GPA : lettre à Edouard Philippe et la tragique histoire d’une mère porteuse britannique

Bonjour

Une lettre ouverte  comme un symptôme éclairant dans monde de plus en plus marchand. Elle vient d’être adressée à Édouard Philippe, Premier ministre. Des intellectuels renommés (la philosophe Sylviane Agacinski, la psychanalyste Marie Balmary, les écrivaines Eliette Abecassis ou Alice Ferney) et une vingtaine d’associations y réclament l’interdiction du démarchage commercial opéré, en France, par une agence américaine spécialisée dans la promotion de la gestation pour autrui (GPA) – et ce au mépris de la loi française qui, précisément, l’interdit.

« Monsieur le Premier ministre, écrivent les signataires, nous souhaitons attirer votre attention sur une situation qui nuit profondément aux droits des femmes et des enfants et qui est en contradiction avec notre législation. À la veille du débat, à l’Assemblée nationale, de la loi sur les violences sexuelles et sexistes, et alors que la lutte contre les violences faites aux femmes est grande cause nationale, une agence américaine vient faire la promotion de ses services dans diverses villes de France, à travers des conférences gratuites-cocktail (sic). Non seulement cette agence propose la GPA mais aussi la sélection du sexe de l’enfant, pratique éminemment sexiste et misogyne, elle aussi interdite en France. »

En être pour ses frais

Dans le même temps un fait divers, également éclairant. Une mère porteuse britannique est actuellement poursuivie par un « commanditaire homosexuel ». Il l’accuse de lui avoir « volé » son petit garçon et de l’avoir empêché d’assister à l’accouchement. Une affaire rapportée par The Daily Mail : « Surrogate mother is sued by gay father who claims she ‘stole’ his baby boy by barring him from birth and refusing to hand over the child when his partner who was in his 70s died ». Et par The  Sun : « Baby Battle :  Gay dad sues surrogate mum after she kept baby after the birth ».

« Les commanditaires de cette gestation pour autrui étaient deux hommes, âgés d’une trentaine d’années pour le premier et d’environ 70 ans pour le second, résume le site Gènéthique. Ils avaient rencontré la mère par le biais d’une agence de GPA. Elle avait accepté d’être inséminée par le plus jeune des deux hommes. L’homme de 70 ans étant décédé avant la naissance, la femme a refusé de donner l’enfant, arguant que « l’enfant n’était plus destiné à un couple amoureux » et qu’elle « avait tissé un lien avec l’enfant lorsqu’elle était enceinte ». Elle estime faire le bon choix pour l’enfant.

Pour le commanditaire, au contraire, la mère a « enfreint les termes de leur contrat ». A cette nuance près, souligne le site français, que « la loi britannique considère toujours la mère porteuse comme une mère, ce qui lui donne le droit de garder l’enfant ». Sur le site web du gouvernement britannique, on peut ainsi lire : « les contrats de gestation pour autrui ne sont pas garantis par la loi britannique, même si vous avez un contrat signé avec votre mère porteuse et que vous avez payé ses frais ».

A demain

1 « Monsieur le Premier ministre, défendez les femmes et les enfants contre la marchandisation des êtres humains ! » Blog du Collectif pour le Respect de la Personne  (CoRP), 13 mai 2018.

L’incroyable chasse européenne pour emprisonner les parents d’un enfant cancéreux

Bonjour

Qui comprendra ? Comment peut-on en arriver là ? Cela commence avec des parents tenus pour être des Témoins de Jéhovah. Des parents accusés d’avoir « volé » leur enfant cancéreux, cinq ans, dans un hôpital de Southampton. Trois jours plus tard les parents sont arrêtés en Espagne et  on apprend qu’ils expliquent être à la recherche d’un traitement indisponible dans leur pays. Mieux : on apprend le 1er septembre que leur détention est prolongée de 72 heures. Ils sont séparés de leur enfant et devront dire à un juge de Madrid, Ismael Moreno, s’ils acceptent ou non d’être extradés vers le Royaume-Uni. Le juge a demandé un rapport médical urgent su’ l’état de l’enfant atteint d’une « tumeur au cerveau ».

Chasse aux parents

Trois jours de course contre la montre. Mieux, trois jours de chasse aux parents. Une chasse commencée en Grande Bretagne, poursuivie en France pour s’achever en Espagne. Au final Ashya King, cinq ans, retrouvé dans la soirée du 30 août avec ses parents, Brett King, 51 ans, et Naghemeh King, 45 ans, arrêtés par la police espagnole. Le surlendemain tous deux sont arrivés à bord d’un fourgon de police  au tribunal chargé des dossiers d’extradition. Puis l’audition a été retardée en raison de l’absence de leur avocat. Le couple avait  retiré leur enfant de l’hôpital britannique. Et ce « sans l’accord des médecins » (1).

A ce titre il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt européen lancé par le Royaume-Uni. On expliquait que les autorités britanniques craignaient pour la vie de l’enfant. Les radios répétaient en boucle qu’il était en danger de mort imminente, qu’il ne pouvait se déplacer qu’en fauteuil roulant, qu’il était dans l’incapacité de communiquer, qu’il ne vivait plus que grâce à une sonde bientôt périmée.

Hurlements

 « Kidnaping » de l’enfant… fuite du  Royaume-Uni… le ferry jusqu’à Cherbourg…Le couple avec le reste de la fratrie échappe à la police… Des Témoins de Jéhovah cinglant vers l’Espagne… Alerte aux frontières… La police britannique dispose  d’éléments laissant penser « que la famille a une maison » dans le sud de la péninsule. Bien vu : ils sont appréhendés. La France, l’Europe en haleine. On a les feuilletons radiophoniques que l’on mérite. «Trouvez ce garçon ! », hurlaient, samedi 30 août, The Sun et le Daily Mail.

 Puis  l’horloge a  tourné. France Info et les autres radios se sont tues… Aujourd’hui on commence ici ou là à évoquer l’hypothèse d’un « excès de zèle »… L’enfant est hospitalisé sous surveillance policière à Malaga. Son état est « stable ». Et la batterie de sa sonde « naso-gastrique » n’était pas épuisée…  

Prontothérapie

Témoins de Jéhovah ou pas l’un des frères de l’enfant, Naveed, a mis en ligne deux vidéos sur YouTube. Dans la première, il dit vouloir « expliquer » ce que son père a fait et pourquoi. « Comme vous pouvez le voir, il n’a aucun problème, il est très heureux depuis qu’on l’a retiré de l’hôpital », déclare le père dans la vidéo, avec le garçonnet apparemment relié à une sonde, assis sur les genoux. Il explique que les parents avaient cherché à l’étranger un traitement de radiothérapie utilisant des protons (une prontothérapie) que le National Health Service britannique n’était pas en mesure de proposé.

 La seconde vidéo détaille l’équipement que la famille avait acheté pour assurer à Ashya le même traitement qu’à l’hôpital, y compris un nouveau fauteuil roulant. « Il n’était pas affamé pendant le voyage » précise encore  Naveed King, en montrant un chargeur adaptable à l’allume-cigare auquel  la sonde de son frère était reliée dans la voiture.

S’il faut payer…

Dans le même temps tout se complique avec un appel aux dons en ligne lancé via plusieurs sites. « L’un d’eux, sur PayPal, a été bloqué dans la matinée à cause d’une trop grande affluence, selon un message de Naveed King sur son compte Facebook, résume l’Agence France Presse. Les donations affluaient également vers une autre page, Indiegogo, où elles s’élevaient à près de 8 800 euros à la mi-journée. Une pétition demandant la libération des parents d’Ashya avait reçu plus de 11 000 signatures sur la plateforme change.org ».

 Dans la vidéo, le père d’Ashya King déclare : « Je vendrai ma propriété s’il faut payer la protonthérapie, ça ne me pose aucun problème de la payer ».  La grand-mère d’Ashya, Patricia King, dénonce quant à elle « la cruauté » de l’arrestation du couple. « C’est profondément honteux, ils sont traités comme des criminels », a-t-elle déclaré sur l’émission matinale de la chaîne britannique BBC, BBC Breakfast. Évoquant le mandat d’arrêt lancé contre eux, pour « cruauté faite à un mineur », la grand-mère dit : « Ce sont eux qui sont cruels. Le pauvre petit Ashya est en train de mourir d’une tumeur au cerveau et ils ne le laissent pas voir ses parents. C’est tellement cruel, c’est incroyable. 

Girouettes médiatiques

En Grande Bretagne les girouettes médiatiques  tournent. La famille se serait rendue en Espagne pour y vendre sa maison de vacances afin de pouvoir financer le nouveau traitement, et ce en République tchèque. Le père confie aussi son impression de pas avoir été écouté par les médecins et sa hantise qu’on finisse par lui retirer l’enfant, d’où la «fuite» à l’étranger. L’hôpital de Southampton  répond  en assurant avoir «offert la possibilité d’un deuxième avis et proposé son assistance pour organiser une prise en charge à l’étranger». Dans la vidéo postée juste avant l’arrestation des parents, l’un des frères d’Ashya, accuse de nouveau les médecins britanniques de ne pas avoir écouté son père qui a «passé des heures sur internet à la recherche de traitements de substitution».

Pas d’excuses policières

Que fait désormais la police ? Elle se justifie. Le commissaire adjoint Chris Shead observe que la manière avec laquelle la police avait géré l’affaire a  «fait beaucoup parler ». «Mais je préfère être critiqué sur notre détermination à agir plutôt que d’avoir à expliquer pourquoi un enfant est mort, dit-il. Nous avons des experts médicaux qui nous disaient qu’Ashya était en grave danger. Dans ces conditions, je ne vais pas présenter d’excuses Interrogé lundi 1er septembre quant au sentiment du Premier ministre sur cette affaire, un porte-parole de David Cameron a déclaré : «Je suis évidemment persuadé que chaque parent cherche ce qu’il y a de mieux pour son enfant. »

Faut-il dès lors remuer ciel et terre pour lui interdire de le trouver ?

A demain

(1) Nick Triggle, consultant médical de la BBC, rappelle qu’en Grande Bretagne il « est parfaitement possible de contester un avis médical. « L’un des principes les plus importants de la santé est que le patient doit consentir à son traitement. Toute personne âgée de 16 ans et plus peut refuser un traitement si elle le souhaite, sauf si elles sont considérées comme de n’ayant pas les capacités mentales nécessaires de le faire (… ) Pour les enfants plus jeunes, le consentement supplémentaire d’une personne ayant la responsabilité parentale est nécessaire à moins que le patient ait suffisamment de compréhension et d’intelligence pour apprécier pleinement ce qui est impliqué dans leur traitement.  Si la personne exerçant l’autorité parentale refuse le traitement et que les médecins estiment que cette décision pourrait entraîner la mort ou des blessures graves et permanentes la justice peut être saisie ».

Il ajoute que les choses sont moins claires quand il s’agit d’un traitement qui ne peut pas être offert. Qui les éclaircira ?

L’incroyable chasse européenne pour emprisonner les parents d’un enfant cancéreux

Bonjour

Qui comprendra ? Comment peut-on en arriver là ? Cela commence avec des parents tenus pour être des Témoins de Jéhovah. Des parents accusés d’avoir « volé » leur enfant cancéreux, cinq ans, dans un hôpital de Southampton. Trois jours plus tard les parents sont arrêtés en Espagne et  on apprend qu’ils expliquent être à la recherche d’un traitement indisponible dans leur pays. Mieux : on apprend le 1er septembre que leur détention est prolongée de 72 heures. Ils sont séparés de leur enfant et devront dire à un juge de Madrid, Ismael Moreno, s’ils acceptent ou non d’être extradés vers le Royaume-Uni. Le juge a demandé un rapport médical urgent su’ l’état de l’enfant atteint d’une « tumeur au cerveau ».

Chasse aux parents

Trois jours de course contre la montre. Mieux, trois jours de chasse aux parents. Une chasse commencée en Grande Bretagne, poursuivie en France pour s’achever en Espagne. Au final Ashya King, cinq ans, retrouvé dans la soirée du 30 août avec ses parents, Brett King, 51 ans, et Naghemeh King, 45 ans, arrêtés par la police espagnole. Le surlendemain tous deux sont arrivés à bord d’un fourgon de police  au tribunal chargé des dossiers d’extradition. Puis l’audition a été retardée en raison de l’absence de leur avocat. Le couple avait  retiré leur enfant de l’hôpital britannique. Et ce « sans l’accord des médecins » (1).

A ce titre il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt européen lancé par le Royaume-Uni. On expliquait que les autorités britanniques craignaient pour la vie de l’enfant. Les radios répétaient en boucle qu’il était en danger de mort imminente, qu’il ne pouvait se déplacer qu’en fauteuil roulant, qu’il était dans l’incapacité de communiquer, qu’il ne vivait plus que grâce à une sonde bientôt périmée.

Hurlements

 « Kidnaping » de l’enfant… fuite du  Royaume-Uni… le ferry jusqu’à Cherbourg…Le couple avec le reste de la fratrie échappe à la police… Des Témoins de Jéhovah cinglant vers l’Espagne… Alerte aux frontières… La police britannique dispose  d’éléments laissant penser « que la famille a une maison » dans le sud de la péninsule. Bien vu : ils sont appréhendés. La France, l’Europe en haleine. On a les feuilletons radiophoniques que l’on mérite. «Trouvez ce garçon ! », hurlaient, samedi 30 août, The Sun et le Daily Mail.

 Puis  l’horloge a  tourné. France Info et les autres radios se sont tues… Aujourd’hui on commence ici ou là à évoquer l’hypothèse d’un « excès de zèle »… L’enfant est hospitalisé sous surveillance policière à Malaga. Son état est « stable ». Et la batterie de sa sonde « naso-gastrique » n’était pas épuisée…  

Prontothérapie

Témoins de Jéhovah ou pas l’un des frères de l’enfant, Naveed, a mis en ligne deux vidéos sur YouTube. Dans la première, il dit vouloir « expliquer » ce que son père a fait et pourquoi. « Comme vous pouvez le voir, il n’a aucun problème, il est très heureux depuis qu’on l’a retiré de l’hôpital », déclare le père dans la vidéo, avec le garçonnet apparemment relié à une sonde, assis sur les genoux. Il explique que les parents avaient cherché à l’étranger un traitement de radiothérapie utilisant des protons (une prontothérapie) que le National Health Service britannique n’était pas en mesure de proposé.

 La seconde vidéo détaille l’équipement que la famille avait acheté pour assurer à Ashya le même traitement qu’à l’hôpital, y compris un nouveau fauteuil roulant. « Il n’était pas affamé pendant le voyage » précise encore  Naveed King, en montrant un chargeur adaptable à l’allume-cigare auquel  la sonde de son frère était reliée dans la voiture.

S’il faut payer…

Dans le même temps tout se complique avec un appel aux dons en ligne lancé via plusieurs sites. « L’un d’eux, sur PayPal, a été bloqué dans la matinée à cause d’une trop grande affluence, selon un message de Naveed King sur son compte Facebook, résume l’Agence France Presse. Les donations affluaient également vers une autre page, Indiegogo, où elles s’élevaient à près de 8 800 euros à la mi-journée. Une pétition demandant la libération des parents d’Ashya avait reçu plus de 11 000 signatures sur la plateforme change.org ».

 Dans la vidéo, le père d’Ashya King déclare : « Je vendrai ma propriété s’il faut payer la protonthérapie, ça ne me pose aucun problème de la payer ».  La grand-mère d’Ashya, Patricia King, dénonce quant à elle « la cruauté » de l’arrestation du couple. « C’est profondément honteux, ils sont traités comme des criminels », a-t-elle déclaré sur l’émission matinale de la chaîne britannique BBC, BBC Breakfast. Évoquant le mandat d’arrêt lancé contre eux, pour « cruauté faite à un mineur », la grand-mère dit : « Ce sont eux qui sont cruels. Le pauvre petit Ashya est en train de mourir d’une tumeur au cerveau et ils ne le laissent pas voir ses parents. C’est tellement cruel, c’est incroyable. 

Girouettes médiatiques

En Grande Bretagne les girouettes médiatiques  tournent. La famille se serait rendue en Espagne pour y vendre sa maison de vacances afin de pouvoir financer le nouveau traitement, et ce en République tchèque. Le père confie aussi son impression de pas avoir été écouté par les médecins et sa hantise qu’on finisse par lui retirer l’enfant, d’où la «fuite» à l’étranger. L’hôpital de Southampton  répond  en assurant avoir «offert la possibilité d’un deuxième avis et proposé son assistance pour organiser une prise en charge à l’étranger». Dans la vidéo postée juste avant l’arrestation des parents, l’un des frères d’Ashya, accuse de nouveau les médecins britanniques de ne pas avoir écouté son père qui a «passé des heures sur internet à la recherche de traitements de substitution».

Pas d’excuses policières

Que fait désormais la police ? Elle se justifie. Le commissaire adjoint Chris Shead observe que la manière avec laquelle la police avait géré l’affaire a  «fait beaucoup parler ». «Mais je préfère être critiqué sur notre détermination à agir plutôt que d’avoir à expliquer pourquoi un enfant dit-il. Nous avons des experts médicaux qui nous disaient qu’Ashya était en grave danger. Dans ces conditions, je ne vais pas présenter d’excuses Interrogé lundi 1er septembre quant au sentiment du Premier ministre sur cette affaire, un porte-parole de David Cameron a déclaré : «Je suis évidemment persuadé que chaque parent cherche ce qu’il y a de mieux pour son enfant. »

Faut-il dès lors remuer ciel et terre pour lui interdire de le trouver ?

 

A demain

(1) Nick Triggle, consultant médical de la BBC, rappelle qu’en Grande Bretagne il « est parfaitement possible de contester un avis médical. « L’un des principes les plus importants de la santé est que le patient doit consentir à son traitement. Toute personne âgée de 16 ans et plus peut refuser un traitement si elle le souhaite, sauf si elles sont considérées comme de n’ayant pas les capacités mentales nécessaires de le faire (… ) Pour les enfants plus jeunes, le consentement supplémentaire d’une personne ayant la responsabilité parentale est nécessaire à moins que le patient ait suffisamment de compréhension et d’intelligence pour apprécier pleinement ce qui est impliqué dans leur traitement.  Si la personne exerçant l’autorité parentale refuse le traitement et que les médecins estiment que cette décision pourrait entraîner la mort ou des blessures graves et permanentes la justice peut être saisie ».

Il ajoute que les choses sont moins claires quand il s’agit d’un traitement qui ne peut pas être offert. Qui les éclaircira ?