Autisme : en guérir (dès la naissance), une découverte (à venir) de l’Inserm

Bonjour

Comment inciter les journalistes à parler plutôt qu’à se taire ? La question est aussi vieille que peuvent l’être les services de presse (1). Celui de l’Inserm appâte depuis quelques jours ses correspondants habituels. Le rendez-vous est fixé aujourd’hui  5 février à 16h30 précises au 101, rue de Tolbiac, 13ème étage.

A paraître dans Science

« ATTENTION : Les informations qui seront dévoilées lors de cette rencontre sont sous embargo jusqu’au jeudi 6 février, 20 heures, heure de Paris. Il sera demandé aux journalistes d’émarger un document qui les engage à respecter la confidentialité des informations jusqu’à la levée de l’embargo. » La publication paraîtra dans la revue Science. »

reste du communique de presse n’est pas sous embargo : « Autisme : du nouveau du côté de l’hormone de l’accouchement. La communauté scientifique s’accorde sur l’origine précoce de l’autisme. En s’intéressant au moment crucial que représente la naissance pour la bonne construction du cerveau, l’équipe de Yehezkel Ben-Ari, yehezkel.ben -ari @ inserm.fr. 33-620-668-000) directeur de recherche émérite à l’Inserm vient de franchir un nouveau cap dans la compréhension de la maladie. »

Incomplétude

Un nouveau cap sur cet océan d’incomplétude qu’est la compréhension de l’autisme ? Bigre. C’est dire trop ou pas assez. Trop pour ne pas allécher les petits reporters qui parfois sommeillent chez les journalistes. Ce brouillard doit être levé avant la date fixée.

A l’heure où nous écrivons ces lignes la conférence de presse sous embargo de la rue de Tolbiac ne s’est pas encore tenue. Nous ne savons donc rien. Mais rien ne nous interdit de réfléchir à plus ou moins haute voix. De quels mots-clefs disposons-nous ?

Autisme. Hormone. Accouchement. Et d’un nom : Yehezkel Ben – Ari.

Mémoires neuronales

Que nous disent les mémoires, informatisées ou neuronales ? Elles nous parlent bien vite ? Et nous rappellent la tenue, déjà rue de Tolbiac d’une conférence de presse sur le même thème –en décembre 2012. On y avait, rapportent les journalistes présents, montré une vidéo tendant à prouver l’efficacité d’un traitement d’enfants présentant des syndromes autistiques par « bumetanide », un médicament diurétique bien connu de la multinationale Hoffman La Roche. On peut voir ici la vidéo « avant-après ». 

Etaient alors présents Yehezkel Ben-Ari, fondateur et directeur honoraire Inserm de l’Institut de neurobiologie de la méditerranée, et Eric Lemonnier, clinicien spécialiste de l’autisme (CHU de Brest). Ces deux spécialistes étaient venus présenter à la presse les résultats « très encourageants » obtenus par cette approche médicamenteuse. Leur  essai avait  inclus au total soixante enfants souffrant de différentes formes d’autisme (dont le syndrome d’Asperger) âgés de 3 à 11 ans. Ce travail allait alors être publié dans la revue Translational Psychiatry. La moitié des enfants avaient été traité par le diurétique (1 mg/jour) pendant trois mois, les autres recevant un placebo. On retrouvera cette publication ici.

Diurétique

On rappela à cette occasion que le bumetamide était commercialisé et utilisé depuis des décennies, notamment pour traiter les hypertensions artérielles. Il a notamment pour effet de diminuer les concentrations intracellulaires de chlore.  Tout en appelant à la prudence sur l’interprétation de leurs résultats, Eric Lemonnier Et Yehezkel Ben-Ari expliquèrent alors avoir  fondé une start-up, « Neurochlore », et que l’Inserm avait déposé un brevet et que des demandes d’autorisation pour mener un essai de ce diurétique à plus large échelle avaient été déposées. L’étude projetée serait menée dans plusieurs centres spécialisés et pourrait aboutir à une autorisation de mise sur le marché du bumetamide dans l’autisme. Personne, semble-t-il, n’évoqua alors le risque d’essais sauvages.

Parents

Un an plus tard nouvelle conférence de presse. Deux possibilités  a priori: la même équipe vient présenter à la presse ses derniers résultats cliniques. Ce qui semble peu vraisemblable compte-tenu du faible recul dont ils disposeraient. Compte-tenu aussi de ce que l’on peut lire sur le site de la start-up Neurochlore à l’adresse des parents concernés. Soit ils viennent exposer des résultats de recherche fondamentale menés sur l’animal accréditant la valeur de leur hypothèse première. Ce qui risque de désenchanter les représentants des médias présents.

Accouchement et césariennes

Mais il existe aussi d’autres possibilités que l’on peut entrevoir à la lecture de la convocation de la presse : la découverte d’un mécanisme jusqu’ici ignoré – un mécanisme survenant au moment de l’accouchement et qui serait la cause première de l’autisme. Un mécanisme hormonal qui impliquerait  l’ocytocine et qui contrôlerait l’expression des syndromes autistiques. Auquel cas on renouerait, de manière indirecte mais troublante, avec la vieille histoire polémique des responsabilités maternelles. Ainsi qu’avec les questionnements sur la pratique des césariennes.

Autant de questions qui trouveront leurs réponses publiques avec la publication de Science. Jeudi 6 février 2014, 20 heures, heure de Paris.

(1 ) Le hasard médiatique faisant les choses comme on sait on verra ici cette autre actualité radiophonique (Europe 1) du jour: une femme, ancienne journaliste, mère d’un enfant autiste, dresse un réquisitoire multiforme et virulent. Elle accuse notamment (outre de nombreux médias) « la France » et, nommément, la ministre de la Famille.