Politique et cruauté : il y aura bientôt des «lanceurs d’alerte» dans tous les abattoirs français

 

Bonjour

Comment le pouvoir politique allait-il réagir aux images animales, atroces, de L214 ? Le politique peut-il trouver une solution  à la question, philosophique autant que technique, de l’abattage sans cruauté, de l’humanisation des abattoirs de boucherie, de l’arrêt de la consommation humaine de viandes animales ?

Stéphane Le Foll a répondu. C’était ce matin, sur Europe 1. Une réponse doublement importante puisque M. Le Foll est à la fois ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement. Ecoutons-le :

« Il y aura une enquête sur tous les abattoirs. Il y a au niveau européen une réglementation qui prévoit des représentants pour la protection dans tous les abattoirs. Premier constat : il n’y a pas de représentants dans tous les abattoirs. Il y aura des représentants de la protection animale dans tous les abattoirs.

« Il y avait un représentant dans cet abattoir [l’abattoir de Mauléon-Licharre, dans les Pyrénées-Atlantiques, dont  les pratiques viennent d’être dénoncées par une vidéo de l’association L214] Pourquoi il n’a pas parlé ? Est-ce qu’il avait peur ? Est-ce qu’il y avait des pressions. Il y aura désormais une protection pour ces salariés. On va regarder ça jusqu’à leur donner le statut de ‘’lanceur d’alerte’’ pour qu’ils soient protégés et qu’ils puissent, dès que quelque chose ne va pas, le dire aux services vétérinaires. Je ne peux plus accepter que l’on passe des images comme cela régulièrement, avec des atrocités ».

Respecter et/ou imposer

« Lanceur d’alerte » ? Hier plus ou moins libertaire, la formule est aujourd’hui à la mode – et le concept en cours de recyclage politique et gouvernemental. « Lanceur d’alerte » est-il compatible avec  « fonctionnaire » ?

L’inoxydable Jean-Pierre Elkabbach évoque la piste, révolutionnaire, de l’arrêt de la consommation de viandes. « Il y a beaucoup de végétariens en France. C’est un choix que je respecte, répond Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et de la Pêche. Mais ils n’ont n’a pas non plus à imposer un choix culinaire et gastronomique à tout les autres (…) » M. Le Foll se souvient-il de la petite crise déclenchée, en octobre dernier, par l’annonce que l’OMS classait en catégorie « cancérogène » la viande rouge et des charcuteries ? Quelques heures seulement après la publication de cette étude sur le site deThe Lancet Oncology le ministre de l’Agriculture avait alors déclaré :

« Je ne veux pas qu’un rapport comme celui-là mette encore plus la panique chez les gens. Au delà d’un certain niveau de consommation on peut avoir un cancer. On le savait déjà. On peut et on doit consommer de la viande mais on doit le faire de manière raisonnable ». 

Evoquant les militants « anti-viandes » le porte-parole du gouvernement français a déclaré : « Ils ont raison sur un point, il n’est pas acceptable de voir ces images ! ». C’est une formule qui mériterait d’être  politiquement décryptée.

A demain

 

Viandes et cancers : les agences sanitaires et les politiques apparaissent comme tétanisés

Bonjour

Où sont passées les institutions sanitaires françaises en charge de l’alimentation et du cancer ? Pourquoi ce silence de l’Anses, de l’INCa, de l’INPES, de la DGS, de la HAS, de l’InVS ? Où sont l’Inserm et l’Inra ? Qui fait quoi dans les ministères concernés? Aucune mise au point, aucun commentaire, aucun recadrage. On laisse quelques médias rappeler que les activités des cigarettiers tuent infiniment plus d’humains que celles des charcutiers et les bouchers. Bouchers et charcutiers condamnés au silence sous peine d’être accusés de conflits d’intérêts.

L’annonce par l’OMS du caractère cancérogène de la consommation de charcuteries et de viandes rouges fait sensation mais les institutions sanitaires et responsables politiques gardent étrangement le silence. Au gouvernement seul Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture a tenté, bien maladroitement, de prendre la parole – et chacun de comprendre qu’il parle au nom de la défense d’un secteur, celui de l’élevage, confronté à de sérieuses difficultés. Dans le même temps Marisol Touraine, ministre de la Santé se tait – et aucun des services, aucune des agences dont elle a la tutelle, ne parle.

Sidération

Ce silence, cette sidération, cette tétanisation politique et scientifique sont d’autant plus surprenants que la classification du Centre international de  recherches sur le cancer (CIRC) peut aisément être critiquée, commentée, remise en perspective. Quant à l’absence de communication de la part des institutions spécialisées elle s’explique d’autant moins que l’affaire avait été éventée dès le 22 octobre par The Daily Mail, ce qui avait aussitôt  avait aussitôt suscité, depuis Lyon,  une mise au point du CIRC, conscient des enjeux médiatiques comme du poids symbolique planétaire de cette annonce par une agence de l’OMS.

Il faut ici rappeler que le CIRC n’est pas une autorité supra-gouvernementale.  C’est un organisme de recherche qui évalue les données disponibles sur les causes du cancer. A la différence des Agences sanitaire nationales ou européennes il ne formule pas de recommandations sanitaires en tant que telles. Pour autant  il est doté d’un certain prestige, ses travaux font autorité et les politiques nationales et internationales visant à réduire les risques de cancer s’appuient cependant souvent sur ses travaux (dénommés « monographies »).

« Manger de la viande tue »

Les gouvernements pourraient ainsi décider dès aujourd’hui d’imposer la mention du caractère cancérogène des produits carnés transformés à l’attention des consommateurs. Verra-t-on bientôt « Manger de la viande tue » comme on peut, depuis quelques années, lire « Fumer tue » sur tous les paquets de cigarettes ? Combien oseront  aller jusqu’à cette extrémité préventive ?

Pourquoi aujourd’hui ? Le CIRC avait décidé de traiter ce sujet en 2014, un comité consultatif international l’ayant alors jugé « hautement prioritaire ». « Cette recommandation était fondée sur des études épidémiologiques laissant entendre que les légères augmentations du risque de plusieurs cancers pouvaient être associées à une forte consommation de viande rouge ou de viande transformée, explique-t-on à Lyon. Bien que ces risques soient faibles, ils pourraient être importants pour la santé publique parce que beaucoup de personnes dans le monde consomment de la viande, et que la consommation de viande est en augmentation dans les pays à revenu faible et intermédiaire. » D’où ces conclusions formulées par un groupe de travail  composé de vingt-deux experts de dix pays différents -dont deux français. Ce travail fait aussi l’objet d’une publication conjointe dans The Lancet Oncology.

Bœuf, veau, porc, agneau, mouton, cheval et chèvre

Certaines agences sanitaires recommandent certes déjà de limiter la consommation de viande sans pour autant mettre en avant un accroissement du risque de pathologies cancéreuses. L’écho de la prise de position de l’agence de l’OMS est d’autant plus grand que son analyse de cancérogénicité englobe toutes les formes de consommation d’aliments d’origine animale. Ainsi quand le CIRC parle de « viande rouge » il faut entendre « tous les types de viande issus des tissus musculaires de mammifères comme le bœuf, le veau, le porc, l’agneau, le mouton, le cheval et la chèvre ». Pour ce qui est de la « viande transformée » (ou « produits carnés ») il s’agit  de l’ensemble des viandes « qui ont été transformées par salaison, maturation, fermentation, fumaison et autres processus mis en œuvre pour rehausser sa saveur ou améliorer sa conservation » :

« La plupart des viandes transformées contiennent du porc ou du bœuf, mais elles peuvent également contenir d’autres viandes rouges, de la volaille, des abats ou des sous-produits carnés comme le sang A titre d’exemples de viandes transformées, on trouvera les hot-dogs (saucisses de Francfort), le jambon, les saucisses, le corned-beef, les lanières de bœuf séché, de même que les viandes en conserve et les préparations et les sauces à base de viande. »

Produits de combustions

L’une des principales questions sanitaire et scientifique qui est de savoir si, comme dans le cas du tabac (et nullement de la cigarette électronique) le risque cancérogène est associé aux produits de combustion ? Les méthodes de cuisson à haute température génèrent en effet des composés qui peuvent contribuer au risque cancérogène. Pour autant leur rôle n’est pas encore parfaitement compris, estime le CIC.

« La cuisson à température élevée ou avec la nourriture en contact direct avec une flamme ou une surface chaude, comme dans le barbecue ou la cuisson à la poêle, produit davantage de produits chimiques cancérogènes (comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques et les amines aromatiques hétérocycliques). Cependant, le groupe de travail du CIRC ne disposait pas de suffisamment de données pour conclure si la façon dont la viande est cuite affecte le risque de cancer. De même le Groupe de travail du CIRC ne disposait pas de données pour répondre à la question du moindre risque  que pourrait représenter la viande crue. »

Tabac et amiante

En pratique la consommation de « viande rouge » a été classée comme probablement cancérogène pour l’homme (ce qui correspond au « groupe 2A »). Et ce sur la base  « d’indications limitées » provenant d’études épidémiologiques montrant des « associations positives » entre la consommation de viande rouge et le développement d’un cancer colorectal (ainsi, peut-être que des cancers de la prostate et du pancréas). En clair le lien de causalité est possible, voire probable mais nullement certain. En revanche la consommation de viande transformée a été classée comme cancérogène pour l’homme (soit le « groupe 1 »). Il existe, selon le CIRC des « indications convaincantes » de ce que « l’agent provoque le cancer chez l’homme » (cancer colorectal et peut-être  aussi cancer de l’estomac).

Or le tabac et l’amiante (et les gaz d’échappement des moteurs diesel) sont eux aussi classés dans le « groupe 1 ». On pourrait logiquement en conclure que consommer des charcuteries est aussi cancérogène que fumer du tabac et être exposé à de l’amiante ou à des gaz d’automobiles ? Ce serait une erreur, affirme-t-on au CIRC

« Certes la viande transformée a été classée dans la même catégorie que d’autres agents, causes de cancer, comme le tabagisme et l’amiante, mais cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont tous aussi dangereux. Les classifications du CIRC décrivent la force des données scientifiques sur un agent comme étant une cause de cancer, mais n’évaluent pas le niveau du risque. »

Cortège d’incertitudes

En dépit de ce cortège d’hypothèses et d’incertitudes le CIRC estime que le risque augmente généralement avec la quantité de viande consommée : chaque portion de 50 grammes de viande transformée consommée tous les jours augmente le risque de cancer colorectal de 18 % environ ; et une augmentation de 17% pour chaque portion de 100 grammes de viande rouge consommée par jour.

Comparer les charcuteries et le tabac ? C’est possible. L’agence de l’OMS cite aussi « les estimations les plus récentes du Global Burden of Disease » (organisme de recherche universitaire indépendant) avance le chiffre de 34 000 décès par cancer par an environ dans le monde « imputables à une alimentation riche en viandes transformées ». « La consommation de viande rouge n’a pas encore été établie comme cause de cancer, ajoute l’agence de l’OMS Toutefois, si la causalité des associations rapportées était prouvée, le projet GBD a estimé que les régimes riches en viande rouge pourraient être responsables de 50 000 décès par cancer par an à travers le monde. » Soit une fraction infime du million de décès par cancer par an environ à l’échelle mondiale imputables à la consommation de tabac (600 000 à la consommation d’alcool, et plus de 200 000 à la pollution atmosphérique).

Devenir végétarien ?

L’agence de l’OMS souligne que les régimes végétariens et les régimes carnés ont des avantages et des inconvénients différents pour la santé mais avoue être bien incapable de répondre.  De même qu’elle est incapable de répondre à la question de savoir si un type de viande rouge serait moins dangereux qu’un autre. Même les modes de conservation peuvent entraînant la formation de substances cancérogènes (comme des composés N-nitrosés) ne peuvent, scientifiquement, être accusés.

Où l’on voit les limites des interprétations qui peuvent être faites de ce travail assez touffu de classification des substances cancérogènes potentielles. Les difficultés ne sont pas nouvelles. Il y a précisément deux ans le CIRC avait annoncé des chiffres catastrophiques de mortalité prématurée du fait le la pollution atmosphérique. Avant de reconnaître que  «le risque de cancer pulmonaire associé à la pollution atmosphérique est comparable à celui qui est associé au tabagisme passif ».

Ceci peut se dire autrement : s’intéresser à la santé publique réclame de ne pas trop malmener les chiffres : 80% des 1,4 million de morts prématurés annuels par cancer du poumon dans le monde sont dus à l’inhalation de  fumées de cigarettes. Big Tobacco tue infiniment plus, par cancer, que tous les fabricants de charcuterie du monde.

A demain

Une version de ce texte a initialement été publiée sur Slate.fr

Les viandes transformées aussi cancérigènes que l’amiante ? Affolement après une information du «Daily Mail»

Bonjour

A Lyon le Centre International de la recherche sur le Cancer (CIRC/OMS) est en émoi. Son service de presse vient de publier le communiqué suivant :

« Suite à la publication dans la presse britannique, aujourd’hui vendredi 23 octobre, de postulations sur les résultats de l’évaluation par le CIRC de la cancérogénicité de la viande rouge et des produits carnés transformés, merci de noter qu’il n’y a pas eu violation d’embargo, car aucun matériel sous embargo n’a été communiqué aux médias, en Grande-Bretagne ou ailleurs.

Le CIRC/OMS publiera un communiqué de presse avec les résultats détaillés de l’évaluation, comme prévu le lundi 26 octobre, à midi, heure de Paris, publication qui coïncidera avec la publication d’un News Report dans The Lancet Oncology. »

Célèbre Daily Mail

 Le CIRC/OMS ne mentionne pas le média britannique qui a ainsi osé faire des postulations. Dénonçons-le : il s’agit du célèbre Daily Mail. Comme on peut le voir ici : “Bacon, burgers and sausages are a cancer risk, say world health chiefs: Processed meats added to list of substances most likely to cause disease alongside cigarettes and asbestos”.

En clair le bacon, les burgers et les saucisses, aliments tant prisés des Britanniques, seraient aussi cancérigènes que le tabac et l’amiante. Et le Daily Mail (FIONA MACRAE  STEPHEN WRIGHT) de citer une bonne source et d’annoncer (ou de laisser entendre) que tout cela sera bientôt confirmé par le CIRC/OMS via The Lancet. Outre Manche l’information a été reprise et replacée dans un contexte officiel.  Même The Independant l’a reprise.

Lundi, heure de midi

Il ressort de tout ceci que le CIRC/OMS va annoncer, lundi à midi (heure de Paris), qu’il va modifier sa classification des substances cancérogènes pour l’homme et, selon toute vraisemblance, placer les « viandes transformées » au même rang que l’alcool, le tabac et l’amiante.

Face à l’émotion qui pourrait en résulter que nous dit le CIRC/OMS ? Non pas que le Daily Mail est dans l’erreur, mais qu’il n’y a pas eu violation d’embargo puisqu’aucun embargo n’avait été fixé… Et qu’il faut attendre le communiqué de presse officiel pour pouvoir parler. Soit lundi midi (heure de Paris). En attendant rien n’interdit d’imaginer qu’une enquête interne est en cours pour identifier celui (ou celle) qui a confié ce qu’il savait au Daily Mail. Et pourquoi il (ou elle) l’a fait.

A demain

Pollution et cancers des poumons : de qui se moque-t-on ?

L’OMS  vient de classer la pollution atmosphérique parmi « les cancérogènes certains pour les êtres humains ». Un gros détail est généralement oublié. Sauf par l’AFP.

Mandée de Genève la dépêche de l’AFP est signée Agnes Pedrero. Elle résume ce qui s’est dit le 17 octobre lors de la conférence de presse organisée par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), agence spécialisée de l’OMS. On en connaît l’essentiel repris et amplifié depuis quelques heures par l’ensemble des médias internationaux : « La pollution de l’air qui nous entoure est cancérigène » et  « de nombreux secteurs économiques comme responsables ». « Nous savons maintenant que la pollution de l’air extérieur n’est pas seulement un risque majeur pour la santé en général, mais aussi une cause environnementale de premier plan des décès par cancer, a déploré devant la presse le Dr Kurt Straif l’un des responsables du CIRC.

Tabac, cancérogène atmosphérique majeur

Le Dr Straif  a ajouté : « L’air que nous respirons a été contaminé par un mélange de substances qui provoque le cancer ». Christopher Wild, directeur du CIRC a expliqué que les matières dites « particulaires » (les tristement célèbres « particules fines » du diesel) ont été classées par le CIRC dans la catégorie « cancérigène certain ». Ce qui ne surprendra pas. A condition de commencer par le tabac. Ce qu’a fait  M. Wild comme le rapporte l’AFP : « M. Wild a toutefois souligné que parmi les près d’un million de cancers des poumons enregistrés chaque année, la majorité est liée au tabac. Seuls « environ 10% sont liés à des causes comme la pollution de l’air », a-t-il dit »

Hiérarchiser grâce à l’AFP

L’agence spécialisée sur le cancer de l’OMS désigne de nombreux secteurs économiques comme responsables de cette pollution atmosphérique: les transports, les usines, l’agriculture, ainsi que le fait de cuisiner et de chauffer son lieu de résidence. Le CIRC oublie étrangement l’industrie du tabac. Pourquoi ?

Pour l’heure les médias d’information générale sont embarrassés par le traitement des conclusions du CIRC. Quant aux buralistes il sauront quoi répondre à leurs clients dépendants (1). Sinon le scandale est trop grand, les coupables trop nombreux, les actions à entreprendre trop vastes. C’est ici un équivalent de l’impossible problématique médiatique du réchauffement climatique. A l’exception notable du tabac et d’une industrie induisant une dépendance fiscalisée responsable d’environ 90% des cancers bronchiques et pulmonaires. Quelques lignes d’une dépêche de l’AFP  aident aujourd’hui, fort heureusement, à hiérarchiser.  Songer à la remercier.

 

(1) On notera le délicieux  « il n’empêche » dans la lecture faite par lemondedutabac.com, le « site de débat » de la Confédération des buralistes:

« Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) – qui dépend de l’OMS – vient de classer la pollution atmosphérique parmi les cancérigènes de niveau 1, comme le tabac 0u le mercure (…)  En cause, les matières « particulaires » comme, par exemple, les parties fines qui vont jusqu’aux dernières petites branches de nos poumons et contaminent nos cellules. Les résultats issus des études vont  dans la même direction : « le risque de développer le cancer du poumon augmente de façon significative chez les personnes exposées à la pollution atmosphérique » et, ces dernières années, les niveaux d’exposition ont augmenté significativement dans certaines régions du monde, en particulier dans les pays largement peuplés et à croissance industrielle rapide, comme la Chine.

Le CIRC souligne toutefois que la majorité des cancers du poumon enregistrée, chaque année, est liée au tabac « contre seulement 10% à la pollution de l’air ».  Il n’empêche que le constat des experts reste alarmant : « on ne peut pas faire grand chose pour changer l’air que nous respirons et nous sommes tous responsable de cela » reprend le CIRC qui publiera ses conclusions de façon plus détaillée, le 24 octobre, sur le site The Lancet Oncology.« 

 

 

 

Rajeunissement cellulaire : le bienheureux mystère des télomères

Jusqu’où le journaliste médical  peut-il extrapoler ? Question soulevée avec la démonstration par des  chercheurs californiens que modifier certains aspects de son comportement a un impact considérable sur les extrémités de ses chromosomes. Copie ou vraie Jouvence ?

Marcher (trente minutes par jour). Mieux se nourrir (plusieurs fois par jour). Méditer (quotidiennement). Et cinq ans plus tard savoir que ses télomères ont pris 10%. Et savoir que ceux de ses voisins qui n’ont rien changé à leur quotidien ont perdu 3% … La publication scientifique ne pouvait pas ne pas susciter l’intérêt immédiat des médias.  Nous avons pour notre part traité l’information sur Slate.fr.  Le travail a été obtenu par un groupe de l’Institut de médecine préventive l’Université de Californie (San Francisco). Il vient d’être publié sur le site de The Lancet Oncology.

Extrapoler

 Certains y verront immanquablement la simple confirmation, obtenue par les outils de la génétique moléculaire, du bien-fondé de recettes ancestrales (d’origines généralement orientales). D’autres extrapoleront : ce sera la démonstration scientifique que l’on peut bel et bien augmenter son espérance de vie en modifiant quelques aspects de sa vie quotidienne. Et puis les immanquables et indispensables sceptiques : étude à reprendre, à décortiquer, à confirmer. Surtout ne pas extrapoler.

Dans tous les cas c’est une nouvelle preuve, objective et reproductible, qu’il existe bel et bien une réelle « plasticité environnementale » du corps humain à l’échelon cellulaire et moléculaire ; une plasticité généralement insoupçonnée par la médecine moderne et dont on est encore loin d’avoir pris toute la mesure et les potentialités.

Elisabeth Blackburn

Cette étude pilote a été financée par le Département américain de la défense, les Instituts nationaux  américains de la santé ainsi que par nombreuses fondations privées. Elle a été menée, sous la direction du Pr Dean Ornish, par quatorze biologistes et médecins de diverses disciplines (psychiatres, urologues, cancérologues).  Et parmi eux, dernière signataire : le Pr Elisabeth H Blackburn , bientôt 65 ans. On rappellera ici à ceux qui l’ont oublié que Mme Blackburn à reçu le prix Nobel de médecine 2009 pour ses travaux sur la télomérase, les télomères et leurs rôle dans le vieillissement cellulaire (1). Une étude pilote  médicale prend-elle plus de poids quand elle est cosignée par un Prix Nobel de médecine ?

Ces  travaux ont été menée chez des hommes pour lesquels un diagnostic de cancer de la prostate à très faible risque d’évolution venait d’être porté. Tous avaient préféré une surveillance active plutôt que des thérapies conventionnelles (chirurgie, radiothérapie) dont les effets secondaires peuvent être source de handicaps importants. Deux groupes ont été constitués ; l’un composé de dix personnes et l’autre de vingt-cinq. On a demandé aux premiers de modifier plusieurs aspects de leur mode de vie et pas aux autres.

Stretching

 Ces changements de mode de vie concernaient notamment l’alimentation (en privilégiant un régime à baes de fruits, légumes, céréales brutes et réduction des graisses saturées), une activité physique ainsi qu’un recours à des techniques de gestion du stress (stretching, respiration et méditation inspirés du yoga, relaxation durant une heure par jour. L’exercice physique était modéré (marche 30 minutes au minimum par jour et six jours par semaine) et l’ensemble devait être associé à  une rencontre hebdomadaire de soutien collectif. Différentes recherches avaient déjà démontré par le passé que le fait d’adopter ce nouveau style de vie pouvait conférer de réels avantages médicaux ; en freinant par exemple – voire en inversant – l’évolution de certaines affections cardiaques. Aucune étude prolongée n’avait encore démontré que des changements de style de vie pouvaient avoir un effet cellulaire « rajeunissant ». C’est désormais chose faite.

Dans cette étude la longueur des télomères des participants a été mesurée au départ et cinq années plus tard. Et il est apparu que dans le groupe ayant modifié son mode de vie la longueur des télomères avait considérablement augmenté, en moyenne de 10%. A l’inverse dans l’autre groupe elle a diminué en moyenne de 3%.  Plus éclairant encore les auteurs de cette recherche observent un effet « dose-réponse » : plus les modifications comportementales étaient importantes et suivies et plus les allongements télomériques étaient grands.

Pr Ornisch

Les chercheurs ne cherchaient pas à étudier les effets des changements comportementaux sur l’évolution naturelle des lésions cancéreuses prostatiques des participants – un essai préalable avait déjà montré que ces changements étaient de nature à freiner cette évolution dès lors que la lésion en est à un stade précoce de son développement.

« Les implications de cette étude pilote de petite taille peuvent aller bien au-delà des hommes ayant un cancer de la prostate, souligne le Pr Ornisch.  Si elle est validée par des essais contrôlés randomisés de grande envergure, ces modifications dans le style de vie seront de nature à réduire le risque de mortalité prématurée dans un grand nombre de maladies. » Pour le Pr Ornisch les gènes et les télomères des chromosomes constituent une prédisposition. Ils ne doivent en aucun cas être nécessairement considérés comme une fatalité.

Larry Husten

Ces travaux s’inscrivent dans le grand mouvement de l’épigénétique qui découvre que loin d’être fixé une fois pour toutes sous forme d’ADN notre « patrimoine héréditaire » peut être modifié par des éléments de l’environnement ainsi que par notre histoire personnelle. C’est là, d’un certain point de vue, une forme de liberté retrouvée, une possibilité offerte à chacun de reprendre, pour partie, son destin en main. Prévenir nombre des » pathologies liées à l’âge et augmenter la durée de son espérance de vie.

Tout le monde n’a pas fait cette relecture. Tout le monde ne voit pas des lendemains qui chantent au son de la Fontaine de Jouvence. C’est notamment le cas du journaliste médical  Larry Husten sur le site de Forbes.

 Juan Ponce de León

On y voit que la même équipe avait déjà publié un travail voisin et que le journaliste a voulu en savoir plus auprès de Dean Ornish. Il cite aussi le président de The American Heart Association quis e dit impressionné tout en émettant quelques réserves. Il souligne le faible effectif, l’absence de randomisation et la difficulté d’identifier ce qui cause véritablement l’allongement des télomères.  Et il rappelle qu’une étude récemment publiée a permis d’obtenir un résultat similaire à partir d’un simple régime méditerranéen  Saluant néanmoins les travaux californiens il explique qu’il faut se garder de commettre la même erreur que celle commise en Floride par Juan Ponce de León ( vers 1460- 1521). On gagne parfois à lire certains confrères.

 

(1) Nous avions traité du Nobel de médecine 2009 sur Slate.fr en évoquant « les secrets de la vie éternelle » et en citant Michel Houellebecq. Chronique qui avait suscité un commentaire (signé « Polémikoeur ») qui n’a pas pris une ride :

« Quel enseignement pourrait-on tirer de la découverte que la partie « inutile » des chromosomes est en fait la clé de leur fonctionnement harmonieux ? Qu’un peu de superflu est parfois nécessaire dans un monde complexe ? Qu’arrive-t-il quand le temps gestionnaire, en bon « cost-killer » qu’il est, se trouve sur le point d’achever son œuvre et qu’il a sabré l’excédent de nos gènes, ceux qui ne servent à rien, pas à coder notre réparation ? Nous partons vers d’autres cieux plus cléments, que nous fait miroiter la plus fabuleuse promesse inventéedepuis que la religion délivre à notre conscience frileuse le sens qui lui manque. Aucune analogie en vue ? Taylormerasement. »