regimens for adult HIV-1 infection: a multicentre retrospective cohort study”. On la trouve aussi, reprise, sur le site de la BBCHIV becoming resistant to key drug, study finds”. Pour l’heure les médias généralistes français ne semblent pas s’y intéresser.

L’affaire est simple autant qu’inquiétante : des souches de VIH deviennent résistantes au ténofovir, médicament antirétroviral couramment utilisé pour lutter contre l’infection par le VIH mais aussi, depuis peu, pour la prévenir. Financé par le Wellcome Trust le travail a été mené par le groupe international d’étude Tenores auprès de 1926 patients de trente-six  pays après l’échec du traitement entre 1998 et 2015. Les prévalences de la résistance au ténofovir sont les plus  élevées en Afrique subsaharienne (de l’ordre de 60% contre 20% sur le Vieux Continent).

Extrêmement préoccupant

Ce travail étudie aussi les conditions et les circonstances d’apparition de cette résistance.  Pour le Dr Ravindra Grupta (UCL, département des maladies infectieuses, Londres) auteur principal de ce travail, ces résultats sont «extrêmement préoccupants». Les failles dans l’observance du traitement pourraient expliquer ce phénomène de résistance

« Le ténofovir est un élément essentiel de notre arsenal thérapeutique contre le VIH, il est donc extrêmement inquiétant de voir un tel niveau élevé de résistance à ce médicament, a déclaré le Dr Grupta à la BBC.  Ce travail  suggère également que les souches de VIH devenues résistantes au ténofovir peuvent être transmises de personne à personne lors de relations sexuelles. « Nous ne pouvons certainement pas écarter la possibilité que des souches résistantes peuvent se propager entre les personnes. Nous menons actuellement des études pour obtenir une image plus détaillée de la façon dont ces souches résistantes se développent et diffusent »  ajoute le Dr Gupta.

Trop tôt pour s’inquiéter?

Ténofovir ? On retrouve cet antirétroviral associé à l’emtricitabine dans le Truvada® , médicament utilisé chez les personnes infectées par le VIH mais aussi chez celles qui, exposées au risque de transmission sexuelle, souhaitent avoir recours à cette méthode médicamenteuse de prévention. Après une série de travaux et quelques controverses le Truvada® est depuis peu disponible, en France, dans cette indication. Il est aussi pris en charge par la Sécurité sociale. On estime que  plusieurs dizaines de milliers de personnes pourraient être concernées par cette « prophylaxie pré-exposition ».

Février 2016. Posons la question : est-il trop tôt pour s’inquiéter de l’émergence de ces résistances, des conditions de leur diffusion et des mesures à prendre pour ne pas aider, fort malencontreusement,  à leur diffusion ?

A demain

Dans l’ombre d’Ebola, les flambées mortelles du paludisme. L’OMS à nouveau sur la sellette

Bonjour

Le silence médiatique  ne doit pas faire illusion : en Guinée et en Sierra Leone l’épidémie d’Ebola n’est pas terminée – voir le dernier bilan épidémiologique de l’OMS Et rien ne permet de penser que la maladie ne va pas, à l’avenir, sévir sur un mode endémique dans cette région occidentale du continent africain.

France absente

Pour l’heure c’est une autre dynamique épidémique qui inquiète quelques médias. A commencer par la BBC. En amont c’est une publication de The Lancet Infectious Diseases. C’est un travail dirigé par le Dr Mateusz M Plucinski (CDC d’Atlanta) mené par des spécialistes américains et guinéens. Un travail où (comment ne pas le remarquer puisqu’il s’agit de la Guinée…) la France est totalement absente.

Selon ce travail les établissements de soins guinéens ont, en 2014 et par rapport aux années précédentes,  accueilli environ 74.000 cas de paludisme de moins. Ce pourrait être une bonne nouvelle. Cela ne l’est pas : cette déflation  équivaut, durant cette période, à une hausse sensible du taux de mortalité du paludisme en Guinée. Combien de morts en plus, conséquence de la totale désorganisation des structures sanitaires du fait d’Ebola ? Aucun chiffre précis n’est avancé, mais le Dr Mateusz Plucinski, , a indiqué à l’AFP que les décès supplémentaires dus au paludisme étaient « vraisemblablement beaucoup plus importants que ceux provoqués par le virus Ebola ».

Peur des centres de traitement

L’épidémie a touché de plein fouet le personnel soignant, conduit à la fermeture de certains centres, alors même que  les centres ouverts ont été largement désertés par les malades – et ce par crainte d’une contamination. « Le paludisme est l’une des principales causes de fièvre et de consultation en Guinée mais nos données suggèrent que les personnes fiévreuses ont évité les centres de soins par peur de contracter Ebola ou d’être envoyés dans des centres de traitement Ebola », explique encore le Dr Plucinski.

Dans les districts guinéens touchés par l’épidémie Ebola, le nombre total des soignants a diminué de 25% en 2014 et le nombre de ceux en charge du paludisme à moins de la moitié. Au plus fort de l’épidémie d’Ebola le nombre des malades recevant des traitements antipaludéens oraux a baissé de 24% (et de 30% pour les traitements injectables). Les baisses les plus importantes ont été enregistrées après la troisième vague de l’épidémie qui a débuté en août 2014, avec un nombre global de consultations pour paludisme inférieur de 42% par rapport à la situation précédent l’épidémie.

Ruptures de moustiquaires

La Guinée n’est pas particulièrement visée. Selon le Dr Plucinski, le même phénomène a probablement aussi eu lieu en Sierra Leone et au Liberia. « Selon des travaux de modélisation publiés en avril dernier dans The Lancet, le paludisme aurait fait 11.000 morts supplémentaires dans les trois pays, rappelle l’AFP. 3.900 autres décès avaient par ailleurs été attribués aux ruptures d’approvisionnement en moustiquaires dans ces mêmes pays.

Dans un commentaire associé à la publication américano-guinéenne   Franco Pagnoni et Andrea Bosman (Organisation mondiale de la Santé, Genève) revienenent sur les dernières directives de l’OMS pour la prévention du paludisme dans les zones Ebola touchées. « Pour restaurer la crédibilité de la prestation des services de santé dans la population, il est important que les activités spécifiques à Ebola (comme la traçabilité et les enterrements sécurisés, soient accompagnées par la prestation des services de santé standards, tels que la distribution de moustiquaires à imprégnation durable, la vaccination (…) »

Crédibilité

Restaurer la crédibilité ?  Ce commentaire est  intitulé “Malaria kills more than Ebola virus disease”. Il vient, incidemment et cruellement, rappeler la responsabilité majeure, l’incurie, de la direction générale de l’OMS dans la gestion de cette épidémie.

A demain

Ebola : l’épidémie semble commencer à refluer, les connaissances progressent

Bonjour

Un début d’espoir, enfin ? Une série d’informations chiffrées convergentes laissent penser que l’épidémie ouest-africaine d’Ebola aurait atteint son point culminant. Les dernières données de l’OMS vont en ce sens. On peut les consulter ici. On peut également voir ici le traitement que fait la BBC (James Gallagher) du sujet, les médias généralistes anglo-saxons assurant un bien meilleur suivi de la situation africaine que leurs homologues français.  Le président sierra-léonais Ernest Bai Koroma a d’autre part annoncé, le 22 janvier, la levée des mesures de quarantaine.

Instituts Pasteur

La BBC reprendra-t-elle le travail à paraître  dans The Lancet Infectious Diseases (1) mené par des chercheurs des Instituts Pasteur de Dakar et de Paris. C’est un travail quelque peu ingrat (rarement médiatisé) mais à bien des égards essentiel et, ici, remarquable. Les auteurs  sont parvenus à « reconstruire » les chaînes de transmission du virus Ebola et leur contexte, au sein de la capitale guinéenne ; Et ce entre février et août 2014. Ces données, explique-t-on auprès de Pasteur,  « mettent en évidence l’impact positif des mesures de contrôle sur l’évolution de l’épidémie mais soulignent les défis à surmonter pour contenir cette épidémie dans les grands centres urbains ».

Funérailles contaminantes

Ce long et patient travail d’enquête, mené par des équipes de l’Institut de Dakar et de partenaires locaux auprès des patients, de leurs familles et de leurs voisins – un travail qui a permis de mesurer la transmission d’Ebola entre individus dans différents contextes et à différents moments de l’épidémie. « En mars, les transmissions lors de funérailles représentaient 15%, et celles à l’hôpital 35% de toutes les transmissions, résument les chercheurs. Ces proportions ont ensuite respectivement chuté à 4% et 9% à partir d’avril, quand des funérailles sécurisées ont été mises en place et qu’un centre de traitement a été ouvert. Les chercheurs ont également établi que les malades hospitalisés infectaient en moyenne deux fois moins de personnes dans la communauté que les autres. Ces données montrent que la majorité des transmissions se sont faites dans la famille ou la communauté et que le renforcement des mesures de contrôle et d’isolement des malades a permis de ralentir substantiellement la progression de l’épidémie de Conakry. »

Chaînes de transmission

Ces mesures ont été insuffisantes pour stopper complètement l’épidémie :  trois pics épidémiques ont été observés de février à août : le premier (le 24 février) a été dû à l’introduction à Conakry d’un cas provenant d’une autre ville du centre de la Guinée (Dabola), le deuxième (le 24 mars) à des cas non déclarés par leur famille, et le troisième (le 30 juin) à une introduction d’un cas provenant de la Sierra Leone. Les chaînes de transmission initiées à Conakry ont d’autre part été exportées vers d’autres territoires en Guinée. Voir ici une traduction graphique.

Défis à surmonter

Par ailleurs les enquêtes couplées à l’analyse des échantillons biologiques confirment que plus la virémie est élevée chez un malade, plus le nombre de personnes qu’il risque de contaminer est important. En révélant les conditions de transmission, ces analyses soulignent les défis à surmonter pour contrôler cette épidémie dans les grands centres urbains et devraient permettre d’adapter les réponses sur le terrain. Les données épidémiologiques ici apportées pourront être prochainement corrélées avec celles issues du séquençage des souches prélevées sur place depuis le début de l’épidémie – souches en cours d’analyse par les chercheurs du Réseau International des Instituts Pasteur.

Comme un début d’espoir. Enfin.

A demain

(1) “Chains of transmission and control of Ebola Virus Disease in Conakry, Guinea in 2014”, The Lancet Infectious Diseases, 23 janvier 2015 Ousmane Faye, Pierre-Yves Boëlle, Emmanuel Heleze, Oumar Faye, Cheikh Loucoubar, N’Faly Magassouba, Barré Soropogui, Sakoba Keita, Tata Gakou, El Hadji Ibrahima Bah, Lamine Koivogui, Amadou Alpha Sall, Simon Cauchemez.

Ces chercheurs travaillent dans les unités et institutions suivantes : Arbovirus and viral hemorrhagic fever Unit, Institut Pasteur de Dakar ; INSERM, UMR-S 1136, Institut Pierre Louis d’Epidemiologie et de Sante Publique, Paris ; Sorbonne Universités, UPMC Univ Paris 06, UMR-S 1136, Institut Pierre Louis d’Epidemiologie et de Santé Publique, Paris ; World Health Organization ; Projet de fièvres hémorragiques de Guinée, Université Gamal Abdel Nasser, Conakry, Guinée, Ministry of Health, Conakry, Guinée ;  Service des maladies infectieuses, Hopital Donka, Conakry, Guinée ;  Institut National de Santé Publique de Guinée, Conakry, Guinée ;  Mathematical Modelling of Infectious Diseases Unit, Institut Pasteur, Paris.

Après l’ivresse du Mondial, les larves du Brésil

Bonjour

Passées les ivresses de la Coupe, à quoi faut-il s’attendre? Des spécialistes de la médecine des voyages et des maladies infectieuses ont voulu répondre à cette question et leurs réponses peuvent intéresser les centaines de milliers de personnes (joueurs et arbitres compris) qui ont fait le voyage au Brésil entre les 12 juin et 13 juillet. Et ces réponses n’ont rien de bien rassurant, comme on peut le lire dans la dernière livraison de la revue Clinical Infectious Diseases.

Dirigée par Mary E. Wilson (Harvard School of Public Health, Boston) et Eli Schwartz (Tel Aviv University), une équipe de chercheurs a travaillé avec le réseau mondial de surveillance des maladies tropicales GeoSentinel. Elle disposait ainsi d’une base de données sans équivalent, données collectées sur les voyageurs malades pendant et au retour de voyage sur les six continents par des centres spécialisés de médecine tropicale. Elle a ainsi eu accès aux informations contenues dans les dossiers de 1.586 personnes vues dans un de ces centres (entre juillet 1997 et mai 2013) après un voyage au Brésil (et uniquement dans ce pays).

Il faut ici compter avec les risques d’infections locales endémiques ainsi qu’avec les infections secondaires inhérentes aux grands rassemblements humains –à commencer par les infections sexuellement transmissibles. A quelles pathologies devra-t-on penser? Dans le registre infectieux (maladies sexuelles mises à part), trois familles dominent.

1.Les atteintes dermatologiques (40% des diagnostics)

La maladie la plus fréquemment diagnostiquée au retour du Brésil est due à la contamination de l’organisme par une larve cutanée migrante («dermatite rampante» ouLarva migrans). Cette infection parasitaire est le plus souvent contractée lors de fréquentation des plages (les larves Ancylostoma sont présentes dans plus de 30% des échantillons de certaines plages). Suivent la myiase (due à des larves de mouche) et latungiase (causée par la mouche des sables, Tunga penetrans).

 2.Les maladies gastro-intestinales (25% des diagnostics)

Dans plus de 50% des cas de diarrhées aiguës ou chroniques, aucun agent pathogène n’a pu être mis en évidence. Sinon, les deux principaux pathogènes décelés étaient la giardiase ou labliase et le campylobacter. La giardase est une maladie «féco-orale» et la parasitose intestinale la plus répandue dans le monde. Elle est due au protozoaire Giardia intestinalis (ou Giardia lamblia) et constitue une cause importante de diarrhée du voyageur.

Les auteurs mentionnent aussi quinze cas de strongyloïdose intestinale (ou anguillulose) et onze cas de bilharziose (ou «dermatite du nageur»).

3.Les syndromes fébriles (19% des diagnostics)

Il s’agit le plus souvent de dengue et de paludisme, maladie virale transmise par les piqûres d’un moustique (Aedes aegypti). Or, ce moustique est répandu dans les grands centres urbains et pique de jour. En mai dernier, des spécialistes espagnols et brésiliens avaient précisément mis en garde, dans The Lancet Infectious Diseases, contre un risque d’épidémie de dengue durant le Mondial.

Le paludisme persiste pour l’essentiel dans la zone amazonienne. Aucun cas de fièvre jaune n’a été diagnostiqué, cette maladie restant toutefois d’actualité dans certaines régions du Brésil.

A demain

Ce texte a initialement été publié sur le site Slate.fr