Psychiatrie et cannabis fortement dosés en THC : désormais, il ne s’agit plus de plaisanter

Bonjour

C’est une étude à paraître dans The Lancet Psychiatry (on peut la découvrir ici). Elle vient d’être reprise par la BBC  et commence à diffuser dans de nombreux médias anglophones. Elle traite d’une présentation de  marijuanas  « croisées » très fortement dosées en THC – la skunk – et d’un risque associé d’épisodes psychotiques sévères.  Un porte-parole du Home Office a aussitôt déclaré que ces conclusions justifiaient les raisons pour lesquelles le cannabis est illégal.

Forte corrélation

Les travaux ont eu lieu dans les quartiers du sud de Londres, zone marquée par une forte consommation de cannabis et la présence des nouvelles variétés du marché. Entre mai 2005 et avril 2011, les chercheurs ont suivi 410 patients âgés de 18 à 65 ans, après une prise en charge hospitalière pour un premier épisode psychotique ayant nécessité une hospitalisation. Un groupe de 370 personnes saines constituait  le groupe témoin.

Au terme de leur suivi les auteurs dirigés par le Dr Marta Di Forti et le Pr Robin M Murray (Institute of Psychiatry, Kings College London) observent  une forte corrélation entre l’apparition de psychoses et une consommation régulière de « skunk ». Selon eux, un usage quotidien multipliait par cinq les risques de symptômes hallucinatoires (entendre des voix, avoir des hallucinations visuelles, des comportements erratiques, paranoïaques et/ou violents). Les risques d’épisodes sévères et prolongés seraient triplés.

Nouvelles variétés

Dans les quartiers londoniens concernés  de Londres, un quart des nouveaux cas de psychoses seraient liés à un usage quotidien de skunk.  La concentration en THC et la fréquence de la consommation sont des paramètres étroitement associés aux risques psychotiques. De ce point de vue les nouvelles variétés fortement dosées seraient étroitement liées à la survenue d’épisodes psychotiques sévères. A l’inverse les consommateurs de résine de haschich, ou d’autres spécialités moins fortement dosées semblent ne pas être concernés – aucun cas n’a été rapporté.

« On ne développe pas une psychose après quelques bouffées, précise le Pr Robin Murray, par ailleurs chercheur au King’s College de Londres. C’est un peu comme avec l’alcool : un verre de temps en temps ne pose pas de problème. En revanche, si vous buvez une bouteille de whisky par jour, vous risquez de développer des troubles». Le Pr Sir Robin MacGregor Murray  est d’origine écossaise.

Made in UK

On peut entendre le Dr Di Forti ici (BBCRadio 4). Selon elle l’éradication de la skunk serait une mesure de santé publique qui permettrait de réduire notablement le nombre et la fréquence des tableaux psychotique. « Or à  Londres, il est très difficile de trouver quelque chose d’autre, observe  le Dr Di Forti. Plusieurs rapports de  police à travers le Royaume-Uni disent que nous sommes devenus un grand producteur. Et non seulement nous utilisons localement, mais l’exportons. »

Elle en appelle à des « message publics clairs » destinés aux consommateurs de cannabis –des messages sanitaires comparables aux conseils médicaux sur l’alcool et le tabac. Plus encore les médecins généralistes devraient être encouragés à demander  la fréquence et le type de la consommation de leurs patients. Le porte-parole du Home Office n’a voulu s’engager sur cette voie. Ces produits sont globalement nocifs et ils sont globalement interdits.

Bénéfices

Le Pr Sir Robin MacGregor Murray  estime qu’il serait possible, avec une approche différente, d’éviter près d’un quart des cas de psychose. « Cela pourrait sauver des jeunes patients, éviter beaucoup de souffrances et économiser beaucoup d’argent au National Health Service ».

Exportation britannique ou pas c’est là un débat qui peine à percer en France. On se demande toujours pourquoi.

A demain