Certains fumeurs sont protégés de l’asphyxie progressive causée par le tabac. Voici pourquoi

Bonjour

Comment certains fumeurs peuvent-ils conserver une fonction pulmonaire plus ou moins intacte en dépit de leur consommation de tabac ? Ce phénomène troublant est un argument régulièrement avancé pour justifier la poursuite du tabagisme. Le fumeur renvoie le médecin à ses études et se gausse de la science épidémiologique. Big Tobacco, en coulisse, fait de même en brûlant des cierges pour que ces exceptions se multiplient.

50 000 personnes

La donne vient de changer radicalement avec  un travail publié dans The Lancet Respiratory Medicine dont on trouvera l’abstract ici. C’est une somme signée par trente-neuf généticiens dirigés par le Pr Prof Ian P Hall, (Division of Respiratory Medicine, University of Nottingham, Queen’s Medical Centre, Nottingham). Travaillant pour le Medical Research Council britannique, cette équipe a décrypté les bases génétiques de plus de 50 000 personnes dont les échantillons biologiques sont conservés dans la « UK Biobank » afin de comprendre les mécanismes physiopathologiques de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). C’est là une forme d’essouflement-asphyxie progressive qui (avec le cancer broncho-pulmonaire) constitue la principale complication mortelle de la consommation de tabac.

Ces chercheurs annoncent aujourd’hui (dans The Lancet et devant la Société européenne de pneumologie réunie en congrès à Amsterdam) avoir identifié des mutations génétiques « favorables » en ce qu’elles semblent protéger le fumeur de la BPCO. Ils disent espérer trouver ainsi des voies médicamenteuses qui permettraient d’améliorer l’état des personnes concernées dont la vie est actuellement uniquement maintenue par l’administration plus ou moins permanente d’oxygène.

Comparaisons des génomes

Pour autant ces scientifiques rappellent que le principal message à retenir est que la meilleure option est de na pas commencer à fumer du tabac – ou de tout mettre en œuvre pour arrêter de le faire. Il faut aussi ajouter que la BPCO peut toucher des personnes qui n’on jamais consommé de tabac.

C’est la comparaison des génomes des fumeurs et des non fumeurs qui a permis de parvenir à cette identification des « bon gènes » et des « mauvais gènes ». Co-directeur de ce travail le PrMartin D. Tobin (National Institute for Health Research, Glenfield Hospital, Leicester) explique que ces gènes semblent jouer un rôle sur les mécanismes de développement et d’auto-réparation des lésions pulmonaires.  « Il ne semble toutefois pas y avoir une formule magique qui donnerait à quiconque une garantie totale de protection contre la fumée de tabac » a-t-il assuré à la BBC, ajoutant que les personnes fumeuses et « protégées » ont néanmoins des poumons moins sains que ceux qu’elles auraient si elles n’avaient pas fumées. « La meilleure chose que les fumeurs peuvent faire pour conserver leur santé future concernant la BPCO –mais aussi toutes les maladies liées au tabagisme, cancers et les maladies cardiaques –  c’est d’arrêter de fumer. »

Prendre soin de ses poumons

Commentant ce travail, Ian Jarrold, responsable de la « British Lung Foundation » a quant à lui déclaré : « Ces résultats représentent une étape importante pour nous aider à obtenir une image plus claire de la réalité fascinante et complexe de la santé pulmonaire. La compréhension de cette prédisposition génétique est essentielle, non seulement nous aider à développer de nouveaux traitements pour les personnes souffrant de maladies pulmonaires, mais aussi pour enseigner aux personnes saines à mieux prendre soin de leurs poumons. »

Ce sont là deux belles illustrations de ce pragmatisme que la Grande Bretagne cultive comme  une spécialité. Un pays qui est passé sous la barre des 20% de fumeurs quand la France, impuissante, progresse au dessus des 30%.

A demain

Tour 2015, la révolution grecque, un essai britannique de thérapie génique contre la mucoviscidose

Bonjour

En Grèce le « peuple » (la « rue », la « démocratie », le « populisme », la « gauche extrême » etc.) vient de parler. Pour dire « non » (à l’ « austérité » au « mépris », aux « marchés financiers », à l’ « Europe des banquiers » etc.). Personne ne comprend véritablement ce qui se passe mais chacun entend le tonnerre rouler dans les cieux caniculaires.

«Non de Zeus » gronde joliment la Une, noire, de Libération qui ose un « Référendum : l’oxi gêne ». Le monde attend la suite de la tragédie écrite par un peuple exsangue et paradoxal (lire Daniel Vernet sur Slate.fr). Un peuple  qui n’a pratiquement rien inventé si l’on excepte la tragédie, la monnaie, l’Europe, la démocratie et quelques autres mythes plus ou moins théâtraux. Sans oublier Rome. Et la suite.

Marc (de café)

En France le Tour continue. Une fraction du peloton rame pour que le pédalage redevienne crédible. Une autre fraction non. Pour l’heure la Pythie ne nous dit rien. Ni l’oracle. Nous avons perdu le fil, le Minotaure du spectacle triomphe qui voit ses proies saucissoner au bord du macadam. Sans oublier Gérard Holtz et Jean-Paul Olivier dont on sait qu’ils ne lisent pas dans le marc de café.

Zeus, le souffle, la vie, cette « oxygénation forcée ». Loin de notre Europe un équipe britannique vient de publier une étude démontrant,  pour la première fois, les bénéfices apportés par une thérapie génique chez des personnes souffrant  la mucoviscidose. Des bénéfices certes modestes mais significatifs. C’est un essai dit de « phase 2b » publié dans The Lancet Respiratory Medicine  et dont on peut lire le résumé ici. Une thérapie génique non virale, délivrée par nébulisation une fois par mois.

Résumé :

« Le travail a été mené sur cent quarante sujets âgés de 12 ans et plus recrutés dans dix-huit centres au Royaume-Uni. Ils ont été randomisés dans le groupe thérapie génique (n=78) ou dans le groupe nébulisation témoin recevant, lui, une solution saline (n=62). Le traitement a été administré pendant 12 mois puis évalué sur la moyenne des deux valeurs mesurées à deux et quatre semaines post traitement.

Les chercheurs ont constaté une amélioration du volume expiratoire forcé (VEF) de 3,7 % mais aussi une stabilisation de la fonction pulmonaire. Chez la moitié des patients ayant la plus mauvaise fonction pulmonaire au début de l’étude, l’effet sur le VEF était doublé, avec une amélioration de 6,4 %. La tolérance était bonne avec autant d’effets secondaires dans les deux groupes. »

Sisyphe et Prométhée

Les bases génétique de la mucoviscidose ont été découverte il y a un quart de siècle. Cette découverte a ouvert deux pistes. L’une consiste à effectuer un tri (une sélection) des embryons conçus in vitro à partir de gamètes de couples à risque de transmission de la maladie. L’autre voit des généticiens et des médecins déployer des trésors d’ingéniosité (d’humanité) pour soigner des personnes atteintes.

Senior author de la publication britannique  le Pr Stephen Hyde (université d’Oxford) (1) explique : « Nous poursuivons activement plus de recherches de thérapie génique non-virale à différentes doses et associations à d’autres traitements, et de vecteurs plus efficaces ».

Bien avant la génétique, la Grèce antique avait donné (au moins) deux noms à cette quête vers une lumière dont nul ne sait si elle est céleste. Sisyphe et Prométhée. Qui va l’emporter ?

A demain

(1) Ne pas confondre avec son homonyme, cycliste professionnel de nationalité américaine.

Champix® ou pas : un test sanguin pour mieux réussir à arrêter le tabac

Bonjour

C’est une nouveauté dans le champ de l’addiction au tabac : des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont mis au point un dosage biologique effectué à partir d’une prise de sang qui permet d’améliorer les chances d’arrêter de fumer. Un travail de grande ampleur sur ce thème  vient d’être publié dans The Lancet Respiratory Medicine .  Il est fondé sur les aptitudes physiologiques de chacun à métaboliser, lentement ou pas, la nicotine inhalée lors de la consommation de tabac.

Envie irrépressible

Il est désormais bien établi que de toutes les substances addictives la molécule de nicotine est l’une de celle qui déclenche l’une des plus fortes relations de dépendance. C’est, schématiquement,  la chute de la concentration de nicotine dans le sang (nicotinémie) qui déclenche  l’envie irrépressible de reprendre la consommation de tabac. Et l’arrêt durable de cette consommation chez le fumeur souhaitant arrêter provoque des mécanismes physiologiques qui induisent très souvent l’échec du sevrage.

Financement public

Le travail dirigé par le Pr Caryn Lerman (Department of Psychiatry, Abramson Cancer Center, University of Pennsylvania) se fonde sur le fait qu’il existe des différences individuelles importantes dans le rapport à la nicotine.  L’étude a été menée (de septembre 2010 à novembre 2012) auprès de 1246 personnes participant à différents programmes de sevrage tabagique. Trois groupes ont été constitués : patch cutané à la nicotine, une substance placebo ou une spécialité pharmaceutique (la varénicline ou Champix ® de la multinationale américaine Pfizer).

Ce travail a été financé par des fonds publics, Pfizer n’ayant fourni que son médicament. Chaque participant bénéficiait également, durant les onze semaines de la cure, de conseils comportementaux et psychologiques. Chacun a ensuite été suivi pendant un an.

Champix® ou pas

Sur les 1246 participants, 662 ont été identifiés comme des métaboliseurs « lents » de nicotine (cette dernière était dégradée lentement par leur organisme) et 584 comme des métaboliseurs « normaux » (environ 60% de la population). Il ressort de ce travail que ces derniers ont de bien meilleures chance de parvenir au sevrage avec le Champix®. Les autres  sont en revanche plus aidés par les patches nicotinés. Ils sont en outre plus sensibles aux effets secondaires (parfois graves) du Champix®  – cas d’états dépressifs graves et de suicides (1).

Cigarette électronique

Pour le Pr Caryn Lerman il ne fait aucun doute que le recours systématique à ce test (facile à mettre au point) augmenterait notablement (jusqu’à les doubler) les chances de sevrage tabagique. Pour le Pr Neil Davies (Université de Bristol), il s’agit là d’une « avancée scientifique importante » qui  pourrait conduire à des modifications importantes dans la pratique médicale.

Actuellement le taux de succès à un an des tentatives de sevrage tabagique est de l’ordre de 4%, la seule manière de réussir étant, pour le fumeur, d’augmenter le nombre des tentatives au risque de se lasser. Une autre solution, de plus en plus fréquente est de troquer les cigarettes de tabac contre la cigarette électronique qui offre l’avantage considérable de ne pas inhaler de produits toxiques et cancérigènes.

A demain

 (1) En France la Haute Autorité de Santé conseille de n’avoir recours au Champix® qu’en seconde intention, après échec des autres méthodes de sevrage tabagique. Fin 2013 cette spécialité, de même que le Zyban®, avait été « innocentée » dans le British Medical Journal