Greffe d’utérus en France : mais pourquoi tant de précipitation dans la communication ?

Bonjour

Mail classé « Important » adressé, en fin de matinée, aux journalistes spécialisés: « Bonjour, Pour toute demande concernant la greffe de l’utérus réalisée au sein de l’hôpital Foch, merci de contacter l’agence presse Dentsu Consulting  (‘’Il faut vingt ans pour construire une réputation et cinq minutes pour la détruire’’)». Et peu auparavant une dépêche sur le fil de l’AFP  – le tout avant les premières reprises dans les journaux de la mi-journée.

Résumons l’événement. Pour la première fois en France une greffe d’utérus a été pratiquée (le 31 mars dernier) chez une femme de 34 ans. Greffe pratiquée à l’hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine) par l’équipe du Pr Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction. La donneuse, 57 ans, est la mère de la patiente greffée.

Cette dernière est atteinte du syndrome  de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser : aplasie congénitale de l’utérus et de la partie supérieure (les 2/3) du vagin, chez des femmes ayant un développement normal des caractères sexuels secondaires et un caryotype 46,XX normal. Ce syndrome affecte au moins une femme sur 4500.

Alternative à la mère porteuse

Ce type de greffe est loin d’être une première. Une naissance avait pu être ainsi obtenue après en Suède, un an après la transplantation, en 2014, pratiquée par  l’équipe du Pr Mats Brännström (Université de Göteborg), grand pionnier dans ce domaine. La donneuse vivante avait 61 ans. Le Pr Brännström a expliqué à l’AFP que quinze naissances ont d’ores et déjà été obtenues dans le monde après greffe utérine : « neuf en Suède dont la dernière il y a quatre jours, deux aux Etats-Unis, une au Brésil, en Serbie, en Chine et en Inde ».

Parmi les treize pays (avant la France) ont pratiqué cette greffe figurent aussi selon cet expert le Mexique, le Liban, l’Arabie saoudite, l’Allemagne, la République tchèque et la Belgique. Et en décembre dernier on apprenait la première naissance obtenue (au Brésil) après greffe d’un utérus prélevé chez une donneuse décédée. Annonce alors faite dans les colonnes du Lancet.

Une autre équipe française, du CHU de Limoges, avait reçu en 2015 l’autorisation de l’Agence de la biomédecine et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de conduire un essai clinique à partir de donneuses en état de mort cérébrale. Finalement c’est donc Foch, avec donneuse vivante, qui obtient le premier résultat et qui choisit de l’annoncer en extrême urgence.

On rappellera que cette greffe pourra aussi être une  alternative expérimentale à la gestation pour autrui, interdite en France. Voire à l’adoption. Prochaine étape : la première naissance mondiale obtenue à partir d’un utérus artificiel.

A demain

@jynau

 

Le trop maigre mea culpa de Michèle Rivasi, écologiste qui est «pour la vaccination»

Bonjour

Méchamment taclée il y a peu par Agnès Buzyn (Le Parisien), défendue ce matin par Yannick Jadot (RTL) la controversée Michèle Rivasi a finalement choisi de répondre via un communiqué de presse. « Depuis quelques semaines je suis caricaturée en militante anti vaccins, dit-elle. Ce qui s’apparente à une campagne calomnieuse, vise à disqualifier mon combat politique. Je ne peux laisser passer de telles attaques sans mot dire. »

C’est une profession de foi doublée d’un petit mea culpa. Mais d’abord une auto-présentation :

« Scientifique de formation, diplômée de l’Ecole Normale Supérieure et agrégée en biologie, fondatrice du premier laboratoire indépendant sur la radioactivité en France (la CRIIRAD), je rejette depuis toujours l’obscurantisme. J’avance sous le double drapeau de l’intérêt général et de la santé publique. Amiante, levothyrox, prothèses mammaires je me suis battue toute ma vie pour faire respecter la santé des gens et contre les mensonges des lobbies. Mon combat depuis toujours a été pour la transparence et l’information des citoyens. »

Ceci posé, sa réponse d’aujourd’hui « vise à rétablir la vérité et à rassurer celles et ceux qui ont pu être troublés ».

« J’écris pour terrasser l’hydre de la rumeur et du soupçon. Que les choses soient claires : je ne remets pas en cause l’utilité de la vaccination, et je sais ce que les vaccins ont apporté en termes de progrès sanitaires au 20ème siècle, de lutte contre la mortalité infantile… »

Et le mea culpa :

« J’ai malheureusement commis une erreur regrettable en invitant il y a deux  ans dans un débat M. Wakefield. Si c’était à refaire, je ne le referais pas : son étude dépubliée [sic] par The Lancet et son film ne m’ont pas convaincue. L’indigence des arguments avancés suffit à discréditer la thèse et l’auteur. »

Précisons. Mme Rivasi parle ici d’Andrew Wakefield, tristement connu à l’échelon international pour avoir volontairement commis une succession de fraudes majeures ayant eu pour conséquences de laisser croire à une relation de cause à effet entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole (vaccin ROR) et une invraisemblable « entérocolite autistique » (autistic enterocolitis).

Invitation malheureuse et inappropriée

Les « travaux » d’Andrew Wakefield furent publiés en 1998 dans The Lancet avant d’être contestés, décryptés, dénoncés. Puis une enquête d’un reporter du Sunday Times (Brian Deer) établit l’existence de conflits d’intérêts d’ordre financier. D’autres investigations furent menées qui conduisirent à la rétractation de la publication du Lancet en février 2010. Et à la mise au ban de la communauté médicale internationale de l’auteur.

Il reste donc à comprendre comment, sept ans plus tard (en février 2017), Mme Rivasi a jugé nécessaire d’inviter Andrew Wakefield à participer à un débat officiel au sein du Parlement européen. Violemment critiquée elle n’avait, alors, visiblement pas pris la mesure de l’ampleur de son erreur.  De ce point de vue les trois lignes de son communiqué de presse de ce jour ne sont pas, loin s’en faut, suffisantes pour lever les doutes qu’elle entretenait depuis deux ans sur ce sujet

« Cette invitation malheureuse et inappropriée a donné une occasion en or aux lobbies de la santé de m’attaquer directement ou indirectement ajoute-t-elle. Qu’ils sachent pour autant que je ne les crains pas et qu’on ne me fera pas taire. »

Il faudra, pour cela, qu’elle revienne avec tous les détails sur cette bien malheureuse invitation qui ruine toujours sa profession de foi :

« Je l’affirme donc haut et fort : je suis pour la vaccination ; pour la protection de la santé. C’est pour cette raison que je réclame depuis des années, et en ai parlé directement avec la ministre de la Santé, des études indépendantes sur les adjuvants (aluminiques notamment) utilisés dans les vaccins, sur l’effet cocktail des onze vaccins sur les nourrissons de moins de 18 mois) et une amélioration de la pharmacovigilance concernant les produits de santé. »

« Chacun doit comprendre que l’opacité crée le doute, conclut-elle. Chacun doit se convaincre que qui veut rétablir la confiance demande la clarté. » En est-elle pleinement convaincue ? Et quand fera-t-elle, concernant Wakefield, la pleine lumière ?

A demain

@jynau

Harcèlements sexuels, abus et langues de bois : que se passe-t-il donc au sein de l’ONUSIDA ?

Bonjour

Tourmentes sans frontières. ONUSIDA (UNAIDS) est un programme de l’ONU destiné à coordonner l’action des différentes agences onusiennes. Pour pallier l’incurie de l’OMS cette entité a vu le jour il y a vingt-trois ans et se développa sous l’autorité de Peter Piot. Depuis dix ans elle est dirigé par Michel Sidibé. Siège plus que feutré :  Pregny-Chambésy (Suisse). Dernier slogan : « Vivre sa vie positivement » (sic).

Puis, soudain, l’émergence d’invraisemblables turbulences. « La direction d’Onusida mise en cause dans des affaires de harcèlement Un rapport de quatre experts indépendants dénonce la culture et la gestion des cas de harcèlement et ébranle le directeur exécutif, Michel Sidibé » rapporte Le Monde (Paul Benkimoun).

A verser au dossier  le rapport d’un comité d’experts indépendants publié  le 7 décembre et présenté lors du conseil de coordination (Genève, 11-13 décembre). « Cette instance de direction, devant laquelle le secrétariat rend compte, avait mis sur pied, le 20 juillet, le comité d’experts constitué de quatre membres, à la suite de la demande du directeur exécutif de l’Onusida, Michel Sidibé, en février, nous explique Le Monde. Les experts devaient évaluer la culture et la politique internes, et proposer à l’organisation onusienne des recommandations destinées à  »renforcer la mise en œuvre de sa politique de tolérance zéro à l’égard du harcèlement sexuel ». Leur rapport met sévèrement en cause l’équipe dirigeante de l’institution et appelle à la mise en place d’une nouvelle direction. »

Ascenseurs

Plus précisément, si l’on suit bien (et comme souvent) une affaire d’ascenseur mise sur la place publique :

« L’émergence du mouvement #metoo à la fin de l’année 2017 a fait éclore sur la place publique une affaire antérieure d’accusations de harcèlement sexuel de la part du directeur exécutif adjoint d’Onusida, le Brésilien Luis Loures. En novembre 2016, un haut responsable de l’Onusida, Badara Samb, signale un incident, survenu dix-huit mois plus tôt, au cours duquel son supérieur hiérarchique – Luis Loures – aurait tenté d’embrasser de force dans un ascenseur une employée de l’Onusida, Martina Brostrom, qui est la compagne de M. Samb. Auparavant, en mars 2016, M. Samb et Mme Brostrom avaient fait l’objet d’une enquête pour des soupçons d’abus d’autorité et d’inconduite. (..) Luis Loures a quitté l’Onusida en mars. Quatre autres femmes se sont également manifestées et ont signalé des faits analogues contre M. Loures. »

« Agenda du changement »

Mais encore ? Et ensuite ? Parallèlement à la mise en ligne du rapport du comité d’experts le secrétariat d’Onusida a publié sa réponse sous la forme d’un document de 62 pages incluant la mise en place d’un « agenda du changement » (re-sic). On peut aussi, loin des hypocrisies feutrées de la langue anglaise,  en lire une version en français qui ne manque pas de sel : « L’ONUSIDA présente un agenda de transformation pour créer un environnement de travail exemplaire au sein de l’organisation ».

« Cet agenda insiste sur le fait que le harcèlement, y compris le harcèlement sexuel, les brimades et les abus de pouvoir à tous les niveaux seront soumis à une tolérance zéro et que leurs auteurs devront rendre des comptes sur leurs actes.

« Cet agenda s’appuie sur une approche centrée sur les victimes de harcèlement et permettra de faire en sorte que tous les membres du personnel soient formés, équipés et soutenus pour dénoncer les incivilités, le sexisme et l’intolérance, ainsi que d’autres comportements indésirables et intolérables. Il va permettre de renforcer les systèmes d’encadrement pour s’adapter aux exigences d’une organisation décentralisée et veiller à ce que la prise de décision se fasse au bon niveau, en toute transparence et avec les contrôles internes de conformité aux politiques et aux normes. »

Et maintenant ? Bien évidement des voix tardives se lèvent pour réclamer la démission en urgence d’un Michel Sidibé hier encore vanté par nombre de médias : du toujours puissant rédacteur en chef du Lancet, Richard Charles Horton, au gouvernement suédois, qui vient d’annoncer le gel de sa contribution à l’Onusida tant que le directeur exécutif n’aura pas démissionné. Or Michel Sidibé a fait savoir qu’il n’entendait pas partir. C’est dire si l’abcès est constitué. Qui, désormais, osera publiquement le crever ?

A demain

@jynau

 

 

Première mondiale : un bébé est né à partir d’un utérus prélevé chez une femme décédée

Bonjour

Première obstétricale mondiale à très forte charge symbolique, cette naissance aura une forte résonance médiatique internationale. Elle est détaillée dans The Lancet : « Livebirth after uterus transplantation from a deceased donor in a recipient with uterine infertility ».

L’intervention chirurgicale (une transplantation utérine) a été pratiquée en septembre 2016 chez une femme âgée de 32 ans présentant une absence utérine congénitale (syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser). Ce syndrome est caractérisé par une aplasie congénitale de l’utérus et de la partie supérieure du vagin, chez des femmes ayant un développement normal des caractères sexuels secondaires et un caryotype 46,XX normal. Ce syndrome affecte environ une femme sur 4500.

« Le premier signe du syndrome de MRKH est une aménorrhée primaire survenant chez des femmes jeunes ayant par ailleurs des caractères sexuels secondaires normalement développés, des organes génitaux externes normaux, un fonctionnement ovarien normal et un caryotype 46,XX sans anomalies chromosomiques apparentes, explique-t-on sur le site Orphanet.  Le syndrome a longtemps été considéré comme une anomalie sporadique, mais un nombre croissant de cas familiaux appuie aujourd’hui l’hypothèse d’une cause génétique. Le traitement de l’aplasie vaginale, consistant en la reconstitution d’un néovagin, peut permettre à la patiente d’avoir une vie sexuelle normale. La détresse psychologique étant très importante chez les jeunes femmes atteintes d’un syndrome de MRKH, un soutien psychologique est primordial pour ces patientes et leur famille avant et au cours du traitement. »

La transplantation utérine a été pratiquée l’hôpital das Clínicas de l’Université de São Paulo (Brésil) après prélèvement d’un utérus chez une donneuse décédée à 45 ans des suites d’une hémorragie méningée. Récupération postopératoire satisfaisante, sortie après une semaine d’observation à l’hôpital et mise en place d’un traitement immunosuppresseur. Les premières règles ont eu lieu 37 jours après la transplantation puis tous les 26 à 32 jours. La grossesse est survenue après le premier transfert d’un embryon unique, et ce sept mois après la transplantation. L’accouchement (par césarienne) a eu lieu le 15 décembre 2017 à la 36e semaine de gestation. La petite fille pesait 2550 g à la naissance. L’utérus transplanté a été retiré après la césarienne et le traitement immunosuppresseur suspendu. Sept mois plus tard la mère et l’enfant (toujours nourri au sein) se portaient bien.

La petite fille pesait 2550 g à la naissance. L’utérus transplanté a été retiré après la césarienne et le traitement immunosuppresseur suspendu. Sept mois plus tard la mère et l’enfant (toujours nourri au sein) se portaient bien. Dirigés par le Pr Dani Ejzenberg (Departamento de Obstetrícia e Ginecologia, Hospital das Clínicas, Faculdade de Medicina da Universidade de São Paulo) dans The Lancet :

« Nous décrivons, à notre connaissance, le premier cas de naissance à la suite d’une transplantation utérine d’un donneur décédé chez un patient atteint du syndrome de MRKH. Les résultats établissent la preuve de concept pour le traitement de l’infertilité utérine par transplantation d’un donneur décédé, ouvrant ainsi la voie à une grossesse en santé pour toutes les femmes atteintes d’infertilité utérine, sans nécessiter de donneur vivant ni d’intervention chirurgicale chez un donneur vivant. »

Depuis la première greffe d’utérus d’une donneuse vivante, en 2013, en Suède, trente-neuf transplantations ont été réalisées dans le monde, dont onze ont conduit à une naissance. A l’inverse toutes les greffes d’utérus prélevés post mortem, soit une dizaine aux Etats-Unis, en République tchèque et en Turquie, avaient échoué avant cette première mondiale.

Pour le Pr Andrew Shennan (Kings College de Londres) la voie est désormais ouverte  aux dons d’utérus post mortem.  Des dons qui permettront aux femmes privées d’utérus de porter leur propre enfant sans recourir à des donneuses vivantes ou à des mères porteuse.

A demain

@jynau

« Le Point » a déclaré la guerre à l’Association nationale de prévention de l’alcoolisme

Bonjour

C’est en dessous du véritable pamphlet. Disons un méchant poulet vinaigré. Il est signé Etienne Gernelle, directeur de l’hebdomadaire Le Point.

« Défendons le vin contre les pisse-vinaigre. Les cochons Napoléon, Boule de Neige et Brille-Babil ont fait des petits. Ces trois personnages de « La ferme des animaux » – l’hilarante et prothétique satire du totalitarisme signée George Orwell – avaient, au moment de leur prise du pouvoir, établi « sept commandements », dont le cinquième était : « Nul animal ne boira d’alcool. »

« Aujourd’hui, les nouveaux Napoléon, Boule de Neige et Brille-Babil sont réunis au sein de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) 1, une organisation financée par des fonds publics qui sert une cause essentielle, mais déborde parfois de son cadre pour se poser en brigade de la répression du vice et de promotion de la vertu (…). »

Et Gernelle de poursuivre, défendant les viticulteurs (et non les géants alcooliers) contre ce « parti du Bien » ; contre les « croisés prohibitionnistes qui se répandent dans tous les médias pour dénoncer ce ‘’premier verre’’ [référence à une récente publication du Lancet] avatar hygiénique du « péché originel », contre les médias moutonniers ; contre les professeurs de morale (et Le Monde) qui agitent le spectre du « lobby alcoolier »…

Le gin synthétique de George Orwell

Un lobby, observe Gernelle, qui n’a pas réussi à empêcher notre pays de se doter « d’une des législations les plus répressives au monde en la matière » (sic). Certes, reconnaît-il, Emmanuel Macron « ne semble pas très sensible aux commandements hygiénistes » qui se plait à dire « qu’il boit du vin deux fois par jour ». Rappelant la fin de la fable de l’auteur de « 1984 » (dans lequel le gin joue un rôle majeur dans l’asservissement des masses) notre confrère Gernelle conclut : « Nos amis de l’Anpaa seront-ils à la hauteurs des cochons d’Orwell ? »

Non signée, la première réponse de l’Anpaa n’a pas tardé :

« Un article d’une rare élégance qui compare implicitement les défenseurs de la santé publique à des porcs tendance totalitaire… Après l’analogie avec le régime de Vichy en juillet, le #lobby alcoolier a assurément trouvé en @LePoint un bon relais ! ».

Rien de picrocholin ici. Mais bien la dernière illustration en date d’une opposition majeure, de deux mondes dont on voudrait faire croire que tout ou presque les oppose. Faut-il assimiler le fait d’écrire sur le monde du vin 2 comme une condamnable promotion de comportements conduisant à la dépendance alcoolique ? Pour autant comment ne pas réclamer de solides remparts face à la dynamique interne du marché et à la puissance de la publicité ?

C’est dire et redire, ici et face aux lobbies, le poids essentiel de l’action du législatif et de l’exécutif. De ce point de vue on ne peut que regretter les déclarations publiques du président de la République – déclarations déplacées concernant des choix et des consommations qui devraient rester cantonnés à la sphère du privé.

Nonobstant, maintenant, comment sortir des tranchées ? Quel camp agitera, le premier, un drapeau blanc ? Peut-on, en France et entre adultes, parler vrai et réduction des risques ? Répondre non serait désespérer.

A demain

1 « Pisse-vinaigre » ? L’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique et agréée d’éducation populaire, implantée sur l’ensemble du territoire national avec 22 directions régionales coordonnées par son siège national, et animée par de nombreux bénévoles et 1575 professionnels.

2 Sur ce thème, un livre-enquête original, signé d’Ixchel Delaporte, journaliste à L’Humanité : « Les raisins de la misère – une enquête sur la face cachée des châteaux bordelais » (la brune au rouergue).  »

Ivresse et politique : entendre sonner le glas dès la première goutte d’alcool éthylique ?

Bonjour

Voilà une publication scientifique formidable – en ce qu’elle écartèle le cœur même de tous les pouvoirs exécutifs. On la consultera sur le site de The Lancet. En France elle vient rappeler la pseudo-opposition, caricaturale, entre les propos d’Emmanuel Macron et Agnès Buzyn. Un président de la République exposant son goût et ses appétences pour le vin versus une ministre des Solidarités et de la santé oubliant ses anathèmes passés sur le sujet.

Que nous dit The Lancet (Global Burden of Disease Study) ?  Qu’il n’y a « aucun niveau de consommation d’alcool sûr » – et que « seul zéro gramme d’éthanol par semaine est protecteur ». Passons sur les chiffres et les pourcentages – en précisant toutefois que la consommation moyenne est de 0,73 verre (de 10 g d’alcool éthylique pur) chez les femmes, et 1,7 verre chez les hommes. Avec d’immenses variations selon les territoires. Les plus grands consommateurs vivent, pour les hommes, en Roumanie (8,2 verres par jour), au Portugal et au Luxembourg (7,3), et pour les femmes, en Ukraine (4,2), Andorre et au Luxembourg (3,4).  En France, la consommation moyenne est de 4,9 verres par jour chez les hommes, et de 2,9 chez les femmes.

« L’étude va à l’encontre de l’idée (étayée par des précédentes études, jugées incomplètes) que de faibles quantités d’alcool auraient un effet protecteur, résume Le Quotidien du Médecin. Les bénéfices cardiovasculaires, ou en termes de diabète, chez les femmes sont en effet annihilés par l’importance les risques de cancers, qui augmentent mécaniquement avec la consommation, mais aussi les risques de blessures et de maladies transmissibles. »

Les caves de l’Elysée

On peut le dire autrement :  Boire un verre d’alcool par jour pendant un an augmente de 0,5 % le risque de développer l’un des vingt-trois problèmes de santé liés à l’alcool, par rapport aux non-buveurs. Cela correspond, chaque année, à un excès de 100 000 morts prématurées dans le monde, précise ainsi la Dr Emmanuela Gakidou (Université de Washington) qui cosigne cette publication.

« Un précédent papier du Lancet , paru en avril dernier, estimait déjà que les recommandations sur la consommation d’alcool dans de nombreux pays devaient être revues à la baisse, mais établissait que le niveau de consommation sans danger exagéré (sic) était de 10 verres standard (100 grammes d’alcool pur) par semaine, rappelle Le Quotidien.  Les auteurs vont plus loin et appellent à un renouveau des politiques publiques, qui devraient intégrer des recommandations en faveur de l’abstinence, une politique de prix (taxes proportionnelles au contenu en grammes d’alcool et définition d’un prix minimum de vente par unité), le contrôle de l’accès physique aux boissons, et une régulation de la publicité. »

Une certitude : en France ce travail du Lancet ne sera pas commenté –  du moins ni par le Palais de l’Elysée ni par Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la santé. Qui semblent n’avoir toujours pas pris la mesure, éminemment politique,  du concept de réduction des risques.

A demain

Vaccinations et mort du nourrisson : qui osera dénoncer les assertions du Pr Luc Montagnier ?

Bonjour

Revenons sur les plus qu’étranges déclarations du Pr Luc Montagnier sur la scène d’un théâtre parisien de variétés :

« Nous sommes ici pour lancer une alerte, à tout le pays, au monde. Je voudrais alerter sur la mort subite du nourrisson. C’est quelque chose d’épouvantable, la cause est inconnue, mais il existe des faits scientifiques, montrant qu’un grand nombre de ces morts intervient après une vaccination. On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle. [Les vaccins avec un adjuvant aluminique] sont responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson (…) Ce qui est en cause, c’est la vaccination de masse, cela doit disparaître (…). » (Libération)

Le Pr Montagnier évoque aussi, selon Le Quotidien du Médecin, une « corrélation temporelle » entre vaccination contre hépatite B et sclérose en plaque. Vieil air connu auquel le Nobel 2008 de médecine aimerait redonner du souffle.

Corrélations temporelles versus lien de causalité… Restons sur les vaccinations et la mort subite du nourrisson (MSN). Quel est la bibliographie sur le sujet ? Le rôle du vaccin coqueluche à germe entier dans la MSN fut autrefois suspecté mais non retenu. Une étude anglaise de grande ampleur (The UK accelerated immunization programme and sudden unexpected death in infancy: case–control study. Fleming P, Blair P S, Ward Platt M, Tripp J, Smith J, Golding J. (2001) BMJ, 322: 822–825) a été menée au Royaume-Uni  entre 1993 et 1996/

Protéger

Conclusions résumées : « Plus d’un tiers des morts subites inexpliquées sont survenues entre 2 et 4 mois, âges des vaccinations. Pour qu’il s’agisse plus que d’une coïncidence, il faudrait que la couverture vaccinale soit supérieure chez les enfants morts que chez les contrôles. Or, c’est le contraire qui a été constaté.  » En d’autres termes ces données suggèrent que non seulement la vaccination ne contribue pas au risque de mort subite mais qu’elle pourrait même protéger…

On connaît d’autre part les facteurs de risque de la MSN : le couchage sur le ventre ; tabagisme de la mère pendant la grossesse ; le partage du lit avec les parents ; l’hyperthermie (y compris celle provoquée par les couettes, peluches …) ; l’âge (2 -4 mois) et le sexe (plus de risque chez le garçon)

En France une enquête a été réalisée en 2007-2009 (« Les morts inattendues des nourrissons de moins de 2 ans – InVS »et n’a à aucun moment évoqué le rôle des vaccins.

S’informer

On peut aussi s’informer auprès du site de l’OMS : « Vaccination: 10 idées fausses à corriger « .

« Idée fausse n°3 : Le vaccin combiné contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche et le vaccin contre la poliomyélite sont responsables du syndrome de mort subite du nourrisson. FAUX

« Il n’existe pas de lien de cause à effet entre l’administration de ces vaccins et la mort subite du nourrisson. Toutefois, ces vaccins sont administrés à un âge où les bébés peuvent être frappés par le syndrome de mort subite du nourrisson (MSN). En d’autres termes, les décès par MSN survenant après la vaccination sont une coïncidence et se seraient produits même si le nourrisson n’avait pas été vacciné. Il est important de ne pas oublier que ces quatre maladies sont potentiellement mortelles et que les nourrissons qui n’ont pas été protégés contre celles-ci par la vaccination courent un risque de décès ou d’incapacité grave. »

Statufier

L’OMS ajoute d’autre part que l’autisme n’est pas « causé par les vaccins » : « Il s’est avéré que l’étude de 1998 qui avait soulevé de nombreuses inquiétudes quant à la possibilité d’un lien entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR) et l’autisme, comportait de graves irrégularités et la revue [The Lancet ndlr]qui avait publié cet article l’a ensuite retiré. Malheureusement, la publication de cet article avait semé un vent de panique et conduit à une chute des taux de vaccination puis, en conséquence, à des flambées des maladies visées. Aucune corrélation n’a pu être établie entre le vaccin ROR et l’autisme ou les troubles autistiques. »

Sur la scène de son théâtre de variétés, poursuivant son voyage vers l’irrationnel, le Pr Luc Montagnier a remis en cause le bien-fondé du retrait du Lancet  de ces travaux plus que controversés du britannique Andrew Wakefield sur le vaccin ROR et l’autisme. Le Quotidien du Médecin : « Et lorsque dans la salle Serge Rader, pharmacien militant anti-vaccin, proche de Michèle Rivasi mais aussi du Nicolas Dupont-Aignan, se lève pour estimer qu’une statue de Wakefield devrait siéger à côté de Pasteur, sa diatribe est applaudie ».

A demain