E-cigarette et Big Tobacco : combien de milliards de dollars pour racheter son âme au diable ?

Bonjour

Vapotage versus tabagisme : mariage contre nature ou, à terme, concubinage obligatoire ? Une étonnante affaire américaine impose de soulever cette dérangeante question.

« Après avoir vendu le poison, les cigarettiers espèrent faire fortune avec l’“antidote” » titre Le Monde (Philippe Escande). Et de résumer les derniers épisodes de l’histoire de JUUL Labs jeune start-up née californienne fondée sur la cigarette électronique, ses vertus anti-tabagiques et sa place présente et à venir dans le paysage de la réduction des risques. Succès absolu, au-delà des business plans les plus délirants.

« Avec son look moderne et discret, ses parfums envoûtants et son marketing agressif, JUUL est devenue en un an l’une des plus belles start-up des Etats-Unis. A tel point que sa croissance phénoménale et ses marges stratosphériques ont fait de cette jeune pousse de 1 500 personnes l’une des entreprises les plus chères des Etats-Unis. »

Le géant du tabac Altria (ex-Philip Morris) n’a guère tardé devant la bergerie : achat de 35 % des parts de JUUL pour un montant de 12,8 milliards de dollars. Cet investissement, le plus important de l’histoire d’Altria, valorise JUUL à 38 milliards de dollars, plus de deux fois la valeur actuelle (16 milliards) de cette start-up, indique le géant. Et de promettre que JUUL – qui n’est pas coté en Bourse – restera indépendant. Howard Willard, PDG d’Altria :

« Nous agissons avec vigueur pour préparer un futur dans lequel les fumeurs adultes choisissent en masse les produits non-combustibles de préférence aux cigarettes. L’investissement d’Altria est un signal clair que la technologie de Juul nous a donné une opportunité véritablement historique d’améliorer la vie du milliard de gens qui fument des cigarettes. »

Marché du vice

« Pour Altria, il s’agit de sortir du piège de la décroissance de son marché historique. Sa production chute de 3 à 4 % par an et ses marges sont comprimées, ajoute Le Monde. Alors, il se précipite sur d’autres paradis artificiels plus en vogue. Il a jeté son dévolu sur un producteur de marijuana canadien, Cronos, et se développe dans la cigarette électronique et les substituts. Après avoir vendu le poison, il aimerait bien faire fortune dans les antidotes. Son pari sur JUUL est donc compréhensible, même si l’entreprise est désormais dans le collimateur des autorités qui veulent renforcer l’interdiction de vente aux mineurs et de certains parfums addictifs. Les gendarmes de la santé s’aperçoivent avec horreur qu’au lieu de détourner les gros fumeurs de leur vice le petit stylo de JUUL fabrique de nouveaux et jeunes adeptes de l’herbe à Nicot. Le marché du vice est inépuisable. »

Le marché du vice n’est jamais éloigné de celui de l’or, de l’argent et du dollar. Qui n’est pas très loin du diable. Ainsi vient-on d’apprendre que, pour « devancer le mécontentement de ses employés », JUUL va leur verser deux milliards de dollars, soit (en moyenne) 1,3 million de dollars (1,15 million d’euros) chacun. C’est que chez JUUL, jusqu’à présent, Altria était considéré comme un géant à abattre au nom, notamment, de la santé publique.

« Selon la presse américaine, les discussions entre les deux groupes ont duré plusieurs mois. Les responsables de JUUL  se sont finalement laissés convaincre par un chèque de 12,8 milliards de dollars. Mais aussi, assure Kevin Burns, le directeur général, par les promesses du nouvel investisseur. La start-up va conserver son ’ entière indépendance’’, complète Le Monde (Jérôme Marin). Elle va également avoir accès au réseau de distribution d’Altria et pourra glisser des publicités dans ses paquets de cigarettes.)

Jean de la Fontaine

Dans un communiqué de presse, puis devant ses salariés, M. Burns a reconnu que le cigarettier était un investisseur « contre-intuitif ». Il dit comprendre la polémique suscitée par le rapprochement avec Altria. « Nous étions aussi sceptiques, concède-t-il. Mais au final, cette opération  va nous permettre d’accélérer notre succès pour convertir les fumeurs adultes. »

En interne certains ont vu dans cette alliance avec le premier groupe de tabac comme « un pacte avec le diable », le sang du vapotage versé au bénéfice du monstre des enfers tabagiques.  « Altria aura tout intérêt à pousser JUUl à concevoir des produits qui pénalisent le moins possible les ventes de cigarettes », abonde Matthew Myers, président de l’association Campaign for Tobacco-Free Kids. Les paris sont ouverts. Oublions le diable. Qui, du loup, des bergers et des moutons, l’emportera ?

A demain

@jynau

Capitalisme et addictions : faire une croix sur le tabac pour mieux s’enrichir avec le cannabis

Bonjour

On peut, certes, s’en amuser, laisser la métaphore filer. « De la cigarette à la fumette, il n’y a qu’un pas, que vient de franchir au triple galop le propriétaire de Marlboro, la marque au cow-boy. Le groupe américain Altria a en effet annoncé, vendredi 7 décembre, avoir misé 1,8 milliard de dollars (1,6 milliard d’euros) pour s’emparer de 45 % du capital de la société canadienne Cronos, rapporte Le Monde. De quoi mettre du beurre dans les épinards de cette PME – qui vient de lancer sa marque de cannabis Spinach – et, pour ses actionnaires, de décrocher le jackpot, alors que le chiffre d’affaires de Cronos ne pèse guère plus qu’un nuage de fumée (3 millions de dollars). Altria devient ainsi le premier cigarettier à se laisser séduire par le marché de la marijuana, qu’il espère lucratif. Il est notamment soucieux de trouver un nouveau souffle face à la baisse de la consommation du tabac et aux incertitudes liées à l’avenir du vapotage. »

Le site des buralistes français s’intéresse au sujet. Il nous précise que cet investissement « représente une nouvelle opportunité de croissance excitante pour Altria », a commenté le PDG de l’entreprise, Howard Willard, dans un communiqué annonçant l’opération. Y aurait-il, dans, ce monde d’autres excitations que dans le champ de la croissance ?

Précision : cet investissement donne à Altria la possibilité de participer à un « secteur émergent au niveau mondial » qui « devrait connaître une croissance rapide au cours de la prochaine décennie » : entendre émergence de la consommation (légale) de cannabis dans la foulée canadienne.

« L’opération est aussi l’occasion pour Altria d’investir dans des produits « complémentaires » à son cœur de marché, le tabac » précise lemondedutabac.com. Comment mieux dire l’homogénéité et la rapacité capitalistique au cœur de l’addiction ? En comme rien n’est simple cette paracité peut aussi se nourrir de la réduction des risques. Ainsi, selon The Wall Street Journal, le « propriétaire de Marlboro, la marque au cow-boy » est aussi en discussions pour prendre une participation dans Juul Labs, une start-up qui efait un malheur sur le marché des e-cigarettes aux États-Unis ».

« Cronos, ajoute le site des buralistes, est basé à Toronto et commercialise aussi bien du cannabis à usage thérapeutique qu’à usage récréatif et ambitionne de construire un ‘’portefeuille de marques iconiques’’ (sic). »

« Les alcooliers avaient ouvert la voie, rappelle Le Monde. En août, le propriétaire de la bière Corona, le groupe américain de spiritueux Constellation Brands, a fait sensation, en déboursant près de 4 milliards de dollars pour monter au capital de la société canadienne Canopy Growth et en détenir 38 %. Les brasseurs Molson Coors et Heineken, de leur côté, ont noué des partenariats avec des spécialistes de la feuille verte afin de proposer des boissons non alcoolisées infusées au cannabis. Puis, mi-septembre, le géant des sodas, Coca-Cola, a dévoilé son intention de mettre une pincée de cannabidiol dans ses canettes. »

Il y a là de nouveaux gisements de développements psychotropes et fiscaux. La France demeurera longtemps en retard dans la marche vers cet Eldorado ?

A demain

@jynau

 

Flambées de violences à Paris : la France souffrante, entre « jacquerie » et « chienlit »

Bonjour

Emmanuel Macron, le 20 novembre, depuis Bruxelles en réponse aux manifestations des Gilets Jaunes :

« Nous sommes un pays qui se cabre car nous n’aimons pas le changement imposé, mais qui sait mener des transformations profondes quand le sens de l’histoire est là et que le projet est plus grand que lui. »

Le même jour, à Plounéour-Ménez(Finistère), 1 250 habitants, le maire, Jean-Michel Parcheminal, ancien militant des gauches syndicales et politiques a revêtu, seul, un gilet jaune sous son écharpe tricolore. Et il dit pourquoi au Monde :

« Pour le symbole, pour leur montrer ma solidarité. En tant qu’élu, nous vivons leurs souffrances. Ce n’est quand même pas normal que nos enfants n’arrivent pas à vivre décemment de leur travail. On sent aujourd’hui sourdre un ras-le-bol général. Les taxes sur le carburant n’ont été que le déclencheur d’un malaise profond, qui s’exprime en dehors de toute organisation, de manière spontanée. » 

Douze jours plus tard, aube du 2 décembre, Le Monde :

« Gilets jaunes » : à Paris, des destructions, des violences et un mot d’ordre, ‘’Macron démission’’ »

L’Arc de Triomphe souillé, des scènes hier encore inimaginables en divers points de la capitale. 133 personnes, dont 23 membres des forces de l’ordre, blessées. Des murs tagués qui parlent comme il y a, précisément, cinquante ans. Et Chanel pillé faute de Fauchon. Télévisions et radios amplifiant en boucle un phénomène sans cesse exponentiel sur les réseaux sociaux. La quasi-totalité d’un gouvernement aux abonnés absents. Des responsables politiques aux abris. Une exaspération sans fond et des revendications insaisissables. Et le monde qui regarde Paris :

  « Escalade de la violence à Paris » (Die Welt)« La manifestation des gilets jaunes sème le chaos à Paris » (El Pais), « Gilets jaunes, l’heure de la violence : Paris brûle entre agressions et pillages » (Corriere della Sera), « L’une des manifestations antigouvernementales les plus violentes à frapper Paris depuis des décennies » (The Wall Street Journal).

On se retourne, et on ouvre la trop secrète bibliothèque du Centre national de ressources textuelles et lexicales :

Jacquerie : Soulèvement des paysans contre les seigneurs pendant la captivité de Jean le Bon, en 1358.

P ext. Insurrection populaire, notamment paysanne.« J’ai reçu une lettre lamentable de MmeSand. Il y a une telle misère dans son pays, qu’elle redoute une jacquerie » (Flaubert., Corresp.,1870, p. 136) ;

« Les émeutes serviles, les jacqueries, les guerres des gueux, les révoltes des rustauds » (Camus, Homme rév.,1951, p. 139) ;

« (…) quand il souffrait trop, Jacques Bonhomme se révoltait. (…) la jacquerie arme les laboureurs de leurs fourches et de leurs faux, quand il ne leur reste qu’à mourir (…). Après quatre cents ans, le cri de douleur et de colère des Jacques, passant encore à travers les champs dévastés, va faire trembler les maîtres, au fond des châteaux. (Zola, Terre,1887, p. 80.)

Chienlit : Subst. masc. ou fém. Celui, celle qui défèque au lit ; Celui, celle qui laisse passer par derrière un morceau de chemise malpropre ; Personne ridiculement accoutrée, grotesque ;  Personnage répugnant ; Personne masquée de carnaval populaire.

Subst. fém. Mascarade désordonnée et gueuse : « On en est à la chienlit, monsieur… On en est à la mascarade, au corso carnavalesque. On se déguise en pierrot, en arlequin, colombine ou en grotesque pour échapper à la mort. On se masque… » (Giono, Le Hussard sur le toit,1951, p. 270.)

Chienlit, donc, étroitement attaché au Carnaval de Paris. Puis, avant et après Jean Giono vint Charles de Gaulle : en tant que substantif féminin, le terme entra en politique lors de son utilisation d’abord en août 1944 lorsque, s’adressant à Georges Bidault, pendant la descente de l’Avenue des Champs-Élysées, de Gaulle lui dit « Alors, Bidault, c’est la chienlit ! ». Puis en mai 1968 avec le célèbre « La réforme, oui ; la chienlit, non ! ».

C’était il y a un demi-siècle, le dimanche 19 mai, au Palais de l’Elysée. S’adressant à ses ministres le président de la République entendait ainsi qualifier la profusion débridée des événements et désordres concomitants. On connaît la suite des événements.

Dimanche 2 décembre 2018. La situation est critique et la France attend les mots du président de la République.

A demain

@jynau

Angoisse en plein vol : pouvez-vous prendre l’avion sans boire un peu (beaucoup) d’alcool ?

Bonjour

Qu’en dira-t-on à Air France ? C’est un papier original du Wall Street Journal : « Dry the Friendly Skies ». Il est signé de Satish Jindel, fondateur de SJC Consulting Group (secteurs du transport et de la logistique). Où l’on parle de l’aérodromophobie (ou aviophobie). En un mot : la phobie des avions ou des voyages en leur sein. Mille et une raisons avancées, analytiques ou pas. Et des conséquences pratiques bien connues : crises de panique, montées d’angoisse, cette peur d’avoir peur. Parfois des crises cardiaques.

Satish Jindel ne s’embarrasse pas de psychologie. Grand consommateur d’avions (« Executive Platinum status with American ») il observe depuis longtemps les effets de cette phobie sur nombre de passagers. « Lors d’un vol récent, de Pittsburgh à Miami, le passager à côté de moi en première classe a commencé à boire peu après le départ – à 7 h 30 du matin, rapporte-t-il au WSJ. Il a consommé au moins quatre petites bouteilles avant que l’hôtesse refuse de le servir davantage. J’ai dû tolérer ses plaintes bruyantes pour le reste du vol. »

Moindre mal. Mais M. Jindel de faire le parallèle avec le tabac. « Pendant des décennies, les compagnies aériennes ont permis de fumer, malgré les plaintes des passagers non-fumeurs, se souvient-il. Les compagnies aériennes ne supportaient que les coûts de ces fumeurs: les passagers apportaient leurs propres cigarettes, tandis que les compagnies aériennes devaient payer pour le nettoyage de la cabine et de l’air. » Puis, en 1990, les États-Unis ont interdit de fumer sur la plupart des vols intérieurs. Aujourd’hui une interdiction mondialisée sur laquelle personne ne songe à revenir.

Et l’alcool ? « Les restrictions de sécurité empêchent les passagers d’apporter de l’alcool dans la cabine, observe notre consultant. Les compagnies aériennes ont donc le monopole de la vente de boissons, qui est un centre de revenus. Mais cela vaut-il la peine? Quand j’ai demandé aux agents de bord, ils ont appuyé massivement l’interdiction de l’alcool en vol. »

Prévoir Valium et B1-B6

Prohiber ? Il faudra certes encore compter avec les passagers arrivant ivres à la porte de la cabine. Il suffirait alors d’interdire la distribution d’alcool dans les restaurants et les salons première classe des aéroports. « Une interdiction de l’alcool en vol serait également bénéfique pour la santé des passagers, ajoute M. Jindel. L’alcool consomme de l’oxygène, et tout professionnel de la santé confirmera qu’à 30 000 pieds, le corps humain est déjà pauvre en oxygène. »

Pour le reste, parier sur la plasticité humaine : les fumeurs se sont adaptés (sans trop de difficultés)  aux vols non-fumeurs, les buveurs s’adapteront de la même manière.

Un pari, à dire vrai, loin d’être gagné. « La gratuité des boissons alcoolisées dans les avions n’est sûrement pas la seule motivation à consommer, nous a expliqué le Pr Nicolas Authier (Service de pharmacologie médicale, Observatoire Français des Médicaments Antalgiques, CHU et Faculté de médecine de Clermont-Ferrand). Certains affrontent leur phobie de l’avion avec des médicaments (hydroxyzine, benzo voire hypnotiques dans les longs courriers), d’autres avec l’alcool. Certains ont un déjà un trouble de l’usage d’alcool et le temps passé dans l’avion (associé ou non à une anxiété) ne déroge pas à sa consommation. »

Interdire l’alcool ou en limiter la consommation compte tenu de l’existence d’un risque associé de type trouble du comportement ? « En toute hypothèse il faudra, sur les longs courriers, prévoir Valium et B1-B6, souligne pour sa part le Dr William Lowenstein, interniste et président de SOS Addictions. Plus beaucoup d’eau pour éviter les états de manque. »

Un croix sur l’alcool après celle sur le tabac ? Souhaitable ou pas ? Après la grève, qu’en dira-t-on à Air France ?

A demain

 

 

Neuroéthique : demain les ordinateurs et les neurones humains ne feront-ils plus qu’un ?

Bonjour

Elon Musk est un cas. PDG de multiples sociétés futuristes (dont SpaceX) il nourrit aussi une passion compliquée pour l’intelligence artificielle. Aujourd’hui il lance la société Neuralink  pour développer une technologie mariant cerveaux humains aux ordinateurs. Applications à venir : « amélioration du développement de l’intelligence artificielle, possibilité d’accéder à des performances intellectuelles plus importantes, faculté de contrôler des objets par la pensée, sauvegarde de sa mémoire etc. ».

The Wall Street Journal vient de s’en faire l’écho.  Et Elon Musk a publié un message sur Twitter, affirmant qu’un long article sur Neuralink allait être mis en ligne sur le site de vulgarisation Waitbutwhy.

Dans un premier temps, comme souvent, des perspectives thérapeutiques sont avancées : certaines formes d’épilepsies ou de dépressions sévères. Ensuite il s’agira de passer de la correction du pathologique à l’amélioration du normal existant.

Machines et fusion

« Un peu selon le même schéma que le développement de SpaceX, qui a commencé par réaliser des vols commerciaux rentables (envoi de satellite ou de vivres pour l’ISS), pour ensuite mettre en place des plans pour coloniser Mars » résume The Huffington Post (Gregory Rozieres) . Une démarche d’autant plus surprenante qu’Elon Musk  met en garde contre l’émergence d’une hypothétique intelligence artificielle qui pourrait dépasser l’humain. Pour lui, la seule réponse possible à cela est de permettre à l’homme de fusionner avec la machine, grâce à des « lacis neuraux » – une technologie qui permettrait de relier le cerveau à un ordinateur de manière bien moins invasive que les implants actuels.

« Lacis neuraux » ?  L’équivalent de filets minuscules qui se connecteraient aux neurones cérébraux. D’abord imaginés par l’auteur de science-fiction Iain Banks, ceux-ci sont devenus bien réels quand des chercheurs ont annoncé avoir réussi à créer quelque chose de similaire en 2015. Le dispositif est si petit et souple qu’il pourrait être injecté à l’aide d’une simple aiguille. Un vrai sujet de neuroéthique et de chirurgie de l’âme.

Transhumanisme et intégrisme

Mathieu Terence a le même âge qu’Elon Musk. Ecrivain, poète et essayiste – auteur du précieux « Le transhumanisme est un intégrisme », il dénonce avec force (dans Le Figaro) l’idéologie d’un mouvement « scientiste, matérialiste et ultralibéral ». Une utopie qui instaure « un nouveau monde en fonction des valeurs dominantes du précédent : jeunesse, efficacité, rentabilité ».

« Elon Musk est, avec Mark Zuckerberg, l’un des principaux argentiers du transhumanisme. Rien d’étonnant à cela. La Silicon Valley a repris le flambeau, en Californie, du millénarisme que prônaient il y a quarante ans les tenants du New Age à San Francisco. Simplement leur idéal est aux antipodes de celui, mystique, spirituel et anti-consumériste de ces oncles spirituels. Il est scientiste, matérialiste, et ultra-libéral. »

« Au fond, rien là que de très logique: le self made man absolu, tel que Musk l’incarne de façon relative et triomphante, est bel et bien le transhumain, écrit encore Terence. Cet IGM (individu génétiquement modifié) fait de sa personne sa propre petite entreprise dont l’unique but consiste à être le plus rentable possible dans le monde dans lequel il doit s’intégrer. L’ ‘’homme augmenté’’, que les neurosciences et le génie génétique rendent plausible aujourd’hui , est le fantasme d’un monde qui, au lieu de savoir donner à vivre une vie vraie, complète, libre, choisie, ou même simplement digne, à l’ensemble du genre humain, a pour but d’abolir la mort de quelques ressortissants, privilégiés. »

Et la France ? Selon Terence le scientisme 2.0 du transhumanisme à la Elon Musk y est incarné par Laurent Alexandre voire par Luc Ferry. Le nouvel ouvrage de Mathieu Terence («  De l’avantage d’être en vie ») paraîtra dans quelques jours chez Gallimard. Il est attendu.

A demain

 

Donald Trump et Robert Ménard sont enfin réunis: c’est l’ouverture de la chasse à la presse

Bonjour

C’est fait : Donald Trump a trouvé son coupable : les médias. L’acte d’accusation est daté. Le candidat républicain à la présidentielle américaine a, dimanche 14 août en milieu de journée,  publié sur son compte Twitter une série de sept micro_messages très offensifs contre une presse qu’il juge responsable de ses déboires, et de sa chute dans les intentions de vote. Cette bordée a été complétée, en début de soirée, par deux autres messages sur le même thème.

Le milliardaire tenu pour être un sociopathe narcissique a mal vécu une enquête du New York Times publiée la veille. Celle-ci dépeignait une équipe de campagne républicaine gagnée par le doute sur la capacité de l’homme d’affaires à prendre de la hauteur. Plus désinhibé que jamais M. Trump  a assuré qu’il devancerait Hillary Clinton « de 20 points » – une Hillary Clinton selon lui « protégée par les médias ».

Editoriaux à charge

« Ce n’est certes pas la première fois que M. Trump s’en prend à la presse, rapporte dans Le Monde notre confrère Gilles Paris.  Il s’était illustré dès le premier débat républicain, il y a un peu plus d’un an, en attaquant frontalement une journaliste de Fox News, Megyn Kelly. Et avant de menacer de suspendre l’accréditation du New York Times, qui permet à ce dernier de suivre sa campagne, M. Trump avait déjà mis au ban le Washington Post, qui a multiplié, comme son confrère new-yorkais, des enquêtes et des éditoriaux à charge contre lui. »

Aujourd’hui M. Trump revient sur une idée qui lui semble chère : modifier la loi pour permettre d’attaquer plus facilement les médias. Il juge impropre l’expression  « liberté de la presse » – du moins « lorsque les journaux et les autres sont autorisés à dire et à écrire ce qu’ils veulent, même lorsque c’est faux ».

« Le milliardaire entretient pourtant des rapports ambivalents avec sa cible du jour, observe l’œil affûté de Gilles Paris. Beaucoup plus accessible que son adversaire démocrate, il s’est vanté à de multiples reprises de sa capacité à s’imposer dans le cycle de l’information. Au point de considérer qu’il pouvait d’ailleurs faire l’économie de coûteuses campagnes de publicité. Ses critiques ont valu dimanche au magnat de l’immobilier un éditorial sévère du Wall Street Journal évoquant un « moment de vérité » pour le Parti républicain. Pour le quotidien économique, dont la philosophie est très éloignée des thèses protectionnistes défendues par le milliardaire, la dénonciation des médias n’est qu’un écran de fumée commode destiné à masquer les failles d’une campagne incapable de se professionnaliser. »

Béziers en fête

Ecran de fumée ? Le pilier Donald Trump connaît-il Béziers ? Le magnat de l’immobilier a-t-il un jour entendu parler du journaliste Robert Ménard, 63 ans, qui fut jadis l’un des hérauts de la défense de ses confrères  via Reporters sans Frontières ? Devenu petit baron de l’Hérault Robert Ménard fait comme Donald Trump. Ni New York Times ni Wall Steet Journal ici. Mais Le Midi Libre. L’affaire fait les délices de Béziers, où règne l’ancien titulaire de la carte de presse tricolore. On peut, ici, lire Le Figaro (Guillaume Mollaret) :

« Le maire de Béziers, apparenté FN, lance une campagne de communication dans laquelle il dénigre le travail du quotidien Midi Libre. «À qui appartient Midi Libre ? Tous les jours, l’info en laisse.» Illustrée par un doberman tenant un fac similé du journal régional dans la gueule, la nouvelle campagne de publicité exposée sur les affichages municipaux de Béziers marque une nouvelle étape mouvementée dans les rapports qu’entretient la mairie avec le groupe de presse.

« Dirigée par Robert Ménard (apparenté FN), la cité héraultaise entretient un rapport conflictuel avec le journal détenu par la famille de Jean-Michel Baylet (PRG), actuel ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales. C’est d’ailleurs ce lien qui est dénoncé par la municipalité dans sa nouvelle campagne de publicité où sont écrits en toutes lettres le nom et la fonction ministérielle de l’homme fort du PRG.

« Robert Ménard a déclaré qu’il considérait «Midi Libre comme un journal d’opposition». L’an dernier, le Club de la Presse de Montpellier (cofondé par Robert Ménard) avait tenté une médiation qui a tourné court. Selon les propos rapportés par le Club, Robert Ménard avait alors affirmé que Midi Libre est un «journal de merde».

Le cas Ménard

Le moment choisi par la ville de Béziers pour diffuser pareille publicité n’est pas anodin.

« Depuis jeudi, Béziers est en fête. Sa feria est un grand événement populaire au cours duquel le journal réussit traditionnellement de belles ventes. À Libération, le maire de Béziers confiait récemment à propos de Midi Libre : ‘’Je ne me laisse pas faire. Ils me font la guerre, je leur fais la guerre. Traditionnellement, la ville vend de l’espace publicitaire à Midi Libre lors de la feria, en août. Cette année, pour la première fois, ce sera non ‘’. »

Jadis patron de « Reporters sans Frontières ». Aujourd’hui déclarant la guerre à un journal dont le richissime patron est ministre d’un gouvernement socialiste. Est-il né, le média qui s’intéressera vraiment à son cas ?

A demain

 

Zika : le spectre des embryofoetopathies s’élargit. Un nouveau-né meurt aux Etats-Unis

 

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Parle-t-on beaucoup de Zika aux J.O. de Rio ? Elle inquiète de plus en plus les responsables de la santé publique, au Brésil et plus généralement dans les Amériques. Au Texas un nouveau-né vient de mourir des suites d’une malformation congénitale due à ce virus. Sa mère avait été infectée lors d’un voyage en Amérique latine.

« Le bébé est mort peu après sa naissance, c’est le premier décès lié au Zika au Texas , indique un communiqué des autorités sanitaires de l’Etat.  De récents tests ont confirmé le lien avec le virus Zika. La mère et l’enfant sont classés comme des patients infectés durant un voyage et il n’y a pas de risque accru au Texas. »

Le Texas a enregistré 97 cas de Zika, dont deux d’enfants atteints de microcéphalie.Tous les cas sont « liés à des voyages à l’étranger dans des zones où la transmission du virus est active », notent encore les autorités sanitaires. En juin, un homme âgé était mort du Zika dans l’Utah – c’était alors le premier décès lié au virus aux Etats-Unis. « Un porte-parole des Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a expliqué être au courant du décès du bébé au Texas, mais sans apporter de précision » précise l’AFP.

Le travail du Dr Vanessa van der Linden

Les CDC ont enregistré quinze naissances dans d’enfants atteints d’embryofoetopathies liées au Zika – et six avortements spontanés. Les États-Unis ont d’autre part enregistré 21 cas de transmission autochtone du virus, tous dans un même quartier de Miami, en Floride. Voir, sur ce sujet, dans The New York Times : “Patch of Miami Is Ground Zero for the Zika Virus”.

C’est dans ce contexte que des chercheurs et des médecins brésiliens travaillant à Recife, l’un des épicentres de l’épidémie publient une série d’informations potentiellement inquiétantes. Dirigée par le Dr Vanessa van der Linden ( Barão de Lucena Hospital, Recife, Brazil) cette équipe décrit de nouveaux types d’embryofoetopathies associées au Zika sur le site de BMJ Open : “Congenital Zika syndrome with arthrogryposis: retrospective case series study”. Les auteurs ont identifié sept cas d’ arthrogrypose  (raideurs articulaires présentes dès la naissance et touchant, de façon variable, les quatre membres ; peut exister un faciès particulier ainsi que des anomalies cutanées ; possibles signes squelettiques, viscéraux ou neurologiques). Voir ici le site français correspondant à cette entité.

Des dizaines de milliers de bébés

L’équipe du Dr Linden postule que c’est l’infection virale des zones cérébrales (également lésées) qui est à l’origine de cette symptomatologie. L’imagerie cérébrale plaide en faveur de cette hypothèse. Les étiologies virales différentielles ont été éliminées. Le Dr Vanessa van der Linden (une pionnière dans la lutte contre Zika – voir The Wall Street Journal) précise que depuis la rédaction de sa publication elle a vu quatorze autres bébés présentant des tableaux similaires.

Interrogé par la BBC (Zika linked to baby joint deformities”) le Pr Jimmy Whitworth (London School of Hygiene and Tropical Medicine) estime que le lien de causalité, sans être formellement établi, ne fait guère de doute.  « La microcéphalie est le signe le plus évident de l’infection congénitale avec Zika, mais il devient clair que ce n’est qu’une partie de l’ensemble du spectre des dommages qui peuvent être causés par le virus, explique-t-il. Des études suggèrent l’épidémie actuelle pourrait se poursuivre pendant trois ou quatre ans. Nous pensons qu’il y aura des dizaines de milliers de bébés qui pourraient être touchés par Zika. Répondre à leurs besoins physiques et psychosociaux sera le véritable défi. »

On parlera de Zika bien après la fin des J.O. de Rio.

A demain

Nicolas Sarkozy : addict aux sucres. Donald Trump sait-il qu’il souffre d’une grave sociopathie?

Bonjour

Démocratie. Voici le temps venu des interrogations sur la santé mentale de ceux qui entendent nous gouverner. C’est un progrès. Nicolas Sarkozy nous confie aujourd’hui être addict au sucre – et réaffirme ne jamais boire (ni avoir jamais bu) d’alcool. En mars 2011, souvenons-nous, plusieurs médias demandaient s’il n’était pas fou – comme Marianne qui réclamait (sic) une psychanalyse  du président de la République. C’était au temps où Jean-François Kahn et Guillaume Durand officiaient encore, le second invitant l’autre sur France 2.

Marianne avait posé la même question diagnostique quant à la psyché de Nicolas Sarkozy en 2004. Sans succès. Les mêmes causes (supposées) produisant généralement les mêmes effets on retrouve l’équation sous une nouvelle présentation. On accuse ainsi l’ancien président de la République française, patron de « Les Républicains » de « trumpiser » la vie politique tandis que, de l’autre côté de l’Atlantique, les médias s’interrogent ouvertement sur l’équilibre mental du candidat républicain.

Le Figaro (Philippe Gélie) nous offre une délicieuse petite synthèse diagnostico-médiatique sur le sujet : « Quand la presse américaine spécule sur la santé mentale de Donald Trump ». Le correspondant à Washington du vieux quotidien de droite a observé ce qu’il appelle, avec les pincettes d’usage, « les allusions à la personnalité problématique du candidat républicain ». Des allusions qui, en cet été 2016, « fleurissent dans les médias de tous bords ». Où l’on voit un amuseur public en route vers les frontières qui séparent le normal du pathologique psychiatrique.  Avec, dans les médias, »des mises en causes – implicites et explicites – de sa santé mentale ».

Dictateur incontrôlable

 «Donald Trump est-il carrément fou?», s’interroge Eugene Robinson dans sa chronique du Washington Post. « Il y énumère les derniers mensonges du candidat, si grossiers qu’ils ont été dévoilés en cinq minutes: celui d’une prétendue rencontre avec Vladimir Poutine qui n’a jamais eu lieu, celui d’une lettre soi-disant envoyée par la Ligue de football (NFL) pour décaler les débats, etc. » rapporte Le Figaro.

Robinson est un «libéral» (de gauche), opposé à Trump. « Mais quand, dans le même journal, Robert Kagan, figure des néoconservateurs, proclame «Quelque chose ne tourne pas rond chez Donald Trump», c’est potentiellement plus embarrassant pour le candidat républicain, ajoute Philippe Gélie. D’autant que l’auteur n’y va pas de main morte: ‘’Le vrai problème, écrit-il, est que cet homme ne peut pas se contrôler. (…) Certaines de ses insultes sont politiquement incorrectes, d’autres sont juste puériles. Il se peut que le politiquement incorrect soit un effet secondaire de sa maladie.’’  S’il était élu, estime Kagan, ‘’les déficiences de sa personnalité seraient le facteur dominant de sa présidence». Ce qui ferait de Trump, selon lui, une sorte de «dictateur au tempérament dangereusement instable que personne, pas même lui, ne peut contrôler’’.

Il y, a aussi, le   long et glaçant portrait à charge paru dans le New Yorker  que nous évoquions ici même il y a quelques jours. Une histoire « de porc et de rouge à lèvres ». Que reste-t-il une fois que l’on a fini de démaquillé ?

Vouvray et Quarts-de-Chaume

 Il faut encore compter avec  The Atlantic qui a  confié à son spécialiste des questions médicales  (le Dr. James Hamblin) une longue analyse psychologique de l’homme qui se voit sur le trône de la Maison Blanche. Diagnostic-couperet: sociopathe: «Trouble de la personnalité caractérisé par le mépris des normes sociales, une difficulté à ressentir des émotions, un manque d’empathie et une grande impulsivité.» Sur le site du quotidien conservateur The Wall Street Journal, le chroniqueur Bret Stephens s’inquiète «d’une dimension sadique dans (son) caractère». Pour certain on est sur un trouble narcissique de la personnalité 1.

Sur MSNBC, où il présente la matinale, Joe Scarborough, ancien élu républicain de Floride, dramatise la confidence qu’il aurait reçue selon laquelle, lors d’un briefing avec un expert des questions internationales, Trump aurait demandé à trois reprises: «Pourquoi avons-nous des armes nucléaires si on ne peut pas s’en servir ?»

C’est une vraie question, autrement plus lourde de conséquences que l’addiction aux desserts sucrés non accompagnés de Vouvray moelleux. On a les Quarts-de-Chaume que l’on peut.

A demain

1 Une élue démocrate a lancé une pétition sur le site Change.org pour que le candidat républicains à la présidence des Etats-Unis subisse une expertise psychiatrique approfondie.. « Il est de notre devoir patriotique de soulever la question de sa stabilité mentale de  a indiqué Karen Bass. Les 28 000 signataires (à ce jour) estiment que Trump est « dangereux », notamment à cause de son « impulsivité » et de son « incapacité » à contrôler ses émotions. Selon Karen Bass, Donald Trump présente tous les signes d’un trouble narcissique de la personnalité (NPD). Le hashtag #DiagnoseTrump a été lancé sur Twitter pour relayer la pétition.

 

 

Camisoles chimiques : heureux comme les bébés américains sous antidépresseurs ou sous neuroleptiques

 

Bonjour

Il y a quelques années on faisait grand cas, en France, des prescriptions de Ritaline® chez les enfants américains hyperactifs. Puis on a oublié. La Ritaline® (méthylphénidate) est toujours là, notamment sur le marché français (sous seize présentation) : Ritaline® 16, 63 euros les 28 gélules, taux de remboursement : 65%, Novartis Pharma 1.

On retrouve le parfum de la Ritaline® dans le NewYork Times repris par Slate.fr. « Aux États-Unis, on prescrit de plus en plus d’antidépresseurs aux bébés ».  Qu’apprend-on ? Qu’aux États-Unis, lorsque des bébés de moins de deux ans ont des « comportements violents » ou font des « crises difficiles à gérer », il est de plus en plus fréquent que des médecins leur prescrivent des antipsychotiques ou des antidépresseurs.

Vingt mille prescriptions

Vous êtes effarés ? Lisez The New York Times: “Still in a Crib, Yet Being Given Antipsychotics”. Un extrait est éloquent, qui ne nécessite pas vraiment d’être traduit :

Almost 20,000 prescriptions for risperidone (commonly known as Risperdal), quetiapine (Seroquel) and other antipsychotic medications were written in 2014 for children 2 and younger, a 50 percent jump from 13,000 just one year before, according to the prescription data company IMS Health. Prescriptions for the antidepressant fluoxetine (Prozac) rose 23 percent in one year for that age group, to about 83,000.”

« Près de 20.000 prescriptions pour des médicaments antipsychotiques comme le rispéridone (Risperdal) ont été rédigées en 2014 pour des enfants de moins de 2 ans. Selon le groupe de consulting médical IMS Health, il s’agit d’une augmentation de 50% par rapport à 2013. De même environ 83.000 prescriptions pour l’antidépresseur Prozac ont été données à des bébés du même âge, soit une augmentation de 23% par rapport à l’année dernière. »

Risperdal® et Xeroquel®

« Risperidone » soit, notamment, en France: Risperdal®, 37,10 euros les 30 comprimés taux de remboursement : 65%, Janssen Cilag. Indications : schizophrénie, épisode maniaque, traitement à court terme (jusqu’à 6 semaines) de l’agressivité persistante chez les enfants (ayant au moins 5 ans) et les adolescents présentant un déficit intellectuel et des troubles des conduites.

« Quétiapine » soit, notamment, en France: Xeroquel®, 90,20 euros les 30 comprimés, taux de remboursement : 65%, Astrazeneca. Indications : schizophrénie, manie, dépression bipolaire et épisodes dépressifs majeurs.

« Fluoxétine » soit, notamment, en France : Prozac® ; 4,31 euros les 14 gélules, taux de remboursement 65%, Lilly France/ Indications : épisode dépressif, troubles obsessionnels compulsifs, boulimie (en complément d’une psychothérapie pour la diminution de la fréquence des crises de boulimie, des vomissements ou de la prise de laxatifs).

Prozac®

Indication du Prozac®, en France, chez l’enfant âgé de 8 ans et plus et l’adolescent : « Un épisode dépressif modéré à sévère qui ne répond pas à une prise en charge psychothérapeutique après 4 à 6 séances. Chez les enfants et adolescents présentant un épisode dépressif modéré à sévère, Prozac® ne devrait être proposé qu’en association avec une prise en charge psychothérapeutique. »

On appréciera le conditionnel de cette dernière phrase.

« Ces chiffres ne veulent pas dire que 83.000 enfants ont reçu ces prescriptions, car les données ne prennent en compte que le nombre de prescriptions et certains enfants peuvent en recevoir plusieurs précise Slate.fr.  Mais selon IMS Health, ce genre de médicaments a été prescrit à au moins 10.000 enfants aux États-Unis.

Xanax®

Selon des données publiées en février dans le Wall Street Journal, près de 250.000 bébés de moins de 1 an ont également reçu des prescriptions pour des anxiolytiques comme l’alprazolam, ou Xanax. »

Alprazolam, soit en France : Xanax®, Pfizer. Indications : « Ce médicament est préconisé dans le traitement de l’anxiété lorsque celle-ci s’accompagne de troubles gênants, ou en prévention et/ou traitement des manifestations liées à un sevrage alcoolique ». Rien n’est précisé pour les enfants.

Lever un instant le voile

« Les experts en psychiatrie interviewés par le New York Times se sont dits étonnés de ces chiffres, dans la mesure où ces médicaments ne sont officiellement approuvés que pour les enfants de plus de 8 ans, nous dit Slate.fr. Il n’y a aucune étude sur l’effet qu’ont les antidépresseurs et les antipsychotiques sur les moins de 2 ans. Certains experts se demandaient même si les enfants prenaient vraiment ces médicaments, ou si les prescriptions n’étaient pas en fait utilisées par les adultes. »

Serions-nous étonnés, en France, de connaître la réalité ? Il faudrait, pour cela, que la ministre de la Santé (ou l’Agence nationale de sécurité du médicament, ou la Haute Autorité de Santé, ou l’Institut national de veille sanitaire) lève un instant le voile qui entoure les prescriptions et les volumes de commercialisation de ces spécialités pharmaceutiques. Or,en dépit de tous les efforts accomplis dans le champ de la transparence (et de la démocratie sanitaire) ceci demeure, on le sait, secret.

A demain

1 Officiellement ce médicament est, en France, utilisé dans le traitement du « Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité » (TDAH)  chez les enfants et les adolescents de 6 à 18 ans. Il ne peut être utilisé qu’après échec des traitements sans médicament (« conseils et thérapie comportementale ». Il ne doit pas être utilisé dans le traitement du TDAH chez l’enfant de moins de 6 ans ou chez l’adulte, car la sécurité et les bénéfices de son utilisation n’ont pas été établis dans ces groupes d’âge.

 

Ebola : à Dallas l’erreur diagnostique se transforme en affaire d’Etat

Bonjour

Hier encore la superbe américaine. Aujourd’hui comme un parfum de panique. Dans tous les cas la démonstration (salutaire, peut-être) que tout système de filtrage de virus contagieux. Même Ebola. Même à Dallas (Texas).

Thomas Eric Duncan

Deux jours après l’annonce d’un premier cas de fièvre Ebola détecté hors du continent africain, les Etats-Unis prennent la mesure de la porosité de leur système. Une malencontreuse erreur diagnostique et c’est la panique dont tous les responsables sanitaires américains pensaient pouvoir faire l’économie. Il est désormais acquis que l’homme est resté contagieux durant quatre jours avant d’être placé en isolement. Avec toutes les conséquences que l’on imagine et celles que l’on commence à découvrir.

Hier encore tenu secret son nom fait l’objet de toutes les publicités. Âgé d’une quarantaine d’années, Thomas Eric Duncan est arrivé au Texas le 20 septembre au terme d’un vol Monrovia-Dallas via Bruxelles. Thomas Duncan ne présente alors aucun symptôme. Selon les autorités américaines il aurait passé sans difficultés les contrôles de température à l’aéroport de Monrovia. L’homme, qui venait rendre visite à sa famille à Dallas.

Antibiotiques

La suite est désormais bien connue : il commencé à se sentir mal quatre jours plus tard. Il se rend à l’hôpital, ne cache nullement qu’il arrive du Liberia. Mais l’information « n’a pas été bien communiquée au reste de l’équipe soignante » et il est renvoyé chez lui avec des antibiotiques (sic).

Deux jours plus tard son état empire et ses proches contactent les urgences. Il est alors placé en chambre d’isolement. Les analyses biologiques confirment le diagnostic. Hospitalisé depuis quatre jours, l’homme serait actuellement dans un état « grave mais stationnaire ».

Multiplication

Ce n’est pas tout. Les circonstances de la contamination du malade libérien sont désormais connues. Quatre jours avant son départ pour les États-Unis, il avait en effet aidé à porter une femme enceinte malade  jusqu’à un centre de traitement Ebola de Monrovia. Plus de place. Il la reconduit chez elle. Où elle mourra quelques heures plus tard. Pour résumer il a multiplié les situations de possibles contaminations comme le rapporte The Wall Street Journal

Aujourd’hui à Dallas une course contre la montre est engagée pour identifier les personnes avec qui il a été en contact. Tout en tenant compte des trois semaines d’incubation. Une équipe de neuf professionnels de santé a été affectée à la reconnaissance des personnes à risque. Le malade aurait été en contact direct avec douze à dix-huit personnes et, indirectement,  avec plus d’une centaine de personnes indirectement, parmi lesquels les trois employés de l’ambulance ayant conduit Thomas Duncan à l’hôpital, et cinq enfants fréquentant quatre écoles différentes.

Sanctions

Des témoins ont rapporté que le malade aurait vomi dans la rue devant chez lui au moment où il était transféré dans l’ambulance. Les établissements scolaires fréquenté par les enfants n’ont pas fermé, seul un nettoyage des locaux est prévu, mais les parents ont été prévenus et certains se refusaient pour l’instant à renvoyer leurs enfants en classe.

On ne sait pas si des sanctions ont déjà été prises dans le service qui a tardé à porter le bon diagnostic.

A demain