Pharmacie, éthique et politique : méchantes recettes pour faire de gros bénéfices

 

Bonjour

On peut voir là, au choix, des informations édifiantes ou révoltantes. Elles sont disponibles sur le site Medscape (Aude Lecrubier). On y découvre les révélations de plusieurs médias britanniques quant aux méthodes de la multinationale pharmaceutique sud-africaine Aspen Pharmacare. « S’il n’obtient pas les hausses de prix demandées auprès des gouvernements, Aspen va jusqu’à stopper les ventes, quitte à envisager de détruire ses propres stocks, résume Medscape. Or, Aspen est en situation de quasi-monopole sur ces génériques… »

Après The Guardian, ces pratiques sont mises en lumière par The Times (Billy Kenber) : « Drug giant’s secret plan to destroy cancer medicine » et par  The Independant (Katie Forster): « Pharmaceutical giant ‘plotted to destroy cancer drugs to drive prices up 4,000%’ ». On y apprend le bras de fer engagé avec le gouvernement espagnol pour obtenir une forte hausse des prix de cinq génériques d’anticancéreux acquis auprès de GlaxoSmithKline.  Une bataille qu’ont déjà perdu (ou que n’ont pas mené) certains pays européens.

Parmi les cinq médicaments concernés, le busulfan (Myleran®, Aspen) indiqué dans le traitement de la leucémie myéloïde chronique a vu son prix passer de 5,20 £ à 65,22 £ le flacon de comprimés en 2013 – soit une augmentation de plus de 1100% après l’acquisition par Aspen.

Faire céder les gouvernements

« Notons qu’en France, le prix du médicament vendu par Aspen est désormais de 68 euros par flacon de 25 comprimés alors qu’il était de 14,93 euros en 2006, souligne Medscape. Une autre molécule, le chlorambucil (Leukeran®, Aspen), également utilisée en hémato-oncologie coute désormais 40,51 £ par boite versus 8,36 £ avant le rachat en 2013. En France, le produit est aujourd’hui commercialisé par le laboratoire Techni Pharma pour 20,96 euros la boite de 30 cps. Dans l’Hexagone, le Purinethol® coute désormais 64,63 euros par flacon de 25 cps au lieu de 4,35 euros lorsqu’il était commercialisé par GSK. »

Face à refus du gouvernement espagnol d’accepter une augmentation de prix allant jusqu’à 4000%, le laboratoire est passé des menaces à l’action destructrice. Selon The Independent, cette méthode de pression a déjà été utilisée par le laboratoire en Italie où les pénuries de médicaments et les menaces d’arrêter les ventes ont fini par faire céder le gouvernement.

Interrogé par The Times, Aspen n’a pas fait de commentaire sur la question de la destruction des stocks espagnols, précise Medscape. En revanche, Dennis Dencher, DG d’Aspen Pharma Europe a indiqué que les hausses de prix avaient pour but « de promouvoir un accès durable aux patients », que les prix initiaux étaient « très bas et insoutenables » et que les « pénuries d’anticancéreux d’Aspen n’étaient pas délibérées ».

Existe-t-il une éthique minimale dans la jungle des multinationales pharmaceutiques ? Que pourrait révéler, sur le sujet, le Comité économique français des produits de santé ?

A demain

 

«Tabac chauffé» : Philip Morris a-t-il programmé la mort de la cigarette qui tue ?

 

Bonjour

Ancien de l’Ecole Polytechnique de Lausanne, André Calantzopoulos est aujourd’hui le PDG de Philip Morris International (PMI), l’une des premières puissances mondiales du « tabac brûlé ». Son groupe s’apprête à lancer en France l’appareil IQOS et ses recharges de « tabac chauffé » présentés comme une manière de fumer « à moindre nocivité ».

L’appareil IQOS est d’ores et déjà commercialisé dans vingt pays.  Il sera bientôt (70 euros) chez les vingt-six mille buralistes de l’Hexagone – avec les paquets de vingt sticks de tabac au prix du paquet de Marlboro, (7 euros). Le tout devant les murs de « paquets neutres » avec le logo et les couleurs de Philip Morris. Le géant du tabac « brûlé » assure avoir investi trois milliards de dollars depuis 2008 pour développer des « produits à risques potentiellement réduits ». C’est, à en croire ses communicants, une véritable mutation industrielle estampillée « moindre risque ». C’est aussi une concurrence directe de la révolution que constitue la cigarette électronique.

« Ce marketing bien rodé est trompeur car il entretient une certaine confusion, vient de commenter, sur France Inter, le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue-militant. C’est du tabac chauffé, non brûlé, disent-ils, mais il est un peu brûlé tout de même et il libère de toutes petites doses de monoxyde de carbone et de produits toxiques. C’est un produit du tabac, on n’est pas du tout sur une cigarette électronique, alors que Philip Morris veut entretenir la confusion et dire que c’est la même chose. »

Pas devant les enfants

André Calantzopoulos écoute-t-il  France Inter ? Répondra-t-il aux commentaires du Pr Dautzenberg ? Il faut l’espérer puisque le PDG de Philip Morris International semble goûter les médias. Il était à Londres en novembre dernier au moment du lancement d’IQOS au Royaume-Uni. Et le PDG de parler à la BBC. « Le moment viendra où nous aurons suffisamment d’adoptions de ce produit alternatif pour commencer à envisager, avec les gouvernements, l’élimination des cigarettes.  J’espère que ce moment arrivera bientôt ». Interrogé par The Times, il semblait voir le jour où PMI arrêterait de vendre des cigarettes : « Pas au cours de mon mandat de PDG, mais de mon vivant, j’espère ».

Il y a quelques semaines le quotidien suisse Le Temps interrogeait le PDG de Philip Morris dont le siège est à Lausanne. Extrait :

«  – Etes-vous fumeur?

– Je fume des cigarettes professionnellement. Je goûte les marques de la concurrence. Je m’accorde parfois aussi un cigare.

– Comment abordez-vous la question de la cigarette au sein de votre famille?

– Ma femme a arrêté de fumer quand elle était enceinte. Comme elle allaite en ce moment, il n’est pas question qu’elle reprenne. Etant père de famille, je suis convaincu par ailleurs qu’il ne faut pas fumer devant les enfants.

– Comment vivez-vous le fait de vendre un produit qui tue?

– La cigarette est un produit utilisé par plus d’un milliard de personnes, qu’il est légal de vendre. Ma fonction est d’offrir le plus de plaisir aux consommateurs sans gêner les autres. Cela fait dix-neuf ans que je travaille chez PMI et je suis fier de notre succès, de notre approche, de notre transparence et de notre volonté de dialoguer. »

A demain

 

Prometteuse lobotomie, cocaïne et rhume de cerveau (Le Chasseur Français, Juin 1947)

Bonjour,

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale la médecine française découvrait l’Amérique. Les lecteurs du plus que que célèbre Chasseur Français  aussi. L’été 1947 fut chaud et les vins furent bons. Dans sa livraison de juin 1947 (n°614) le célèbre mensuel confie  sa « causerie médicale » au Dr A. Gottschalk. Femmes sensibles s’éloigner. Mais pas de quoi effrayer un chasseur, français qui plus est. Nous laissons sans plus attendre la parole au Dr Gottschalk. Sa causerie a pour titre « Les médications de choc ».

Méthodes choquantes

« Ce sont là des thérapeutiques nouvelles, découvertes en Europe, mais particulièrement étudiées en Amérique, au cours de ces dernières années ; elles ont pour caractère commun de provoquer une perte de connaissance, accompagnée de convulsions, et s’adressent à certaines maladies mentales, jusqu’ici jugées rebelles à tout traitement.

Comme leur nom l’indique, ce sont des méthodes brutales, choquantes, qui ne sont pas dépourvues de danger (0,5 p. 100 de mortalité, en moyenne) et d’accidents, notamment de fractures, mais les résultats, sans être absolument constants, sont assez encourageants pour en faire l’application à des cas considérés auparavant comme inguérissables. Trois procédés sont actuellement en usage :

Le choc insulinique.

–           L’injection intramusculaire ou intraveineuse d’une dose calculée d’insuline détermine d’abord un état de somnolence, avec transpiration et forte salivation, puis une période de confusion mentale, avec tremblement et chute de température ; vers la troisième heure se produisent des spasmes, des convulsions qui s’exagèrent de plus en plus, avec un état de coma, qu’on interrompt, au bout d’un quart d’heure au maximum, par une injection de sérum sucré.

C’est surtout dans les formes de démence précoce qu’on a enregistré les meilleurs résultats, allant jusqu’à plus de 50p. 100 de guérisons, avec un important pourcentage d’améliorations notables.

Le choc par le « métrasol »

–           Il s’agit d’une substance chimique qui, injectée dans les veines, donne lieu, tout d’abord, à des sensations extrêmement pénibles (sensation de mort prochaine), cinq à dix secondes plus tard survient la perte de connaissance, suivie de convulsions épileptiformes.

Cette méthode cède le pas de plus en plus à celle du choc électrique.

Choc électrique.

— On fait passer par le crâne un courant électrique de 70 à 80 volts sous 300 à 1.000 milliampères pendant un à cinq dixièmes de seconde ; la perte de connaissance est immédiate, suivie d’une phase convulsive, après laquelle le malade s’endort généralement et ne se souvient de rien au réveil.

Les meilleurs résultats ont été obtenus dans les psychoses maniaques dépressives, les états mélancoliques, la schizophrénie (dont la démence précoce est la manifestation la plus fréquente).

On a encore essayé cette méthode dans d’autres cas, tels que névroses, épilepsie, paralysie générale, avec des résultats encore incertains.

Quelques cas de mort

Comme il a été dit, ces méthodes ne sont pas sans danger ; en nombre de cas, on a observé des fractures, des lésions articulaires à la suite des convulsions, des accidents divers, allant jusqu’à quelques cas de mort.

Ces derniers se raréfieront de plus en plus avec un choix plus attentif des sujets à traiter. D’une façon générale, les meilleurs résultats ont été obtenus chez des sujets jeunes, et les statistiques publiées aux États-Unis sont des plus encourageantes.

On cite, par exemple, le cas d’un écrivain tombé dans un état de dépression complet, refusant toute nourriture, qui, après cinq ou six chocs électriques, a retrouvé toute sa vigueur intellectuelle et repris le cours d’une brillante activité.

Les promesses de la lobotomie préfrontale

À ces médications de choc on peut ajouter une nouvelle thérapeutique chirurgicale qui semble plus audacieuse encore, la lobotomie préfrontale, qui consiste, avec les précautions que l’on devine, à pratiquer une incision dans les lobes frontaux du cerveau.

Cette intervention a été appliquée à des cas d’angoisse, d’obsession, d’irritabilité, d’hypochondrie, ainsi qu’à la démence précoce, avec de nombreux cas de guérison. The Times citait dernièrement le cas d’une femme accusée de divers méfaits, perverse de nature, que le juge envoya dans un asile psychiatrique où elle se soumit volontairement à la lobotomie préfrontale ; six semaines après l’opération, son état mental était complètement modifié ; elle était devenue une personne normale et modeste. »

Rhume de cerveau

Le Dr A. Gottschalk tiendra longtemps les « causeries médicales » du Chasseur,fils de Manufrance. On le retrouve en avril 1951. Il traite cette fois du coryza. Oublions le terme, malheureusement toujours usité dans nos campagnes, de « rhume de cerveau » : il date de l’époque lointaine où l’on croyait que l’humeur pituitaire des fosses nasales coulait de la cervelle.

La perméabilité nasale une fois rétablie, on s’efforce de neutraliser les microbes qui entretiennent l’écoulement ; il ne faut pas compter sur les médicaments pris par voie digestive ou en injections sous-cutanées et se contenter des applications locales d’antiseptiques, sous forme de pommades nasales à base d’un sel d’argent (collargol, protargol ou analogue) ou d’un antibiotique comme la pénicilline ; il existe de nombreuses spécialités de ce genre, parmi lesquelles il faut préférer celles qui ne sont pas grasses ; la pénicilline peut aussi s’employer sous forme d’aérosols, en inhalations.

Eviter certaines poudres

« Les ferments lactiques ont aussi une action en quelque sorte antibiotique (sous forme d’aspiration de poudre de lactéol, par exemple).

Il faut, par contre, éviter les procédés susceptibles de favoriser les complications, telles les douches nasales sous pression et les badigeonnages, même avec des solutions antiseptiques, comme certains l’ont proposé.

L’emploi de poudres serait fort commode, les prises s’aspirant comme celle du tabac, mais beaucoup de médicaments souvent proposés sont inefficaces et il en est de nuisibles ; il faut, entre autres, éviter les poudres à base de cocaïne, et le menthol est bien souvent mal supporté, surtout par les enfants. »

A demain