Message au président de la République : non, les vapoteurs ne sont pas des enfants de chœurs !

Bonjour

Certains le savaient 1 mais c’est désormais définitivement amplement confirmé outre-Manche. La ministre française des Solidarités et de la Santé continuera-t-elle à ne rien vouloir entendre ? Une étude, publiée mardi 2 avril, dans la revue spécialisée Thorax (l’une des revues spécialisées du British Medical Journal) vient confirmer les enseignements d’autres études parues ces dernières années et concluant que la cigarette électronique chez les adolescents n’est pas une « porte d’entrée » vers le tabac.

Agnès Buzyn pourra la découvrir ici : « Have e-cigarettes renormalised or displaced youth smoking? Results of a segmented regression analysis of repeated cross sectional survey data in England, Scotland and Wales ». Un travail dirigé par la Dre Britt Hallingberg, School of Social Sciences, Cardiff University. Un travail repris par The Guardian (Steven Morris). Un travail jamais mené en France où le déni constant du pouvoir exécutif prime sur le pragmatisme de la réduction des risques tabagiques.

Dénormalisation du tabac

Le sujet a néanmoins intéressé le site de buralistes français. Résumons :  un travail mené auprès de 250 000 jeunes britanniques entre 1998 et 2015  établit que le pourcentage de 13-15 ans ayant déjà fumé au moins une fois a chuté de 60  à 19 %  – la part de fumeurs réguliers passant de 19 % à 5 %. En d’autres termes l’émergence de l’intérêt pour la cigarette électronique ne s’est en rien opposée à la poursuite du déclin de l’usage du tabac chez les jeunes de cette tranche d’âge. Dans le même temps la « dénormalisation » du tabac : en 2015 seuls 27 % des jeunes adolescents britanniques jugeaient acceptable d’essayer la cigarette, contre 70 % 17 ans plus tôt. Et le développement massif du recours à la e-cigarette n’a en rien freiné la dégradation de l’image du tabac. Le « vapoteur » est aux antipodes du « fumeur ».

La ministre française des Solidarités et de la Santé apprendra peut-être sous peu que gouvernement britannique vient quant à lui de publier une mise à jour de ses données et recommandations en matière de vapotage. Il souligne à cette occasion  que les vapoteurs sont toujours quasi-exclusivement des adultes fumeurs et anciens fumeurs (l’abandon du tabac est la principale motivation des vapoteurs adultes) ; que  la cigarette électronique demeure l’outil le plus utilisé pour arrêter de fumer (notamment en raison de ses atouts psycho-comportementaux) ; que le vapotage régulier chez les jeunes demeure très faible (seuls 1,7% des moins de 18 ans sont concernés, dont la grande majorité est par ailleurs consommatrice de tabac). Seuls 0,2% des adolescents n’ayant jamais fumé auparavant utilisent un produit de la vape.

Brexit et cigarette électronique

« Ainsi, et contrairement à ce qui peut parfois être perçu dans un contexte où la cigarette électronique est trop souvent stigmatisée, la large promotion du vapotage par les pouvoirs publics britanniques ne conduit ni à une hausse de son usage chez les jeunes, ni à une augmentation du tabagisme, bien au contraire, résume France Vapotage qui représente des professionnels du secteur proches de Big Tobacco. Les pouvoirs publics britanniques confirment ainsi leur position, fondée sur :  la prise en compte de la cigarette électronique comme outil efficace dans une stratégie globale de réduction des risques et de diminution de la prévalence tabagique,  des études régulières et une veille attentive des modes de consommation pour s’assurer que ce produit s’adresse bien essentiellement aux fumeurs adultes désirant réduire ou arrêter leur consommation de tabac. »

Usant des outils médiatiques et de diplomatie, France Vapotage dit espérer que ces nouvelles données « viendront nourrir utilement la réflexion des pouvoirs publics français pour que notre pays, qui enregistre l’une des plus fortes prévalences tabagiques en Europe (plus de 30%), adopte une attitude pragmatique et saisisse enfin à son tour le vapotage comme une opportunité de santé publique ». On peut aussi espérer, Brexit ou pas, que cette approche britannique (également défendue avec force et constance par #sovape) soit victorieusement soutenue, auprès de la ministre et du président de la République, par le prochain directeur général de Santé publique France.

A demain

@jynau

1 Lire notamment : « Le vapotage n’est pas une porte d’entrée dans le tabagisme pour les jeunes » du Dr Philippe Arvers, The Conversation, 28 novembre 2017

La cigarette électronique et les vapoteurs victimes de nouvelles agressions médiatiques

 

Bonjour

Le combat continue, et avec lui des aveuglements (plus ou moins) volontaires. Aujourd’hui c’est Le Parisien (Elsa Mati) : « L’e-cigarette, potentiellement toxique ? ». Le point d’interrogation ne change rien. Cela donne ceci :

« Cette fois-ci, ce n’est ni le risque d’explosion de la batterie ni la nocivité des arômes qui sont pointés du doigt. Publiée fin août dans la revue « Thorax », une étude américaine révèle que des souris, soumises à des vapeurs d’e-cigarettes, avec nicotine, une heure par jour pendant quatre mois, présentaient des lésions pulmonaires semblables à celle de la BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive), maladie respiratoire chronique. »

Nous sommes en novembre. Pourquoi un quotidien s’intéresse-t-il, toutes affaires cessantes, à une publication scientifique de la fin du mois d’août ? Voici cette publication :  “Chronic electronic cigarette exposure in mice induces features of COPD in a nicotine-dependent manner”. Où l’on apprend qu’en exposant une heure par jour et pendant quatre mois des souris à un robot tenu pour reproduire les effets du vapotage on peut induire des lésions de certaines cellules du tractus respiratoire de ces rongeurs. Des résultats qui «  mettent en évidence les dangers potentiels de la nicotine par inhalation lors de l’ utilisation de l’e-cigarette ».

Nicotine pulmonaire délétère

Selon le Pr Thierry Chinet, chef du service de la pneumologie et oncologie thoracique à l’hôpital Ambroise-Paré (AP-HP) : « cette étude est très importante ». Il est cité dans Le Parisien :

 « Non seulement elle démontre que la cigarette électronique, utilisée par un million et demi de Français, peut ‘’être potentiellement toxique’’, mais, pour la première fois, que la ‘’nicotine peut avoir des conséquences délétères sur le poumon’’. Jusqu’alors, les médecins pensaient que seuls les produits de combustion, comme la fumée, étaient à l’origine des problèmes respiratoires.

 « Si ces premières pistes demandent à être confirmées, une deuxième étude américaine récente montre que l’e-cigarette ne serait pas un produit anodin. Trois mille adolescents non fumeurs du sud de la Californie, qui vapotent régulièrement, toussent davantage que les autres. Ces résultats confirment les inquiétudes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui demande de l’interdire aux mineurs. En France, c’est déjà le cas depuis juin 2013. »

Vingt ans d’attente

Le Parisien ne va-t-il pas, ici, un petit peu trop loin ?

« Cependant le Pr Thierry Chinet, spécialiste en pneumologie, souhaite rester prudent : ‘’Evidemment, il vaut mieux vapoter que fumer même si on manque de données’’. » Cet évidemment est admirable. « Il faudra attendre encore une vingtaine d’années pour avoir des certitudes » conclut Le Parisien. Où seront, alors, les fumeurs de tabac d’aujourd’hui ?

« On ne parle que du cancer mais, au fil du temps, trois à quatre fumeurs sur dix développent une BPCO, explique le Pr Bruno Housset, chef du service de pneumologie du centre hospitalier intercommunal de Créteil. Même s’ils arrêtent le tabac, leurs poumons sont détruits. » Dix-sept mille Français en meurent chaque année, soit quatre fois plus que les accidentés de la route.

Fumer pour la science

Ce n’est pas tout. Il faut aussi compter avec le site Futura-Sciences/Futura_Santé : « Moi(s) sans tabac : une machine fume des cigarettes pour la science » (sic). On y trouve une vidéo (trois minutes) titrée « Interview : les dangers de la cigarette électronique, par Paul Hofman ».

« Moins chère et peut-être moins toxique que le tabac, la cigarette électronique connait depuis quelques années un franc succès. Futura-Sciences est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur les risques de la cigarette électronique. »

 Et le Pr Hofman de reprendre le « moindre risque » de la cigarette électronique et l’antienne de la « porte d’entrée dans le tabac ». Le combat continue, donc, et avec lui des aveuglements (plus ou moins) volontaires. Dans les brouillards actuels comme dans ceux à venir l’essentiel ne doit pas être oublié : au-delà de la fin de l’addiction à la nicotine il s’agit de réduire, autant que faire se peut, les considérables et mortels risques inhérents à la consommation de tabac.

A demain