Insolite : un vaccin contre la méningite peut aussi protéger contre la gonorrhée («chaude pisse»)

 

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L’information, spectaculaire, est publiée dans The Lancet de ce jour – et aussitôt reprise par la BBC : « First vaccine shows gonorrhoea protection » (James Gallagher). Dirigés par le Dr Helen Petousis-Harris (University of Auckland) des chercheurs néo-zélandais annoncent avoir identifié un vaccin qui pourrait réduire le risque de contracter une gonorrhée, maladie sexuellement transmissible généralement mieux connue des victimes sous l’appellation « chaude-pisse ». C’est la première fois, après un siècle de recherche, qu’une immunisation de ce type est obtenue.

Cette infection, qui touche principalement les organes génito-urinaires, est due au gonocoque (Neisseria gonorrhoeae, découvert par Albert Neisser en 1879. En l’absence de traitement par antibiotique adapté diverses complications peuvent apparaître, qui affectent principalement les femmes (inflammations pelviennes, grossesse extra-utérine et stérilité). L’incubation est habituellement de 2 à 7 jours et, jusqu’ici le seul traitement préventif était le préservatif.

L’inquiétude des autorités sanitaires internationales tient à l’émergence croissante de souches de gonocoque antibiorésistantes – y compris vis-à-vis des céphalosporines jusqu’alors utilisées en « dernier recoures ». L’OMS a, ces trois dernières années, confirmé cet inquiétant phénomène en Afrique du Sud, en Australie, en Autriche, au Canada, en France, au Japon, en Norvège, en Suède, en Slovénie et au Royaume-Uni (pays particulièrement touché).

Financée en partie par Novartis Vaccines & Diagnostics, l’étude néozélandaise ne manquera pas d’intéresser les passionnés de sérendipité. Le vaccin utilisé (« MeNZB ») avait, initialement, été développé pour lutter contre une épidémie de méningite de type B. Ce vaccin avait alors été administré dans le pays à environ un million de personnes (dont 81% de moins de 20 ans) entre 2004 et 2006.

Ce n’est que par la suite que les chercheurs de l’Université d’Auckland ont analysé les données de onze cliniques de « santé sexuelle » et découvert que les cas de gonorrhée avaient, ultérieurement, diminué de 31% chez les vaccinés. Il faut ici préciser que la bactérie Neisseria meningitidis ou ménigocoque, est structurellement assez proche de Neisseria gonorrhoeae. Aussi peut-on raisonnablement penser être en face d’un phénomène de « protection croisée ». La réduction de l’incidence dans le groupe des vaccinés (la protection ainsi conférée) est de 31% dans un groupe total de 14 730 personnes (1241 cas de gonorrhée; 12487 cas d’infection à chlamydia; 1002 cas de co-infection)..

« À l’heure actuelle, le mécanisme de cette réponse immunitaire est inconnu, mais nos résultats pourraient contribuer au futur développement de vaccins protecteurs à la fois contre le méningocoque et le gonocoque » explique le Dr Helen Petousis-Harris. Ce travail éclairera-t-il d’un jour nouveau les possibles bénéfices complémentaires de  l’actuel vaccin contre le méningocoque de type C – un vaccin aujourd’hui recommandé mais que le gouvernement entend rendre obligatoire avant l’âge de deux ans.

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Demain, des vaccinations-patchs, sans injection et sans médecin. Sera-ce un progrès ?

 

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Est-ce cela que l’on nomme une disruption ?  Qu’en diront les nouvelles ligues anti-vaccinales ? Et les parents, toujours inquiets pour leurs enfants ? Une disruption dans le champ de la pratique médicale : les temps semblent approcher où l’immunisation ne nécessitera plus d’injection mais la pose d’un simple patch. C’est du moins ce que laisse imaginer une publication du Lancet : « The safety, immunogenicity, and acceptability of inactivated influenza vaccine delivered by microneedle patch (TIV-MNP 2015): a randomised, partly blinded, placebo-controlled, phase 1 trial». Un travail américain repris par la BBC : « Painless flu jab patch for people scared of injections ».

L’étude a été menée par une équipe du Georgia Institute of Technology et de l’Université Emory dirigée par le Dr Nadine G Rouphael . Soit une étude de phase I, randomisée, contre placebo, cent participants de 18 à 49 ans naïfs quant au vaccin contre la grippe et sans pathologies dermatologiques, quatre groupes différents. Entre juin et septembre 2015, le vaccin inactivé (de la saison 2014-2015) était « posé » par un professionnel de santé (ou par le participant lui-même) ou administré par injection intramusculaire. Le dernier groupe a reçu un patch-placebo.

Campagnes désertées

Ce dispositif est constitué d’un petit patch contenant une centaine de micro-aiguilles solubles pénétrant la peau quelques minutes, le temps que le vaccin encapsulé pénètre. Le patch est ensuite retiré comme un pansement. Le dispositif ne nécessite pas d’être conservé au frais et présente d’innombrables avantages techniques. Effets secondaires de courte durée : sensibilité locale et quelques douleurs, prurit et érythème localisé une fois le patch enlevé.

L’immunité antigrippale ainsi obtenue est la même selon le mode d’injection – et le fait que le patch soit posé par un professionnel de santé ou par le participant lui-même ne change rien à l’affaire. Plus de 70 % des participants des deux groupes « patchs » ont indiqué qu’ils préféreraient à l’avenir cette méthode de préférence à l’injection traditionnelle – voire à une vaporisation intranasale. Quant aux auteurs ils vantent, sans surprise, les mérites d’une technique qui pourrait notablement réduire le coût des futures campagnes de vaccination. Des campagnes désertées par les professionnels de santé ?

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Drogue et psychiatrie : prescrire la kétamine comme un antidépresseur majeur ?

 

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La kétamine n’a pas fini de faire rêver. Cette amine psychotrope synthétisée en 1962 pour les laboratoires Parke-Davis est aujourd’hui utilisée comme anesthésique général. Son usage fut rapidement détourné à d’autres fins que thérapeutique et on a, ici ou là, signalé son usage sur les théâtres d’opérations militaires où l’indifférence du combattant à la douleur constitue un avantage certain. Ses propriétés stupéfiantes expliquent aussi son usage (illégal) en milieu festif 1.

Il faut aujourd’hui compter avec le texte publié par  The Lancet Psychiatry « Ketamine treatment for depression: opportunities for clinical innovation and ethical foresight » signé par le Dr Rupert McShane (Oxford Health NHS Foundation Trust, Warneford Hospital, Oxford). Un texte repris et développé par la BBC.

Selon lui la kétamine peut constituer un traitement remarquable chez certaines personnes souffrant de dépressions sévères et résistantes à toutes les autres approches médicamenteuses. Ce spécialiste estime que le moment est venu d’en savoir plus et de constituer un registre pour surveiller sn usage et en tirer au plus vite les leçons pratiques.  Dans son expérience clinique sur cent-une personnes souffrant de dépression résistante quarante-deux ont répondu à la kétamine.

Pas d’automédication

Le Dr McShane espère qu’un nombre croissant de médecins l’utiliseront pour traiter ces formes de dépression. « Nous pensons que le traitement des patients devrait se faire dans des centres spécialisés et être officiellement suivi dans les registres nationaux ou internationaux, explique-t-il. Cela nous aiderait à résoudre les problèmes de sécurité ou d’abus à long terme et à réduire la dose, la fréquence, let les durées de traitement. »

Les dosages de la kétamine utilisée dans son essai clinique sont beaucoup moins élevés que les quantités utilisées par les personnes qui le prennent comme drogue illégale. Le Dr McShane met en garde contre tout type d’automédication et avertit qu’il ne s’agit en rien d’une thérapeutique miracle obtenue en une prise unique.

Prudence

Outre-Manche l’institution psychiatrique demeure prudente. Le Pr Allan Young (Collège royal des psychiatres) a estime qu’il existe toujours des « lacunes importantes » dans la connaissance de l’utilisation de la kétamine. « Avant que la kétamine puisse être recommandée en pratique clinique contre la dépression, une recherche approfondie est nécessaire pour comprendre comment utiliser de manière optimale, a-t-il déclaré. Le Collège royal des psychiatres s’inquiète de la sécurité des patients et, par conséquent, recommande aux praticiens de la santé mentale de faire preuve de prudence lorsqu’ils traitent des patients avec la kétamine ».

Pour Paul Keedwell, psychiatre à l’Université de Cardiff, « La kétamine dans le traitement de la dépression est l’une des découvertes les plus excitantes en psychiatrie depuis des années. Cependant, plus de recherche est nécessaire ainsi qu’un registre qui permette aux chercheurs de partager de nouveaux résultats, positifs ou négatifs ». Un point de vue entièrement partagé, en France, par le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions.

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1 En France la kétamine en tant que matière première est inscrite sur la liste des stupéfiants par l’arrêté du 8 août 1997. Ce classement était justifié par l’apparition de cas d’abus en milieu médical et l’émergence d’une consommation de kétamine dans les milieux festifs (« rave-party »), confirmée par une enquête réalisée en 2000 et 2001. Selon cette enquête, les produits impliqués, quand ils étaient identifiés, étaient le plus souvent des médicaments vétérinaires, plus fortement dosés que les médicaments à usage humain.

Pourquoi ne pas considérer le tabac comme un scandale sanitaire d’ampleur planétaire ?

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Près d’un milliard de personnes fument quotidiennement (du tabac) à la surface de la Terre. La moitié d’entre elles mourront prématurément des conséquences de cette addiction officiellement inscrite au sein de l’économie de marché. Les mesures politiques sont parfaitement connues qui permettent de lutter contre cette consommation mortifère: hausse massive des prix, aides véritables au sevrage, éducation et – depuis peu – cigarette électronique. Pour autant seuls quelques très rares pays les mettent en œuvre, avec succès, au sein de politiques de réduction des risques.

Il y a là tous les éléments constitutifs d’un scandale sanitaire d’ampleur planétaire. Toutes les données chiffrées de cette affaire viennent d’être actualisées dans The Lancet et reprises par la BBC. Dans le monde le nombre des fumeurs est passé de 870 millions en 1990 à plus de 930 millions en 2015. Et celui des décès prématurés attribués au tabac a augmenté de 4,7 % au cours de la même période.  Cette mortalité pourrait encore augmenter : Big Tobacco cible de manière agressive de nouveaux marchés – notamment dans les pays en développement.

Servitude volontaire

Un contre-exemple ? Le Brésil qui, en un quart de siècle, est passé de 29 % à 12% de fumeurs quotidiens. A l’inverse l’Indonésie, le Bangladesh et les Philippines se situent respectivement à 47 %, 38 % et 35 % d’hommes fumeurs et n’ont pas enregistré de progrès entre 1990 à 2015. La France arrive juste après eux.

A court et moyen terme la progression de la mortalité liée au tabac dans les pays à faibles revenus sera probablement considérable. C’est ce qu’écrit dans un commentaire du Lancet, John Britton, (UK Centre for Tobacco and Alcohol Studies, University of Nottingham). Ce dernier cible la responsabilité des géants du tabac – des géants jamais inquiétés.

On peut voir dans tout cela une forme de fatalité, l’acceptation de l’addiction et de la loi triomphante du marché. Comment faire avec le refus majoritaire de voir ici un scandale sanitaire d’ampleur planétaire ? Comment faire, dans les espaces démocratiques, avec la servitude volontaire ?

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Cerveau connecté : un malade tétraplégique peut mobiliser son bras par la pensée .

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Pour les spécialistes, tout vient d’être expliqué dans The Lancet : « Restoration of reaching and grasping movements through brain-controlled muscle stimulation in a person with tetraplegia: a proof-of-concept demonstration ». « A notre connaissance, c’est le premier exemple au monde d’une personne atteinte d’une paralysie totale » utilisant directement la pensée pour déplacer le bras et la main et effectuer des « mouvements fonctionnels », a déclaré là l’AFP  le Dr Bolu Ajiboye (Department of Biomedical Engineering, Case Western Reserve University, Cleveland), premier signataire de cette publication spectaculaire.

Où l’on découvre le cas de Bill Kochevar, 56 ans, victime il y a dix ans d’une lésion médullaire traumatique au niveau de la 4e cervicale, aujourd’hui tétraplégique. « Il a deux boîtiers sur la tête et 192 micro-électrodes implantées chirurgicalement dans son cerveau, qui enregistrent les signaux que sa matière grise envoie lorsqu’il imagine bouger le bras et la main, explique l’AFP.  Avec ce dispositif expérimental, ses muscles reçoivent des instructions par le biais de 36 électrodes implantées dans son bras et son avant-bras. Il peut ainsi l’utiliser pour boire une gorgée de café, se gratter le nez et manger de la purée de pommes de terre. »

Implanté fin 2014 M. Kochevar est en outre équipé d’un bras mobile de support, également sous le contrôle de son cerveau, qui l’aide à surmonter la gravité qui l’empêcherait de lever le bras pour que sa main puisse saisir la fourchette et la tasse.

Cette première vient, après d’autres résultats spectaculaires, témoigner des avancées que permettent (et laissent espérer) les recherches aux croisements des neurosciences, de l’informatique et de la robotique. Nous sommes ici sur les premières frontières des interfaces « cerveau-ordinateur ». A l’approche du « commander par la pensée ».

L’esprit et le geste

S’enthousiasmer ? C’est bel et bien la première fois qu’une personne exécute des mouvements fonctionnels, multi-articulations (main, coude, épaule) avec un membre paralysé grâce à une neuroprothèse motrice, souligne le Pr Steve I Perlmutter (Department of physiology and biophysics and Washington National Primate Research Center, University of Washington) dans un commentaire accompagnant l’article du Lancet (« Reaching again: a glimpse of the future with neuroprosthetics »). Pour autant il ajoute que cette thérapeutique n’est pas prête à être utilisée hors des laboratoires spécialisés.

Les mouvements du patient ont encore lents et approximatifs, précise le commentateur, notant les nombreux obstacles qui devront être surmontés, notamment dans la miniaturisation des dispositifs. De fait, le Dr Ajiboye reconnaît que le système actuel a besoin d’améliorations pour fonctionner au quotidien, qu’il s’agisse de la durée de vie et de la puissance des implants cérébraux ou de la possibilité de disposer d’un système « complètement implantable » sans fils, ni boîtiers extérieurs.

Reste que l’impensable est en vue, que la voie est ouverte d’une connexion reconstruite entre l’esprit est le geste.

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Autisme, vaccins et croyances : Luc Montagnier, ou l’étrange « revenant qui a mal tourné »

 

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Les gazettes généralistes ne se sont guère intéressées au lièvre levé par l’Association Française pour l’Information Scientifique. Le 3 février dernier, l’AFIS diffusait le communiqué suivant : « Opération anti-vaccination au Parlement Européen : une députée européenne invite un ex-médecin radié pour fraude »:

« Le 9 février prochain, une initiative publique du mouvement anti-vaccination, accueillie par le groupe écologiste, est organisée au Parlement Européen et plus particulièrement par la députée française Michèle Rivasi. Ce n’est pas certes la première fois que cette élue ou d’autres utilisent ce lieu et cette tribune pour faire avancer des idées rejetées par la communauté scientifique concernée, on peut penser notamment aux initiatives de promotion des travaux de Gilles-Eric Séralini sur les OGM ou sur le glyphosate. Mais, c’est un nouveau cap qui vient d’être franchi sur une question majeure de santé publique : en effet, l’invité d’honneur sera Andrew Wakefield, un ex-chirurgien radié pour avoir été convaincu de fraude scientifique. Il viendra présenter son film « Vaxxed : from cover-up to catastrophe » (vaccination : de la dissimulation à la catastrophe). (…) ».

Confrère blogueur

Ce lièvre est repris aujourd’hui par Hervé Maisonneuve sur son blog « Rédaction médicale et scientifique ». Délicieusement pointilliste notre confrère blogueur connaît à merveille le sujet. Il a évoqué plusieurs fois l’affaire Wakefield et les morts dues à des infection rougeoleuse au Royaume-Uni. Il a résumé cette affaire dans un article de La Presse Médicale en 2012. Le BMJ a décrit cette fraude en trois articles et c’est un journaliste, Brian Deer, qui avait fait réagir la communauté scientifique. Autant d’éléments que ne peut pas connaître la scientifique devenue politique Michèle Rivasi. Hervé Maisonneuve :

« En bref, un chirurgien anglais, Andrew Wakefield, a été subventionné par un cabinet d’avocats (argent venant de lobbies anti-vaccins). Il a publié en 1988 dans The Lancet une série de 12 cas d’enfants faisant évoquer un lien entre vaccination ROR (MMR) et autisme. L’article a été rétracté en 2010, et A Wakefield a perdu son diplôme de médecin. Il est allé vivre au Texas (USA) où il donne des conférences. Cette fraude a eu des conséquences majeures : résurgence de cas de maladies infantiles, quelques décès et des centaines de millions d’euros gaspillés… »

Forêt des blogs

Michèle Rivasi n’est pas non plus sans regarder la télévision : l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et ses croyances dans les vérités d’Andrew Wakefield, puis l’émergence de ce dernier dans le cortège présidentiel. Michèle Rivasi n’est pas non plus sans lire ce qu’on écrit à son endroit sur Mediapart (Yann Kindo) : « Michèle Rivasi en croisade contre la science et la santé publique ». Il semble qu’au final les portes du Parlement soient restées fermées à Andrew Wakefield. Reste que les canons sont là et les boulets aussi.

Hervé Maisonneuve souligne aussi que Michèle Rivasi avait annoncé la participation, à cette séance du Pr Luc Montagnier, pastorien définitivement émérite. Et notre confrère de qualifier le prix Nobel de médecine 2008 de « revenant qui a mal tourné ». Existe-t-il des revenants tournant bien ? Et comment comprendre la lente, longue et étrange dérive de celui qui découvrit le virus du sida ? Trente-quatre ans déjà. On regrettera que les gazettes citadines ne s’intéressent guère aux plus beaux des lièvres levés dans la forêt des blogs.

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Zola et Marx revisités : les déshérités sont ceux dont les mortalités sont les plus prématurées

 

Bonjour

Des chiffres pour confirmer ce que chacun pressentait. Et, pour cela, une longue publication du Lancet : « Socioeconomic status and the 25 × 25 risk factors as determinants of premature mortality: a multicohort study and meta-analysis of 1·7 million men and women »

Les innombrables auteurs (dont quelques français) ont analysé les données de plus d’1,7 million de personnes recensées dans quarante-huit études de cohorte. Objectif : étudier la part de responsabilité des conditions socio-économiques dans la mortalité – en les comparant à celle des facteurs de risques déjà identifiés par l’OMS. L’initiative « 25×25 », qui vise à diminuer la mortalité causée par les maladies non transmissibles de 25 % à l’horizon 2025, cible l’alcool, la sédentarité, le tabac, la consommation de sel, le diabète, l’obésité et l’hypertension.

 « Nous avons découvert que l’association entre le statut socio-économique et la mortalité est aussi forte et pertinente, que celle entre la mortalité et les facteurs de risque de l’initiative 25×25, et ceci dans tous les pays, écrivent les auteurs, dirigés par la Dr Sylvia Stringhini (Institute of Social and Preventive Medicine and Departments of Psychiatry and Internal Medicine, Lausanne University Hospital).  Traduire : des conditions socio-économiques peu favorables (travail peu qualifié, bas revenu, faible niveau d’éducation) sont associées à une perte de 2,1 ans de vie pour les hommes et femmes âgés de 40 à 85 ans.

Truismes

 « Le statut socio-économique est important parce qu’il est un résumé d’une exposition, pendant toute une vie, à des conditions et des comportements dangereux », observe le Pr Paolo Vineis (Department of Epidemiology and Biostatistics, Imperial College London), chef du projet européen Lifepath financé par la Commission et dans lequel ce travail s’inscrit.

Après enquête observationnelle Emile Zola et Victor Hugo l’avaient écrit. Le tabagisme, le confinement, le diabète, l’alcoolisme, le travail abrutissant, l’école au compte-goutte  ne sont généralement pas des facteurs qui aident à vivre plus longtemps que la moyenne. Forts de leurs chiffres nos auteurs modernes portent un regard critique sur tous les programmes qui prennent trop peu en compte la « dimension socio-économique », préférant les seuls facteurs de risque classiques.

Ils appellent, logiques, les autorités à mener des politiques de santé ciblées sur les conditions socio-économiques, à l’échelle locale, nationale, et internationale – à commencer par la réduction générale de la pauvreté. C’est là un bien bel objectif. Il semble bien que, depuis Marx Karl,  The Lancet ne soit pas le premier à l’afficher.

A demain